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 [AP] Racine

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Ezarc Cesire

Ezarc Cesire
Tache d'encre

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Message[AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 9:18

Racine

Écrit par Ezarc Césire
D'après une idée originale d'Arthur Clot


Partie I
Contre l'écorce


I
Et une année de plus

As-tu déjà fait un câlin à un arbre ?
Un vrai câlin, je veux dire, le prendre là contre toi, sentir son écorce contre ta peau, prendre conscience de ses feuilles se balançant avec le vent. Sentir son énergie, ses branches grimpant vers le ciel. Écouter le grattement de tous les insectes qui vivent en lui, tous ces créatures minuscules, invisibles, qui prennent naissance dans les plis de son bois.
Le serrer un peu plus fort.
Écouter le silence qui n'en est pas un, les battements d'aile des oiseaux et ceux qui sautent de branche en branche.
Rester là, contre lui, immobile, sans rien attendre de lui.
Rester là, vivant.
Rester là, blottis contre cet être immense.
Rester là, simplement là.
Avec lui.
En lui.
Sentir sa chaleur, l'écouter pousser.
Entrer dans son écorce, se coller contre sa sève, se perdre dans ses racines.
Ses racines...
Plantées dans la terre, à l'écoute, avec elle.
Tous les arbres sont reliés ensemble avec leur mère, unique. Par leur racine.

Il était tranquillement allongé, écoutant le chant des oiseaux, le vent caressait son visage,son sommeil était profond. Très profond. D'étranges sons lui parvenaient, des sons comme venu d'un autre monde. Un autre lieu. Les sons semblaient traverser l'espace et le temps pour parvenir jusqu'à ses oreilles engourdis par son corps en repos. Il trembla légèrement, un frisson parcouru sa colonne vertébrale.
Les sons de l'autre monde devenait de plus en plus fort, de plus en plus dérangeant. Il bougea, grimaça. Les bruits le dérangeaient, les chants d'oiseaux se faisaient étrange, l'herbe devenait plus grise.
Soudain, une main invisible vint le saisir par le crâne et l'enfonça dans le sol pour le retirer brutalement de ce lieu là.
Arthur ouvrit les yeux en se redressant sèchement.
Son regard resta fixé sur sa fenêtre sans volets où la pluie venait frapper à fine goutte. Sur sa table de chevet, son portable hurlait qu'il était 8h.
Il se frotta doucement le visage, souleva sa couette. Toute cette douce chaleur s'évapora dans la seconde pour laisser place au froid matinal.
La douche renvoya au jeune étudiant des images de la soirée de la veille où l'alcool avait été englouti à grande vitesse. Il revit Sophie s'avançant vers lui pour l'embrasser et tombant sur un vieux canapé troué au bout de quelques pas. Le souvenir le fit sourire.
Le sac était prêt, le doliprane avalé. Il entendait son colocataire ronfler de l'autre côté de la porte. Armé de son vieux manteau gris, il s'en alla dans les rues grises pour luttait contre la pluie, les éclaboussures des voitures passant à toute vitesse sous un ciel gris et glacial. Les passants au regard sombre passait, planqués sous leurs vêtements d'hivers. Ses baskets évitaient du mieux qu'elles le pouvaient, les nombreuses flaques d'eaux qui se dressaient sur le chemin.
L'herbe verte, les arbres et les oiseaux étaient loin.

Doucement, Arthur poussa la porte d'entrée de son appartement. La lumière avait beau être éteinte il percevait des ombres mouvantes et des chuchotements peu discret. Il appuya sur l'interrupteur s'attendant au pire. Son cœur fit en bond monumental dans sa cage.
- Joyeux anniversaire ! S'écrièrent aussitôt une dizaine de visages enjoués.
La première à lui sauter au coup fût Sophie, son amante, son aimé. Elle l'embrassa tendrement en lui tendant une petite boite rouge. Il allait pouvoir y découvrir une magnifique bague en argent.
- Merci mon amour, murmura t-il à son oreille.
Il se tourna alors vers les autres en souriant.
- Je me doutais que vous prépariez un truc, mais ce soir c'est plutôt gonflé, il y a cour demain.
- Depuis quand ça te gène de faire la fête la veille d'un cour ? Répliqua Alex en sortant deux bouteilles de wisky qu'il cachait derrière son dos.
- Mais j'ai jamais dit que ça me gênait !
Éloïse s'avança vers lui et lui présenta un paquet cadeau contenant le dernier Final Fantasy.
- Joyeux anniversaire frangin.
Arthur enlaça sa sœur tendrement.
- Bon, qu'est ce qui se passe là ? Julien ! Tu nous mets de la musique ? S'écria Alex qui tenait absolument à ce que cette soirée soit parfaite.
Alex et Arthur se connaissaient depuis tous jeune, en primaire ils jouaient déjà aux petites voitures et aux pokemon ensemble. Alex n'était pas ce qu'on peut appeler un pro de l'organisation, loin de là même, mais pour la première fois de sa vie, il s'y était mis, il fallait que tout se passe bien.
Julien, alla aussitôt s'installer derrière son ordinateur et lança une playliste soigneusement étudié pour l'occasion.

Arthur avait un mal fou à se concentrer. Il sentait encore les effets de l'alcool de la veille et le peu d'heure de sommeil n'arrangeait pas les choses. Il savait qu'il aurait pus tout aussi bien rester allonger au lit et louper ce cour trop matinal pour lui, seulement, il était de ces gens qui ne supportent pas de se lever tard dans la journée. Il se connaissait et savait que s'il ne s'était pas levé dès le réveil, il aurait continuer de dormir jusqu'à 16h. Pour sa première journée en tant que majeur, il voulait profiter pleinement.
- Avant même l'existence de la caméra, le cinéma existait déjà dans la pensée des gens, expliquait le professeur avec une certaine conviction.
Arthur avait décroché, il regardait le plafond, ses paupières lourdes se fermaient peu à peu, il voyait de l'herbe verte, des arbres immenses, des fleurs colorés, un soleil chaud, des feuilles, pleins de feuilles, des feuilles pleines de lignes qui se balançaient dans le vent. Une douce chaleur, un calme, du silence, un repos parfait.
- On a essayé de décomposer le mouvement du cheval lorsqu'il est au galop par exemple. On peut y voir quatre images, et sur la dernière, le cheval a les quatre fers en l'air. Il ne touche pas le sol.
Retour dans la salle de classe avec les mines ennuyés des étudiants discutant avec leur voisin. L'amphithéâtre était immense, et ce tout petit professeur avait de grandes difficultés à capter l'intention de tous.
Mais qu'est ce qu'il foutais ici ? Il avait 18 ans et écoutait un spécialiste de l'histoire du cinéma parler de cheval. Il y avait quelque chose d'étrange, d'absurde. Était-il le seul à voir que quelque chose n'allait pas ?
A la pause, il s'en irait. Il n'était pas d'humeur à suivre de tels cours.

Les corps se tordaient dans tous les sens sans aucune recherche esthétique, seule la volonté de plaisir et de sensation trônait. Plus personne ne savait exactement qui il était et ce qu'il faisait ici. Pourquoi tournoyait-il ainsi entre ces visages hystériques sur une musique qu'il n'avait jamais entendu ? Où était passé les bouteilles pleines ? Pourquoi ne contenaient-elles que de l'air ? N'y avait-il pas quelque chose d'étrange... d'absurde ?
Cela importait peu, il y avait de la joie dans l'air. Les mains étaient levés, les bouches étaient ouvertes.
Mais étaient t-ils vivant ? Vraiment vivant ?

- Alors, tu es content ? Interrogea Alex, une cigarette à la main.
Arthur alla s'assoir à ses côtés, le ciel noir au dessus, le vide en dessous, les jambes pendantes en dehors du petit balcon.
- Oui, on m'a dit que c'est toi qui avait tout organisé, félicitation.
- Tu as vu mon cadeau ?
- La canne à pêche ?
- Ouais.
- Génial, j'ai trouvé l'idée géniale. On ira pêcher ensemble comme ça !
Arthur sortit de sa poche la dernière cigarette du paquet.
- Merde... Je l'ai acheté hier...
- Ralentit.
- On m'en a gratté beaucoup.
Flamme de briquet, lune qui surveille, fumée dans la nuit.
- Il a l'air sympa ton colloc, remarqua Alex.
- Gaby ? Oui, très, ça se passe bien.
- Tu le connais d'où ?
- D'ici. Il avait mis une petite annonce à l'université, j'ai visité l'appartement et voilà.
- Cool.
- Oui. Et toi, le lycée ça se passe bien ta deuxième terminal ?
- Ça se passe... Un peu monotone.
- Ça... Je me demande si il est possible de vivre de manière non-monotone.
La porte s'ouvrit alors et Sophie entra en troube.
- On danse mon amour ? J'adore cette musique !
- Je discute là...
- Il est bientôt minuit je vais devoir partir...
- J'arrive...

Étrange sueur, étrange extase du mouvement, désire de sortir de soit de s'évaporer dans la musique, seul ou collé contre l'autre. Dans le bonheur ou la tristesse mais bouger, bouger toujours, sans penser. Bouger pour exister. Dans la musique, dans le son, dans le rythme. Se balancer, écouter les incantations. Et les tambours chamaniques résonnent au fond du désert. La poussière se soulève. Bouger, bouger toujours sans penser. Bouger pour disparaitre. Bouger pour ne plus exister, pour se cacher dans l'autre, dans la musique.

- Allo chérie, c'est moi, je sais que tu boss aujourd'hui mais j'avais envie de te voir. Je sèche les cours donc si tu comptes faire la même chose rappel moi pour qu'on se retrouve, bisous.
Arthur observa la ciel sombre et triste. Cela faisait plusieurs jours qu'il pleuvait, il ne supportait pas la pluie. L'humidité l'exaspérai, le froid le rendait malade et de mauvaise humeur. Dans ces moment là, le mieux et encore d'aller se réfugier dans une salle de cinéma, résonna t-il.
Il marcha dans les rues, armés de son manteau et les passants passaient, tous avaient le même visage, les mêmes habits, la même tristesse dans les yeux. Les mêmes rides.
Il remarqua un jeune homme, abrité sous un abris bus, une cigarette à la main, le tint gris et mal-rasé.
- Excuse moi, tu n'aurais pas une cigarette ?
Sans mot, l'inconnu sorti son paquet et le tendit à Arthur.
- Tu peux en prendre deux, si tu veux.
- Merci.
Il n'en pris qu'une.
- Tu sais si on nous retire les bourses si on n'a pas son année ? Demanda l'inconnu.
- Non, désolé... Je ne sais pas.
- T'es étudiant ?
- Oui.
- En quoi ?
- Histoire de l'art.
Flamme de briquet, goutte de pluie tombante dans les flaques reflétant le ciel gris, sourire.
Arthur aimait bien discuter avec de parfaits inconnus, surtout lors d'une pause cigarette.
- Et toi, tu es en quoi ?
- Langues étrangères.
- C'est bien ?
- Non.
La fumée monte doucement vers le ciel.
- Tu veux faire quoi plus tard ? Questionna l'inconnu.
- Je sais pas encore... J'aimerais bien travailler dans un musée ou une bibliothèque, je sais pas vraiment. Et toi ?
- Rien.
- Rien ?
- Rien. Je veux être un bonhomme plus tard, un passant. Un homme qui passe dans la foule.
Il avait dit cela d'un ton simple et monotone.
- Un passant ?
- Un passant. Je veux être un passant.
Le bus arriva, roula dans une flaque d'eau qui les éclaboussa, et l'inconnu, le bonhomme, le futur passant y monta après avoir jeter son mégot et disparu.


Dernière édition par Ezarc Cesire le Jeu 29 Avr 2010 - 10:16, édité 3 fois
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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 9:19

II
Entourage


- Allo, Arthur ? C'est moi. Bon, je viens d'avoir ton message, j'ai cour jusqu'à 16h, je pense que je vais y aller, mais on peut se retrouver après si tu veux. On se rappel, gros bisous mon amour, je t'aime.

- Bon, c'est ta mère au téléphone, tu dois être en cour. On voudrait savoir si tu rentres diner à la maison ce soir, comme c'est vendredi. Rappel moi ou envois un texto, bisous.

- Hey Arthur ! C'est Alex, pour te dire que je suis dispo ce week end, si tu veux qu'on aille pêcher. J'ai regardé la météo il ne devrait pas faire trop mauvais. By.

Les violons chantent, le héros s'assoit dans le soleil couchant, son sang glisse le long de sa poitrine et de son visage. Une mouche vient se poser sur son front. Il ne la chasse pas. Il reste là, immobile. On ne sais si il est mort ou vivant. Ses yeux observent le rouge du soleil dans le canyon. L'image se noircis dans un doux fondu, les violons grincent un peu plus reprenant le thème principal du film alors que le noms du réalisateur et des principaux acteurs apparaissent à l'écran.
Arthur sécha timidement ses larmes. Il avait un peu froid, il se sentait un peu fragile. Peau en porcelaine.
Il était trop sensible, il pleurait toujours au cinéma, jamais dans la vrais vie. Quand sa grand-mère était morte, aucune larme n'avait coulé. Quand sacha meurt dans le premier film de pokemon, il était en larme.
Il y avait décidément des choses qu'il ne comprenait pas.
Il sortit doucement de la salle, dehors, la pluie martelait toujours le sol, il faisait froid et moche. Personne en vu à qui gratter une cigarette. Merde, il avait envie de fumer.
Soupire, il rallume son portable, écoute ses messages. Quelle heure ? 14h.
Bon.
Il alla remplir son ventre criant famine.

Le plat de viande fumant se posa sur la table sous les regards ronds et gourmands. La peau du poulet croustillait au regard, doré comme il le fallait, les pommes de terre baignaient dans le jus tout autour, bien grillées elles aussi.
- Miam ! S'exclama aussitôt Henri en jetant un regard fripon à sa femme.
- Tient toi tranquille toi, répliqua aussitôt cette dernière en lui rendant son regard, Arthur, tend ton assiette mon chéris.
La bonne mère servis copieusement son poussin, lui choisissant avec précision ses morceaux préférés. Éloïse, jalouse, voulu qu'on la serve autant sinon plus. Elle savait parfaitement qu'elle était incapable de manger autant, mais la nourriture rassasiait autant son ventre que son égos. Si, elle pouvait manger beaucoup. Le père fût tout aussi ravis, Marianne avait pris soin de lui garder une belle aile, et une bonne dose de pomme de terre. Pour elle-même, elle se contenta d'un bon morceau de blanc couvert de sauce avec le reste de patate.
- Ne te laisse pas faire maman, à chaque fois tu te fais avoir, remarqua Éloïse en bonne fille.
- Ne t'en fais pas pour moi va, mange, dit-elle de sa voix douce.
Puis, plus doucement, en se penchant à l'oreille de son sang, elle ajouta :
- Ils n'aurons plus faim pour le tiramisu comme ça, il y en aura alors plus pour nous deux.
Elle lui fit un petit coup d'œil, et se redressa sur sa chaise comme si de rien n'était.
- C'est quoi ces commérages ? Se moqua Henri.
- Laisse papa, c'est la solidarité féminine, c'est très dangereux tu sais...
- Sur ce sujet là, je crois même qu'en j'en sais plus que toi.
- Mangez, ça va refroidir, coupa Marianne d'un ton faussement énervé.
Et tous se laissèrent aller au rire.

Allongés sur un lit doux, le chauffage à fond. Les couvertures moelleuses frottaient leur peau nue.
Elle se dressa doucement avec ses courbes divines au dessus d'Arthur qui l'observait avec ses beaux yeux bleus pétillants. Sophie se pencha sur lui et posa ses lèvres sur les siennes en murmurant :
- Alors, ça fait quoi d'avoir 18 ans ?
- Pas grand chose au fond... Avoir la plus belle copine qu'il existe est bien plus gratifiant, répondit t-il amoureusement.
- Tu es bête...
Elle se laissa tomber sur lui pour se serrer contre son corps, pour entendre son cœur battre.

Le dessert fût apporter dans un silence de ventres pleins.
- Ouf... Je vais prendre une toute petite part, je vais éclater sinon, annonça Henri.
Marianne fit le service et se garda cette fois si une part monstrueuse de tiramisu en tant que grande gourmande et excellente cuisinière, elle la méritait. D'ailleurs, personne n'osa faire la moindre remarque.
Une fois le dessert pris, mâché, apprécié, et engloutis, ils restèrent tous assis, chacun avec son café, la main sur le ventre, une cigarette à la main, souriant, repus, heureux.
- C'était délicieux, comme toujours, remarqua Arthur, faut que je rentre plus souvent manger ici.
- Méfis toi, si tu rentres trop souvent, ce sera pas aussi bon, averti Henri.
- Alors ça c'est pas vrais papa ! Intervint Eloïse, toujours prête à défendre sa mère du haut de ses 17 ans.
- Ça se passe bien l'université, Arthur ? Demanda Marianne.
- Oui, oui... répondit-il timidement alors que sa charmante soeur faisait mine de se gratter la gorge.
- C'est à dire ?
- Non, non, ça se passe bien, je pense avoir réussi mes examens, j'aurais bientôt la réponse. Y a des cours intéressent. Pas tout, mais il y en a.
- Ça te plais au moins ?
- Ouais...
- Ouais seulement ?
- Je sais pas trop, ça dépend des jours en fait. Enfin, c'est jamais que la fac. L'importance c'est de valider mon année non ?

