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 Immortelle

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Luptinote
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MessageImmortelle   Publié le : Lun 14 Jan 2013 - 11:40

Yo ! Je propose donc ma première fiction, en espérant la voir aboutir !

Merci à tout ceux qui se donneront la peine de la lire et de commenter, dans le négatif ou le positif.


L'histoire...

Dans un monde vierge, sept peuples sont implantés avec une de leur ville. De taille égale, tous aussi nombreux, sur un pieds d'égalité dans leur nouvelle vie forcée. Mais leurs différences provoquent des conflits après à peine quelques siècles de cohabitation. L'un des sept peuple est raillé de la carte. Celui des Hommes.
A l'époque d'une paix que l'on veut croire éternelle, Lynaï, treize ans, travaille dans une armurerie.
Treize ans, face au monde qui menace à nouveau de plonger dans une guerre sans merci.
Treize ans lorsqu'elle découvre être unique. Ou plutôt, la seconde. La seconde créature à posséder des yeux sans pupilles.
Se mélangeront l'épopée des Hommes, le destin des sept peuples, une fin du monde mal organisée, et l’accomplissement personnel de Lynaï face à son identité, face au premier, celui qui la guidera.



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J'adore cette idée que de toute façon, tout finira par bOOmer, et que, du coup, on n'a pas à s'en faire...
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Dernière édition par Luptinote le Mar 29 Jan 2013 - 10:47, édité 1 fois
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Luptinote
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MessageRe: Immortelle   Publié le : Lun 14 Jan 2013 - 11:42

Chapitre 1


Passage 1

« Rêver de franchir la limite du temps pour visiter l'avenir. Puis dérober le futur pour trahir la mort. Tel est l'ultime dessein des sept peuples. »


Syoté ferma l'arrière-boutique à double tour avec des gestes fatigués. Il s'appuya contre le comptoir pour réviser la liste des tâches du lendemain. Quelques livraisons, plusieurs commandes urgentes, d'autres moins... Il commençait à se lasser de cette échoppe et de ses clients. Il était un artisan doué et savait créer toutes les armes existantes, du stylet à l'arc, de la hache à la lance. Mais il se faisait vieux. À quarante ans, il estimait avoir eu une belle vie, suffisamment longue pour quelqu'un de son sang. Il était un membre du peuple Styneh, et comme tout ceux appartenant à cette espèce, son espérance de vie demeurait bien moins longue que celle des autres civilisations. Un demi-siècle, tout au plus.

La porte vitrée du magasin s'ouvrit avec son grincement caractéristique de charnières usées. Syoté conservait malgré les années une ouïe fine et reconnut la démarche du nouveau venu sans avoir à lever les yeux de ses papiers.

― J'ai fini ma livraison, claironna une enfant aux joues roses et au visage souriant. Vous avez encore besoin de moi ?

Syoté réfléchit en regardant autour de lui.

― Non, Lynaï. La journée est terminée. Une fois que tu auras rangé et fait un peu de ménage, tu pourras rentrer chez toi.

La jeune fille hocha la tête et tendit le bras dans le fin espacement entre deux étagères pour saisir un balai.

― Viens tôt demain, il y aura pas mal de travail, ajouta son patron en lui tendant son salaire journalier — une poignée de pièces d'argent terne.

― Très tôt ? risqua Lynaï en grimaçant.

Syoté ne releva pas, mais son regard d'ivoire, perçant comme celui d'un rapace, valait bien une réponse à lui seul.

— À demain, la salua-t-il.

Il avait en elle une grande confiance, sachant qu'elle s’acquitterait de ses tâches avec la bonne volonté et la méticulosité dont elle savait faire preuve. Bien qu'elle n'ait que treize ans, il avait déjà une haute estime de ce petit bout de femme.

Elle le regarda sortir, consciente, qu'elle devrait chasser son habituelle distraction pour mener à bien ses devoirs – le magasin était dans un état particulièrement déplorable ce soir. À force de travailler ici, elle avait dû apprendre à maîtriser sa maladresse. Elle ne possédait ni le calme ni le savoir-faire de Syoté. Même physiquement, ils ne partageaient aucun point en commun. Elle, menue, d'allure fragile, constamment sautillante et joyeuse, tandis que lui présentait les traits distinctifs des Stynehs : de larges épaules, des yeux presque blancs, un calme inébranlable et une minutie étonnante. Et surtout, alors qu'elle adorait bavasser au lieu de sortir dehors dans le froid ou la chaleur étouffante — qu'on soit en été ou en hiver, elle trouvait toujours le moyen de se plaindre de la saison — Syoté restait peu bavard et constamment réservé. Sauf pour la rabrouer. Ce qu'il ne manquerait pas de faire si, au matin, il ne trouvait pas le sol impeccable.

