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 Je me souviens de... (AP) et autres OSs

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LeeRyn
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MessageJe me souviens de... (AP) et autres OSs   Publié le : Sam 22 Mai 2010 - 17:18

Auteur : LeeRyn

Type : One-Shot d'une série à la longueur encore indéterminée.

Genre : tragico-mignonnique.

Rating : AP (je dirais bien AP- mais on parle un peu de violence, quand même)

Disclaimer : L'univers et les personnages appartiennent à Mme Meyer, la petite voix off et l'histoire sont à moi et vous allez vite comprendre pourquoi.
Résumé : Je me souviens de la première fois qu'il m'en a parlé. J'avais six ans et il devait croire que je ne comprendrais pas la moitié de ses paroles. Ou que je dormais trop profondément pour l'entendre. Mais j'étais éveillée, comme chaque fois.

Note : Ce texte est un prologue dont j'ai choisis de faire un One-Shot pour introduire en douceur (ou presque) le contexte assez particulier des OS qui suivent, juste après celui-ci.

Note 2 :Pour moi, il n'y a rien à rajouter ou à changer dans l'histoire d'origine ou, en tout cas, rien d'assez important à mes yeux pour que je décide de moi-même y remédier au cœur d'une fanfiction, et j'aime trop Bella pour être capable de la jouer, j'ai donc décidé de m'emparer d'un avenir dont personne ne connaît la véritable finalité pour ouvrir une possibilité aussi dure que plausible, même si, c'est vrai, difficile à évoquer.

Que les fans purs et durs m'excusent. Mais qu'ils lisent, ils pourraient même aimer ! ^^

Liste des OSs :
1. Je me souviens de...
2. Le nouveau né de Chine
3. Petit prodige, 1-Bada est fier de toi !
4. Petit prodige, 2-BadaDwa', DadaCob' et compagnie
5. Petit prodige, 3-Bada est très fier de toi !
6. Trois hommes sur une branche

Je n'en attends pas moins vos critiques et espère qu'elles seront postées sous le signe de l'honnêteté radicale. Et c'est ici !

Bonne lecture.


Dernière édition par LeeRyn le Sam 25 Sep 2010 - 3:39, édité 4 fois
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LeeRyn
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MessageRe: Je me souviens de... (AP) et autres OSs   Publié le : Sam 22 Mai 2010 - 18:06

Je me souviens de...


Je me souviens de la première fois où il m'en a parlé.

J'avais six ans et il devait croire que je ne comprendrais pas la moitié de ses paroles. Ou que je dormais trop profondément pour l'entendre.

Mais j'étais éveillée, comme chaque fois.

A force de vivre dans un quasi-silence, mon ouïe s'est affinée bien au-delà de la moyenne. Ainsi que mon odorat, dans leur monde "sans odeur", mon toucher, face à leurs peaux marmoréennes, et ma vue, dans cet univers moitié obscure. Cet autre Monde dans lequel ils évoluaient. Et un étrange sixième sens, une sorte d'incroyable détecteur qui me prévenait invariablement de la présence de tout ce qui m'entourait, vivant ou non, mobile ou immobile. Une "seconde vue". Aveugle. Omniprésente. Infaillible.

Oui, je me souviens de cette nuit-là.

Il est entré dans ma chambre en silence, comme à son habitude, et sa présence m'a réveillée. Il s'est assit sur le fauteuil près de mon lit – une chaise de bureau roulante rembourrée de mousse passée de velours sombre, confortable – et m'a regardé "dormir" un moment. Et puis, statue de marbre aux yeux fixés par-delà moi dans ses souvenirs, il l'a évoquée pour la première fois. Bella.

Alice m'en avait déjà parlé, évasive et succincte et elle avait lâché une phrase sibylline, les yeux dans le vague – de l'avenir ou d'elle-même. « Le temps passe, le monde change, et tout est pareil et différent. »

J'avais alors trois ans, n'avais rien comprit, mais ce moment et cette phrase ce sont gravés en moi à jamais, ciselé dans une pierre que rien n'érode, à quelque profondeur de ma mémoire.

Mais cette nuit-là, assit sur cette chaise à me regarder sans me voir, à l'orée de mes six ans, c'était lui qui m'avait parlé, révélant à l'enfant qu'il croyait endormie un épisode de son existence qu'il n'avait jusqu'alors jamais évoqué. Bella.