Collés l'un contre l'autre, les yeux fermés, voguant sur le même nuage. Dans un ciel aussi doux que leur peau, sous un soleil aussi chaud que leur amour.
Elle, regardait l'horizon qui s'étendait devant eux, tous les choix qui s'offraient à eux, toutes les possibilités de l'existence.
Lui, observait l'herbe sur le sol, on pouvait y voir le mouvement du vent.
Trois coups de tonnerres frappèrent.
- Arthur t'es là ?
Le mal, doucement s'étira en regardant sa femelle blottie contre lui. La pièce était emprunt de leur chaleur et transpiration.
- Qu'est ce qu'il y a ?
- Non, je voulais juste savoir si tu étais rentré.
Ça, c'était Gaby. Il avait une vingtaine d'année, et disait souvent des phrases absurdes. Il avait des réactions vraiment étranges faces à certaines situation. Il avait toujours des réflexions assez absurde sur le monde qui les entourait. Arthur et lui avaient eu de grands débats philosophiques certains soirs.
- Il y a un problème ? Risqua Arthur.
- Non, non, aucun. Je voulais juste savoir si tu étais là. Bon, je vais regarder la télé.
Et il alla regarder la télé.

On frappa à la porte.
- Quoi encore ?
- C'est ta sœur imbécile, je viens te dire bonne nuit.
- C'est gentil ça.
La porte s'ouvrit. Eloïse entra pour lui faire un petit câlin avant d'enlacer Morphée.
Arthur s'était toujours très bien entendu avec sa sœur, ils avaient énormément besoin de l'un et de l'autre. Leurs disputes étaient rares et courtes, ils s'aimaient autant qu'un frère peut aimer une sœur.
- Tu me manques tu sais ? Gémis doucement Éloïse.
Depuis qu'Arthur avait un appartement pour une question pratique, ils ne se voyaient plus que un ou deux jours pas semaines, le week end le plus souvent. Eux, qui s'étaient habitués à se voir tous les jours, la rupture avait été brutale. Si Arthur savait s'adapter facilement à ces changements, Éloïse y était plus sensible.
- Bon, et bien bonne nuit, fit le frère pressé d'aller dormir.
- Tu ne veux pas parler un peu ?
- Parler de quoi ?
- Je sais pas... Tu vas bien toi en ce moment ? Tu étais silencieux ce soir, normalement t'es une vrais piplette, pire que moi.
- Je crois que je suis juste un peu fatigué... J'ai vu Sophie cet après-midi.
- Oh... Je vois...
- Et toi sa va ?
- Il faut bien...
- Oui... il faut bien... Je me pose une question en ce moment.
- Ah oui ?
- Je m'interroge sur moi-même.
- C'est bien, fit-elle en rigolant.
- Non, non, vraiment.
- Tu fais vraiment philosophe perdu dans ce monde moderne parfois, se moqua t-elle.
- Oui, bon, ça va... Mais je crois que c'est vrais, que je suis vraiment perdu parfois. Je ne sais pas vraiment où se trouve ma place.
- Pauvre petit...
- Arrête de te moquer ! Tu vois tu me demande de te parler et après tu te moque.
- Je me venge, toi aussi tu te moques souvent de moi.
Sourire, étreinte, rayon de lune à travers la fenêtre, pluie sur le toit et l'herbe sombre, bonne nuit, de beaux rêves, séparation.
Et la porte se ferme.

Dans la forêt sombre, un écureuil saute de branche en branche, libre. Il descend sur la terre humide, plonge ses pattes dedans. Soudain, il entend un bruit. Ennemi, ami ? Il se tait, s'enracine aux côtés des champignons, fond dans le décors, invisible, disparaît dans la terre.


Dernière édition par Ezarc Cesire le Jeu 29 Avr 2010 - 9:56, édité 1 fois
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Ezarc Cesire

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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 9:19

III
Deux pêcheurs


Le vent sifflait sur la carapace métallique de cet immense spécimen avançant avec fureur sur l'asphalte.
Il ne faisait pas trop chaud, mais il ne pleuvait pas, le matin venait juste de pointer son nez et deux jeunes adolescents, assis sur les sièges troués d'une voiture achetée d'occasion, filaient sur la route, s'enfonçant dans les arbres et la nature.

Arthur était seul, perdu, la nuit envahissait peu à peu la forêt, dans le ciel des étoiles apparaissaient. Il était entouré de bruits étranges et d'arbres immenses. Le froid pénétrait ses veines. Il n'y avait rien à faire, nul par où aller. Perdu, complètement perdu.
Et il était bien.

Doucement, la grosse machine métallique s'arrêta au bord de la route. Axel coupa le moteur et descendit et s'étirant pendant que son co-pilote était occupé à remettre ses chaussures qu'il avait retiré pour être plus à l'aise.
- Il y a un petit ruisseau pas loin d'ici, l'eau est assez profonde normalement en cette saison. C'est là que j'allais pêcher avec mon père, plus jeune.
Depuis, le père d'Axel s'était suicidé. Personne n'a jamais vraiment compris pourquoi.
Les deux jeunes s'armèrent de leurs instruments et empruntèrent un petit chemin de terre, descendant au milieu des grands arbres et des chants d'oiseaux. On pouvait déjà entendre le ronflement de la rivière un peu plus bas.
Ils ne mirent pas longtemps à y parvenir.
Ils s'installèrent, Arthur avait toujours eu envie d'apprendre à pêcher, mais son père n'étant pas un amateur, il n'avait jamais appris. Heureusement, Axel était là. Souvent, cette phrase venait à l'esprit d'Arthur, dans beaucoup de situation plus ou moins dramatique, il se disait « heureusement Axel est là ». Il posa un regard aimant sur son ami qui était entrain de lui expliquer le fonctionnement de ce magnifique instrument qu'on nomme une canne à pêche.
Quand ce fût au tour de l'élève de faire, il y eu quelques fous rires, mais il ne s'en sortit pas trop mal pour une première fois.
- Je suis allais à l'hôpital hier.
- A l'hôpital ? Pourquoi ?

Une jeune carpe filait dans les ondulations du courant, à la recherche d'un petit quelque chose à se mettre sous la dent. Trouver à manger était de plus en plus ardu. Elle cherchait, allait vers la droite, vers la gauche, tentait vainement de retourner en arrière, mais à cet endroit là de la rivière, le courant était trop fort. Elle lutta contre la nature quelques minutes, puis s'en retourna et poursuivis son chemin vers l'avant.

- Pour faire des examens... Tu sais que j'ai des problèmes de santé depuis quelques temps, des maux de têtes, que je suis souvent malade...
- Oui, enfin on a tous des moments de faiblesse, non ?
- Non... Pas tous...
- Qu'est ce que tu veux dire ?

Doucement, la pluie commença à tomber, il déambulait entre les fougères et les feuilles sans savoir où mettre le pied. Ici ou plutôt là ? Pourquoi ici et pas là ? Il avançait doucement, ses habits se mouillaient de plus en plus. Solitude. Il n'y avait pas la moindre petite bête pour venir lui tenir compagnie. Ses baskets s'enfonçaient dans la boue, alors il les retiras. Ses habits humides se collaient contre sa peau, l'étouffaient, alors il les retira. Il se retrouva nue au milieu des arbres, et de la forêt. Sous une pluie qui tombait à grosse goutte. Au loin, le tonnerre tombait.

- J'ai une tumeur au cerveau...
- Pardon ?

Lui-même ne savait pas exactement comment il se sentait. Était-il bien ? Était-il plutôt heureux ou plutôt triste. Les gouttes glissaient le long de sa peau, il pouvait sentir chacune d'elle avec précision, sentir les ondulations du sol sous la plante de ses pieds. Les odeurs de bois mouillés montaient jusqu'à ses narines. Il pouvait entendre chaque goutte s'écraser sur le sol dans les feuilles, l'herbe et la terre.
Comment se sentait t-il ? Était t-il entrain de rire ou de pleurer ?

- Je vais devoir subir une opération dans environ deux mois...
- Et... si ça ne marche pas ?

De l'autre côté de la terre, dans de très hautes montagnes où les gens parlent une autre langue, où la neige reste toute l'année, des moines, assis en cercle, priaient pour le monde. Ils étaient vêtus de rouge et de jaune.
Observant le vieux temple dans la montagne, un vieux berger essayait de vendre son troupeau de mouton à son voisin, il avait besoin de prendre sa retraite, de s'en aller voyager un peu. Découvrir comment c'est le monde ailleurs.

- Je meurt.

La carpe repéra un petit asticot qui semblait gesticulait au milieu de la rivière. C'était son jour de chance.

La canne à pêche se courba soudainement. Aussitôt, Alex bondit en saisissant l'instrument.
- On a une touche ! On a une touche !
Arthur resta immobile, il observait la vivacité du bon vieux Axel qui se battait avec la rivière. Il se leva alors et vint à son secours. Ils tirèrent ensemble entre les rires et les larmes, et sortirent de la rivière une belle jeune carpe de 14 kg.
La journée continua dans le silence. Ni l'un ni l'autre ne revinrent au sujet de la tumeur. Il n'y avait qu'à attendre et à prier si on était croyant. Pour le moment, il fallait pêcher.
Arthur et Axel ne se voyait pas aussi souvent qu'ils ne le voulaient. Chaque fois qu'ils se retrouvaient, avaient lieux de bonnes parties de rigolades, de purs instants de bonheur. Cet après-midi là, fût probablement la meilleur de toutes celles qu'ils avaient vécus.
Ils eurent quelques touches correctes, pic-niquèrent au soleil, au bord de la rivière et de se fraîcheur. L'air était frais et bon à respirer.
Ils se baignèrent, nagèrent, se lancèrent des défis, s'attaquèrent, se moquèrent l'un l'autre.
Le temps fila à toute vitesse, et pourtant il semblait être arrêté.
Rien n'avait plus la moindre signification, seul l'instant présent comptait, la vie. La vie. Le Carpe Diem. Les arbres se dressaient autour d'eux, la rivière coulait et les poissons passaient.
- Regarde.
La pierre plate fila à toute vitesse et alla rebondir sur l'eau, une, deux, trois, quatre, cinq fois.
- Jolie. A moi.
Six.
La guerre était déclaré.

C'est quoi, une vie ?
C'est quoi, le prix d'une vie ?
Ça veux dire être vivant ? Ça veux dire quoi être mort ?
Pourquoi sommes nous vivant ?
Suis-je le seul à être vivant ?
Ou l'êtes vous, vous aussi ?

Le tonnerre gronda au loin.
- La nuit va pas tarder à tomber, regarde comme le ciel s'assombrit. Il va pleuvoir ce soir, c'est sûr, remarqua Axel en lançant un dernier ricochet.
- Et ?
- Il va falloir rentrer.
- Je... vais rester ici.
- Pardon ?
- J'ai envie de rester ici. Enfin, je connais.
- Tu connais ?
- Ici, je connais, j'étais déjà venu en fait, je me rappel. Il y a un petit village pas loin, ma grand-mère y habite. Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu, je vais passer lui dire bonjour et rester dormir chez elle.
- De quel village tu parles ?
- Carpe, ça s'appel je crois.
- Carpe ?
- Oui, carpe.
- Jamais entendu parler.
- Axel... s'il te plait, laisse moi.
- Je vais pas te laisser là.
- Je vais juste aller chez ma grand-mère, c'est à quelques kilomètres d'ici, je connais.
- Tu veux que je t'y dépose ?
- Non, c'est bon, j'ai envie de marcher un peu.
- Bon... T'es sûr ?
- Oui... Laisse moi...
- Arthur. Pas de connerie, hein ? Je comptes sur toi.
- Ne t'en fais pas.
Les deux amis s'enlacèrent durant une longue minute, écoutant le battement du cœur de l'autre, le ronflement de la rivière, les oiseaux chantant dans les arbres, le tonnerre lointains. Axel s'éloigna alors avec la matériel, jeta un dernier regard en arrière. Il s'en allait mais avait l'impression que c'était Arthur qui partait. Il n'en dit rien, eu une simple hésitation et disparu.

Le sol montait. Il monta. Avec son corps nu recouvert par la pluie. Il n'avait pas froid. Pas chaud non plus. Ni tiède. Il n'avait aucune température. Il marchait sans fatigue. Grimpant avec le sol. Avec ses yeux, son regard bleu. Il grimpa sans réflexion, sans pensée. Juste par-ce qu'il sentait qu'il lui fallait grimper. Aujourd'hui, maintenant, sous cette pluie.
Lui qui détestait la pluie...
Il s'en fichait à présent, qu'il pleuve ou qu'il fasse chaud.
Il vit alors un arbre immense devant lui. Un arbre aux branches multiples, aux feuilles ruisselantes de pluie.
Doucement, captivé, il s'approcha.
Il s'immobilisa devant lui.
Les pieds dans la terre.
Il sentait le vent dans les feuilles.
Les insectes dans le sol.
Les oiseaux cachés dans les branches.
Il n'était pas seul.
Il n'était pas seul.

As-tu déjà fait un câlin à un arbre ?


Dernière édition par Ezarc Cesire le Jeu 29 Avr 2010 - 9:57, édité 1 fois
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Ezarc Cesire

Ezarc Cesire
Tache d'encre

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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 9:51

IV
Disparition


Le soleil était revenu. Pour combien de temps ? Personne ne pouvais répondre avec précision, même pas la météo dont la précision restait peu fiable. La température était remonté et Alex en profitait pour prendre l'air.
Il étais assis à la terrasse d'un café quand il vit Sophie passer d'un pas pressé. Il fit trembler ses cordes vocales pour l'appeler et attirer son attention.
- Oh... C'est toi... ?
- C'est moi...
Il bus une gorgée de café, proposa une cigarette qui fût accepté.
- Tu n'as pas de nouvelles d'Arthur je présume ? Demanda t-il d'un ton gêné.
- Non...
Cela faisait maintenant deux jours qu'il avait disparu. Son portable était coupé, depuis qu'Alex l'avait laissé au bord de la rivière, il n'avait plus donné le moindre signe de vie.
- Il va revenir.
- T'es con Alex, t'es putain de con.
- Je suis désolé...
- J'arrive vraiment pas à comprendre comment t'as fait pour le laisser là-bas. Suffisait réfléchir un peu !
- C'est un grand garçon... J'ai pensé q...
- T'as rien pensé du tout, arrête de te justifier. Rien.
Elle essuya une larme du revers de la main, la fumée monta vers le ciel bleu.
- Je suis désolé...
- C'est facile.
- Je t'offre quelque chose à boire ?
- Non... ça ira, merci.
- T'es sûr ?
- Oui.
Le ton était sec, le soleil brillait sur son visage inquiet. Il porta sa cigarette à ses lèvres, comme pour y chercher une certaine douceur. Elle fût déçut.
- T'es pas en cour toi ? Finit-elle par remarquer.
- Pas en ce moment. Et toi ?
- Je sèche, je suis pas d'humeur. Je sais pas si tu peux le comprendre mais je suis inquiète.
- Moi aussi...
- On dirait pas.
- T'as pas besoin d'être méchante comme ça tu sais. Je suis pas le seul responsable, Arthur aussi est...
- Tu ne le connais pas Arthur, fallait pas le laisser là-bas, c'est tout. Réfléchit un peu, merde, tu l'as abandonné seul, au milieu de nul part, avec la nuit qui tombait et la pluie qui arrivait. Tu t'es pas demandé si il y avait quelque chose qui clochait ?
- Il en avait envie.
- Bien sûr...
Le fond du café fût englouti dans le gosier.
- Arrête de tout me reprocher comme ça. C'est pas par ce que t'as tes règles et que t'as pas baisés depuis trois jours qu'il faut venir me cracher à la gueule. Je t'ai rien demandé moi, j'essaie juste d'être sympa ok ?
- Très bien. Moi non plus je t'ai rien demandé.
Sophie écrasa sa cigarette sur la table d'une main tremblante, se leva, et s'en alla d'un pas pressé, disparaître dans la foule, rejoindre les passants.
De colère, Alex jeta son mégot, frappa du point sur la table, et essaya vainement d'appeler son ami.

- Arthur, c'est moi... Bon, on s'inquiète ici, ce serais bien si tu donnais signe de vie... Tu m'avais promis de pas faire de connerie putain... By.

Marianne reposa le combiné en pleurant. Son fils avait disparu, les policiers n'avaient encore trouvé aucune trace. Éloïse, s'approcha doucement d'elle et se cola contre son corps tremblant.
- T'en fais pas maman, il va revenir ici avant ce soir, c'est sûr, je le connais.
- Ah... Tu le connais ? Tu en as de la chance...
Il était sa chaire, son âme, son sang, et pourtant, elle, n'avait pas tant l'impression de le connaître. Il restait un étranger en quelque sorte.

Les pieds nus marchaient lentement sur le béton brûlant.

Henri avait fait plusieurs fois l'allée-retour pour trouver son fils. Il était retourné à la rivière avec Alex pour y chercher la moindre trace. Tout semblait tranquille, la forêt était paisible, les arbres murmuraient les paroles du vent.
On pouvait voir dans l'eau clair passer des poissons.
C'était absurde, mais Henri eut alors une pensée étrange en se retrouvant dans ce paysage, à la recherche de sa chaire disparue.
- Si un jour il y a ici même un meurtre, un viole, ou autre chose sanglante, le paysage n'en sera en rien changé. Le vent continuera de souffler paisiblement, le courant de couler, les oiseaux de chanter... Rien ne peut changer cet endroit au fond... Peut-être qu'il y en a déjà eu un... de meurtre... Peut-être que ce lieu a été le témoin des pires horreurs. Cela ne se voit pas. Il reste beau et agréable... J'ai peur que ce lieu est englouti mon fils.