Lynaï soupira et entreprit de chasser la poussière de la pièce tandis que Syoté rentrait chez lui. Au moins, l'atelier n'était pas grand. D'une dizaine de mètres carrés, ses murs disparaissaient derrière les étagères, elles-mêmes recouvertes de toute une artillerie. Elle resta seule dans la boutique pendant près d'une heure. Une fois le dallage débarrassé de sa poussière, elle s'appliqua à mettre en ordre le bazar ambiant. Son employeur était toujours occupé dans la journée, il ne prenait pas le temps de remettre à leur place les outils ni les armes qu'il montrait de plus près aux nombreux acheteurs. Chaque élément avait une place bien définie. Pour atteindre les rayonnages les plus hauts, Lynaï escaladait les étagères. Devant son patron, elle ne s'adonnait jamais à une telle fantaisie mais là, personne ne la voyait, personne ne la réprimanderait.

Elle attrapa un sabre dont l'acier refléta le plafond de la pièce. Son manche était sertit de pépites de métaux précieux. De l'argent sûrement. Elle alla le poser dans son support à côté d'autres œuvres. Petite, elle trouvait ces lames et ces pointes fascinantes, puis elle avait cessé d'y prêter attention. Elles ne représentaient pas plus que ses outils de travail à présent.

Après l'avoir rendue présentable, elle quitta l'échoppe, ferma la porte grinçante d'un tour de clef et rentra chez elle, dans un hangar abandonné à quelques minutes de là.

Les rues devenaient presque désertes à cette heure tardive. De rares passants profitaient de la fraîcheur d'une nouvelle nuit d'été pour prendre l'air, d'autres rentraient chez eux, pressés de retrouver leur lit. Topaze était une petite cité tranquille qui n'appartenait plus à personne. Chacun y vivait comme bon lui semblait en respectant les accords tacites de bon voisinage. Une population disparate cohabitait sans législation depuis de nombreux siècles déjà.

Lynaï connaissait sa ville natale par cœur. Elle passait des heures à arpenter les rues pour livrer des colis dans les différents quartiers, usant ses bottines sur le sol d’asphalte. Autour d'elle, de hauts immeubles de béton étendaient leurs ombres sur les maisons plus modestes posées au bord des allées. Quelques murs avaient étés peints de teintes vives, mais la majeure partie avaient laissé leurs façades devenir gris sombre puis noires à la nuit tombée. Il n'y avait pas de nature dans cette cité. Seuls de rares oiseaux s'aventuraient sur les toits d'ardoise pour chanter leur liberté d'un sifflement enjoué.

Cette ville, ces oiseaux, ces rues... Lynaï les adorait.

Elle entra à l'intérieur du petit hangar décrépit qui lui servait de maison. Entre ses murs nus, un noir d'encre régnait. L'unique lucarne ne suffisait pas à laisser entrer l'infime lumière des étoiles. Dans un coin, un lit de camp couvert d'un drap solitaire, dans l'autre, une armoire de fer contenant quelques vêtements ainsi que les maigres possessions de Lynaï.

La jeune fille alla s'asseoir sur le lit et ouvrit le coffret qui reposait sous son oreiller de toile. Il renfermait une pierre brillante, grosse comme son poing, qui éclairait la pièce sombre pour la rendre plus accueillante. La gemme était du même matériau que le sol de la ville voisine de Topaze — Améthyste — et parcourue de l'énergie primaire de la terre elle-même. Lynaï n'avait jamais vraiment compris ce phénomène magique, mais elle possédait ce joyau depuis son tout jeune âge et, tant qu'elle restait à proximité de la belle cité, il illuminait ses nuits. Cela lui suffisait.

