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 AD 834 AP Spoutnik. [R] ou [13+]

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Zuran
Tache d'encre

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MessageAD 834 AP Spoutnik. [R] ou [13+]   Publié le : Jeu 3 Jan 2013 - 6:53

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AD 834 SPOUTNIK.




Il y a de cela six siècles une guerre opposa les religions au reste du monde. Ainsi on pensait avoir mis un terme à l’existence des chimères, hybrides mi-humain mi-animal conçus par les nations libres en opposition aux religieux. Depuis plus personne n’en a entendu parler… jusqu’à récemment où des mercenaires d’origines inconnue se sont mis à sillonner le seul continent peuplés par les humains, les autres n’étant plus que d’immenses cimetières dévastés par les guerres passées.

Kira est un jeune homme rêveur et toujours dans un autre monde avec la tête dans les nuages. Contrairement à beaucoup qui jugent, il a toujours voulu savoir ce qu'était réellement une chimère. Mais un jour l'une d'entre elle arriva dans son village, remettant en cause tout ce qu’on leur avait enseigné sur ces créatures « diaboliques. »






L'homme du village, le grand sage, avec le prêcheur, tous deux assis sur un vieux banc en bois polis par les années, narraient les histoires des temps anciens. Les hommes, les femmes et les enfants dévoraient leurs paroles. La nuit tombait sur le village et il était temps de faire un petit sermon avant de dormir. Le prêtre parla en premier.

_Il fut un temps où le seigneur infligea de grandes souffrances aux hommes, un temps où on permit la création de bêtes immondes mi-humaines mi-animales...

_En ces temps nous avions des machines de mort si puissantes qu'elles pouvaient détruire des villes entières...

_Les guerres déchiraient les hommes et les divisaient. Certains hommes osèrent se lier aux chimères et engendrer une horrible lignée avec ces êtres maudits ! Ils répandirent la honte sur leur peuple et se donnait la liberté de commettre le crime de l’avortement !

_Ils massacraient les bébés innocents à naître, impitoyablement, et ils forniquaient dans tous les sens comme des bêtes...

_Ils n'avaient d'humains que l’apparence mais leur cœur était flétris et noir comme les ténèbres de leur esprit malsain.

L'assistance siffla, scanda à la honte et au scandale, aux êtres sataniques. Ils étaient vêtus comme aux temps anciens. Ils avaient oubliés la technologie, les machines, les armes de métal et les produits chimiques. Mais leur esprit n'en restait pas moins pollué, conditionné. Le sage parla à nouveau.

_Ma mère avait quinze ans quand je suis né et elle m'a assumé, elle a été très heureuse...

_Loué soit le don que dieu a donné aux femmes de pouvoir donner la vie ! Qu'elles offrent leur ventre pour le remercier !

Tous répétèrent après lui cette phrase sacrée. Ils ne devaient tuer point, voler point, mais ils jugeaient des êtres qu'ils n'avaient jamais connus. Ils insultaient des morts qui n'avaient rien demandés et souillaient leur mémoire. Mais leur dieu n'avait jamais interdit de tel affront. Ils se le permettaient donc ouvertement et sans gêne. Étrangement il n'y avait pas marqué « ne violer point... »

_Avant les hommes volaient dans les cieux mais à quoi bon puisque marcher sur la terre est tellement mieux, tellement plus jouissif ? Ne sommes-nous pas bien là maintenant sur une terre ferme et non pas la tête dans les nuages ? Ne sommes-nous pas à notre place les pieds sur un sol ferme plutôt que dans les cieux où on risque de tomber?

Le sermon dura encore deux bonnes heures qu'ils ne virent pourtant pas passer. Ils vivaient ainsi, dans un système interdisant d'aller voir d'autres femmes, de se séparer ou encore d'avoir une vie sexuelle libre avec sa femme ou son homme. Le monde comptait cent millions d'habitants, un chiffre qui exploserait très vite au vu des conditions et de la politique pro nataliste en vigueur.