- « Tu ne le connais pas Arthur ». Elle m'a dit « tu ne le connais pas Arthur ». C'est fou non ? Je le connais depuis toujours Arthur ! Et elle, elle est avec lui depuis quoi ? Un an, même pas. Et c'est moi qui ne le connais pas, on aura tout vu. Merde.
Gaby observa Alex avec des yeux fatigués.
- Oui mais... Est ce qu'on connait vraiment quelqu'un ? Je veux dire... moi, par exemple je ne me connais pas vraiment, remarqua t-il en s'étirant.
- Oui, c'est sûr, mais je le connais mieux qu'elle en tous cas.
- Pourtant... moi je me connais depuis longtemps.
- Quoi ?
- Non, rien, je dis juste que je me connais depuis longtemps, je dois être la personne qui me connais depuis le plus longtemps... Ou mes parents peut-être je ne sais pas.
- De quoi tu parles ?
- De rien...
Gaby se leva avec un effort extraordinaire, s'avança vers l'horloge et remarqua :
- Il est déjà 19h... Tu n'as toujours pas de nouvelles d'Arthur en fait ?
- Non. Sinon je ne serais pas là.
- Pas faux... Il est chiant, il me doit du fric. J'ai plus de fric.
Alex observa l'énergumène agité d'une grande flemme s'assoir sur le vieux canapé et allumer la télé.
- Bon... Je vais te laisser le crois...
Il s'en alla et ferma la porte derrière lui en soupirant, sans savoir trop où aller.
Gaby regarda alors l'horloge et s'exclama pour lui même :
- Il est déjà 19h... Qu'est ce que ça passe vite, le temps...

- Allo, bon Arthur je ne sais pas ce que tu fous, mais ça deviens vraiment chiant... Je sais pas où tu es et je m'inquiète pour toi... Rappel moi chéris je t'en supplies... J'espère qu'il t'es rien arrivé de mal... et que tu auras ce message un jour... Je t'aime ne l'oubli pas... Rappel moi. Bise.

Éloïse avait passé toute la journée à regardait par la fenêtre à écouter la porte qui s'ouvrait et se fermait, à guetter la moindre sonnerie de téléphone. Où était t-il passé ? Pourquoi était t-il partit ? Elle ne comprenait pas.
Personne ne comprenait vraiment.
Elle en avait parlé avec Alex, avec Sophie, avec ses parents, ses amis. Personne, personne, personne ne comprenait ce qu'il s'était passé dans la tête d'Arthur. Il n'était pas du genre à fuguer et n'en avait d'ailleurs aucune raison. Il n'était pas non plus un adolescent à problème. On ne l'avait jamais retrouvé ivre mort à casser des vitres. Arthur avait toujours été un garçon sage. Ceux qui le connaissaient le trouver même plutôt trop sage. Trop banal souvent.
Il n'était pas le genre de personne à marquer les esprits, à faire parler de lui. Il était simple. Il était là, présent, il avait ses amis, sa copine. Ses amis étaient ses amis par ce qu'ils avaient été voisin ou dans la même classe. Sa copine était sa copine par ce qu'ils avaient discutés ensemble à une soirée et s'étaient plut l'un à l'autre. Plut. Seulement plut.
Il était à la fac par ce qu'il avait eu son bac.
Il avait eu son bac par ce qu'il avait travaillé assez pour l'avoir.
Jamais Arthur n'avait impressionné, vraiment impressionné.
Il était resté banal, fidèle à lui-même.
Lui-même.
Mais qui était ce lui-même ?
Éloïse restait sans réponse face à ses interrogations et ses réflexions. Alors elle attendait. Elle l'attendait.

Doucement le véhicule freina. La vitre se baissa et la jeune femme se tourna vers l'étrange personnage marchant au bord de la route, pieds nus.
- Tu vas où comme ça, je te dépose quelque part ?


Dernière édition par Ezarc Cesire le Jeu 29 Avr 2010 - 9:58, édité 1 fois
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Ezarc Cesire

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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 9:52

V
Changements


Les clefs tournèrent en tintant.
La porte fût pousser et Arthur y entra.
Il avait de grosses cernes sous les yeux, ses cheveux étaient en bataille et humides, ses habits couverts de boues et déchirés par endroit, ses pieds étaient nus et couver de terre.
- Ah... c'est toi, remarqua Gaby, allongé sur le canapé entrain de zapper sur la télé.
Sans un mot, Arthur s'en alla vers sa chambre où il se déshabilla complètement, puis, il revint dans le salon et annonça d'une voix monotone :
- Je vais prendre une douche.
- Bonne douche.
Puis, il s'engouffra dans la salle de bain.

- Éloïse, à table !
Elle dû alors quitter sa fenêtre pour aller rejoindre sa petite famille.
Elle pensais vraiment qu'il allait rentrer avant la nuit. Une fois encore elle s'était trompé. Où donc était t-il ?
Peut-être demain.
Il n'y avait plus qu'à espérer.

- Tu sais que tout le monde te cherche ? Interrogea Gaby alors qu'Arthur se repeignait les cheveux.
- Je m'en doute.
- Tu me dois 10 euros.
- Je sais. Prend dans mon porte-feuille.
Il alla se servir.
- Tu étais où en fait ? Ça fait longtemps que je ne t'ai pas vu.
- Dans la forêt.
- C'était bien ?
- Oui.
Il sortit de la salle de bain et alla directement se coucher. Il laissa la fenêtre de sa chambre ouverte, s'allongea sans couverture sur son matelas, complètement nu. Il ferma les yeux et sentait l'air venir lui caresser la peau, les jambes, les bras, le visage, le cou, les pieds, les mains, la poitrine, le ventre, le sexe. C'était comme si son corps ne lui appartenait plus. Comme si son corps était au vent, que ce dernier pouvait en faire tout ce qu'il voulait.
Il se laissa porter par ses sifflements comme une douce berceuse. Il sentait son esprit s'envoler avec le maître des airs, passer à travers la fenêtre, voler dans les airs. Dans la nuit. Passer au dessus de la ville, voire les lumières s'éteindre une à une. Partir, partir encore, un peut plus loin, vers la forêt, vers les arbres. Vers les arbres.

- Allo, maman ?
- Arthur ! C'est toi ?! Où es tu ? Tu vas bien ?
- Tous va bien je suis dans mon appartement.
- Qu'est ce qui s'est passé tu as eu un problème ?
- Non, aucun, tous va bien je te dis. Je vais passer à la maison ce soir, j'ai du linge sale.
- Du linge sale ?
- Oui, du linge qu'il faut laver, tu sais. Bon, je te laisse il faut que j'appelle quelqu'un. A ce soir. Je t'embrasse.

- C'était qui ?
- Notre fils...
- Comment vas t-il ? S'exclama Éloïse folle de joie en finissant son bol de lait.
- Bien... il va bien...
Marianne avait encore le combiné dans les mains, elle le posa doucement, comme si elle ne comprenait toujours pas ce qu'elle avait entendue.
- Qu'est ce qu'il as dit ? Il était où ?
- Je ne sais pas... Il a dit qu'il venait ce soir, il a du linge sale.
- Du linge sale ?
- Oui...

Sophie laissait les larmes couler le long de ses joues. Elle savait qu'il était inutile de se retenir. D'ailleurs elle n'en avait pas envie. Elle voulait qu'il les voit, qu'il comprenne que ce n'était pas possible, pas si vite, pas comme ça. Qu'ils avaient encore des choses à faire ensemble. Cela ne pouvait se terminer ici, maintenant. Elle poussa un cris de douleur, de colère, de haine. Elle voulait le frapper, lui détruire son beau visage d'imbécile, lui enfoncer ses yeux bleus dans sa crâne pour qu'il ne ressemble plus à rien. Pour que son âme s'affiche sur son visage. Que tous le monde vois quel monstre s'était. Il était là, devant elle. Immobile, comme planté dans la terre, invisible. Il était là sans être là. Et elle, elle souffrait, elle pleurait. Elle commença à crier de plus en plus fort, à faire jaillir ses larmes pas torrent. Qu'il les voit. Elle voulait que sa douleur éclabousse son visage de marbre. Lui restait, inattentif, comme ailleurs. Il semblait écouter les oiseaux chanter.
Elle ne comprenait pas, elle avait mal, très mal. Personne ne lui avait jamais fait aussi mal. Ses joues étaient toutes rouges, toutes salées. Son corps tout froid. Elle ne parvenait plus à respirer comme il faut. Son corps tremblait, avait des secousses incontrôlable. Pendant que lui, lui, écoutait le chant des oiseaux. Les deux pieds plantaient dans la terre.
- Pourquoi Arthur ? Pourquoi ? Pourquoi me faire ça ? Pourquoi ? Je ne comprend pas ! Explique moi putain ! Explique moi, je ne comprend pas !
- Je ne sais pas... J'ai envie...
- Envie ? Envie de quoi ? De me faire du mal ? C'est ça ?
Elle se leva et s'approcha de lui.

Il était dans ses pensées, à consulter son téléphone, voire s'il n'avait pas de nouveaux messages. Quand, il le vit passer, son cœur bondit, il hurla :
- Arthur !
L'appelé se retourna, regarda autour de lui avec son beau regard bleu et naïf. Il remarqua la main d'Alex qui s'agitait à la terrasse d'un café. Émit un petit sourire et s'approcha de lui.
- Bonjour.
Arthur s'installa doucement sur la chaise en face de son ami, il ferma les yeux et écouta les bruits de la rue.
- Comment vas tu ? Tu es rentré depuis quand ? Tout le monde est mort d'inquiétude tu sais ! Cigarette ?
- Non, merci, je ne fumes pas.
- Tu ne fumes pas, toi ?
- Non, j'ai arrêté.
- Depuis quand ?
- Je sais plus, mais j'ai arrêté.
Alex regarda le visage de son ami avec plus d'attention. Il avait comme des griffures de chat sur la joue droite. Au reste, son teint était plus éclairé, plus lumineux. Il y avait quelque chose d'étrange, quelque chose de changé.
- Qu'est ce qui s'est passé alors ?
- Comment ça ?
- Tu étais où pendant tout ce temps ?
- Oh... J'ai juste fait une balade en forêt.
- Une balade en forêt ? Tu te fous de ma gueule ? On a tous crut qu'il t'étais arrivé un malheur ! Ne me refait plus jamais ça mec.
Arthur avait le regard ailleurs, il y avait deux petites filles qui se courraient après en rigolant juste derrière Alex.
- Tu m'écoutes ? Arthur, tu m'écoutes ? Oh Arthur !

Sophie avait les larmes qui coulaient, qui tombaient de son menton et tachaient sa chemise.
- Arthur... Regarde moi quand je te parles... Regarde moi putain...
Doucement, il tourna la tête vers sa malheureuse. Aussitôt, il sentit sa main s'abattre avec violence contre sa joue. Un goût de sang lui monta dans la bouche. Il regarda Sophie, elle ressemblait à un petit chaton en colère dont les poiles se hérissent.

- J'ai vu de très belles choses de la forêt... Je crois que je vais changer de vie.
- Changer de vie... Qu'est ce que tu veux dire ?
Alex sortit une cigarette du paquet posé sur la table et s'apprêta à l'allumer.
- Je ne supportes plus la fumée...
- Ah...
Il la reposa sans un mot.
- Je ne sais pas, je vais changer de vie. Déjà je pense casser avec Sophie.
- Tu veux rompre ? Mais pourquoi, vous êtes bien ensemble ?!
- Je ne sais pas vraiment... J'en ai besoin... Je dois chercher qui je suis.
- Comment ça qui tu es, mais tu es Arthur ! Non ?
- C'est qui Arthur ?
- Et bien c'est toi !
- C'est qui, moi ?
Alex resta sans voix. Il n'avait pas la réponse.
C'est qui moi ?
- Tu te poses trop de question je crois...
- C'est peut-être toi qui ne t'en poses pas assez. Tu devrais arrêter la cigarette, c'est mauvais pour la santé.
Alex lui jeta un regard noir, il sentit son nez piquer, comme quand on avale un piment d'un coup, sa gorge se noua.
- Désolé... essaya de rattraper Arthur.
- C'est pas grave... Bon, tu veux faire quoi d'autre comme changements dans ton existence... ?

Marianne apporta le plat de spaghetti carbonara sur la table avec fierté. Elle savait que c'était le plat favoris de son fils.
- Tadaaa ! Pour le retour de notre aventurier ! S'exclama t-elle.
Elle servit tout le monde copieusement.
Éloïse ne parvenait à détacher son regard, fixé sur son frère. Elle était mal-à-l'aise, elle sentait que quelque chose d'étrange se préparait, mais elle ne pouvait dire quoi.
Le repas commença, et très vite il fût interrompu.
- Il faut que je vous parle.
- Oui ?
- Je veux devenir herbivore.

- Herbivore ?
Alex n'en revenait pas. Arthur avait toujours été un grand friand de viandes et de poissons.
- Oui.
- Mais pourquoi ?
- C'est mieux je pense...
- Mieux, mais mieux pour quoi ?
- Pour moi... pour ce que je suis...

Les gestes de Marianne devenaient de plus en plus brouillons, sa fourchette mettait de plus en plus de temps pour aller de son assiette à sa bouche.
- Bon... commença Henri d'un ton décisif et des plus sérieux, déjà tu disparaît pendant plusieurs jours, tu refuses de nous donner plus d'explications que « je me suis baladé dans la forêt ». Soit. Maintenant tu veux être herbivore. Pourquoi pas, je le conçoit. Je le conçoit mais je ne te comprends pas !
Tout en l'écoutant parler, Arthur mettait ses lardons de côté.
- Moi non plus je ne me comprend pas...
- Tu as d'autres nouvelles nous annoncer comme ça, histoire que notre famille s'adapte à ta noble personne ?

- Je vais arrêter les études.
Alex se frotta doucement le visage. Son meilleur ami était devenu fou et il ne savait pas quoi faire.
- Arrête de dire des conneries pareille. Qu'est ce que tu vas faire de te vie si tu arrêtes la fac ? Ne dis pas des conneries pareilles ! Alors tu veux casser avec la femme de ta vie et arrêter les études, c'est ça ? Réfléchit deux secondes avant de dire des trucs pareils, merde. T'es chiant Arthur. Elle t'aime Sophie, et toi aussi tu l'aimes ! Elle est belle, vous allez bien ensemble. Bon, elle est un peut chiante parfois, mais c'est une fille, c'est normale...
- Elle ne m'aide pas à devenir ce que je veux être.
- C'est ça... Qu'est ce qui s'est passé dans cette forêt ? Tu as pris un coup sur la tête c'est ça ? Explique moi Arthur, je ne comprend pas là... Je ne te suis plus...
- Je dois chercher qui je suis... dit-il en replongeant son regard vers les passants.

- Tu te fous de moi ? Arrêtez les études ? Et tu vas faire quoi de ta vie ? Hurla son père en se levant.
Arthur resta immobile, écoutant le sifflement du vent sous la porte.

Sophie tenait son regard, elle vit du sang couler un peu de sa bouche. Alors, elle se retourna et s'en alla en courant et pleurant.
Arthur, quand à lui, regarda par la fenêtre les oiseaux s'envoler.

Et dans le ciel bleu le soleil brillait.
Et dans le ciel bleu le soleil brillait...


Dernière édition par Ezarc Cesire le Jeu 29 Avr 2010 - 9:58, édité 1 fois
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Ezarc Cesire

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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 9:53

VI
Les deux pieds dans la terre


Les vagues s'enlaçaient, s'enroulaient jusqu'au rivage où elles venaient mourir dans les bras de la plage et sa peau sableuse. Elles ressuscitaient, s'éloignaient, emportaient par leurs sœurs, se regonflaient de gloires et de puissances, montaient vers les cieux, grondaient, riaient, engloutissant tous ce qui osaient s'approcher d'elles, puis tombaient, chutaient, se laissaient porter jusqu'au rivage, berçaient par le vent, par le sable, par les êtres vivants grouillants en leur ventre. Elles étaient la mère du monde, elles étaient la naissance et la mort, la création et la destruction. Elles étaient l'immensité, infinis. Elles prenaient et elles donnaient. Le vent sifflaient et elles rugissaient si fort, qu'on ne savait plus si c'était le vent qui les poussaient ou si c'étaient elles qui poussait le vent.
Les oiseaux volaient, tournoyaient au dessus d'elles, puis plongeaient, saisissaient un poisson et repartaient avec dans les cieux de la liberté.
Cycle de la vie, simple et sans jugement, naturel.
Totalement naturel.
Et les vagues grondent.
Le ciel imite.
Une goutte d'eau se forme entre deux nuages, se prépare, puis, soudain, elle est lâchée, alors elle tombe, chute, glisse vers le sol, vers l'océan. Elle forme un petit cercle dans l'eau, une fine ondulation, invisible aux yeux de tous. Personne ne l'a vu, personne ne la remarqué. Elle est née et elle est morte en quelques secondes, sans déranger. Invisible.
Aussitôt, d'autres gouttes viennent tomber, toutes naissent et meurent dans l'instant. Toutes. Elles n'ont le temps de subir les intempéries du monde, et partent sans laisser de traces.
Et la mer s'étend au delà de l'horizon. Maîtresse du monde.

- Allo... Arthur... C'est moi... Je suis désolé d'avoir agis comme ça hier... J'ai envie de te voir... Faut qu'on se voit, qu'on en discute... Tu... tu peux revenir sur ta décision si tu veux... Je t'aime... Je t'aime... Je t'aime... Rappel moi... Je t'aime...