Elle ne disposait pas de foyer pour faire du feu contrairement à la plupart des maisons avoisinantes. La première fois qu'elle était venue habiter seule dans ce hangar, elle n'avait pas fermé l’œil de la nuit, prise d'une angoisse irrationnelle à cause de l'absence de lumière et du silence. Le lendemain, le sommeil l'avait rattrapée pendant qu'elle emballait une dague à l'atelier. Syoté l'avait retrouvée endormie la tête contre l'établi. Il lui offrit sa propre gemme en lui faisant promettre de ne plus s'assoupir pendant ses heures de travail. Six ans s'étaient écoulés et Lynaï gardait soigneusement ce présent.

Elle posa la pierre à côté d'elle pour profiter pleinement de son agréable teinte rosée.

Elle venait de passer une journée formidable. Quatre heures de promenade pour une livraison dans les quartiers ouest de Topaze, un encas pris sur le pouce avec une amie, une nouvelle commande à délivrer avant le coucher du soleil... Mis à part le coup de balai du soir, c'était une journée comme elle les aimait. Elle fouilla dans sa besace à la recherche de quelque chose à se mettre sous la dent et en sortit une poignée de fruits secs.

Un sifflement aigu émana de ses lèvres lorsqu'elle appela son fouineur. Un miaulement lui répondit, et un animal au poil bleuté de la taille d'un écureuil bondit de l’armoire sur laquelle il s'était caché. Les doigts de Lynaï caressèrent sa fourrure si douce le long du tracé de sa double queue. Le fouineur ne semblait cependant pas intéressé par ces marques d'affection. Ses grands yeux noirs ne quittaient pas les fruits dans la paume de la jeune fille.

― Vorace, va ! soupira-t-elle.

Elle lui en lui en donna néanmoins une poignée que le petit animal engloutit en un éclair.

― T'exagères... déplora-t-elle, découragée devant son appétit sans pareil. J'aurais dû t'appeler Ventrapate, Prodige est un nom bien trop gentil pour toi !

Elle-même avala ce maigre repas et s'étendit de tout son long sur le lit, déliant ses muscles. De ses mains, elle farfouilla dans ses propres cheveux courts et toujours en désordre. Elle ne se souvenait plus de sa dernière tentative pour les dompter, de guerre lasse, ils avaient gagné la bataille.

Prodige sauta sur son ventre pour réclamer davantage de nourriture, mais il ne reçut que les intarissables caresses de sa jeune maîtresse.

Lynaï avait treize ans, un travail, une bande d'amis, une bestiole à poils bleus posée sur son estomac et un avenir à construire.

Elle en était heureuse.

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MessageRe: Immortelle   Publié le : Dim 20 Jan 2013 - 3:13

Passage 2

Un grand fracas ébranla les murs de la cité de Topaze. Les dormeurs furent tirés de leurs songes et les veilleurs sentirent le sol trembler sous leurs pieds. Des cris d'alerte et des pas précipités ne tardèrent pas à retentir de tous côtés. Lynaï connaissait bien ces manifestations. Elles étaient de plus en plus fréquentes, mais surtout de plus en plus brutales.

Elle bondit de son lit, enfila une paire de sandales, passa sa cape de lin et sortit dans les ruelles, sous le ciel parsemé d'étoiles et orné d'une lune timide. Rien ne venait éclairer ses pas mais, par chance, le ciel clair laissait voir les silhouettes qui fendaient la nuit.

Des vouivres.

Ces créatures ailées armées d'écailles et de griffes, obéissaient à leurs maîtres qui cherchaient depuis six années à obtenir les pleins pouvoirs sur la cité – l'héritage du peuple des Hommes. Sous prétexte que les humains avaient abandonné leur terre, ils pensaient pouvoir la revendiquer comme nouveau territoire. Sans pitié ni partage pour ceux qui y avaient battit leur foyer. La dernière attaque s'était soldée par un échec cuisant. Une des vouivres s'était faite transpercer l'aile par un pieu et avait dû battre en retraite. Un des Reptzeds – les maîtres des vouivres – avait été assommé, laissant sa monture partir où bon lui semblait. Malgré leur force physique et leur obstination guerrière, les cinq ennemis n'étaient pas venus pas à bout de la cité. Cela remontait à presque cinq mois. Aujourd'hui, on comptait six animaux contre près d'un millier de combattants et protecteurs. Rien d'insurmontable.