Il m'avait avoué sans retenue tout ce pan de sa vie, avant voilé par le secret et la douleur, cette nuit-là révélé dans la peine et l'amertume. Il avait besoin d'en parler, de s'en ouvrir à un être extérieur aux évènements. Qu'importe que cet être n'entende ni ne comprenne, il lui fallait parler, dévider ses souvenirs, ses joies, ses peines, ses angoisses, ses haines et son désespoir. Et il avait parlé.

Il avait rencontré Bella en 2005, en Amérique – à Forks, une petite ville du nord-ouest de l'état de Washington, dans la péninsule d'Olympic (il me dit avoir aimé cette petite bourgade plus pluvieuse et nuageuse que tout ce qu'il eut connu aux Etats-Unis) – cent-six ans plus tôt. Son odeur, au-delà de tout autre, l'avait attiré et séduit. D'abord plein de haine envers lui-même d'avoir tant de mal à se contrôler face à "ce fumet si alléchant", il s'était enfuit, de peur de rompre son régime "végétarien" dans lequel il se contentait, lui qui ne voulait pas devenir un monstre comme nombre d'autres vampires, de sang animal. Et puis il était revenu, se sentant lâche et stupide de sa fuite. Il avait chassé plus que nécessaire pour mieux lui résister et avait découvert l'humaine derrière la proie. Et il en était tombé amoureux. Un amour fou, intense, implacable et pourtant immoral, impossible. Mais là encore, après la fuite il avait choisi le front. Il se ferait une guerre sans merci pour ne pas la tuer, pour ne pas la mordre, mais ne pouvait se résoudre à la quitter.

Bien vite il se rendit compte qu'elle éprouvait la même chose pour lui bien que, simple humaine, le désir de le tuer, de s'en nourrir, ne la tirailla bien sûr pas. Mais jamais elle ne serait en mesure de se faire à son absence.

Et pourtant il partit, vérifiant bien vite son égoïste espoir : elle ne put vivre sans lui. Autant qu'il ne survivait sans elle. Cependant, après l'avoir quitté "pour son bien", elle le sauvât d'une mort certaine dans la capitale du pouvoir vampirique, Volterra, alors qu'il croyait à la sienne.

Mais elle était en vie et il se résolu – sans trop de mal, m'avoua t-il, sourire amer au cœur de son murmure – à ne plus jamais la quitter, quoi qu'il lui en coûte, quelque danger qu'il puisse lui faire courir ou courir lui-même.

Mais, pauvre petite humaine, durant cette longue absence, elle s'était farouchement entichée d'un jeune homme, Jacob, qui s'avéra être un loup-garou, éprit d'elle comme elle de l'homme qui me soufflait ces mots sous un rayon de lune.

Un danger pesant sur elle écarta, le temps d'un songe, la rivalité héréditaire qu'entretiennent loups-garous et vampires. Et, tandis que les deux camps tentaient de coopérer, Jacob et lui se livraient une guerre des tranchées dans la manipulation de Bella, pour l'avoir chacun à son côté alors qu'elle se refusait à choisir. Jacob gagna un baiser, il gagna Bella.

Malgré ses réticences et quoi qu'il fit pour la dissuader, celle-ci persista dans son projet de non-vie éternelle à ses côtés et, amoureux égoïste, il accepta de lui offrir l'immortalité en échange de ce mariage dont il avait si souvent regretté l'inexistence en sa vie humaine.

Elle l'accepta malgré son évidente répulsion pour le rite, prête à tout pour le suivre dans les méandres de son onirique existence.

Après les noces – préparées par Alice, précisa-t-il en souriant à demi – il accéda à une autre des requêtes de sa bien-aimée et ils en conçurent, ils ne surent comment, un être hybride, mi-humain, mi-vampire, qu'ils nommèrent Renesmée. Mais l'enfant, au cœur de sa mère, l'avait par trop épuisée et Bella succomba à la naissance de sa fille. Ne pouvant se résoudre à la laisser mourir, il la transforma et elle le rejoignit dans son univers de songes et de légendes, nouvelle statue sanguinaire au compte du monde, tandis que Jacob, détaché d'elle, s'imprégnait – amour absolu du peuple loup-garou – de la petite hybride qu'il venait de voir naître.

Au besoin de la comprendre – seul être au monde aux pensées duquel il n'avait pas accès – il céda finalement en lui déposant requête : pouvait-elle, pour lui, effacer un moment le bouclier qu'elle dressait instinctivement autour de son esprit de façon à lui offrir ses souvenirs de leur amour ?