Eloise frappa timidement à la porte de son frère. Soudainement, cette porte qu'elle avait franchie tant de fois, par laquelle elle était souvent passée, lui apparue comme infranchissable, comme fermé pour toujours. Elle n'avait jamais remarqué à quel point elle était grande et épaisse, blanche et menaçante. Mystérieuse. Qui se cachait derrière ? Qui était cet être qui ne voulait se montrer, qui disparaissait après le repas de l'autre côté de la porte, de l'autre côté du monde, qui se réfugiait dans sa chambre, dans son univers.
- Arthur... Arthur, c'est moi.
- C'est qui moi ? Répondit une voix de l'autre côté.
- Pardon ?
- C'est qui ce moi qui me parle ?
- C'est moi, ta sœur, Éloïse...
- Mais encore... Ça veux dire quoi ma sœur ? Ça veux dire quoi Éloïse ? C'est qui Éloïse ?
Elle resta quelques instants sans voix, puis, sentant la colère monter en elle, elle hurla :
- Je viens voir comment tu vas c'est tout ! Si tu as envie de parler tu ouvres la porte et on parle ! C'est pas la peine de faire passer de mal-être de philosophe à la noix sur moi ! Merde, je t'ai rien fait. Je suis inquiète c'est tout !
Doucement la porte s'ouvrit. Arthur était là, devant elle, nu.
- Tu es fou...
- Je suis juste mieux ainsi. Mes habits me serrent.
- Tu ferais mieux de dormir...
- Je n'ai pas sommeil. Tu ne voulais pas me parler.
- Habille toi, je vais te parler alors que tu es à poile.
Arthur regarda sa sœur comme si elle était un être inférieur qui ne pouvait pas comprendre la démarche qu'il essayait de poursuivre. Il mit un caleçon et lui sourit doucement.
- C'est bon comme ça ?
Éloïse haussa les épaules.
- Tu es bizarre.
- Bizarre ? Bizarre... Oui, peut-être...
Elle entra dans la chambre et frissonna. La fenêtre ouverte laissait entrer le vent et l'air glaciale du soir. Elle alla pour la fermer mais Arthur arrêta immédiatement son geste.
- Qu'est ce que tu as ? Je m'inquiète pour toi...
- Arrête de t'inquiéter pour moi... Je vais bien, je me cherche voilà tout, dit-il d'une voix très calme.
- Tu es mon frère...
- Ça ne veux rien dire ça... Nous sommes tous des frères d'un certain point de vu... Toi tu es ma sœur, ce n'est pas pour autant que je m'inquiète sans arrêt pour toi. Laissez moi vivre ma vie.
Il avait une voix lente et monotone, une voix reposée.
- C'est vrais... Tu ne t'inquiètes jamais pour moi...
- Non.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas...
- Et si un jour j'ai besoin d'aide, tu viendras ?
- Je ne sais pas...
- Tu m'énerves ce soir Arthur, tu ferais mieux de dormir, de te reposer, tu réfléchis trop je crois, dort. Je ne sais pas ce que tu as mais tu n'es pas normal.
- Je ne sais pas...
Éloïse lui jeta un dernier regard, elle remarqua que ses yeux bleus brillaient comme des étoiles, son visage était totalement détendu, il semblait attirer la lumière à lui. Elle cligna plusieurs fois des yeux et décida de le laisser la. Elle était, elle-même trop haineuse et fatiguée pour comprendre.

Quand, au petit matin, Henri alla frapper à la porte de son fils pour le réveiller et l'obliger à aller en cour, la porte s'ouvrit d'elle-même. Arthur était devant sa fenêtre ouverte, nu, humant l'air frais.
- Écoute, papa, dit-il, écoute. Tu as déjà écouté les oiseaux le matin ? Il y en a un qui a une voix toute particulière.

- Marianne, je peux te parler ?
Elle posa le dossier qu'elle travaillait et se tourna vers son mari.
- Je crois que notre fils a subit un choc dans la forêt, il faut faire appel à un psychiatre.

- Tu sais papa, je crois que j'ai envie d'aller à la mer. Cela fait longtemps qu'on est pas allé à la mer. Entendre les mouettes et les vagues tu sais ? On pourrait aller se baigner nu, je suis sûr que c'est très agréable.

- Un psychiatre tu es sûr ?

- Papa, je me sens enfermé ici. Je crois que maintenant je vais dormir dehors. Enfin dormir, je vais juste planter mes pieds dans la terre et rester là, sans bouger.

- Oui...

- Je crois que je suis entrain de me trouver papa... Je crois bien que je suis sûr la bonne voie.

- Allo... Alex ?
- Qu'est ce qu'il y a ?
- Tu es là... ?
- Il a rompu ?
- Oui... s'exclama t-elle en pleurant.
Silence gêné de l'autre côté du combiné.
- J'ai besoin de te voir Alex...
- On se retrouve au café ?
- Maintenant... ?
- Si tu veux...

Arthur refusa de se nourrir, il resta planté dans le jardin toute la journée, immobile, à l'écoute des plantes et de la nature. Les deux pieds dans le sol, recouvert par la terre.
Marianne ne pouvait poser ses yeux sur lui sans verser une larme. Ce n'était plus son fils. Ce n'était plus lui. Elle ne savait plus qui était son fils.
Éloïse, elle, espérait que cela ne soit qu'une passade.
Arthur se sentait bien. Jamais il ne s'était senti aussi bien. Il se sentait tel qu'il était, tel qu'il voulait être. Comme si il avait enfin trouver au fond de lui une réponse cherché depuis toujours. Comme si, il lui avait toujours manqué quelque chose et qu'enfin, il l'avait trouvé. Il se sentait bien, reposé, complet. Il écoutait, il avait le temps, toute une vie s'offrait devant lui, une nouvelle vie, une nouvelle manière de voir le monde. Plus neuf. Plus simple.
Il venait de découvrir qui il était.
Il venait de trouver sa simplicité.
Il avait sa réponde.
Jamais il n'avait été aussi heureux. Alors un fin sourire se dessina sur ses lèvres.

Quand Alex arriva au café, il vit Sophie, assise à une chaise, tremblotante, une cigarette à la main.
Il s'installa en face d'elle et commanda un café.
- Désolé pour...
- C'est pas grave, on oublis.
- Tu sais ce qu'il a ?
- Arthur ? Non... Pas plus que toi...
- Mais qu'est ce qui s'est passé dans la forêt ? C'est pas possible, il a dû se passer quelque chose ! S'écria t-elle en essayant de retenir ses larmes.
- Rien... de... particulier... Enfin, si mais... Je ne penses pas que ce soit lié... Enfin je sais pas...
- Qu'est ce que tu lui as dit ?
- Un truc...
- Il faut que je sache ! J'ai besoin de comprendre !
- Bon...
Alex avala difficilement sa salive, et expliqua sa situation, sa tumeur, l'opération qui approchait, puis, il raconta dans les détailles la journée qu'ils avaient passés, et comment Arthur lui avait demandé de rester.
Sophie s'excusa de trop nombreuses fois en apprenant la nouvelle. Puis, elle lui expliqua ce qu'elle savait. Arthur n'allait déjà pas très bien, mais il n'en parlait à personne. Il restait dans sa bulle. Elle expliqua qu'il parlait beaucoup de ses rêves, qu'il était persuadé qu'il existait un autre monde, un ailleurs, plus beau, meilleur, où il pourrait être heureux. Il avait peur de l'avenir, peur de l'engagement. Peur de la vie. Il se cherchait beaucoup, il était en pleine crise d'identité.
- Je vois... Ma nouvelle n'a pas dû arranger la chose... remarqua Alex.
- Non...
- Enfin, il ne faut pas désespérer. Tout va s'arranger, je suis sûr que tout va s'arranger.
C'est alors que le téléphone de Sophie se mis à vibrer. Elle répondit aussitôt.
- Oui ?
- Allo ? Sophie ? C'est Éloïse...
La voix était paniqué, presque en larme.
- Qu'est ce qui se passe ?
- Arthur va être envoyé à un hôpital pour fous !
Le téléphone tomba sur le sol.

Il était debout, au milieu de la nature. Un vieil homme s'approcha de lui, un certain M. Paul, un psychiatre appelé par les parents d'Arthur en urgence.
Il avança doucement vers celui qu'il voyait déjà comme un malade et demanda simplement :
- Qu'est ce que tu regardes ?
Il ne répondit pas. La bouche d'Arthur resta comme cousue. Il ferma doucement les yeux et se contenta d'écouter ce qu'il se passait autour de lui. Il pris une profonde inspiration.
- Pourquoi es tu venu ici ?
Il garda le silence.
- Pourquoi t'es tu déshabillés ?
Aucune parole ne sortie de ses lèvres.
- Tu ne veux pas parler ?
Très, très lentement, d'une vitesse semblable à un rochet qui se déplace par sa simple volonté, Arthur se tourna vers l'inconnu, il l'observa, le regarda droit dans les yeux, son regard bleu brillait de contentement, de joie. Son corps semblait dur et immense, plus grand que la normale, son visage était totalement relâche. Sa peau brillait. Doucement, ses lèvres s'ouvrirent et on pus entendre :
- J...e... s...u...i...s... u...n... a...r...b...r...e...
Et il se tu.


Dernière édition par Ezarc Cesire le Jeu 29 Avr 2010 - 9:59, édité 1 fois
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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 9:53

Partie II
Deux papillons

VII
Loin de la mère


As-tu déjà pris le temps de regarder deux papillons s'aimer ?
Prendre le temps, je veux dire, les observer se tourner l'un autour de l'autre. Jouant avec les variations du vent. Se poser quelques secondes sur une fleure, sur une plante. Voir leurs ailes s'arrêter soudainement et repartirent tout aussi vivement.
Les laisser se poser sur ta main, sur ton cou, sur tes yeux. Sentir la force de leurs battements d'ailes. Écouter leur cœur qui va battre quelques jours encore avant de se taire à jamais.
Prendre un peu plus le temps.
Le temps de voire.
Le temps de bien voire.
Leurs couleurs.
Le sourire des papillons.
Observer la chenille construire sa chrysalide un peu plus loin.
Et les deux papillons, amoureux, colorés, s'enlacer à leur manière, s'envoler avec légèreté. Fragile. Éphémère.
S'aimer.
Pour combien de temps encore ?
Combien de temps es tu capables d'observer des papillons voler ?
Des papillons s'aimer ?
On ne s'aime jamais assez longtemps.
On ne les regarde jamais assez longtemps.
Rester immobile avec eux. Fermer les yeux.
Imaginer un instant, que tu es, toi aussi, qu'un papillon.
Voler avec eux.
Plonger son regard dans le sien.
Lui qui dans quelques jours ne sera plus là.
Quelques heures.
Toi qui restera.
Laisse le te marquer. Laisse le poser son emprunte sur toi.
Soit à l'écoute.
Quand il voudra partir, il partira.
S'en ira dans le ciel, avec celle qui l'aime.
Te laissant seul.
Seul au milieu des arbres.
Seul avec toi-même.
Seul.
Avec la marque qu'il a posé sur toi.

Quand Marianne posa la dinde sur la table, elle le fit avec lassitude. Henri ne pus s'empêcher de regarder la place vide en face de lui, et Éloïse ne parvint à retenir une larme qui coula discrètement le long de sa joue. Tous les soirs, cela se passait ainsi. Tous les midis, tous les matins. La vie continuait et la place restait vide, silencieuse. Il manquait une présence dans cette famille. Une ombre ténébreuse trônait là où auparavant un sourire particulier régnait. Les repas étaient devenus silencieux.
- Bon appétit... murmura t-elle.

Il faisait chaud.
Pas encore trop chaud. Encore assez chaud pour pouvoir se balader sans penser, juste à observer.
- Je suis un arbre... murmura t-il.
- Pardon ?
Alex tourna son regard vers Sophie.
- Rien... Je pensais à ce qu'avait dit Arthur.
- Ne pense plus à lui. Il est fou. Il est passé ailleurs...
- J'essaie de comprendre.
- Comprendre quoi ?
- Comprendre ce qu'il a voulu dire...
Sophie soupira. Elle n'aimait pas parler de lui. Cela faisait maintenant plus de deux mois qu'il était enfermé dans un asile. Elle avait construit sa vie autre part, elle avait fait son deuil. Quand elle évoquait son nom, ce qu'il était, elle avait l'impression de parler d'un mort.
- Ne pense pas à lui, s'il te plait, supplia t-elle.
- Si je ne penses pas à lui, je penses à demain. Et je veux encore moins penser à demain.
- Je suis sûr que tous va bien se passer.
- N'y pense pas.
Alex allait subir son opération le lendemain. Tout de moins, la préparation. Il allait être enfermé dans une chambre blanche, avec des machines et quelques infirmières pour unique compagnie. C'était en somme sont dernier jour de liberté. Son dernier jour sur terre peut-être. Il avait voulu le passer là, à marcher entre les arbres, non loin de la rivière. Pour comprendre cette chose qu'il n'avait pas comprit. Cette personne qui avait disparue trop soudainement.

- Écoute !
Il s'arrêta même de respirer pour pouvoir mieux écouter.
- Tu entends ?
Il tendit l'oreille sans comprendre, il n'y avait rien à entendre de plus qu'à l'habitude.
Le petit Alex de huit ans était vexé, il s'était laissé embarqué malgré lui dans ce lieu étrange qu'il n'avait pas l'habitude de fréquenter, pleins de bestioles et de ronces.
Le petit Arthur, lui, était comme fou.
- Les arbres...
- Quoi les arbres ?
- Ils nous parlent...

- Arrête de penser à lui ! Se plaignit Sophie.
- Tu veux que je penses à quoi ?
- Pense à moi...
Et elle posa délicatement ses lèvres sur les siennes.

Éloïse restait devant sa fenêtre. Quand elle se retrouvait seule dans sa chambre, sans rien à faire, elle observait à travers la fenêtre.
Sa fenêtre donnait sur le petit jardin.
Elle attendait. De voir.
De comprendre peut-être.
Où était t-il ?
Que faisait t-il en ce moment ?
Pourquoi n'était t-il plus là ?
Pourquoi ?

Alex passa sa main derrière la tête de la belle.
Il ne pensait plus.
Il profitait du moment.
Il sentait deux petites mains froides lui parcourir le dos.

- Les arbres... Ils nous parlent...

- Arrête.
- Désolé...
Sophie se poussa et se retourna.
- Ce n'est pas contre toi... Juste il est là... Je l'entends... J'étais parvenu à ne penser à rien, mais il me poursuit... Comme si... comme si il était lié à moi... A demain... C'est complètement absurde comme idée mais elle me trotte dans l'esprit depuis trop longtemps. Je rêve de lui presque tous les soirs, et maintenant... Maintenant je l'entends, là, dans ma tête.
- Moi aussi Alex... Moi aussi je l'entends...
Les deux petits êtres se collèrent l'un à l'autre et regardèrent vers la cime des arbres. Ils étaient hauts, grands et majestueux. Ils semblaient inatteignable.
Eux deux, au milieu de ces géants, se sentaient si faibles et si fragiles. S'en était apeurant.
- J'ai l'impression d'être observé... Rentrons... murmura Alex.

Il avait les yeux et le teint gris, le regard mort, assis sur une chaise en métal, entouré de murs blancs et de visages ridés puant la saleté et le non-sens. Il portait un costume bleu puant la pharmacie.
- Arthur... Tes parents sont venus te voir, murmura une jeune infirmière.
Henri et Marianne s'approchèrent doucement de leur protégé. Il avait de grosses cernes sous les yeux, son corps était flasque et pâle, ses cheveux tombaient. Il ne leva pas même le regard du sol. Il avait pris trente ans de plus en deux mois.
- Arthur... C'est nous...
Avec une grande lenteur, comme pour un effort surhumain, il leva la tête, cligna doucement des yeux. Il semblait voir sans voir. Ses lèvres sèches ne bougèrent pas. Son visage resta de marbre, vide d'émotion. Ni joie, ni surprise, ni tristesse vinrent le modifier. Il était comme vide, comme pourri.
Marianne fût obligé de s'éloigner, le regarder lui était devenu impossible. Cela lui brûlait les yeux, lui broyait le cœur.
Il y avait tout autour d'elle, dans cette pièce, des gens aux regards vides ou au sourire idiot. Aux paroles incompréhensibles ou trop compréhensibles. Il y avait des agités et des timides, des énervés et des pleurnichards. Et au milieu de tous ces fous, de tous ces malades, il y avait son fils qui lui apparaissait comme le plus atteint de tous.
Henri pris une chaise et s'assit en face de celui qu'il appelait auparavant « mon petit protégé ».
- Tout va bien, tu es bien traité ici ? Nous ne pouvons pas venir te voir souvent à cause du travail mais tu vois, nous sommes là. Aujourd'hui en tous cas. Tu m'entends Arthur ? C'est papa... C'est papa Arthur... Fait un signe, bouge un doigt, fait quelque chose... Papa est venu rien que pour toi mon chéris... Papa est là...
- Il va mourir... mon petit va mourir... gémis Marianne un peu plus loin.
- Tu sais Arthur, il faut t'accrocher à la vie... Demain Alex va passer son opération. Tu te souviens d'Alex ?
Il cligna des yeux.
- Bon... Il va être opéré demain. Tu penseras à lui, hein ? Tu... tu...
Henri ne pus en dire plus.
- Mon fils va mourir ! Ils sont entrain de le tuer ! Hurla la mère en larme.
Aussitôt une infirmière s'approcha d'elle.
- Calmez vous madame, vous allez énervé les malades. Les visites sont terminés il faut sortir maintenant. Il faut sortir...
Une seconde infirmière s'avança vers la première.
- Laissez la, c'est sa mère.
- Les visites sont terminés ! Sortez !
- Ils vont le tuer !
- Je vous jure que nous faisons tous notre possible Madame. Je vous le jure.
Henri alla à son aimé et aida l'infirmière à la raccompagner en s'excusant.

Éloïse, observait par la fenêtre, deux papillons tourner l'un autour de l'autre.
Pourquoi ?
Pourquoi ?
Où était t-il ?
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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 10:00

VIII
Pas trop loin de la Faucheuse


- Cet homme n'a plus que quelques jours à vivre, déclara solennellement le médecin.