Les Reptzeds étaient des conquérants de nature. Des guerriers avides du moindre territoire. Ils faisaient cependant l'erreur de considérer Topaze comme leur cible. Et après six ans de batailles régulières, ils n'abandonnaient pas et continuaient d'envoyer leurs escadrons, sans daigner s’apercevoir que leurs nombre était insuffisant.

Parfois, la crainte qu'une réelle flotte soit envoyée parcourait Topaze. Les murmures inquiets assombrissaient les conversations. Le Reptzed, roi incontesté du peuple belliqueux, finirait par se lasser de cette guérilla. Mais jamais le nombre de vouivre n'augmentait au point de surpasser les habitants de Topaze et les murmures cessaient comme ils apparaissaient.

Au sud, à tout juste quelques centaines de mètres de là, Lynaï aperçut la belle cité d'Améthyste qui se recouvrait doucement d'un dôme translucide. Protection superflue puisque pas un seul peuple n'aurait osé s'en prendre à cette nation apte à contrôler une magie sans pareil.

Les habitants de Topaze décidés à se battre se plaçaient pour riposter. Qu'ils sortent de grandes pierrières ou de simples arcs, les combattants n'étaient guère prêts à abandonner leurs demeures. Déterminés à se protéger comme ils le faisaient toujours, ils se positionnèrent et attendirent que les vouivres fussent suffisamment proches pour les pilonner. Les plus jeunes et les vieillards se mirent à l'abri sous leurs toits pour attendre que passe la tourmente.

Pour sa part, Lynaï n'avait jamais appris à manier les armes et n'avait pas besoin de lancer un quelconque engin pour atteindre les dresseurs de vouivres. Sa préférence restait le combat à mains nues. Elle défit sa cape de lin, révélant ses deux paires d'ailes transparentes comme celles d'une abeille. Personne d'autre ne présentait cette particularité à Topaze. Elle était la seule à pouvoir monter à la rencontre des attaquants. Ses ailes vrombirent de plus en plus intense et la jeune fille s'éleva dans le ciel noir, vers ces ennemis qu'elle avait appris à connaître depuis son enfance.

Longues de plus de cinq mètres d'envergure, les vouivres possédaient des yeux perçants capables de se diriger dans la noirceur de la nuit avec une précision et une vitesse effrayantes. Leurs crocs étaient tels que, si l'une d'elles vous attrapait, elle vous trancherait en deux sans effort, et aucune aile, aucun artifice ne pourrait vous sauver. De nature sauvages, leurs maîtres devaient user de charmes magiques pour qu'elles se montrent obéissantes. C'était là la plus grande force du peuple reptilien : les envoûtements.

Installés sur leur dos par un solide harnais, ces dresseurs et mages se servaient des bêtes comme d'une arme redoutable et animée d'une volonté propre. Une volonté qui leur dictait de détruire et de tuer. La vouivre incarnait le prédateur parfait.

Face à elles, Lynaï ressemblait à un insecte au milieu d'un vol de chauves-souris. Une proie facile, minuscule. Ses petites ailes vrombissaient tandis qu'elle s'élevait. Elle monta droit vers les bêtes qui tournoyaient. D’abord, inciter l'une d'elles à la poursuivre en se faisant volontairement repérer, puis décrire au dernier moment une volte verticale pour se retrouver sur le dos écailleux du prédateur.

Lynaï se présenta en plein milieu de la trajectoire d'une des vouivres, à une vingtaine de mètres. L'animal, encouragé par son maître, fusa sur l’inconsciente. Lynaï s'enfuit aussi vite qu'elle le put tout en sachant qu'elle ne pourrait jamais distancer la créature aux larges ailes. Elle cherchait à prendre un peu d'élan pour mieux réussir sa manœuvre. Voler était grisant, et plus elle s'éloignait du sol, plus elle perdait la notion de danger. Elle était déjà venue à bout d'un Reptzed, une fois, et elle ne doutait pas de s'en sortir à nouveau, malgré les muscles de son dos qui, déjà, criaient grâce.

Aux côtés du ciel, la mort n'existait plus.

