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 Aceaïte [G]

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Iburo
Tache d'encre

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MessageAceaïte [G]   Publié le : Dim 9 Mai 2010 - 16:05

Je tiens à dire que Killy était d'accord pour que je poste ma fic ici en attendant qu'elle soit déplacée dans un endroit qui lui conviendrait mieux ^^^
Merci de votre compréhension ^^^


Celle qui était née des deux mondes.

Ma mère était une humaine, et mon père un monstre. Enfin, lui n’était pas vraiment un monstre, il était en réalité un de ces être terrifiants, sans pitié et sans amour qui sont appelés Vandels. Mais c’était un Vandel différent des autres, puisqu’il est tombé amoureux d’une humaine. Ma mère était dans une troupe de Busters, les chasseurs des Vandels, et possédait un Saïga qui avait appartenu, si je me souviens bien, à son grand-père. Sakoe feue ma mère me disait, généralement quand je la regardais avec émerveillement s’entraîner avec cette arme qu’elle aimait tant, qu’un jour elle m’appartiendrait.
J’aimais qu’ils me racontent l’histoire de leur rencontre : Un jour que la troupe de ma mère devait combattre mon père sans l’avoir vu, elle s’était retrouvée, je ne me souviens plus par quel hasard, seule face à lui. Ce fut le coup de foudre, et je suis née de leur amour. Ils se retirèrent et vécurent longtemps cachés, car si un Vandel seul fait horreur, que donne l’histoire d’amour entre un Vandel et une Humaine ? Quand j’étais petite, je ne comprenais pas pourquoi ils restaient dissimulés des autres ; je ne sus pour quelle raison ils ne le faisaient que le jour où d’autres Busters découvrirent le refuge de mes parents.
J’entamais ma neuvième année, mes parents avaient trouvé la solution pour vivre en paix, loin des Humains et des Vandels. Nous nous dirigions vers une île verte et petite, sur laquelle personne d’autre n’oserait jamais aller, et nous étions sur le chemin, entre collines et monts. Personne ne pouvait savoir que nous étions là, mon père occupait le poste de veilleur de nuit, et surveillait nos arrières la journée, quant à ma mère, elle surveillait à l’avant de notre caravane ridicule. Hommes et Vandels nous pourchassaient, ainsi il ne fallait absolument personne aux alentours. Et ce soir là, ma mère m’avait dit que nous étions bientôt arrivés. Oui ! Nous allions enfin être heureux, on ne nous pourchasserait plus. Mais, ce fut impossible : un soir, alors que ma mère était en train de me coucher, sur une paille sèche mais dans laquelle j’aimais dormir, nous entendîmes des cris lointains. Mon père arriva comme une flèche vers nous, me prit et comme un éclair, me déposa derrière un rocher, entre deux buissons. Je l’entendis parler avec ma mère, qu’ « ils » n’étaient pas loin et qu’il fallait faire vite. Maman tentait de ne pas pleurer, je l’entendais qui retenait ses larmes ; et j’entendais aussi papa tentant de la réconforter en parlant doucement… ils me donnèrent une couverture, que je mis sur ma tête sans poser de question, pour cacher les cornes que j’avais héritées de mon père, ainsi que les symboles sur mon menton. Ma mère, quant à elle, me donna son saïga. Fiszter Blade était son cadeau d’adieu, je le savais. Avec les traits de la morphologie de mon père, ce fut tout ce qui me resta d’eux. Pendant des heures, je les entendis se battre, hurler derrière ce rocher, lutter de toutes leurs forces. Et j’évitais de pleurer, je me retenais du mieux que je le pouvais, je m’étouffais parfois, lorsqu’il n’y avait plus beaucoup de bruits, que les adversaires stoppaient quelques secondes le combat afin de reprendre leurs souffles.
Et j’entendis le dernier cri de chacun, les hurlements de douleur de mes parents poussés au même moment, qui transformèrent mon cœur en une glace que ni le feu ni le temps ne peuvent faire fondre. Ces monstrueux cris, ainsi que le sombre et lourd silence qui les suivit laissèrent en moi un vide immense que rien jamais ne pourra combler. Pendant deux jours et deux nuits, je me terrai là, tétanisée et ne sachant que faire, la peur me prenant tellement l’estomac que je n’arrivais même pas à en trembler, reprenant mon souffle par aspirations saccadées, après de longues séances d’apnées que je ne pouvais pas contrôler, les yeux grands ouverts et regardant droit devant. Deux jours et deux nuits. Sans dormir. Sans manger, sans rien faire excepté craindre.
Au bout de la seconde nuit, un sifflement me fit sortir de ma prison de peur. Un doux cri de hibou. De petit hibou. Toutes les trois à cinq secondes, un petit sifflement. Cela me calma.
Je décidai de sortir de ma cachette ; à pas feutrés, je parvins jusqu’aux dépouilles de mes deux parents, que personne n’avait dû regarder lors de leur dernier souffle avec autre chose que de la haine. Je m’approchai d’abord de ma mère. Je regardai son si joli visage fin brûlé par le pouvoir divin qui l’avait tuée, puis passai à ses épaules, ses bras, eux aussi brûlés et déchiquetés, sa main gauche dans laquelle se tenait encore celle de mon père.
Ils étaient morts main dans la main.
Là, je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps sans aucune retenue. Je ne le pouvais pas, je ne le voulais pas d’ailleurs. Le petit hibou au loin continua son beau petit cri régulier, comme pour m’accompagner dans mon deuil. Cette présence me rassura. Pendant quelques heures, je restai sur place à regarder mes parents morts, affalés par terre, les larmes sortant de mes yeux et coulant sur mes joues sans que je ne les retienne, doucement, chaudement.
Après ce moment là, quand le jour fit son apparition, et quand je me rendis compte que le petit hibou ne chantait plus, je me dis que la meilleure chose à faire pour honorer mes parents était de faire ce qu’ils auraient voulu que je fasse. Mon père était contre toutes les manières des autres Vandels, et ma mère une chasseuse de Vandels. Il fallait donc que je me range du côté des Humains, mais comment se faire accepter par un groupe si l’on a des cornes sur le front – pas tout à fait dures, mais en cours de croissance – et des symboles étranges sur le menton, signes que seuls les Vandels possédaient ? De plus que même si je n’avais que neuf ans à l’époque, j’étais tout de même assez résistante, puissante et très rapide.
Ainsi, à l’aide d’habits et d’autres affaires que mes parents avaient pris pour notre voyage, je me fis un turban, peu de temps après remplacé par un casque, pour cacher mes cornes ainsi qu’une écharpe que je garde constamment sur moi et qui dissimule le bas de mon visage avec mes symboles. Après cela, j’allai voir un priseur, ce afin qu’il tatoue mon rang de Buster. Pendant quelques années, je voyageai seule et tuai nombre de Vandels. Jusqu’à mes douze ans, où un jour, un groupe de Busters remarqua ma robustesse, ma précision sans oublier ma souplesse et me demanda de me joindre à eux. J’avais alors seize marques sur le bras, signe que j’avais accompli nombres d’actions contre les Vandels.
Le groupe des Esirov Busters m’accepta en son sein malgré le grand mystère de mon passé, que je n’ai jamais dévoilé à personne, ils me posent d’ailleurs le minimum de questions et s’ils m’en posent tout de même, ils font tout pour qu’elles n’atterrissent pas dans les terres brûlées de ce pays dévasté qu’est mon enfance. Ils savent très peu de choses sur moi, sauf que je me bats comme si la vie du reste du monde en dépendait, que j’aime écouter les oiseaux de nuits, et que je ne supporte pas que l’on parle de moi lorsque je suis dans les parages.
Tout comme je n’ai jamais abordé ma vie passée avec quelqu’un, je n’ai encore jamais montré l’Saïga de ma mère à qui que ce soit. Mes armes sont une épée à une main et un marteau en métal dont j’aime me servir en même temps. Le passé pour moi a de l’importance et n’en a pas. Il fait ce que je suis aujourd’hui, mais à cause de lui, je ne pense plus qu’au présent. Il faut vivre dans le présent, voire dans le futur, mais jamais dans le passé. Je m’appelle Aseaïte, j’ai à présent trente marques sur le bras, j’ai dix-huit ans, et mon équipe est composée de cinq membres :
Esirov est le chef de notre groupe, qui était le plus jeune avant de demander mon aide au sein de la bande, il avait dix-neuf ans lorsqu’ils m’ont recueillie. C’est un jeune homme plein de vie et d’envie d’apprendre chaque jour sur ce qui l’entoure. Il est celui qui cherche toujours à m’améliorer, à m’aider parce qu’il croit savoir au fond de lui que j’ai vécu un drame. Peut-être a-t-il eu un passé similaire au mien ? Il est grand, roux, ses yeux sont d’ambre et ses sourcils fins. Ce sont les premières choses qui frappent chez lui. Curieux de tout, ses yeux s’agrandissent d’impatience et ses sourcils se haussent lorsqu’il a découvert quelque chose qu’il ne connaît pas. Son Saïga est une arbalète dirigée uniquement par l’Esprit de ce jeune et beau garçon.
Il lui suffit de fermer les yeux et de penser à sa cible, son arbalète se dirige automatiquement vers elle, s’il l’a déjà vue bien entendu.
Il y a aussi Gaxli, certainement le plus âgé de nous tous. Un homme dans la quarantaine, plus grand qu’Esirov et très musclé, mais svelte. De gros sourcils noirs de jais, comme ses cheveux, des yeux couleur bleu marine, un sourire presque sadique même s’il ne pense rien de méchant, un esprit impénétrable, un calme imperturbable… cet homme est la douceur incarnée, mais il fait peur rien que lorsqu’il vous regarde dans les yeux. L’habit ne fait pas le moine. Son Saïga est une faux dont le manche fait à peu près sa taille mais dont la lame en est le double.
Ensuite, Jec, un homme sans âge, qui n’a confiance qu’en lui et peut-être en Esirov. Même s’il connaît les membres depuis le début du groupe – c’est avec lui qu’Esirov a décidé de créer les Esirov Busters – il ne peut s’empêcher de rester en retraits, comme s’il n’avait vraiment confiance qu’en Esirov son premier ami. Lui, porte un casque qui lui masque uniquement les joues, mais qui fait étrangement ressortir la lueur malicieuse de ses yeux ; ces derniers brillent d’un rouge sang merveilleux, et ses dents sont, personne même lui n’a jamais su pourquoi, pointues comme celles des canins. J’aime bien à l’appeler le Cracheur de Feu, parce que son Saïga est une masse enflammée dont il se sert souvent, non pas pour frapper, mais pour cracher le bout enflammé sur son adversaire. Je l’admire énormément.
Et enfin Boe, un jeune homme à peine plus vieux qu’Esirov. Il maîtrise bien des pouvoirs divins, à la perfection pourrait-on dire. Très petit de taille – même moi, je le dépasse – il n’est pas pour autant lésé dans les combats, pendant lesquels ses amis – moi compris – font tout pour que ce soit lui qui porte le coup fatal. Il est tellement rapide que seul un Vandel hyper puissant peut être éventuellement capable de le blesser. Il est d’une beauté rare, et cherche toujours à faire bien dans le groupe. Malgré toutes ces qualités, il reste très timide, surtout envers moi qui ne le connais que depuis six ans. Il possède une Saïga qui ne l’aide pas à lutter physiquement dans un combat, mais mentalement, car c’est une sorte de bâton de magie qui renforce ses pouvoirs et lui permet de mieux se concentrer sur plusieurs choses à la fois. C’est le seul homme à ma connaissance à savoir faire cela.

Tous m’ont très bien acceptée dans le groupe lorsque je suis arrivée ; aujourd’hui encore, ils me prennent pour leur petite sœur. Moi, je combats pour mon père, Aïagar, un Vandel qui ne voulait pas ressembler aux autres, et pour ma mère Sakoe, qui serait certainement fière de moi si elle me voyait aujourd’hui. Ce que je veux, c’est tuer tous les Vandels, tout comme l’auraient voulu mes parents, protéger mes amis coûte que coûte de mon funeste passé et me battre à leur place s’il le faut mais tout faire pour qu’ils ne luttent pas pour moi, je n’en vaux pas la peine. Je sais qu’ils se posent de plus en plus de questions vis-à-vis de moi, mais si je leur dis ne serait-ce que le début de mon histoire, ça sera la fin, tant pour moi que pour eux ; et je ne veux pas leur faire de mal. Je les respecte trop pour cela.

Il y a un Vandel, assez puissant nous a-t-on dit, pas très loin de la ville où nous campons. Il s’appelle d’après nos sources Artag, Seigneur Rouge d’après ses confrères. Ce nom ressort de plus en plus ces derniers temps. On dit qu’il aurait déjà six flèches à son bracelet ; c’est une façon de donner le niveau du Vandel comme nous avons des marques sur le bras. Il faut l’arrêter le plus vite possible, sinon il risque de devenir trop puissant… ce nom me dit quelque chose. Je me souviens qu’il a tué de très bons Busters, et qu’il est réputé pour faire des soupes de sang de ses victimes… mes parents ne l’aimaient pas.
Jec l’a déjà rencontré, dit-il, avant de croiser le chemin de la Compagnie ; c’était lorsqu’il était encore seul, donc. Il dit que c’est un Vandel particulier, et qu’il ne s’attaque souvent qu’aux Busters solitaires, c’est un fourbe. Un de ses talents les plus grands est le mal spirituel. Il aime abattre les esprits des gens, des Busters plus précisément, c’est pourquoi il n’attaque jamais aucun villageois, c’est aussi pourquoi il a déjà six flèches. Cela ne peut plus durer et nous allons l’éliminer d’une traite ! Il ne pourra pas continuer comme ça, nous devons l’arrêter. Peut-être que, pour une fois, Fiszter Blade aura la chance de me servir. J’ai hâte. Pour une des très rares fois de ma vie, j’ai hâte.
Esirov sait que je suis impatiente, il le lit sur mon visage d’habitude si fermé. Nous marchons vers un village, qui ne se situe pas loin de notre cible d’après les derniers renseignements que nous avons reçu. Ainsi, alors que nous avançons sans en avoir l’air vers ce village, il s’approche de moi et dit :
_ On va casser du Vandel.
_ Vivement, répondis-je. J’ai envie de me dégourdir les jambes.
_ Nous allons enfin pouvoir nous défouler. Surtout que celui-là vaut beaucoup !
Le jeune homme me tend le billet sur lequel on lit que le prix pour ce Vandel est de 50 000 sous. Mes yeux brillent. Ce n’est pas pour l’argent, c’est en réalité parce que c’est un Vandel apparemment puissant, je ne m’intéresse pas à l’argent. Je vais leur payer un bon dîner bien chaud, je ne sais jamais que faire de mon argent.
_ Ça sera difficile déjà de le trouver, il voyage sans arrêt.
_ On a vu pire, dis-je. D’ailleurs on n’a toujours pas retrouvé ce Glil.
_ On le trouvera quand on le trouvera.
Je souris face à cette si belle spontanéité du jeune homme. Il ne changera décidément jamais, et c’est aussi bien comme ça. Il sourit aussi, surpris lui-même de sa réaction.
_ En tout cas, il faut récupérer des forces, dis-je. Donc je vous offre le Resto !
_ Arrête, me répond-il. Tu vas gaspiller tes sous !
_ C’est pas du gaspillage, je suis heureuse de vous le payer. Tu sais que j’ai horreur qu’on me refuse une offre.
_ Moi j’accepte volontiers, dit timidement Boe non loin.
_ Et je n’ai jamais dis que je ne voulais pas venir, lance Jec.
Gaxli s’avance, et répond :
_ Si notre chef ne veut pas venir, tant pis pour lui.
_ Puisque tout le monde y va et que je suis le chef de tout ce monde, je suis contraint et forcé d’y aller de même, achève Esirov.