Arthur restait immobile dans sa chambre. Nu. Sa peau avait pris une teinte grise. Son regard était vide.
Ses pieds posés sur la carrelage blanc et froid.
Dès que les infirmiers le laissait seul, il se déshabillait et se tenait ainsi, les yeux fermés. On pouvait alors parfois voir un fin sourire se dessiner sur son visage.
Il était devenu plus petit, même avec effort, debout, il ne pouvait se tenir complètement droit, il avait le dos un peu courbé, ses bras tombaient le long de son corps et touchaient presque le sol. On pouvait voir alors les troues qu'il avait dans son crâne chevelus.

- Mais... comment cela se fait t-il ? On le nourrit pourtant comme il faut, même avec force parfois si il faut ! Se défendit le directeur de l'hôpital qui avait pris ce cas étrange très à cœur.
- Vous savez, quand un homme a décidé de se laisser mourir. De se laisser vraiment mourir, on ne peut rien y faire.
- Comment vais-je annoncer ça à ses parents...

Le vent soufflait doucement sur des plaines fleuries.
Il y avait le ciel et les oiseaux.
Il y avait deux papillons qui s'aimaient.

- Monsieur le directeur, intervint une jeune infirmière.
- Oui, qu'il y a t-il ?
- Pouvez vous me laisser le soin de m'occuper de ce malade.
- Vous n'avez pas entendu ce que le médecin vient de dire, il va mourir, il est à présent trop tard pour s'en occuper.
- Laissez moi une chance. J'ai peut-être une solution.
- Si vous y tenez...

Il avait les yeux fermés, il se tenait aussi droit que possible entre les murs blancs.
Il ne dormait jamais complètement, toujours un peu éveillé. Il se tenait ainsi et rêvait. D'un ailleurs plus beau. D'une autre vie, d'un autre lieu.
Et à travers la porte vitrée, souvent, une infirmière le contemplait avec tristesse, l'observait avec patience.

- Alors... Tu es bien installé ?
Sophie observait son grand malade, allongé dans un lit, avec des yeux pétillants, partagés entre l'admiration et la peur.
- Je ne sais pas... J'ai comme un mauvais pressentiment.
- N'y penses pas. Tu l'as dit toi même, il ne faut pas y penser. Moi j'ai confiance...
Alex la contempla. C'était loin d'être la plus belle femme qu'il est vu. Elle n'était même pas tellement belle. Mais elle avait un charme certain, des yeux magnifiques, un sourire sublime. Elle dégageait une énergie particulière et une grande vivacité. Rien qu'en l'observant passer ainsi ses doigts dans ses longs cheveux, ou se mordre timidement la lèvre inférieur. Ces petits gestes qu'elle même faisait sans s'en apercevoir, le faisait frémir. Elle dégageait de la chaleur, de l'amour. Elle semblait être remplie de ce sentiment, et avait sans cesse besoin d'en donner aux gens autours d'elle. Cela se sentait, s'humait.
- Pourquoi tu me regardes ainsi ? Demanda t-elle.
- Je crois que je suis entrain de tomber amoureux.
Elle rougie.
- Ne dit pas une chose pareille.
- Pourquoi pas ?
- Par ce que... Par ce que... j'ai l'impression que moi aussi...
Et elle dévia son regard vers le haut pour faire comme si elle n'avait rien dit.
Alex ne pus s'empêcher de sourire.

La porte blanche s'ouvrit doucement.
La fenêtre était resté ouverte. Pendant tous ce temps.
Éloïse n'osa pas la refermer. Elle se contenta d'entrer et d'observer autour d'elle.
Il n'y avait au fond pas grand chose. Des murs peins de couleurs chaudes, avec quelques posters de groupes de musiques collés dessus. Un lit défait, une armoire pleine de vêtements, une petite bibliothèque.
Personne n'avait osé entrer dans cette chambre depuis qu'il était partit.
Elle regarda autour d'elle. Posé sa table de chevet elle trouva un papier plié. A peine elle l'eut vu, alors qu'elle ne savait pas ce qu'il contenait, qu'elle sentit son ventre bouillonner. Elle s'approcha et le pris dans sa main. Le contacte était froid.
Cela ravivait quelque chose au fond de son esprit, mais elle était incapable de se souvenir quoi.
D'une main tremblante, elle l'ouvrit.
Une boule grimpa dans sa gorge.

Il était debout, silencieux, vide.
Ses joues pendaient, ses yeux tombaient.
Un filet de bave coulait de sa bouche.
Sa peau était glaciale.
Elle passa délicatement sa main le long de son dos.
La peau était sèche et dur. Froide.
Elle toucha légèrement sa tête qui aussitôt se releva vers elle avec lenteur et curiosité. Ses yeux gris l'interrogeaient.
- Je suis Alicia, la nouvelle infirmière qui va s'occuper de toi. Il faut que tu me dises exactement ce dont tu as besoin. Je suis là pour t'aider.
Son visage sembla déçu et retourna contempler le sol.
- Tu t'appelles Arthur c'est ça ? M. Paul m'a dit que tu étais un arbre. Tu te souviens de M. Paul ? Ton psychiatre. Il s'est occupé de toi les premiers jours que tu es arrivé ici. Un très bon monsieur. Mais la garde lui a été retiré et c'est d'autres infirmiers qui ont voulu te guérir. Il me semble que leur traitement n'a pas porté ses fruits. Dit moi Arthur de quoi as tu besoin ? Il faut me le dire si tu veux que je t'aide... Je ne peux pas deviner...

Alex se réveilla en sursaut.
Tout était sombre autour de lui. La nuit était tombé.
Il avait eu une vision étrange.
Il avait vu Arthur.
Enfin non...
Il ne sais plus trop ce qu'il avait vu.
Il ne savait pas bien si c'était Arthur.
Il savait que c'était mort.
Que c'était vide.
Que c'était gris.
Pourquoi ?
Pourquoi était t-il devenu ainsi ?
Il repensa aussi à Sophie et se demanda pourquoi Arthur l'avait quitté.
Elle était si belle.
Ils étaient si bien ensemble.
Qu'avait t-il donc pus voir dans la forêt ?
Que c'était t-il donc passé là-bas ?
L'opération allait avoir lieu dans trois jours. Pour de plus grande chance de réussite, on lui avait conseillé un bon sommeil.
Mais comment bien dormir lorsqu'on est maudit par l'image de son meilleur ami devenu fou ?
Il repartit tout de même à la recherche du sommeil.

La feuille de papier tomba sur le sol.
C'était tout simple.
C'était tout bête.
Maintenant, ses joues étaient toutes humides.
C'était un dessin, un vieux dessin.
Elle devait avoir 5 ans quand elle lui avait fait.
Lui 6.
Pour son anniversaire si elle se souvient bien.
Un dessin, tout bête.
Même pas bien fait en plus.
Un arbre. Vert. Avec pleins de branches.
Des fleurs qui poussent tout autour.
Et des racines, des racines immenses.
Plantés dans la terre.
Avec inscrit en titre.
« Pour mon frère que j'aime ».
Pourquoi ?
Pourquoi avait t-il gardé ce vieux papier ?
Plié précieusement.
Sur sa table de chevet.
Pourquoi ?
La feuille tomba sur le sol.

Jamais Arthur ne lui avait dit « je suis amoureux ».
Il avait eu à peine la force de lui dire « je t'aime » quelques rares fois.
Comment avait t-elle pus être aussi sotte ?
Tomber amoureuse d'un imbécile pareil.
Comment avait t-elle pus ?

Alicia resta toute la nuit éveillée au côté de son malade. Elle resta collé contre sa peau sèche et glaciale. Elle lui parla. Ne se lassa pas de son silence. Il lui arrivait aussi d'écouter son silence. De prendre le temps.
Elle lui parla d'elle.
Elle ne savait pas pourquoi, mais depuis le premier jour où elle avait vu ce jeune adolescent triste et immobile, elle avait envie de l'approcher. De le voir de plus prêt. De le comprendre aussi sûrement.
De le comprendre.
Il n'y avait peut être rien à comprendre.
Elle resta cependant avec lui toute la nuit. Elle se confia à lui. Raconta sa vie. Ses joies, ses malheurs.
Elle lui expliqua qu'à 12 ans, elle avait découverte qu'elle avait été adopté. Elle lui raconta comment ses ex l'avaient fait souffrir au point qu'elle veuille se suicider. Qu'aujourd'hui elle considérait la vie comme un cadeau fragile auquel il fallait faire attention. Que c'était la plus belle chose sur terre.
Elle lui parla se ses joies, de ses amis, de son petit copain actuel. Qu'elle avait emménagé avec lui, que c'était une nouveauté pour elle. Qu'il passait trop de temps devant la console vidéo. Qu'elle ne supportait pas, mais qu'elle l'aimait quand même. Qu'elle voulait un enfant.
Plus jeune, elle voulait être chanteuse.
Mais ses parents adoptifs l'avaient vite persuadé d'y renoncer. Cela n'était sans doute pas plus mal, disait t-elle.
Elle parla de ses 15 ans. Qu'elle avait été plus ou moins junki. Elle sortait avec tous les mecs qu'elle trouvait et prenait de la cocaïne et quelques autres drogues.
Que cette période était passé mais que ça lui avait appris beaucoup de chose.
Qu'il ne fallait rien regretter dans son existence.
Rien.
Et elle le serra un peu plus fort dans ses bras.
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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 10:01

IX
Les esprits se rencontrent

- Tiens... Il est 9h...
Gaby s'étira sur le vieux canapé troué.
Il s'était endormis devant la télé.
Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu Arthur, pensa t-il. Il serait temps d'aller lui rendre visite.
Il avait entendu dire que ce dernier était devenu fou, qu'on l'avait enfermé dans un asile. Il n'en croyait rien. Il avait vu Arthur, avait passé une bonne partie de son temps avec lui. Ce n'était pas le genre de personne à devenir fou.

Au petit matin, Alicia pris ses dispositions pour qu'Arthur reste seul dans sa chambre, nu si il en avait l'envie.
Il avait le teint toujours aussi triste et la peau toujours aussi grise. Mais il était un peu moins froid que la veille.
Alicia avait décidé de tout faire pour sauver son malade. Elle partit du principe que devant la mort, le corps savait par lui même se don il avait besoin. Il lui semblait évident que ce n'était pas les médicaments que l'asile lui donnait qui allait le soigner, vu les dégâts qu'ils avaient fait.
Elle savait au fond d'elle, que cet être étrange avait envie de vivre. Qu'il n'était pas juste entrain de se laisser mourir. Ce serait trop facile. Il y avait forcément une solution, il devait y en avoir une.
Il ne restait plus qu'à la trouver ce qui n'était pas chose facile. Surtout lorsque le patient refusait de parler. Il fallait trouver un moyen de le faire parler. Pour cela, elle devait trouver quelqu'un qui sache le faire parler.
Elle se tourna donc vers les proches d'Arthur.
Elle appela donc en priorité M. Paul qui avait travaillé sur son malade et qui devait donc savoir un certain nombre de chose sur le sujet.

Alex avait froid. Il se sentait faible.
Il ne savait si cela provenait du fait qu'il était resté allongé, immobile, pendant plus de 24h, ou si cela venait des étranges rêves qu'il avait fait.
L'image d'un de ce corps gris et froid, mort, monstrueux, vu dans son inconscient lui bouffait l'esprit. Il avait un mal fou à s'en débarrasser.
Il avait associé cet image à celle d'Arthur sans savoir pourquoi.
Il était en pleine réflexion intérieur sur le sujet quand Sophie vint le voir avec un bouquet de fleur. La vision de la belle souriante, lui rendit un peu de chaleur et d'espoir.

- Son meilleur ami a une tumeur au cerveau, explique M. Paul au téléphone, c'est en apprenant cela qu'il a perdu l'esprit je pense. Les deux adolescents étaient très liés, une amitié très forte. Je pense qu'il a dû associé l'image de son meilleur ami, Axel je crois qu'il s'appelle, à la sienne. En sommes, il a pris l'annonce de cette tumeur pour lui-même. Cela ne m'étonne pas qu'il se laisse mourir à présent. Il doit être persuadé qu'il a tumeur au cerveau. C'est de là que vient son mal.

Gaby marchait tranquillement dans les rues pour se rendre à l'asile. Les parents d'Arthur lui avaient confirmés que leur fils se trouvait bien là-bas. Il avait pus entendre leurs pleurs à travers le combiné et n'avait pas insister. Cependant, il avait encore du mal à y croire, il avait besoin de voir la chose de ses propres yeux.
En chemin, Gaby observait les passants et se fit la réflexion, qu'il devait bien arriver des fois, qu'un homme marche et le vois lui, passer dans la rue, et l'homme se dit alors « tient voilà un passant » en parlant de lui.
Seulement, lui, n'était pas un passant. Il était Gaby.
Mais du point de vu de l'homme, ce Gaby là, n'est qu'un passant.
De même l'homme qui passe a certainement un nom et pleins de choses intéressantes à dire. Cependant, du point de vu de Gaby, l'homme n'est qu'un passant.
Nous sommes donc tous des passants aux yeux de quelqu'un.
Gaby adorait se faire à lui-même ce genre de réflexion lorsqu'il marchait. Cela faisait passer le temps moins long.

Une passante passa.
Accompagné par trois jeunes hommes.
Bien fait.
Elle.
Plutôt jolie.
S'arrêta soudain.
Les trois autres.
Firent de même.
Elle alla vers une pelouse.
Municipale.
Qui portait l'instruction sotte :
De ne pas marcher dessus.
Elle y marcha.
S'y pencha.
Et cueillis trois petites fleures.
Avec soin.
Et délicatesse.
Elle retourna.
Vers ses trois gaillards.
Et offrit.
A chacun d'eux.
Une fleure.
Qu'elle plaça.
Dans leur cheveux.
Ils rirent.
Et marchèrent.
Ils sourirent.
Et passèrent.

Il était dans sa chambre.
Plus les minutes passaient, plus il se recroquevillé sur lui-même. Se baissait. S'effondrait. Sa peau devenait de plus en plus triste, de plus en plus sombre. Ses yeux de plus en plus gris, de plus en plus vide.
Gaby entra et resta bouche bée.
Alicia se tenait à ses côtés.
- Merde... Mais il est pas fou, il est malade ! S'exclama t-il, c'est dans un hôpital qu'il faut l'emmener.
- Cela ne changerais rien, on ne sais pas ce dont il a besoin. Il se laisse mourir. Nous avons des soins quasiment identiques à ceux des hôpitaux, expliqua l'infirmière.
- Il se laisse mourir ? Vous avez vu l'état de sa peau ? Il ne se laisse pas mourir, il se fait tuer.
- Croyez moi, le médecin à affirmer que...
- Je ne crois pas en la médecine. Il faut l'aider.
- Je cherche justement quelqu'un qui saurait le faire parler, pour que lui-même nous dise ce dont il a besoin.
Gaby s'approcha alors de son colocataire, se baissa pour se mettre à hauteur de son visage, souleva doucement son menton, le regarda droit dans les yeux et déclara :
- C'est inutile, il ne parlera pas. Qu'est ce que vous savez sur lui ?
- Pas grand chose, répondit t-elle d'un ton désolé, seulement que son meilleur ami à une tumeur et que la dernière parole qu'il a prononcé c'est : « je suis un arbre ».
- Un arbre ?
- Oui...
Gaby observa la peau flasque d'Arthur, son regard vide et ses cheveux qui tombaient sur le sol un à un.
- Si c'est un arbre faut lui donner de la terre, de l'eau et du soleil.
- Comment ça ?
- Il a dit qu'il était un arbre non ? Alors soignons le comme un arbre ! Un arbre qui reste enfermé entre quatre mur blanc, sans eaux et sans terre, ça meurt. Pas étonnant qu'il soit dans un tel état si il s'est transformé en arbre.
Alicia observa Gaby avec des yeux étonnés, ne parvenant à savoir si ce dernier blaguait ou était sérieux.
Ce n'était pas quelque chose d'aussi simple et évident pour elle que pour lui de concevoir qu'il fallait traiter cet être humain comme un arbre. Cette chose là ne lui avait même jamais traverser l'esprit.
Gaby insista du regard, alors Alicia partit en courant dans l'hôpital à la recherche de terre et d'eau.
- Si vous trouvez des plantes, amenez les aussi, ça lui fera des amis avec qui discuter ! Ajouta Gaby en voyant l'infirmière partir.
Elle se demanda comment elle allait pouvoir expliquer cela au directeur de l'hôpital. Mais comme elle l'avait appris bien souvent : à situation désespéré, solution désespéré.

- Tu t'es peut-être confondu avec lui, supposa Sophie.
- Comment ça ?
- L'image de mort que tu as eu, était peut-être pour toi, pas pour Arthur. Peut-être que chaque fois que tu penses à lui, tu penses en réalité à toi. J'avais vu ça dans une émission à la télé. Deux amis qui étaient si proches qu'ils se confondaient parfois eux-mêmes. Il y en a un qui se regardait dans la glace, et il associé à son reflet le nom de l'autre. Il se passe des choses assez fou avec l'esprit humain tu sais.
- Donc, quand je pense à Arthur qui veux devenir un arbre, c'est en fait moi qui veux ne faire qu'un avec la Nature ? Répliqua Alex d'un ton sarcastique.
- Mais non pas pour tout, juste pour les rêves... Je ne sais pas moi... Je fais des hypothèses...
- Désolé... Je suis un peu tendu...
- Ce n'est pas grave... Tu préfères que je m'en aille ?
- Non, reste... Reste... J'ai peur de rester seul...
- Je suis là...
- Je penses que tu as raison en plus... En y repensant, ce n'est peut-être pas Arthur que j'ai vu mort, c'est peut-être moi...
- Ça ne veux rien dire de plus hein ? C'est juste une peur, un rêve...
- Il y a des rêves prémonitoires.
- Ne soit pas négatif comme ça... Puis on avait dit qu'on ne parlait ni de ça, ni d'Arthur, ai final toute nos conversations tournent autour de ces deux sujets là...
- Je suis désolé... Je me sent chaque jour un peu plus étrange.
- C'est le stress ça. Il ne faut pas que tu t'inquiète. Repose toi, c'est ce qu'il y a de mieux à faire...
Sûrement...

- Je dois chercher qui je suis.
- Comment ça qui tu es, mais tu es Arthur ! Non ?
- C'est qui Arthur ?
- Et bien c'est toi !
- C'est qui, moi ?
Alex resta sans voix. Il n'avait pas la réponse.
C'est qui moi ?

Et Alex... C'est qui Alex ?

Arthur avait les yeux fermés.
Il pouvait ainsi sentir le vent lui caresser les cheveux.
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Ezarc Cesire

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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 10:01

X
Le remède d'Irucha


- C'est quoi ça ?
Le directeur avait été alerté en urgence par quelques médecins. Il se tenait dans l'entrebâillement de la porte avec son air sévère et sa grande blouse blanche.
Devant lui, Arthur, debout, nu, la peau toujours grisé, le corps toujours courbé, la tête toujours tombante, avait les pieds recouverts de terre, d'une terre sombre et grasse qui lui montait jusqu'aux genoux. La salle blanche était envahie par les plantes vertes. Gaby était assis dans un coin et observait son colocataire en souriant.
Alicia s'avança timidement, elle savait que ce n'était pas une bonne idée.
- C'est... c'est une méthode de soin...
- Une méthode de soin ? Vous vous foutez de ma gueule ? Laissez donc ce mourant tranquille, ce n'est pas en lui faisant subir ce genre d'humiliation que vous allez le guérir. Retirez moi tout ça et au plus vite.
Le ton du directeur était si sec qu'Alicia ne pus se défendre, envisager une quelconque réponse possible, une petite justification. Il fallait obéir. Ainsi été fait le monde.
Il faut aussi l'avouer, elle-même n'était pas totalement convaincu de cette idée là.
Contrairement à Gaby. Qui discrètement retira sa chemise. Il ramassa un bâton trouvé là, se leva. Son pantalon était large et ample, son visage pris immédiatement quelque chose d'un peu fou, d'un peu étrange. Il s'approcha du directeur avec un air fiers et supérieur.
L'homme sévère regarda l'être étrange avancer vers lui. Il recula de quelques pas en se demandant qui était ce nouvel énergumène.
Quand Gaby fût assez près, il commença à parler une langue étrange et inconnu, avec des résonances asiatique. Une langue ne qui devait probablement pas existait mais qu'il imité très bien. Puis, avec un accent à couper au couteau il s'exclama :
- Excuse moi petit homme, comment tu t'appelle ?
- Qui c'est ? S'exclama le directeur en se tournant vers Alicia qui n'avait plus qu'une envie : disparaitre dans la terre.
- Je suis le grand moine de la haute montagne d'Irucha. Cet homme là, est très malade. Cette terre est une terre spéciale qui pourra le guérir. J'ai des méthodes particulières pour soigner. Il faut le laisser tranquille et ne jamais le déranger. Il ne faut pas faire trop de bruit et lui parler bien gentiment. Mais, laisse moi faire, laisse moi faire. Je ne crois pas que tu sois apte à le soigner. La méthode d'Irucha demande du temps. Laisse moi, laisse moi.
Aussi incroyable que cela puisse paraitre. Il suffit à Alicia de confirmer les dires du grand moine, pour que le directeur les laissa guérir en paix.

On l'appelait.
On l'appelait.
On criait son nom.
Son âme.
Des milliards de corps lui demandaient de venir.
Des milliards d'êtres lui disaient qu'il n'était pas à sa place. Qu'il fallait qu'il vienne. Qu'il vienne.

- Il a bougé, remarqua Alicia qui était parti sortit de la pièce pour aller boire un café.
- Il est sans cesse entrain de bouger, mais il se déplace si lentement qu'on ne le remarque pas, répondit Gaby.

Demain.
Ce sera demain.
Demain.
Mon cœur cessera peut-être de battre.
Demain.
Je vais peut-être mourir partir.
Ou rester.
Demain.
J'ai peur.
Je repense à ma vie, trop courte.
19 ans c'est trop court pour vivre.
19 ans c'est pas une vie, c'est un début de vie.
Un commencement.
Une ébauche.
Un essai.
Un croquis.
Un schéma.
Une base.
Mais ce n'est pas une vie.
Je veux vivre.
J'ai encore des choses à faire.
J'ai mal.
On me ronge de l'intérieur.
Je veux vivre.
Je ne peux pas quitter ce monde.
Je ne peux pas partir.
C'est beau une vie.
C'est beau la vie.
Il n'y a rien de plus beau qu'une vie.
La mort... La mort c'est le néant. La mort c'est le vide.
Je ne veux pas être rien.
Je veux être !
Je ne sais peut-être pas qui je suis !
Mais je suis ! Je suis et je veux être encore !
Vivant pour l'éternité !
Vivant !
Vivant !
Vivant !
Vivant !

Eloise n'alla pas en cour.
L'image de son frère, nu, dans le jardin.
L'image de son frère disant : « je suis un arbre ».
Elle en était obsédé, maudite. Elle ne savait que faire pour s'en débarrasser. Ses notes chutaient, elle avait sans cesse des maux de tête. Elle avait perdu l'appétit.
Il fallait qu'elle le voit. Qu'elle sache.
Où était t-il ?
Comment était t-il ?
Qu'elle comprenne pourquoi il était devenu ainsi, pourquoi il avait fait ça. On ne devient pas fou du jour au lendemain. Arthur avait toujours été un peu étrange, absurde par moment, si elle se souvenait bien. Petit, il aimait manger de la terre. Un jour, il avait dressé un vers aussi.
Peut-être que c'était une nouvelle expérience idiote de son frère. Qu'il n'était pas fou. Qu'on allait bientôt le remarquer et le faire sortir.
Mais alors, pourquoi ses parents l'interdisaient de se rendre à l'asile avec eux. Elle n'avait rien fait de mal. Que se passait t-il là bas ? Quel secret se préparait ? Pourquoi ne pouvait t-elle pas voir ?
Il fallait qu'elle sache. Qu'elle s'y rende.
C'est ce qu'elle fît.

- Allo, Alicia ? C'est moi... Je suis rentré à l'appartement et tu n'y es toujours pas. Voilà, j'aimerais comprendre... Savoir où tu es... Rappel moi. Je t'aime.

Calme toi...
Calme toi...
Vivant, tu l'es.
Et si tu le veux tu pourras le rester.
Calme toi...
Écoute moi, écoute.
Respire, respire avec le monde.
Respire.
Respire encore.
Ferme les yeux.
Bien.
Regarde maintenant.
Prend le temps de regarder.
Regarde.
Regarde bien, petit papillon.
Renifle, sent, écoute, regarde, touche, goutte.
Utilise ton corps pour comprendre.
Rapproche toi encore un peu plus du monde.
N'est pas peur du temps qui passe.
Prend le temps.
On a toujours trop de temps.
Toujours trop.
Calme toi.
Calme toi...
Et tu seras vivant...
Vivant...
Vivant...
Vivant...
Vivant...

- Pardon ?
- Les visites pour ce patient sont interdites.
Éloïse n'en revenez pas. Elle avait fait tout ce chemin pour rien ? On lui interdisait de voir son frère ?
- Je demande un responsable.
- Mademoiselle...
- Je suis sa sœur ! J'ai le droit de voir mon frère ! Amenez moi un responsable !
Les points de la jeune demoiselle frappèrent la vitre qui séparait la standardiste de la « cliente ».
- Je vais appeler la responsable, voir ce que je peux faire...

Doucement, les grands stores métalliques s'ouvrirent. L'air frais pénétrait la pièce. La vue donnait sur une petite cour agréable où quelques plantes poussaient.
- On va le déplacer ici, il sera mieux non ? Enfin... en tant qu'arbre...
- Bien sûr qu'il sera mieux, coupa Gaby.
- Il fait pas un peu froid ?
- Je ne pense pas. Il faudra penser à l'arroser régulièrement par contre. Mais, on ne peut pas le mettre directement dans le jardin ?
- Non, regarde, il y a la rue là-bas, on le verrais. Je ne veux pas avoir de plaintes de gens effrayés par un homme nu au milieu du parc.

Il était bien ici. Le vent lui caressait le visage. Ses pieds étaient plongés dans une terre grasse. Il était nu.
Doucement il se redressait, petit à petit.
Sa peau retrouvait une couleur plus blanche. L'éclat de ses yeux revenaient peu à peu.
Il entendit la porte s'ouvrir derrière lui.
Un oiseau passa en chantant un peu plus loin.
- Il est fou... Il est complètement fou... déclara une voix dans son dos. Tous ! Tous ici vous êtes fous ! Que des tarés !
Deux papillons passèrent devant lui.
- Vous êtes tous dérangés ! Tous ! Et toi surtout ! Toi je sais pas ce qui c'est passé dans ton esprit mais tu as complètement pété les plombs ! Tu m'entends ? Tu as complètement disjoncté ! Je n'ai plus de frère ! Je n'ai plus de frère et je n'en ai jamais eu ! Je te hais ! Je te hais !
La porte se referma en claquant.
Un petit vent frais vint lui caresser le visage.
Les deux papillons se tournaient l'un autour de l'autre.
Il n'y avait rien de plus agréable à regarder.
Rien de plus beau.
De plus doux.
Simple.
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Ezarc Cesire

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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 10:02

Partie III
Le long de la rivière

XI
Résurrection


T'es tu déjà baigné nu dans une rivière ?
Complètement nu ?
Sans prendre peur de ce qui s'y cache. Se contenter de sentir l'eau sur chaque parti de ta peau. Sans s'inquiéter, sans penser à ceux qui pourraient te voir. Juste dans la douce sensation de fraîcheur et de liberté. Laisser les poissons tourner autour de tes cuisses et de tes bras. Autour de toi. Sentir les algues sous tes pieds, fermer les yeux et plonger la tête sous l'eau. Écouter le bruit du dedans, écouter le ventre de la rivière, de la mer.
Ne pas nager. Se laisser bercer par le courant, bercer par l'eau.
Se laisser porter par le courant, plus loin, suivre les poissons. Voir jusqu'où on peut aller, jusqu'où la rivière peut nous emmener. Sans réfléchir aux conséquences, sans savoir peur. Se laisser faire.
Penser à chaque goutte d'eau qu'il a fallut pour former cette rivière.
Goutter la saveur de l'eau. Profiter de sa fraîcheur.
Sentir toute la vie qu'elle contient.
Comprendre que tu en fais parti.
Que tu n'en es qu'un petit élément supplémentaire.
Sentir l'eau en toi.
L'eau en dedans.
Les relier.
Faire parti de la rivière.
Se laisser porter encore un peu plus loin.
Ne pas avoir peur de couler, de la cascade, de bruit.
Se laisser faire.
Confiance.
Faire confiance à la rivière.
Puis, sentir le bon moment, pour rouvrir les yeux.
Regarder le monde autour de soit.
Le découvrir. Le redécouvrir.
Ne pas penser au chemin du retour.
Et s'enfoncer encore un peu plus loin.
Un peu plus loin.

Il avait les yeux bleus qui brillaient. Son visage s'était éclairé. Son corps s'était redressé avec une certaine fierté et une force étrange. Il souriait doucement. Ses mouvements étaient très lents, très doux. Quand quelqu'un entrait dans la pièce, il se tournait vers lui. A l'affût de tout, rien ne lui échappait. Il sembler tout voir et tout comprendre. Sa peau s'était durcit, elle était chaude, très chaude. Peu importe où on poser sa main, que ce soit sur son dos, sur son visage, sur ses bras, sur ses jambes, on pouvait sentir le battement de son cœur. Très doux, très lent.
Alicia passait chacune de ses nuits à ses côtés, elle lui parlait. Cela faisait une semaine qu'elle n'avait pas quitté l'hôpital. Elle trouvait quelque chose de vraiment apaisant à rester auprès de cet homme étrange. De cet homme-arbre. Très vite, elle parvint à comprendre ses besoins, ses envies, sans avoir à passer par la parole. Leurs silences étaient leurs plus grandes discutions.
Elle avait dans la main une éponge très douce, gorgée d'eau, qu'elle passait doucement sur le corps de son ami. Il était en pleine forme, il n'était ni fou, ni malade, cela elle en était persuadé. Elle le savait.
Elle se retrouvait en restant avec lui. Comme si, avec l'âge adulte, en grandissant, on perdait quelque chose, on s'ancrait dans une société, dans une manière de vivre. On oubliait la simplicité de la vie, les devoirs nous écrasés. Avec lui, elle se retrouvait elle, enfant, jouant à courir dans l'herbe.
Sa main douce caressait très lentement son corps avec l'éponge. Elle commençait toujours pas le haut, la nuque. On pouvait voir de fines gouttes d'eaux couler le long de son dos. Elle savait qu'il aimait cette sensation, qu'il suivait le trajet de chaque goutte le long de sa peau.

Marianne avait les larmes aux yeux en posant le téléphone. Elle s'approcha d'Henri et s'exclama :
- Il est guérit ! Je viens d'avoir un appel de la clinique ! Notre petit est guérit il va pouvoir rentrer à la maison !
Elle monta les escaliers folles de joies et alla frapper à la porte d'Éloïse.
- Il est guérit ! Ton frère est de retour !
- Je n'ai pas de frère... répondit une voix macabre.
- Tu...
- Laissez moi... Je n'ai jamais eu de frère... Ni de parents... Je suis né de mon propre sang... De mon propre sang...
- Tout va bien ma chérie ?
- Laissez moi !
Marianne s'apprêta à ouvrir la porte mais son geste fût arrêté par Henri.
- Laisse la... Ce n'est pas facile pour elle. C'est une façade, elle sortira quand elle en aura envie.

Les médecins n'en revenaient pas.
Ils furent nombreux à défiler devant Arthur. A l'observer, à faire des prises de sang, à prendre son poux, à tâter sa peau, à regarder la pupille.
Lui ne disait rien, il se laissait faire. Il poussait juste un cris de douleur quand l'aiguille lui transperçait la peau, ou quand on lui arrachait un de ses cheveux qui poussaient à une vitesse folle.
Jamais personne n'avait vu un cas pareil auparavant.
Cela faisait maintenant plus d'une semaine qu'Arthur n'avait rien mangé. Plutôt que de dépérir, il se portait chaque jour un peu mieux. Il grandissait même, il avait un teint remarquablement beau et majestueux.
Le plus impressionnant restait ses yeux. Son regard bleu qui semblait tout voir, transperçant les âme et les corps, brillant dans l'obscurité. Il y avait là quelque chose de fantastique, de magique.
Très rapidement, « L'homme-Arbre » fit la une de tous les journaux. On en parla aux informations, déjà en tant que rumeur, puis bientôt, comme une vérité phénoménale.
L'homme peut-il devenir un arbre ?

Éloïse, enfermé dans sa chambre, avait les mains couvertes de sang. Avec l'aide d'un couteau, elle se faisait des plaies un peu partout sur le corps en murmurant :
- Mon sang... Mon propre sang... Je viens de mon sang...
Plongée dans les ténèbres de sa chambre.

Arthur regardait paisiblement le soleil se coucher. Il adorait ce spectacle là. Quand il voyait cela, il se sentait si petit, si misérable.
Cela lui faisait un bien fou.
Il n'était pas si mal ici.
Il se sentait bien.
Entouré de personnes agréables.
Pas tous, mais la plus part étaient gentils avec lui.
Il s'était trouvé.
Qui il était.
Tout était si simple, si doux. Comme de la soie. Comme du coton.
Il y avait Alicia. Elle était amoureuse, il le savait. Elle ne lui disait pas mais cela se voyait. Elle avait un petit ami qui s'inquiétait. Qui était lui aussi amoureux. Cupidon est un être étrange. Il choisis souvent mal ses cibles. Les personnes qui sont faites l'un pour l'autre ne s'aiment que rarement. C'est ceux qui ne peuvent s'aimer qui tombent fous amoureux.
Fou.
Était t-il fou ?
Le monde était t-il fou ?
C'est quoi être fou ?
C'est quoi ?
Arthur respirait lentement.
Doucement il regarda ses mains, ses bras, ses jambes.
Ses pieds plantés dans la terre.
Sa peau beige.
Il devinait ses yeux bleus qui devaient briller.
Il ne ressemblait pas à un arbre. Un arbre c'était grand et majestueux, un arbre ça avait des branches. Des feuilles vertes.
Il ne ressemblait pas à un arbre. Était t-il fou ? Était t-il vraiment un arbre ? Il se souvint d'avoir entendu un médecin dire :
- Cet homme est perdu. Il a esprit si fort qu'il parvient à rester en vie, persuadé qu'il est un arbre. Mais regardez son ventre maigrichon. Vous savez, mes chers confrères, il y a des femmes qui, lorsqu'elles tombent enceinte, refusent de l'accepter, et leur ventre ne grossis pas. Leur esprit prend le contrôle de leur corps. Il se passe avec cet homme exactement la même chose. Il faut le guérir. Il est persuadé d'être un arbre, et se comporte comme tel. Mais d'ici une semaine, il finira par s'écrouler brutalement sur le sol. Et ce sera trop tard. Il sera mort.
Avait t-il raison ?
Qui avait raison ?
Fallait t-il qu'il remette en doute cette vérité qu'il croyait sûr ?
Mais, si il n'était pas un arbre, qui était t-il ?
Qui était t-il ?
Un homme qui se croit un arbre ?
Pourquoi ? Alors, pourquoi faire une chose pareille ? D'où cet idée lui était venu ? Qu'était t-il avant d'être un arbre. Avant d'être ici ?
De vagues souvenirs vint à sa mémoire, quelques images flous, des saveurs étranges. De la fumée montant vers la ciel, de la musique, de la viande, le sourire de sa mère, l'étreinte de sa sœur, un visage ami, les lèvres d'une jeune et belle fille. Étaient-ce de vrais souvenirs ? Ou seulement des rêves ?
Il ne se souvenait plus.
Il chercha, plus profondément en sa mémoire.
Il vit un dessin.
Un grand arbre vert sur une feuille blanche.
Les racines plantés dans la terre.
Oui... Il avait toujours été un arbre. Cela avait toujours été ainsi.
Un oiseau vint alors se poser sur son épaule, il s'y blottit doucement.
Il n'était pas fou. Il était un arbre. Les autres étaient fous. Les autres ne voulaient le comprendre, l'accepter. Lui, lui était sûr d'être dans le vrais.
Il regarda ses pieds plongés dans la terre. Il sentait ses racines plantés dans le sol.
Pourquoi donc s'inquiétait t-il des pensées des autres ? De la manière dont les autres l'observaient ? C'était absurde.
Il était un arbre. Un arbre ne se préoccupait pas de ce genre de chose.
Un arbre se contentait d'être arbre.
C'est ce qu'il fallait qu'il fasse.
Se contentait d'être un arbre.
Les autres ne devaient agir sur son lui.
Ne devaient l'influencer.
Les problèmes des autres, ne le concernaient pas.
Lui était un arbre.
Rien d'autre.