La mâchoire de la vouivre s'approchait dangereusement. Pas question de laisser un lézard volant la grignoter ! Lynaï serra les dents. Quoi qu'elle fasse à présent, elle était trop isolée pur recevoir de l'aide, même si quelqu'un parvenait à la voir. En bas, elle devinait les archers en train d'encocher leurs flèches pour éloigner les créatures les plus proches. L'un d'entre eux risquait de la toucher sans le vouloir. Lynaï avait toutes les raisons de se dépêcher. Elle effectua une pirouette au moment où le souffle chaud de la bête caressa sa jambe. La tête en bas, elle passa juste au-dessus de ses naseaux, assez près pour discerner la limite de ses écailles noires à la pâle lumière lunaire. L'instant d'après, elle se retrouva sur son dos, se cramponnant à une sangle pour ne pas se faire éjecter. Ainsi perchée, elle n'avait plus à craindre d'être transpercée par une flèche alliée. Éviter les projectiles venant d'en dessous n'était plus son affaire.

La vouivre furieuse tenta de déloger l'intruse logée sur son dos. Son maître dut intervenir, usant de son pouvoir magique pour la contrôler. Garder une monture soumise était sa priorité, ensuite, il pourrait se charger de la gêneuse. Le Reptzed et sa monture entretenaient des liens très proches, que ce soit par leur caractère dominateur ou par leurs gênes de reptiles. L'homme-lézard détenait cependant un pouvoir capable d'asservir la bête pour la rendre aussi docile qu'un fouineur. Un fouineur de plusieurs mètres de longs aux mâchoires meurtrières. Dans un sens, la vouivre représentait le corps, et le Reptzed le cerveau. Les nerfs directeurs prenaient la forme de fils imaginaires sur lesquels couraient ses ordres et ses pensées. Les deux êtres ne faisaient plus qu'un, tant que les fils ne se brisaient pas, et lorsque cela arrivait – par exemple, quand une vouivre tente de manger une fillette volante –, l'enchantement devait être rétabli au plus vite.

Le Reptzed s'appliqua à retracer les fines liaisons à la manière d'un marionnettiste réparant sa poupée. La magie ne suffisait pas à assurer une parfaite obéissance et le danger restait présent. L'harnachement de fer et de cuir trouvait son utilité dans ces moments-là.

La manœuvre lui prit quatre secondes, puis il tourna son regard reptilien vers la jeune fille.

Lynaï n'aimait rien chez les Reptzeds, leurs yeux aux couleurs trop vives, leur peau bleutée, leur visage fixe, leur silhouette trapue aux articulations noueuses... Et surtout, cette envie constante d'asservir une ville sur laquelle ils n'avaient nulle autorité. Il sortit de sa ceinture un coutelas, tint l'impressionnante bride d'une main et abattit sa lame vers le poignet de Lynaï. Sans attendre de se faire trancher le bras, elle prit appui sur les écailles glissantes de l'animal et se jeta sur son adversaire. La lame la manqua de peu. Elle frappa de ses poings tant qu'elle put, sur toutes les parties qu'elle pouvait atteindre, principalement le visage et les articulations. Elle ne connaissait pas vraiment l'art des guerriers ni même l'escrime, mais elle s'était souvent battue et savait que les Reptzeds, s'ils étaient de bons dresseurs de monstres, se révélaient de piètres combattants.

Elle s'accroupit pour esquiver un tranchant qui aurait dû lui taillader le front, se releva en pivotant sur ses hanches et lui écrasa la pointe de son pied dans le bras tenant la lame. Elle parvint à le désarmer, le couteau tombant droit vers le sol à plusieurs dizaines de mètre au-dessous, et le força à lâcher la bride pour tenter de se défendre. Lynaï continua de faire pleuvoir ses coups, encouragée par la tournure que prenait l'affrontement. Chaque mouvement demandait à son dos une tension musculaire à laquelle elle n'était pas habituée, faute d’entraînement régulier. Ses poings n'avaient pas la force d'affliger de lourds dégâts au Reptzed, mais ils lui imposaient un rythme qui l'empêchait de riposter.

― Espèce d'avorton ! Tu me le paieras !