Incapable de retrouver tous les souvenirs de son existence humaine, même ceux, précieux, qu'elle espérait avoir conservés de lui, elle lui offrit les quatre manuscrits qu'elle avait écrits durant leur relation, journal intime composé comme une série de romans.

Il souffrit avec elle à tous ces mots de peine qui marquaient leur séparation et resta interdit, me dit-il, devant l'amour, la fascination, la confiance et la détermination de Bella, humaine, face à tout ce qu'il était et avait fait.

Et puis était venu le récit de ses premiers temps vampiriques – auquel il m'avoua avoir grimacé un peu – et dans lequel se tenait l'exposé de leur combat pour faire admettre aux Volturi que Renesmée n'était pas une menace pour le monde surnaturel. Combat qu'ils gagnèrent.

Et la fin de la bataille contre les Volturi venue, ne trouvant pas de point de friction véritable, la trêve entre les Cullen – ma famille – et les loups-garous de Forks se poursuivit.

Et le Mémoire s'arrêtait là, sur une phrase que rien ne pourrait jamais lui faire oublier – comme il connaissait chaque mot, chaque ponctuation de cet amoureux témoignage – « Alors, nous plongeâmes avec enthousiasme dans ce pan, ténu mais parfait, de notre éternité. »

Il y eut un long silence après ces mots, si bien que sans mon sixième sens j'eus cru qu'il était parti.

Mais il était là et, d'une voix rauque, il se remit à parler.

Il me souffla, douleur atroce, que quelques temps plus tard – huit ans environ (mais qu’est-ce que huit ans pour un vampire ?) –, alors que les Volturi avaient laissé Renesmée tranquille, ils s'en prirent de nouveau à la famille, dont Bella faisait désormais partie intégrante, car ils venaient de se rendre compte que des livres détaillés et des films adaptés de ces livres couraient le monde. Bien sûr, ils parlaient des Mémoires de Bella – la « saga Twilight » – qu'Edward et elle avaient fait publier par amusement, sans réellement réfléchir aux conséquences, même si, se fustigea-t-il, il aurait dû, lui au moins, savoir que cela ne passerait pas inaperçu très longtemps et que cela leur amènerait bien des problèmes.

Cependant, ils arrivèrent tant bien que mal, déjouant les stratagèmes complexes de leurs adversaires un à un, à faire basculer le débat, de même que huit ans plus tôt. Alors, l'un des gardes Volturi provoqua les loups-garous de Forks, les injuriant sous des galanteries limpides. Ainsi, les loups s'échauffant, un des plus jeunes n'y tint plus et fit mine d'attaquer. Plus rapide, le garde s'en prit à lui. Mais les loups vivent en meute et l'esprit collectif y est très fort, l'un se bat, tous les autres lui viennent en aide. Et tandis que le tout jeune loup se battait contre le garde Volturi, tous les autres cherchèrent un moyen de l'aider et, s'en prenant à un autre louveteau, les gardes réussirent à déclencher une bagarre collective.

Bella, qui avait le pouvoir de créer un bouclier autour de son esprit et des esprits extérieurs, n'était pas en mesure, cependant, de protéger les corps et quand plusieurs vampires sautèrent sur Jacob – son meilleur ami – et que Renesmée – qui avait atteint trois ans plus tôt sa taille adulte – décida de s'en mêler pour sauver l'homme-loup qu'elle aimait, Bella s'interposa pour les protéger tous deux.

Démétri, Felix – deux gardes Volturi –, Jane et Alec – deux vampires aux pouvoirs offensifs dévastateurs – hors-circuits, les Volturi perdirent leur avantage et la bataille se termina bien vite en faveur des loups et leurs alliés – les Cullen y compris.

Le combat de Bella fut le dernier.

Tandis qu'elle s'interposait, créant un instant de surprise chez les vampires ennemis, Jacob tua l'un d'eux et Renesmée l'autre. Mais les trois derniers eurent le temps de démembrer et de jeter au feu le corps de Bella avant que quiconque eut le temps de réagir.

La bataille était finie, les Volturi n'étaient plus.

Et Bella était morte.

Ils avaient vécu dix ans d'un intolérable bonheur et il se terminait par la mort barbare et si rapide de la femme qu'il aimait au point de lui faire rejoindre les rangs sanglants de sa famille si spéciale, elle sans qui il n'aurait pu vivre.

Et il ne le put pas. Il déchanta, chercha par tous les moyens à mettre fin à son existence pour la rejoindre dans la mort, ne pas vivre sans elle, comme il le lui avait dit un jour en regardant Roméo et Juliette.