Nous voyons enfin la Porte de ce petit village non loin de ce Vandel que nous devons tuer bientôt. Comme d’habitude, le Acia qui la surveille, son gardien, à la forme d’une chouette perchée sur une branche, nous salue. Grâce à mon sens de l’orientation – que j’ai acquis grâce à mon père – je parviens à trouver un restaurant très réputé de par le Pays. Sur le chemin, les gens se retournent sur notre passage ; nous sommes apparemment très connus par ici, j’entends des murmures sur nous.
Nous entrons dans l’auberge. À notre arrivée, les buveurs et mangeurs arrêtent un instant leurs activités pour se retourner et nous voir, nous les Esirov Busters. Deux grands dont un est roux et l’autre semble rustre, deux petits dont un est coiffé d’un casque et masqué par un turban et l’autre porte une sorte de canne vieille de mille ans, et un dernier, entre grands et petits, à l’aspect général mystérieux. Oui, les gens se posent des questions sur nous, c’est plus que normal, c’est purement obligatoire de se poser des questions sur ce type de personne, qu’on les voit s’asseoir à une table voisine ou qu’on les aperçoive tout simplement dans la rue. L’aubergiste nous aperçoit, il est aussi impressionné que ses buveurs, sinon plus.
_ Ne vous gênez pas, vous êtes les bienvenus. Installez-vous.

Des gens sont assis, qui s’écartent à ces mots pour nous faire de la place sur une table. Comme si nous avions la lèpre ! Je n’aime pas qu’on nous traite comme des chiens galleux.
Ne prêtant pas la moindre attention à ce détail, comme moi, Gaxli s’avance pour demander le menu :
_ Excusez-nous, pourrions-nous avoir le…
_ Ne réclamez rien, coupe-t-il. Pour vous, ça sera la spécialité du chef. Attendez juste quelques instants.
Nous nous regardons alors, surpris par tant d’accueil de la part de cet homme, puis nous installons à nos places. Nous sommes à l’aise… enfin, pas tant que cela, car tout le monde nous regarde ; je sens déjà Boe raide, droit comme un I dans sa chaise, il n’ose pas faire un seul mouvement ; même Esirov, qui a pourtant le sang relativement froid de ce côté là, est un peu tendu. C’est le calme plat, si ce n’est le silence complet. Jec retire son casque comme pour se donner une contenance, et je tousse un peu afin de combler ce vide musical qui nous entoure. Les gens ont attentivement observé.
_ Dis, maman. Pourquoi il n’enlève pas son casque l’autre monsieur ? Demande un gamin insouciant.
Esirov me regarde avec une envie de hurler de rire, ça se voit dans ses yeux… parce que l’autre monsieur dont parle le gamin, c’est moi, donc une jeune femme. C’est comme ça tous les jours : Les gens me confondent souvent avec un homme parce que je n’ai pas pour habitude de m’habiller comme une femme. Je me bâche un maximum pour qu’on ne voit pas mon corps.
_ Parce qu’il n’en a pas envie, répond la mère doucement à son enfant.
Je n’ose pas me tourner, ils sont derrière moi. Jec m’échange un regard compréhensif. « C’est comme ça, il faut s’y faire » voilà ce que veut dire ce regard ! Je souris à cela, mais nous n’avons pas même le temps d’en dire ou d’en faire plus qu’une petite main se pose sur mon bras. Surprise, je me retourne vivement, c’est le gamin qui m’observe avec de grands yeux bleus clairs. Que va-t-il me dire ? Que va-t-il me faire ?
_ Dis, est-ce que je peux toucher ton casque ?
_ Euh… oui, répondis-je.
Il touche, il est apparemment émerveillé de voir un casque de cette forme sur le crâne de quelqu’un. Il n’est pourtant pas différent des autres, mon casque… excepté le fait qu’il possède des cornes.
_ Tu es un Buster ? Demande-t-il.
_ Oui, j’en suis un. Dans ma famille, on l’est de génération en génération. Pourquoi tu me demandes ça ? Tu veux en devenir un toi aussi ?
_ Pas moi, mais mon papa, il est Buster aussi. Et il travaille pour mon village.
_ Ton papa a beaucoup de mérite, tu sais, dit alors Esirov comme pour me venir en aide. C’est un métier très difficile.
_ Ouais, il me le dit aussi. Il veut pas que j’en sois un parce que c’est très dangereux il dit et parce que tu sais jamais quand tu rentres à la maison. Alors papa, il part pour tuer des méchants, et moi je reste ici pour veiller sur maman.
_ Continue comme ça, dis-je. Tant que tu seras loin du danger, tout ira bien pour toi et ta maman. Surveille-la pour nous.
_ D’accord, répond le gamin, rougissant de timidité.
Il nous admire, ça se voit dans ses yeux, sa façon de se comporter avec nous, de garder ses mains dans son dos comme un enfant modèle. Il aimerait tant être comme nous. Mais il sait que s’il part pour devenir Buster, sa mère ne sera plus en sécurité. Ainsi, il laisse aux autres la chance de le devenir, et lui il reste là pour protéger sa maman adorée. Que c’est beau l’amour d’un enfant !!!

_ Arog, reviens, fait alors la mère, apparemment surprise qu’il se trouve ici.
_ Mais maman…
_ Votre enfant ne nous dérange pas, fait Boe. Dans notre métier, on croise rarement des gens qui sont agréables envers nous. Votre enfant semble avoir un bon contact avec les gens. Laissez-le faire.
Boe qui parle comme ça… et pendant un si long moment ! C’est une première, je ne l’avais jamais vu. Il ne parle jamais aussi longtemps. D’habitude il faut toujours lui arracher les mots de la bouche, et encore il se contente d’acquiescer lorsque l’on lui parle. Cet enfant semble le détendre un peu rien que par sa présence. Il est si adorable par les propos qu’il tient, que j’observe en fait, que finalement, nous nous sommes tous décontractés. Il dégage une bonne aura, je la sens flotter autour de nous, comme un souffle de bonne humeur et de joie. Mon sens Vandel.
_ Non, il ne nous dérange pas du tout.
Les gens ont repris leurs activités, comme si nous faisions partie des leurs, des personnes normales. Nous invitons la femme et son enfant à s’asseoir à notre table. Ils acceptent grâce à l’insistance du petit qui s’assoit sur mes genoux. Les autres me lancent des regards complices.
_ Tu es Buster depuis combien de temps ? Demande encore le petit garçon.
_ Ça doit faire neuf ans, répondis-je.
_ Et vous ? Demande-t-il aux autres.
_ On ne sait plus, fait Gaxli. Ça fait longtemps !
_Mon papa, il est Buster depuis qu’il a quinze ans. Et mon grand frère aussi, il est Buster. Depuis cette année.
_ Et il a quel âge ? Demande Jec.
_ Il va bientôt en avoir dix-neuf.
Esirov et Boe se regardent, ils se sont compris. « Il faut un début à tout » dit ce langage des yeux. Je souris pour moi. Je me souviens que ma mère était devenue Buster à partir de ses dix ou onze ans seulement, je crois. Elle est partie tôt. Quand je vois ce petit, il n’a même pas 6 ans. Non, il en a moins. Peut-être 5. Oui, il est trop petit, cet Arog. Cela me fait mal au cœur de savoir que son père est peut-être mort tué par un Vandel à l’heure qu’il est… ne pensons pas à ça. L’aubergiste ressort de la cuisine, avec deux plateaux, cinq plats. Les plats débordent tellement il a chargé.
_ Ne demandez pas combien cela vous coûtera, c’est un cadeau de la maison.
_ Mais…
_ Il n’y a pas de « mais », cela nous fait plaisir de vous offrir ce repas !
Nous restons une fois de plus sans voix face à cet homme qui ne veut pas que je paye, puis je regarde Gaxli, qui hausse les épaules comme pour dire « tant mieux pour toi, tu pourras t’acheter des vêtements de femme, peut-être, à l’occasion. »
Finalement, ce n’est pas si mal d’être accepté ainsi chez les gens ! Je vais finir par m’y faire, puis on ne pourra plus quitter ce village ! En cas, nous pourrions toujours revenir ici lorsque nous aurons fais notre devoir, à savoir tuer un dangereux Vandel.
_ Et comment tu t’appelles ? Me demande encore le petit. Et comment tes copains, ils s’appellent ?
_ Moi, je m’appelle Aseaïte, mais mon surnom c’est Aïce. Je te présente Esirov, le chef de notre groupe de Busters, Gaxli l’ancien, Jec qui est comme le frère d’Esirov et Boe, notre magicien et presque sage.
_ Houa ! Il fait des sorts ?
_ Ouais, répond Esirov. Il est passé maître dans les pouvoirs divins.
_ Mais, tu grossis un peu trop les traits, Esirov, comme Aïce, comme toujours… dit Boe, humblement et presque caché derrière sa main, qu’il a timidement mise devant sa bouche pour qu’on ne voit pas qu’il sourit, qu’on dise tant de bien de lui.
_ Boe est un modeste, souffle Jec au petit. Il n’aime pas qu’on dise trop de bien de lui. Il trouve ça démesuré.
Nous mangeons notre repas, excellent quelle qu’en soit la composition, tout en continuant de discuter avec la mère et son enfant. Le petit Arog nous conte avec fantaisie et admiration les mille et une péripéties de son père, c’est touchant. Si cet homme savait la chance qu’il a d’avoir un enfant pareil, il n’oserait même plus partir au dehors et faire la guerre aux Vandels, il viendrait voir à quelle rapidité sa petite plante pousse.
Moi, je ne peux pas le faire. C’est maintenant que ça me démange, j’ai envie d’en parler. De crâner en montrant mes cornes encore molles mais bientôt dures et en disant « vous voyez ça, c’est de mon père ! Eh ouais, j’ai du sang Vandel ! » C’est peut-être la première fois, mais ça me fait tout drôle. Mon père, il a fait ci, ma mère elle a dit ça… que c’est beau finalement de parler du passé, de parler de tout ça…
_ Tu sais que mon papa, un jour, il a été obligé de tuer un autre Buster ?
Mes coéquipiers échangent un regard de surprise. C’est l’incompréhension. Pourquoi un Buster en tuerait un autre… peut-être parce que l’autre a été mauvais ? Vraiment, les Busters sont sensés faire le bien et donc tuer les Vandels. Mais pourquoi s’entretueraient-ils ?
_ Pourquoi a-t-il fait ça ? Demande alors Esirov.
_ Parce que l’autre Buster, eh bien il était avec un Vandel. Le Buster c’était une femme, et y paraît qu’elle était super forte à tuer les Vandels, mais un jour elle a quitté sa troupe parce qu’elle avait été d’accord pour être esclave du Vandel.
_ On est jamais d’accord pour être esclave d’un…
Je comprends maintenant… et moi qui trouvais ce petit si mignon, si gentil, si adorable, moi qui me suis laissée bercer par sa jolie voix fluette, mais comment j’ai pu… il est le fils d’un des meurtriers de mes parents et moi je discute avec ce gamin sur mes genoux. Que se passe-t-il ?
_ Qu’est-ce qu’il t’arrive ? Demande Esirov, ayant certainement vu le teint qu’a prit ma peau.
_ J’ai… avalé de travers. Veuillez m’excuser une minute !
Je me lève, je pose le gamin au sol, puis je m’en vais aux toilettes. Là, un lavabo se dresse devant moi ; je n’ai pas même le temps de penser à quoi que ce soit que je vomis ce que je viens d’avaler. Je m’arrête au bout de quelques remises, puis je regarde les carreaux devant moi. J’ai envie de tuer ce gosse. Moi qui ai pourtant toujours pensé que mon passé ne ressurgirait jamais, je me retrouve avec un enfant qui raconte mal la vie de mes parents devant mes compagnons de route…
Il ne faut pas s’énerver. Ça ne fera qu’empirer les choses. Je me défoulerai sur le Vandel qu’on chassera cet après-midi. Je m’observe encore un peu, mes yeux sont brillants, comme si j’allais pleurer ; je baisse un peu mon turban pour voir les couleurs qu’avaient pris les petites marques Vandels sur mon menton. Rien de grave. Allons-y, ils ne doivent pas s’inquiéter.