Et l'eau de la rivière coulait tranquillement.
Ronflante avec sagesse, loin des tracas du monde.
Loin des Hommes.
Loin des guerres.
Loin de la pauvreté et des bêtises.
Loin des malheurs et des informations, des attentats, des meurtres, des violes, des bombes, des injustices, du sang, du malheur, de la peur, des dictatures, des droits, des obligations, de la terreur, de la fuite, des tremblements de terre, de la pollution, de la mort, de la faim, des maladies...
Elle coulait.
Tranquillement.
Invisible, ancrée dans la terre.
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Ezarc Cesire

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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 10:02

XII
Interviews


Ils étaient là, avec leurs caméras, leurs faux-sourire et leurs micros. Ils avaient une politesse qui sentait l'oseille, un regard qui voyait des billets verts. Leur gentillesse sentait le pognon. La vérité était bien loin derrière eux.
Ils était cinq, cinq journaliste que le directeur de l'hôpital s'était crut bon de laisser entrer.

- Cela nous fera un peu de publicité, ça ne fera de mal à personne !

Arthur avait à peine remarqué leur présence. Il savait que cinq inconnus étaient entrain de gesticuler autour de lui, mais il ne s'intéressait ni à ce qu'ils racontaient, ni à ce qu'ils demandaient.
Lui, restait concentré sur le trajet du soleil dans le ciel et sur l'herbe entrain de pousser.

- La nudité ne vous dérange pas ?
- Pourquoi ce choix de vous exhiber ainsi ?
- Vous avez envie de choquer ?
- Votre démarche a t-elle a but artistique ?
- Culturel ?
- Une rage contre le monde ?
- Un cris de révolte ?
- Sociologique peut-être ?
- Avez vous une femme ?
- Quel âge avez vous ?
- Ne serais-ce pas plutôt écologique ?
- Que pensez vous de l'homosexualité ?
- Politique ?
- Vous parents sont t-ils fiers de vous ?
- Vous ne parlez pas ?
- Vous êtes muets ?
- Pensez vous vraiment être un arbre ?
- Vous n'avez pas faim ?
- Froid ?
- Pourquoi refuser de prendre la parole ?
- Peur de la foule ?
- Vous avez un acteur préféré ?
- Une actrice ?
- Pourquoi ce mutisme ?
- Vous vous placez où, politiquement ?
- Qu'en penses vos amis ?
- Vous avez un modèle ?
- Êtes vous capitaliste ?
- Végétarien ?
- Vous pensez parvenir à changer le monde en restant ainsi ?
- Votre chaîne de télévision préféré ?
- Avez vous un téléphone portable ?
- Une montre ?
- Que reprochez vous à la société moderne ?
- Que pensez vous des guerres dans le monde ?
- Vous aimez plus belle la vie ?
- Vous êtes bien pacifiste, non ?
- Pourquoi refusez vous de vous habiller ?
- La nudité ne vous dérange pas ?
- Pourquoi ce choix de vous exhiber ainsi ?
- Vous avez envie de choquer ?
- Votre démarche a t-elle a but artistique ?

Qui étaient t-ils ?
Ils parlaient si vite qu'il n'avait le temps de suivre leurs demandes.
Pourquoi étaient t-ils là ?
Que lui voulait t-il ?
Avait t-il fait quelque chose de mal ?
De bien ?

- Tiens... Il est déjà 12h...
Gaby changea alors de chaîne après un effort surhumain pour attraper la télécommande.

- Silence ! Explosa Alicia.
Les cinq journalistes se tournèrent immédiatement vers elle.
Ils la firent assoir et l'observèrent avec de grands yeux de rapaces venant de trouver une proie. L'un des visages blafards s'approcha avec son nez crochu du visage de l'infirmière.
- C'est vous qui êtes responsable du malade ? Demanda t-il doucement avec une articulation parfaite.
- Oui... C'est moi...
Il se frotta doucement les mains, fît un signe incompréhensible à un collègue situé derrière lui et replongea vers Alicia.
- Vous accepteriez de faire une photo ?

- Nous passons maintenant à l'asile de Santo, annonça la présentatrice du journal télévisé, où nos journalistes ont rencontré le jeune Arthur, un adolescent de 18 ans qui se prend pour un arbre. Un reportage signé Dominique Lacroix.
Gaby fronça les sourcilles et monta le son de la télévision.
- Arthur était un jeune garçon heureux, tout ce qu'il y a de plus normal, jusqu'au jour où son esprit à disjoncté. En effet, depuis quelques mois, Arthur est enfermé dans un hôpital psychiatrique. Muet, nu, les deux pieds dans la terre, il est persuadé de parvenir ainsi à se transformer en arbre.
Une vidéo d'Arthur, immobile, entouré de ses plantes vertes et de ses murs blancs défilait en même temps que la voix off.
Ce fût ensuite une image d'Alicia, assise sur une chaise devant un faux décor naturel.

- Pour moi, Arthur n'est pas fou. Loin de là. C'est un peu étrange à dire comme ça, mais, il y a ici quelque chose de magique qui est entrain de se produire. Sa peau change peu à peu de consistance. Je ne sais pas comment expliquer ça...
- Vous pensez qu'Arthur est un arbre ?
- Oui... enfin... Je ne sais pas vraiment... Ce qui est évident pour moi, c'est que ce n'est pas juste un coup de tête. C'est une véritable prise de conscience.
- Combien de temps Arthur va t-il tenir ainsi d'après vous ?
- Je pense que... Si personne ne le dérange, si il continu à avoir de l'eau fraîche et de la bonne terre, il pourra tenir ainsi des années. Vous savez... Je sais que je peut passer pour une folle, mais... A force de passer du temps avec lui, sans même échanger la moindre parole, je parviens à le comprendre, à savoir ce qu'il pense, ce dont il a envie.
- A quoi penses t-il en ce moment ?
Doucement, Arthur tourna son regard doux et profond vers Alicia qui dû retenir son rire.
- Il pense que vous faites beaucoup de bruit et que cela dérange les oiseaux.

- Guéris... C'est ça qu'ils appellent guéris ?
Henri n'en revenait pas. Il voyait son fils passer au journal télévisé comme on présente une bête de foire. Il était persuadé que la moitié des téléspectateurs étaient entrain de rire devant leur poste, de se moquer de son fils.
Marianne, elle s'était immédiatement levée pour aller se remplir un verre de wisky.
C'était maintenant au tour du médecin de passer devant la caméra.
- Pour moi Arthur s'est persuadé qu'il était un arbre. C'est un problème psychique, il en est tellement persuadé que son corps s'adapte à cette idée. Il est vrais qu'il y a certaines choses étonnantes comme la consistance de sa peau, la luminosité de son corps, le fait aussi que cela fait maintenant près de 2 semaines qu'il n'a ni bus, ni manger et qu'il est resté dans cet même position. Mais je pense que son corps ne tardera pas à se manifester, je veux dire, on attend d'ici peu un évanouissement, un choc qui lui permettra de retrouver ses esprits. Le forcer à se nourrir maintenant ne servira à rien. Il faut que le malade aille au bout de son expérience.

Gaby n'en revenait pas.
Il était en rage devant son poste de télévision. Plus que jamais la société le dégoûtait.
- Pour certains Arthur est malade, pour d'autres, il est véritablement entrain de se transformer en arbre. Peut-être aussi, as t-il en réalité un but politique derrière cette démarche. La réponse viendra probablement dans les prochains jours, conclu la voix off.
Gaby éteignit aussitôt son poste et se précipita vers son ordinateur. Il fallait qu'il diffuse la vérité, il commença par la création d'un blog auquel il ajouterais un forum. Tout cela était gratuit et facile à construire. Il eu aussi le projet de, munis de sa caméra, passer quelques jours avec Arthur et Alicia, pour le montrer dans son intimité. De prouver au monde que cet homme n'est pas fou. Qu'Arthur était vraiment un arbre. Que c'était peut-être là la transformation futur pour l'homme moderne.
« Et si Arthur avait raison ? » Marqua t-il en guise de titre pour le blog.

Très vite les journaux people mirent en première page une photo de l'homme-arbre avec inscrit en gros : « Arthur, une nouvelle révolution ! » ou « Toute l'histoire d'un héros moderne ! » ou encore « Arthur : fou ou sage ? La vérité enfin dévoilée ! ».
Sur Internet le blog et le forum de Gaby firent ravage, il devinrent en quelques jours les pages webs les plus visité du pays.

Le soleil se couchait lentement.
Les oiseaux s'étaient déjà endormis, il n'y avait pas de vent ce soir là.
Le silence régnait.
Alicia était assise au côté de son arbre favoris, elle écoutait sa respiration. Douce, prenante, enchanteresse.
Elle posa délicatement sa tête contre sa cuisse nue.
Ils étaient bien.
Loin des tracas du monde.
Loin des guerres et de la politique.
Pourquoi veux tu devenir un arbre ?
Je ne sais pas.
Peut-être par ce que j'en suis un.
Peut-être pas.
Je ne sais pas.
Il n'y a pas de réponse.

Alors il n'y aura plus de questions.

Et le dernier rayon de soleil disparu à l'horizon.
Et les étoiles se mirent à étinceler dans le ciel.
Et bien plus loin, les vagues de la mer continuèrent de mugir.
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Ezarc Cesire

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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 10:03

XIII
Sous le regard de la lune


- Alicia... Je peux te parler ?
L'infirmière se retourna vers la voix. En voyant à qui elle appartenait, elle manqua de laisser tomber le sceau de terre qu'elle avait à la main.
Il était devant elle avec un regard triste, une mine pâle et des membres tremblants. On pouvait voir de grosses cernes sous ses yeux et une colère sur son visage.
Alicia s'excusa auprès d'Arthur et s'en alla hors de la pièce.
- Tu m'expliques ?
La voix du jeune homme était chevrotante, contenu, à peine audible.
- Il n'y a rien à expliquer Edward...
- Il n'y a rien à expliquer ? Parfait ! C'est parfait !
Il poussa un cris de douleur.
- Calme toi...
- Du jour au lendemain, tu disparais sans laisser de trace, j'ai laissé je ne sais combien de message sur ton répondeur ! Aucune réponse, rien ! Tu te fous de ma gueule ? Il n'y a rien à expliquer ! Tu te fous de ma gueule ?
- Tu ne peux pas comprendre... je...
- Pardon ? Moi je ne peux pas comprendre ? Mais... Tu te crois où putain ? Pour avoir de tes nouvelles je suis obligé de regarder la télé alors explique moi ! Pourquoi ? Pourquoi ? On était bien, il y avait pas de problème et là... je... je comprend pas Alicia... Je comprend pas... Il faut m'expliquer...

- Arthur ?
Il tourna la tête avec sa lenteur habituelle.
Tout l'hôpital dormait, le silence était roi.
Elle s'avança vers lui, son visage avait quelque chose de rayonnant.

- Je... je ne sais pas comment t'expliquer ça... J'ai rencontré quelqu'un...
- Tu as... Bien... D'accord...
Edward pris de grandes bouffées d'airs pour pouvoir reprendre son souffle. Ses bras s'agitaient, tournaient autour de lui, comme si il était entrain d'en perdre le contrôle. Puis soudain, il frappa de toute ses forces contre un mur qui trainé là. Son poing le traversa dans une douleur destructrice.
- Calme toi Edward...
- Que je me calme... Tu veux que je me calme... Est ce que tu sais pourquoi je suis là au moins ? Est ce que tu le comprends ça pourquoi je suis venu te voir ? Ou est ce que ça te semble trop fou, trop... Merde !
- Je ne sais pas...
- Tu ne le sais pas ? Je vais te le dire moi pourquoi je suis ici. C'est par ce que je t'aime Alicia ! Je t'aime ! Tu le comprends ça ? Tu l'avais oublié peut-être ? Je t'aime ma chérie ! Je t'aime... Et toi... toi aussi tu m'aimes... Toi aussi...
- Non Edward non...
- On va rentrer tranquillement à la maison et tout reprendre comme avant...
- Non...

- Arthur...
Elle laissa tomber sa blouse d'infirmière sur le sol.
Elle était entièrement nue dessous, ses courbes ondulés sous les rayons lunaires. Elle passa délicatement sa main sur le visage de son arbre qui restait immobile, observateur, spectateur.

- Non ?
- Non...
- Vraiment ?
- ...

- Arthur... Je t'aime...
Vraiment ? Il se retourna vers le ciel étoilé qui étincelé. C'était la pleine lune ce soir là, il n'y avait pas de nuage, la vue était magnifique. Il pouvait entendre le ronflement des plantes endormies.
- Regarde moi... Arthur...
Il tourna son visage vers Alicia, qui posa alors ses lèvres sur les siennes, molles, immobiles. Il ne comprenait pas. Qu'essayait t-elle de faire ? Pourquoi s'était t-elle déshabillé ainsi ?

- Tu vas tout de suite... Rentrer.
- Non.
- Alicia... Tu deviens folles, cet hôpital te rends folle ! Ces gens te rendent folle ! Ce type là ! Qui se prend pour un arbre ! Il affecte ton cerveau !
- Jamais je ne me suis sentit aussi bien.
- Jamais ? Vraiment... Jamais ?
- Jamais.
- Et moi... Je suis quoi pour toi alors moi ? Hein ? Je suis quoi putain !
Elle garda la silence et baissa la tête, n'osant affronter ces yeux pleins de larmes et d'amertumes.
Ils gardèrent tous les deux le silence. Edward pris une profonde inspiration.
- Bon... Voilà ce qu'on va faire... Je vais partir, et on va faire une petit pause d'accord ? Le temps... Que tu réfléchisses à tout ça... Puis, dans quelques jours, je reviendrais et on pourra parler calmement... D'accord ?
Il passa sa main sur le visage de sa belle, poussant de ses doigts fins et délicats une petite mèche de cheveux.

Alicia sentait sous sa paume la chaleur de la joue d'Arthur. En fermant les yeux elle pouvait sentir le battement de son cœur, la circulation de son sang. Elle sentait l'incompréhension dans laquelle il était plongée, un doute avec un soupçon de peur arpentait son être.
Il essayait de penser à la lune, de penser au vent.
- J'ai rompu avec mon ami, lui expliqua t-elle, il est venu, il était en colère, en colère contre moi. Et toi aussi. Il peut être très violent tu sais ? Je suis sûr que si on avait été seuls, complètement seuls, il m'aurait tué...

Elle se dégagea de ce contacte froid.
- Ne me touches pas, lui dit t-elle sèchement.
- Alicia... Tu ne peux pas m'avoir oublié ainsi... En moins de deux semaines... Je t'aime...
- Il faut que tu comprennes Edward, que ce n'est pas une pause... C'est finit, c'est tout simplement finit... Je ne t'aime plus... Je suis tombé amoureuse. Vraiment amoureuse. D'un être fantastique... Je suis amoureuse d'Arthur.
- De... de ce fou ?
- Il n'est pas fou ! Il est loin d'être fou ! Bien moins fou que toi en tous cas !
Les larmes coulèrent.
- Je ne te crois pas Alicia... Je te connais trop, je ne peux pas te croire... Ce n'est pas... possible Alicia ! Tout simplement pas possible !
- Et pourquoi ce ne serait pas possible ? Hein ? Pourquoi ?
Il observa celle qu'il aimait avec un air de chien battu. Il la regarda avec toute son âme, et s'en alla. Sans rien ajouter, il s'en alla et s'effaça en même temps. A chaque pas il disparaissait un peu plus. Devenait vide. Se transformait en néant. Lui même avait l'impression de ne plus exister, d'être mort. De n'être plus rien.
Il poussa une porte coulissante et ne revint plus jamais.
Alicia savait qu'il était partit.
Pour toujours.
Cet homme qu'elle avait aimé.
Cet homme avec qui elle avait goutté à la chaire pour la première fois.
Et elle se rendit compte qu'il ne reviendrais plus. Qu'elle l'avait chassée, toute seule. Une tristesse salée coula. Un frisson glaciale lui parcouru le dos.
Elle aura pus courir, courir pour aller le rattraper. Courir après lui dans les escaliers, lui hurlait qu'elle s'était trompé. Qu'elle avait fait une erreur, qu'elle pouvait se rattraper. Qu'elle pouvait rentrer à la maison. Qu'elle voulait rentrer à la maison. S'allonger dans son lit au côté d'un être chaud.
Mais elle n'en fit rien.
Elle resta immobile.
Les deux pieds plantés dans le sol.
Seul.
Et une rivière se forma à ses pieds.
Une rivière qui allait couler, couler, couler sans cesse.
Couler sans jamais s'arrêter.
Cette rivière allait l'emmener elle ne savait pas encore où. Mais elle y allait. Elle se laissait porter par le courant.
Il était inutile de se débattre.
Ce qui était fait.
Était fait.
Il n'y avait rien d'autre à faire.
Rien d'autre à dire.
Juste à fermer les yeux.
Et écouter le coulis de l'eau.
Écouter le silence des poissons.
S'endormir dans le lit et se laisser guider.
Jusqu'à la mer.
Jusqu'à la mer.
Jusqu'à la mer.