Il voulu provoquer les Volturi, réitérer le geste qui avait failli lui valoir la mort des années plus tôt, mais les Volturi n'étaient plus et tous les combats qu'il mena contre tous les vampires qu'il trouva se soldèrent par des échecs à ses plans d'auto-extermination.

Quoi qu'il fit, il finissait par s'en sortir.

« A cause d'Alice et ma famille » souffla-t-il si bas qu'une personne normale ne l'eut pas entendu. « Ils étaient toujours là pour me venir en aide, quel que fut mon propre avis sur la question. Personne ne m'écoutait, personne ne voyait que je ne voulais plus vivre, que tout m'était indifférent, que plus rien n'avait de sens sans elle. Je n'étais plus rien et je préférais en finir et la rejoindre plutôt que de rester en ce monde, loin d'elle, et de vivre encore et encore sa mort à chaque instant. Car rien en mes pensées n'était occupé à autre chose que me rappeler ces abominables images. »

C'est ce qu'il murmura, statue de larmes gelées dans leur étau marmoréen. Car il n'était plus que cela, un océan de larmes que sa nature l'empêchait de verser.

Mais tous les Cullen – Renesmée y compris – étaient arrivés à "gâcher son doux projet" et le seul rappel de sa fille, leur fille, à Bella et lui, l'avait enfin et définitivement empêché d'en finir.

Il y avait ensuite souvent repensé mais le visage de leur enfant – si semblable à sa mère, souvenir impérissable des yeux de son aimée, aux cheveux de bronze, comme lui, mais bouclés, tel ceux de Bella, et aux pommettes de cette dernière –, toujours en son esprit, l'arrêtait chaque fois, reléguant ses plans à d'amères espérances que jamais il ne serait à même d'accomplir. Pas tant qu'une trace de sa bien-aimée subsisterait en ce monde. Et leur fille, fruit de leur amour sans commune mesure, en était la plus tangible et la plus parfaite.

Alors il avait vécu. Survécu. Quatre-vingt-dix ans*.

Et puis j'étais arrivée, nouveau-né bien humain – autant qu'ils puissent en juger –, né en pleine forêt et dont l'odeur trop puissante l'avait fait ralentir sa balade avec sa famille dans les rues de Hong-Kong, une nuit sans lune.

Il m'avait sentie avant tout autre et avait courut à ma rencontre plus vite encore qu'il ne courrait jamais, m'avait attrapée et amené dans leur maison chinoise, se faisant instinctivement mon âpre protecteur. Protecteur qui semblait ne plus vouloir me lâcher et me berçait doucement, bien callée dans ses bras de marbre froid.

Les autres étaient arrivés, avaient tressaillis en sentant mon parfum et le voyant ainsi me protéger et, après quelques délibérations, avaient acceptés de me garder, Esmé et Rosalie pouvant ainsi assouvir leur ineffable désir de pouponner que leur condition d'immortelles obtenue trop jeune leur avait enlevé tandis que tous voyaient là une nouvelle occasion de retrouver le fils, le frère et le père qu'ils avaient perdus en perdant Bella et qu'ils avaient cru ne jamais recouvrer.

J'étais arrivée, il avait semblé reprendre "vie", ils m'avaient acceptée et j'avais grandie, petite humaine fragile, au milieu de sept vampires, une semi-humaine-vampire et un "loup-garou" aux petits soins pour moi. J'étais la chérie de tout le monde et la poupée à mode personnelle et toute désignée d'Alice, folle de joie face à cette nouvelle et évolutive source de distraction.

Carlisle m'avait, à l'instar d'Esmé, prise pour nouvelle enfant ; Rosalie, Renesmée, Jacob et Emmett pour petite sœur, tandis que Jasper ne savait comment réagir. Alors il ne l'avait pas fait. D'abord étranger, il avait attendu l'étincelle qui lui dirait quoi faire. J'avais huit mois quand elle se présenta enfin à lui et il devint alors l'être le plus proche de moi.

Malgré les nombreuses blessures que je réussis à m'infliger, jamais aucun d'eux, pas même Jasper ou Renesmée, ne prêtèrent attention aux marres de sang qui ne manquaient pas d'embaumer toute la maison de la cave au grenier en passant par le garage et les chambres. Ils y semblaient tous parfaitement insensibles, même si j'en voyais parfois un ou deux sourciller à la vue du liquide écarlate qui suintait de quelque blessure sur ma peau.