Je retourne en haut, à la table. Ma couleur pâle n’est pas tout à fait partie, mais les autres ont vu que j’avais vomi. Fort heureusement pour moi, ils n’en connaissent pas la cause ; ils ne s’en doutent pas, ils me connaissent depuis bien trop longtemps. Il n’y a que Jec qui pourrait éventuellement penser qu’il s’agirait de cette histoire, mais je n’y crois pas.
_ Maintenant qu’Aïce est de retour, tu peux raconter la suite.
Parce qu’en plus, il y a une suite ?
_ Ouais, la Buster, elle a donc été d’accord pour être esclave du Vandel, et il paraît qu’ils ont eut un fils, aussi sanguinaire que le Vandel. Mais personne ne l’a jamais trouvé.
Je ne peux m’empêcher d’entrer dans le débat :
_ Comment sait-on qu’il est aussi sanguinaire que son père ?
_ Un Vandel ne peut pas être père, répond Boe ; c’est spirituellement et moralement impossible. Je croyais que tu savais cela, pourtant.
_ Comment on peut dire alors qu’ils ont eu un enfant ?
_ Il l’a sans doute violée, dit alors Jec. D’ailleurs une femme qui accepte d’être esclave… ça reste à voir. Et puis, un fils de Vandel, ce n’est pas un enfant, c’est un monstre.
Comme ils parlent… je ne les reconnais plus. Moi qui croyais avoir trouvé des personnes capables de me comprendre, rien. Je ne comprends pas comment ils peuvent penser qu’un Vandel peut ne pas être père. Pour eux, effectivement, tous les Vandels sont des monstres, des créatures sanguinaires qui ne rêvent que d’une chose, c’est tuer tout ce qui se trouve à portée !
_ Mais y paraît, d’après mon papa, qu’y’avait pas que des hommes. Y’avait aussi un ou deux Vandels là bas.
_ L’enfant n’a pas dû survivre.
_ Dis plutôt la créature, lâche Gaxli. Ce n’est pas un enfant à ce stade.
Ils parlent ainsi de moi sans le vouloir. S’ils le savaient, me tueraient-ils sur-le-champ ? essayons, testons le sol du terrain sur lequel je pénètre :
_ Admettons que ça soit l’un de nous. Vous le traiteriez comment ?
_ C’est impossible, fait Esirov. Gaxli est trop vieux, je suis trop jeune, Jec n’est pas assez costaud, Boe pas assez grand, et toi tu es trop jolie pour être un des leurs.
Je reste sans voix. Ainsi, les Vandels sont grands, costauds, sans âge et laids ? Les hommes font bien vite des catégories où ranger les autres… c’est hallucinant. Ils sont monstrueux, parfois plus peut-être que ces si terribles Vandels. Pourquoi sont-ils comme ça, à mettre des étiquettes sur le dos des individus et à croire tout ce que l’on peut raconter dessus ? Je dois sauver la réputation de mon père, je dois leur donner le nom que les autres Vandels avaient trouvé pour lui :
_ Les Vandels se donnent des surnoms entre eux, et c’est selon la nature de chacun. Tout le monde sait ça. Sais-tu quel surnom les autres Vandel avaient donné à celui qui a réduit cette Buster en « esclavage » ?
_ Non, je sais pas, fait l’enfant avide de savoir.
_ Ils l’avaient surnommé le Différent, le Calme et le Juste.
_ Comment tu sais ça, toi ? Demanda Gaxli, stupéfait.
_ J’en avais déjà entendu parler, un jour où j’étais partie en chasse ; c’était avant de vous connaître bien sur ; je l’ai entendu dire entre deux Vandels, ainsi que le fait qu’ils allaient le tuer. Je savais qu’il aimait une femme humaine.
_ Tu ignorais donc le reste ?
_ On peut dire ça. Mais aimer, tout le monde en est capable. Les Vandels aussi en ont le droit… vous ne croyez pas ?
Les autres échangent un regard de stupéfaction, j’ai toujours détesté les Vandels, et là je reviens de loin pour leur dire qu’ils ont le droit d’aimer. Ils ont en effet de quoi se poser des questions.
_ Laissez tomber.
Personne ne retient l’incident, l’affaire est close. C’est aussi bien. Nous pouvons passer à autre chose, maintenant ! Je ne voulais pas qu’il y ait quelque chose à cause de moi ou de ce gamin.

Nous avons fini notre repas, nous allons enfin nous acharner sur cette monstrueuse chose, ce Vandel nommé Seigneur Sanglant. Nous allons lui faire ravaler sa carrure et sa fierté.
Esirov a senti mon regard déterminé, et il est intérieurement d’accord avec moi, même s’il se sent bien ici. Il a envie de détruire ce monstre, pour sauver le gamin et sa mère, c’est un garçon plein de bonne volonté, il a le même regard que Boe.
_ Nous devons partir maintenant, dis-je.
_ On va vous laisser, répond la femme en prenant son enfant dans ses bras.
Finalement, je l’aime bien ce petit, ce n’est pas de sa faute si son père a tué le mien ainsi que ma mère et déformé leur histoire d’amour. Ce sont mes amis, que je croyais pourtant connaître, qui me semblent à présent étranges. Je ne les comprends plus. Ils se lèvent, je fais de même. Jec remet son casque et le petit me donne la main. Je le regarde : c’est son père le tueur, pas lui.
Les gens continuent leurs activités, mais le font tout en nous regardant. Sommes-nous si intéressants que ça ? Nous sortons tous de l’auberge, après que j’ai laissé cinq sous sur le comptoir. Le petit ne veut pas qu’on parte, je sens sa main serrée dans la mienne et j’imagine son regard vide plein de pensées (il ne parle plus). Mais moi, même si ce n’est pas lui l’assassin de mes parents, j’ai envie de le voir partir pour oublier au plus vite cette histoire. Pour pouvoir me défouler sur cet Artag, déverser enfin toute la haine sur ce Vandel plutôt que sur un enfant innocent d’un crime qui m’a indirectement touchée.
Le Acia nous voit, puis dit :
_ Faites attention, il est derrière. Tout seul et il vous attend. Il ne veut pas d’observateurs.
_ Nous devons vous quitter ici, dit chaleureusement Esirov en se tournant vers la mère et son petit.
_ Au revoir.
L’enfant fait un bisou sur la joue de chacun d’entre nous, ‘pour nous protéger du Vandel’. Il est trop beau ce gamin, comment lui en vouloir ? Son père a tué mes parents, mais rien n’est de sa faute à lui, au petit Arog.
Je me baisse et lui donne une bague ayant auparavant appartenue à ma mère, et que j’avais enlevé de son doigt lorsqu’elle était morte. Lorsqu’il ouvre la main, je dépose l’objet à l’intérieur et en la refermant, je lui dis doucement :
_ Je reviendrai pour récupérer ça. Nous reviendrons.
Les yeux du petit brillent, il est tellement heureux que je lui confie une preuve de notre retour prochain. À son tour, il cherche dans sa poche et en sort un étrange objet. C’est une pierre précieuse. Il me la tend et dit :
_ Moi, je te donne ça. C’est moi qui l’ai trouvé dans une roche pas très loin d’ici. Je te montrerai quand tu reviendras. Ça te protègera du méchant Vandel.
Je regarde l’enfant. Sa naïveté est touchante, j’aime ce petit, il est trop mignon avec ses grands yeux pleins de gaieté et son large sourire.
_ Je vais te me lui donner une leçon, dis-je. Et je te donnerai un objet à lui pour que tu saches qu’il est bien mort.
_ Et tu vas gagner une marque ?
_ J’espère.
Je lui fais un clin d’œil, il sourit en retour.

_ Nous t’attendons, Aïce.
_ J’arrive.
Je pose ma main sur l’épaule de ce gamin au grand cœur et rejoins mes compagnons de l’autre côté. Je me retourne à temps pour voir l’ombre du petit disparaissant derrière la porte qui se referme.
Mes amis me regardent avec compréhension. Ils voient que je suis dingue de cet enfant, Esirov met même sa main sur mon épaule. Ce geste est purement particulier, c’est le geste du héros qui dit à son compagnon : « t’en fais pas, on l’aura ». Je lui fais un clin d’œil, à lui aussi, comme pour dire « on va y arriver », alors que je sais parfaitement que dans l’inconscient ou le subconscient de chacun tambourine la question que personne n’écoute tellement elle est dénudée d’optimisme : « et si on n’y arrivait pas ? »
Sans prêter la moindre attention à cette question que j’ai toujours ressentie comme un échec de la pensée, je m’avance vers le territoire de nos ennemis de toujours ; je suis au devant de mon groupe avec à mes côtés Esirov qui se dresse plus que d’habitude.
Devant nous, un Vandel de couleur blanche, comme s’il était pur. Ce qui fait tâche sur lui, et c’est le cas de dire, c’est son crâne, couleur rouge-sang comme s’il s’était plongé la tête dans une grosse marmite de chair en décomposition. On dirait vraiment une tâche. Ses ‘trophées’, ce qu’il garde de ses plus grandes victoires contre des Busters solitaires ou en groupes, sont sur son bras droit et ses oreilles, sans oublier sa cape. Ce sont des bijoux pour la plupart, des bagues et des pendentifs. Il a les yeux bleus avec un regard – étrangement – doux et plutôt agréable. Personne ne parle, aucun oiseau ne chante, on n’entend que nos pas qui foulent la terre séchée. Le calme avant la tempête.
_ Depuis le temps que je n’avais pas croisé de troupes de Busters, nous dit-il, je croyais bien tous les avoir éliminés. Je suis heureux que quelques-uns uns d’entre vous aient pu survivre aux autres Vandels, ça va me faire un peu d’exercice et certainement une flèche en plus.
Il pue. Cette créature dégage une odeur nauséabonde, comme une odeur de métal fondu ; sa voix est plutôt belle mais elle sonne très mal, elle répugne autant que son odeur. C’est mon sens Vandel, il sent mauvais, plus que les autres Vandels en tout cas.
Sans vraiment le vouloir, je fais une grimace de dégoût, comme un réflexe. Au départ, personne ne le remarque. Mais le monstre se tourne vers moi et voit alors que je ne semble pas disposée à l’écouter.
_ Je dégage une odeur particulièrement forte, n’est-ce pas mademoiselle ?
Comment sait-il ça ? Mes amis se tournent vers moi, surpris : eux ne le sentent pas. Aïe, comment leur dire qu’il a cet étrange parfum sans qu’eux aient des soupçons sur moi par la suite ? Pour le moment, nous devons le tuer. Après seulement, je réfléchirai à ma défense.
_ Oui.
_ Tu m’as l’air bien différent de tes amis. Leur caches-tu quelque chose ? Quelles sont ces cornes molles qui dépassent de ton casque ? Je connais la couleur noire de ces cornes. J’ai autrefois combattu un autre Vandel ayant à peu près les même que celles que tu as sur ton « casque ». On m’a dit que ce Vandel avait eut un enfant avec une humaine. Celle que j’ai tuée avec l’aide de ces abrutis d’humains.
Quoi ? Lui aussi était là ? Et il a aidé le père d’Arog à tuer mes parents ? Je n’y crois pas. Mes amis aussi sont déboussolés, ils ne savent pas qu’il s’agit de moi lorsque ce monstre parle d’un « enfant ». Ils ne le savent pas encore. Pourvu que ça dure.
_ Aïagar était un excellent Vandel, pourtant. Un Vandel quatre flèches.
Il connaissait mon père. Je reste coi, je ne sais que faire et alors qu’il va continuer, je tends l’oreille, ainsi que mes compagnons :
_ Quand il a rencontré cette Buster, cette Sakoe, je lui ai dis de se méfier car l’amour rend aveugle. Depuis ce jour, il a été contre nous ses propres frères, il nous a détesté, il nous a trahi. Tes marques ne te font pas trop mal lorsqu’elles grandissent ?
C’est à moi qu’il parle ? Je garde le silence. Comment peut-il savoir que j’ai les marques ? Personne ne m’a jamais vue excepté mes parents. Comment ?
_ Donc c’est bien ce que je pensais. Ils ont fait semblant durant notre combat de n’être que deux créatures seules mais ils avaient caché leur si joli petit rejeton. Et comme les parents étaient contre les Vandels, il est normal que le bébé se soit allié avec les humains. Monstrueux sort, tu n’utilises que 10% de tes vraies capacités chez les hommes, tu aurais plus servi chez nous.
Tous sont choqués par cette révélation.
_ Aïce… dit Gaxli.
Ce monstre va me payer ce qu’il vient de dire, il va aussi payer ce qu’il a fait il y a neuf ans exactement ! Il va mourir dans d’atroces souffrances, le Seigneur Sanglant. Je ne peux rien dire à mes compagnons pour le moment, on parlera après que j’aurai tué ce déchet !
Pour le moment, je me concentre sur l’action présente et je pense qu’il m’a déjà assez énervée comme ça. Tu vas voir, Seigneur Sanglant ; tu vas saigner comme jamais.
Mes amis n’ont pas le temps de faire quoi que ce soit que je sors mon épée et que je me jette sur Artag avec toute la puissance et l’énergie nécessaire pour faire éclater une bombe. Le Vandel me voit venir, mais ne réagit pas de suite. Il me laisse le frapper une ou deux fois, puis il se met à esquiver mes coups. Ce n’est pas un vrai combat, il n’attaque pas : il joue avec moi donc avec le feu. Qui s’y frotte s’y pique, je cherche son point faible pour achever au plus vite ma mission. Il m’échauffe les oreilles rien que par les phrases qu’il a prononcées il y a un instant.
Mais ça ne sert à rien de s’essouffler. Je m’arrête, il ne bouge pas. Nous nous regardons un moment.
_ Pourquoi n’attaques-tu pas ? Demande-t-il.
_ Parce qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ; attaquer une cible qui ne se défend pas ne sert à rien.
_ Tu as bien vécu pendant ces neuf ans avec papa et maman ?
_ …
Pourquoi me demande-t-il cela ? Pour me faire réagir ? En tout cas ce n’est pas anodin ; il ne faut pas tomber dans le piège mais entrer dans son jeu.
_ Très bien, mais c’aurait été mieux si je les avais eu un peu plus longtemps auprès de moi pour m’enseigner la vie.
_ Je comprends très bien. Tu as menti aux Humains qui t’accompagnent. Pourquoi as-tu fais cela ? Tes parents, même avant de mourir, t’ont tout de même apprit le respect d’autrui.
Que répondre à cela ? Ce Vandel m’énerve. Je me souviens que, lorsque j’étais Buster solitaire, un vieil homme qui répétait tout le temps les mêmes choses dans un village m’avait dit un jour « qui n’a jamais aimé n’a jamais menti ». Cette phrase veut tout dire…
_ Qui n’a jamais aimé…
_ N’a jamais menti ? Je la connais celle-là. Mais était-ce une raison pour leur cacher ta personnalité ?
La question basique par excellence. Oui, c’en était une. Ils ne m’auraient jamais acceptée dans leur groupe ; pire, peut-être, ils m’auraient sans doute tuée, pensant que je ne suis qu’un monstre, moi aussi.
_ Donc tu as fais ça non parce que tu les respectais mais pour te protéger d’eux. Tu es une orgueilleuse.

Les amis… c’est maintenant que vous êtes sensés intervenir. En disant des choses dans ce genre : « non ce n’est pas une orgueilleuse ! Tu te trompes sur son compte. »
_ Ils ne sont pas là pour t’aider, tes « amis ». Es-tu vraiment certaine d’en avoir ?
Je me retourne vers les membres de mon groupe, les Esirov Warriors. Ils me regardent comme si j’étais un rêve, pourquoi m’abandonnent-ils ainsi ? Je n’y tiens plus ! Empoignant avec toute ma rage l’épée qui m’est restée dans les mains, ainsi que le marteau, pour le frapper de deux mains, je me retourne mais ai-je à peine le temps de voir derrière moi qu’il n’y est plus, qu’une grosse main s’abat sur mon casque puis tente de l’arracher. Je suis soulevée du sol. Je lâche mes armes. Que se passe-t-il ? Le casque n’est pas assez solide face à une telle poigne, il cède facilement à l’emprise de la main d’Artag. Mes cornes molles retrouvent leurs racines à l’air libre, je m’affale par terre ; mes longs cheveux tombent à mes côtés, j’ai froid au crâne.
_ Comment ça fait de voir un véritable hybride d’Humain et de Vandel ? Demande Artag à mes compagnons abasourdis. C’est drôle, n’est-ce pas ?
Il pose sa main sur mon épaule aussi délicatement qu’un chat caresse une souris, me penche en arrière sans que je puisse rien faire, et m’arrache aussitôt mon turban, montrant au Ciel, au Soleil et à mes amis les marques que j’ai sur le menton.
Elles sont juste un peu roses-mauves, mais si elles restent trop longtemps au soleil, elles vont devenir rouges-sang, et je ne pourrai pas retrouver la couleur d’origine. Je suis déconfite, perdue. Je baisse la tête, il a été plus fort que moi.
_ Méfiez-vous d’elle, dit Artag. Elle est dangereuse pour vous, pauvres humains. Elle va vous tuer.
_ C’est toi qu’elle va tuer, dit une voix que je connais bien et qui me réchauffe le cœur.
Je relève le menton, pour m’apercevoir que celui qui a parlé s’est aussi avancé le premier. Il s’agit bien entendu d’Esirov, qui n’a jamais douté de ma franchise à propos de ma haine contre les Vandels. C’est en lui seul que j’avais confié tous mes espoirs, et je vois que j’ai très bien fais. On ne peut mieux.
_ Tu ne me crois pas ? Demande Artag, surpris. Tu n’as pas peur d’elle ?
_ Je sais que si elle avait voulu, elle aurait été de votre côté, et qu’elle nous aurait tués peut-être l’un après l’autre. Parce qu’elle est très puissante. Alors peut-être qu’elle a du sang Vandel, mais elle renie ce rang pour être des nôtres. C’est un sacrifice qu’elle a fait pour être acceptée de nous, son casque et son turban. Moi, je crois en elle.
J’adore Esirov à un point inimaginable. C’est fou ce qu’il parvient à bien me défendre. Les autres ne savent qu’en penser, ils sont partagés entre l’envie de me tuer et celle de suivre le chef de notre Groupe.
_ Ainsi, tu dis qu’elle mérite de vivre ? Demande encore Artag plus perdu que jamais face à ce jeune homme qui ne craint pas ses attaques mesquines.
_ Comme la race humaine mérite de vivre, dis-je ; Vandel incapable, tu vas périr.
Me déliant de son emprise, je saisis à nouveau mon épée et mon marteau, et continue à frapper le Vandel perdu ; son regard est incertain, il ne sait plus que faire parce que quelqu’un est venu m’aider et que j’ai repris espoir. Que sa force ne peut plus m’atteindre. À mes côtés, Esirov, toujours fidèle à lui-même, qui frappe avec son cimeterre, il est aussi certain de lui que moi. Et nous sommes persuadés que même à deux, nous allons le vaincre.
Artag le Seigneur Sanglant se ressaisit enfin : il prend sa masse, la fait tournoyer au-dessus de sa tête comme pour nous impressionner, puis fend l’air dans ma direction. Mon épée ne tiendra pas le choc, il faut que j’utilise un autre moyen…

Fiszter Blade, je te laisse guider mes pas pour la première fois de ma vie. Je te sors de mon esprit, toi ma lame enchantée, qui me permettras de connaître la victoire ainsi que le repos. J’ai assez observé ma mère s’entraîner avec toi, je te connais sous tous les traits ! Tu renfermes bien des secrets encore, et bien des maléfices contre ces Vandels qui en veulent tant aux Humains, et celui-là ne nous échappera pas ! J’ai promis à un petit garçon que je tuerais ce monstre et que je reviendrais. Je ne peux pas faillir à ma promesse.
C’est pour la première fois de ma vie que je sors enfin mon Saïga. Fiszter Blade apparaît en deux secondes, Artag est tout étonné qu’un être comme moi en ait un, et mon ami est lui-même surpris de voir que je possède un Saïga ; les autres quant à eux comprennent que je suis digne d’être considérée comme un Buster, et non comme un Vandel. Sans attendre que le monstre se ressaisisse, je frappe un bras, d’où s’échappe alors un sang noir qui coule sur sa peau blanche, il crie, il se débat. Il me frappe violemment, je me retrouve projetée à deux ou trois mètres et laisse alors Esirov seul. Jec et Boe me relèvent, tandis que Gaxli sort son Saïga à lui. L’immense Faux apparaît alors, qui s’annonce tranchante. L’homme s’élance et, au moment où le Vandel allait écraser Esirov de son immense arme, tire le frêle garçon derrière lui pour parer l’attaque à sa place. Contre un bloc de pierre, Artag ne peut lutter. Quoique…
_ Le choix de ton Saïga n’est pas anodin.
_ En effet, j’aime couper la tête des Vandels.
_ Avant de t’occuper des Vandels, je te soupçonne de t’être déjà chargé d’autres de tes confrères…
Il a frappé juste. Gaxli s’emporte, frappe comme un bourrin.
_ Finalement, soufflais-je à mes voisins en regardant le spectacle, il n’y a pas que moi qui suis bizarre dans ce groupe.
_ Je crois que personne n’est vraiment normal dans ce groupe, répond Jec.
_ Il faut les aider, faire quelque chose, s’emporte alors Boe. Nous n’allons pas les laisser se faire tuer, rassurez-moi !
Il fait apparaître à son tour son Saïga, l’immense bâton brille d’une aura jaune-or. Boe est triste. Je ne sais pas de quoi, mais l’aura de sa canne montre parfaitement son sentiment présent. C’est la seule chose qu’il n’a jamais honte de montrer. De l’autre côté, Jec fait aussi sortir le sien. Il s’avance de trois à quatre pas, pousse nonchalamment Esirov qui vient de se relever avant de crier à Gaxli :
_ Bouge de là le vieux !
Notre aîné se baisse et le Jec crache sa gerbe de feu sur le visage du Vandel qui se met à hurler.
Pendant ce temps là, Esirov tend son Saïga droit devant lui, ferme les yeux et tire sa flèche, Boe lance un sort de cryogénisation interne en faisant tournoyer son bâton au-dessus de sa tête et Gaxli tente de couper les jambes du Vandel tandis que moi, je reprends mon arme et me lance à nouveau à l’assaut.
Nous allons l’anéantir, à coup sûr ! Il ne va plus rien rester de lui… alors que Jec vient seulement de terminer, je veux donner le coup de grâce, pour une fois. Je traverse les quelques mètres qui me séparent d’Artag, et tandis qu’il se tord de douleur, je lui glisse :
_ J’aurai su mieux gérer mon calme que toi, on dirait. Et mes amis, je les choisis bien.
Prenant alors toute la force qu’il reste en moi, je m’élance dans les airs, et à peine quelques dixièmes de secondes avant de frapper, je lui fais un clin d’œil. Ma lame s’abat sur son crâne alors que je lance la phrase préférée de ma mère :
_ Sakoe Little KissMile !
Son attaque favorite !
Touché au front, sa boîte crânienne s’ouvre en deux dans un dernier hurlement de douleur, son cerveau est aussi coupé sec, le sang coule à flots, un sang rouge, presque humain… comme si c’était, en réalité, celui qu’il avait fait déverser pendant si longtemps par tant de Busters… bien fait, c’est bien fait pour lui. Il n’avait pas à parler comme ça de ma famille. Je me penche sur lui, et m’apprête à cracher sur sa dépouille, mais son visage tordu et fendu est tellement pitoyable qu’il ne mérite même pas un regard. J’observe ses oreilles et vois une bague qui scintille. Elle est plus jolie que les autres, c’est un objet doré avec un rubis au milieu. Il y a un losange avec les initiales SD gravées à l’intérieur. Peut-être le nom du propriétaire.
Mes amis me regardent, je ne fais pas attention à eux et me penche arracher l’objet. Lorsque je le regarde de plus près, j’aperçois aussi des SA sur les côtés, un sur chaque. Mais alors à qui appartenait ce bijou ? SA ou SD ? En tout cas, j’ai maintenant une preuve qu’Artag est vraiment mort. Enfin ! Je me retourne pour repartir vers la Porte et donc la ville, mais mes compagnons de route me font face : Boe a un regard triste et comme perdu. « Pourquoi n’as-tu rien dis ? » crie ce regard. Jec me voit comme le prochain ennemi à abattre. Quelque chose de très agréable… Gaxli, lui, n’ose même pas me regarder et fait disparaître son Saïga comme si je n’étais pas là. Quant à Esirov, il me toise sans avoir vraiment l’air de savoir s’il doit me tuer ou me serrer dans ses bras.
_ Vous croyez que si j’avais été de leur côté, je serais restée Buster avec vous ? Que j’aurais risqué ma vie des centaines de fois pour notre équipe, pour nous, pour vous ? Vous croyez que je me serais fait tant de soucis à propos de chacun si je ne vous aimais pas ?
_ Pourquoi es-tu devenue Buster et non Vandel ?
_ Mon père, malgré le fait qu’il fut Vandel, n’aimait pas ses frères. Il était de vôtre côté. Comme ma mère. Mais seulement, à cause de l’apparence de mon prédécesseur, vous les humains aviez cru que ma mère était devenue folle, et vous aviez décidé de les tuer tous les deux. Quel couple horrible !
_ Nous n’étions pas là.
_ Si vous l’aviez été, criai-je, vous les auriez tués quand même. Vous me dégoûtez.
Me dégoûtent-ils vraiment ? Ont-il mérité ce que je viens de leur dire ? Je me souviens de la taverne, quand le petit a parlé de cette histoire. Je me souviens de leur réaction face à l’amour d’un Vandel et d’un Buster. Oui, ils me dégoûtent. Boe semble choqué par ce que je viens de dire, il ouvre la bouche comme pour dire quelque chose, mais rien ne sort.
_ Évidemment, quand on sort du lot, on n’est pas « normal », il faut qu’on l’abatte sur-le-champ. Il ne mérite pas de vivre. Les hommes ne vivent que par et pour leurs reflets. Ce sont des égoïstes. Mes parents étaient ‘différents’, eux !

Sur ces bonnes paroles, je les regarde comme si eux aussi m’avaient pendant toutes ces années menti parce qu’ils n’ont pas su comprendre ce qu’est l’amour, et ne m’ont jamais fait part de leur si grande Xénophobie. Puis, ayant mon objet en poche, lançant un dernier soupir, je pars, coupant leur formation ligne en deux alors qu’ils s’écartent sur mon passage. J’avance, sans regarder derrière moi ; s’ils veulent, ils me rattrapent, sinon tant pis pour eux. Seulement, je voudrais bien garder la tête haute mais je repense à toutes ces années, six exactement, bientôt sept, que l’on a vécu tous ensemble, sous le signe de la Fraternité et la Solidarité. Nous étions les chevaliers du Monde, nous faisions absolument tout et n’importe quoi, convaincus qu’on faisait déjà peur aux Vandels que l’on provoquait en duels. Ma belle, si belle jeunesse. Qu’ai-je fais de toi ?
Alors que je suis perdue dans ces sombres pensées, une main puissante m’agrippe l’épaule. Elle me force à me retourner, je vois Esirov en face de moi, lui aussi les larmes aux yeux, qui me considère avec ce si tendre regard, mélange de tout, amour et amitié. Il me contemple désespérément, comme si je comptais énormément à ses yeux, puis se jette dans mes bras pour fondre en larmes chaudes et douces. Je pleure, moi aussi, je ne me retiens pas. Comment se retenir devant quelqu’un qui connaît notre tempérament et qui sait qu’on a envie de pleurer comme lui ?
Lorsqu’il a fini, il soulève mon menton, et commence à toucher les symboles rouges-sang sur ma peau. Puis il touche mes cornes moles.
_ Je ne pensais pas que c’était comme ça, une corne de Vandel, dit-il pour donner une contenance à son action.
_ C’est parce que je ne suis que semi. Si j’étais un vrai Vandel, elles seraient dures depuis longtemps. Ma peau humaine retarde un peu la pousse et le durcissement.
_ Moi je te suis, ajoute-t-il. Je veux que tu reste dans notre équipe. Nous avons fais un pacte, de toute façon. Donc à moins de mourir, tu n peux pas nous quitter.
_ Merci de me faire confiance ainsi, Esirov. Merci beaucoup.

Les autres se tiennent derrière, comme s’ils étaient finalement d’accord avec lui. Nous reprenons notre chemin en direction de la ville, lorsque je pense à quelque chose : les gens verront que ces cornes sont à moi. Que feront-ils ? Tant pis, ils n’ont qu’à m’accepter.
Le Acia nous salue une nouvelle fois, en nous disant que ce fut un beau combat. Puis la porte s’ouvre, et je vois derrière elle le petit, sa mère, ainsi que tout le reste du village venu voir les vainqueurs.
Nous sommes acclamés, applaudis, les gens nous sautent joyeusement dans les bras. Tant mieux pour eux. Ils n’ont pas compris. Ou alors ils ont compris mais m’acceptent tout de même. L’enfant s’approche de moi.
_ Arog, dis-je en me penchant et en mettant la main renfermant l’objet dans mon dos, j’ai un cadeau pour toi.
Je lui tends la bague, et son visage joyeux se transforme en grimace triste et horrifiée.
_ Qu’y a-t-il mon ange ? demande sa mère.
_ C’est… répond le gamin en prenant l’objet et en le regardant de plus près. C’est… c’est la bague à papa…


Fin du Chapitre Premier.


Danaé LECA - Iburo - Vulpes – achevé le 23.11.09
A l’amitié sans amour



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MessageRe: Aceaïte [G]   Publié le : Dim 9 Mai 2010 - 16:13

Celui dont le Nom n’était pas écrit…


Cela fait aujourd'hui un peu plus d'un an que tout a changé pour moi, pour nous ; que je me suis affirmée en tant que personne différente. Je ne veux plus cacher mes origines, je refuse à présent de renier mon passé, je n'ai plus envie de mentir à mes amis : j'ai bien vu le mal que ça leur avait fait de savoir si tard qui l'étais réellement, et pourtant, à présent, j'ai l'impression qu'ils m'aiment mieux encore. Jec me fait plus confiance, Esirov a tendance à me protéger plus souvent, Gaxli semble mieux me comprendre et Boe est indulgent lorsque mon envie de sang reprend.
Mon envie de sang, oui. Cette espèce de maladie dont aucun d'entre nous n'avait connaissance et qui s'est propagée en moi lorsque j'ai tué ce misérable individu. Pourquoi le fait d'avoir tué Artag m'a donné cette infection monstrueuse, je n'en sais pas plus que mes compagnons. Tous les soirs, je m'éloigne de mon groupe afin d'étancher ma soif de sang, de meurtre ; je vais tuer des Monstres ; mais je vais plus loin chaque nuit, pour qu'aucun ne me voit sous le contrôle de cette force que je ne connais pas, plus que de ma propre personne. Ils le savent, mais ne trouvent aucun moyen de me sauver de ce mal qui me ronge et finira bien un jour par me faire perdre la tête et tuer mes amis. Je deviendrai alors ce que j’ai toujours détesté : un Vandel, un Destructeur de Villes, Tueur de Busters et Conquérant d’Etoiles.
J’ai lutté toute ma vie contre eux, et je ne veux pas devenir l’un des leurs ; j’ai forcé mes amis à me jurer sur nos ancêtres à tous qu’ils m’achèveraient si je venais à basculer du Côté des Démons. Ils me l’ont promis à contrecœur mais je sais qu’ils le feront. Ils le feront parce qu’ils savent que sinon, je me chargerai de le faire, par n’importe quel moyen que ça soit, et ils savent aussi que ça serait plus un honneur pour moi de mourir par leur main. En attendant de trouver un éventuel remède à ma malédiction, chacun m’aide comme il peut, que ça soit pendant les trajets ou lorsque nous attaquons monstres ou Vandels. Même si cela ne me soulage pas de ce Fléau.

Nous sommes au coin du feu, avec Lunes et Etoiles en guise de spectateurs, et le chant des oiseaux de nuit ainsi que le crépitement du bois dans le feu comme musique ambiante. Le vent est doux et frais, la nourriture est bonne. Je l’ai chassée la veille ; c’est la seule chose que je peux faire pour me faire pardonner de mes sautes involontaires et incontrôlées d’humeur. Tout le monde est assis en tailleur, sauf moi qui reste debout, adossée à un arbre.
_ Cet incident t’a beaucoup changée, dit soudainement Gaxli.
_ Quel incident ?
_ Ne fais pas l’imbécile, répond mon ami. Tu sais très bien de quel incident je parle.
Bien sur que je sais, nous n’avons que ça en tête depuis. Depuis ce jour dont j’aurais voulu ne jamais sortir vivante, le jour où j’ai donné la vérité au petit Arog et sa mère sans le vouloir…
_ C’est un peu grâce à ça que tu es devenue plus féminine, fait Boe en rougissant.
_ C’est aussi à cause de ça que j’ai cette… maladie.
C’est le silence ; tous savent que ça me fait souffrir. Et ça les tue aussi à petit feu. C’est surtout ça que je n’arrive pas à supporter ; depuis ce jour, je deviens plus sanguinaire chaque nuit, dès que l’ombre envahi mon âme, ma tête, je suis quelqu’un d’autre plus que moi-même. Depuis ce jour, cet affreux jour que j’essaie désespérément d’effacer de ma mémoire…

Arog pleurait, il sauta dans mes bras, en serrant la bague de feu son pauvre père, que j’avais, pendant un court instant pour un ennemi tout en ignorant qu’il était mort, tandis que les murmures autour de nous fusaient :
« C’est pour ça qu’on ne le voyait plus », « C’est pour ça que la Porte ne disait plus grand-chose à son sujet »…
Pauvre petit, pauvre enfant, pauvre Arog ; il n’avait rien demandé à personne, et nous l’avions, non, je l’avais rendu malheureux et tout ça à cause d’une bague. Je m’étais trompée d’objet, je n’arrivais pas à me dire que mon instinct m’avait trompée, moi, semi-Vandel. Sa mère, que j’avais vue quelques heures plus tôt rayonnante de bonheur ; sa mère pâle et crispée me regardait, interdite, elle n’arrivait pas à comprendre.
_ Je suis désolée, parvins-je à dire.
_ Tu peux, Buster, hurla une voix derrière moi.
Je me retournai vivement pour voir un jeune homme d’une vingtaine d’années qui me faisait face, avec sur le visage une expression de haine impressionnante.
_ Ou devrais-je dire « Vandel » ?
Ce fut en réalité à ce moment que tous se rendirent compte de la véracité de ses paroles, en m’observant mieux et en voyant mes cornes et les marques légères sur mon visage. Les villageois, qui nous avaient accepté pour manger à midi, commencèrent à s’avancer vers moi, avec de la colère dans le regard. Le petit Arog, les parmes aux yeux, s’accrochait à moi comme le marin à sa bouée de sauvetage, comme l’alpiniste à sa corde de survie, alors que sa mère n’osait bouger ; il fallait que je le protège à la place de son père.
_ Fais pas ça, hurla l’enfant au jeune homme menaçant. Fais surtout pas ça, Radgao, sinon je t’aime plus.
_ Arrêtes de dire n’importe quoi, petit frère. C’est un Semi-Démon, il faut la tuer ! tout ça te dépasse, tu ne sais pas ce dont elle est capable.
Encouragé par les villageois qui continuaient d’avancer, celui qui avait été présenté comme étant le grand frère d’Arog sortit ses armes. C’est à ce moment là qu’Esirov se mit devant moi :
_ C’est elle qui a tué le Seigneur Rouge, dit-il. S’est grâce à elle si les Busters n’ont plus à le craindre.
_ C’est à elle que nous devons notre présence ici, poursuivit Gaxli.
_ J’aurais très bien pu le tuer moi-même, fit le jeune homme en haussant les épaules.
_ Insolent, répondit Jec avec un calme déconcertant. A quel level es-tu ? 5, 9, 13 peut-être ? Tu n’aurais pas fais le poids face à ce Vandel. Si tu avais vu la bague de ton père accrochée à son oreille, tu aurais fondu sur lui sans réfléchir, et il t’aurait réduit en miettes comme ton paternel. Il aurait pris un objet à toi, et lorsque ton frère aurait atteint la majorité ou pire, à la mort de ta mère, il serait partit à votre recherche, il aurait fini par trouver Artag et par mourir de la même façon que toi.
Ce discourt laissa coi le dénommé Radgao, qui ne s’était pas imaginé un seul instant cette possibilité, et qui s’arrêta sur le coup ; les villageois, troublés, s’arrêtèrent à leur tour, attendant de savoir ce qu’il fallait faire alors.
_ Maintenant t’arrête ! Lui dit son frère. Sinon je ferai comme si t’étais mort.
Il était en larme, son grand frère ne résista pas longtemps. Il s’agenouilla pour prendre Arog dans ses bras, et le serra fort avant de lui parler :
_ Désolé, petit frère.
Puis il tourna simplement son regard vers moi, qui changea en passant de la tendresse à la haine et qui voulait dire « Mais je te retrouverai, et je te tuerai ! ». Cette mauvaise lueur dans ses yeux me donna froid dans le dos, tout simplement parce qu’elle voulait dire qu’il n’allait pas écouter son frère et que le fait que je soie semi-Démon importait plus que l’avis d’Arog. Les autres gens autour de nous eurent, pour leur part, comme honte de m’avoir crue monstrueuse. Pour taire définitivement les doutes, Boe acheva :
_ Si elle avait un jour été du côté des Vandels, elle nous aurait déjà tous massacrés.
Finalement, excepté Radgao, tous préférèrent fêter la mort du Tueur de Busters plutôt que s’attarder sur mon appartenance raciale. Pour ma part, j’allai avec mes amis chez un priseur, ce afin qu’il nous donne notre récompense. Nous fûmes augmentés d’un niveau et eûmes notre prime. Le priseur vit mon « état » et eut alors un regard compréhensif. Après nous avoir donné notre argent et posé la marque du level au dessus, il s’avança vers moi et sans pour autant s’attarder sur les détails, me dit que je devais éviter de me cacher, qu’au contraire les autres m’accepteraient mieux si je m’acceptais moi-même. Qu’il fallait montrer aux autres que leur regard ne m’affectait pas, qu’il fallait que je m’affirme. Il me fit penser au premier priseur que je connus. C’était un vieil homme, qui savait apparemment ce que j’avais enduré, et qui me posa la marque sans dire quoi que ce fût, parce que ce n’était pas la peine. Depuis ce temps, tous les priseurs m’ont posé la marque car je tuais des Vandels.
Je me souviens du regard du gamin. Le soir, mes amis et moi partîmes à la recherche d’une autre mission contre nos ennemis de toujours. Le petit Arog, sa mère, le village entier était derrière nous et nous nous efforcions de ne pas regarder en arrière, pour ne pas avoir à soutenir leur regard triste. L’enfant secouait un foulard rouge, que je lui avais offert, et malgré la gaieté qui semblait inonder on visage, je ressentais son aura et dans son cœur une tristesse monstrueuse.
Pourquoi avais-je pris cette maudite bague ? Pourquoi celle-là et non une autre ? Je me souviens avoir regardé la bague de ma mère, que l’enfant m’avait rendue en échange de l’objet terrible que je lui avais donné. Son frère n’était pas avec eux ce soir-là. Il devait sans doute penser dans son coin que c’était de ma faute ; c’est normal.
Après être partis – nous avions marché très longtemps pour ne plus voir aucune lumière excepté celle des étoiles et de la lune – notre campement fut installé ; Gaxli fit un grand feu, et chacun s’assit pour manger, sans prononcer une parole. Ce fut ainsi durant tout le repas, à vrai dire. Puis, alors que je me levai pour aller me coucher, Gaxli commença à parler :
_ Il avait raison.
Je restais assise, et ainsi que mes autres compagnons, tournai le regard vers lui.
_ J’ai commencé à tuer des gens il y a longtemps, et ce uniquement en échange d’argent. Et je faisais passer mes crimes pour ceux des Vandels.
Il eut un sourire crispé.
_ Un jour, alors que j’étais sur le point de tuer un Buster pour 10 000 MP, ce dernier m’ouvrit les yeux. En réalité, je n’avais jamais vu de Busters auparavant. J’ai commencé à me remettre en question ; enfin, Boe est arrivé, qui me sauva d’un Vandel. C’est ce jour là que je décidai de changer, de devenir Buster et de faire route avec lui.
Une courte période de silence passa.
_ Je n’ai pas toujours été ainsi, répond notre ami Mage. Avant, j’étais un lâche qui s’enfuyait, un fourbe qui laissait tomber ses compagnons. Je me vantais de multiples exploits que je n’avais pas même eu le courage d’exécuter. Mais un jour, un Vandel en face de moi refusa de me laisser m’échapper, et me poursuivit sans relâche jusqu’à ce que Gaxli ne se retrouve entre nous deux ; le Démon décida alors de le faire souffrir à ma place. Je ne sais par quelle main j’étais guidé en réalité, mais il se trouve que je ne l’aurais jamais tué sans une aide supérieure à nous. C’était un Vandel quatre étoiles.
Personne ne répondit de suite ; nous ne savions pas cela d’eux, comme ils ne savaient pas auparavant de moi que j’étais à moitié démon.
_ C’est pour cela que j’ai décidé de changer.
Puis Jec se racla la gorge :

_ Lorsque j’ai eu la marque Buster, je me suis entraîné dur pour pouvoir tuer plus vite les Vandels. Puis, lorsque j’ai pu le faire, je les tuai, mais je ne faisais pas que cela. Je leur coupais les cornes pour les collectionner ou les revendre aux autres humains ou même, aux autres Vandels. Mon trafic s’arrêta le jour où je croisai Artag. Il m’avait dégoûté. Ce jour là, il manipula assez bien mon esprit pour me faire comprendre que les hommes se ressemblent un peu tous ; je me connaissais trop bien, et savais que les autres pouvaient être comme moi. Voilà pourquoi j’ai toujours été méfiant envers la race humaine. Le jour où Esirov m’a sauvé, j’ai cru en lui, et je lui ai fais une confiance aveugle. Voyez-moi ! C’est grâce à lui si je suis devant vous.
_ Peut-être que c’est plutôt grâce à toi-même, répondit alors celui-ci.
Nous nous tournâmes vers notre chef à l’unisson, lui que nous pensions plus blanc que neige, le plus pur d’entre nous.
_ Avant d’être tel que vous me voyez aujourd’hui, j’étais on ne peut plus égoïste, et très manipulateur. Uniquement dans le but de répondre à mes attentes personnelles, je manipulais les gens. Puis j’ai rencontré Jec. Comme d’habitude, pour me servir de lui, j’adoptai encore cette attitude de confiance, mais les évènements firent que notre binôme dura pendant plus longtemps que prévu. J’appris à le connaître, à le comprendre parfois. Le jour où je l’ai sauvé est le jour où je me dis que je ne voulais pas perdre quelqu’un qui était devenu cher à mon cœur de pierre et qui allait pouvoir devenir un ami. Ayant alors une dette contre moi, il tenta à de nombreuses reprises de m’aider, de me sauver. Je sus que je pouvais lui faire confiance. Voilà comment je suis devenu l’Esirov que vous connaissez tous.
Même notre chef n’était pas aussi pur que l’eau des rivières ? Ainsi, personne n’avait plus rien à se reprocher ; ils avaient tous déballé leur sac, ils savaient à présent tout sur leurs compagnons. Cela ne fit qu’augmenter la confiance que nous nous portions les uns aux autres. Cependant, tous n’avaient pas parlé. Un silence s’installa de nouveau, et mes amis tournèrent presque simultanément et avec lenteur la tête vers moi. Je racontai MA version des faits :
_ Mon père s’appelait Aïagar, appelé le Juste ou le Différent. Avant de rencontrer ma mère, il tuait les Busters uniquement dans le but de rester en vie, mais il détestait ses frères plus que tout. Ma mère, quant à elle, a abandonné sa troupe pour vivre avec lui. Même si nous étions cachés des Hommes et des Vandels, ils ont été des parents aimants et courageux. Ce qu’ils n’aimaient pas dans l’esprit des humains, c’est cet entêtement et ces idées déjà faites ; j’étais comme eux. C’est pour ça que, jusqu’à mes douze ans, j’ai voyagé seule. Je n’ai jamais pensé être réellement une Buster, parce que j’étais physiquement différente : la seule fois où je me sois servie de l’Saïga de ma mère, qui est la mienne à présent, c’était contre Artag, parce qu’Esirov m’avait accepté en tant que Buster. Et j’ai déjà tué des êtres humains ; la première fois, c’était parce qu’ils avaient découvert ma véritable nature et avaient décidé de me faire brûler vive, et la seconde fois, c’était parce que les hommes avaient participé au double meurtre de mes parents. Voilà.
Ma colère était remontée d’un coup. Il fallait que je me calme, mais c’était plus fort que moi. Je me dis que cela allait passer, cependant j’ignorais que c’était en réalité le début d’un affreux cauchemar, long et douloureux. Mes amis se couchèrent ; quant à moi, restée face au feu et ne trouvant pas le sommeil, je partis non loin. J’avais envie, non, j’avais besoin de tuer quelque chose ou quelqu’un. Persuadés qu’ils étaient seuls et maîtres de la situation, deux monstres passèrent. Des Ashels, à têtes de rhinocéros et à corps de lion. Peu importait le nombre, je les tuai avec Fiszter Blade. Je ne savais pas pourquoi, j’avais plutôt l’impression que c’était plutôt quelque chose qui voulait que je le fasse et non moi-même. Le silence autour avait repris, mais j’attendais que les oiseaux de nuit prennent le pas, en fermant les yeux. Quelques secondes passèrent, pendant lesquelles j’attendis ; puis le petit cri doux et aigu que je connaissais si bien se fit entendre. Un Petit Duc chantait non loin.
Heureuse, j’ouvris à nouveau les yeux puis vis quelque chose d’étrange : parmi les arbres, entre Terre et Ciel, à travers les épaisseurs gris-noires et bleu-noires qui se chevauchaient, une forme ayant une couleur dans le noir uni se laissa entrevoir. Je crus tout d’abord qu’il s’agissait d’un Vandel, mais ne voyant pas d’aura, pensai finalement qu’il s’agissait d’autre chose. Je ne savais pas de quoi, mais cette ombre n’était pas là par hasard. Alors que je l’observais encore, elle fila entre les arbres jusqu’à ce que mon champ visuel ne la remarque plus. Comme elle n’avait pas d’aura, je ne savais pas où elle était passée. Je décidai alors, sans m’attarder sur cette ombre sans aura qui me disait pourtant quelque chose, de retourner auprès de mes amis qui dormaient déjà.
Cependant, alors que je m’apprêtais à m’installer, Esirov se leva. Je voyais son regard surpris et inquiet à la flamme encore envie qui dansait près de nous
_ Que s’est-il passé ? Demanda-t-il. Je ne te sens pas bien et tu as l’air pâle.
_ J’ai eu envie de sang.
Il resta figé, comme pétrifié par ce que je venais de lui dire si promptement. Mais il continuait de me fixer droit dans les yeux. Parce qu’il n’avait pas peur de moi, parce qu’il était un ami.
_ Raconte-moi comment ça s’est passé.