- Arthur... Fait moi un enfant...

Dans le ciel sombre la lune brillait.
Témoin silencieuse.

Est-ce qu'elle l'aimait ?
Personne ne le savait.

Elle était tout ce qu'il y avait de plus humaine.
Il le savait.
Mais il ne dit rien.
Il laissa faire.
Paisible.
Passible.
Il observa le courant.
Il regarda la lumière.
La rivière.
Et la lune s'y reflétant.
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Ezarc Cesire

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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 10:03

XIV
Quand l'extérieur attaque


Les rues étaient bouchées.
Les voitures immobilisés.
Il y avait pleins de gens armés de mots et d'affiches. Armés de leur énergie, de leur volonté de changer le monde. Ils marchaient en criant, en hurlant de slogan. En hurlant qu'il fallait que ça change. Que tout cela ne pouvait plus durer.

Un jeune enfant, perdu au milieu de la foule, entouré de panneaux clignotant qu'il ne comprend pas, appel sa maman qu'il a perdu. Il est seul, entouré de trop d'inconnus qui passent sans faire attention, sans prendre de garde de où ils marchent. L'enfant cherche une issue, un lieu sûr. Mais seuls les bras de sa mère ont ce pouvoir de le rassurer quand tous va mal autour. Quand tout fait peur. Quand tout exaspère. Seuls les bras de sa mère peuvent le sauver.
Seulement elle n'est pas là.
Il la cherche.
Il l'appel.
Mais elle ne vient pas.
Elle ne vient pas.
Nul par son visage apparaît au milieu de la foule.
Nul par elle ne réapparait pour l'enlacer.
Il est seul.
Abandonné.

Toutes les télévisions sont allumés, diffusant les mêmes informations, dans des foyers silencieux où personne ne parle.

Une maison s'écroule.

Un coup de fusil emporte une vie.

Les gens hurlent dans les rues.
Que tous cela ne peut pas continuer.

Une jeune mère se fait agresser.

Un homme trop âgé et trop seul pour chercher se fait licencier.

Et les gens hurlent dans les rues.
Que tous cela ne peut pas continuer.
Personne n'écoute.
Alors ils commencent à envoyer des bombes.
A briser des vitres.
A crier plus fort. Plus haut.
A devenir méchant, à insulter.
Et les CRS chargent.
Frappent.
Prennent.
Emmènent.

Le bras du colonel se baisse et les bombardiers décollent vers un ciel bleu.

Un enfant sort du ventre de sa mère.
De sa mère.
De sa chaire.

Marianne met son manteau pour aller faire les courses avec son visage triste et ses joues salées.

Les voitures roulent en masse sur les autoroutes bouchées.

Un homme jette sa canette de bière sur le sol, à deux pas d'une poubelle. Au milieu des mégots de cigarettes abandonnés.

Et gens dans les rues se taisent.
Restent silencieux.
Essuyant le sang sur leurs habits trop sales.
Essuyant le sang de leur main trop fatiguée.

Gaby éteint la télé.

Arthur observe la forme des nuages dans le ciel.
Il y en a des beaux. Des très blancs, d'autres un peu plus gris.
Il sent le doux vent contre sa peau.
Tout lui semble si simple. Si beau.
Si calme et si tranquille.

Sur internet, un nouveau site crée par un illustre inconnu, attire chaque jour un peu plus de monde.
Http://devons-tous-des-arbres.com

Arthur ferme les yeux. Il est un peu fatigué.
Il sent la terre douce lui caresser les pieds.
Il entend les rires des enfants qui s'amusent quelques rues plus loin.
Il entend les pas dans le couloir.
Quelqu'un s'approche.
Il tourne doucement le visage.

Un homme est debout sur une estrade. Devant lui une centaine de personnes l'écoutent avec les yeux grands ouverts et les oreilles dressées.
- Arthur nous montre l'exemple ! Explique t-il avec une grande conviction, l'homme est fait pour se fondre dans la nature ! Pour devenir un arbre ! C'est là le chemin de l'humanité, d'une nouvelle civilisation. La culture est inutile. Pour la sauvegarde de notre planète, pour la beauté du monde, nous devons tous, pousser les gens à faire confiance à la nature ! Regroupons le plus de volontaires et réunissons nous dans une grande plaine, où nous resterons tous immobiles, les pieds dans la terre, enraciné dans le sol jusqu'à ce que la mort vienne nous prendre !

Eloise se tenait devant lui.
Les mains derrière le dos.
Elle avait un visage gris et fatigué, des yeux humides. Son visage s'était amaigrie. Elle avait perdu toute beauté et tout son charme. Elle restait silencieuse devant son frère. Derrière elle, Henri et Marianne l'observait avec des yeux ronds.
Un peu plus loin, Alicia, souriante, observait ce qui allait se passer. Invisible, spectatrice. Elle avait les cheveux qui lui tombaient sur les épaules, tout ébouriffés. Cela faisait quelques jours qu'elle ne se coiffait plus. Elle qui était auparavant si soigneuse.
Arthur voyait bien que le sourire de la jeune infirmière était faux, forcé.
- Arthur... Mon amour... murmura Marianne.
Il tourna son regard vers sa grande femme.
Qui était t-elle ?
Son visage lui disait légèrement quelque chose. Comme un lointain souvenir.
- Il faut cesser maintenant, vient, rentrons à la maison... Ce caprice n'a que trop duré, expliqua Henri.
Il ne comprenait pas ce que ces gens lui voulait.
Pour qui le prenait t-il ? Ils semblaient se tromper de personne. De confondre.

- Nous allons lancer un nouveau combat ! Une nouvelle sorte de rébellion ! Il faut faire vite, car cela va faire bientôt deux semaines que notre guide, le grand Arthur s'est planté dans la terre ! Il est évident qu'il attend une réaction de la part du monde. Cette réaction, nous allons la lui donner ! Nous allons lui montrer que nous sommes avec lui dans ce combat ! Il faut le faire avant que la mort vienne le prendre ! Chaque jour doit être un peu plus éprouvant pour lui ! Ensemble, nous y arriverons ! Arthur ! Le soutient arrive !
Toute la foule se mit à applaudir à chaude main.

Soudain, la peur alluma son visage.
Éloïse s'avançait vers lui, elle sortie de son dos un couteau large et aiguisé.
Les deux adultes avaient leur regard plongés dans le sien. Ils ne semblaient pas voir les agissement de leur fille.
Alicia était reparti à d'autres occupations dans la clinique. Il n'était pas son seul malade.
Arthur regardait la lame s'avançait, sans savoir que faire. Il ne pouvait pas bouger. Il était un arbre. Il ne pouvait rien faire. Juste contempler. La peur. La peur dans ses racines. La peur dans sa sève. Dans ses feuilles.
Il ferma les yeux.
Respira lentement.

Au loin la rivière coulait.
Paisiblement.

Il sentit une douleur.
Il sentit la mort.
Le froid.
La lame.
Un liquide étrange couler le long de son écorce.
Il sentit la douleur.
La faux s'abattre sur sa nuque.

Au loin la rivière coulait.
Transportant avec elle des morceaux de bois.
Des branches égarés.
Qui étaient tombés.

Un cris retenti.

Marianne se précipita vers Éloïse, affolée. L'arme sanglante tomba sur le sol.
Henri s'était évanouie.
Alicia entra en courant, paniquée. Elle avait sentie, elle aussi, le couteau lui pénétrer la poitrine.
Elle appela à l'aide.
Au secoure.

Je n'ai plus de frère.
Je n'ai jamais eu de frère.
Je suis née de mon sang.
De mon propre sang.
Ni père, ni mère.
Je ne suis là que pour moi.
Je suis seul avec moi même.
Tous mes actes sont dictés par ma propre volonté.
Je suis là pour rétablir l'ordre dans cette famille. Pour mettre à terme à cette folie. Pour lever le voile de l'illusion, faire apparaître la réalité.
Je n'ai pas de frère.
Je n'ai fait de mal à personne.
Je n'ai tué personne.
Je n'ai pris la vie de personne.
Je me suis contenté de détruire ce qui avait été déjà détruit.
D'enterrer un cadavre.
Voilà, quelle a été mon action.
Rien d'autre.
Rien d'autre.

Jamais Marianne n'avait giflé sa fille aussi violemment.

Des médecins arrivèrent de partout, avec des bandages.
Ils observèrent Arthur sans savoir comment s'y prendre par où commencer.
- Ne le bouger surtout pas ! Hurla Alicia.
Il était immobile.
Il était toujours debout.
Les deux pieds plantés dans la terre.
Presque invisible.
Transparent.
Il était là sans être là.
Ses yeux étaient fermés.
Sa peau ne brillait plus.

La foule applaudissait le discourt qui venait d'être prononcé. Tous allaient s'y mettre. Tous allaient y mettre su sien pour faire comprendre au monde la pensée d'Arthur. Faire comprendre au monde qui était Arthur.
Un grand homme politique bien sûr.
Le nouveau Gandhi.
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MessageRe: [AP] Racine   [AP] Racine Icon_minitimePublié le : Jeu 29 Avr 2010 - 10:04

XV
Racine


Ils étaient allongés dans l'herbe, à côté d'un banc en bois, à rire aux éclats. Ils s'amusaient à se regarder, à plonger leur regard dans celui de l'autre. A goûter les lèvres sucrés du compagnon. Ils étaient là à s'aimer, à chanter à la vie. Allongés entres quelques fleurs, allongés sur le cœur.
Ils fermaient les yeux et s'endormaient, blottis l'un contre l'autre.
Doucement une coque se ferma sur eux, leur corps se durcit. Une paroi étrange les enveloppa, tous les deux de le même lit, dans le même cocon. Dans leur bulle commune.
Le temps passa, un peu.
Pas trop vite.
Pas trop lentement.
En prenant le temps.
La coquille se brisa, quatre ailes rougeoyantes, quatre ailes dorés aux beautés dévorantes jaillirent. Et les deux s'envolèrent dans les airs. Tournoyant l'un autour de l'autre.
Fragiles.
Pour combien de temps encore allaient t-ils pouvoir continuer ainsi ?
Cela importait peu.
Ils étaient là.
Ils s'aimaient.
C'est ce qui comptait.
Peu importe le nombre d'ennemi.
Peu importe le vent et la tempête.
Ils volaient.
Enlacés l'un dans l'autre.

Arthur ouvrit les yeux.
Le soleil commençait tout juste à se lever face à lui.
Il était seule dans la pièce, entouré de quelques plantes muettes.
Sa bouche se plissa légèrement pour former ce qui pourrait ressembler à un sourire. Il avait fait un beau rêve. Cela, faisait longtemps qu'il n'avait pas fait de rêves. Il avait revu, en rêve, deux bons amis. Deux visages lointains, deux souvenirs oubliés. Ils semblaient allés bien. Un peu fragile. Mais ils allaient bien.
Il ne se souvenait plus de leur nom.
Leur visage lui échappait.
Mais ils étaient toujours là, quelque part. Présent dans sa mémoire.
Il regarda sa plaie.
Il avait un ruban blanc autour de sa poitrine. C'était étrange. Il ne comprenait pas pourquoi cette jeune fille avait levé un couteau sur lui. Il regarda doucement autour de lui. Il vit les murs blancs. Sûrement n'était t-il pas à sa place ici. Il avait besoin de se rendre ailleurs. De vivre ailleurs. Les gens, les humains ne lui correspondaient pas. Ils ne pouvaient se comprendre.
Il ferma les yeux.
Il sentait le vent dans ses feuilles.
La forêt lui manquait.
Pourquoi l'avait t-il quitté ? Pourquoi l'avait t-on emmené ici ?
Alica entra dans la pièce avec un sceau d'eau et une éponge. Elle commença par la nuque. Elle savait qu'il aimait sentir les gouttes d'eaux glisser le long de sa peau. Elle faisait ça doucement, calmement. Elle passa l'éponge sur chaque partie de son corps. Sur son dos, sur son ventre. Sur son visage. Sur ses bras, sur ses mains, sur son sexe. Sur ses hanches, sur ses jambes, sur ses pieds.
Puis, elle posa doucement sa tête sur sa poitrine. Elle écouta sa respiration douce. Le battement de son cœur.
- Qui es tu Arthur ?
Je suis un arbre...
- Je sais bien... Mais pourquoi, pourquoi ?
Je ne sais pas...
- Tu sais que... tu fais souffrir des gens autours de toi ?
...
- Il y a un nouveau partit politique, pseudo écologique qui est née en te prenant pour modèle.
Qu'est ce que c'est ?
- Rien... Ce n'est rien...
...
- Tu sais Arthur... Je crois que je suis enceinte.
...
- Tu t'en fiches ?
Oui...
- Je ne sais pas si ta places est ici Arthur... Toi non plus hein ?
En effet.
- Je penses, qu'il faut que je t'emmène dans la forêt. C'est ce que tu voudrais non ?
Oui.
- Je vais essayer. Je ne te promet rien mais je vais essayer de m'occuper de ça... D'accord ?
Oui. Merci.
- De rien.
Alicia ?
- Oui ?
Pourrais tu... Me planter pas trop loin de la rivière ?
- Oui... Je vais essayer oui...
Merci.
- Es tu heureux Arthur ?
Oui.
- Dit moi... Pourquoi veux tu absolument devenir un arbre ?
Je suis un arbre.
- Regarde ta peau Arthur...
C'est une écorce...
- Oui... Tu sais... Parfois moi aussi je me demande... Je me demande ce que tu es vraiment... Je me demande si tu es un arbre... Parfois, je te regarde, et je vois tes branches, tes feuilles, tes racines... Je ne sais plus... Tu es étrange tu sais... Tu fais trop de dégât ici. Je vais t'emmener dans la forêt.

La rivière coulait paisiblement.
Loin des tracas du monde.
Le soleil brillait dans le ciel et alors les oiseaux se mettaient à chanter. La nuit, on entendait les grenouilles et les crapaud se livrant à un concert des plus mélodiques.
En tendent bien l'oreille, on peut entendre le bruit des insectes. Le bruit des fourmis dans le seul. Des vers de terre creusant leur trou. On peut attendre les abeilles bourdonner.
On peut entendre le mouvement des ailes des papillons.
Et les écureuils grignotent.
Le vent jouait avec les feuilles des arbres.
Les grands arbres.
Immenses, majestueux.
Dont la cime montait jusqu'au ciel. Et plus loin encore.
Parfois, une jeune femme allait se baigner dans la rivière, elle se déshabillait complètement. Se mettait nue. Elle s'allongeait dans le courant et se laisser porter. Elle regardait alors les arbres au dessus d'elle. Silencieux.
Elle aimait ce silence.
Dès qu'elle se sentait seule, triste. Elle venait rejoindre la rivière et se laisser bercer sans songer à rien. Sans penser. Juste, à profiter de ce bonheur. De ce moment de paix.
Il n'y avait rien d'autre à faire que de s'endormir dans le lit de la rivière. S'y enfoncer.
Souvent, deux jeunes adolescents venaient, deux jeunes amoureux.
Ils s'allongeaient dans l'herbe.
Ils s'aimaient.
Fragile.
Ils savaient qu'ils vivaient en sursis.
Que leur amour ne pourrait pas durer.
Mais cela importait peu.
Ils restaient à s'embrasser sous l'ombre des feuillages. Parfois ils s'arrêtaient et fermaient les yeux. Ils se contentaient d'écouter. D'écouter le murmure des arbres, leur respiration. Ils pouvaient y rester des heures.
Les arbres aussi les observaient, les regardaient. Spectateurs silencieux. Invisibles. Les deux pieds dans la terre.

As-tu déjà fait un câlin à un arbre ?
Un vrai câlin, je veux dire, le prendre là contre toi, sentir son écorce contre ta peau, prendre conscience de ses feuilles se balançant avec le vent. Sentir son énergie, ses branches grimpant vers le ciel. Écouter le grattement de tous les insectes qui vivent en lui, tous ces créatures minuscules, invisibles, qui prennent naissance dans les plis de son bois.
Le serrer un peu plus fort.
Écouter le silence qui n'en est pas un, les battements d'aile des oiseaux et ceux qui sautent de branche en branche.
Rester là, contre lui, immobile, sans rien attendre de lui.
Rester là, vivant.
Rester là, blottis contre cet être immense.
Rester là, simplement là.
Avec lui.
En lui.
Sentir sa chaleur, l'écouter pousser.
Entrer dans son écorce, se coller contre sa sève, se perdre dans ses racines.
Ses racines...
Plantées dans la terre, à l'écoute, avec elle.
Tous les arbres sont reliés ensemble avec leur mère, unique. Par leur racine.

FIN


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