J'avais six ans quand Edward vint dans ma chambre une nuit de pleine lune pour me parler de lui, pensant que je dormais. Et j'en avais seize quand, par une nuit sans lune, je me glissais à son côté dans ce grand lit, où il aimait à se prélasser en écoutant de la musique ou en lisant quelque livre, pour m'endormir contre la peau froide et marmoréenne de son torse où je posais joue et main, réconfortée par ce contact qu'il était depuis longtemps le seul à me refuser mais qui, dans l'intensité de cette nuit sans astre, ne sembla lui apporter nul tressaillement ni nul inconfort.

*

OWARI

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LeeRyn
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MessageRe: Je me souviens de... (AP) et autres OSs   Publié le : Dim 23 Mai 2010 - 5:51

Auteur : LeeRyn

Genre : OS n°2

Rating : G

Résumé : 100 après la rencontre de Bella et Edward celui-ci fait une découverte pour le moins adorable et étrange.

Disclaimer : l'univers et les personnages - minus le "nouveau-né de Chine" - sont à Mme Meyer, le reste est à moi, même le sort de Bella.

Note : Oui, Bella n'est pas là, oui la raison en est tragique, oui, je sais, c'est mal, méchant, indigne et je suis digne de Voldemort pour ça, mais c'est comme ça !

Lisez quand-même, ça pourrait même vous plaire !

Note 2 : Tout cela se passe en 2105, exactement 100 ans après la rencontre de Bella et Edward, comme dit plus haut.

Bonne lecture !

P.S : Vos commentaires sont mon seul paiement et ma seule façon de savoir où sont mes bons et mauvais points, profitez-en ! L'honnêteté radicale au pouvoir !

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Dernière édition par LeeRyn le Dim 23 Mai 2010 - 6:17, édité 1 fois
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LeeRyn
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MessageRe: Je me souviens de... (AP) et autres OSs   Publié le : Dim 23 Mai 2010 - 5:51

Le nouveau-né de Chine


POV Edward Cullen


Il était vingt-trois heures dans la capitale chinoise et le film était fini.

Ce soir-là, les chinois avaient passé en salle leur dernière adaptation en date des Mémoires de Bella et nous avions tous décidé d'aller voir ce que cela donnait.

Médiocre.

Les physiques n'avaient pas été respectés – j'étais devenu blond, Carlisle, Jasper et Rosalie, roux et les autres oscillaient entre un brun sale et un châtain poussiéreux, Rosalie était minuscule tandis qu'Alice dépassait Esmé et Bella, Emmett s'apparentait plus à un sumo qu'à une montagne de muscle, Jasper était hyper androgyne et je ressemblais à une mauvaise reproduction d'un tableau de Picasso –, les acteurs surjouaient, les décors présentaient des plaines arides et la luminescence de la peau de ces pseudo-vampires avait disparue, remplacé par des auréoles d'un rouge malsain.

Médiocre.

L'adaptation japonaise de la décennie précédente surpassait de loin celle-ci, et pourtant elle n'était pas non plus une réussite.

Le cinéma asiatique avait vraiment perdu ses lettres de noblesses. Et pourtant, dieu sait que j'avais aimé les films japonais et indiens, cent ans plus tôt.

Mais de nos jours, plus rien n'avait de sens dans ces pays d'orient où la crise économique mondiale avait été la plus sévère.

Nous sortions du cinéma en riant – Emmett avait fait une blague et Jasper avait riposté avec des accents théâtraux des plus comiques –, et nous dirigions vers le kiosque de l'entrée pour acheter le BluRayDisc du film, comme nous le faisions toujours.

C'était une habitude. Carlisle prétextait aider l'économie du pays, Emmett voulait pouvoir rire de nouveau à tout moment de ces ineptes mascarades, Renesmée désirait revoir tous les visages qu'on avait prêté à sa famille à travers le temps et je refusais catégoriquement de laisser échapper la moindre trace de l'existence de Bella, si débilitante et désagréable fut-elle.

-Donne-lui donc un pourboire, souffla Carlisle à Emmett, qui sortait des billets de son portefeuille de cuir kaki.

-Un pourboire ? Pour cette daube ? ricana Emmett.

-Emmett, voyons ! le gronda Esmé. Un peu de respect, tout de même, ce monsieur n'y est pour rien.

-D'accord maman, rigola mon colosse de frère en plaçant sur le comptoir deux fois la somme due.

-C'est bien, mon chéri, sourit Esmé.