Incapable de lui mentir de nouveau, je lui expliquai tout, du début à la fin. Il écouta toute mon histoire, mais ne fit aucun rapport avec l’ombre. Selon lui, cette envie brutale était une malédiction d’Artag. Je l’avais tué et il m’avait donné son envie de sang. J’étais d’accord avec lui, ça semblait plausible ; mais je ne voulais pas en parler aux autres. Pas tout de suite.
Le lendemain matin, épaulée par notre guide, je parvins à leur expliquer. Ils ne le prirent pas mal car pensant comme Esirov et moi. Jusqu’à maintenant, nous avons vécu ainsi : le jour, normalement, et la nuit, eux comme des chasseurs de Vandels, moi comme un Monstre. Mes marques ont prit des couleurs au soleil. Elles sont passées au rouge-sang, puis ont commencé à noircir. Une marque est même apparue sur chacune de mes joues. Mes cornes, quant à elles, durcissent à vue d’œil depuis qu’elles sont totalement à l’air frais.
Cela fait quelques temps que nous cherchons un Vandel du nom de Kormel. Il est du genre Sadique et a sa façon propre de tuer Busters et villageois. Il adore la torture et choisit ses monstres : aucune de ses créature n’est capable de porter un coup meurtrier. C’est un Vandel six Etoiles. Nous sommes loin des villages, le plus proche est à une dizaine de kilomètres. Et nous nous y arrêterons pour obtenir plus de renseignements sur son lieu actuel de « résidence ». Pour ce soir, nous dormirons dehors, enfin…

Je regarde le ciel. Les nuages cachent les étoiles ; ils sont chargés de pluie et d’orages. Nous ne verrons pas la lune ce soir.
_ Je pense qu’on devrait dormir à l’abri, fais-je. Je sens que le sol sera trempé d’ici 10 à 20 minutes.
_ Ca tombe très bien, répond Esirov. J’ai repéré une grotte non loin. Je pensais qu’il allait faire meilleur, que les nuages allaient partir. Mais ils ont l’air de persister ; suivez-moi.
Après avoir rangé nos affaires et éteint le feu que nous venons d’allumer, nous suivons notre chef qui, pour moi, est toujours aussi pur que lorsque je l’avais rencontré. Dans ma tête, jamais il n’a été manipulateur, jamais il n’a eut l’esprit mauvais.
La grotte, ou plutôt l’espèce de Caverne immense emplie de chauves-souris, semble accueillante. Nous nous installons, posant les affaires et accrochant les torches, que nous avons prises avant d’éteindre le feu de camp pour ne pas révéler notre présence, dans les trous naturellement formés par la caverne.
L’obscurité du ciel est égale, ou presque à celle de notre abri, l’humidité est la même. J’observe notre endroit pour la nuit ; il y a quelque chose d’étrange, et je crois que mes compagnons l’ont senti, eux aussi. Ce n’est pas une simple caverne ; munie d’aucune torche, je tente de percer dans l’ombre cette chose qui fait que cette grotte n’est pas un simple trou dans la roche ; elle est plus creuse qu’une crevasse normale. Lorsque je m’enfonce dans la pénombre de notre refuge, j’aperçois un trou plus ténébreux que le reste ; il s’agit dont d’une sorte de tunnel qui creuse la roche pour mener on ne sait où. Du bruit. Je regarde derrière moi : ça y’est la pluie commence à tomber et qui s’annonce battante. Les nuages commencent à se vider sur le sol. Eclairs, tonnerre, un bel orage s’annonce. Nous avons mangé en chemin, et mes amis se couchent ; je n’ai pas sommeil et mon envie de sang ne s’est pas encore fait ressentir, alors je pars explorer ce chemin étrange. L’odeur qui inonde les lieux est douce, mais elle semble prévenir celui qui visite qu’il y risque sa vie. Je n’ai pas peur. Je suis une Buster.

Je me munis d’une torche puis pars vers le fond de la crevasse pour découvrir que je ne m’étais pas trompée : il y a bel et bien un chemin ; je le suis, pour me rendre compte qu’il mène vers trois autres. Soit, je n’ai pas le choix, je vais opter pour la ‘Technique de Face’ – j’aime bien l’appeler ainsi – qui consiste à prendre, si l’on se retrouve face à un nombre impaire de chemins, celui du milieu. Le réflexe humain pousserait à prendre celui de gauche. Si je ne tombe sur rien, je prendrai donc celui de droite. S’il n’y en avait que deux, c’est ce que je ferais aussi.
J’avance ; c’est un long chemin, un couloir de plus en plus fin. Ma flamme vacille. Ma torche est en train de s’étouffer, et je commence moi-même à trouver qu’il y a de moins en moins d’oxygène alors que l’odeur, elle, se fait plus persistante. Je n’ai pas le temps d’en penser plus que mon couloir débouche sur une salle, mais ma torche est presque morte, elle n’éclaire pas grand-chose.
_ C’est la première fois que je reçois une visite, fait une vieille voix.
_ Qui êtes-vous ? Fais-je sur le qui-vive en brandissant l’objet enflammé devant moi.
C’est le silence qui me répond. Non loin, quelque chose commence à briller ; une boule plus précisément. Une boule de cristal qui s’illumine éclairant par la même le visage auquel doit appartenir la voix. C’est un visage vieux, un peu comme celui d’un mage, barbu et chevelu. Seules différences, il a des cornes, et les mêmes types de marques que moi sur le visage ainsi que sur ses vieilles mains posées sur une table sans âge en bois.
_ Aucun humain n’a jamais su tenir jusqu’ici, dit l’être qui semble être un Vandel. Tu as mérité une récompense ; viens te gorger d’air frais.
_ Qui êtes-vous, demandai-je à nouveau.
_ Je suis Jada, et je n’ai pas de surnom d’après mes frères car ils ne me connaissent même pas. Approche, tu n’as rien à craindre de moi.
Et en prononçant ces paroles, il fait un signe de venir du bras droit : j’observe qu’il n’a aucune marque sur le gros de sa peau ; aucune étoile. Son aura se laisse enfin découvrir : elle est douce, sincère, différente de celles des autres Vandels. Sa voix sonne bien aussi. L’odeur nauséabonde semble provenir du fait qu’il reste ici nuit et jour, sans se laver.
_ Approche-toi, jeune humaine.
Sans dire mot, je m’avance vers cet étrange Jada, qui semble si doux et attentif, je guette le moindre faux mouvement ; rien. Lorsque je m’approche, la boule de lumière éclaire mon visage ainsi que mes marques au menton et aux joues. L’être recule la tête, admiratif.
_ Je savais bien que tu n’étais pas morte. Et je pensais que tu viendrais me rendre visite plus tard, je n’ai pas fais le ménage…
_ Vous saviez ? Fais-je.
_ Oui, dit-il. Je savais qu’un semi-humain viendrait à moi. Je me réjouissais même de sa visite.
Une chaise se tient face à la table, attendant sans doute que je m’assoie dessus, je m’y installe sans demander mon reste. Presque aussitôt, je respire beaucoup mieux. Est-ce la boule de lumière ?
_ Tu te poses beaucoup de question, n’est-ce pas ? Tu voudrais savoir ce qu’est devenu Glil, si l’enfant va bien, où trouver Kormel, mais pour le moment, la question qui trouble ton esprit est celle qui demande pourquoi tu as tellement besoin de sang la nuit venue.
Qui est ce Vandel ? Je ne réponds pas puisqu’il a raison sur toute la ligne. Qui est-il donc ?
_ Je vais te dire qui je suis : moi, je vois dans l’avenir. Je sais que tous les Vandels mourront grâce à plusieurs groupes de Busters, même moi. Alors pourquoi se battre contre tout cela ?
_ Vous ne combattez pas les humains ? Demandai-je.
_ Ils savent faire preuve de courage, de sang froid, et ils ne sont pas fais de haine. Ils connaissent aussi l’amour et la fidélité ; ils ont mérité leur place en ce monde. Je préfère les aider plutôt que de leur nuire. Je me retire pour qu’aucun ne me trouve, mais ils y parviendront, et ils me tueront ; je serai un des derniers Vandels.
Normalement, à cette heure, je suis censée vouloir tuer mais sa douce présence me calme. Sa voix sonne magnifiquement bien, elle est sensible, douce, mélodieuse. Peut-être que s’il lit dans l’avenir et connaît tout…
_ Ton envie de tuer ne te vient pas d’Artag.
Exactement la réponse à la question que j’allais poser. Il va m’en dire bien plus, j’espère ; je vais l’écouter attentivement.
_ Il n’y a aucun rapport entre ton besoin de sang et ce Vandel six Etoiles. En réalité, ce sont ces marques qui te donnent cette envie.
Et ce disant, il tend sa main calleuse dans la direction et effleure mon menton avec son long doigt âgé et squelettique.
_ Mes marques ! M’exclamai-je.
_ Nous, les Vandels, pouvons nous servir de leurs pouvoirs destructeurs qui décuplent la force. Supprimez ces marques et nous ne serons pas plus forts que des petits vieux ! Moi, je ne m’en sers pas, à quoi bon ?
_ Mais quel est le rapport avec moi ?
_ Toi, tu n’es pas un Vandel, et tu en as encore moins l’esprit. De plus, tu n’es pas totalement adulte. Voilà pourquoi. Comme tu n’as pas la force d’un Vandel, ce sont elles qui te manipulent, et elles le font la nuit, parce que c’est le moment où la Part d’Ombre d’un Vandel est la plus puissante ; elles ont plus d’emprise que le jour.
Je vois, ce n’est pas à cause d’Artag, le Seigneur Rouge, mais de moi-même, qui me suis entêtée à les laisser se colorer au soleil.
_ Combien de temps cela risque-t-il de durer ? Demandai-je.
_ Quelques jours ou toute une vie. Je pourrais te le dire, mais ça n’aurait pas grand intérêt, ça serait trop facile. Il faut que tu te battes le plus possible. Si tu parviens à résister à cette emprise, elle te quittera d’elle-même. Si tu lui montres que c’est toi et non elle qui est maître de ton corps, elle ne te harcellera plus.
_ Bien, dis-je.
Je comprends pourquoi il ne veut pas me dévoiler comment ça va se passer, ma vie n’aurait plus aucun sens. Peut-être que demain, je le montrerai à mes amis, il n’est pas si mal ce Vandel. Ils lui demanderont peut-être leur avenir, et il leur raconterait des passages qu’ils ne sauraient placer dans le futur ; ce sont des humains, ils ont cette curiosité touchante qui…
_ Je veux bien te suivre, dit le vieux Vandel sans surprise.
S’il ne l’est pas, je le suis. Quelle spontanéité. Mais j’y pense ; il ne m’a pas demandé mon nom.
_ Je sais déjà comment tu t’appelle, Aïce. Aseaïte, c’est bien ton nom ; n’et-ce pas ?
Sur ces mots, il se lève et me propose de montrer le chemin. Dans le couloir, moi et ma torche à la main, le vieux Vandel et sa boule de lumière dans la sienne, nous marchons. Nous marchons jusqu’à ce que les répercussions de la pluie au dehors se fassent entendre. Enfin, nous pouvons voir, à l’intérieur d’un cercle dont l’extérieur est noir, des trais bleus marines et gris, rectilignes, par moments entrecoupés par quelques éclairs jaunes, qui fendent l’atmosphère et éclairant mes amis qui dorment, et perturbés par le tonnerre qui survient juste après. Mes amis qui dorment…
_ Qui est-ce ? Demande Jec, le sommeil dans la voix.
_ C’est un ami, il ne vous fera rien.
Je suis sure de moi, mes amis se regardent. Ils n’ont pas peur, c’est aussi bien. Ils me font confiance. Ils savent que je leur dis la vérité, mais ils se demandent sans doute à quoi ça leur servira d’avoir à leurs côtés un Vandel vieux comme le Monde.
_ Il s’appelle Jada, et il n’a aucune étoile parce qu’il n’a jamais attaqué la race humaine. Mais il voit dans l’avenir.
Tout de suite, mes amis sont plus attentifs :
_ Dans l’avenir, dis-tu ? Demande Gaxli. Est-ce qu’il sait aussi lire dans les pensées ?
_ Oui, répondis-je. Il m’a parlé de mon envie de sang alors que je n’avais pas abordé le sujet.
Tous se lèvent à l’exception de Boe, qui surveille au dehors. La pluie redouble dans le froid. Jec serre doucement la main du vieux Vandel, qui ne prononce pas un mot. Esirov fait de même, suivi par Gaxli, qui imite ses deux compagnons. Jada attend sans doute qu’ils lui posent une question, il est redevenu silencieux, serrant contre lui sa boule de cristal. Ou alors il réfléchit. Peut-être que c’est plutôt ça, il réfléchit.
_ Si votre question demande si vous tuerez le Vandel que vous pourchassez, ma simple réponse est oui. Quant à votre amie, son envie de sang s’arrêtera lorsqu’elle aura su la dompter. Cela ne dépend que d’elle.
_ Alors vous ne savez pas combien de temps cela prendra ? demande Esirov avec tristesse.
_ Bien sur que je le sais, mais je ne vais le dire à personne, car il n’y aurait alors plus de raison réelle pour qu’elle se batte.
Le chef de notre groupe se tait. Il sait que Jada a raison, même s’il voudrait avoir la réponse tout de suite pour être tranquille et ne plus avoir à s’en faire pour moi.
_ C’est une personne courageuse, continua le vieux. Elle peut très bien s’en sortir parce qu’elle a une forte personnalité.
Ils gardent le silence un moment, laissant un éclair fendre le ciel et le tonnerre arriver jusqu’à nous.
_ Et cette ombre qui nous suit depuis presque un an ? demande Jec. Il doit y avoir un rapport, non ?
_ Pas avec ces marques. Peut-être est-ce seulement le fruit de votre imagination.
Gaxli est perplexe.
_ Peut-être ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
_ Ca veut dire que cette ombre n’existe certainement pas, et que votre amie l’a inventée. Votre ombre n’a rien à voir avec ses marques.

_ Il y a quelqu’un dehors, coupa Boe. Je ne sais pas qui c’est mais il approche.
_ Ca doit être mon ombre, fais-je. Laissez-moi y aller.
Personne n’ose me contredire, c’est mon histoire ; je leur avais fais promettre ça aussi, de ne jamais s’interposer entre l’ombre qui me suit et moi. C’est notre histoire, pas celle de mes amis. Je ne veux pas qu’il leur arrive malheur. Je regarde tour à tour les membres de mon équipée puis Jada, qui me sourit.
_ J’y vais.
Sans qu’ils interviennent, je sors de la grotte, sous la pluie battante. Il est là bas, sous les arbres. C’est la première fois que je l’approche. Je vais peut-être savoir de qui il s’agit, finalement. Je descends doucement la pente, tandis que les autres se tournent vers Jada, peut-être pour qu’il leur en dise plus sur leurs avenirs respectifs. Lui, reste en bas et m’attend. Je ne sais pas si l’on va se battre, mais en tout cas, il a l’air d’avoir attendu ce moment depuis longtemps. Si la pluie n’avait été là pour faire du bruit, je pense que même les oiseaux de nuit se seraient tus pour nous observer et voir ce qui allait se passer.
J’arrive à lui, son visage est couvert, je ne parviens toujours pas à le voir. Il ne bouge pas. J’en déduis que c’est à moi d’ouvrir la « conversation ».
_ Pourquoi me suis-tu ?
Il ne bouge ni ne répond pas. Dois-je répéter ? Non, il a bien compris ma question, à lui de répondre ou de se taire. Il se retourne et commence à s’éloigner de la grotte. Sans qu’il me fasse signe, je sais qu’il veut que je le suive, ainsi je le fais. Nous marchons en silence sous la pluie glacée, lui devant, moi derrière. Je ne sais combien de temps cela dure, mais lorsqu’il s’arrête enfin, nous nous trouvons à l’orée du bois dans lequel les Esirov Warriors étaient entrés.
Il se retourne et enlève sa capuche. Son visage me dit quelque chose.
_ Je t’ai suivie pour te tuer.
Son visage. Je connais son visage. Mais d’où ? Je sais que j’ai déjà vu cet homme, je le sais parfaitement. Mais le lieu et le moment me sont encore flous.
_ Tu ne te souviens pas de moi ? Je vais te rafraîchir la mémoire : Il y a un an, tu as tué un Vandel du nom d’Artag, ou le Seigneur Rouge.
Non, pas lui… pas Radgao. Il n’a pas respecté la demande de son frère à cause de la haine qui le rongeait. Le pauvre petit Arog doit être fou d’inquiétude, parce que son grand frère n’est jamais rentré. Il doit croire à sa mort.
_ Et ton petit frère ? Dis-je. Pendant un an tu as disparu de votre village, peut-être est-il devenu lui aussi un Vandel Buster, en croyant à ta mort. N’y as-tu jamais pensé ?
_ Pourquoi as-tu pris cette bague ? Pourquoi a-t-il fallu que ça soit celle-là et pas une autre ?
Son ton est sec, il n’écoute même pas mes questions mais il attend des réponses, même si elles ne lui serviront à rien. Je lui réponds avec toute la peine qui me perturbe.
_ Je ‘en sais rien.
Je n’ai pas le temps de faire quoi que ce soit qu’il sort son arme et fond sur moi comme un faucon sur sa proie. Je peux tout juste sortir mon épée pour parer son coup, il est rapide et puissant mais la haine lui enlève cette dextérité naturelle qu’il semble avoir. Il frappe, frappe. La colère l’aveugle. Il ne voit rien, donne ses coups au hasard ; je peux facilement le contrer et le désarmer, ce que je fais sans peine. C’es à mon tour de cogner ; je le tape violement au crâne, pour qu’il se retrouve au sol.
Il sait que si je le veux, je peux le tuer d’un coup. Mais je n’ai pas envie de le faire mourir, parce qu’il est le frère du petit Arog qui a déjà perdu son père. Tout ce que je veux faire, c’est tenter de le raisonner. Il ne cherche même pas à se relever, parce qu’il sait qu’il ne peut rien faire. Je me penche alors vers lui.
_ Je comprends que tu veuilles venger ton père, et que tu veuilles aussi me tuer parce que je ne suis pas totalement humaine. Mais as-tu songé aux conséquences ? Ton petit frère se fait sans doute un sang d’encre pour toi. Il doit se dire qu’un malheur t’est arrivé, il doit être parti à ta recherche, inquiet qu’il est. Et peut-être est-il en train de risquer sa vie contre un Vandel alors que toi, tu ne penses qu’à la vengeance. Mais ton père a été vengé : son assassin a été tué. On ne peut rien faire de plus, mais toi, tu pouvais continuer à protéger Arog, et tu n’as rien fais. Tu l’as abandonné…
Il me regarde, sans dire un mot. Maintenant, il m’écoute. Il comprend enfin l’importance de ses actes. Il se souvient enfin qu’il a abandonné un frère qui avait besoin de lui.
_ Je dois rentrer, alors.
_ S’il n’est pas dans ton village, ça te serait trop difficile pour le retrouver. Mais je connais quelqu’un qui peut te dire si ton frère est en bonne santé et où il se trouve. Suis-moi.
Je le relève, il se laisse faire. Maintenant qu’il se rappelle de son frère, il ne dit plus rien. Il me suit, muet comme une tombe, sous la pluie qui vient juste de s’adoucir. Nous marchons, cette fois c’est moi qui montre le chemin. Nous parvenons au pied de la montagne où se trouve la grotte de Jada. Je monte jusqu’à l’entrée, il me suit. Enfin, nous parvenons à l’endroit dans lequel nous devions, mes compagnons et moi, dormir pour la nuit.
Alors que nous arrivons, mes amis lèvent la tête, imités par Jada.
_ Qui est-ce ? demande celui-ci.
_ Vous ne le connaissez pas ? Fait alors Esirov.
_ Non, je ne sais pas qui il est.
Tous se regardent, perplexes, puis se tournent vers moi.
_ C’est Radgao, l’ombre qui nous suit depuis un an, dis-je.
Sans attendre une quelconque réaction de la part de mes amis, je me tourne vers le vieux Vandel.
_ Jada, j’ai besoin de votre savoir-faire.
_ Et je peux t’aider.
Tandis qu’il se lève et s’avance vers moi, le jeune Radgao semble à la fois paniqué et obstiné à faire face à ce monstre qu’il ne connaît pas. Bien qu’il n’ait pas d’aura, je le sens fébrile. Je pose une main sur son épaule pour le calmer. Jada l’observe longuement, tourne autour de lui, se gratte le menton de ses longs doigts fins et griffus. Puis il hausse les épaules.
_ Je ne connais pas cet être.
_ Comment pouvez-vous tout savoir sur le reste du monde et rien sur lui ? Demande Boe.
_ Je me pose la question. Ce que je sais, c’est qu’il ne devrait pas être là, qu’il ne devrait pas exister. Son nom ne devrait pas exister non plus.
Le jeune homme semble abasourdi par ces paroles. Il regarde l’être en face de lui avec de grands yeux, bougeant les lèvres, mais ne parvenant pas à faire sortir un seul son de sa bouche. Jec va pour parler, mais le vieux Vandel lui ferme la bouche avant qu’il ne prononce une parole.
_ Je sais, et je ne comprends pas plus que vous tous. Mais je peux aider. Tu veux savoir ce qu’est devenu le petit enfant ?
Il se tourne vers moi et regarde aussi dans la direction de Radgao. C’est lui qui répond :
_ Oui…
_ Il est en vie.
Nous sommes tous suspendus à ses lèvres. Il faut que Jada continue.
_ Il est en vie et ne se trouve pas loin d’ici. Mais il souffre. Il est entouré de cages. Il y a des lumières et une odeur de souffre se dégage de l’endroit.
_ Où se trouve-t-il ?
_ Vers l’est.
Nous nous regardons, et d’un même élan, sortons sous la pluie qui s’est intensifiée entre temps. Le vieil être reste à l’abri. Esirov est encore le premier dans le groupe que nous formons à tracer une ligne dans l’herbe fraîche. Jec et Gaxli se trouvent juste derrière lui, puis il y a moi et Radgao et Boe ferme la marche. Dans la nuit, nous filons, telles des ombres, entre les arbres et jusqu’à cet endroit que nous a indiqué Jada. Sur le flan de la montagne où nous nous étions arrêtés pour la nuit se trouvent des grottes. Plein de grottes. Nous ne les avions pas vues.
Soudain, Esirov s’arrête devant nous. Chacun des membres de notre groupe s’accroupit à ses côtés. Devant nous, un endroit d’où émane une fine onde de lumière. C’est là. J’en suis certaine. Mon ami se tourne vers moi, il fait confiance à mon instinct et à ma sensibilité sauvage. Je renifle l’air et bien que la pluie étouffe certaines odeurs, je sens bien le souffre qui émane de l’endroit. Je sens autre chose aussi, comme du sang et l’odeur des Vandels.
_ Alors ? Me demande Esirov, voyant que je ne réagis pas.
_ C’est ici. Mais laissez-moi y aller, je veux voir d’abord.
_ Laisse-moi venir aussi, me dit Radgao.
Je le regarde. Il ne doit pas voir ce qui se déroule dans cet endroit ; son frère est sans doute mort et je ne veux pas qu’il ait à voir ça. Mais je sais que je ne peux gagner sa confiance qu’en le laissant venir avec moi.
_ Ne t’éloigne surtout pas de moi, fais-je.
_ On vous attend ici.
Je me glisse jusqu’à l’entrée, talonnée par Radgao. Je sens qu’il a peur mais je le rassure :
_ Quoi qu’il se passe, je veux que tu sortes dès que je te le demanderai.
Il n’est pas d’accord mais acquiesce tout d même. Nous nous enfonçons dans cette odeur, un mouchoir sur la bouche et le nez. Les lumières vacillantes nous guident jusqu’à une sorte de petite salle. Là, des créatures qui semblent monter la garde autour d’une cage où se trouve une forme. Je sens son aura. Elle est douce et fébrile, son intensité faiblit à vue d’œil. Je le savais.
_ Qui est-ce ? Demande Radgao.
_ Ton frère.
Je vais pour le rattraper par la manche mais il est plus rapide que moi et se précipite, son Saïga en main contre les créatures à tête de poisson et à corps reptilien, qui se retournent au bruit qu’il fait. N’ont-ils pas le temps de réagir – parce que le jeune homme est trop rapide pour eux, parce qu’ils sont surpris ou tout simplement parce qu’ils sont lents – qu’ils se trouvent frappés de toute part ; alors je me joins à Radgao pour me battre à mon tour, mais je me retrouve violement projetée en arrière par une force invisible.
Lorsque je percute le sol, il me faut plusieurs secondes pour réaliser ce qui m’arrive, et j’ai du mal à respirer. Je reprends difficilement mon souffle et me relève péniblement mais une ombre me cache la vue du combat entre le jeune et les bêtes ; je regarde l’ombre, et je m’aperçois qu’il s’agit de Kormel, le Vandel que nous recherchons. Sans doute cet être est-il plus fort que je ne le crois. Il me regarde avec une envie de tout ce qui peut être illogique et immoral en ce bas monde ; je me demande même s’il n’a pas les yeux injectés de sang. Il possède une seule et unique petite corne blanche sur le sommet du crâne, un crâne bleu sombre, comme ses mains et pieds qu’il a nus ; il me regarde avec cet air glacial de fou, puis il se jette sur moi. Sans perdre un instant, je sors mon Saïga et tente de le frapper à plusieurs reprises, mais il est trop rapide pour moi. Il parvient avec une déconcertante facilité à me mettre à terre de nouveau, avant de se lancer dans le noir de la grotte. Radgao n’y est déjà plus.
Je me lève à la hâte et le suis tant bien que mal. Les lumières ont disparu, ainsi que Radgao et son frère. A travers les couloirs, je ne peux me diriger qu’à l’aide de mon odorat mais l’odeur de Kormel est telle que je n’ai pas besoin de beaucoup me concentrer. J’arrive à nouveau face à une pièce éclairée par des lumières rougeoyantes et occupée seulement par le Vandel. Ou pas. J’entends un hurlement de douleur, et je sais d’après la voix qu’il s’agit de Radgao. Sans trop savoir pourquoi, je me jette alors sur le dos de la créature à crâne bleu et parviens à entourer sa gorge de mes bras, tandis qu’avec Fiszter Blade, je tente de la lui trancher. Je jette malgré moi un coup d’œil à ce qui me fait face et me trouve face au spectacle auquel je m’apprêtais le moins à voir :
Radgao, une lame plantée dans son bras droit, se trouve pieds et poings liés à chaque bord d’une table de marbre noir, entourée d’un cercle de bougies rouges et noires qui donnent à cette scène un aspect irréel et absurde. Cela ne ressemble pas à une table de torture, mais plutôt de rituel. Kormel se débat et profite de ma surprise à voir cela pour m’arracher mon arme enchantée des mains. Puis il me prend par la gorge, me fait passer par-dessus son corps et me tient à bout de bras. D’une main, il me soulève de terre et m’étrangle avec une force étrange, et de l’autre, il retire la lame qui se trouvait plantée dans le bras du jeune homme, lui arrachant un hurlement nouveau. Mais sous mes yeux grands ouverts par le manque d’oxygène, la plaie se referme aussitôt, arrachant un rictus triomphal de la bouche garnie de dents jaunes et pointues de Kormel. Il plante alors son couteau dans le cœur du Buster qui se tord dans tous les sens, et, le laissant ainsi, se saisit d’une coupelle emplie d’un liquide noir, la penche et laisse se déverser le liquide sur la blessure. Puis il repose la coupe, se saisit du manche de son arme, et commence à tracer une profonde entaille dans la poitrine de Radgao. Ce dernier tente de se maintenir mais je peux entendre ses grognements de douleur.
_ Allez, murmure Kormel en agitant la lame. Crie petit. C’est si agréable d’entendre crier…
_ Pourquoi me faire ça à moi ? Grogne le jeune homme entre ses dents serrées.
L’être se fige et je ressens que sa pression sur ma gorge se fait moins forte. Il semble réfléchir. Puis il rit et se penche en avant :
_ Tu as quelque chose que je voudrais. Quelque chose qu’il me faut absolument pour devenir le maître incontesté de ce monde.
_ Qu’est-ce que c’est ? Dis-je. Qu’est-ce qui peut bien attirer ton attention ?
_ C’est son immortalité…
Il resserre son emprise, me laissant m’agripper à son poignet bien que nous sachions aussi bien l’un que l’autre qu’il est inutile de me battre car il est bien trop fort pour moi. Je sens que l’air le passe quasiment plus dans ma gorge, mes jambes commencent à devenir lourdes et endolories, tandis que le couteau de l’être horrible ouvre un passage jusqu’au cœur de celui qui m’a poursuivie pour assouvir sa soif de vengeance. Je vais mourir, c’est certain ; et Radgao aussi. Kormel jette la lame au sol, se saisit d’une nouvelle coupelle, la porte aux lèvres de sa victime et la force à boire, puis boit à son tour. Mon esprit se sent doucement quitter mon pauvre corps. Des ténèbres floues et aux sons mêlés m’entourent. J’entends à peine un cri de rage pourtant proche de moi. C’est là que je vois une lumière que je connais trop bien de l’autre côté de la pièce ; j’ose esquisser un sourire malgré la douleur qui me transperce. Boe. Mes amis sont arrivés, enfin.
La lumière s’intensifie et un choc se fait sentir proche de moi. Kormel hurle à nouveau, me laissant tomber par terre, à côtés de lui. Sonnée, je n’ai pas le temps de réagir et porte la main à ma gorge ; les sons et les images me reviennent enfin. Mes compagnons de route frappent le Vandel de toute part, me laissant ainsi al possibilité de porter secours à Radgao. Attrapant Fiszter Blade qui gît non loin, je l’utilise pour briser les liens métalliques qui le tiennent fermement accroché à la table. Mais à peine ai-je le temps de l’aider à se lever malgré le mal dont il souffre à cause de cette blessure qui semble vouloir rester ouverte, une main osseuse se pose sur mon épaule. Je me retourne vivement et vois le visage doux et calme de Jada. Mais au lieu de me regarder moi, il regarde Radgao.
_ Tu ne devrais pas exister, toi qui n’as pas d’âme. Si tu veux exister, mêler ton sang au mien est la solution.
Nous le regardons, tous deux surpris.
_ Ca veut dire quoi « si je veux exister ? »
_ Tu ne peux mourir que de vieillesse, mais si tu meurs, le monde t’oubliera et ton frère lui-même ne se souviendra jamais que tu as existé ; tu seras effacé de tout souvenir. Si tu possède une âme, tu peux être tué, mais tu survivras dans le souvenir.
_ Qu’est-ce que cela m’apportera que les autres sachent que j’ai existé et que je les ai déçus ?
Je le regarde, interdite. Derrière, les bruits des armes qui s’entrechoquent continuent.
_ Il ne restera pas de toi l’image que tu penses laisser, dis-je. Pour Arog, tu seras celui qui l’a toujours protégé, celui qui a protégé sa mère, un héros. Tu seras son frère qu’il aime et qui l’aime. Tu ne seras pas une vague illusion. Ne vaudrait-il mieux pas être mortel et aimé qu’immortel et inconnu du reste du monde ?
Il réfléchit, la tête baissée.
_ Que dois-je faire ?
_ Me tuer, manger la moitié de mon cœur.
_ Je ne peux pas faire ça.
_ C’est la seule façon. Ton corps et mon âme seront mêlés, tu auras une existence.
Je tends Fiszter Blade au jeune homme, qui fait à nouveau non de la tête.
_ Penses à ton frère.
Mû sans doute par une impulsion, il prend l’arme d’un geste violent et plante la lame dans la poitrine du vieil être. Celui-ci se fige presque instantanément, dans une expression de douceur infinie. D’un geste tremblant, il tranche la peau du Vandel et saisit le cœur grisé qui bat très lentement, se penche vers le corps et, après un dernier regard dans ma direction, mord à pleines dents dans l’organe qui, par cette attaque, se tord à nouveau une dernière fois et arrête tout mouvement, tandis qu’une odeur intenable s’en échappe. Je sais qu’il faut que je me rende utile pendant qu’il trouve une âme. Alors je me lève et vois Kormel. Il se tient debout face à mes amis qu’il a envoyés au tapis. Je me saisis du petit couteau par terre et lui tranche l’arrière d’un genou, lui arrachant un cri strident et je vais pour lui trancher le second qu’il me donne un coup puissant à la tête, m’envoyant à mon tour comme une vulgaire poupée frapper la tête contre la table de marbre. Je sens cette boule haineuse se former, comme elle le fait depuis si longtemps, au fond de mon estomac. Il semble que ça soit mon propre sang qui commence à couler qui réveille cette chose sombre. J’entends un grognement non loin, et mon envie, sans doute appuyée par la haine que je porte à ce Vandel, ressurgit d’un seul coup. Du sang, je veux du sang. Le moindre bruit, le moindre mouvement peut me faire commettre l’irréparable. A nouveau, j’entends ce bruit, et je me jette dans cette direction. Mais quand je vais pour frapper, l’être qui a fait le bruit me colle à terre, et j’entends le son d’une voix qui m’est familière.
_ Aïce, c’est moi !
Cette chose en face de moi me connait ? Mais qui est-ce ? Je ne sais pas quel est cet être que je hais et qui me connait pour me parler avec cette gentillesse, cette grâce et cette douceur d’esprit dont j’ignorais jusque là l’existence. Oui, cette grâce et cette douceur m’insupportent, je le hais, je les hais tous autant qu’ils sont, j’en ignore la cause mais je les hais.
Cette voix pourtant me perturbe, et je tremble. Suis-je ce que je crois être ? Le sang, Le sang me trouble, j’en ai besoin pour me calmer, besoin de sang, besoin de tuer. Mais je ne peux pas tuer cette personne.
Pourquoi ? Je l’ignore. Je ne peux pas porter la main sur cet être vivant là, devant moi, sous mes yeux, sous ma main, sous ma hargne. Je n’ai qu’un seul mouvement à faire, un seul… mais une infime partie de moi sait qui il est et ne veut pas le tuer. Pourquoi ? Pourquoi ne le tuerais-je pas si je le hais ? Je commence à douter. Ma main saisit le premier objet qu’elle trouve sur le sol, une pierre lourde tandis que la voix dans ma tête hurle d’arrêter. Mais je n’y parviens pas, quelque chose me force à le faire, et j’hésite de plus belle ; peut-être cette personne doit-elle être chère à mon âme pour que mon esprit lutte ainsi avec cette main meurtrière pour qu’elle ne la touche pas. Mais alors je ne la haie pas ? Ce corps qui ne m’obéit pas plus qu’à cette voix d’un côté et elle qui me dicte des choses. On dirait que ce corps et cette âme que je ne connais pas luttent l’un contre l’autre. Et moi, que dois-je faire ? Suis-je juste un observateur ou dois-je agir ? Il semblerait que cette même voix s’adresse à moi, alors je décide de l’aider.

Luttant comme je le peux contre mon corps qui répond à cette envie nocturne de sang, j’ai comme l’impression que mes membres sont engourdis et que c’est le vent qui les porte. Mais je me force, je tente de bouger de moi-même toute cette enveloppe qui m’entoure, et je sens quelque chose, des fourmis dans les bras et les jambes, dans les doigts, les pieds, le ventre, le cou. Il est tellement difficile de reprendre le contrôle de mon propre corps, que je croyais pourtant connaître, que j’en grogne mais alors me vient une idée : si je reprends le contrôle, jamais je ne parviendrai à mettre Kormel hors d’état de nuire, car la grande majorité de ce qui forme mon corps sera privée de la force nécessaire. Alors, je me force, plutôt que de tenter de juste reprendre contrôle, à me retourner et à défouler cette rage immense qui m’envahit d’un coup contre Kormel. Devant mes yeux, une couleur rouge a inondé la pièce dans laquelle je me trouve ainsi que tous ses occupants. Je vois une petite forme à terre, je sais qu’il ne faut pas que je porte la main sur elle mais sur la grosse forme qui lève un bras, sans doute dans le but de faire jaillir du sang, du sang.
Voyant cette chose luisante non loin de moi sur le sol, je m’en saisir d’une traite et la lève au dessus de ma tête, tandis que je sens mon corps se jeter sur la grande forme, je m’y accroche d’une main et donne un coup de l’autre. Le sang, j’en hume l’odeur caractéristique, j’en touche la surface chaude et pâteuse, j’aurais tellement envie d’en goûter le plat aux effluves de fer et de l’entendre couler doucement sur ce corps qui défaille sous mon poids. Mes nerfs sont à vif, cette créature qui semble se mourir pousse un cri de surprise et s’effondre sur le sol. Je me lève et sors ma lame de son corps avant de frapper pour déverser ma haine. Frapper, encore et encore. Frapper jusqu’à ce que la fatigue l’emporte.
Puis enfin, je retrouve peu à peu le contrôle de mon corps et de ma colère. Et devant moi, le voile rouge s’enfuit, laissant la place à la pièce sombre et à ce corps sans vie, désarticulé, écrasé, démembré qui se trouve là, face contre terre. Je n’entends plus que ma respiration. Peut-être s’est-il passé quelque chose pendant que j’étais encore prise par cette envie de sang. Mais les formes ondulantes devant moi me font vite comprendre que la seule victime ici de ma violence est Kormel ; Radgao se lève doucement, et vient observer l’être sans vie. Derrière moi, mes compagnons aussi sortent de leur étrange torpeur.
_ Il faut aller retrouver ton frère, dit Esirov pour que l’on ne s’attarde pas sur ce qu’il y a ici de morbide et de malsain.
Nous ne répondons pas, mais sommes tous d’accord avec cette sage décision. Boe récupère son bâton, tombé au sol et le fait disparaître.
_ Et pour Jada ? Demande-t-il. Il a au moins mérité une sépulture.
_ Oui, répond simplement Gaxli.

Après être sortis de la grotte avec, sur le dos de Jec, le corps inerte et totalement blanc du vieux Vandel, et sur le dos de Radgao celui de son petit frère, nous prenons le temps de regarder ou de sentir la pluie tomber sur nos corps meurtris. Cela s’est passé si vite, j’ai pourtant l’impression que des siècles se sont sentis obligés de couler pendant notre combat. Le petit Arog serre son frère dans ses bras. Sous la pluie, qui semble nous laver de cette ambiance pourpre et emplie de malheur, chacun d’entre nous se recueille. Je me trouve un peu plus loin des autres ; Esirov s’approche et me dit :
_ Tu as réussi à garder le contrôle. Bravo.
_ Je n’avais aucun contrôle. J’ai seulement réussi à déverser ma rage sur une autre cible que toi. S’il n’y avait pas eu un danger non loin, je pense que tu serais mort. Toi et toute l’équipe.
_ En tout cas, à présent tu sais diriger ta force démesurée. Disons que c’est un bon début.
Je souris à cette phrase optimiste.
_ C’est un très bon début.
Radgao s’approche à son tour, son petit frère endormi, que la pluie ne semblait guère déranger, dans ses bras. Il semblait chercher ses mots.
_ Merci encore pour tout. Tu m’as sauvé la vie. Je voudrais te présenter des excuses. Tout d’abord parce que je comprends seulement maintenant que tu es plus humaine que Vandel parce que tu sembles réellement leur porter une haine farouche, et ensuite parce que je te comprends un peu. Je suis à présent moi aussi à moitié Vandel.
Je souris à nouveau, et d’un geste doux et presque maternel, je relève sur la tête de l’enfant le drap dans lequel il est enroulé.
_ J’ai acquis la capacité de Jada, comme s’il vivait en moi, quelque part dans ma tête. Je vois tout ce qui se passe autour de nous, et loin, dans le passé, et le futur, je vois l’ombre et la lumière comme si je m’y trouvais, comme si j’en faisais partie.
_ Et que te dit le futur de notre monde ?
_ Un futur très proche me dit que nous devons encore nous battre mais que nous n’attendrons pas très longtemps pour voir enfin les fruits de notre dur labeur.
Malgré la joie merveilleuse qui nous submerge, Esirov et moi, nous nous privons tous deux de commentaire, et aucun ne sourit non plus ; chacun se contente de regarder, de l’entrée de la grotte, la vallée immense qui nous fait face et se retrouve prise dans une brume blanche, comme pure et fraiche. Enfin, la fin de notre calvaire s’annonce.



Fin du Chapitre Second.


Achevée le 29.03.2010
Danaé Leca - Iburo - Vulpes
A mon personnage hybride,
Issu de deux mondes différents…

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    > Moustique : Tu veux foutre Butters à poils pour faire du chantage ? C'est pas un truc de super héros.
    > Le Coon : Tu vois trop petit, tu as une cervelle de moustique ! C'est pas toi qui prépares les plans.
    > Moustique : Ce qui se passe au Golfe est bien plus important.
    > Mysterion : Je suis d'accord.
    > Le Coon : Ca intéresse qui cette marrée noire ?!
    > Boite à Outils : Ecoutes Moustique, Cartman.
    > Le Coon : MA VRAIE IDENTITE EST SECRETE !
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Aceaïte [G]

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Dernière mise à jour le 03/03/2015