Dans un pays qui fut la France, une zone en partie désertique, certains marcheurs qui voyageaient de ville en ville et de village en village racontaient qu'ils avaient vus un être recouvert de fourrure maniant une longue épée à la ligne épuré. La description qu'ils en faisaient ressemblait très fort à ces créatures malfaisantes dans les légendes, aux chimères dont on osait à peine prononcer le nom par honte et dégoût... mais aussi par crainte.

Kira, fils d'une famille nombreuse, comme tant d'autres, rêvait un peu trop au goût du prêcheur et des autres qui ne le comprenaient pas. Il vivait dans un monde de dragons et d'elfes avec des orcs et des trolls qu'il fallait combattre. Il cauchemardait aussi sur un monde où les machines furent créées pour prendre l'énergie vitale des créatures magiques et les réduire en esclavage. Quand il en parla à d'autres ils le prirent pour un fou et il reçut des coups de battons pour hérésie. On ne brûlait pas les enfants de seize ans mais on les punissait pour leurs pêchés. Il portait le mal en lui selon beaucoup et il fallait l’expier par tous les moyens.

Il était strictement interdit de s'intéresser aux machines, sources du malheur des hommes sur terre et de grandes souffrances. Quand on parlait d'êtres démoniaques mi-humain mi-animal il voyait des hommes bêtes plus bêtes qu'humains avec un corps pseudo humain et une tête d'animal des griffes et des crocs pointus. C'était des monstres assoiffés de chair et de sang recouverts de fourrure épaisse, drue et rugueuse. Ils devaient sans doute avoir des poux ou des choses dans ce genre-là. La réalité contrastait souvent avec les récits et l'imagination.

Il ne le savait que trop bien mais l'histoire des vaincus qui jadis foulaient cette terre lui paraissait juste car transmise de génération en génération par les anciens et les prêcheurs. Il aurait sans doute eu très peur de ces créatures du mal engendrées par la folie des hommes et les machines, par la science maléfique. Les anciens disaient que la terre fut autrefois peuplée par des milliards d'habitant, plus que des millions, plus que les cents millions de personnes éparpillées sur la planète, du moins, sur le gros continent du nord.

L'hôtel des lamentations était un édifice assez impressionnant à voir. Tous les villages, toutes les villes en avaient un. Tout le monde allait s'y recueillir au moins une fois la journée en mémoire à ceux qui furent tués durant les guerres passés menées contre les forces du mal. Il y avait de la diablerie dans les machines et ceux qui les avaient créés. Mais en même temps Kira ne pouvait s'empêcher d'être curieux de savoir ce que ces machines faisaient de si mal et pourquoi on les détestait autant.

Cette curiosité beaucoup la devinaient chez lui et la lui reprochaient. C'était quelque chose de malsain pour eux de s'intéresser au mal ou aux objets du diable, à ses créations les plus horribles et les plus impures. On ignorait tout de l'univers, du savoir ancien perdu à jamais. Il fut acquis par la sueur des chercheurs et des savants qui s'étaient échinés à tenter de percer les mystères du monde et de ses origines. Tout ça était oublié depuis bien longtemps, depuis que les hommes avaient renié la vérité scientifique pour des croyances fondées sur rien de solide.

Le monde se restaurait lentement mais sûrement. La nature reprenait ses droits depuis des siècles, ensevelissant des villes entières sous la végétation de plus en plus dense et riche. On cultivait toujours des plantes comme l'olivier ou la vigne et même les figuiers. Le jeune homme de dix-neuf ans raffolait de ces fruits délicieux sucré et aimait beaucoup les figues sèches. Il mangeait aussi les abats comme les tripes, choses dont il se délectait avec joie.

Il vivait encore chez ses parents, attendant d'avoir l'argent et les moyens de se payer un loyer et de pouvoir être chez lui. Il ne cherchait pas spécialement à avoir une femme, pas très intéressé. Il ne voulait pas avoir d'enfants et on le percevait très mal. Les mauvaises langues disaient qu'il ne voulait pas participer à l’œuvre sacré de leur créateur divin en évitant les femmes et donc d'avoir des enfants avec l'une d'entre elle. Certains lui décochaient parfois un regard dur amplis de mépris et de reproches comme s'il fut un criminel.

Il ne voulait pas de femme, pas d'enfants, pas de mariage, une véritable honte pour sa famille, un déshonneur total qui pesait sur les siens et qui le lui faisaient ressentir. Il se sentait de plus en plus étranger à son village, à cette communauté qui en fait n'était pas la sienne. Il ne se sentait pas à sa place dans ce monde, dans ce système dans cette société qu'il ne pouvait contester ou remettre en questions sous peine d'offenser les prêcheurs et donc leur dieu. Il risquait la mort s'il osait lever le petit doigt contre eux pour exprimer ses pensées, son avis, son ressenti.

Ils prenaient déjà assez mal qu'il ne veuille pas de femme et d'enfants pour perpétuer l’œuvre et la création du créateur. Pour lui la maison et les petits avec une femme bien conditionnée étaient la pire des prisons. On lui avait pourtant attaché les ailes, il ne pouvait donc pas voler. Ce soir-là il mangeait tranquillement à table, son grand frère le fixait d'un regard mauvais sous les yeux honteux de son père.

_J'ai vingt-deux ans, j'ai une femme, deux enfants, une maison et je suis un homme qui travaille bien pour la communauté.

_Mon fils, pourquoi es-tu toujours à rêver de ces choses qui n'existent pas ? Tu devrais redescendre de ton nuage et arrêter de nous faire honte, de souiller note honneur. Tu es un homme maintenant, tu dois trouver une femme...

_Je veux bien une maison mais pas de femmes, je vais devoir lui faire des petits comme un animal sinon, c'est dégoûtant. Je ne veux pas être rabaissé à « ça » c'est répugnant. Je ne veux pas de cette vie ignoble et malsaine...

_Tu es donc un pro mort, pour la culture de mort, tu n'es qu'un monstre mon frère !

La baffe de la part de son grand frère fusa, il ne put l'esquiver et la dégusta sans broncher. Sa tête venait de tourner dans la direction donnée par la baffe. Gérod le prit par le col, son regard lançait des éclairs sur lui. Il était prêt à le jeter contre le mur d'en face, fou de colère, fou de rage que son merdeux de petit frère ne comprenne rien et se fiche de sa famille. Il restait étonnement calme, le visage sombre dans ses cheveux mi-longs. Tous ne comprenaient pas pourquoi Kira était contre la famille, pourquoi il prônait sa destruction par la culture de mort.

_Lâche moi... qui es-tu pour me frapper et me prendre par le col comme ça ? Mon frère ? Un étranger le ferait, mais entre frère ça ne se fait pas, c'est aussi une honte d'en arriver là en famille tu ne trouves pas ?

_Je te renie, tu n'es plus mon frère...

_Tu n'es pas mon frère, si les choses sont plus claires comme ça, au moins ça te met les points sur les I. Tu ne m'as jamais compris, tu ne m'as jamais demandé quoi que ce soit, tu ne t'es jamais posé de questions, tu m'as jugé comme tous les autres, tu n'es pas mon frère. Tu ne l'as jamais été, juste un étranger rien de plus.

Il avait raison, Gérod le lâcha, ne sachant quoi répondre, touché dans le vif par ces paroles vraies. Non il ne lui avait jamais posé de questions sur son univers, il s'était fait des idées dessus avec des préjugés sans même savoir ce dont il s'agissait. Il ne l'avait jamais défendu, toujours traîné comme un fardeau, comme un poids. Le père ne dit rien, se contentant de fixer sa honte de pseudo fils du regard le plus méchant et le plus mauvais qu'il soit.

_Je vais me coucher, donnez les restes aux animaux, eux au moins ils ont le droit de vivre leur vie comme ils l'entendent, enfin presque. Moi, je suis un étranger ici, je ne suis pas chez moi, je ne l'ai jamais été.

L'abcès était crevé, tout venait d'être dit ce soir-là. Le lendemain il partit de sa fausse maison, prenant des affaires et s'installant plus loin chez son oncle, un grand gaillard sec aux yeux bleus clairs et aux cheveux courts très sombres. Il travaillait la terre avec une pioche dans un champ de vigne le matin pour gagner le droit de rester chez lui car il faisait aussi peser le déshonneur sur sa maison. Il devait donc payer son droit de rester sous son toit.

Ce jour-là il se leva tôt pour travailler dans uns des champs de son oncle. Il devait piocher une parcelle de vigne et avait enfilé des gants pour ne pas se faire mal. Le soleil tapait fort et il suait à grosses goûtes, buvant parfois de l'eau dans sa gourde.

Quelque part dans le village, une forme sombre et élégante encapuchonnée circulait dans les rues avec aisance et facilité. Elle se rendit directement à la mairie où travaillait le maire. Celle-ci ne prit pas la peine de frapper à la porte, se contentant d'entrer comme si de rien n'était. Le visage caché par un tissu noir ne laissait apparaître que ses yeux violets. Elle inspirait la crainte. En se présentant au bureau du maire elle lui parla d'un ton froid dans la grande pièce, un ton distant et lointain d'une voix néanmoins féminine et délicieuse, douce comme une plume mais aussi froide que la glace.

_J'ai repérée une horde de brigands, ils ne devraient pas tarder à arriver... je peux les éliminer à condition d'être hébergée pas longtemps pour me reposer un peu. Sans quoi je les laisserai vous attaquer. Votre milice ne semble pas faire le poids, à vous de choisir. D'ailleurs, deux ou trois miliciens, ça me semble léger.

_O... oui... nous... nous vous serons reconnaissants de nous en débarrasser, merci...

_Bien, c'est moi qui vous remercie.

Elle quitta les lieux sans rien demander d'autre, disparaissant comme une ombre furtive et éphémère. Il resta pétrifié de peur face à un être aussi froid et direct, aussi étrange et terrifiant.

Alors que Kira se rendait dans un bâtiment fait pour se laver après le travail du matin il vit des gens partir dans une direction non sans raison. Il se dit que ce n'était pas bien grave, que ce devait être un marchant ou un groupe de caravanes, quelque chose comme ça. Pourtant quand il sortit et qu'il s'y rendit il arriva juste à temps pour assister à la fin d'un carnage sanglant. Une troupe de brigands gisait à terre, coupé en deux dans des mares de sang. Une femme encapuchonnée leur faisait face. Il comprit que ce devait être une mercenaire payée par le village pour le protéger ou pour piéger ces bandits.

Toutefois il remarqua un détail anormal chez elle, son épée. Longue de plus d'un mètre, la lame double tranchants était plus large qu'un glaive normal et semblait aussi plus légère. Du moins son métal inspirait cette sensation de légèreté. Ses tranchants luisaient sous les rayons d'un soleil de plomb, le soleil de midi. Trois hommes l'entouraient, huit étaient morts. Elle lui parut élancé et fine mais impossible de le vérifier avec ses vêtements, sa cape et son capuchon qui devaient lui tenir chaud.

Le premier chargea, l'autre fit de même et le troisième attendit quelle attaque le premier pour projeter sa lance. Sentant le danger elle sauta au-dessus du malfaiteur, envoyant son épée dans son corps. Sa lame coupa en partie l'homme en transversale comme dans du beurre. Le sang jaillit, le corps chut à terre et la lance toucha le sol sans avoir atteint sa cible. Elle se tourna en partie et d'un long mouvement circulaire du bras intercepta le deuxième homme qui réagit trop tard et finit presque coupé en deux. L'autre était terrifié et tremblait de tous ses membres. Elle dévoila son visage à la vue de tous qui furent surpris par ce qu'ils virent.

_Une chimère ? !

_Ils ne sont pas censés avoir disparus ?!

_C'est un véritable monstre... elle les a tué comme ça... son nez, son visage, sa fourrure, ses oreilles, c'est bien une chimère mais comment est-ce possible ?!

La voix douce et agréable mais froide de la jeune femme les interpella. Elle semblait distante dans son regard, dans son attitude, comme égarée dans un monde qu'elle ne connaissait pas. Comme si elle n'avait pas de véritable considération pour eux.

_Tu peux t'en aller, allez, va-t’en avant que je ne décide de te tuer... humain.

L'autre s'en alla vivement, apeuré et craignant pour sa vie. Les chimères furent surtout réputées pour leurs yeux argentés ou violets mais certains racontaient que quelques-uns de ces êtres démoniaques les avaient de couleur émeraude flamboyant d'un superbe éclat rivalisant avec les joyaux. D'autres auraient les yeux jaunes or légèrement cuivrés. Kira qui avait assisté à la scène et qui s'était un peu trop rapproché ne réalisa pas que les autres se tenaient à sept mètres d'elle et lui à quatre mètres de la guerrière. Tout ce qu'il trouva à dire à ce moment étonna plus d'une personne.

_Je ne pensais pas que les chimères étaient comme ça...

_C'est un monstre, elle va t’ensorceler ne l'approche pas !

_Fais ce que tu veux petit, tu peux m'approcher, je ne suis pas dangereuse, je vous ai protégé il me semble non ? Bien, je vais me reposer. J'ai passé un accord avec votre maire.

Elle passa au travers d'une foule qui s'écarta sur son chemin. Kira contourna tout le monde via divers rues et ruelles. Quelque chose en lui commençait à se réveiller sans qu'il s'en rende compte, camouflé et réveillé par sa curiosité. Il se sentait bizarre, son cœur battant la chamade dans sa jeune poitrine de rêveur éveillé. Il n'aurait su expliquer ce dont il s'agissait. Peut-être d'un pressentiment ? Qui sait ? Cette créature lui paraissait plus mystérieuse que dangereuse même si il fallait l'avouer, elle avait tué des hommes armés sans difficultés apparente.

Il la suivait discrètement, elle se dirigeait vers la mairie pour qu'ils acceptent de l'héberger ici. Mais le prêtre refuserait tout comme la population. Ils s'y opposeraient farouchement. Alors qu'il se cachait derrière un tonneau elle lui parla, ayant ressentis sa présence.

_Inutile de te cacher derrière cette barrique, je sais que tu es là. Tu as peur de moi ? Parce que j'ai tué ces humains ou parce que je ne suis pas une humaine, de moins pour vous.

Il sortit de sa cachette, méfiant mais affrontant sa peur. Sa réponse ne sembla pas gêner la créature maléfique qui le toisa d'un air incertain de ses yeux violets. Elle le sondait de son regard neutre, le traversait de part en part à cinq mètres de distance.

_Tu as sous-entendue que tu étais humaine ? C'est vrai que tu nous ressemble un peu...

_Je suis plus humaine que tu ne le crois... et je suis libre.

« Je suis libre » Ces paroles raisonnèrent en lui comme un écho... « Libre... libre... libre, libre ! » Lui aussi voulait être libre. Libre de bouger, libre de penser, libre de parler, libre de vivre à sa guise. De nouveau son cœur battit dans sa poitrine. Le mot libre lui inspirait la liberté, oui, liberté, c'est ce à quoi il aspirait. La liberté d'être ou non marié, d'avoir ou non une femme et des enfants, d'être ou non chez lui à s'occuper d'une progéniture trop nombreuse.

_Pourquoi me suis-tu ? Est-ce pour satisfaire une curiosité mal placée ou juste pour en apprendre un peu sur moi ? Ou pour d'autres motifs ?

_Je, je ne sais pas trop...

_Trouves vite une réponse, je ne veux pas que tu me suives.

_Pourquoi ? Si j'ai envie de venir avec toi ?

_Pourquoi me suivrais-tu ?

Il s'avança de quelques pas, plus confiant, sentant un intérêt dans la voix de la créature pseudo humaine. Il trouva cette voix très féminine, très agréable et chaude, mélodieuse. Elle le fixait intensément comme pour lui arracher une réponse à sa question.

_Je veux savoir ce que tu es... j'aimerais connaître ton monde, tu viens bien de quelque part, tu es bien née un jour non ?

Elle se tourna de moitié, inclinée vers lui, une pointe d'intérêt dans le regard. Un souffle de vent les balaya doucement, faisant jouer les cheveux de jeune homme et les sombres vêtements de la guerrière.

_Bon sang, tu as l'air de sortir du lot, tu n'es pas vraiment comme eux, une perle rare. Est-ce que tu as un rêve ?

_Je ne sais pas...

_Qu'est-ce que tu sais ? Ne me dis pas que tu ne sais pas, cherche une réponse en toi.

_Je sais... je sais que... que je veux être libre d'imaginer mon propre monde, d'avoir mon imaginaire. Je veux être libre de ne pas avoir de femme et de ne pas me marier parce que je ne veux pas d'enfants... je ne comprends pas les autres et ils ne me comprennent pas.

Elle le regardait d'un air lointain et incertain, à son écoute, attentive à ses paroles. La bête du diable, cette créature malfaisante d'après les dires, lui accordait de l'attention, l'écoutait, chose que les autres ne faisaient pas. Elle ne semblait pas non plus le juger.

_Réponds à mes questions. Que veux-tu faire ? Pourquoi tu me suivais ? Quels est ton rêve ou quels sont tes rêves ? Qu'est-ce que tu cherches ?

_Je... je veux faire ma vie en paix sans être attaqué parce que je ne veux pas faire comme tout le monde, vivre comme tout le monde. Je ne veux pas de cette existence triste et banale avec une femme et plein d'enfants dans les pattes. Je veux pouvoir rêver en paix.

_Bien, et ensuite ?

Son cœur tambourina dans sa poitrine. Elle s'intéressait à lui et posait des questions comme par curiosité, comme si le jeune adulte l'intriguait. Et ce n'était pas totalement faux. Aucun humain mis à part lui n'était assez stupide pour vouloir suivre ou approcher une telle bête, une créature du démon. Pourtant cet inconscient le faisait sans gêne et avec une curiosité enfantine déconcertante.

_Je te suivais parce que je n'ai jamais vu de... tu es une chimère ?

_Oui, j'en suis une, née mi-humain mi-renarde pour être précise... je n'ai ni crocs ni griffes comme tu peux le constater. Mon visage bien qu'avec un léger museau très court et des traits animaux reste quand même très humain. D'ailleurs chacun à son propre visage, comme pour vous les humains. Tu as l'air un peu différent des autres, c'est pour ça que je te porte mon attention et puis... ce n'est pas tous les jours qu'un humain ose me suivre en dépit des autres, de la peur et par curiosité.

_Je te suis parce que je veux en savoir plus sur toi, sur là d'où tu viens et sur ton monde parce que je suis las de celui-là, de cet endroit déprimant où je vie. Je chercherais bien un endroit plus tranquille, avec moins de jugement pour vivre. Je rêve d'un monde de dragons, d'orcs et de trolls maléfiques et d'elfes qui les combattent. Je veux écrire ce don je rêve même les cauchemars...

_Bien, ici tu as peu de chance de réussir. Maintenant tu peux essayer de t'intégrer dans un autre système dans une autre société, dans un monde humain où tu seras vraiment très libre.

_Tu me propose de vivre dans ton monde ?

_Il y a aussi des humains chez moi ne t'en fais pas. Tu ne seras pas seul dans les rues.

Le vent souffla à nouveau tandis qu'il analysait la situation et les paroles de la créature qu'il trouva étrangement belle, du moins son « visage » lui paraissait presque attirant. Il finit par comprendre, par « percuter » comme on disait. Sa famille n'était pas vraiment sa famille et il ne les appréciait plus beaucoup. Les habitants du village lui paraissaient hostiles et même stupides. Ils ne pensaient qu'à travailler, prier et se reproduire comme des animaux. Le prêtre les y encourageait pour qu'ils gagnent une place au paradis.

Il croyait au bon dieu, il pensait qu'un dieu avait tout créé et qu'il avait conçus les humains, le monde, qu'il existait depuis toujours. Pourtant il avait du mal à se faire à l'idée de se marier et d'être avec une femme pour se reproduire. Il ne voulait pas non plus sombrer dans la dépravation, dans la honte et salir son honneur d'homme en allant voir des femmes pour les prendre et rien d'autre, ça le dégoûtait. Il répondit à la guerrière.

_Si je comprends bien, je vais devoir tout quitter pour te suivre et aller dans ton monde c'est bien ça ?

_Oui et ça va prendre du temps parce qu'on est loin de mon point de rendez-vous. Disons que je suis ici pour une raison et qu'on viendra me chercher dans quelques mois. Mais tu n'as pas à savoir pourquoi je suis là. Je n'ai aucune raison de te le dire après tout, c'est une affaire vieille de plus de six cents ans, un vieux compte à régler avec les humains de ton monde.

_Vous comptez tout détruire ?

_Non, pas vraiment, nous voulons quitter cette planète pour aller vivre sur une terre qui sera notre patrie notre chez nous. Si tu viens et suivant comment ça se passe tu pourras venir avec nous, si tu le veux, tu es libre de choisir.

_Je quitte ce village, je viens avec toi. Je suis prêt à tout abandonner, pour ce que c'est, ça ne vaut pas grande chose alors je viens.

_Même tes proches ?

_Ils me rejettent, je vais faire de même, simple question de réciprocité. De toute façon je suis un étranger ici et ils sont des étrangers pour moi. Les filles sont stupides et veulent devenir des femmes en se faisant féconder comme des bêtes par le premier venu avec qui elles seront mariées. Y en a qui me voulaient mais je les ai repoussé. Assez belles mais rien dans la tête, des passoires...

La créature partit en fou rire, un rire de femme très fin, très agréable et mélodieux qui lui plut. Visiblement elle devait avoir de l'humour, chose étrange pour un être démoniaque.

_Je vois que tu ne les apprécie pas beaucoup, très bien, je te prends sous mon aile, petit jeune ! Je vais te mener quelque part où tu auras du mal à t'y faire mais après ça devrait aller et tu ne pourras plus repartir tant tu y seras bien. Mais après, tout le monde peut se tromper.

Il la fixa étrangement, comme une « personne » amicale tout à coup. Il y eut un déclic en lui, dans sa tête. Toutes les fibres de son corps, de son être, lui disaient de la suivre, d'aller avec elle, de saisir sa chance de devenir libre et de partager des chose avec « quelqu'un » qui en valait probablement la peine. Cette créature avait peut-être tué dix brigands de sang froid et sans problèmes mais elle ne restait pas moins humaine, dans son attitude en tout cas.

Il sentit à nouveau son cœur battre dans sa jeune poitrine, battre comme jamais, et un air nouveau emplir ses poumons, celui de la liberté, celui d'une nouvelle vie qui commençait pour le jeune homme... en compagnie de cette créature hybride contre nature. De plus, elle ne ressemblait pas du tout à ce qu'il avait pu imaginer et il mourrait d'impatience de voir les autres, de voir à quoi il pouvaient bien ressembler.

Était-ils aussi humains qu'elle ou moins sur leur apparence ? Comment vivaient-ils, comment était leur société, leurs villes, leur fonctionnement. Tant et tant de questions commençaient à l'assaillir... mais une chose était sûre, claire comme jamais... désormais, sa vie serait différente de ce qu'elle aurait dû être, de ce qu'elle aurait pu être et son destin était scellé... pour toujours.
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