Elle adorait que nous l'appelions maman, c'était son petit bonheur personnel à elle qui n'avait pu chérir enfant de son vivant. Nous étions, au même titre que Carlisle, sa récompense et sa raison de vivre.

Je l'avais compris cent ans plus tôt quand elle m'avait expliqué que l'amour qu'elle entretenait pour chacun de nous avait la même force que celui que j'avais pour Bella, bien qu'il soit différent. Alors j'avais arrêté de courir le monde chercher la mort et j'avais commencé un deuil long et douloureux. Aujourd'hui encore, mon deuil n'est pas complet, il me manque quelque chose, mais c'est une chose que je ne peux avoir, que je me refuse à pervertir. Tout le monde me dit que je devrais, que je ne devrais pas me retenir ainsi, exiger trop de moi, mais je ne veux pas prendre une nouvelle vie. Carlisle, Esmé et Rosalie respectent mon choix, Emmett y est indifférent et Alice et Jasper me désapprouvent. Qu'importe.

L'employer du kiosque regarda Emmett sans comprendre et Carlisle lui sourit.

-Pour votre peine, informa-t-il dans un chinois parfait le vieil homme ridé figé dans sa surprise.

Le vieux lui fit un sourire incertain et empocha la monnaie sans discuter, de peur qu'on la lui reprenne.

Il tendit le BluRay à Emmett et nous sortîmes sous les rires de ce dernier.

Parfois, je me demandais s'il avait la capacité d'être sérieux mais il semblait qu'il en soit parfaitement dépourvu.

Rosalie disait que c'était de la naïveté et que c'était adorable, moi je penchais plus pour une impossibilité psychologique à évaluer dangers et tensions. Comme s'il était resté irrémédiablement bloqué à l'enfance.

Dans un sens, c'était rafraichissant d'avoir une personne incapable d'idées noires près de soi, mais dans un autre, il m'arrivait de vouloir lui arracher la tête tant sa bonne humeur permanente me donnait envie de vomir. Si j'avais pu vomir…

En cet instant précis Jasper et Alice espéraient bientôt retrouver leur petit cottage à quelques kilomètres de la maison principale, Jacob et Renesmée rêvassaient l'un à l'autre, Carlisle cherchait quel livre il allait bien pouvoir lire ce soir, Esmé pensait à ses plans pour la petite ferme abandonnée qu'elle avait trouvé non loin de chez nous et Emmett se repassait le film en ricanant.

Quant à Rosalie, elle m'observait. Comme d'habitude.

Depuis la mort de Bella et mon retour à la "normalité", elle s'inquiétait de mon moindre sourire, sursautait à mon moindre rire et cillait à chaque accord de piano. Elle était la seule à réellement considérer les améliorations de mon caractère et de mon humeur comme des subterfuges.

Depuis quand n'était-elle plus aussi vaine ni obnubilée par elle-même ? Je n'aurais su le dire tant cela s'était fait progressivement.

Mais elle passait son temps à s'inquiéter pour moi. Au point que j'en venais presque à me sentir coupable de la minuscule ridule qui s'était formé entre ses sourcils à force de soucis.

Fermant mon esprit aux pensées des autres, je réfléchis un instant à ce que j'allai faire cette nuit. Il serait peut-être bon que je chasse, cela faisait trois jours que je n'avais pas bu une goutte de sang et si je n'avais pas soif du tout, je commençais à sérieusement m'ennuyer. Une petite partie de chasse, même en solitaire, serait la bienvenue.

Nous marchions tranquillement dans les rues de la ville quand une bourrasque m'amena une odeur étrange, tout à la fois familière et parfaitement inconnue. Cette odeur me brûla la gorge et je sentis monter en moi un dangereux instinct, une soif irrépressible, le venin inonda ma bouche et je perdis le fil de mon monologue intérieur.

Je connaissais cette sensation, je l'avais autrefois ressentie aussi, avec une force égale.

Je m'arrêtai, cherchant un moyen de me soustraire à cette envie de mordre.

J'avais plus de contrôle sur moi, aujourd'hui, je pouvais m'empêcher de faire une victime. Je le pouvais. Il le fallait.

Tandis que je me répétais ces phrases comme un mantra sans pour autant qu'elles eussent beaucoup d'efficacité, Carlisle revint vers moi. Je n'y fis pas attention. Il me demanda ce que j'avais. Je ne lui répondis pas. Rosalie capta mon regard, il la transperça de part en part pour se perdre dans les arbres à quelques mètres de là. C'était de là que venait cette odeur. C'était là qu'il fallait que j'aille.

Non, il ne le fallait pas, surtout pas ! Oui, mais j'en avais tellement envie. L'odeur me brûlait la gorge et j'avais tellement soif, soudain. Je pouvais toujours jeter un coup d'œil à la pauvre créature qui rappelait mon monstre intérieur à mes bons souvenirs. Oui, tiens, très bonne excuse, le coup d'œil. Non, il ne fallait en aucun cas que je cède ! Surtout pas ! Mais déjà mes jambes me portaient vers les broussailles de la forêt. J'avais beau réprimer mon instinct prédateur, ma soif immonde, mon corps agissait seul et je courais, volais presque, vers la fragrance entêtante devenue mon seul objectif, ma seul pensée, ma parfaite incohérence, mon irrémédiable but.

La soif, la curiosité, et autre chose que je n'identifiais pas me poussaient en avant, m'amenant à courir toujours plus vite. Et toujours plus vite je me rapprochais de la pauvre petite chose fragile qui serait sans aucun doute mon repas ce soir. Pauvre humain, pauvre humaine, perdre la vie si vite. Je ne m'attarderais pas, je pouvais au moins lui offrir ça : une mort rapide.

Les arbres défilaient, la forêt se densifiait mais je continuais à courir. J'entendais les autres derrière moi mais quelle importance ? Le temps qu'ils arrivent j'aurais fini mon repas depuis longtemps et serais repartit chasser quelque animal pour diluer le rougeoiement de mes pupilles, entièrement rassasié mais un tant soit peu coupable, tout de même.

Ce fut cette pensée qui m'arrêta, la désinvolture avec laquelle je considérais mes futurs remords et la mort de cette odeur. Cette pensée ou peut-être autre chose, car je n'étais plus au milieu des arbres mais au bord d'une petite clairière illuminée par la pleine lune.

L'odeur était là mais il y avait autre chose. Quelque chose d'ignoble qui me fit retenir mon souffle.

En face de moi, à quelques mètres à peine, des loups étaient en train de déchiqueter une charogne d'à peine quelques heures. Ils se battaient entre eux pour un morceau de viande. Mais ce ne fut pas tant le spectacle de ce dépouillage en règle que l'origine de la viande qui me donna la nausée. Que des loups se battent pour un morceau de chair, qu'importe, mais la chair en question appartenait cette fois à un cadavre humain.

Je n'avais pas besoin d'un pas de plus pour savoir que l'humain était une humaine, qu'elle avait été enceinte encore trois heures plus tôt – à l'odeur – et qu'elle avait été d'une grande beauté.

Son visage – seule partie de son corps encore intacte – était celui d'une jeune indienne. Pas une Hindoue, non, une véritable indienne, comme Jacob. Elle avait la même peau brun-roux, les mêmes cheveux d'un noir d'encre, lisses et soyeux, et les mêmes yeux noirs. Ses yeux morts regardaient quelque chose sur sa gauche, son regard opaque reflétant encore une infini tendresse.

J'avais jugé de tout cela en moins d'un quart de seconde et m'approchai d'un pas. Les loups n'eurent aucune réaction, trop occupés à leur ignoble entreprise. Je fis un autre pas, un loup grogna, couina et s'enfuit. Les autres suivirent. Une seconde était passée et la clairière était soudain vide, me laissant en compagnie du cadavre mutilé.

Je m'approchai encore, faisant taire ma répulsion, l'odeur était là, tout près, se mêlant à celle des loups, de la forêt et de la charogne. Elle me brûlait la gorge comme jamais et je n'avais qu'une envie, voir à qui elle appartenait pour m'enfuir avec, finir mon repas dans un endroit moins macabre.

Un centième de seconde après la désertion des charognards, j'étais à côté de la jeune indienne morte.

Une nouvelle fois son expression m'interloqua : sa tendresse, son amour, traversant le dais laiteux de ses yeux aveugles semblaient ne pas vouloir quitter son visage, figé dans la mort, un sourire doux aux lèvres. Je suivis son regard et tombait sur la seule chose à laquelle je ne m'attendais pas : un bébé. Un nouveau-né intact endormi à quelques centimètres du cadavre.

Le cordon ombilical était coupé et noué sur son petit ventre, sa peau était sèche, sans trace des fluides habituels : quelqu'un avait été là et avait offert ses premiers soins à la jeune fille– car elle ne devait pas avoir plus de seize ans – et son nourrisson, avant de laisser mère et enfant pour courir loin des loups qui avaient dus sentir le sang de l'accouchement. Un lâche qui n'avait même pas sauvé le petit. Ou plutôt la petite, car c'était une fille. Une superbe, une magnifique et adorable petite fille à la peau brun-roux et au duvet hirsute d'un noir d'encre sur son petit crâne fragile.

Ses poings microscopiques étaient serrés contre sa poitrine minuscule et ses toutes petites jambes repliées sur son ventre. Elle était vraiment sublime. J'en avais vu des bébés durant ma longue existence, dont ma propre fille, mais cette petite chose au cœur papillonnant était plus belle encore que tout les nourrissons que j'avais pus observer. Et c'était d'elle que venait l'odeur qui me consumait entièrement et faisait affluer ma salive venimeuse.

Incapable de me retenir, je m'accroupis près d'elle, imprimai dans mon esprit le moindre détail de la scène et la soulevai dans ma main, car elle n'était pas beaucoup plus grande que cela.

Comment un bébé pouvait-il avoir pareille odeur ? Et comment allai-je me rassasier de si peu de sang ? Cette dernière pensée me cloua sur place, de nouveau, et je considérai la petite chose dans ma main.

Soudain elle eut un hoquet et ouvrit brusquement les yeux en prenant d'infimes inspirations rapides, comme si elle avait manqué d'air. Son regard se planta dans le mien, sa respiration se calma instantanément et je ne pus me détacher de ses yeux étranges, pas tout à fait noirs mais ni gris ni marron. La soif disparue instantanément, aussitôt remplacée par un instinct parfaitement opposé : l'instinct de conservation, non pas envers moi, mais envers elle. Une certitude aussi absolue qu'inattendue se grava en moi immédiatement : je devais la protéger à tout prix. Rien n'existait plus qu'elle, aussi fragile, aussi humaine fut-elle, cette petite fille était la seule chose au monde qui comptait. Tout le reste, ma famille, mes amis, mes souvenirs, toutes mes attaches au travers du temps et du monde ne comptaient plus. Il n'y avait plus qu'elle. Où elle irait, j'irai aussi, rien ne pourrait plus jamais me séparer d'elle. L'attraction de la Terre sous mes pieds, tout ce qui me rattachait à ce monde se perdit dans ses yeux tandis que mon cœur semblait vouloir transpercer ma poitrine de pierre pour se réchauffer aux battements du sien.

Elle pencha la tête sur le côté, son regard toujours fiché dans le mien et je vis dans son esprit s'imprimer la couleur de mes yeux. Topaze, les aurait décrits Bella. Alors, je sursautai. Un vampire pouvait-il être sujet aux hallucinations ? Sans doute. Ce que j'avais vu ne pouvait-être réel ! Ses yeux à la couleur incertaine venaient de foncer d'un coup, prenant la noirceur caractéristique des indiens d'Amérique, exactement comme Jacob, Seth ou encore Leah et puis, une seconde plus tard, ils étaient revenus à leur couleur originelle et avaient commencé à s'éclaircir. Sous mes yeux ébahis, son regard passa du noir d'encre au marron chocolat, vira à l'oranger pour finir par un miel à la clarté lumineuse. Ses yeux d'une couleur indéfinie étaient devenus d'ambre, une ambre plus pur que tout ce que l'on eu jamais trouvé au monde, une ambre que même ses pupilles noires n'arrivaient à trancher, comme si le miel pur de ses yeux se coulait autour d'une minuscule bille de laque.

Ses pupilles s'agrandirent jusqu'à éclipser entièrement l'ambre de son regard – était-ce un phénomène normal ? – et je sentis un étrange picotement partir de mes yeux, filer dans mon nerf optique, atteindre mon cerveau et se répandre à une vitesse fulgurante dans le reste de mon corps, se transformant en chaleur, une chaleur douce, paisible, infiniment agréable, puis de plus en plus intense. Etais-je en train de revivre ma mort, ma transformation ? Le feu de mon corps se fit plus intense encore et se retira soudain au moment où il allait devenir insupportable.

Les yeux de la petite redevinrent d'ambre clair et je me rendis compte que l'éternité que j'avais prêtée à l'instant n'était en fait que quelques secondes, le temps d'une respiration pour le petit être magnifique et étrange que je tenais dans ma paume.

Mes doigts se plièrent un peu, lui redressant la tête et je vis dans son esprit tout neuf quelque chose qui me stupéfia : mes propres pensées s'inscrivaient en elle ! Comment était-ce possible ? