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 Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]

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CryingHeart
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MessageRevenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Sam 15 Sep 2012 - 11:34

Bonjour - Bonjour !
Bienvenue sur ma fiction, Revenants. Ce sera une longue fiction originale, sur le thème du fantastique, et (je fais de mon mieux) du romantique.
Bonne lecture, et pour les commentaires c'est ici. ^^

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Dernière édition par CryingHeart le Mer 5 Juin 2013 - 6:48, édité 3 fois
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CryingHeart
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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Sam 15 Sep 2012 - 12:19



Lately did you ever feel the pain
In the morning rain
As it soaks it to the bone
Maybe I just want to fly
I want to live
I don't want to die
Maybe I just want to breathe
Maybe I just don't believe
Maybe you're the same as me,
We see things they'll never see
You and I are gonna live forever.
Lately did you ever feel the pain
In the morning rain
As it soaks it to the bone
Now is not the time to cry
Now's the time to find out why
I think you're the same as me
We see things they'll never see
You and I are gonna live forever
We're gonna live forever...

Oasis
Live Forever

Traduction:
 







Je suis en train d'augmenter le volume de la musique, qui hurle déjà dans mes oreilles, quand j'entends au loin sonner deux heure du matin, au clocher du village. Je soupire longuement et me retourne dans mon lit. je sais que demain, c'est la rentrée des classes, que je dois retourner en cours. Il faudrait que j'arrive à dormir quelques petites heures, pour pouvoir tenir debout... J'éteins la lumière et pose mon MP3 sur mon bureau. J'attrape mon téléphone portable et programme une alarme pour me forcer à me réveiller à 4:00. Je ne peux pas me permettre de dormir plus de deux heures d'affilé. j'ai trop peur. Je veux empêcher ces cauchemars de s'emparer complètement de moi cette nuit. Sinon demain sera horrible.

* * *


Je traverse en courant le couloir du premier étage du bâtiment d'anglais du lycée. Des élèves me bousculent, je les pousse violemment de mon passage. Les autres crient à mon passage, tentent de me retenir en me tirant par le bras... Mais je fonce. J'ai l'impression n'ai jamais couru aussi vite de ma vie. Il faut que je la rattrape. Je descend l'escalier, en redoublant de vitesse. J'arrive en bas, mais je loupe la dernière marche. Je me tord la cheville et me fracasse contre le sol, me retrouvant à plat ventre sur le carrelage froid. Je relève douloureusement la tête. Les écœurantes couleurs pèche et rose du couloir tournent autours de moi. Je remarque un étrange silence puis comprend que cette fois il n'y a plus personne. Plus aucun élève n'essaie de me faire tomber avec un croche-pied. Plus aucun professeur ne me hurle dessus pour que je m'excuse de l'avoir bousculé... Juste moi, et elle. Elle me contemple, debout au dessus de moi. Ses longs cheveux blonds tombent sur ses épaules et ses yeux doré sont emplis de terreur. Son visage est trop pâle et ses lèves sont tordues en une grimace horrifiée. Elle ouvre lentement la bouche et articule : "Lola. Tu ignore de quoi il est capable. Lola...". Je veux me relever, la rassurer, lui demander le sens de ses mots... Mais mon téléphone sonne, et elle disparaît. Déçue, je me lève en vitesse, ignorant l'horrible douleur à ma cheville, et fouille mes poches à la recherche de mon téléphone. Je ne le retrouve pas. Je glisse les mèches de cheveux qui me tombent devant les yeux et renverse totalement le contenu de mon sac sur le sol. Mon portable n'y est pas. pourtant, je l'entend sonner comme s'il était juste là. Et je dois répondre. Je sais qui appelle, et je ne dois pas le manquer. Il ne me laissera pas de seconde chance. Accélérant mes mouvement, je sens des larmes couler sur mes joues. J'ignore si c'est pour le mal que me fait ma cheville ou parce que je redoute le moment ou la sonnerie s'arrêtera...
- Lola. Lola, ça va aller.
J'ouvre les yeux. Il fait sombre, mais je distingue mon frère jumeaux, Joachim.
- Encore un cauchemar ?
Je fais "oui" de la tête, et me tourne pour savoir l'heure. 4h00.
- Tu veux que j'aille te chercher de l'eau, ou un truc du genre ? Tu m'as fait peur, Lola. Tu commençait à trembler, je t'entendais pleurer...
- Je vais bien. J'ai besoin de rien, répondis-je, essuyant de ma manche les larmes qui avaient mouillé mes joue. Va te coucher, on a la rentrée demain.
Il me consulte du regard, j'acquiesce et éteins la lumière. Joachim est le seul au courant pour mes cauchemars. On est très proches, surtout depuis le décès de maman. Ca a fait deux ans cet été. Notre père travail dur pour nous et ne rentre qu'une fois par mois depuis la mort de maman. C'est Lise, la cousine de notre mère, qui s'occupe de moi et mon frère. Il s'est passé tellement de chose depuis l'accident de maman... C'est comme si, en plus de nous abandonner, elle avait laissé le sort s'acharner sur ce qu'il reste de notre famille... Il y a eu plusieurs fois, comme maintenant, où j'ai tellement eu envie qu'elle revienne... J'ai besoin d'elle pour me confier.
Joachim ne sais pas de quoi je rêve. Il sait juste que je fais d'horribles cauchemars. Remarquez, moi aussi j'ai des difficultés à comprendre de quoi je rêve... Ce n'est pas toujours le même rêve, mais j'ai l'impression que tous mes cauchemars sont liés. Souvent, je la voit, elle. Loana. Parfois, je repense à elle, mais j'ignore totalement pourquoi j'en rêve. Enfin, en réalité, je pense toujours à elle. Elle me hante. Littéralement, depuis peu. Je ne comprend pas ce qu'elle veut me dire. Dans chaque rêve, elle semble m'avertir de quelque chose, me parler de quelqu'un. Mais j'ignore totalement de qui. Puis il y a cette peur que j'ai. La peur de quelqu'un, qui pourrait être la même personne... Je fouille dans mes souvenir, cherchant si cette scène me rappelle quelque chose, mais pas du tout. Par contre, bien malgré moi, les souvenirs de ce jour me remontent vite en mémoire. C'était il y a un an. Exactement. A cette époque, je vivais encore à Marseille, et Loana était ma meilleure amie. Loana avait seize ans, et moi j'allais entrer au lycée, mais on était inséparables. Pour le dernier jour des vacances d'été, nous nous étions installées au bord de la mer, dans notre endroit habituel, entre les rochers. Ce jour là, il n'y avait pas autant de monde qu'habituellement sur la plage. En effet, il faisait étonnement frais et le vent était vraiment très fort. Mais cette dernière journée de vacances à regarder la mer, c'était notre petite tradition, à Loana et à moi, depuis que nous étions toutes petites. Notre dernier moment de liberté, avant la reprise de l'école. Son dernier moment tout court, cette année là. Et par ma faute. Tout l'été, il y avait eut des tensions entre nous. Loana avait totalement raté son année du côté des examens. Son fort caractère lui avait valu un "accrochement" avec un professeur. Avec l'aide de son petit copain, elle avait complètement bousillé la voiture du prof en question, puis tout deux s'était fait renvoyé. Heureusement, le professeur n'avait pas porté plainte, et son copain, qui l'aimait plus que tout, ne lui en a pas voulu. Avec tout cela, Loana était tout le temps énervée, sur ses gardes. Je ne faisait pas toujours attention, et du coup, je la blessait parfois. Elle me reprochait de ne pas être assez mûre pour comprendre ses problème. Ce jour là, c'est encore ce qu'elle a fait. Elle m'a traité de gamine car je ne voulais pas comprendre pourquoi elle ne se détendait pas un peu, pour un fois. Elle m'a dit que je ne l'aidait pas, que je me fichait d'elle, et je ne comprenait pas la logique dans ses propos. Mais j'avais peur pour elle. Elle s'est mise à pleurer, à crier. Je n'avais jamais vu ça, elle était hors d'elle, comme possédée. Sa mère m'avait dit qu'elle ne dormait plus beaucoup ces temps-ci, qu'elle était fragile, mais là, c'était pire qu'une dépression nerveuse. Loana s'est levée, surplombant la mer de plus en plus agitée. Là où nous étions, les rochers étaient entassés verticalement les uns sur les autres, sur une hauteur de cinq mètres. Et nous étions juste en haut. Si la chute ne tuait pas quelqu'un qui tomberait, la mer ce jour là s'en chargerait. Loana a reculé en escaladant les rochers, pour s'éloigner de moi. Elle titubait et risquait de tomber. Je l'ai rejoint au plus vite et lui ai pris la main, tentant de la calmer. Mais elle continuait de m'hurler dessus. Je l'ai prise par les épaules pour la forcer à me regarder dans les yeux. Mais elle s'est débattue. Elle était plus grande que moi et elle a réussit à se dégager de mes bras. Elle m'a regardé et a fait un pas vers le bord. je lui hurlais dessus à présent, la suppliant de se calmer. une nouvelle fois, j'ai tenté de la toucher, mais elle m'a giflée. J'ai levé les yeux vers elle, n'y croyant pas. Depuis plusieurs minutes, elle m'insultait, mais là, elle m'avait frappée. Hors de moi, je l'ai poussée. Elle a reculé, tendant les mains vers moi. Elle a glissé, ses main m'agrippant les avant-bras. Elle est tombée, m'entrainant dans sa chute.
Je ne me souvient que du moment où je me suis réveillée, dans un lit d'hôpital, avec mes parents. Le corps de Loana n'avait pas été retrouvé. Je m'était noyée mais les médecins avait pu me ramener. J'étais en vie. Elle était morte. Par ma faute. Je me suis mise à pleurer. J'ai pleuré de tristesse, et de culpabilité. Je n'ai même pas pu regarder les parents de Loana dans les yeux. Car je n'avais pas su empêcher sa mort et pourtant, moi, j'avais survécu. Mais je sentais en moi que ne le "méritais" pas.
Je me sens toujours aussi coupable, un an après. Est-ce pour cette raison que Loana hante mes rèves ? Car elle sait que c'est de ma faute et veut se venger ? Ou car elle m'en veut d'avoir survécu ? Impossible. Elle n'était pas comme ça. Et elle n'aurait pas agi comme ça si elle n'était pas sou l'emprise de médicaments le jour de sa mort.
Je me frotte les yeux puis place une main sur mon front. Je m'aperçoit que ma main est humide. Et glacée. Cela me fait du bien, mais soudain, j'ai une horrible intuition. Je porte doucement ma main tremblante à mes lèvres, et y presse ma peau humide. j'identifie immédiatement son goût et la terreur monte en moi. Salé. Le goût de l'eau de mer. Je m'aperçois que j'ai la bouche pâteuse. Je crache et répands sur mon oreiller des morceaux d'algues au goût tout aussi salé. Ma gorge est irrité par le sel et je tousse. Tout à coup, je suffoque. Je ne peux plus respirer. Ma bouche, ma gorge, mes poumons, tout mon corps semble se remplir instantanément d'eau glaciale et piquante. Je tousse, je crache, j'essaie même de crier, mais l'eau et tout autours de moi. Je vois la surface s'éloigner. Quelqu'un semble crier mon nom de façon étouffée, au loin. Et, tout près de mon oreille, comme si quelqu'un était véritablement juste à côté de moi, j'entends un chuchotement. Je ne reconnais pas la voix. Je ne peux même pas dire si c'est une voix d'homme ou de femme. J'essaye de tourner la tête, mais tous mes membres sont engourdis et rien ne m'obéit. "... ce que tu mérite, ce que tu mérite, ce que tu mérite, ce que tu..."
J'ouvre les yeux et inspire une immense bouffée d'air. Je me suis encore endormie, et j'ai encore rêvé. Je tourne vivement la tête, presque prête à y trouver quelqu'un, car j'entends encore le murmure se répéter en écho dans ma tête. Je me retourne de l'autre côté et regarde le réveille posé sur ma commode en bois toute abimée. Il est 5h49. Je me rend compte que j'ai la bouche pâteuse, mais cette fois, rien n'en sors. J'ai la gorge plus que sèche, et elle me picote.
Finalement, je décide de me lever. Hors de question de me rendormir. Cette nuit était la pire de tous. Peut-être parce que c'était l'anniversaire de la mort de Loana. Peut-être parce que c'était aussi l'anniversaire de ma mort, techniquement parlant. Car il faut dit que je suis quand même morte, avant d'être réanimé, ce qui a le don de me faire froid dans le dos.

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Dernière édition par CryingHeart le Jeu 23 Mai 2013 - 12:24, édité 9 fois
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CryingHeart
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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Sam 15 Sep 2012 - 12:29



Je me lève et file prendre une douche. Après ça, je me sens mieux. Je n'ai pas peur de réveiller mon frère, qui pourrait dormir encore, car je sais que ce n'est pas le cas. Les jours de rentrées, il se lève au moins deux heures avant de partir, histoire d'être parfait. Je descends à la cuisine. Mon frère est bien là. Il est bien parfait. Juste comme d'habitude... Ses cheveux de la même couleur châtain que les miens sont un peu ébouriffés, juste comme il faut. Il a le visage radieux et un petit sourire au coin des lèvres. Il m'exaspère. Je le pousse pour me regarder dans le petit miroir posé sur le comptoir - une drôle d'idée de la part de Joachim, mais finalement très pratique. Je suis loin d'avoir l'air aussi réveillée et enthousiaste que mon frère. Mes yeux sont un peu rouges et gonflés, ma peau est pâle et je n'en suis pas encore à sourire. Je parie que Joachim est prêt depuis une heure au moins... Je me laisse tomber sur une des chaises en bois de la cuisine et avale un bol de lait. Ensuite, je fonce me préparer. Je choisit dans mon armoire une chemise à carreaux simple grise aux manches remontées, et enfile mon plus beau jean. Je fouille un moment jusqu'à retrouver mes ballerines derrière une pile de livres, me maquille un peu - à peine, mais juste assez pour éviter que ma très jolie nuit ne me fasse ressembler à une morte-vivante - et me contemple dans la glace. Je serai surement jolie en souriant un peu, mais aucun de mes essais n'abouti à quelque chose de convaincant. Je renonce, attrape mon sac de cours et sors. Il fait bon, et même très beau pour un premier jour de Septembre. J'observe la rue, avec ses maisons toutes identiques parfaitement alignées tout le long, un peu comme en Amérique. Une fille nous rejoint. C'est notre voisine, Nathanaëlle Taylor. Aussi connue comme ma meilleure amie, et comme la petite ami de Joachim Chevalier - aussi connu comme mon frère jumeau et le capitaine de l'équipe de basket de l'école, l'un des types les plus populaires du collège. C'est ma meilleure amie depuis que l'on a emménagé ici, à Saint-Vallier. Elle a fait comme si ce que j'avais fait ne comptait pas, m'a aidé à m'intégrer, alors que la plupart ne m'adressait pas la parole. En effet, pour eux, j'était la fille Malchance. Quand ce n'était pas La Meurtrière. Et je le croyais aussi. Il y a eu le décès de notre mère, puis après Loana, et mon accident... Rien de tout ça n'est resté secret très longtemps. Mais cette fille, Nathanaëlle Taylor, m'a aidé à oublier tout cela, m'a empêcher de me noyer dans mon malheur. Elle me fait la bise et embrasse Joachim. Ses longs cheveux blonds comme les blé flottent dans son dos. Elle a l'air fraîche et pleine de joie, comme elle l'est toujours - formant un très beau couple avec mon frère... exaspérant ! Elle se retourne vers moi, ses yeux verts semblent me fouiller à l'intérieur.
- Alors, prête ?
- Ouais, je crois.
Elle sourit simplement, et nous entendons une voiture arriver. Elle s'arrête juste devant nous et nous montons.
- Hello, ma Boudeuse, me lance le conducteur.
- Salut Dylan.
Je monte et m'installe sur la banquette arrière, entre mon frère et ma meilleure amie. Dylan est le grand frère de Tim, le meilleur ami de mon frère. Il est bizarre, alors que Tim est tellement aimable, mais il a une voiture et peut tous nous emmener, et même s'il est spécial, il est très gentil donc je ne vais pas me plaindre.
- Natty-Chérie, comment tu vas ? lance Dylan.
L'interpelée fait mine de l'ignorer. En effet, "Natty" comme il dit, souffre de ce que j'ai bizarrement nommé Complexe du prénom. Pour faire simple, c'est "Appelez-moi Taylor. Vous pouvez m'appeler Nathanaëlle mais je ne répondrais pas". Elle a une fois pour toute expliqué qu'elle détestait son prénom et que "Taylor" sonne très américain, ce qui ne peut que la ravir, évidemment.
Une fois arrivés, nous descendons de la voiture et Dylan repart avec. Il y a déjà énormément de monde, qui rie et qui s'embrasse, joyeux de se retrouver après de longues et reposantes vacances. Joachim et Taylor, partis devant, sont déjà complètement engloutis par la foule. Moi je suis encore sur le parking, juste devant la cour et j'observe tout ce monde s'agiter. Tim est resté à mes côté. Il sait que les rentrés ne sont pas ma tasse de thé. Et j'imagine qu'il doit surtout remarquer que j'ai l'air de ne pas avoir dormis depuis trois jours, ce qui n'est pas si loin de la vérité, et qui est un point intéressant pour démontrer ma presque-phobie des rentrés.
- Est-ce que ça va aller ? me demande-t-il.
- On peut attendre la sonnerie ? Enfin, tous tes potes doivent t'attendre...
- Non non t'inquiète, me coupe-t-il en souriant.
Je me force à sourire à mon tour, et baisse la tête constatant mon échec. je sens la main de Tim se poser sur mon bras. Je lève mon visage vers lui. Il me fixe de ses yeux brun, les sourcils légèrement froncés, comme à son habitude.
- Ca va le faire. Tu vas voir, ça va être super.
Il hoche la tête pour appuyer son propos et sourit. Je rétorque :
- Tu n'en sais rien.
- Je ferai tout pour que ta rentré soit parfaite. Tu es parfaite.
Je détourne le regard, essayant de ne pas sourire. Comment peut-il me trouver parfaite aujourd'hui ? Je suis vraiment surprise par ce compliment auquel je ne m'attendais pas plus qu'à un tremblement de terre. Sauf que le tremblement de terre me sauverai de la rentré. Alors que ce compliment sortit de nul part me gêne réellement. Quand on est arrivés ici, avec mon frère, après la mort de Loana, c'est Taylor qui m'a ouvert les bras et qui m'a aidé à m'intégrer. A ce moment, elle sortait avec Tim. Ils s'étaient déjà un peu disputés, d'après ce que j'ai compris - enfin ce que Taylor m'a raconté. Enfin j'ai toujours l'impression que j'y était un peu pour quelque chose... Mais je ne sais pas pourquoi. Tim s'intéressait particulièrement à moi. Mais c'est dans sa nature, il est tellement gentil avec tout le monde... Ils ont rompu, et à peine après, Tim a commencé à me draguer. J'ai pensé que c'était pour rendre Taylor jalouse, ou un truc tordu du genre, mais j'ai vite compris que Tim tenait vraiment à moi. Puis il y a eu ce baiser, et j'ai compris que je tenais aussi à lui. Pendant les vacances d'hiver de cette année-là, il m'a trouvée au parc. Il neigeait, mais j'avais envie d'être seule pour un moment. Mon père avait presque frappé mon frère et je n'avais rien fait. je m'était juste enfuit. Mon père était ivre, et il me fait tellement peur quand il est comme ça - de moins en moins fréquemment heureusement.... Ce n'est pas le cas pour Joachim. Il lui tient tête. Bref, je m'étais réfugiées dans le parc, sous un arbre, et Tim m'a rejoint. On a parlé un peu et là, sans prévenir, il m'a embrassé. Et je ne pourrais jamais dire que je n'ai rien ressentit, car c'était le cas. On s'est embrassé encore... Seulement, je ne voulais pas que ça aille plus loin. Car même s'ils ont rompu, je voyais bien l'expression de Taylor quand il regardait une autre fille. Je ne pouvais pas lui faire un coup pareil. En fait, elle m'aurait surement tué. Mais maintenant, depuis peu, il y a mon frère. Et je sais qu'elle l'aime, qu'elle a totalement oublié Tim. Voilà, ce qui expliquerai ce compliment...
- Dis quelque chose... Lola, ça va ? me demande soudain Tim, me tirant de mes pensés.
Devant son air inquiet, je devine que je devais avoir l'air pratiquement en transe... Je secoue la tête et lève à nouveau les yeux vers Tim.
- Ca va, dis-je avec un sourire forcé. J'étais juste... dans mes pensés.
- Je vois ça, dit-il en riant, dévoilant son sourire parfait, éclatant de blancheur - tout à fait digne d'une publicité de dentifrice.
- On devrait y aller, dis-je en faisant quelques pas en direction de la cour.

Nous rejoignons Joachim et Taylor. Un nombre exaspérant d'élèves viennent nous saluer - ou plutôt saluer les deux meilleurs joueurs de l'équipe de basket, la fille la plus populaire du lycée et... cette fille qui doit être la sœur de Joachim, ou plus ou moins la copine de Tim... Bon OK, j'exagère un peu, mais juste un poil. Je vois défiler toute l'équipe de basket, quelques autres amis, des filles que je ne connais pas toutes mais qui veulent manifestement se faire connaitre de Taylor... Je retrouve aussi quelques amies. Tous sont excités de commencer une nouvelle année. Enfin, la sonnerie retentit - en plusieurs fois. Je constate qu'elle n'a pas été réparée pendant les vacances car elle continue de sonner de façon saccadée.


Après la journée, nous décidons d'aller manger à la pizzeria, le seul restaurant encore potable de la ville. Le Kebab a changé de propriétaires en milieu d'année dernière, et la nourriture n'y est plus mangeable. Et le restaurant bio en bas de notre rue... n'en parlons pas. Nous prenons une table de six. Je m'installe en face de Tim, entre mon frère et de Joan, une de nos amies. Il y a aussi Jeremy - oui, un autre basketteur - qui nous accompagne. Nous commandons et Joan et Jeremy entreprennent d'apprendre chacun l'emplois du temps de l'autre par-cœur, pour pouvoir se retrouver facilement entre les cours. Pendant ce temps, Taylor et Joachim débattent sur les anchois qu'il peut y avoir sur les pizzas. Taylor est végétarienne et elle serait capable de faire un crise pour un minuscule bout de viande dans ses plats. J'écoute vaguement leur discussion en sirotant mon Coca, le regard dans le vide. Cette journée est environ deux ou trois fois moins pire que ce que je m'étais imaginé. Je suis plutôt contente de mon emplois du temps, qui me permet de finir les cours à 16h le jeudi, et de commencer à 9h les lundi et mardi. Ma classe est bien et je suis presque satisfaite de mes profs. Voilà ce que j'attendais depuis longtemps : une année qui s'annonce bien, et sans malheurs. Je relève les yeux vers mes amis, et je me rends compte que Tim était en train de m'observer, intensément. Quand je croise son regard, il fait mine de s'intéresser à ses couverts. Je vais me replonger dans mes pensées quand Joachim lance :
- Je crois qu'il a emménagé dans la maison à côté de l'ancien cimetière.
N'ayant absolument rien suivi à la conversation, j'ignore totalement de qui ils parlent. Mais la maison en question étant inhabitée depuis un long moment, d'après les habitants d'ici, je décide de m'intéresser au sujet.
- De qui vous parler ?
- Il y a un nouveau au lycée, me répond Tim. Il veut rejoindre l'équipe de basket et il est sacrément bon. Joachim a peur pour sa place !
- N'importe quoi ! rétorque ce dernier. Ce serait plutôt toi, je te signal que je suis le capitaine, mec. Mais avouez qu'il est bizarre.
- Ouais. Il a l'air de vouloir rester seul, alors que c'est exactement le genre de type qui peut en dix secondes avoir toutes les filles à ses pieds et faire tomber le capitaine de l'équipe de sport.
- Non mais... soupire mon frère.
Je me tourne vers Taylor :
- Tu l'as vu ?
Pour toute réponse, elle secoue la tête et prend une gorgée de soda, l'air épuisée.
- Est-ce que tout vas bien ?
Elle sourit d'une façon assez convaincante et répond :
- Je suis un peu fatiguée, cette journée m'as complètement achevée.
Elle regarde ailleurs puis change de sujet :
- Alors Lola, est-ce que tu t'es inscrite aux auditions pour la comédie musicale ?
Si Taylor dit qu'elle va bien, c'est que c'est le cas, je la crois. Elle me le dirait si quelque chose n'allait pas, j'en suis sûre.
- Non, et je ne sais pas si je vais le faire.
L'année dernière, le lycée avait organisé une pièce de théâtre, Cendrillon. Et j'y avait eu le rôle principal. Cette année, c'est Romeo et Juliette qui sera joué. Et ce sera une comédie musicale. Non seulement la pièce de Shakespeare ne m'inspirait pas vraiment, mais cela me prendrait beaucoup de temps.
- Allez, Lola ! Tu adore jouer, tu es obligée d'auditionner pour Romeo et Juliette !
Taylor se tourne vers Joan, qui lui lance un regard entendu. Joan se rapproche de moi, et place une main près de sa bouche comme si elle allait me faire une grande confidence.
- Tim a même dit qu'il irait aussi s'inscrire si tu le faisais, me dit-elle en chuchotant mais de façon à ce que l'intéressé l'entende. Ce dernier fronça les sourcils, amusé.
- Je ne crois pas...
- Que ce serait une bonne idée, termine à sa place Joachim, un sourire moqueur sur les lèvres. Vous dites ça parce que vous ne l'entendez pas chanter sous la douche après les match !
- N'importe quoi, se défend Tim. Mais je t'aiderai à répéter ton texte, me promit-il.
Je me rends compte que nous avons complètement laissé tomber l'histoire de la maison près du cimetière, et du nouveau. Dommage, car j'aurais bien aimé connaitre la suite, pour une raison que j'ignore.
Nous finissons de manger puis Taylor, Joachim, Tim et moi commençons à rentrer, à pieds, tandis que Joan et Jeremy se font ramener en voiture.

* * *


Pendant tout le trajet à pied, je crois bien que je n'ai fait que parler et rire. Je suis restée tout sourire tout le long. Et pour la première fois depuis longtemps, c'est un vrai sourire de gaité. Cette journée a été tellement parfaite ! Il n'y a pas eu de désastre, je me suis bien amusée avec mes amis. J'ai peut-être enfin vaincu ce sentiment de malaise permanant, cette peur sans raison et cette impression d'être totalement éloignée du monde, que je traine depuis la mort de notre mère et celle de Loana. Je ne me suis jamais sentie aussi bien, la fatigue de ce matin semble s'être évaporée. J'arrive bientôt chez nous. Tim marche à mes côté, tandis que Joachim raccompagne Taylor devant chez elle, à quelques pas de notre maison. Je tourne la tête vers Tim, qui me sourit. Nous avons beaucoup parler durant le trajet mais nous nous étions tus depuis quelques minutes. Nous ne sommes éclairés que par la faible lumière de réverbère, mais je crois voir le regard brun de Tim se poser sur mes lèvres. On arrive devant chez moi. Je m'arrête de marcher et me tourne vers Tim. Légèrement mal à l'aise, je replace nerveusement mes cheveux sur le même côté - petit tic nerveux qui ne semble pas vouloir me lâcher.
- Euh... bonne nuit, Tim.
J'ai à peine le temps de me retourner et de faire un pas vers ma porte d'entrée, car il m'attrape la main et m'attire contre lui. Il se penche et presse sa bouche contre la mienne. Je lui rend son baiser. Ses lèvres sont incroyablement douces et chaude et ont un petit gout de menthe. Je sens cette délicieuse chaleur se propager dans tout mon corps, tandis qu'il me presse un peu plus fort contre lui. Je ne me suis pas senti comme ça, aussi bien, aussi vivante, depuis longtemps. Tout autours de nous a disparu - le lampadaire, la rue, la pelouse fraiche. Mes mains remontent doucement dans son dos et caressent sa nuques, passent dans ses cheveux. Nous reprenons nos souffle et je m'écarte un peu pour le regarder et lève une main pour écarter une boucle brune tombée près de ses yeux et caresser son visage. Soudain des bruits de pas retentissent. Nous nous écartons doucement et je regarde Joachim remonter l'allée jusqu'à nous. Nous nous souhaitons une bonne nuit et Joachim et moi rentrons à l'intérieur.

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Dernière édition par CryingHeart le Jeu 23 Mai 2013 - 12:25, édité 4 fois
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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Dim 16 Sep 2012 - 4:17



Je regarde la voiture du frère de Tim s'éloigner dans le brouillard matinal, se perdant petit à petit dans les rues de Saint-Vallier. Je reporte mon attention sur Tim. Nous sommes sous l'immense érable rouge, dans la cour du lycée du côté du parking. Tim s'adosse à l'arbre et me regarde sans rien dire. Puis, passant un main dans ses cheveux, il me dit d'une voix assurée :
- Lola, je sais que ça a toujours été compliqué, nous deux, mais j'ai envie d'être avec toi. J'ai besoin de toi. Depuis tout ce temps, je te veux, et j'ai toujours eu des sentiments pour toi, que tu ne voulais pas voir. Mais hier... Tu ne peux pas me dire que tu n'as rien ressenti. Hier c'était...
Je ne le laisse pas finir. Je me hisse sur la pointe des pied et passe mes bras autours de son cou. Nos lèvres se rencontre et la même sensation d'une douce et agréable chaleur qui se repend dans mon corps me reprend.
- Hier, c'était... Parfait, pour reprendre un de tes mots préférés, finis-je après avoir repris mon souffle. Mais, dis-je en lui prenant la main et reculant d'un pas, le fixant droit dans les yeux, un petit sourire aux lèvres. C'est mieux la deuxième fois. Enfin, si c'est possible. Vivement la troisième.
- J'ai hâte, me répond-il un grand sourire aux lèvres.
Il s'approche, j'attend que ses lèvres soit à quelques centimètres des miennes. Puis je l'évite en riant :
- C'est toujours meilleur de laisser fondre la glace un peu avant de la manger.
Il éclate de rire - dévoilant son sourire Colgate.
- Proverbe intéressant.
- Je sais.


Taylor me fait de grand signes depuis la porte vitrée de la cafétéria, me faisant comprendre que je dois me dépêcher. Je place sur mon plateau une assiette de brocoli, avec du lapin au jus d'ananas, spécialité totalement immonde de la cantine, et rejoint mon amie.
- Pour une fois qu'on a trouvé de la place à l'intérieur, se réjouit Taylor. Il fait drôlement froid aujourd'hui.
Je m'installe à la table à laquelle Tim, Joachim, Joan et Jeremy sont déjà assis.
- C'est bon, je me suis inscrite au casting, pour la pièce, dis-je, répondant à la question de Taylor. C'est vendredi soir, vers 18h.
Nous parlons longtemps de sujets et d'autres. Puis, subitement, je ne me sens pas très bien. Ce doit être la chaleur étouffantes de la pièce, et la vapeur d'eau dans l'air qui me font respirer difficilement. Je me lève et prends mon plateau. Les autres lèvent vers moi un regard interrogateur, légèrement inquiets.
- J'ai juste... Besoin de prendre l'air. Tout vas bien, j'ajoute devant les airs inquiets de mon frère et de mon copain. C'est... le bruit, je crois qu'il me faut juste un peu de calme, finis-je en partant. Désolée.

Je me dépêche de sortir dehors, manquant de bousculer et de faire tomber tous les élèves et professeurs que je croise. Quand j'arrive dehors, je m'éloigne un peu et m'assoie sur un banc. Je m'aperçois à peine à quel point il est froid.
Je respire profondément, et sens l'air glacé pénétrer dans mes poumons, mais j'ai l'impression qu'il ne me suffit pas. Ma vue se brouille et des points noirs apparaissent devant mes yeux. Je me fait de l'air avec mes main, mais commence à suffoquer. Je panique totalement et ne comprends pas ce qui se passe. L'air ne me permet plus de respirer. Ma tête tourne, mes mains tombent, lourdes, et s'agrippent au dos du banc. Je tombe. Soudain, je sens une main me soutenir la tête. Des bras me redressent doucement sur le banc, tandis que je suis plongée dans le noir, mon corps entièrement engourdi. Les mains caressent mon visage. Elles sont incroyablement douces, tièdes. Des mains d'homme, de jeune homme. Mais je sens un souffle, plus froides que le banc glacé sous mon corps paralysé, que l'air autours de moi, ou que ma peau gelée. J'essaye d'ouvrir les yeux mais aucune partie de mon corps ne me répond. Il faut pourtant que je le vois. Il prend mes mains dans les siennes et me chuchote des mots à l'oreille. Ses mots semblent faire partir la douleur dans mon corps. Enfin, une puissante chaleur regagne mon corps, semblant émaner de nos mains l'une dans l'autre. Ou plutôt, aussi étrange que cela puisse paraitre, une chaleur provenant de ses mains à lui, toujours aussi glacées. Petit à petit, je sens de nouveau mon corps. Je sens enfin l'air rentrer dans mes poumons et me redonner de la force. Mes paupières me semblent moins lourdes. J'essaye de les soulever mais, à la même seconde, ses mains lâchent les miennes ; et j'ouvre les yeux sur la cour déserte. Je suis à la fois déçue et intriguée. Une odeur flotte dans l'air de Septembre. Son odeur. C'est un mélange envoutant de cannelle et d'encens. Un mélange improbable et un résultat délicieux. Je sens aussi une odeur plus masculine de vétiver. Enivrant. Je crois aussi reconnaitre le léger parfum de l'herbe fraîche, et autre chose encore. Une odeur à peine perceptible de cyprès.
Juste après avoir entièrement retrouvé mes esprits, j'entends des pas qui courent vers moi, et des cris :
- Lola, c'est toi ?
Je me lève d'un bond et me retourne. Je me retrouve face à une Taylor essoufflée, suivit de Tim et Joachim. J'ai le droit à une leçon de morale, après avoir assuré que j'allais bien, que je m'était juste endormie quelques secondes. Je m'en veux de ne pas raconter la vérité à mes amis, mais sur ce coup-ci, je pense ne pas avoir le choix. Je ne ferais que les inquiéter, et ils ne pourraient pas plus m'aider que je ne comprends moi-même ce qu'il m'est arrivé. Je réglerais ça moi-même.
Durant tout le reste de la journée, je tente de me forcer à oublier cette petite histoire, mais en vain. Je ne peux m'empêcher de penser à celui qui m'a secourue. J'ignore ce qu'il a fait, qui il est et pourquoi il est parti. Et cela m'intrigue vraiment. Malgré moi, je veux le retrouver, le remercier... C'est idiot, mais sans même l'avoir vu ni entendu, j'ai l'impression de le connaitre depuis toujours.

Jusqu'à jeudi soir, je n'ai pas repensé à ce garçon. Je ne l'ai pas aperçu à l'école, bien que je ne soit pas sûre qu'il soit au lycée. Mais je suis en, en revanche, qu'il n'y était ni mercredi, ni jeudi, ni mardi après-midi. Je n'ai pas vu son visage, mais je sais que je l'aurais quand même remarqué. Il est si différent. En bilan, soit il n'est pas d'ici, soit il sèche déjà deux jours de cours la première semaine de la rentrée...
Après les cours, je vais rejoindre Tim aux terrain de basket. Il n'y a pas grand monde ce soir, sur les terrains. Deux ou trois couples sont allongés dans l'herbe autours des cours, et une dizaine de lycéens marquent des paniers sur les deux terrains du fond. Enfin je vois Tim sur le premier terrain. Je marche vers lui pour le rejoindre quand une voix familière m'appelle :
- Hey Lola, tu saute avec nous ?
Je me retourne et vois Taylor ainsi que trois autres filles qui s'entrainent aux double cordes. Je m'apprête à refuser quand un bras me prend par les épaules.
- Désolée les filles, mais ce sera pour une autre fois, refuse à ma place Tim. Ma miss m'as promis de me montrer son lancé à trois points.
Il sourit et m'embrasse sur la joue, puis plus longuement sur les lèvres. J'en profite pour lui piquer son ballon et partir en driblant vers le panier. Je saute et lance le ballon de ma main droite. Il va directement au panier et, par bonheur, passe dans le filet.
- Marqué ! je cris à Tim, qui a récupéré la balle au rebond.
Il me sourit, dévoilant une pommette. Il passe une main dans ses cheveux et effectue une figure complexe avec la balle pour qu'elle passe, comme par magie, dans le cercle rouge du panier. Il me tire une révérence ridicule, et j'éclate de rire.
- Frimeur.
Nous passons encore une bonne heure à discuter, en se faisant des passent et marquant quelques paniers. La soirée est belle, pour un moi de Septembre, et par rapport aux vent glacial de mardi. Tim me raconte quelques histoire ridicules sur mon frère, et je ris de bon cœur. Je lui explique ma façon de voir certaines choses, nous rions beaucoup, n'évoquant aucun mauvais sujet. Il m'envoie la balle et je la contemple un moment, perdue dans mes songes, pensant que ce genre de fin d'après-midi, toute simple, est quelque chose que je n'avais pas vécu depuis longtemps. Enfin, je décide de marquer ce soir dans mes meilleurs souvenirs, espérant qu'il y en aura encore bien d'autres. Je me prépare à lancer la balle, aussi sûre que je vais marquer que la couleur de mes chaussettes est blanc, quand je la sens. Son odeur. La brise m'apporte un doux parfum d'encens et cannelle. Puis je perçois la discrète senteur du cyprès, à peine décelable. La balle m'échappe des main. Je me tourne et scrute les terrains. Et là, je le vois. Sous le panier le plus éloigné de nous. Je ne distingue pas son visage, il est de dos, mais, j'ignore comment, je sais que c'est lui. Il est vêtu d'un jean foncé, d'une ceinture noire et de simples basket blanches. Il porte une veste noire à capuche, les manches remontées, et ouverte sur un tee-shirt gris. Tout devient clair. Sans pouvoir m'en empêcher, je jette un oeil à Tim, qui est resté figé, pour comparer leurs styles. Celui de Tim est nettement différent. Plus coloré, plus style de la rue. Ou membre d'un boys band, si on réfléchit bien. Des converses rouges et un sweat américain Vintage de deux couleurs, ou tee-shirt moulant...
Au loin, le garçon se fige, comme s'il avait reconnu quelqu'un. Surement pas moi, étant donnée qu'il ne s'est même pas retourné. Subitement, il lâche son ballon et marche précipitamment vers la sortie du terrain, puis disparaît. Abasourdie, je reporte mon attention sur Tim, que me regarde en fronçant les sourcils.
- Il se fait tard, on devrait y aller, dit-il simplement.
D'une voix douce, comme à l'ordinaire, mais il me semble voir dans ses yeux bruns autre chose.
Tim me raccompagne à la maison et je monte presque immédiatement me coucher, complètement épuisée, comme tous ces derniers jours. La rentrée, probablement.
Juste avant, je sors dans le jardin, derrière la maison. C'est une habitude que j'ai depuis que nous sommes ici. Je sors la nuit, juste avant de me coucher, pour admirer les étoiles et respirer l'air frais. La fraicheur de la nuit tombante m'aide à m'éclaircir les idée, et l'odeur qui règne dans le jardin m'apaise. En effet, notre tante, qui s'occupe du jardin, a réalisé un mur d'arome malgré le peu de place dans la cour. L'herbe est verte, fraîche et lumineuse. Tout autours du jardin, on a de multiples plants de sarriette, de romarin, et de sauge, aux senteurs enivrantes. Ensuite viennent les lavandes, qui répandent leur douce odeur quand elle sont en fleur. Mais mes préférés sont les trois citronniers plantés en un cercle parfait, en alternance avec des lauriers sauges. Ce sont mes favoris, car ils gardent le même aspect tout l'année. Leur parfum est doux et frai. Ces arbres semblent à la fois éternels et fragiles.
Je m'allonge sur l'herbe tendre, laissant la brise caresser mon visage et m'apporter les senteurs des plantes qui m'entourent. Je ferme les yeux et profite du calme parfait autours de moi. Avant, à Marseille, je sortais m'allonger sur la plage et écoutais la mer, observais les lumières de la ville et respirais l'air marin, pour pouvoir me calmer et m'endormir. J'ai continué en arrivant ici, en quelque sorte. Parfois pour essayer d'éliminer mes cauchemars...

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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Dim 16 Sep 2012 - 4:21



Je suis plongée dans le noir complet. J'ai peur. Mes cheveux se collent à mon visage, et je ne parvient pas à ralentir ma respiration. Il fait chaud, et je manque d'air. J'ai l'impression d'être dans une minuscule pièce. Je fais quelques pas en avant, les mains tendue devant moi pour m'éviter de me faire surprendre par un obstacle. Mais rien. Encore quelques mètres... Aucun mur à l'horizon ! De plus en plus paniquée, je me tourne dans tous les sens et cours dans toutes les directions mais ne rencontre toujours aucun objet solide. C'est comme si la pièce était infiniment grande, au sens propre du terme, et sans aucun meuble. Et pourtant, je ressens le même sentiment d'enfermement que quand j'était petite, quand j'ai eu une crise de claustrophobie dans les toilettes où j'étais restée enfermée. Essoufflée, je m'arrête dans ma course. Je n'ai jamais connu un silence aussi parfait. Je n'entends que mon souffle. Je sens monter en moi une des plus grandes frayeurs que je n'ai jamais connu. Je me laisse tomber au sol et le frotte de mes mains. La poussière m'arrive dans les yeux, me fait tousser. Au même moment, j'entends une voix, glaciale. Elle résonne au début dans ma tête, de plus en plus forte. Enfin elle se met à résonner tout autours de moi, dans l'infini de la pièce, se répétant en écho, augmentant chaque fois d'intensité. Au loin, tout près de moi, dans ma tête, murmurée à mon oreille... je l'entends partout. C'est une voix pleine de rage, terrifiante. "Ta vie n'est qu'un écœurant mensonge..." Les larmes me montent aux yeux.
Je suis réveillée par mes propres sanglots.

Le lendemain matin, je me trouve à nouveau magnifique dans le miroir : les yeux rouges et gonflés, et ma chevelure effet tignasse de démone. Mon mal de tête est aussi tout-à-fait visible sur mon visage. J'attrape un élastique et vais prendre une longue et brûlante douche. L'eau chaude détend mon corps et fais partir ce sentiment de saleté. Elle me permet aussi de remettre de la logique dans mes idées. D'abord, mon cauchemar. Je me demande pour quelles raisons mes rêves sont revenus, mais ça ne m'a pas l'air bien rassurant. La voix. Cette voix que j'entends dans chaque rêve ou presque et qui s'adresse à moi, pleine de haine, sans que je ne la reconnaisse. Je me rappelle parfaitement des messages qui m'était destinés. Seulement ils n'ont aucun sens. Je veux croire que ce ne sont que des rêve, mais ça m'est impossible. Enfin, l'idée que j'ai eu hier me revient en mémoire. A propos du garçon. Hier, quand je l'ai vu s'entrainer aux terrains de basket, j'ai compris. La légère odeur de cyprès. Le fait que je ne l'ai jamais vu au lycée... c'est lui, le nouveau. Celui qui est soit disant bizarre. Taylor m'a bien raconté qu'il séchait de nombreuses heures. Il jouait au basket, et sent le cyprès, arbre qui n'existe qu'au cimetière dans cette ville. Hier, j'ai décidé de monter au cimetière ce soir. Ma prof d'arts ne faisant pas cours pour préparer les auditions à la pièce, me permet de finir les cours à 15h00. Je dois y retourner à 18h05 pour l'audition. Je connais bien mon texte. J'ai donc largement le temps d'aller explorer les alentours du cimetière et revenir. Je suis à la fois excitée et effrayée de monter là-haut. le cimetière d'ici n'est pas un lieu très rassurant le soir à l'approche de l'hiver, mais je ne peux pas faire autrement. De jour en jour, je n'ai pu m'empêcher de penser à ce garçon, et maintenant, je l'ai trouvé. J'ai besoin de voir son visage, et d'entendre sa voix. Je veux comprendre qui il est, pourquoi il ne vient pas en cours alors qu'il pourrait être populaire au lycée d'après les dires des élèves. Ce n'est pas une obsession, c'est autre chose de bien pire.


- On va trainer aux terrains ? me propose Tim à la fin de nos cours. Je t'aiderai à réviser ton texte pour ce soir.
Je réfléchi un long moment. Quand je le regarde, je n'ai vraiment pas envie de l'abandonner pour aller courir dans les cimetières. Ses sourcils bruns épais, légèrement froncés, son nez droit, son sourire éclatant de blancheur. Je pourrais le contempler des heures entières. Ses boucles brunes, ses yeux noirs. Sa bouche parfaite que j'ai envie d'embrasser, et ses mains qui semblent fait pour tenir les miennes. Sa façon de parler, de me faire rire, sa manière de passer nerveusement sa main dans ses cheveux quand il est mal-à-l'aise, de rougir, quelques rares fois. J'ai tellement de chance de l'avoir. Beaucoup de filles me trouveraient folles de préférer des tombes poussiéreuses et des allées plus ou moins hantées à une seconde avec Tim. Enfin... moi aussi, je me trouve complètement cinglée, à vrai dire.
- Bon d'accord, répond-je avec un sourire sincère. Mais seulement une quarantaine de minute. Je connais vraiment bien mon texte et ma chanson, ça devrait aller vite.

Dans la longue mais douce pente d'herbe verte autours des terrains de sports, Tim me donne la réplique. Il est adossé à un arbre, tandis que je suis assise en tailleur en face de lui, dans l'ombre de l'arbre. Tim essaye de prendre son rôle au sérieux, même s'il manque de s'étrangler plusieurs fois en se retenant de rire. Il ne peut pas non plus s'empêcher de me sortir quelques commentaires et blagues moqueurs sur le texte, auquel je ris de bon cœur. Il est vraiment très drôle, et j'adore voir la petite lueur qui passe dans ses yeux bruns chaque fois qu'il arrive à me faire rire. Pour ma part, je récite parfaitement mon texte, m'appliquant au mieux dans le rôle de Juliette. Pendant que je récite le monologue, Tim se met apparemment en tête de me perturber jusqu'à ce que je me trompe. Avec un petit sourire, je lui prouve que c'est impossible. Il finit même par me faire des grimaces, mais je récite, imperturbable. Au dernier mot de la tirade, il me contemple et m'applaudi.
- Tu n'y arrivera pas ! je rigole entre deux tirades.
- Ah oui ? Même si je fais ça...
Une étincelle passe dans ses yeux sombres, et il me tire contre lui, et me chatouille. Je ris aux éclats et me tortille entre ses bras, avouant ma défaite. Doucement, il dessert son étreinte et remonte ses main, me caresse le visage. Je le laisse m'allonger sur l'herbe fraîche et m'embrasser tendrement.

- Je te raccompagne ? me questionne Tim, après que nous ayons rejoint le parking.
Je décline sa proposition :
- Pas la peine, je vais prendre un bus pour aller en ville.
A mon soulagement, il ne veut pas en savoir plus, et acquiesce. Je n'aurais pas voulu lui mentir et lui aurait avouer mon escapade au cimetière. Ensuite j'aurais dû tout lui expliquer, car je ne peux vraiment pas lui mentir. Heureusement, il n'est pas du genre à me faire passer un interrogatoire, ce que j'apprécie chez lui. Je l'embrasse et lui murmure "A demain" puis me dirige vers la gare routière.


Le bus me dépose au bas de la rue qui monte au cimetière. Je m'arrête un moment et observe la longue montée, si peu souvent empruntée, qui sillonne les collines. Je respire l'air frai de septembre, et commence à monter. D'énormes corbeaux noirs semblent m'observer, immobiles au bord de la route. Je les ignore en mettant un peu de musique dans mes oreilles, sur mon iPod. Enfin, je distingue les immenses cyprès, qui encadre la grille rouillée de cimetière. Quand je me retrouve juste devant, je me rend compte que je n'ai pas prévu quoi faire. Sans réfléchir plus, et avant que je ne change d'avis, je place mes deux paumes sur les barreaux de la haut grille et pousse. Avec un bruit métallique, la porte cède, assez facilement, et s'ouvre grand en grinçant. Je fais quelques pas dans l'allée centrale, incroyablement silencieuse. Un vent froid vient me caresser l'épaule. J'avance entres les tombes abandonnées. Personne ne vient jamais ici, un nouveau cimetière à été construit, plus près de la ville. Celui-ci n'est plus visité depuis plus d'une trentaine d'années. Je remarque les ronces, le lierre, et les autres mauvaises herbes grimper sur les tombes grises et sales. Le sable sous mes pieds est sec et gris, l'herbe est desséchée à certains endroits, et beaucoup trop épaisse à d'autres. C'est un triste spectacle. Les corbeaux par-contre semblent apprécier l'endroit, et trainer en bandes. Je continue d'avancer, je sais qu'il est là, quelque part.
Vers le centre du cimetière, un pauvre rosier sauvage tente de se sortir de cette masse de mauvaises herbes grises. Je m'approche et effleure les pétales d'une des roses rouges sang. C'est presque beau. Dans tout ce vert et gris terne, vieux ou plutôt mort, le rosier rouge, sauvage et vivant créé un contraste impressionnant. Même ses feuilles sont plus colorés que tout dans ce triste paysage.
Je vais reculer quand je me fige. Il est là, juste dans mon dos. Je peux presque sentir son souffle chaud sur ma nuque. Il ne dit rien, je me retourne. C'est bien lui, le nouveau. Celui qui m'avait aidé l'autre jour, quand je me suis sentie... bizarre. Il m'observe profondément, sans rien dire. Il est plus proche que je ne le croyais, et ça me gène un peu.
Il porte un jeans sombre et des basket noires, comme la dernière fois, aux terrains. Cette fois, il a une veste en cuir noir, ouverte sur un tee-shirt tout aussi noir et fin, qui laissent voir son torse musclé. Je ne l'imagine pas habillé autrement qu'en noir. Je lève les yeux vers son visage. Il est incroyablement beau. Ses cheveux blonds cendrés semblent scintiller au soleil. Ils sont magnifiquement ébouriffés, et leur couleur s'accorde parfaitement à celle de ses yeux. Un bleu pastel sublime, brillant. En fait, les couleurs semblent danser dans ses yeux : tantôt un bleu pastel propre, tantôt gris orage, tantôt d'un bleu nuit parfait. Toutes ces magnifiques couleurs se disputant dans les yeux du garçon. Je suis la ligne parfaite de sa mâchoire, et pose mon regard sur sa bouche, toute aussi parfait. Des lèvres boudeuse, d'une couleur appétissante.
Je croise son regard, et me rend compte que je le dévisage. Absolument honteuse, idiote, je rougie et baisse les yeux. Je ne sais vraiment pas quoi dire. Il m'intimide, en même temps qu'il me fascine. Et, bizarrement, si je n'était pas aussi gênée, je me sentirai bien ce moment, en sa présence. je sens vraiment un truc qui me relie à lui, de très fort et d'indéniable. Quelque chose de difficile à expliquer.
"Et lui aussi le sent forcément, me dis-je. C'est impossible de ne pas le ressentir."
- Qu'est-ce que tu fais là ? demande-t-il finalement, d'une voix froide.
Je tressaillit. Je ne m'attendais pas à ce qu'il m'accueille chaleureusement, mais son ton dur me surprends. Je bredouille :
- Je... Je suis venue voir qui habitait la maison...
Le son de ma voix semble le toucher plus que mes mots eux-mêmes, réaction vraiment très, très bizarre. Il baisse le regard sur ses basket, comme si lui avoir fait écouté ma voix le blessait au cœur.
- Tu as vu. Moi. Vas-t-en maintenant, cet endroit n'est pas pour toi.
Je l'écoute presque, déçue et blessée de la façon dont il me repousse. Mais mon autre côté ressurgit :
- Non. Je suis venue te voir, toi. Je sais que tu m'as aidée l'autre fois, au lycée. Je veux savoir qui tu es et ce que tu as fait.
Voyant qu'il ne réagit pas, je croise les bras et finit :
- Et je ne partirai pas tant que tu ne m'auras pas répondu.
Je jurerais voir une lueur amusée dans le regard, un air attendri, ce qui me rends encore plus perplexe. Il semble réfléchir un long moment, l'air confus et troublé.
- Je ne vois pas de quoi tu parles. Mais mon nom est Liam Salvador, si ça peut t'aider à bien vouloir rentrer chez toi.
Mais avant que je ne puisse emmètre un seul son, il me tourne le dos et commence à s'éloigner entre les tombes. J'ouvre la bouche pour protester, mais il se retourne au même moment, comme pour me devancer. Il me souffle, d'un ton bien plus chaleureux, voir même amical, mais encore délicieusement mystérieux :
- Au revoir, Lola Chevalier.

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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Dim 16 Sep 2012 - 4:30



Vendredi 5 septembre, le soir

De longs cheveux couleur caramel. Des yeux comme je n'en avais jamais vus... bruns un instant, puis prenant la couleur d'un brasier où tournoient des nuances mordorées.
Une peau nacrée. Un parfum de laurier sauce, de citron et de rose. Une délicieuse odeur qui m’envoûte et ne me lâche plus.
C'est bien elle. C'est elle. Jusqu'à maintenant, je ne l'avais jamais vraiment rencontrée.
Je pensais pouvoir... Je pensais...
Mais lui parler, la regarder... Je ne m'étais pas rendu-compte.
J'ai bien peur qu'il ne soit trop tard.
Les prophéties se réalisent toujours.
On ne peut échapper à son destin. Elle est mon destin.
LS.



Je lève les yeux de mon calepin, agacé de n'être pas capable de former plus d'une phrase logique. Je passe ma main dans mes cheveux. Je soupire longuement, en regardant autours de moi. La colline est silencieuse, elle semble m'appartenir toute entière. Seul le vent fait se soulever les brins d'herbe verte, qui donnent alors l'impression de respirer avec moi. Dans la faible lumière du soir, je distingue encore les contours du cimetières, à quelques pas de l'endroit où je suis assis dans l'herbe.
Mon regard glisse à nouveau vers les mots jetés sur le papier à carreaux grisâtre de mon carnet. Je ne me reconnais pas dans ces phrases vides de sens.
Une rafale de vent fait claquer mes vêtements. J'ai froid, mais je ne rentre pas. Le cahier bien à plat sur mes genoux repliés, je lutte contre les formes qui se traces seules dans mon esprit.
Je ne peux m'empêcher de la dessiner. Le fusain vole au-dessus du papier et je redessine ses courbes parfaite. Ses joues rosies pas le froid, ses lèvres entre-ouvertes. Son menton fin. La ligne de son cou. Ses longs cheveux, ramenés sur son épaule droite. Son épaule nue dont le haut blanc et bleu pâle laissait voir sa peau parfaite... Le croquis à peine terminé, si simple à tracé, est réussit. Vraiment réussit.
C'est là que je sais que je ne m'en sortirai pas.

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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Dim 16 Sep 2012 - 4:43



- Merci, me dit Mme Felle, à la fin de ma prestation.
Je salue ma professeur d'art, et m'excuse à nouveau pour mon retard. Mme Felle me sourit et m'assure que c'est bon. Je descends de la scène par les coulisses en me dépêchant d'aller rechercher mes affaires. En effet, Taylor doit m'attendre depuis dix bonnes minutes sur le parking. J'attrape mon sac, et fonce vers la porte, quand une petite feuille de papier rose en tombe. Je la ramasse, et identifie l'écriture ronde et bien gonflée reconnaissable entre mille de ma meilleure amie.



Je soupire et fourre le mot dans ma poche. Taylor à cassé son téléphone pendant les vacances, et il est encore en réparation. Ses parents refusent qu'elle s'en achète un autre. Moi ça ne m'arrange pas, c'est compliqué pour la joindre. Ce doit être encore plus dur pour elle, qui a du mal à vivre sans me parler au moins cinq heures par jour.
Bref, nous avions prévu une sortie cinéma ce soir, et elle est reporté.
Je suis tout de même inquiète pour Taylor. Elle allait parfaitement bien, aujourd'hui. Je décide de passer la voir demain, et sors en vitesse des loges, où règne une odeur insupportable de laque à cheveux et de parfum.
Le parking est désert, éclairé seulement par quelques lampadaires, dont une bonne partie son grillés ou brisés. Pas très rassurant. J'extirpe mon téléphone portable de ma poche, et m'aperçoit qu'il déjà 20h00.
En revenant du cimetière, j'avais traîné, complètement abasourdie, encore sous le choc de mon entrevue avec ce type, Liam Salvador. La façon qu'il avait de me regarder, ses yeux changeants, et mon nom dans sa bouche... J'aurais aimé qu'il le prononce encore, et encore... C'est tellement ridicule ! Puis Tim m'a appelé, et sa voix m'a tiré de cet état... que je ne peux nommer. Parler avec mon petit copain m'a bien vite fait oublié tous les autres... Et mon bus ! Je l'ai raté. Bien sûr, je suis arrivée en retard à l'audition. Mme Felle partait, quand je suis arrivée. Je l'ai suppliée de m'écouter, et ai récité mon texte. Je me suis pas trompée, mais j'aurais vraiment pu faire mieux.
Et me voilà maintenant.
Je fais quelques pas dans le parking, extrêmement silencieux. Je regrette vraiment de ne pas avoir une lampe dans mon sac. Etre dehors, dans le noir, seule - même quand je ne suis pas très loin de chez moi, et qu'il n'y a jamais eu d'agression dans ces quartiers - ne fais pas exactement partie de mes loisirs favoris. Surtout quand je dois rentrer à pied. J'utilise mon portable pour éclairer mes pas. J'hésite plusieurs fois à appeler mon père à venir me chercher, mais me souvient qu'il ne rentre pas, cette semaine. La sœur de ma mère, qui s'occupe de nous, n'a pas de voiture, et ne s'inquiète pas plus que ça. Joachim et moi avons l'habitude de nous débrouiller seuls, et de nous déplacer par le moyen des bus de ville ou des voitures d'amis.
Ce n'est que quelques mètres, me dis-je. Il ne peut rien m'arriver.
Je réussit à m'en convaincre... disons une vingtaine de secondes. Un bruit me parvient, de derrière les arbres. Effrayée, je m'arrête et scrute les alentours. Rien. Ou du moins, je crois que ce n'est rien, car il fait maintenant presque nuit noire. Je me sers de l'écran de mon téléphone, pour éclairer les buissons, mais n'aperçoit rien d'autre que le vent qui joue dans les feuilles. Je me remet en marche, accélérant le pas, regardant droit devant moi. Pendant tout le trajet, j'ai l'horrible impression d'être suivie, mais j'arrive à la maison sans me retourner.
Je frappe à la porte, qui est bizarrement fermée à clé. On ne vient pas m'ouvrir, Joachim doit avoir le casque sur les oreilles, et ma tante trop occupée à la cuisine. Heureusement, j'ai mon trousseau. Je plonge une main dans ma poche et attrape du bout des doigts l'anneau sur lequel sont placées toutes mes clés. A peine sorti, il m'échappe et j'entends le bruit métallique des clés qui s'écrasent sur le carrelage de la terrasse. Seulement, juste après, je n'entends plus rien. J'ai comme du coton dans les oreilles. La tête me tourne et ma vue se brouille. Je reconnais la sensation que j'ai ressentie l'autre jour, quand Liam était venu à mon secours. Des points noirs et des taches rouges apparaissent devant mes yeux, et l'air que je respire ne semble pas convenir. Je suffoque, et en même temps, je respire. Et la panique totale me submerge. Je titube dangereusement en arrière, dans l'escalier de l'entrée, et essaie de rejoindre la porte, contre laquelle je pourrais m'appuyer. Mais le décors tourne. Soudain, une ombre floue et mouvante s'invite dans mon champs de vision. Elle va vraiment vite, tourne autours de moi, comme si elle voulait me rendre folle exprès. Ça dégage quelque chose de mal, de sombre, et me fait peur. J'ouvre la bouche, et je crois que je cri, mais je ne perçoit aucun son.
Partez ! Laissez-moi tranquille ! supplieraient mes hurlement.
Je sens les larmes couleur sur mon visage, et mes poumons ne se débloquent toujours pas. Cette fois, mes genoux plient et je me sens tomber puis heurter le sol dur et glacé. Je crois percevoir un rire, froid et mauvais. Mais je suis trop occupée à mourir sur place pour m'en préoccuper. En effet, des images étranges défilent soudain devant mes yeux. C'est Taylor, malade, qui tousse. Elle est chez elle, dans son lit, et semble agoniser autant que moi. Je suis debout, en face d'elle et je la regarde calmement. Je ne l'ai jamais vue aussi mal. Ses cheveux blonds sont retenus par un élastique, et sa peau est presque verdâtre.
Puis je remarque une cordelette. C'est de la vraie corde, un morceau de couleur doré, qui semble produire un filet de lumière. Elle est attachée au poignet de Taylor, qui ne semble rien remarquer. Puis, je remarque avec horreur que je détient l'autre bout de la ficelle. J'ignore comment il est arrivé entre mes mains. En revanche, il produit une douce chaleur, qui pénètre dans mon corps et s'y répands. J'aime la sensation. Je me sens mieux, et j'ai l'impression que le bout de fil me donne aussi de l'énergie, qui passe par les bout de mes doigt, et va directement dans mon cœur. Ca me fait de bien. Je me sens puissante, contrairement à tout à l'heure, où j'avais peur. J'agrippe encore la cordelette, je ne veux pas perdre ce sentiment de bien-être, meilleur que tout ce que j'ai pu vivre dans toute ma vie.
J'ignore combien de temps je reste ainsi, jusqu'à ce que, dans mon rêve - ou quoique ce soit d'autre - quelque chose me tire en arrière. Je proteste, mais ça parvient à me faire lâcher la précieuse corde, qui disparaît presque aussitôt. Déçue, je me débat, puis ouvre les yeux.

Je ne suis plus devant chez moi. Juste quelques mètre plus loin, dans le coin d'herbe commun aux maisons de quartier. Mes membres sont engourdis, et le froid me mord la peau. Quelqu'un est avec moi, je sens son souffle chaud sur ma peau gelée. Je veux lever la main, pour tenter de vérifier que mes affaires sont à proximité, mais elle me semble peser une tonne. Bizarrement, je n'ai pas peur. Je me réveille dehors, dans la nuit noire, avec quelqu'un, complètement sonnée, mais je n'ai pas peur. Je me sens bien, et en sécurité.
- Reste immobile quelques secondes. Ça ira beaucoup mieux après, ne t'en fait pas, me murmure une voix douce et rassurant.
Une voix que je reconnais. Mon cœur se met malgré moi à battre à cent à l'heure dans mac poitrine, et j'ai peur qu'on l'entende dans, le silence de cette nuit. Sachant enfin où poser mon regard, et mes yeux s'habituant peu à peu à l'obscurité, je distingue son visage, et son corps penché au dessus de moi.
- Li. Am... fais-je, d'une voix pitoyable.
Il penche la tête, et m'adresse un sourire inquiet.
- Je vais te ramener chez toi. Repose-toi. Ça ne devrait plus t'arriver avant plusieurs jour.
- Je... Qu'est-ce qu'il ne m'arrivera plus ?
Il soupire, le regard au loin, puis me prend les deux mains.
- Chhh...Ne pense plus à ça, me dit-il en me relevant, me tirant par les bras. Passe ton weekend à t'amuser et te reposer.
Le fait qu'il en sache manifestement beaucoup plus que moi sur mon propre cas me révolte. Je proteste :
- Non ! J'ai tellement de questions. Comme : Qui est-tu ? Qu'est-ce qu'il m'arrive ?
J'aurais bien aimé rajouter Pourquoi m'aide-tu ?, que sais-tu sûr moi ?, et pourquoi as-tu été si froid la dernière fois qu'on s'est vus ?, mais je me dit qu'il vaut mieux commencer par le début.
Il me tend mes affaires, que je récupère machinalement, et il commence déjà à partir.
- Hé ! Tu vas pas t'en sortir comme ça ! Et je déteste qu'on me donne des ordres !
Il se retourne un instant, et un véritable sourire se dessine lentement sur ses lèvres, avant de s'évanouir.
- ... Et aussi qu'on me plante... finis-je pour moi-même en le regardant s'éloigner dans la nuit, sa tignasse blonde ébouriffée brillant sous la lumière de la lune.

Encore sonnée - c'est la deuxième fois qu'il me plante comme ça ! - je me dirige vers ma maison, déverrouille la porte, cette fois avec succès et monte directement dans ma chambre.
Non, il ne s'en tirera pas comme ça. Maintenant, c'est trop tard. j'ai besoin de savoir, qu'il me dise ce qu'il sait. Et je dois comprendre quel lien nous relie.
Je m'allonge dans mon lit, et contemple les ombres que la lune derrière les arbres projette sur mon plancher. Puis j'enfonce la tête dans mon oreiller, et essaye de comprendre tout ce qu'il s'est passé ce soir. Je me souviens vaguement du rêve, et de l'énergie qui me quitte, puis qui revient grâce à la cordelette. Taylor... Ca avait l'air vraiment réel, je ne comprend pas.
Je tourne et retourne tout cela un moment dans ma tête, puis vide mon sac pour trouver mon téléphone. Je l'allume et manque de tomber à nouveau dans les pommes. Mes "Notes" sont ouvertes. Un nouveau texte a été créé, ce soir. Mais pas par moi.

1-Menteuse.
2-Tricheuse.
3-TUEUSE.
Fais de beaux rêves
!

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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Dim 4 Nov 2012 - 7:33



Assis sur l'unique banc en ferraille du cimetière, je contemple la nuit. La lune et les étoiles scintillent au dessus de la vieille baraque qui me sert maintenant de chez-moi. Je la déteste, en fait, mais j'aime le calme du cimetière, sa solitude. Et puis, les gens qui savent que je vit ici évitent de m'approcher, ce qui est tellement plus simple.
Je me lève, fait quelques pas, et me laisse finalement tomber dans l'herbe de la colline. L'endroit est totalement silencieux. Allongé sur le dos, j'observe les constellations, que je connais sur le bout des doigts. L'Aigle, le Loup, la Lyre, le Dragon... je n'ai pas de préféré.
Je passe mes doigts dans l'herbe fraîche et inspire profondément l'air de la nuit. Je savoure la douce brise qui me caresse le visage et joue dans mes cheveux. Cette fois, je soupire. Je la revois, Lola, dans son demi-sommeil - comme j'appelle cela - en train d'absorber avidement l'énergie d'un être qui lui est cher... Comment ? Comment un être aussi beau, aussi fragile, doux et bon a pu mériter un telle malédiction ? Je connais bien sûr la malédiction qui conduit à la transformation, mais je ne peux y croire. Au moins, je ne lui ferai pas de mal, me dis-je... Et puis, elle a ses yeux aux milliers de teintes de couleurs, certaine aux lueurs dangereuses... Elle me fascine, m'attire, m'amuse, m'attendri.
La toute première fois que je l'ai vue, au lycée, pendant qu'elle riait avec ses amis, c'était comme ci je la connaissait depuis toujours, et pas seulement à cause de mes rêves. Je l'ai aussi trouvé incroyablement belle, et j'ai immédiatement senti le lien qui la relie à moi. Puis, quand je l'ai sortie de son tout premier demi-sommeil, quand j'ai aspiré sa douleur et sa faiblesse, j'ai compris une partie de ce lien.
Le contact de sa peau sur la mienne était une des plus délicieuses choses qui me soit arrivé dans ma vie.
Après ce qui s'est passé ce soir, je sais qu'elle ne me lâchera plus. Elle voudra savoir et je la comprend. Elle doit avoir peur, sentir tout ce dont elle était sûre commencer à se fendiller, pour s'écrouler ensuite, et elle ressent probablement de la colère. Contre moi, contre elle-même peut-être aussi. Je ne la renverrai pas. Je l'attendrai. Je lui expliquerai tout, même si j'ignore comment elle le prendra. J'espère tellement qu'elle soit prête. J'ai peur qu'elle ne s'enfuie quand je lui expliquerai, mais je sais que ce n'est pas ce qui arrivera. La prophétie qui me poursuit, depuis deux ans maintenant, me le certifie. Cette prophétie qui a déjà décidé de mon destin.

J'ouvre mon journal, pour y écrire quelques mots, quelques vers ; et ordonner mes pensées. Ensuite, je monte l'escalier en bois de la vieille maison et vais m'allonger, près à affronter mes cauchemars.



J'interromps ma profonde observation du mur en face de mon lit pour jeter un coup d'œil à mon réveil. 3h56. Ça fait environ quatre heures que je suis assise en tailleur sur mon lit, sans bouger, à me torturer de pensées. Comment a-t-on pu créé un document sur mon propre téléphone ?
Liam avait mes affaires, avant de me les rendre. Et que faisait-il ce soir devant chez moi, tard le soir ? Il habite à plus d'un kilomètre de mon quartier ! Et il est vraiment très bizarre, pas seulement parce qu'il sèche des cours et qu'il loge dans la vieille maison du cimetière...
Mais enfin ! Il m'a aidé pour la deuxième fois en une semaine. Et puis, pourquoi il écrirait cela ? D'ailleurs, ce message ne veut rien dire du tout.
Je frissonne en le relisant. Tueuse. Un nom qui me poursuit et me blesse. Je me sens coupable de la mort de Loana, et peut-être même de celle de ma mère, mais je n'ai rien d'une tueuse. Mais cette accusation me fait flipper. Je pensais que depuis, les gens avaient oubliés mon passé. Cette personne n'en fait apparemment pas partie. Et le "Fais de beau rêves" ! Personne d'autre que moi et mon frère n'est au courant pour mes cauchemars. En tout cas, cette personne a réussit son coup : je ne risque pas de dormir cette nuit. Je n'ai pas besoin d'un cauchemars pour couronner cette journée, et de toute manière, comment puis-je m'endormir après tout ça ? Malgré tout, je me laisse tomber sur l'oreiller. Je me sens à peine fatiguée : la puissance que j'ai ressenti dans mon rêve sur le seuil de la maison bourdonne encore dans toutes les parties de mon corps. Mais il faut que je dorme pour, au lever du jour, pouvoir aligner deux pensées cohérentes.

Je marche dans la ville, en direction du Lycée... Enfin je crois. Au bout d'un moment, j'arrive au parking. Il n'y a absolument aucune voiture. Bizarre. Je me dirige vers la grille, m'inquiétant du silence qui m'entours. Je retient un cri de surprise en voyant la cours. Au départ, je ne comprends pas ce que je vois. Puis je me rend compte que la cours est, non-pas vide, mais jonchée de corps. Des élèves, avachis, étalés sur le sol. Je sens un horrible frisson parcourir tout mon corps, même si je n'ai rien pour le prouver, je sais qu'ils sont morts. Des cadavres. Je crois que je vais êtres malade. Ma main se plaque sur ma bouche, et je m'efforce de quitter des yeux les corps inertes des élèves... Je tourne brusquement le dos à cette effroyable scène, luttant de toutes mes forces pour ne pas vomir. Malgré moi, je me plie en deux, les mains sur les genoux. Je m'essuie la bouche avec une manche, les larmes roulant sur mes joues.
Je ne comprends pas d'où vient ce sentiment d'infinie culpabilité. Je crois... Je sais que j'ai tué ces gens. Et des images terrible se forment dans mon esprit. Je vois Taylor, puis mon frère Joachim. Ils sont morts. Les sanglots qui me secouent deviennent violents, je gémis et je crie. Leurs visages sont livides, les yeux vides. NON ! Ils cèdent place au visage de papa, et je me met à hurler pour de bon, m'arrachant la gorge. La douleur que créent en moi ces visions me donne l'impression d'imploser de l'intérieur. Et l'idée que c'est moi qui ait fait ça me tue, vraiment. Je ne peux pas en voir plus. Apparaît Tim, à l'agonie, tordu de douleur, puis son regard se vidant de la vie. Mes jambes se dérobent sous moi et je tombe.

Mes sanglots, et la vision de ma chute me réveillent.
Mon Dieu... Comment un rêve peut-il être aussi horrible ? C'est tellement pire qu'un film d'horreur ! Et cette impression que tout est de ma faute...
Sans me préoccuper de savoir quelle heure il peut bien être, je me lève d'un bond. Je pleure toujours et je sens encore le goût du vomi dans ma bouche. Je me précipite dans la salle de bain. Je ne penserai plus jamais à ce rêve, je l'oublie maintenant. Je dois avoir une journée normal, j'ai trop de choses à réparer, de réponses à trouver. Si ce cauchemar continue de me hanter, je ne pourrai que m'enfermer dans ma chambre, à frissonner de peur.
Quand je sors de la douche, il est 8h30. Mon frère est probablement en bas, en train de préparer le petit déjeuné. Papa doit être là, lui aussi.
la douche m'a fait un peu de bien, mais quand j'arrive devant le miroir, mon reflet à travers la buée qui le recouvre me fait peur. Je soupire. J'étais très, très loin de ces filles dans les films qui se réveillent, un brushing parfait et l'air de la Belle Au Bois Dormant. Je parvient à me faire sourire lamentablement à cette pensée. Au moins, mes cheveux ont l'air bien. Je me coiffe et m'habille rapidement. Je descends les escaliers en regardant mes pieds pour ne rater aucune marche.
- Lola, ma Chérie ! s'écria mon père en mode voyant.
Il a l'air fatigué mais heureux. Il se serre longuement dans ses bras en m'embrassant sur les cheveux.
- Vous m'avez manqué, cette semaine, nous dit Papa.
Nous nous asseyons à la table de la cuisine. Elle est remplie de petits paquets de viennoiseries, de pain frais et de confiture. La vue de cette nourriture très appétissante me fait sourire malgré moi et mon frère se moque gentiment. Nous nous gavons de pains au chocolats et de croissants au beurre en ayant une conversation normal. Parfait pour faire passer ma terrible nuit. Puis, après le petit déjeuner, Joachim et moi restons à table un moment. Il me questionne :
- Je t'ai à peine entendu rentrer hier. Où étais-tu hier ? Tu avais l'air complètement bouleversée, il s'est passé quelque chose ?
Je lève malgré moi les yeux au ciel. Joachim ne laissera jamais tomber son rôle de frère sur-protecteur. Il a toujours fait ça. Il me promet de rester en dehors de mes affaires, je peux voir qui je veux, il a confiance en moi pour bien choisir mes amis mais... Si un jour j'ai l'air triste, il me demande à qui il doit régler son compte... C'est super, mais vraiment agaçant parfois. Il est sincèrement inquiet, mais je ne peux pas lui raconter.
je ne dois pas réfléchir très vite car il reprend :
- Hé, ça va ? Tu as vraiment mauvaise mine. L'audition s'est mal passée ?
Je le regarde un moment, me forçant à ne pas penser à mon cauchemar. Je m'en veux de lui mentir, mais je ne peux pas l’entraîner avec moi dans mes peurs. Si ça se trouve je deviens juste folle et parano.
- J'étais en ville, après les cours, et j'ai raté le bus que je devais prendre. Je suis arrivé en retard aux auditions pour la pièce. J'ai du retenir la prof. Mais sinon, ça s'est plutôt pas trop mal passé, si on peut dire... Bon, la prof était assez énervée, en fait. Puis j'ai appris que Taylor étais malade. Je n'étais pas bouleversée, mais juste inquiète, et assez fatiguée de cette journée. Tu me comprends, rien ne s'est passé comme prévu... Et j'ai encore fait un cauchemar, finis-je, en désignant ma mine de déterrée avec un sourire piteux.
Bon, pas terrible comme histoire, mais il acquiesça. Il ne s'en mêlerai pas si je ne le veux pas, et il sais que je n'aime pas évoquer mes cauchemars. Je m'en veut d'autant plus de lui mentir, je lui suis tellement reconnaissante pour tout !
Nous appelons Taylor (chez elle) ensemble. Elle est toujours très, très malade (les images de mes deux rêves d'hier soir me viennent en tête. Je dois lutter pour les effacer.). Elle dit qu'elle passera ce weekend à se reposer, pour être en forme lundi. Mon frère et moi promettons tous les deux de passer la voir à un moment de la journée. Puis Joachim part retrouver des amis. Je lui ment à nouveau, en disant que je vais juste rester faire mes devoirs et passer chez Taylor ce matin.
Je prévois effectivement de passer chez Taylor. Mais d'abord, j'appellerai Tim bien sûr, que je n'ai pas appelé hier, et je monterai au cimetière. Voir Liam Salvador. Lui demander des réponses. Je ne sais pas s'ils pourra me débarrasser de tous mes doutes, mais je sens qu'il éclaircira plusieurs choses.






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Voilà voilà pour mon septième chapitre ^^
Pour les commentaires, c'est ici !
Ou ici :

Je publierai le prochain chapitre bientôt, j'espère. En attendant, bonne lecture ! J'attends des commentaires avec impatience

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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Dim 11 Nov 2012 - 9:42



- Allô ? me répond la voix encore ensommeillée de Tim au bout du fil.
Je rougis en m'imaginant Tim, encore dans on lit, ses irrésistibles boucles brunes toutes ébouriffées, ses beaux yeux un peu rougis, son torse musclé et bronzé nu. Peut-être même une légère marque de l'oreiller sur la joue, trop mignon et aussi trop sexy, non ? Je dois baver ainsi un peu plus longtemps que je ne le pensais car Tim reprends :
- Allô ?
- Salut, Tim, dis-je maladroitement. Euh, c'est Lola.
- Je sais, ton nom et ta photo s'affichent, tu sais. Et qui d'autres pour m'appeler et ne pas répondre ? rigole-t-il. d'ailleurs c'est toujours la photo de toi, l'année dernière, quand tu avais cette griffure de chat sur la joue...
Mon Dieu, il avait encore cette photo ? Au secours !
- Tim, supprime-moi ça immédiatement, c'est un ordre !
Il éclata de rire.
- Arrête, c'était vraiment mignon ! Une vraie rescapée de guerre.
Je me cache la tête dans les main en riant tristement. Puis, je lui parle de Taylor.
- ...Oui, d'accord... Salue Taylor de ma part alors, me fait promettre la voix de Tim au téléphone. Mais, et toi, ça va ? fait-il d'un petit ton inquiet trop mignon.
- Ouais. Je veux dire, oui, rien de grave. J'ai assez mal dormi. Oui, bon, OK, j'ai très, très mal dormi, me force-t-il à avouer.
Je change rapidement de sujet, en lui parlant de mon retard à l'audition et l'agacement de la prof qui a faillit me mettre directement dehors.
- Arrête de te moquer ! dis-je en l'entendant rire et en prenant un faux ton vexé.
- Je ne me moque pas. Tu es juste trop mignonne quand tu parle comme ça. Toute affolée...
Je ris malgré moi en l'entendant m'imiter plutôt bien.
- Tu sais que j'ai très envie de te voir ? me confie-t-il, quelques minutes après. On a un match amical demain. Le dernier avant le début du tournois de basket. Très important, m'assure-t-il. Tu penses être assez en forme pour pouvoir hurler mon nom et brandir une belle banderole multicolore "On t'm Tim" ? plaisante-t-il doucement.
Je ris un peu et réponds :
- Ça oui, je pense pouvoir le faire correctement. Remarquablement même !
Et je ne manquerais pas une occasion de te voir bouger dans ton petit short sexy et ton débardeur moulant, me dis-je subitement avec un petit sourire que je chasse avant de me reprendre :
- Vous jouez ici ?
- Super, j'ai hâte de voir ça ! s'écrie-t-il, l'air vraiment heureux. On joue chez eux. Mais ne me demande pas pourquoi, mon frère veut venir. On vous prendra en passant.
- Merci, c'est super. Jeremy sera de la partie ?
A l'autre bout du fil, Tim rit sous sa cape.
- Ouais. Joan sera là, elle pourra te tenir compagnie. D'ailleurs Jer' a essayé de me convaincre de le laisser jouer en meneur à ma place pour impressionner Joan.
Je souris, bien qu'il ne puisse pas me voir.
- Il fait un très bon pivot, pourtant ! je commente, en experte.
C'est la vérité. Jérémy a le plus gros gabarit de l'équipe, grand et musclé, c'est le meilleur à son poste. Joachim et Tim évolue tous les deux en tant que meneur. Il arrive aussi que Tim joue en ailier, plus rarement. Mon frère a un dribble exceptionnel, et Tim a une très bonne vision de jeu et un esprit tactique.
- Waouh, j'ai intérêt à rester sur mes gardes, souffle-t-il, un sourire dans la voix.
- Quoi encore ?
- Tu deviens une experte, c'est toi qui va me piquer mon poste.
- C'est ça, moque toi.
Nous rions tous les deux en imaginant Tim à ma place, dans le rôle de Juliette au théâtre, et moi sur le terrain.
- Bon, je vais aller chez Taylor, je te tient au courant de son état. On s'appelle ce soir ?
- Bien sûr. Bonne journée, Lola.
- Toi aussi, bye !

Il est déjà 10h05 quand je sors de chez Taylor. Elle est plutôt mal en point, et collectionne tous les symptômes de la grippe sans en rater un. Bien heureusement, elle à l'air d'aller de mieux en mieux. Taylor n'aime pas devoir rester au lit. Même si elle apprécie qu'on prenne soin d'elle et qu'on la chouchoute, elle préfère faire du sport, dépasser ses limites... Elle aime avoir la situation bien en main, contrôler plutôt que subir... Une vraie tigresse. Un lionne. En plus de sa beauté, je me suis déjà surprise à envier ses qualités de leader, et sa force. Je lui promet de repasser la voir ce soir, avec sa pâtisserie préférée : un énorme Paris-Brest archi-sucré spécial grippe.
Il y a un arrêt de bus juste dans la rue d'après la nôtre. Je le rejoint, monte dans le premier bus pour le cimetière et, quand je descend et contemple la haute montée qui s'étends en serpentins jusqu'au vieux cimetière, un vent des plus puissants s'abat sur moi. Il fait voler mes cheveux, déjà emmêlés, dans tous les sens et me fait légèrement frissonner. Je prends un grande inspiration, de lourdes mèches de cheveux caramels me cachant partiellement la vue, et chuchote pour moi-même :
- C'est parti Lolita !


La grille du cimetière est entrouverte et semble m'attendre. Le vent s'est un peu calmé. C'est comme s'il voulait me dissuader de continuer mon chemin, pour s'arrêter en me trouvant plus résolue que jamais. Oui, je vais aller jusqu'au bout, et on ne me fera pas capituler facilement. Je consulte l'heure sur mon téléphone et relève la tête, prête à passer à l'attaque. Je pousse la grille, qui s'ouvre en grinçant, et m'aventure au plus loin dans l'ancien cimetière. Je passe devant le rosier rouge, qui semble me regarder avec espoir, et poursuit mon chemin, plus profond dans les allées. Le cimetière n'a pas changé, il est toujours aussi mort (c'est le cas de le dire), aussi fade et triste. Le silence est parfait. Je n'entends que le murmure des rafales de vents, ce son monotone et triste qui me fait penser aux chants plaintifs des esprits qui errent ici. Cette impression est renforcée par le sentiment de solitude très lourd qui règne ici. Je ne crois pas plus que ça à la vie après la mort, ni même aux esprits ou aux fantômes, mais j'aime imaginer que les défunt que nous aimons sont encore quelque part, à nous observer et à nous encourager. C'est peut-être idiot pour certain, mais j'ai perdu beaucoup de monde dans ma courte vie. Penser que ma mère me regarde de là-haut, ou de où qu'elle soit, me réconforte vraiment.
Je continue à progresser dans les longues allées, devant parfois lever les pieds pour ne pas trébucher sur la végétation sauvage environnante. Enfin, je parvient à un banc en pierre brute, sculpté juste devant le mur à moitié détruit du fond. Et, affalé sur le banc, Liam Salvador semble perdu dans ses pensées, le regard dans le vague. je ne peux m'empêcher de remarquer à quel point il est beau, immobile et parfait comme une statue Grecque. Sa peau joliment dorée assortie à ses cheveux malmenés par le vent est tout de même un peu rosie par le froid. Ses yeux bleu pastel semblent hésiter entre refléter le gris orage qui nous entours, ou imposer leur bleu nuit profond. Liam est adossé avec nonchalance contre le mur et assis sur le dossier du bans, ses longues jambes reposant sur l'assise. Il est tellement beau que je ne voudrait pas le déranger dans ses pensées. mais quand ses yeux changeants se pose sur moi, son visage s'éclaire un court instant, et son regard aux mille teintes bleutés se met à danser plus vite. Mais cela disparaît tellement vite que je doute même de l'avoir vraiment vu. Il reprend un visage de marbre et garde le silence... Et cet air là me met très mal à l'aise ! Je m'encourage : Allez, Lolita, arrête de baver et reprend le contrôle ! Tu as déjà un petit copain ! Où est passé ta détermination ? Je secoue imperceptiblement la tête comme pour chasser mes propres pensées. Oui, ma détermination est toujours là !
- Salut, Liam, dis-je du ton le plus détaché dont je suis capable.
Heureusement, il me répond !
- Salut, Lola.
Sa façon de répéter simplement ma phrase m'agace, mais j'aime comme il prononce mon nom, et je m'extasie devant la manière parfaite dont nos deux noms sonneraient ensemble... Attendez, quoi ? J'ai un petit ami !
Je m'arrache à mes réflexion confuses et reporte mon attention sur Liam. se doute-il de l'effet incroyable qu'il me fait ? Avec lui, j'oublie tout, même mon petit ami ! En tout cas, son visage innocent et parfait n'en laisse rien témoigner. Enfin je m'aperçoit qu'il me regarde toujours, et quelque chose dans son regard pastel me rassure, m'incite à continuer. Il a envie que je lui parle !
- Liam, dis-je simplement. Il faut qu'on parle.
Bon Ok, c'est un peu nul, mais son sourire léger m'affirme qu'il pense la même chose. Enfin, il m'est impossible de savoir ce qu'il pense, mais je vois bien que ma petite phrase a suffit, comme si nous avions à peine besoin de parler pour se comprendre. Cette pensée me fait un effet bizarre.
Liam hoche doucement la tête et affiche un petit sourire. Je jurerai y déceler quelque chose de triste, mais là aussi, ça disparaît en un rien de temps.
- Je sais, me répond-il en me regardant droit dans les yeux.
Il saute de son perchoir sur le banc et atterrit devant moi avec grâce et agilité.
- Mais pas ici.
Son air est grave quand il prononce cette phrase. Ce qu'il a à me dire est bien plus difficile à entendre, plus important que ce que je m'imaginais. Oh non, je ne suis pas prête, je ne me suis pas préparée...
Liam me regarde longuement, à nouveau perdu dans ses pensées.
- J'ai quelque chose à te montrer.
Une expression confuse que je lui découvre né sur son visage. Il tend la main, comme pour prendre la mienne, l'effleure de ses doigts doux et tiède, puis se ravise brusquement. J'ai le souffle coupé par ce simple contact, léger comme tout et pourtant incroyable. Quand ses doigts on frôlé les miens, j'ai senti une décharge électrique accompagnée d'une explosion de chaleur. Je baisse doucement les yeux vers ma main, puis la sienne, et lève à nouveau le visage vers lui, complètement perdue et bouleversée. Je vois ma surprise et mon incompréhension se refléter sur ses traits proches de la perfection. Il a le souffle coupé. Il a aussi ressentit la décharge et la chaleur, et ne comprend pas plus que moi la réaction de nos corps à ce toucher. Nous nous contemplons sans un mot un instant, puis il regagne son visage contrôlé, ne laissant transparaître aucune autre émotion.

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Dernière édition par CryingHeart le Jeu 23 Mai 2013 - 13:15, édité 2 fois
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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Ven 16 Nov 2012 - 9:09



- Où est-ce que tu m'emmène ? je demande, tout en suivant Liam.
Nous marchons en silence le long du mur du fond. Liam, les main fourrées dans les poches de son sweat, se retourne vers moi. Un lourde mèche de cheveux blond clair joue devant ses yeux. Il la repousse d'un geste, puis me montre d'un geste bref la vieille maison où il vit, juste derrière le mur que nous longeons.
Suivre un presque inconnu chez lui, qui n'a pas une excellente réputation et qui habite dans une Maison hantée ne me réjouis pas plus que ça. mais quelque chose m'incite à acquiescer. Comme hier soir, je me sens en sécurité avec Liam.
- Ne t'en fait pas, me rassure-t-il comme s'il suivait le cour de mes pensées. On rentrera juste dans la véranda. Pour s'abriter du vent et pouvoir s'asseoir.
J'acquiesce à nouveau en secouant la tête, et le vent fait voler mes cheveux tout autours de moi. Je me félicite intérieurement d'avoir décidé de mettre un jeans plutôt qu'une robe.
- Pourquoi est-ce qu'on continue à longer le mur alors ? je demande, bêtement. Tu ne me feras pas escalader ça. Il n'y a pas d'autres sorties, si ?
Liam sourit, amusé. Il s'arrête devant un grand rosier plus que sauvage à l'angle du mur. Les tiges entrelacées, pleines de picots et chargée de lourdes rose d'un rouge velouté éclatant contrastant dans ce monde gris, cachent en fait une grille. La petit grille rouillée d'un portillon. Liam, remarquant mon regard admiratif sur le rosier, me sourit doucement.
- C'est incroyable comme le rouge éclatant ressort dans le cimetière, pas vrai ? me murmure-t-il. La grâce dans sa feuille, et l'amour se repose/ Embaumant les jardins et les arbres d'odeur/ Mais battue ou de pluie ou d'excessive ardeur/ Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.
Je l'écoute réciter lentement, avec passion. Je lève les yeux de la rose pour les tourner vers lui. J'ignore pourquoi je suis aussi émue par la simple évocation d'un poème. Comment a-t-il pu savoir que les poème de Ronsard me touche autant.
- Ronsard, dis-je dans un chuchotis.
Là, le visage de Liam s'éclaire. Je souris timidement.
- Je... Je l'ai étudié au lycée...
Avec stupeur, je me rends compte que le vent à complètement cessé. Le silence est parfait. J'entends la respiration de Liam se mêler à la mienne et résonner dans les allée désertes. Je sens son souffle chaud juste sur ma joue et mon cœur s'accélérer. Pourquoi est-ce que je me comporte ainsi ? Pourquoi mon cœur bat à se rompre...
Le regard de Liam est fixé sur moi. ses cheveux ébouriffés brillent comme une auréole au dessus de son visage. Ses yeux sont maintenant d'un bleu foncé profond. Je sens son parfum m'entourer, et nous visages se rapprocher sans que j'en ai conscience. Comme au ralenti, sa main retire une mèche de mes cheveux collée par le vent à mon visage avec une douceur délicieuse. Sa main brulant malgré le froid s'attarde sur ma joue et je frissonne malgré moi de plaisir. Je gémis :
- Liam... ne fait pas ça, je t'en supplie.
Son visage, si près du mien. Nos souffle entremêlés. Sa main sur mon visage. Sa bouche qui doit être si chaude, si douce et si accueillante...
Il me laisse le temps de le repousser si je le souhaite... Et j'aimerai tant le souhaiter ! Seulement, au fond de moi, je veux qu'il continue de me toucher. Je veux l'embrasser.
- Je... je suis désolée, dis-je finalement, en m'arrachant à son regard hypnotisant.
Il secoue la tête. Il a vraiment l'air confus et désespéré. j'ai moi-même l'impression de sortir d'un étourdissement. Je ne comprend pas ce qui s'est passé. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Ce n'est tellement pas mon genre...
- Non. c'est moi, me dit-il l'air profondément sincère, et aussi perdu. Je suis si désolé Lola. Je t'en supplie, ne t'enfuis pas. Je suis tellement désolé. mais il faut que tu reste.



Mais qu'est-ce qui m'est passé par la tête ? C'était tellement bizarre, mais à la fois délicieux...
Lola. Elle est tellement belle, gentille, généreuse. Ca m'a fait tellement plaisir de voir qu'elle s'intéresse à la poésie. Ca a renforcé l'impression que j'ai que nous sommes fait l'un pour l'autre... Et cette décharge, cette infusion de chaleur quand nos mains se sont frôler. j'ignore vraiment ce que c'était. Je n'ai jamais ressenti cela. Peut-être est-ce une concentration d'énergie, ou de tension ? Ou même de magie... car maintenant, si proche de lui dire la vérité, je ne peux plus le nier. Elle a des pouvoirs.
C'est une si bonne personne, je ne peux pas lui faire ça ! Je sais qu'elle a un petit ami, ils sont heureux ensembles. Normaux.
Mais c'est comme si... comme si c'était plus fort que moi. Plus fort que nous deux. Notre attirance l'un pour l'autre est incroyablement palpable. Je l'ai vu dans son regard, aux couleurs changeant. Ses yeux ont soudain pris une teinte rougeoyante, passionnée.
Mais tout de même, quel abruti je fais ! J'aurai dû pouvoir éviter ça. Maintenant, que va-t-elle penser de moi ? Lola doit être complètement perdue, encore plus apeurée, si elle ne l'étais pas déjà. J'ai l'impression d'avoir tout bousiller, de ne plus pouvoir lui révéler quoique ce soit sans détruire tout son être. Tout ce qu'elle connaissait va être remis en question. Plus difficile. Alors que je sais que sa vie commençait seulement à reprendre une forme normale.
Peut-être ai-je eu tort de penser qu'elle était prête ? Peut-être ne l'est-elle pas...
Je sais que j'ai peut-être anéanti toutes les chances que j'avais pour qu'elle reçoive la nouvelle en douceur, mais je n'arrive pas, malgré tout ma volonté, à regretter ce... Ce presque baiser.

Un très long silence s'est installer dans le cimetière. J'attends la réponse de Lola avec espoir. Je me félicite de garder ce calme apparent. Comment ne s'enfuirait-elle pas, si même moi j'avais l'air d'être totalement dépassé ? Elle a l'air vraiment confuse, perdue. Ses yeux passent du mordoré au brun-roux a une vitesse saccadé qui semble refléter exactement ses pensées et ses sentiments, emmêlés et contradictoire. Soudain, une rafale de vent fait voleter ses boucles caramel autours d'elle. Elle lève les yeux vers moi, une lueur rouge feu décidée dans le regard. Ses joues à la peau couleurs neige sont légèrement rougis par le froid, et ses lèvres sont d'un rose glacé quand elle parle, d'une voix ferme :
- Je ne vais pas fuir. Je ne sais pas ce qu'il se passe, ce qui m'arrive, quand je suis avec toi, et j'espère que tu auras des réponses. Je sais, j'ignore comment, que tu sais beaucoup de chose, et que j'ai besoin de toi pour comprendre ce qui m'arrive depuis un moment.
les coins de ses lèvres s'étire imperceptiblement, mais j'y vois un sourire encourageant, et courageux.
- Je suis prête à entendre ce que tu as à me dire, aussi difficile à comprendre ou à entendre que ce soit.
Je pousse un soupir de soulagement inaudible. Elle vient de me confirmer qu'elle est prête ! Encore mieux : elle ne s'est pas enfuis le plus loin possible de moi. je lui adresse un sourire, accompagné d'un hochement de tête, et j'ai l'impression de voir sa peau se réchauffer.
Je pousse la grille rouillée pour sortir du cimetière, tout en éloignant le rosier en prenant garde à ne pas me piquer. Elle me suit sans broncher, l'air plus déterminée que jamais. Nous traversons une petite partie de la colline, recouverte d'herbe, jusqu'à la vieille maison. J'ai du mal à appeler ça mon "chez-moi" mais pourtant c'est bien le cas. je tourne la clé, ouvre grand la baie vitrée de la véranda et invite Lola à entrer. Elle n'hésite qu'un instant, puis croisant mon regard, pénètre dans la pièce chaude et lumineuse. Elle s'assoit sur le banc de ferraille d'intérieur en humant l'air et observant en détail les plantes dans les pots qui trônes par dizaines dans la véranda. D'un main distraite à la peau diaphane, elle lisse ses longs et soyeux cheveux. Troublant à regret son étude de la pièce, je lui demande
- Tu veux quelque chose à boire ? Pour te réchauffer.
Elle tourne la tête vers moi et je m'aperçois que ses yeux ont repris leur éclat caramel. Voilà un autre mystère qui l'entours ! Des ses deux main, elle replace ses toutes ses mèches de cheveux sur son épaule droite, laissant seulement quelques fines mèches trop courtes encadrer son visage. Je me rappelle, en souriant, la voir effectuer ce geste de la même façon lors de nos dernières rencontres, avec cet air un peu gêné qui lui va à croquer, ses cheveux formant une cascade d'ondulations aux reflets sauvages sur son épaule.
- Mm... Pourquoi pas. Je suis bientôt gelée, me répond-elle avec un petit sourire.
Je lui sourit à mon tour et ouvre la porte en chêne qui mène directement à la cuisine en annonçant fièrement, prenant un accent Italien plutôt raté :
- Je suis un pro du caffè latte, tu va voir.
J'entends Lola rire doucement dans mon dos. Un rire léger, et musical, avec quelque chose d'enfantin.



La porte d'en face s'ouvre sur Liam, tenant habilement d'une seule main un plateau gris pastel surmonté de deux tasses couronnées de lait crémeux.
Il dépose le tout sur la petite table en marbre avec les mouvements appliqués et gracieux d'un serveur de restaurant. J'ignore si c'est le fait que le froid et le vent ne puissent plus m'attaquer, ou le parfum naturel des plantes à fleur qui m'entourent, mais je me sent incroyablement plus détendue. Prête. Liam me tend une tasse, que je prends avec précautions.
- Attention, c'est chaud.
- Grazie Mille, dis-je en me moquant de son mauvais accent Italien.
- Mais... Prego! tente-il, hésitant et cherchant ses mots.
J'éclate de rire : notre Italien est proche du ridicule.
- Pour ma défense, j'ai choisit Espagnol, m'informe-t-il.
- Même chose, dis-je en prenant un gorgée de café au lait.
Je suis vraiment contente que la tension se soit évaporée. Liam a vraiment l'air d'un type sympa, quand il se sépare de son air mystérieux, bien que ce dernier soit très attirant. La délicieuse chaleur de la boisson se diffuse dans tout mon corps, et je savoure la douceur du lait. Je félicite Liam et nous reprenons notre sérieux.

- Il y a beaucoup de chose à dire, comment veux-tu t'y prendre ? Tu peux poser des question, ou alors je peux te raconter tout ce que je sais en commençant par le début.
Je réfléchis une seconde, et déclare courageusement, de ma voix la plus déterminée :
- Raconte-moi tout. Prends ton temps, n'oublie rien. Ne passe rien sous silence, ni les mauvaises, ni les bonnes nouvelles. Quoique tu dises, je ne vais pas m'enfuir.
Liam semble impressionné par ma volonté, son regard bleu semble me sonder.
- Tu es sûre ? fait-il d'une voix grave.
Oui... ?
- Oui !

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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Dim 9 Déc 2012 - 8:32



Je regarde le vent jouer dans les feuillages à l'extérieur de la pièce, en prenant quelques gorgées de café, tandis que Liam s'installe sur une chaise, les coudes sur la table. Il plonge son regard bleu pastel dans le mien, et je sens un peu de courage se diffuser en moi.
- Bon, fait-il. Commençons par le plus simple. Ces derniers temps, il a dû t'arriver des choses étranges. Tu fais des cauchemars horribles, ils ont l'air plus que réels.
Concentrée, j'acquiesce doucement. La voix posée, il poursuit :
- Ce ne sont pas de simples rêves. Enfin, certains le sont. Tu as déjà entendu parlé de rêve prémonitoires ?
Me forçant à ne pas trop réfléchir, je hoche à nouveau la tête.
- Les tiens en sont, ou ils servent à t'avertir d'un danger.
Je me retiens de protester, avant de me remettre à l'évidence : depuis le début, je sais que ces rêve ne sont pas de simples produits de mon imagination. Ils sont trop réels, trop effrayant pour cela. Mais me prédire le futur ? Oui. Je repasse dans ma tête mes rêves, les paroles de Loana. M'avertir d'un danger. C'est exactement ça.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? je demande, les lèvres tremblantes devant cette vérité.
Il reste un long moment dans le silence, me contemplant de ses yeux pastel, avant de m'annoncer la si lourde nouvelle :
- Lola, dit-il. Tu n'es pas totalement humaine. Et moi non plus.
Bizarrement, je n'ai pas la réaction à laquelle je me suis attendu. Je ne cris pas. Je ne m'enfuis pas. Je ne secoue pas la tête dans tous les sens en protestant et niant tout en bloque. Je n'éclate pas de rire.
Non. Je reste assise calmement, les yeux dans le vague. Je laisse les paroles de Liam résonner dans ma tête, prenant petit à petit un air de vérité. Une vérité que j'aurais tant attendu, mais sans même m'en douter. Tout doucement, j'essaye de voir ce que ça ferait si j'acceptais cette annonce. Je ne suis pas humaine.
- Mais comment ? Qui suis-je...
Liam relève la tête, l'air surpris. Surpris de mon acceptation si rapide d'une telle nouvelle.
- Tu... Tu me crois ?
Je hoche la tête gravement, et déclare :
- Je t'ai dit : je ne vais pas m'enfuir. C'est plus dur pour moi que je ne le montre. Mais je me rends compte que je sais, au fond de moi, que je suis différente. Et toi...
Liam m'adresse un petit sourire triste.
- Tu es courageuse, Lola. Il faut que tu le sois pour la suite. Nous sommes en effet différents des humains. Mais nous avons été comme eux. Avant.
- Avant ? Avant quoi ? dis-je, n'y tenant plus.
- Eh bien, d'après ce que je sais... commence Liam, l'air de plus en plus mal, hésitant. Ecoute Lola, ce n'est pas simple. Mais j'ai des raisons de croire que tu es morte. Une fois.
Est-ce qu'il se moque de moi ? Lui qui a l'air de savoir plus de chose sur mon compte que moi-même, il me ferait croire qu'il n'est pas au courant de... Un simple regard sur ses yeux bleus clair m'indique que Liam est plus que sincère. Je souffle :
- Alors tu n'es pas au courant...
Le beau visage de Liam s'assombrit. Mais il me lance un regard rassurant, encourageant.
- Raconte-moi Lola. Enfin, si tu le veux.
Le quelque peu de logique que j'ai m'averti de ne pas confier mon plus noir secret à cette personne que je connais à peine. Mais tout le reste de mon être me souffle que je peux faire confiance à Liam.
- Je n'avais que quatorze ans. Je suis tombé dans la mer de Marseille avec mon amie, juste après m'être disputée avec elle. La mer était folle. J'ai survécu et pas elle. Je me sens si coupable... C'est comme si je l'avais tué, je le sais. Et j'ai été morte quelques secondes avant qu'on me ranime.
Je sens les larmes me monter aux yeux. Ça fait longtemps que je n'ai pas raconté cette histoire à quelqu'un... C'est tellement horrible. La voix douce et calme de Liam m'enrobe, tandis qu'il me caresse maladroitement l'épaule. Son parfum et sa voix sont si réconfortants, si rassurants...
- Oh, Lola... Lola, tu sais bien ce n'est pas toi qui l'as tuée.
Quand il prononce mon nom ainsi, j'ai l'impression qu'il me connait depuis toujours.
- Peut-être, mais c'est si dur. Tellement difficile de faire semblant que tout va bien. Tellement difficile de culpabiliser chaque secondes de chaque jour. Et ça aurait vraiment pu être l'inverse.
- Non Lola, dit-il soudain, d'une voix ferme mais douce. Ça n'aurait jamais pu être l'inverse.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? je m'étonne, surprise.
Il prend une grande inspiration et se lance :
- Je vais te raconter un histoire. Il y a très, très longtemps, une épidémie d'une maladie mortelle à contaminée et détruit tout un village du Nord-Ouest de la France. Le cimetière était plein, tout le monde était touché et aucun remède ne pouvait guérir les pauvres malades. Une partie du peuple, une dizaine de familles, décidèrent de faire appelle au sorcier du village. Ils supplièrent le vieil homme de trouver un moyen de sauver leurs femmes, leurs enfants. Le sorcier utilisa la magie noire. Il promit de rendre les femmes et les enfants insensibles aux maladies et à la vieillesse. Les hommes resteraient vulnérables. Mais ils acceptèrent.
Le sorcier attendit que les femmes et les enfants soit vraiment en train de mourir, voir morts, pour activer la malédiction. Ensuite, les familles guérirent en un clin d'œil, mais les hommes s'affaiblirent tout en même temps. Ils donnaient toute leurs force vitales à leurs bien-aimées. Elles aspiraient réellement leur énergie. Bientôt, ils furent vraiment tués par la maladie. On dit que les familles se sont éparpillées dans la France une fois tout le monde parfaitement guéri.

Liam s'arrête un court instant pour reprendre son souffle. J'en profite pour demander :
- Et... que sont-ils devenus ? Ils étaient vraiment immortels ?
- Nous ne sommes absolument pas immortels. Juste éternels.
Je frissonne en l'entendant utiliser la première personne du pluriel. Nous.
- Oui, fait-il comme s'il avait suivit le cours de mes pensées. Les familles se sont éparpillés et ont continué à vivre dans des lieux vivants et peuplés, en aspirant la force vitale des humains pour survivre. Uniquement les humains qu'ils aimaient, qui leurs étaient chers. Les femmes se remarièrent, épousèrent des humains, qui furent tués, vidés de leur énergie...
Frappée d'un flash, je murmure :
- Des descendants...
Liam acquiesce et me félicite de ma perspicacité.
- Mais les enfants d'humains et de Maudits ne semblaient pas touchés par la malédiction. Jusqu'à ce que la mort les rattrape. Là, ils sont devenus éternels, et ont subi la malédiction. Certains descendants échappait à la malédiction, n'étant jamais tué. Parfois, il se pouvais que plusieurs générations s'écoule dans la ligné avant qu'un descendant déclenche la malédiction.

Le souffle coupé, je vois les pièces du puzzle s'assembler dans ma tête. Comme les premières femmes de l'histoire, je suis morte, puis j'ai guéri. Mais, cela, ça arrive à plein de gens ! Pourquoi, moi, je serais à cause de ça maudite et éternelle ? Mais tout cela sonne à la fois tellement vrai et complètement barge. Soudain, les images de Taylor malade, se vidant de ses forces, et moi dans mon rêve, dégustant la force et la puissance parcourant mes veine. La force de ma meilleure amie Taylor. Les personne qu'on aime. Dans un second flash, je revoit mon rêve de cette nuit. Tous les corps de mes amis sans vie. Leurs visages blêmes et morts. Est-ce ce qui m'attends vraiment ? Voir tout le monde mourir derrière moi, par ma faute ? NON ! C'est beaucoup trop horrible ! Cette fois, le déni l'emporte sur le reste. Je gémis, je supplie :
- Non... Non, Liam, non ! NON ! Je... Je ne peux pas, c'est impossible. Je ne peux pas !
Un sanglots m'échappe, car tout mon être, toute mon âme sait que cette histoire est vraie. Liam accourt, et me prend doucement dans ses bras, chauds, forts et rassurants.
- Ca va aller, écoute la suite, je t'en prie. Ce n'était que la partie "mauvaise" des mauvaises et bonnes nouvelles, finit-il en souriant tristement.
Je lui rends un petit sourire en essuyant les quelques larmes qui m'ont échappé et en me frappant mentalement d'être aussi bêtement émotive.
- Attends, dis-je faiblement. J'ai besoin - besoin d'un peu de temps. Pour comprendre. Pour y croire vraiment. Liam, finis-je, en le regardant dans les yeux. Je te crois.
Liam garde le silence, et son visage impassible. Les différentes teintes de couleurs tournois dans une jolie valse à l'intérieur de ses prunelles.
- La première fois, au lycée... Que s'est-il vraiment passé ? Je faisais comme un début de malaise, mais c'est toi, c'est toi qui m'en a sortie rien qu'en me touchant. Comme hier. Est-ce que c'était... ?
Liam reste silencieux un moment, hochant simplement la tête, l'air perdu dans ses pensées. Peut-être se remémore-t-il la scène ?
- Oui. Ecoute Lola, c'est vraiment compliqué. Quand nous devons reprendre de l'énergie, on a l'impression que notre vie, notre force nous quitte subitement. Là, tu tombe dans une sorte de transe, de demi-sommeil. En simple, si tu veux ton esprit voyage. Enfin, une partie. Cette petite partie de ton esprit va chercher un vie, une être vivant qui t'es précieux, et s'y attacher. Pendant ton faux sommeil, tu risque de faire des rêve étranges où tu vois ta... ta victime, en général très malade. La force te reviens.

J'ai un haut-le-cœur en revoyant mon rêve de Taylor, et la sensation de puissance qui m'a envahie. Je lui prenais sa force, je la rendais malade !
Je remarque :
- Tu parle comme si tu l'avais vécu intensément. Mais il y a longtemps. Y'a-t-il un moyen d'y échapper ?
Ma voix est plus que tremblante, tout comme mes mains, que je garde poings serrés. Liam garde un visage sans expression. Mais comment fait-il ?
- Non, répond Liam d'une voix ferme. On n'y échappe pas. C'est notre seule façon de survivre. Mais il y a un moyen de ne blesser personne. Ecoute, en simple, au lieu d'attendre que tu n'ais plus assez de forces pour survivre, et que tu puise toute celle d'un innocent, tu peux en prendre un petit peu plus souvent, mais en infime quantité.
Je ne réponds rien et attends la suite. Cette solution ne me parait pas moins horrible, mais j'imagine que je n'ai pas un éventail de solutions.
- Seulement, c'est plus difficile au début. Extrêmement difficile. Lola, tu es forte je le sais. Tu y arrivera. C'est le seul moyen de ne blesser - de ne tuer - personne.
Cette fois, je n'arrive même plus à penser de façon cohérente. Je hoche frénétiquement la tête en finissant mon café. Puis, je lève le visage vers Liam.
- Liam. J'ai peur. Je ne suis pas assez forte. Je ne suis pas prête pour ça. Je n'arrive même pas à assimiler toutes ces choses que tu as dites. C'est trop pour moi ! Je ne suis pas courageuse, je ne suis pas comme tu le pense !
Mes paroles ayant commencé sans émotion, et se finissant en frôlant l'hystérie, je préfère me taire et baisser les yeux.
Tout doucement, Liam tend une main et relève doucement mon menton pour croiser mon regard.
- Lola, souffle-t-il. Regarde moi. Je promets de te protéger. Je te promets que tu parviendra à surmonter tout ça. Il le faut. Je sais que tu es assez forte, fais-moi confiance.
- Je ne me fais même pas confiance à moi-même. J'ai l'impression de ne plus rien connaitre.
- Je sais.
Je le laisse serrer fort ma main dans la sienne. A nouveau, le contact de nos peau me fait frissonner, mais ni de froid ni de peur. C'est comme un frisson de plaisir. Le choc de ma peau gelée contre la sienne, aussi brûlant que doit l'être le soleil. Bien que consciente de ce qu'il se passe, je ne retire pas ma main, pour sentir et goûter à nouveau cette sensation si extrême.
Surnaturelle.





_____________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________




C'était donc mon dixième chapitre Je voulais juste signaler que la ville de Saint-Vallier où vivent mes personnages est une très jolie petite ville dans la Drôme (26), dans le Sud-Est de la France, que je n'ai malheureusement eu la chance de visiter qu'une ou deux fois. Je ne connais donc pas du tout la commune de Saint-Vallier et mes descriptions parfois précises sortent à 98% de mon imagination. Je salue en tout cas les habitants de la Drôme qui pourraient se promener par ici, et si par hasard un Valloirien me lit, qu'il ne se bloque pas sur les différences avec sa ville
Voilà pour ça.
Maintenant, les commentaires, c'est ici !
Ou ici :


Je ne reçois presque pas de commentaires pour mon travail, alors je voudrais dire à toi qui lis, que tu ais aimé ou détesté, ou que ça n'a même pas changé d'un cheveux le cours de ta journée, laisse un petit message Ca fait toujours plaisir de savoir qu'on est lu, même si ça ne plaît pas à tout le monde, et ça permet de rectifier ce qui ne va pas.
Bon dimanche à tous, et à bientôt !
C-Heart.

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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Sam 22 Déc 2012 - 11:09



Je vérifie l'heure sur mon téléphone portable. 11h12. Je suis montée au cimetière il y a environ une heure. Une petite enveloppe jaune et blanche clignote sur l'écran. Du bout du doigt, je clique dessus, et le numéro de mon frère s'affiche.

A : 11:09.
Je mange au kebab avec Tim, Joan et Jeremy. Tu veux venir? Tu fais quoi? J-


Je tape une brève réponse comme quoi non, je ne viens pas, et range mon téléphone dans la poche de mon jeans.

- Alors ? fais-je, tandis que Liam ouvre un peu la fenêtre de la véranda, le vent ayant totalement cessé.
Il se retourne doucement, gardant le silence. Ses yeux cette fois bleu-mauve brillent d'une lueur amusée.
- Alors ? je répète. Est-ce que j'ai le droit de connaitre la partie "bonne" dans "Bonnes et (très) mauvaises nouvelles, par Liam Salvador" ?
Il m'observe encore un instant, une lourde mèche blond cendre barrant son front, avant de répondre :
- Absolument. Tu as même le droit à une démonstration en direct, par Liam Salvador, affirme-t-il en se moquant.
- Waouh, quelle chance, dis-je, à moitié ironique, à moitié excité.
Liam sourit, un sourire assuré et rassurant, puis fait coulisser la lourde porte-vitrée. Il m'invite à le suivre dehors. Nous marchons jusqu'au sommet de la colline du cimetière. Liam se retourne vers moi, et se laisse tomber dans l'herbe. Intriguée et amusée, j'avance jusqu'à lui. La brise joue dans mes boucles et me caresse doucement le visage. Le soleil semble juste au-dessus de nous, et nous enveloppe d'une douce chaleur. A mon tour, je m'assoie dans l'herbe verte. Je replie mes jambes en tailleur et penche la tête vers Liam, attendant la suite. Un grand sourire s'allume sur son visage, déjà illuminé par les timides rayons de soleil. Ses épaisses mèches blondes en bataille scintillent comme un auréole autours de son visage.
- Qu'est-ce qu'on fait ? je demande bêtement.
Il plante son regarde océan dans le mien.
- Ferme les yeux, me souffle-t-il.
Je fronce les sourcils un quart de seconde, puis me laisse prendre par le jeu. Après tout, je me sens vraiment bien à l'instant même. Incroyablement bien. Je ferme les yeux, et renverse la tête vers le soleil, le laissant me baigner de sa lumière et de sa chaleur. Je cherche le chant de quelques oiseaux perdu passant par là, mais j'entends surtout le vent frôlant l'herbe, s'amusant dans les feuillages. Je sens la présence de Liam tout près de moi, mais j'ignore ce qu'il peut bien manigancer.
Je savoure encore la sensation de sérénité, de délicieuse et paisible solitude.
A travers mes paupières closes, je devine qu'un nuage passe devant le soleil, assombrissant le ciel.
- N'ouvre pas les yeux, murmure la voix de Liam, toute proche.
Tout doucement, la température se rafraichit et le ciel s'assombrit un peu plus.
Quand ma peau nue commence à me picoter, à ressentir le froid, de petits éclats de chaleurs se rependent sur mon visage, comme des pétales de fleur léger, doux et brûlants se posant sur mes joues avec une délicatesse infinie, glissant sur ma peau réchauffée.
Malgré moi, j'ouvre les yeux. La lumière du jour m'éblouit un instant, puis je découvre la fine pluie qui descend sur moi, et sur Liam. Ce dernier est toujours assis à mes côtés, visage et paumes tourné vers le ciel, offerts à la pluie. Dans cette position, paisible, il ressemble vraiment à un ange blond. La douce pluie me baigne toujours de sa chaleur. Subjuguée, je ris. Les paupières de Liam se soulève et ses lèvres s'ourlent en un adorable sourire. Je m'écris, en riant toujours :
- Liam ! Me dis pas que c'est toi qui... Que tu peux...
Le reste se perdit en un éclat de rire.
Je renverse à nouveau le visage en arrière pour gouter encore et encore l'eau scintillante se déversant sur nous deux comme une retombée de paillettes, tandis que Liam explique :
- Tu pourra le faire aussi Lola ! Tu pourra faire ce que tu veux du vent, du soleil, de la pluie, des nuages, des orages...
Il éclate d'un rire aussi doux, aussi chaud et aussi délicieux que les fine gouttes de pluie. Je continue de rire avec lui.
- Liam ! Espèce d'idiot, je vais être complètement trempée ! je proteste en pouffant.
Aussitôt, il se lève, m'entrainant avec lui.
Nous nous retrouvons tous les deux, debout, trempés, à se dévisager...
- Viens ! me dit-il en m'entrainant à courir à travers la plaine jusqu'à la porte coulissante de sa véranda.

Nous nous réfugions à l'intérieur, alors que la pluie commence à s'arrêter. La chaleur étouffante de la pièce me saisit un instant, puis j'apprécie l'air sec de la pièce. Je ris toujours aux éclats.
- Eh bien, si je m'attendais à ça !
- T'en pense quoi ? demande innocemment Liam.
- Liam, c'est incroyable ! C'est tellement... magique. Si je m'attendais...
Grand sourire charmant de Liam, tout dégoulinant d'eau. J'éclate de rire.
- Je parie que tu n'as rien dans ce genre pour nous sécher, dis-je, sur le ton de la reproche, mais sans pouvoir m'empêcher de m'esclaffer.
- Et tu as raison.
Encore essoufflée par la course, et peut-être même par le rire, je me laisse tomber sur le banc. Liam me rejoint.
Nous gardons le silence un moment.
C'est moi qui le brise.
- Pourquoi es-tu si mystérieux, Liam Salvador ?
- Moi, mystérieux ? rétorque-t-il dans un sourire en coin.
- Oui.
Je ne le laisserai pas éviter le sujet. Il a encore des explications à donner. Je tente :
- Pourquoi tu sèches les cours ? Est-ce que tu vis seul ?
Son sourire se fige un instant, puis il se reprend.
- Oh, c'est ça. En fait, il y a une raison. Une simple raison.
J'attends, devant son air sérieux. Tandis que je l'observe, je ne peux m'empêcher de penser qu'il est beau. La beauté d'un ange triste, et à ce moment, perdu. Ce n'est plus la perfection insolente mais froide qu'il m'inspirait rien que ce matin. Son masque. Sa protection. Le visage qu'il sert aux autres. A cet instant, j'ai l'horrible impression d'être la première personne depuis longtemps avec laquelle Liam commence à déchirer son masque. Il semble près à me dévoiler ses plus profondes souffrances, peines, peurs, comme à une amie.
Je croise son regard aux milles teintes de bleu dansant tristement. Un regard trop profond. Trop plein d'émotions. Trop plein de douleurs et de combats, de tristesses et de pertes, pour une si jeune et si belle personne.
Qu'a-t-il bien pu faire ? Qu'a-t-il bien pu lui arriver pour que tant de douleur se cache dans ces grand yeux tristes à la couleur de l'océan ? Peut-il encore être sauvé ?
Il ferme un instant les yeux, puis les rouvre. Cette fois il est impassible.
- Il y a trois ans, j'ai tué un homme.
Liam plonge son regard dans le miens, guette mes réactions. Sans m'en rendre compte, je retient ma respiration. J'essaie de ne rien laisser transparaître sur mon visage, mais les mots sont trop forts. Un mot surtout. Un tout petit mot qui résonne dans toute ma tête. Peut-être même dans tout mon corps.
Tuer.
J'ai tué un homme.
Liam, les mâchoires crispées, lève à nouveau le visage vers moi.
- Je n'étais qu'un gosse, reprend-il d'un voix ferme qui me fait frissonner. J'avais seize ans. Il s'appelait Mathias Connors. C'était un mec du lycée, un vrai petit connard.
Je me sens pâlir en l'entendant utiliser le passé. Son regard se fait trouble, ses poings se serrent sur la chaise en bois. C'est comme s'il revivait intérieurement les évènements.
- On s'est battu. On est allés derrière la décharge et on s'est battus. A mort. Ca semble irréaliste pour des gamins de seize ans. Connors avait un couteau. Un simple lame mais un arme tout de même. Il était sur moi quand il l'a sortie, ce salaud. J'ai été d'abord surpris. Je me suis figé, statufié. Lorsqu'il a approché la lame jusqu'à toucher de sa pointe ma joue gauche, me crachant au visage, je n'avais jamais eu aussi peur. Pendant cinq seconde, je me suis vu laisser tomber. J'étais sur qu'il allait m'enfoncer la lame dans la gorge en me regardant suffoquer. Mais ce ne fut qu'une poignée de secondes.
La peur a laissé place à la rage. La fièvre, la folie, la fureur. Je l'ai frappé à l'épaule, aux bras au visage. Je me suis débattu de toutes mes forces. Je me suis libéré, et je l'ai rué de coups. C'est là que j'ai senti la lame s'enfoncer profondément, très profondément dans le bas de mon ventre. J'ai hurlé en sentant exploser la douleur. Connors est tombé à genoux en même temps que moi. Je n'ai pas cessé de le battre.
J'ai fait la chose la plus horrible de ma vie. Avec la force qu'il me restait, j'ai saisit une énorme pierre et je l'ai frappé au visage jusqu'à ce qu'il tombe. Et je suis tombé à mon tour.

Il laisse tomber sa tête et ne me regarde pas. Je suis pétrifiée. Je sens un tas d'émotion affluer et je ne sais pas les gérer. J'hésite probablement entre pleurer, hurler, et vomir. Ma tout ce que je peux faire c'est le regarder. Regarder Liam sans savoir même que penser.
Ai-je peur de lui maintenant ?
Le vois-je différemment ?
La réponse surgit clairement dans mon esprit. Non, je n'ai pas peur. Qui suis-je pour le juger ?
- Je ne sais pas ce qui s'est passé ensuite, poursuit-il, toujours sans me regarder, et la voix tremblante. Je suppose que mon cœur s'est arrêté un instant. Je me suis réveillé à l'hôpital, on m'a dit qu'il était mort. Et je n'ai pas voulu y croire. Je n'ai pas été condamné, mais je n'ai eu que des ennuis pendant six mois. Ma mère et moi, on a du déménagé dans le nord de la France.

Cette fois, il lève les yeux vers moi. Je ne sais pas quoi dire ni faire.
Le réconforter ? M'enfuir en courant peut-être ?
Je n'ai pas de mots. Je croise son regard bleu électrique et y reste accrochée. Je fais passer dans mon regard tous les sentiments et émotions que je ne peux exprimer. Je lui affiche ma compassion, ma peur mélangée à l'incompréhension, mon admiration, ma confusion. Je ne cache rien. Mais surtout, je lui montre que je ne le juge pas.
Après tout, mon passé est lourd et sombre, mon futur l'est peut-être plus encore. Sans le comprendre, je sens mon destin et celui de Liam liés.
Je le regarde encore. Pourquoi se livre-t-il à moi ? Lui qui a endurés tant d'épreuves, qu'il me les ait confiées ou non. Il devrait être méfiant, dur, impassible.
Il l'est.
C'est comme s'il pensait avoir la plus grande confiance en moi. Et c'est réciproque. Je n'arrive pas saisir cela. Avec Liam, je me sens non pas différente mais libérée.

Nous restons dans le silence. Mais ce n'est pas un silence gêné. Plutôt réconfortant. Nous n'avons tout simplement pas besoin de parler. Nos émotions et pensées flottent entre nous.
Certains moment ne nécessitent pas de mots.
L' émotion n'a pas de voix.







Voilà pour le chapitre 11 ! Je voulais le poster avant de partir, c'est gagné !
(je pars dans deux heures, j'ai cru que je n'allais pas y arriver !).
Alors qu'il pleut dehors, qu'il neige, qu'il vente,
prenez le temps de me lire, vous n'avez rien à perdre !

Et laissez un petit commentaire, ça remonte le moral !
Soyez gourmands et profitez de vos petits cadeaux sous le sapin !
Joyeux Noël,
C-Heart.

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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Sam 5 Jan 2013 - 10:23



- Pizza ? je crie à Taylor depuis la cuisine.
- Oh. My. Gosh. J'en rêve. Depuis au moins... Deux heures. Voir trois !
Je lâche un petit rire.
Après être descendue du cimetière, je suis repassée chez Taylor. Nous prévoyions une soirée repos toutes les deux. Films cent pour cent niais et fleur bleue, pile ce qu'il nous fallait a toutes les deux. Ne plus penser à rien et se détendre. Je fouillait dans les placards de la cuisine de Taylor, afin de dénicher peut-être quelque chose de quoi nous goinfrer, quand la sonnette à... sonné ? Je dirais plutôt cliqueté. Le bruit aigu et saccadé est arrivé jusqu'à moi.
I-i-i dii-i-i.... ONG-G !
La porte s'est ouverte sur Joan.
- Yoooo !
- Referme la porte, par pitié ! s'est esclaffée Taylor, reconnaissant la voix de Joan.
Joan s'est infiltrée dans le salon. Ses cheveux noirs, bien que trop courts et trop bouclés pour cela, étaient attachés en une mini-tresse par le moyen de trois élastiques de couleurs verte et orange - ses couleurs fétiches. Ses bras fins étaient chargés : deux immenses pots de glaces, un sachet de pop corn et une collection de films d'horreur.

- Je suis d'accord pour avaler la moitié d'une pizza, et des kilo de pop corn au beurre, mais comptes pas sur moi pour regarder ça, informe Taylor en montrant de son ongle parfaitement manucuré la pochette du premier film de la pile de Joan.
Celle-ci riposte immédiatement :
- Une bonne frousse ça fait du bien !
Elle hoche fermement la tête, convaincue. J'amène les deux pizza que je viens de sortir du four. Nous nous installons sur le canapé, tandis que Joan fait la liste de tous les films qu'on doit absolument regarder.
- Oh mon dieu, il y en a trop. Je vais faire ploum-ploum.
Pendant que Joan place un DVD au hasard dans le magnéto, je parle avec Taylor. A chaque mot qu'elle prononce, je ne peux m'empêcher de me remémorer ma conversation avec Liam. Taylor a vraiment l'air d'aller mieux de seconde en seconde... jusqu'au jour où, malgré moi, je lui reprendrait de son énergie. Un frisson me parcours. J'essaye de ne plus y penser. Liam a promis de m'empêcher de tuer ou de rendre trop malade qui que ce soit. Je lui fais confiance. Je sais qu'il tiendra promesse, quel que soit le prix que cela lui coûte. En attendant, je peux me reposer et m'amuser un peu.
Enfin, autant qu'on le peux avec une amie malade prête à engloutir la moitié du frigo, une amie folle et psychopathe, ainsi que des films d'horreur. C'est à dire que je peux plutôt bien m'amuser et oublier le reste.
- Mouhahah ! Préparez-vous à hurler !
Elle saute sur le canapé pour atterrir dans un grincement entre moi et Taylor.
Bizarrement, je me plonge assez facilement dans le film. Je me prend à sursauter de nombreuses fois, bien que j'ai déjà vu le film.
- Oh non, non, cours ! Oh non, elle va pas y arriver ! s'écris subitement Joan lorsque la femme du film se fait enfermer dans la pièce alors que tous les objets se mettent à se déplacer d'eux-mêmes.
Je lève les yeux au ciel et tire sur le bout de la mini-tresse noir de Joan.
- Aïeuh !
- Tu as déjà vu le film un million de fois, et moi aussi. Pourquoi tu continue à faire des commentaires comme si tu ne connaissais pas la suite ? fais-je en me moquant.
Elle secoue la tête, l'air exaspérée.
- Vous appréciez rien, les enfants !
Je soupire et me replonge dans le film. Une vitre explose violemment et la femme tombe. Je crie. J'entends Taylor se joindre à moi. Joan, en face, explose de rire. Je rie à mon tour de ma réaction, pendant que Taylor lui envoie des pop-corn en s'esclaffant.
- Si je vomi, ce sera de votre faute ! gronde Taylor.
- Ça, fait Joan, pensive, ben ça m'est déjà arrivé !
- Quoi, de faire vomir ta meilleure amie ? Ouais probablement, raille Taylor.
- Meuh ! proteste l'autre, la bouche plein de pop-corn. Je me suis déjà faite poursuivre par un fantôme, explique-t-elle plus clairement. C'était une femme, toute blanche avec les cheveux raides et un robe noire.
Joan prend sa voix la plus mystérieux et sérieuse. Elle y met beaucoup d'émotion. Elle est très douée pour faire passer ses salades et en faire des tonnes.
- C'était la nuit d'Halloween, quand j'étais à l'internat Wiesenthal, à Saint-Vallier Nord. Elle était derrière moi et elle ne me lâchait pas. Elle ne disait rien, mais elle chantonnait une horrible mélodie, comme un comptine. A un tournant, j'ai croisé une autre fille de l'internat, elle a vu la fille aussi, m'a-t-elle dit. Quand je me suis retournée, le fantôme avait disparu.
- Tu nous l'as déjà raconté celle-là, je soupire.
- Et elle a changé depuis, se moque Taylor. D'ailleurs, je t'assure que c'était pas un fantôme, c'était la femme d'entretient qui s'occupe de déboucher les toilettes.
Je hausse un sourcil.
- J'ai un ex à Wiesenthal, se justifie Taylor.
- Bon OK, elle ressemblait un peu à la femme des chiottes qui venait de temps en temps, avoue Joan, en tirant la langue. M'enfin tout de même ! Quelle expérience traumatisante !

Quelques minutes plus tard, alors que le film touche bientôt à sa fin avec une foule de zombies en colère, on frappe à la porte. Je me demande vaguement pourquoi il ne sonne pas, et que cela peut être à cette heure-là, puis je me dirige vers l'entrée. J'ouvre en grand la porte d'entrée. Le froid de la nuit s'engouffre dans la hall d'entrée et je frissonne, tandis que j'essaye de distinguer qui est devant moi. J'entends son souffle rauque, je le sens contre mon visage. Je sens sa présence mais ne devine même pas sa silhouette. C'est comme si mes yeux ne voulaient ou ne pouvaient pas le voir. Ce que je ressent, cependant, en dit beaucoup. La personne dégage quelque chose de familier et d'effrayant. Je sens de la menace et de la colère dans sa respiration. Soudain, mon poignet se retrouve bloqué dans un étau de fer. Une main chaude qui se serre, se ressert et finit par me broyer le bras pendant que je hurle de façon désespérée.
Là, une multitude de voix surgissent dans ma tête et se joignent à mes hurlements. Certaine sont inquiètes, chaleureuses, d'autres sont méfiantes, menaçantes. Je sais, semble confier l'une d'elle. Le chuchotement se répète à l'infini alors que je m'abandonne, laissant les ténèbres s'emparer de mon esprit. Je sais.
Je sais.
Je.
Sais.
Je.


- Lola !

J'ouvre les yeux, et la lumière du salon m'éblouit. Je les referme aussitôt. Une main chaude se pose sur mon bras. Cette fois, je sursaute et je me dégage immédiatement. Quand je me redresse, je m'aperçoit que je suis encore dans le canapé du salon. Taylor me regarde avec inquiétude. Sa main est en suspens près de mon bras gauche. Avec difficulté, j'essaye de reprendre ma respiration. La douleurs sur mon poignet gauche est bien réelle. Je le palpe et l'inspecte. Aucune marque n'est visible. Je sens encore la main brûlante posée sur ma peau. Sauf que ce n'était qu'un rêve.
Je suis encore trop embrouillée pour parler ou réfléchir à quoique ce soit. Mes pensées tournoient et dansent dans ma tête. Je m'imagine bien les petites étoiles qui tournent autours de ma tête, style dessin animé.
Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Nos rêves aurait des significations, d'après Liam. Alors quoi ? Quelqu'un va sonner à ma porte pour me tuer sur le champs ?

Je crois mourir lorsque des coups résonnent dans le hall d'entrée. Mes yeux s'ouvrent et s'arrondissent comme des soucoupes. Je fixe Taylor sans pouvoir parler. Elle fronce légèrement ses sourcils dorés puis se lève. Pétrifiée, j'attends. Je ne peux rien faire d'autre. Au bout d'une éternité, la voix de Taylor, un peu tremblant, retentit.
- Joan. Lola.
J'entends les pas lourds et précipités de Joan dévalant l'escalier en bois qui se trouve dans mon dos. Dans un effort surhumain, je me lève de la banquette. J'avance en mode zombie jusqu'à mes deux amies, figées devant la porte d'entrée. A chaque pas, je redoute ce que je vais découvrir.
Quand enfin je me place entre elles deux mon cœur s'arrête. Je baisse les yeux vers le carrelage blanc. Les mots, en majuscules rouges, semblent être écrit à même le sol. la première chose que je distingue me glace le sang.



Je me fige et détourne les yeux. Je sais. Comme dans mon rêve. Je sais. De simples mots qui ont un sens lourd. La personne qui les prononce partage quelque chose avec vous.
Je continue la lecture, laissant glisser mon regard vers le bas de la feuille blanche qui semble être placée exactement dans la bonne position pour que je lise clairement le message. Justes quelques lettres jetées sur le papier. Mais des lettres accusatrices. Menaçantes. Des lettres simples et éloquentes.


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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Dim 5 Mai 2013 - 11:26



Alors que Taylor dort profondément à côté de moi, sur le canapé, je ne parviens pas - pour changer ! - à trouver le sommeil.
Une énième fois, je me retourne sous la couette. De ce côté, je peux voir Joan, qui ronfle bruyamment. Elle est étendue sur le sol du salon, les bras et les jambes enroulés autours d'un grand singe en peluche. Son sac de couchage gît un peu plus loin, à l'extérieur des remparts d'oreillers qu'elle a érigés tout autours d'elle comme une forteresse.
Je soupire. Toutes les images et les choses bizarres qui me sont arrivé depuis le début de cette année scolaire me reviennent. Elles affluent dans ma tête et s'imposent, s'y collent, comme pour me faire un effroyable bilan.
Une liste. Celle de ma vie.
J'attrape un papier et un feutre sur la table juste derrière le canapé-lit. Dans le noir, j'écris.



Une liste sans logique, sans début ni fin, sans réponses.
Pendant de longues minutes, j'écris, je gribouille, et je m'acharne sur le petit morceau de papier jusqu'à ce qu'on ne lise plus rien.
Épuisée, je froisse la feuille jusqu'à obtenir une balle de papier noire d'encre. Je la lance à travers la pièce et elle atterrit quelque part dans le salon de façon très silencieuse.
Je place mes bras sur mon visage, comme on se cache du soleil levant au petit matin.
Sauf que moi, ce sont mes pensées que je fuis. Les images qui se forment devant mes propres paupières. Quelqu'un me veut du mal. C'est la seule chose que je parviens à comprendre.
Je n'ai personne à qui me confier. Mon père ne me prendrait pas au sérieux. Et puis, ce n'est pas comme si on se parlait beaucoup. Mon frère, lui, s'inquièterai trop. Quant à Taylor, Tim et Joan... Eh bien, ils auraient la même réaction que les filles ont eu ce soir.
Lorsque Taylor et Joan ont lu le mot, d'abord elle ont eut une sorte de doute. De peur.
Puis elles ont bien rit.
Je ne dis pas qu'elles ne me comprendraient pas. Le problème est qu'elles ne me croiraient pas. Tim a beau être génial, et parfait, je n'ai jamais vu quelqu'un de plus rationnel que lui.
Bref, vu mes antécédents, n'importe qui me trouverait une explication comprenant les mots "traumatismes", "enfance", "décès", et surtout : "imagination" et "paranoïa".
N'importe qui sauf une seule personne.
Sur cette pensée, je me sens sombrer dans un sommeil attirant. Paisible, protecteur et sans rêves. Drôlement agréable pour l'insomniaque que je suis.



Je plonge une main dans ma poche, tandis que je marche dans la ville qui n'est pas notre ville, sur un trottoir qui n'en est pas un, et suivant un trajet inconnu que j'ai pourtant emprunté de nombreuses fois.
Mon poing se referme sur une petite pierre froide bien connue. Arrêtant ma marche, je sors le bijou, dont les chaînes en argent s'emmêlent. Je contemple le pendentif. Il a quelque chose d'à la fois rassurant et effrayant. Il s'agit d'une simple pierre, un turquoise, pendant à une longue et fine chaîne d'argent. Rien de plus simple. Et pourtant...
Je suis interrompu dans mes songes par une mélodie sombre. Me figeant, je tends l'oreille. Le vent semble porter la voix jusqu'à moi et moi seulement. C'est un chant. Triste, lent. Douloureux. La voix, magnifique, s'élève comme une plainte, suppliante. Une voix que j'ai souvent entendu. En l'entendant ainsi, mon cœur semble se fendre littéralement en deux parties.
Dans cette souffrance, je sombre.
Tout s'est évanouit. La rue, la pierre, la chanson. Seulement une chose déchire le silence et les ténèbres.
S'arrachant à mon cœur comme une flamme, puis s'éteignant lentement, comme on se laisse couler au fond de l'eau.

Ouvrant les yeux et mettant fin à mon rêve, je l'entends encore.
Un cri.
Un mot.
Un prénom.
L
o
l
a
.



La vieille voiture de Dylan, le frère de Tim, passe sur un dos-d'âne. Ma tête manque de peu la rencontre avec le plafond. Je jette un bref coup d'œil à l'écran d'affichage de la voiture qui se situe juste en face de moi.

Dim. 7/09/12.
08 : 39
Temp. Ext. : 6,5° C.


Les ridicules lettres oranges du tableau de bord se troublent alors que Dylan monte le son de la radio, réglé sur une chaîne qui passe apparemment du Heavy Metal non-stop. Je plaque mes mains sur mes oreilles en marmonnant des mots peu reconnaissables. J'enfouis mon visage dans le cou de Tim, assis à ma droite.
Je suis parvenue à dormir plus de quatre heures d'affilé cette nuit, mais j'ai quand même râlé quand le réveil à sonné, aux alentours de 7 h.
Ça fait environ vingt minutes que nous roulons maintenant. Je suis calée entre Dylan au volant et Tim. Le match ayant lieu au grand gymnase de Tain l'Hermitage, ville assez proche de Saint-Vallier, nous en avons encore pour une quinzaine de minutes.
Bref, il faudrait que je me réveille.
Sur la banquette arrière, Joan est occupée à échanger les lacets de ses baskets, de façon à en avoir un vert et un orange sur chaque chaussure, ses couleurs fétiches. Elle griffonne ensuite une ou deux mots sous la semelle de sa basket droite, au marqueur noir. Sur ses genoux, j'aperçois les deux grands panneaux en carton blanc qu'elle a soigneusement confectionné hier. Le premier prône



alors que le deuxième se contente d'un encouragement contenant le nom de notre ville :



Je retiens un rire et reporte mon attention sur Joan elle-même.
- Parfait !! s'exclame-t-elle au bout d'un moment, contemplant son travail absolument ravie. Donne-moi tes shoes, Jerem' ! Que je te les égaye, ordonne-t-elle sur un ton théâtral.
A côté d'eux, mon frère fait passer son ballon d'une main à l'autre, perdu dans la contemplation de la route qui défile.
Je reporte mon attention devant moi. Il y a un croisement à cent mètres environ, le seul depuis un moment sur la petite route que nous empruntons en ce moment. C'est là que j'aperçois à la limite de mon champs de vision une ombre qui se déplace à toute vitesse. C'est un homme à moto. Son visage est totalement dissimulé par le casque rouge et noir qu'il porte. La moto entièrement noire mais le dessin d'une longue flamme rouge orne le flanc gauche.
C'est la seule chose que j'ai le temps de noter, avant de voir, impuissante, la moto s'engager sur dans le croisement à une vitesse vertigineuse. Pire encore, nous allons la heurter.
- Attention !!
Dylan écrase le frein.
Je me sens partir vers l'avant. Je mets les mains devant, prête à m'écraser contre le pare-brise. Au dernier moment, je suis retenue par la ceinture, qui coupe ma respiration.
Je suis poussée vers l'arrière. Mon dos heurte violemment le siège.
Quand tout s'arrête, ma vue devient enfin plus claire. Complètement hors de moi, paniquée, je me retourne dans tous les sens pour voir autours de moi. Tim est là, à ma droite. Je baisse les yeux et me rend compte mes deux mains agrippent désespérément son bras, l'enserrant beaucoup trop fort. Dylan est là lui aussi. Il n'a rien. Je me retourne vivement, faisant éclater par le même mouvement une brève douleur dans mon dos.
Je suis immédiatement soulagée en croisant le regard de mon frère. Jeremy se tient toujours à la place du milieu, Joan à ses côtés.
- Que s'est-il passé ? demande Joan la voix tremblante.
Dylan secoue la tête.
- C'est bon. Tout va bien, assure-t-il.
- C'était une moto ? questionne la voix de Jeremy dans mon dos.
- Oui. Elle a traversé devant nous, dis-je.
Du regard, je fouille le paysage. Aucune trace du motard.
- Il a disparut !
Tim souffle.
- J'ai bien cru qu'on allait le percuter. C'est incroyable. Il est passé comme un éclair et s'est évaporé dans le paysage.
Regardant à nouveau autours de moi, je conclue que la voiture a freiné brusquement, et dérapé sur quelques mètres. Ca aurait pu être vraiment plus grave.
Au bout de plusieurs minutes, quand tout le monde a repris ses esprits, nous décidons de quitter l'endroit au plus vite. Ne sachant que faire d'autre, ne sachant comment gérer cela, nous nous remettons simplement en route, jusqu'au gymnase.
Après tout, nous n'avons rien. Juste de la peur et de la surprise, vite évaporées.
Le mystérieux conducteur suscite tout de même des questions parmi le groupe. Mais à l'instar de la peur, les interrogations s'envolent en un clin d'œil. Je suis la seule à encore m'y intéresser une heure plus tard. C'est plus la moto qui me perturbe que le fait qu'il ait traversé devant nous. A l'instar du casque du motard, j'ai l'impression de l'avoir déjà vu la moto. Je ne peux saisir où.

Alors que Joan et moi nous trouvons une place dans les gradins, mon téléphone vibre de nombreuses fois. Enfin du réseau ! Je tire l'appareil de la poche de ma veste et l'ouvre. L'enveloppe jaune est accompagnée du chiffre 3. J'ouvre le premier message. Il s'agit d'un message de mon père souhaitant un bon match aux garçons. Le deuxième message s'affiche automatiquement. Encore Papa. "Ne rentrez pas trop tard !"
Le dernier message est d'un numéro bloqué. Je clique tout de même dessus, au moment où Joan reviens avec deux hot-dog débordant de mayonnaise.
A la lecture, ma bouche s'ouvre en un "O" mais aucun son n'en sors.
Immédiatement, je supprime le message, et range mon téléphone au plus profond de mon sac. Joan m'observe. Elle me remet mon sandwich et s'assoit. Les joueurs entrent sur le terrain. Je distingue les garçons, entièrement en rouge et or, couleurs de notre ville.
Mais même lorsque le gong déclenche le début du match, je ne peux me concentrer...


Etes vous sûr de vouloir effacer ce message ?

Numéro bloqué
Reçu le : 7/09/12
A : 10 : 02
UN ACCIDENT EST VITE ARRIVE


Oui - Non

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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Ven 24 Mai 2013 - 12:01



Il est tard lorsque je lève enfin la tête de mon calepin. Le stylo tremble dans ma main - à moins que ce ne soit l'inverse. J'examine le papier, surchargé de mots douloureux, de croquis flous et de tâches d'encres profondes. Il m'est de plus en plus difficile d'écrire le contenu de mes rêves. Chaque nuit me dévoile quelque chose de pire que la précédente. Chaque nuit, j'ai l'impression d'en savoir plus, alors que je ne sais rien.
Je lance le petit cahier à spirales sur le lit et m'assoie sur le parquet grinçant et poussiéreux. Une bestiole non-identifiée surgit de sous le lit et traverse la pièce à toute allure. Et c'est à ce moment là que je me rappelle pourquoi je hais cette maison. Avec précaution, je m'aventure à plonger ma main sous le lit. Tâtonnant, je pose enfin la main sur le boitier familier. L'entourant de mes doigts, je ramène l'objet vers moi. Je souffle la fine couche de poussière accumulée sur la petite boîte en bois brute et la pose sur mes genoux. Après un moment, j'ouvre le coffret. Le pendentif à l'intérieur reflète immédiatement et de façon éclatante la triste lumière de la lune, filtrant par les petites fenêtres de la chambre. Enroulant la chaîne emmêlée autours de quelque doigts, je fais pendre le bijou devant mon visage. C'est une chaîne en argent à laquelle pend un triangle bleu changeant, parcouru de longues veines sombres. Un Turquoise. D'un léger mouvement, je fais tournoyer la pierre. De ma main libre, j'effleure le triangle du bout des doigts. Instantanément, la pierre change de couleur. Le bleu vire d'abord au gris orage avant de s'apaiser : bleu ciel, puis azur. Je ne peux m'empêcher d'être fasciné par la magie de ce pendentif. Refermant mon poing dessus, je ressens la puissance de l'amulette se propager en moi sous forme de chaleur. Ce n'est rien d'autre qu'incroyable. Une magie puissante, protectrice, bienfaisante.
Et pourtant, je sais que cette pierre n'est pas qu'un porte-bonheur.
Son histoire, son pouvoir, ses secrets sont plus que ça.



- Je suis sûre qu'ils ont soudoyé l'arbitre, dis-je, taquinant Tim.
Je penche la tête en arrière pour pouvoir le voir. Nous sommes tous les deux étalés sur l'herbe du jardin, à l'arrière de chez moi. Malgré l'heure tardive, il fait plutôt doux.
La défaite des garçons face à l'équipe adverse n'a pas vraiment affecté Tim, mais je prend plaisir à le titiller là-dessus.
Je me laisse tomber sur le dos et replie mes genoux. J'essaie de distinguer les étoiles, qui tentent vainement de me faire parvenir leur éclat à travers les nuages rosâtres qui étirent leurs couleurs pastels au dessus de nos têtes. Levant les bras au dessus de mon visage, je fait bouger mes doigts, imaginant détenir le pouvoir de chasser les nuages d'un souffle. Constatant mon très prévisible échec, je laisse retomber mes bras le long de mon corps et ferme les yeux. A la même seconde, un bref mais puissant coup de vent fait se soulever les brins d'herbes m'entourant. J'ouvre les yeux et me rapproche de Tim, qui semble n'avoir rien remarqué. Il a les yeux baissés vers ses mains qui jouent avec l'herbe. L'éclat argentée de la lune fait apparaître l'ombre de ses longs cils noirs sur ses joues. Sa peau mate semble absorber la fine lumière projetée par la lune. Lorsque je me serre contre lui, et qu'il effleure ma joue glacée de ses lèvres, je savoure encore une fois la chaleur qui se diffuse dans mon corps. Sa main fourrage doucement dans mes cheveux, ses doigts suivent précautionneusement une de mes boucles. Je m'abandonne longtemps à ses caresses, jusqu'à ce qu'un son me tire de ma rêverie. Je reconnais immédiatement le bruit de pas irréguliers, et les bruissements du feuillage. Fixant les arbres à senteur devant moi, les yeux grands ouverts, je serre fort la main de Tim.
- Tu as entendu ? fais-je dans un murmure imperceptible, priant pour avoir rêvé.
Je n'obtiens aucune réponse. Je supplie :
- Tim.
Cette fois, je vois les buissons bouger. Je sens le cœur de Tim battre à toute vitesse, alors que le mien semble s'être arrêté depuis longtemps. Le murmure insupportable d'une respiration rauque, saccadée, parvient jusqu'à mes oreilles.
- Qui est là ? appelle Tim.
Une silhouette se détache dans l'obscurité. Il s'agit de celle d'un homme. Non, d'un adolescent. Il a l'air un peu plus petit que Tim. Un auréole de mèches dorés encadre son visage pâle et fermé. Un frisson glacé me parcourt, figeant douloureusement mon sang dans chacune de mes veine. J'ai peur de le regarder. J'ai peur de le reconnaître.
- Toi ! hurle Tim, pris de rage.
Les lèvres de l'autre garçon se tordent en un étrange sourire grimaçant. Un lueur bleu électrique passe dans ses yeux. Je manque d'air.
- Liam ? gémis-je d'une toute petite voix, alors que, désorientée, la tête commence à me tourner.
C'est alors que je repère quelque chose. Un éclat argenté m'éblouit. Je baisse les yeux vers les mains de l'homme. Avec horreur, je note que celle-ci sont tachées d'un liquide rougeâtre, presque noir dans la pénombre. Du sang. Enfin, mon regard descend encore vers la lame qui pend entre les doigts fins de l'inconnu que je ne veux pas reconnaître. Le couteau, lui aussi maculé de rouge. Je hurle, tandis que j'imagine le poignard se plantant dans ma chair, encore et encore.
- Lola !

Lorsque j'ouvre les yeux, je ne vois d'abord plus rien, puis je m'habitue à la pénombre. Tim se tient au dessus de moi, le visage tordu par l'inquiétude. C'est seulement à ce moment que je comprend ce qu'il vient de se passer. Je me suis endormie dans les bras de Tim. Il faut vraiment que je parvienne à dormir la nuit, sinon ceci risque d'arriver trop souvent !

Après s'être assuré que je vais bien, Tim repars chez lui. Moi, je monte immédiatement dans ma chambre. Je regarde mon lit avec dégout. Je ne veux pas dormir. Dès que je ferme les yeux, des images surgissent devant mes paupières closes, et m'attaquent de tous côtés. Même m'allonger et ne plus penser à rien m'est impossible. La nuit est plus que le pire moment de ma journée. Je suis contrainte à repenser à tout ce que j'essaie d'oublier à chaque seconde du jour. Je voudrais tout effacer.
Joachim vient s'assoir à côté de moi, sur le lit. Il m'explique que parler avant de dormir devrait m'aider à ne pas faire de cauchemars, à ne pas penser à trop de choses afin de m'endormir sereinement. Je suis soulagée qu'il s'occupe de moi comme ça. J'ai vraiment de la chance de l'avoir. Papa n'a même pas le temps d'avoir nue discussion de plus de vingt minutes avec nous, et notre tante, qui est censée s'occuper de Joachim et moi, ne passe pas beaucoup de temps à la maison. Il ne reste que mon frère. Nous parlons longtemps, très longtemps, jusqu'à ce que je m'endorme j'ignore comment, toute habillée sur mon lit, et probablement en pleine phrase.

* * *


- Alors, comment tu vas ? je demande à Taylor tandis que M. Savé, notre prof de chimie dépose sur notre table deux tubes à essai ainsi qu'une balance et un chauffe-ballon.
- Mieux que ce weekend, ça c'est sûr, me répond-t-elle en enfilant une blouse blanche trop grande pour elle. Berk ! ce truc pue. Mais toi, ça va on dirait ? Tu es magnifique aujourd'hui !
Je chausse les affreuses lunettes en verre et je noue mes cheveux en chignon, pendant que je raconte mon dimanche à Taylor.
- D'ailleurs, Mme Felle a affiché les rôles distribués aux élèves sur le panneau d'affichage du bâtiment A. J'irai jeter un coup d'œil à la fin du cours, souhaite-moi bonne chance.
- Super ! Tu veux qu'on mange ensemble dehors à midi ? pour fêter ça.
- Avec plaisir mademoiselle Nathanaëlle, raille la voix du prof depuis son bureau. Je ne serai pas contre non-plus si vous vous intéressiez enfin à la décantation que nous sommes en train d'effectuer.
Je lance un bref regard à Taylor à travers mes lunettes de protection avant de marmonner :
- Oui Monsieur.
J'ai à peine finit ma phrase que je sens mon portable vibrer dans ma poche.

Lorsque la sonnerie retentit enfin, sonnant 10h05, Taylor et moi nous précipitons à l'extérieur de la salle.
- Casiers ! s'exclame Taylor en me tirant par la manche dans le couloir trop étroit des casiers. J'ouvre le mien, le numéro 336, et commence à prendre mes livres. Lorsque je fourre le bouquin de littérature dans mon sac, je repère un petit bout de feuille, négligemment déchiré posé sur l'étagère. Je le repousse dans le fond du casier, pour finir de remplir mon sac. Une fois cela fait, je saisis la petite feuille et la déplie entre mes doigts gelés par le froid. Il n'a que quelques mots, jetés précipitamment sur le papier, mais d'une écriture propre et élégante. Pas de signature.



J'enfouis rapidement le papier au fond de ma poche, avant que quiconque ne le voit. J'ignore de qui il vient, mais je n'ai pas le temps d'y réfléchir.
- Dépêche-toi ! me presse Taylor, comme pour confirmer mes pensées. Ou on devra passer au bureau des retards si tu veux savoir si tu es prise ou non pour la pièce.
Nous traversons alors la cour au pas de course pour nous rendre au panneau d'affichage. Seuls quelques élèves traînent encore devant. Taylor me fraie un chemin en écartant des Secondes afin que je me glisse juste devant la liste des rôles.
- Alors ? s'impatiente Taylor.
Je cherche mon nom à toute vitesse, remontant la liste de bas en haut. Encore et encore plus haut J'ai du mal à lire, mais je crois repérer mon nom presque au sommet de la liste. Là ! Avec quelques difficultés, je parvient à m'extirper de la foule pour rejoindre Taylor.
- Alors ? insiste-t-elle encore, aussi excitée que moi.
J'incline la tête sur le côté, laissant planer le suspens.
- J'ai Juliette ! fais-je enfin, en sautant sur mes deux pieds.
- Yeah ! Tu vois je te l'avais dit, tu es géniale ! Et qui sera le beau Romeo ?
Je réfléchis un instant, me remémorant les noms parcourus beaucoup trop vite.
- Je crois que c'est Diego Torres, ou Fernandez, quelque chose comme ça. Tu vois qui c'est ?
- Diego Ferez ! crie-t-elle presque. Terminal L, option Théâtre, récite-t-elle à toute vitesse. Dix-sept ans, des origines espagnoles, super populaire, une famille riche.
- D'accord, d'accord, fais-je en riant. Je crois que j'ai compris.
- ... grand, brun, beau gosse, peau mate...
Je vais faire mine de la laisser la toute seule, lorsque je me rappelle de quelque chose. Je m'adosse à un mur, dans l'angle du couloir, et sors mon téléphone. Qui peut-bien m'avoir envoyé un message pendant le cours de chimie ? La plupart de mes amis son dans le même cours que moi. Mais lorsque je lis le message, je comprends immédiatement qu'il ne vient pas d'un ami.

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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Mer 29 Mai 2013 - 10:43



15 H 45.
16 H 05.
16 H 50...
Lorsqu'enfin la cloche sonne la fin des cours de sa voix éraillée, à 17 H 05, je m'en rends à peine compte. Je baisse les yeux vers ma feuille, où traînent quelques notes d'anglais, envahis par des tas de gribouillis et de songes écrits. Après les deux messages séparées de quelques minutes seulement, j'ai passé le reste de la journée à me poser et me reposer toutes les questions imaginables.
Le parking du lycée se vide petit à petit. Taylor et Tim se dirige vers chez eux au pas de course après m'avoir saluée, tandis que je fais vaguement semblant de prendre le chemin de la bibliothèque. Joachim, lui, ne sort qu'à 18 H 05. J'ai tout le loisir de réfléchir à ce que je vais faire. Au fond de moi, je sais pertinemment que je vais aller à ce rendez-vous. Ma raison essaie de me souffler le contraire, elle se rappelle le deuxième message de menace, elle observe la nuit tomber qui sera bientôt là. Mais j'ai compris il y a bien longtemps que mon instinct l'emporte à chaque fois. C'est pour cela que je me dirige vers le parc en frictionnant mes bras et en soufflant sur le bout de mes doigt qui n'est pas protégé par mes mitaines. C'est pour cela que je ne fais pas attention à la lumière déclinante.
Enfin, j'arrive devant la grille du parc. Je jette un coup d'œil à l'intérieur, mais il n'y a l'air d'avoir personne. J'entre et me dirige vers l'air de jeu. Il est totalement désert. Je viens très rarement ici : l'été, le parc grouille d'enfants, de mères et de poussettes. L'hiver, il est complètement délaissé. La plupart des lycéens préfèrent, comme nous, les alentours du stade et les terrains de basket.
J'aperçois un banc métallique contre le mur du fond. Je pense aller m’asseoir lorsqu'un grincement, suivi d'un bruit de métal, parvient jusqu'à mes oreilles. Je me fige, au beau milieu de l'air de jeu. Un nuage blanc s'échappe d'entre mes lèvres gelées. Mon cœur, qui tambourine de toutes ses forces dans ma poitrine, semble sur le point d'exploser. J'étais sûre l'instant d'avant qu'il n'y avait personne d'autre que moi. J'avais tort, de toute évidence. Je tends l'oreille, dans l'espoir d'identifier la provenance des bruits, mais cette fois je n'entends plus rien. Ma respiration s'est coincée dans ma gorge. J'ai l'impression que les battements de mon cœur résonnent dans le silence du parc. Alors que le doute s'empare de moi, je réalise enfin l'erreur que j'ai faite. Je n'aurais jamais dû venir. La lumière du soleil couchant projette tout autours de moi les ombres gigantesques des cabanes et des toboggans, et l'air de jeu prend soudain une apparence beaucoup moins joyeuse à mes yeux. J'appelle :
- Qui est là ?
- C'est moi.
Je me retourne, et lève les yeux vers l'étage en bois noirci de la cabane.
Liam se tient là-haut, penché au dessus de la barrière en métal rouillée, un sourire jusqu'au oreilles.
- Je ne t'ai pas fait peur au moins ?
Je lâche un rire nerveux et fais un pas en avant, vers l'échelle en bois. J'en saisis deux barreaux. Le métal est glacé et humide entre mes doigts, et le froid qu'il s'en dégage se répand dans tout mon corps en me faisant frissonner. Comme je ne vois plus Liam, je crie :
- Tu comptes descendre, ou tu vas m'obliger à monter ?
Pas de réponse.
- Liam ?
Je reconnais le chuchotement d'un corps qui glisse sur  le plastique du toboggan. Je lève les yeux au ciel en soupirant.
Je vais m'installer sur le banc, tentant par tous les moyens de me réchauffer. Finalement, quand Liam s'assoit à mes côtés, je fourre mes mains dans les poches de ma veste pour protéger mes mains du froid mordant.
J'y trouve mon portable et une minuscule boulette de papier. Je la déplie du bout de mes doigts gelés, sous le regard concentré de Liam.
- Tu m'as laissé ça ? dis-je en lui tendant le bout de feuille froissé.
Le ton léger, il me répond :
- Oui. Qui d'autre ? me teste-t-il, une lueur espiègle dans les yeux.
Je secoue la tête.
- Je ne sais pas.
J'essaye obstinément de me remémorer l'écriture couleur sang de chez Taylor. Dans ma tête, je la compare à celle de Liam. Il n'y a rien à faire, je ne parviens qu'à m'embrouiller encore plus. Les lettres du messages laissé chez Taylor étaient de simples lettres bâtons qui semblaient  griffonnées rageusement, presque gravées dans le papier. N'importe qui aurait pu les tracer. Les formes des lettres étais tellement agressives et tant de haine s'en dégageait qu'il est impossible de les comparer à une autre écriture.
- Qu'est-ce qu'il ya, Lola ?
Je lève brusquement le nez, et je vois mes intenses réflexions s'évaporer dans l'air comme un nuage de fumée.
- A quoi est-ce que tu pense ? insiste Liam.
Je fais non de la tête, me forçant à avoir l'air détaché :
- A rien. Enfin, ce n'est pas important.
Liam ne dit rien. Il me sonde longuement de son regard bleu électrique mais reste silencieux. Je vois immédiatement dans ses yeux qu'il ne me croit pas. Un reflet couleur givre passe dans ses prunelles à la couleur changeante, que je prends pour de l'inquiétude et de la déception. Je suis subitement prise dans une vague de honte et je baisse les yeux. Je suis soulagée quand enfin il se détourne, s'appuyant nonchalamment contre le dossier du banc. je prends la parole :
- Pourquoi tu m'as demandé de venir, Liam ? Pas pour faire de la balançoire j'imagine.
Une lueur d'amusement s'allume dans ses yeux. Je ne peux m'empêcher de voir à quel point il est beau. Il a le visage parfait d'un ange. Il me fixe, silencieux.
- Liam ?
- Liam, me corrige-t-il dans un sourire. Pas Li-am.
Je fronce les sourcils.
- Je ne vois pas la différence, Li-am, fais-je innocemment, me retenant de rire.
- Ah, Marseille, soupire-t-il théâtralement.
- Je n'ai jamais eu l'accent pourtant.
- Tu rigole là ?
Je prends un air renfrogné.
- Quoi ?
- On ne perd pas un tel accent si facilement. En tout cas, moi je trouve que ça te donne un certain style, me taquine-t-il.
- N'importe quoi. Pas du tout.
Je souris, le regard devant moi. La parc pour enfant est vraiment triste vu d'ici. La balançoire berce sinistrement un pauvre gilet probablement abandonné par un enfant dans la journée. Le tourniquet pivote tristement, poussé par le vent, en émettant parfois un grincement de solitude.
Perdue dans la contemplation de ce tableau lugubre, la voix de Liam me parvient de loin :
- Il faut que tu apprennes à maîtriser tes pouvoirs, Lola.
Liam regarde au loin, le regard perdu dans le vague. Ses mots me prennent au dépourvu.
- Quoi, maintenant ? Ce soir ?
Toujours sans me regarder, Liam confirme d'un geste de la tête. M'appuyant sur le dossier du banc, j'essaye d'imaginer quelles genres de choses je pourrais faire. Rien ne me vient. Enfin, mis à part des images de vieilles séries télévisées mettant en scène de vilaine sorcières, armées de baguettes magiques et de balai. Finalement, je comprends l'appréciation de mon prof de littérature, qui remettait en cause l'étendue de mon imagination. Heureusement, Liam me tire de mes pensées :
- En fait, ce n'est pas si compliqué. Enfin, ça l'est, mais c'est comme tout : au début, tu galères. Mais si tu te concentres et si tu pratiques régulièrement, il n'y a pas de raisons que tu n'y arrives pas. On ne va rien faire de bien compliqué ce soir, mais il devient urgent que tu reprennes de l'énergie.
Je frissonne à cette pensée. "Reprendre de l'énergie" est une façon plus douce, un euphémisme pour désigner tout ce qui touche à la rubrique que j'appellerais "Comment voler ou se nourrir de l'énergie de votre meilleure amie". J'ignore complètement si je vais être à la hauteur. Devant le regard insistant de Liam, j'acquiesce d'un signe de tête, absorbée par la contemplation du bout de mes doigts.
- Tu es prête ? fait-il d'une voix encourageante, douce.
Nouveau hochement de tête. Cette fois, je lève les yeux vers lui. J'essaye de m'encourager mentalement, mais je n'arrive plus à penser à rien.
- Ok. Tu fais du théâtre je crois. J'ai tort ?
Surprise, je cligne des yeux avant de confirmer.
- Si tu connais quelques exercices de respirations, des choses comme ça, je pense que tu peux en faire quelques uns. Il faut que tu vides ton esprit, comme avant de monter sur scène.
Bien qu'un peu étonnée, je m'exécute. Je m'applique à répéter les exercices de respirations que Mme Felle nous enseigne lors des cours pratiques. Liam m'observe, pensif. Lorsque j'ai fini, que mon esprit est entièrement vidé, je me tourne vers lui, attendant la suite.
- Jusque là, ça va, m'explique-t-il. Maintenant, il faut que tu fermes les yeux.
Comme il voix que j'hésite, il insiste :
- Ferme les yeux, Lola.
Respirant longuement, je ferme alors les yeux. Le noir recouvre le visage de Liam, et l'aire de jeu. Je sens Liam à côté de moi, et le froid de la nuit qui commence à s'emparer du parc.
- Voilà le plus dur, commence la voix de Liam, toujours aussi calme et posée. Tu dois voir la personne à qui tu t'apprêtes à dérober une infime partie d'énergie.
- La voir ? je répète, gardant les paupières serrées.
- Oui, fait encore la voix de Liam. Ne t'en fais pas, tu vas y arriver. Commence par te remémorer cette personne. Ses habitudes, sa voix, ses expressions.
J'obéis. L'image de Taylor me vient immédiatement en tête. Je la vois, me parlant à toute vitesse de son weekend, exagérant chaque mot, le traduisant parfois en un mauvais anglais et riant aux éclats. Je l'imagine en train de mâchonner le bout de son crayon pendant un cour de maths particulièrement complexe, ou enrouler une mèche dorée sur son index.
- Maintenant, tu imagines ce qu'elle fait en ce moment même. Tu dois être sûre de ce que tu imagines, et y mettre assez de conviction et de détails. Ça peut être un peu compliqué, alors prends ton temps.
Oh non, pas tant que ça ! Les yeux toujours clos, je visualise Taylor, mi-allongée mi-assise sur son lit. Elle est concentrée, le bout de la langue entre les dents, et elle applique avec précaution du verni bleu givre sur les ongles de sa main droite. La musique est à fond, diffusant Rihanna, et elle fredonne.
Alors que je suis en train de visualiser la situation dans ma tête, tous les détails les plus minimes me viennent d'un coup. Elle porte un sweat qui ressemble bizarrement à celui de Joachim. Ses longues mèches blondes sont réunies en un chignon sur le sommet de son crâne.
Je vois la scène devenir de plus en plus net et plus grande. J'ai comme une impression de tournis mais je n'ouvre pas les yeux. J'ai la sensation soudaine de plonger dans un décor que j'ai moi-même imaginé.
Je me tiens juste à côté de Taylor, dans la petite pièce qu'est sa chambre. La radiateur est au maximum, mais j'ai aussi froid que si j'étais à l'extérieur. Je sursaute : quelqu'un viens de saisir ma main.
Établis un contact.
Une voix souffle dans mon oreille.
Doucement, je m'approche du lit. Mes pieds foulent le sol sans vraiment le toucher. Un bref instant, je trouve cette sensation très amusante. Arrivée au lit, je tends la main vers le bras de Taylor. Je m'attends presque à le traverser, mais à l'instant même où mes doigts frôlent sa peau, une chaleur électrique m'envahi. Ça ne me blesse pas, c'est même agréable, mais avec horreur je retire ma main. Les images surgissent : celles de mes rêves, Taylor malade, les souvenir de Loana ; et le dégoût et la peur me submergent. Au même instant, j'ai la sensation horrible que l'on a lorsque, dans un rêve, on se sens tomber juste avant de se réveiller : Mon corps perd tout consistance, mon cœur s'arrête un seconde et je tombe dans un gouffre infini.
Et je crie.

J'ouvre les yeux et je m'aperçois que je suis en train de me débattre contre moi-même.  Des bras agrippent mes épaules avec force, m'empêchant de me blesser. Petit à petit, mes yeux s'habituent à la lumière du soir. Je vois à nouveau l'air de jeu, les échelles en bois grisâtre, l'herbe abîmée. Je tourne les yeux vers Liam. Il est toujours à côté de moi, sur le banc, ses bras autours de moi. Je savoure ce léger contact, qui répand des petites étincelles dans tout mon corps. Dans ses yeux, les nuances de gris et de bleu tournoient à toute vitesse. Peur. Inquiétude. Incompréhension, doute. Mon souffle ayant enfin repris une vitesse normale, je demande d'une petite voix :
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Liam attend un moment avant de répondre.
- Je ne sais pas, avoue-t-il.
- Je... j'ai vu Taylor, je l'ai touchée. La chaleur m'a envahie, l'énergie...
- Je sais. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi tu as tout rejeté d'un seul coup.
Je reste un moment dans le silence. Mais soudain, sûre de moi, j'affirme simplement :
- J'ai eu peur. J'ai juste eu vraiment peur.
Liam m'examine du regard, pensif. Au bout d'un moment, il secoue la tête.
- C'est vraiment étrange. Ça n'aurait pas dû...
Prise d'une soudain idée, je le coupe :
- Comment sais-tu tout cela ? Tu en connais d'autre comme nous ?
Encore un silence. J'insiste, plantant mon regard dans le sien :
- Liam, qui est-ce ?
Soutenant mon regard, il souffle :
- C'était ma mère.
Le visage détruit qu'il a me déstabilise. Hésitante, je murmure :
- Que s'est-il passé ?
- Je... je ne sais même pas vraiment. Je n'ai jamais connu mon père. Elle m'a dit qu'il était parti deux ans avant ma naissance.
Je laisse quelques secondes de silence, avant de demander d'une petite voix :
- Ta mère, où est-elle maintenant ?
- Elle a été tuée lors d'un accident de voiture. Le type était ivre mort au volant d'un camion. Elle est morte sur le coup.
Je baisse les yeux sur les poings serrés de Liam et garde le silence. Je suis bien placée pour savoir que dire que l'on est "désolé" ne sert en fait à rien. Liam, les mâchoires légèrement crispée, poursuit comme s'il se parlait à lui-même :
- Elle est devenue éternelle le jour de ma naissance, lorsque son cœur s'est arrêté quelques secondes seulement. Quand je suis devenue comme elle, c'est elle qui m'a tout expliqué. Elle est morte peu de temps après, c'est pourquoi je suis venu vivre ici, après avoir passé un an chez un oncle.
- Et tu vis seul dans la maison du cimetière ?
Liam acquiesce. Je frémis à l'idée d'être seule dans une maison comme celle da la colline près du cimetière. Ce n'est pas vraiment un endroit qui semble accueillant
- Oui. Je m'occupe en allant au lycée, ou en écrivant. D'ailleurs...
Liam se penche pour fouiller dans son sac à dos noir, usé jusqu'à la corde et posé négligemment au pied du banc. Des effluves de savon, de vétiver et d'herbe fraîche parviennent jusqu'à moi. Liam tire du sac un cahier à spirales d'une couleur noire brillante. Il parait neuf. Liam caresse la couverture parfaitement propre du carnet, puis me le tend. Je le regarde avec étonnement.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Un journal de rêves. Le tien.
Je prends le carnet entre mes doigts, le feuillette machinalement. Les pages blanches me font peur. Je ne suis pas du tout du genre à tenir un journal, à écrire des verres ou à dessiner des chefs-d'œuvre. Je regarde mes mains, la corne sur le bout de mes doigts, causée par les cordes de ma guitare, mes ongles durs. Des mains de musiciens. Rien à voir avec des mains délicates d'écrivain.
- Ce sont mes devoirs pour la prochaine fois ? fais-je en grimaçant.
- Ne t'inquiète pas, me rassure Liam, une lueur amusé dans le regard. Tu n'as pas à remplir toutes les pages, à voir ça comme une obligation. Tu peux aussi simplement gribouiller lister... Personne ne te lira. Je pense simplement que ça peut t'aider. Ça m'aide en tout cas. En y racontant mes cauchemars, je surmonte la peur qu'ils provoquent et je peux cesser d'y penser. Ça rend aussi plus clair le message qu'ils peuvent contenir.
Voyant que je ne m'enthousiasme toujours pas, Liam me prends le journal des mains et l'introduit clandestinement dans mon sac.
- Promet-moi d'au moins essayer, Lola. Ça t'aidera, je t'assure.
Dans un hochement de tête, je me lève et jette mon sac sur mon épaule. Coinçant une mèche de cheveux derrière mon oreille, je lance :
- Oui, Professeur. Promis.

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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Sam 6 Juil 2013 - 12:52



Je remonte la dernière rue avant mon quartier les yeux rivés sur mes baskets usées, perdue dans mes pensée. Je souffle sur mes mains gelée puis les fourre à nouveau dans les poches de ma veste. Du bout du pied je shoote dans un petit caillou égaré, avant de heurter quelqu'un de plein fouet. C'est bien moi ça : il y a une seule personne dans la rue et je me sens obligée de la bousculer. Je perds l'équilibre et vacille. Une main se pose sur mon bras, me stabilisant. Levant les yeux, je m'apprête à m'excuser quand je reconnais Tim. Sa peau mate est un peu rosie par le froid et ses boucles brunes sont totalement désordonnée par le vent.
- Hey, salut ! fait-il tout en s'assurant que j'aie retrouvé l'équilibre. Qu'est-ce que tu fais là, toute seule ? Je pensais que tu ne devais rester à la bibliothèque qu'un instant.
Il sourit mais je sens un doute dans sa voix. Je réponds :
- C'est le cas. J'ai simplement trainé sur le chemin.
A quoi ça sert de faire du théâtre si on ne sait toujours pas mentir ? Quelque chose dans le regard de Tim s'éteint et son visage s'assombrit. Au fond de moi, quelque chose d'aussi pointu qu'une lame se plante dans mon cœur devant la déception de Tim. Il sait que je mens mais ne dis rien. J'ai subitement honte de moi. Il soupire imperceptiblement et me propose, produisant un fin nuage de brume à chaque mot :
- Je venais justement te chercher pour te demander de passer à la maison prendre quelque chose pour te réchauffer.
Son sourire est revenu et ses yeux brillent à nouveau de cette lueur que je n'arrive pas à saisir. Dans un nuage de vapeur, j'accepte avec plaisir.
- Je suis congelée.
Nous marchons alors jusqu'à chez lui. Sa maison est un peu plus loin du centre que la mienne, mais beaucoup plus grande. Je connais cette maison par cœur pour y être venue de nombreuses fois avant, quand Taylor sortais avec Tim. Ou bien lorsqu'on souhaitait faire une soirée entre amis : nous choisissions toujours la maison de Tim pour ses parents très absents le soir durant le weekend ainsi que pour le matériel audio et la grandeur du salon.
A quelques mètres à peine de la demeure, je repère la boite aux lettre longue et colorée, comme celles que l'on voit dans ces vieilles séries américaine, où les facteurs relève le loquet pour indiquer qu'ils ont déposé quelque chose à l'intérieur. Aujourd'hui, il est abaissé. La mère de Tim est une artiste graphique. Elle est également passionnée par les objets de collections, et tous les bibelots sortants plus ou moins de l'ordinaire, d'où la présence dans la maison d'une invasion d'objets ou d'ustensiles de toutes les tailles et d'une utilité remise en cause. En entrant, nous passons assez près de la boîte aux lettres pour que je puisse lire, en blanc sur fond noir, le noms des propriétaires de la maison.
M. et Mme Guillaume Colin et leurs enfant Dylan et Tim Colin.
Je remarque aussi que, bien que le loquet soit abaissé, un tas de papiers chiffonnés surcharge la boîte métallique qui manque de peu de déverser son contenu sur la pelouse.

J'entre et nous nous installons à la cuisine. Des tas de babioles ornent les murs et comblent toute surface plane. La porte du bureau de la mère de Tim est ouverte. Sur le bureau trône un vieux trophée en forme de basketteur, coincé entre un ourse en peluche et le haut d'un mannequin en plâtre. Ce dernier est encombré d'un tas de pendentifs et colifichets emmêlés et porte un lourd casque de moto, bien qu'aucun membre de la famille n'en possède une. Ce désordre me rappelle celui de ma mère, s'étendant d'un bout à l'autre de notre ancienne maison à Marseille. Ses piles de partitions n'épargnaient aucune pièce, et les mélodies de violons flottaient dans l'air du matin jusqu'au soir. Elle ne vivait que pour ça, la musique. Lorsqu'elle ne donnait pas de cours aux enfants les après-midi, mon père, Joachim et moi allions l'acclamer lors des nombreux concerts de son orchestre. Ces soirs-là, en sortant de la salle de concert, nous allions toujours acheter une immense pizza au restaurant pour la manger au bord de la mer, les pieds dans le sable. Joachim et moi avions le droit d'inviter des amis, c'est pourquoi il n'y avait jamais assez à manger... Loana, son frère Enzo et leurs parents étaient déjà invités à chacune de ces soirées. Quand nous étions petits, Joachim, Loana, son frère et moi passions tout notre temps ensemble. Nous étions inséparables : Enzo n'avait que deux ans de plus que moi mais me surnommait toujours "Little L." ce qui avait le don de m'agacer, et je passait mon temps à me chamailler avec lui, jusqu'à ce que Loana et Joachim décident de nous séparer.
A cette époque, ma mère était en vie.
A cette époque, mon père n'avait pas sombré dans l'alcool et la dépression.
- Lola ?
A cette époque, Loana était en vie. A cette époque, nous n'avions pas sombré toutes les deux dans la Méditerranée.
- Lola, je t'attends.
Je cligne des yeux et m'efforce de chasser les souvenirs qui affluent petit à petit dans ma tête.
- J'arrive Tim.
A cette époque, j'étais encore vraiment en vie.

Comme d'habitude chez Tim, le frigo est plein à craqué de cochonneries et de cannettes de soda. Tim en sort deux et balance négligemment un sachet de pop-corn dans le micro-onde, pressant plusieurs boutons à la fois.
Nous nous installons dans la canapé et commençons à parler. Tim me fais toujours autant rire et j'adore ça. Je me sens bien avec lui. Je me sens moi mais je me sens également belle et exceptionnelle. Et j'adore ça aussi.


Après avoir quitté Tim et dîné avec Papa et Joachim, je monte dans ma chambre. D'en haut, j'entends encore les éclats de voix qui proviennent de la télé, diffusant le dernier Die Hard avec Bruce Willis. Me penchant sur la balustrade en bois, je peux apercevoir le salon. L'écran de télévision projette un miroitement coloré et irrégulier sur le canapé sur lequel mon frère est avachi. Mon père entre alors dans mon champs de vision, débarquant de la cuisine avec un petit bol probablement rempli de pop-corn. Je souris à la vision de ce tableau. J'assiste en fait à l'un des rares moment que mon frère et mon père passent tous les deux. Depuis la mort de maman, notre père à commencé à boire. Il y avait des jours où on ne le voyais même pas sortir de son bureau, ni même manger mais ce n'était pas le pire. Il s'est souvent montré violent envers Joachim et parfois même envers moi. Mon frère en avait marre du nouveau comportement de Papa. Joachim et moi nous sommes soutenus mutuellement chaque secondes depuis le décès de maman, alors que lui faisait comme si nous existions plus. Comme si plus rien n'existait. Et mon frère le lui a trop souvent reproché. Il lui a dit plusieurs fois que s'il tenait vraiment à maman, il continuerait à vivre pour ses enfants, à se battre avec eux. Mais mon père ne tolérait pas ses remarques et allait parfois jusqu'à le frapper tandis que je me cachais ici-même, en haut de l'escalier.
Maintenant, nous savons qu'il regrette cette période de sa vie, mais il est toujours difficile pour moi et Joachim de passer du temps avec papa comme si de rien n'était.
Laissant passer quelques secondes, je finis par entrer dans ma chambre. Je ferme ma porte et m'étale sur mon lit, les yeux fixés au plafond. J'attrape mon iPod et visse mes écouteurs dans mes oreilles, faisant défiler le dernier album d'Alicia Keys. Je ferme les yeux pour mieux me laisser envahir par la musique.
Alors que j'écoute ce que je pense être le huitième ou neuvième titre, un bruit vient s'ajouter à la musique. Ôtant avec regrets mes écouteur de mes oreilles, je tends paresseusement ma main pour saisir mon téléphone, qui vibre sur mon chevet.

Appel entrant.
Numéro masqué.

Accepter l'appel -
Ignorer


Je laisse sonner quelques instant avant de cliquer sur Ignorer. Si c'est important, la personne laissera un message... Je m'apprête à me replonger dans Girl On Fire lorsque la sonnerie reprend. L'écran affiche la même chose que pour l'appel précédant. A nouveau, je refuse l'appel. Je fixe mon téléphone attendant la suite, consciente que ma respiration se fait de plus en plus forte. Le téléphone sonne une troisième fois, je raccroche, une quatrième fois, je raccroche. Le cœur battant, j'attends. Pendant cinq minute rien ne se passe. Je décide d'oublier ce presque-événement, il s'agissait peut-être d'une erreur. Bon OK, le type aurait mis sacrément de temps avant de s'en rendre compte, mais je ne vois pas ce que ça peut être d'autre.
Soudain, la sonnerie retentit à nouveau. Je sursaute et espère de toutes mes forces que c'est Tim ou Taylor qui essaye de me joindre pour une quelconque raison. Mes efforts sont vain : "Numéro masqué", proclame l'écran. Je respire un grand coup et prie intérieurement pour que ce soit un faux numéro, ou bien même un mauvais rêve. Après tout, en ce moment, je peux m'endormir n'importe quand et n'importe où sans même m'en rendre compte avec ma fatigue. Je pourrai très bien être tombée de sommeille dans mon lit en écoutant la musique. C'est peu convaincant, mais c'est assez pour que je décroche.
Je reste muette, je ne dis ni "Allo ?" ni "Bonjour". Je ne dis rien. Cependant, j'entends rien non-plus, mais je sais que je suis toujours en communication car je perçois un long grésillement régulier. En mon concentrant, je me rends compte que l'on distingue parfaitement un respiration. Lente et régulier, presque imperceptible à l'oreille, mais elle est bien là. Je garde le silence, attendant quelque chose, n'importe quoi le cœur battant. N'y tenant plus, je lance :
- Il y a quelqu'un ? Qui êtes-vous ?
Rien. Agacée, je reprends, maintenant sûre qu'il s'agit d'une blague - mais tout de même inquiète  :
- Je sais que vous êtes encore là, je vous entends respirer. Que voulez-vous ?
Toujours rien. J'attends plusieurs bonnes minutes et envisage de raccrocher quand je perçois un changement. La respiration s'est arrêtée. Je retiens la mienne sans m'en rendre compte et patiente un instant. Lorsque sa réponse me viens, je sens mon sang se glacer dans mes veine et mon cœur s'arrêter. Evidemment, je pouvais m'y attendre, c'est assez classique comme réponse, surtout s'il s'agit d'une blague. Mais mon téléphone glisse quand même de ma main pour échouer sur mon oreiller. Même après avoir raccroché, je l'entends encore. Et il ne s'agît pas d'un rêve.
- Toi, chuchote la voix.


Je jette un regard au réveil mécanique posé sur ma commode. Il sera 23 H 00 dans un quart d'heure. Une bonne heure s'est écoulée depuis l'appel. Je suis assise en tailleur sur mon lit, encore toute habillée. Je n'ai pas envie de dormir. Pour me tenir éveillée, je feuillette un magazine people datant du mois dernier prêté par Taylor. Arrivé à la fin, je replie le magazine et le jette sur mon bureau, puis me lève pour ôter ma chemise. C'est à ce moment que je tombe sur un petit carnet à spirales noir brillant. Je tire le "journal de rêves" de mon sac-à-dos et retourne m'assoir sur mon lit après avoir enfilé un vieux sweat confortable pour la nuit. Je fais glisser mes doigts sur la couverture lisse et parfaitement propre du journal. Je l'ouvre à la première page. Si seulement Liam savait à quel point je galère pour l'écriture, il ne m'aurait jamais refilé son cahier. La page est d'un blanc immaculé, parfait à la lumière de ma lampe de chevet.
C'est alors que je saisis une stylo comme je m'emparerais d'une arme dangereuse et me mets à écrire. Je gribouille des mots sans contexte et des phrases sans fin. L'encre noir se répand à toute vitesse sur la page, désordonnée, sauvage. Les mots s'enchaine de manière illogique et c'est là que je comprends comment écrire peut refléter ce qu'il se passe au plus profond de moi. Un bazar total. Une anarchie de peur, des pensées, de souffrances. Des mots, des dessins, un cri. C'est là aussi que je comprends le soulagement que procure l'écriture aux auteurs. Quelque chose que jamais je n'avais imaginé possible. Les émotions en pagailles s'inscrivent sur le papier en même temps que je les range en moi. Contemplant la page noire de mots, je soupire. Mais je ne soupire pas de fatigue, ni de bonheur. C'est un soupir de soulagement. Comme si quelque chose en moi avait non pas disparu, mais était devenu plus léger, plus clair tel un énorme sac de nœuds que l'on finit enfin par démêler.
Tournant la page, je me mets cette fois à raconter. Je commence par le dernier rêve dont je me souviens. Celui de Liam et le couteau, qui à chaque pensée me glace le sang. Pour la première fois, je m'avoue l'effet que Liam Salvador produit sur moi. Je décris l'envie irrésistible que j'ai de le toucher, d'entendre sa voix prononcer mon nom. Je décris aussi la sensation incroyablement de vertiges interminables que me procure le simple fait de l'effleurer. Je parle de ses yeux triste aux milles nuances de bleu et de son air impassible déconcertant. J'écris ma peur de ressentir quelque chose pour lui alors que je ne sais rien de lui. Comment est-ce seulement imaginable ? J'essaye d'interpréter ce rêve sans parvenir à rien car je refuse de me laisser convaincre du fait que Liam me veuille du mal.
Je raconte les nombreux messages de menaces que je fais semblant d'oublier la journée mais qui la nuit viennent roder autours de moi. J'écris que chaque nuit, j'ai peur plus que jamais. J'écris que je doute de tout et surtout de moi. Enfin, j'écris que j'ai mal, que cette peur me tue. Je signe de mon nom, comme si cela me prouvait à moi-même que je peux affronter ma peur. Je me couche, gardant près de moi le journal comme un talisman qui pourrait me protéger de la nuit.
Je laisse vagabonder mes pensées, sachant vers qui elles me mèneront malgré moi. Mais cette fois, je m'abandonne à mes songes, laissant apparaître derrière mes paupière closes l'image d'un jeune homme au physique de l'ange mais au passé du martyr.





¹ William Shakespeare, "Roméo et Juliette" Acte IV, scène 1.

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MessageRe: Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]   Publié le : Dim 29 Sep 2013 - 10:04






- Liam Salvador !
Aplatissant ma main gauche sur mes vers, je relève rapidement la tête. Une épaisse mèche de cheveux me tombe devant les yeux. Je la repousse d'un geste tout en me demandant pour la millième fois de l'heure de mathématique pour quelles mystérieuses raisons je continue à venir en cour. Pourtant, la plupart des élèves a l'air de m'apprécier. Plusieurs types de l'équipe de basket me proposent de manger avec eux chaque midi - le genre populos qui a sa table attitrée au réfectoire. Mes professeurs, eux, semblent exaspérés par mon absentéisme...
- Oui, Madame ? fais-je enfin, jouant avec mon crayon du bout des doigts.
Mme Vernion - une toute petite femme aux cheveux en bataille et à la mine fatigué - m'observe, une moue de mépris scotchée à la bouche. Sa craie blanche fétiche qui vient apparemment de couvrir le tableau noir d'équations à plusieurs inconnus est pointée sur moi d'un air accusateur. Je corne un coin de ma copie, attendant la sentence.
- Si le cours ne vous intéresse pas, je peux toujours vous proposer la porte.
Je ne réponds pas. Elle laisse passer un bref silence avant de reprendre :
- Bien. Si je vous reprends à faire autre chose que des maths, vous sortez, compris ?
- Oui, Madame.
Sur ce, elle replace ses lunette bien droites sur son nez et continue à barioler le tableau de sa fidèle craie blanche.
Mon voisin de table - un gars plutôt sympa, un basketteur du nom de Tim - laisse échapper un petit rire.
- T'inquiète pas, d'ici cinq minutes elle ne se souviendra même plus t'avoir fait la moindre remarque.
Je souris. Je parle quelques minutes avec lui, puis rattrape mon crayon. Je me remets à griffonner sur mon exercice, dont la page est bientôt noire de dessins et de vers. Seulement, lorsque j'arrache un morceau de feuille à mon cahier, mon crayon reste suspendu au dessus du papier. J'hésite encore un long moment puis trace rapidement quelques mots vagues avant que je ne puisse changer d'avis.





Alors que je marche à contre-sens du vent, serrant mes bras conte ma poitrine, je commence à me demander, pour la seconde fois de la semaine, si c'était réellement une bonne idée d'accepter le rendez-vous de Liam. Quand j'ai déplié le petit papier trouvé dans mon casier, qui ne contenait ni signature ni adresse, je me suis d'abord demandé comment Liam avait trouvé le numéro de mon casier (évidemment, ça a perdu tout son mystère quand je me suis rendu-compte que la liste de distribution des casiers n'avait toujours pas été retirée depuis le début de l'année. La liste contenant le nom, le numéro et l'emplacement du casier, il n'est pas bien difficile de retrouver le casier de quelqu'un.) J'ai donc retourné le bout de papier, et j'ai écrit au dos un bref "Ok. Où ?"
En y réfléchissant, je ne comprends pas pourquoi il s'obstine à me laisser un vulgaire bout de papier au lieu de me demander directement de le rejoindre. Plus personne ne glisse de messages écrits dans les casier des autres élèves, excepté l'administration qui, en quelques rares occasions, se permet de vous laisser une convocation ou bien un mot pour non-paiement de la cantine...
Allant chercher dans mon casier tous mes livres en fin de journée, j'y ai à nouveau trouvé une boulette de papier. C'était visiblement un autre morceau d'exercice de maths, à en juger par les fragments d'équations rédigés au dos. Ce n'est pas ce qui m'a étonné. En fait, c'est plutôt l'adresse. Une adresse précise mais connue de tous dans la ville.

Croisement Rue Pierre CURIE - (Berges du Rhône)

C'est l'emplacement exact de l'ancien Pont de Pierre, un vieux pont de tramway qui n'est plus emprunté depuis longtemps, mais dont l'état est encore correct. Jusqu'à il y a trois ans, le pont servait de passerelle piétonne. L'accès y a été interdit plusieurs mois suite à la mort de deux jeunes, tombés et noyés dans le Rhône un samedi soir. L'interdiction a été levée six mois après mon emménagement dans la ville. Apparemment, malgré cela, plus personne n'emprunte la passerelle. C'est vrai que l'endroit est un peu isolé : deux personnes se sont noyée mais leur décès n'aurait été remarqué que le lendemain. Pas très rassurant.
Je longe les berges aménagée du fleuve durant quelques minutes encore. Les rues sont calmes. Il est 15 H 30, la plupart des gens sont au travail ou trainent sur la terrasse d'un café. Je croise plusieurs personnes emmitouflées dans leurs anoraks. Une femme presse le pas et me dépasse, un bonnet trop grand pour elle enfoncé sur la tête. Je la regarde distraitement disparaître dans la brume de septembre et fais faire un tour de plus à mon écharpe. Je me demande si Liam sera là... Après tout, le créneau horaire "après les cours" est très vaste ; il est plus que probable que Liam soit encore en cours si tôt dans l'après-midi et qu'il ne finisse que ce soir entre 17 et 18 H. Pourtant, quelque chose me dit qu'il sait très bien à quelle heure je sort de cours et quand il peut me trouver. Je serre contre moi les pans de mon manteau en songeant au froid inhabituel qui mord mon visage pour un mois de septembre. Ici, le temps peut passer d'un grand soleil en hiver à un froid de canard en été, on peut frissonner un jour et profiter du beau temps de lendemain...
Relevant les yeux, je m'arrête juste à temps pour ne pas heurter Liam, qui, imperturbable, à le regard tourné vers le fleuve. Lorsqu'il se tourne vers moi, ses prunelles semblent s'illuminer un instant, avant qu'il ne maîtrise de nouveau son visage, me présentant un masque vidé d'émotion.
- Tu es venue, souffle-t-il, et je crois percevoir un imperceptible éclat d'étonnement dans sa voix.
- Oui, fais-je machinalement, avant de me rendre compte qu'il s'agissait moins d'une question que d'une remarque.
A nouveau, j'ai l'impression distinguer un demi-sourire amusé sur ses lèvres, aussitôt effacé dans la brume montant du fleuve. Alors que Liam me demande maladroitement comment je vais, je me hisse sur le mur de pierre et m'y installe dos au fleuve. J'entends l'eau qui coule calmement en contrebas en même temps que je regarde Liam s'accouder à la pierre glacée, juste à côté de moi. Je sens la chaleur de son corps effleurant ma cuisse et je me sens frissonner malgré moi. Cela n'échappe pas à Liam.
- Tu as froid ? me demande-t-il en tournant vers moi sont visage rosi par le vent.
Je fais un très approximatif signe de la tête, en ignorant moi-même le sens véritable. Assise en hauteur sur le muret de pierre, j'arrive exactement à la hauteur de Liam, et ses yeux gris-bleu sont plongés dans les miens. Je pense alors vaguement que Liam doit être un peu plus petit que Joachim ou que Tim. Provoquant un petit nuage de vapeur blanc, je demande :
- Même si j'arrive à maîtriser mes... mes "pouvoirs", et après ? C'est quoi la suite ? Je veux dire, on arrête de vieillir et on se cache pour ne pas être pris pour des vampires ?
Je fais une pause pour avoir une réponse de Liam, qui semble ne pas vouloir venir. Finalement, d'un sérieux parfait, il explique :
- Pas exactement. On n'est pas des personnages de contes, ni des morts-vivants, et encore moins des fantômes. On est tout sauf morts, on a plutôt vaincu la mort : notre cœur bat, notre sang circule et notre corps fonctionne comme celui de n'importe qui. Tu as bien vieilli depuis ton accident. Moi aussi. Il me semble en revanche que plus le temps passe après que tu as déclenché la malédiction, plus tu vieillis lentement, jusqu'à arrêter véritablement de vieillir.
Il marque une pause tandis que je secoue pensivement la tête de haut en bas.
- Je ne peux pas être certain de tout ça, ni de ce qui va venir après.
Je ne suis pas sûre de saisir à quoi il fait allusion, mais j'acquiesce. Nous restons quelques secondes dans le silence. Un homme nous dépasse au pas de course, suivi peu après de deux jeunes enfants tirés par un minuscule chien blanc et noir. Toute la ville semble bouger, se presser autours de nous, alors que nous sommes immobiles dans le brouillard.
J'en suis là dans le cheminement de mes pensée quand Liam se redresse lentement et recule du muret.
- Viens avec moi, dit-il simplement.
Je n'hésite qu'une seconde avant de le suivre. Après tout, je ne suis pas venue pour rien, autant qu'il m'explique enfin la solution qu'il a trouvé pour moi. Je trottine sur quelques mètre pour le rattraper, une sensation d'appréhension bizarre au creux de l'estomac.
- Ce qui bloque ton pouvoir, commence Liam de son sérieux habituel, c'est la peur. Tu es noyée dans toutes les peurs que tu peux avoir enfouies en toi, des plus insignifiantes aux plus noires, et cela t'empêche de maîtriser ton pouvoir. Je pensais que tenir le journal de tes cauchemars t'aiderait à les évacuer mais ça ne semble pas suffire.
Une petite pause.
- Je pense qu'il faut que tu affronte ta peur, que tu y fasse face.
Soudain, je comprends. Immédiatement, je sens mon estomac se tordre puis mon cœur se serrer. Je stoppe net.
- Non, je murmure.
Liam ralenti et s'arrête à son tour. Il plonge son regard bleu acier dans le mien et je sens alors la chaleur de son souffle calme sur ma peau gelée.
- Je ne te forcerai jamais, Lola, mais je sais que tu en es capable. Tu dois dominer ta peur si tu veux être plus forte.
Détournant les yeux, je crie presque :
- Arrêtez de dire ça, tous ! Je ne suis pas forte !
A quelques pas seulement maintenant se dresse le Pont de Pierre. A travers le léger brouillard, je peux apercevoir la passerelle déserte, ainsi que les longues tiges grises des quelques lampadaires se dressant sur le pont. L'idée de la traverser ne me viendrait même pas à l'esprit. Je reporte mon regard sur Liam. Il a les yeux baissés, les traits fins de son visage immobiles et indéchiffrables.
- Qu'est-ce que je dois faire ? fais-je dans un souffle.
Il lève son visage vers moi et l'intensité des flammes bleues brûlant dans ses yeux fait monter en moi un courage dont je ne me serais jamais sentie capable.



La passerelle en pierres grises se dresse devant nous, peu imposante, mais la froideur qu'il s'en dégage fait frissonner imperceptiblement Lola. Celle-ci se tient quelques mètres devant moi, ses yeux de flamme rivés sur un point au delà du pont, l'air totalement horrifié. Un poids enserre un instant ma poitrine et une vague de culpabilité m'envahi à la vision du visage de la jeune fille tordu d'une peur qu'elle tente maladroitement de dissimuler.
Sans crier gare, les bras serrés autours de son corps, elle fait plusieurs pas vers l'avant. Elle marque une brève hésitation et franchit le minuscule trottoir, s'aventurant ainsi seule sur l'étroite passerelle de pierre. Sans un regard pour moi, elle marche droit sur la balustrade, mais s'immobilise à un pas du bord. Je la rejoins en quelques secondes et l'observe. Son regard est devenu trouble et se perd dans les courant du fleuve sous nos pieds. Je reste silencieux. Un petit nuage de vapeur se forme devant ses lèvres tandis qu'elle respire de façon de plus en plus saccadée. J'ignore comment va se dérouler la suite. En l'amenant ici, j'étais sûr de la confronter à l'une de ses pires frayeur, mais je ne sais pas comment elle va réagir. La voix de Lola me parvient alors, faible et sourde :
- Comment as-tu su, Liam ?
Bien que les mots ne soit pas des plus explicites, je comprends sa question.
- Après que tu m'ais raconté comment tu est tombée de la falaise à Marseille, je n'ai pas eu de mal à en déduire que ta plus grande peur étais probablement la hauteur au-delà de l'eau.
Elle ne répond pas tout de suite. Je baisse les yeux sur ses mains. Ses poings sont crispés et le bout de ses doigts est planté dans ses paumes.
- C'est pour ça que nous avons emménagé ici, avoue-t-elle dans un souffle. Loin de la mer.
J'avance de quelques pas, jusqu'à la barrière en ferraille censée protéger les passants d'une chute éventuelle. Je me retourne vers Lola, dos au fleuve. Par précaution, je prends garde à ne pas m'appuyer contre la rampe. Je m'efforce de couvrir le vacarme qui monte du fleuve par ma voix :
- Essaye de t'imaginer débarrassée de cette peur, au moins pendant un instant. Imagine que, cette peur, tu la roules, tu la plies en deux, en quatre. Tu la plies encore et encore jusqu'à n'avoir plus qu'un petit carré de peur, minuscule et inoffensif. Tu peux alors le laisser tomber où tu le souhaite, le perdre et le laisser s'envoler. Tu peux aussi l'enfermer quelque part où tu ne retournera plus, où il ne risque pas de t'embêter.
Je m'arrête pour reprendre ma respiration et observer la réaction de Lola. Concentrée, l'air déterminé, elle fixe un point flou au loin.
Je garde le silence, puis me retourne, face au vent et au fleuve. Je laisse mon regard dériver, suivre des lignes au hasard à travers le brouillard, se perdre dans les courants du fleuve.
L'instant d'après, Lola est près de moi. Je sens son souffle chaud près de mon visage et son coude qui effleure involontairement mon bras. Ses mains sont posée sur le rebord de la barrière rouillée et ses cheveux, malmenés par le vent, lui fouettent le visage. Elle regarde au loin mais ne dit rien. Imperceptiblement, je souris. Ca ne lui échappe pas. Immédiatement, je sens son regard se poser sur moi.
- Pourquoi tu souris comme ça ?
Sa voix est calme, maîtrisée, mais monte dans les aigue sur le dernier mot. Elle est tendue.
- J'avais raison, répond-je.
Ses lèvres dessinent un sourire.
- Tu n'as pas encore gagné, je suis terrorisée !
Elle rit doucement et je ris avec elle.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demande-t-elle, et je croirai détecter un soupçon d'excitation dans sa voix.
- Euh... On observe le paysage ?
- Très drôle. Allez, sérieusement ? Tu vas me montrer comment séparer le fleuve en deux ?
- Je suis sérieux. Regarde, tout au fond. Si on regarde bien, on s'aperçoit que les toits des maisons sont couverts de feuilles mortes de toutes les couleurs.
Je la vois faire la moue et froncer les sourcils.
- Super, et alors ? De toute façon, on ne voit rien avec tout ce brouillard.
Je retiens un sourire.
Je recule d'un pas et me concentre sur mes pensées. Je fixe mon regard vers le fond et essaie de voir à travers l'épais brouillard. J'imagine les contours des maisons que j'ai décrites à Lola. Puis, je visualise clairement chaque détail, jusqu'au plus petit et au plus anodin, comme sur une peinture que je connaitrais par cœur.
Je vois une cheminée ébréchée qui dépasse tout au fond, un toit dont plusieurs tuiles manquent...
Soudain, quelque chose, la magie, se réveille en moi et explose dans ma poitrine. Mon cœur se met à battre plus rapidement, et je sens de légers frissons me parcourir. Une chaleur douce se diffuse dans tout mon corps, partant de mon cœur et embrasant chaque goutte du sang qui circule dans mes veines. Grisé, je savoure cette sensation de pouvoir à l'état pur. Ma vision devient alors plus claire, perçante. Mes capacités sensorielles sont décuplés. Je devine les éléments autours de moi qui retiennent leurs souffles et s'apprêtent à m'obéir.
Sans faire quoi que ce soit, juste en l'envisageant une fraction de seconde, je déclenche un vent violent qui nous pousse tous les deux en avant.
Devant mes yeux, le brouillard se dissipe et disparaît complètement. La magie fait de même en moi : elle retombe et me laisse, légèrement essoufflé, dans un monde incolore. Chaque bouffée d'air que je prend ne semble plus remplir assez mes poumons, et mes sens semblent fonctionner à un quart de leurs véritables capacités. Les contours me semblent flous, effacés.
Les bruits, les teintes, les couleurs... Tout est plus terne.
Tout sauf elle. Elle est toujours belle à en couper le souffle, rendant plus pâle tout ce qui l'entours. Son parfum sucré et ses intonations du sud me fascine éternellement.


- Ça à l'air si simple... soupire Lola au bout d'un moment de silence.
Accoudée à la balustrade, elle regarde au loin. Elle à l'air sereine et perdue dans ses pensées. Sa peur du vide semble avoir disparu pour de bon.
- Ça l'est, répond-je, exagérant un peu la facilité de l'exercice. Tu n'as plus qu'à essayer.
Elle garde le silence quelques secondes, envisageant probablement avec gravité l'idée sous tous ces angles.
- Qu'est-ce qu'il faut que je fasse ? dit-elle enfin.
- Ce que tu veux. Commence par faire le vide dans ton esprit et ça viendra tout seul.
Réunissant tout son sérieux, elle se redresse et se concentre, les yeux fixés sur un point au loin, la mine affichant un air déterminé et sans pitié.
J'attends.
Je me demande ce que ça va donner, si nous n'avons pas fait tout cela pour rien.
Vus d'ici, la ville entière semble être abandonnée, désertée par ses habitants. Le quartier est incroyablement calme, et une sorte de froideur se dégage des pavés de pierres immaculés qui ornent le trottoir.
Je sens une légère brise sur ma nuque. Je reporte mon regard sur Lola. Ses deux poings serrent maintenant fermement la barre la plus haute de la rambarde. Ses mâchoires sont crispées mais son regard est impassible. Une flamme rouge vif semble brûler de plus en plus ardemment dans ses yeux mordorés. Soudain, une rafale de vent fait voler ses cheveux vers mon visage. La suivante, plus violente encore, me vais chanceler et je suis contraint de faire un pas sur le côté. Je contemple Lola. Ses cheveux volent autours d'elle mais elle ne vacille pas. Une bourrasque lui arrache son foulard, qui va s'emmêler dans les pieds d'un banc à l'entrée de la passerelle. Elle semble à peine s'en apercevoir. Le vent est maintenant si déchaîné que je doit me tenir au garde-corps.. L'enquisse d'un sourire se dessine sur les lèvres de Lola. Elle semble épargnée par les rafales alors que, malmené, j'ai l'impression d'être au cœur d'un tourbillon.
Un filet de voix me parvient :
- Regarde bien ! ordonne-t-elle.
La sérénité et l'amusement sont largement perceptibles dans ses intonations. Elle ne se rend pas compte de la puissance de ce qu'elle à déclenché.
Je lève les yeux vers l'endroit qu'elle désigne. Ce sont les maisons que j'ai évoqué il y a un instant. Leurs toits sont couverts d'une épaisse couche feuilles d'arbre rouillées et dans des teintes différentes.
- Regarde.
Soudain, les milliers de feuilles de chêne échouées sur les toits se soulèvent à l'unisson, soumise à une bourrasque particulièrement agressive. Le résultat est incroyable. En un instant, une infinité de petites étoiles rouges, rose et orangés se détache sur le ciel blanc, dansant doucement au dessus de la ville. On dirait une boule de Noël à grande échelle : une par une, les feuilles redescendent en virevoltant jusqu'à regagner leur place initiale.
Tout en admirant le spectacle, Lola rit. Un rire de petite fille qui me parvient, apporté par une rafale. Le vent retombe d'ailleurs petit à petit, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'une brise légère.
Cependant, je ne réussis toujours pas à reprendre mon souffle. C'est inconcevable. Je n'ai jamais ressenti une magie aussi puissante, ni vu quelqu'un apprendre à s'en servir aussi rapidement.
Hors d'haleine, je lève mon regard vers Lola. Brusquement, je me rends-compte que ses doigts agrippent fiévreusement la barre de sécurité de la passerelle. Les yeux dans le vague, elle se met subitement à tousser de manière étrange, à suffoquer, comme si l'air n'atteignait plus ses poumons. Je me précipite.
- Lola, tout va bien ?
Étouffant une nouvelle quinte de toux, le teint pâle, elle se redresse et inspire longuement. Puis elle me rassure, sa voix faible sur les premiers mots reprenant petit à petit plus de consistance :
- Bien sûr. J'ai juste... Je n'ai jamais rien ressenti d'aussi puissant.
"Moi non-plus" pensé-je, tandis que, son sourire revenu, Lola m'interroge sur le succès de sa prestation.
- Alors, Professeur, content ? me taquine-t-elle, sans se douter un instant de la vague de stupeur qu'elle a déclenchée en moi.

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Revenants... - "Jusqu'au dernier jour de l'éternité" [G]

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