A cet instant, une salve de rocs s'éleva de Topaze, catapultés par les pierrières. Aussi gros que Lynaï, ils dissuadèrent les vouivres de descendre plus bas. Une clameur satisfaite résonna quand les défenseurs de la ville virent un de leurs ennemis remonter vers les hauteurs, touché à l'aile. Les sifflements des projectiles continuèrent de retentir tels des menaces . La monture sur la-quelle se trouvaient Lynaï et son adversaire, gênée par les mouvements sur son dos, se débattit en vol pour chasser ces parasites et fuir les cris – encouragements de Topaze, grondements des prédateurs, vociférations des Reptzeds. Elle battit prestement des ailes pour s'éloigner de la cité d'où s'envolaient maintenant de lourds boulets enflammés.

Le plus grand danger de ce combat résidait dans la vouivre qui ne se tenait pas tranquille. Lynaï manquait d'appuis stables dés que la monture commençait à s'agiter. Elle s’agrippa aux vêtements du Reptzed pour rester en place. Installé dans son harnais solidement lié au poitrail de l'animal, ce dernier tentait de contrôler sa monture et d'éloigner en même temps la gêneuse à l'aide de ses mains griffues. Malmenée par le vent et la valse meurtrière de la vouivre, Lynaï ne pouvait que tenir bon. Elle sentait néanmoins ses doigts glisser lentement sur le dos de la cuirasse.

Elle tenta de saisir une des sangles de la selle mais les turbulences étaient telles qu’elle en perdait le sens de l’orientation en oubliant où se trouvaient l’envers et l’endroit – une sensation qu'elle retrouvait souvent en volant, sauf qu'en cet instant... Mieux valait rester lucide ! Par un effort de concentration et un puissant enchantement, le maître parvint à calmer quelques peu les caprices ravageurs de sa monture. Sa colère étouffée, les deux combattants retrouvèrent un semblant d’équilibre, et les griffes du Reptzed s'enfoncèrent dans le poignet de Lynaï au moment où celle-ci s’apprêtait à lui asséner un uppercut sous la mâchoire. Elle cria sous la douleur et frappa par réflexe de sa main valide, aussi fort qu’elle le put, mais n'atteignit que l’épaule de son adversaire. Il ne la lâcha pas pour autant.

― Retourne en bas dire à tes amis que cette ville n’est plus la vôtre ! gronda-t-il en la repoussant loin de lui.

Elle se trouvait dans une situation délicate. Sa technique se limitait à rester hors de portée de la poigne du Reptzed et de frapper avec célérité. Beaucoup moins musclée que lui, elle avait parfaitement conscience que se libérer lui demanderait un gros effort, et une bonne dose de chance.

Elle continua de frapper mais restait plus habile et forte de son poing gauche, présentement prisonnier. Elle n’avait plus besoin de se cramponner puisqu'il la tenait fermement, avec l’intention de la projeter loin de sa monture devenue folle de rage. En dernier recours, elle mordit dans la peau bleuâtre de la main qui la blessait. Ses canines pointues transpercèrent les écailles souples, arrachant un étrange son de souffrance étouffée à leur propriétaire. Il libéra son avant bras, voulut la saisir à la gorge mais, plus véloce, elle lui décocha un coup de pied à la poitrine, lui coupant le souffle. Étourdi, il perdit momentanément son emprise sur la vouivre qui plongea brusquement vers le sol, remonta en flèche, vira de tout côtés, pirouetta pour expulser enfin ces importuns.

Cette fois, Lynaï bascula en arrière. Sa chute se stoppa net quand sa main rencontra la bride tombée quelques instants plus tôt et elle s'y agrippa par réflexe à la force des poignets. A la réflexion, elle aurait mieux fait de conserver sa vitesse et de se laisser tomber de quelques mètres, puis d'ouvrir ses ailes pour atterrir en douceur. Le mors de la vouivre était composé de pointes d'acier qui, utilisées trop fermement, lui meurtrissaient la gueule. Bien que légère, le poids de Lynaï suffit à lui entailler profondément la mâchoire, ce qui provoqua un long cri rauque d'une ampleur effrayante.

La vouivre braqua ses yeux sur l'insecte en dessous d'elle. Elle plongea droit sur lui, désireuse de faire cesser la douleur entre ses crocs. Lynaï n'eut pas le temps de réfléchir, elle lâcha la bride et chuta pour éviter de mourir tranchée en deux.

Pendant le combat, la vouivre n'avait cessé de s'éloigner de Topaze en direction du sud. Lynaï ne s'était pas rendue compte qu'elle tombait droit vers Améthyste.

Elle percuta de plein fouet le dôme de protection.

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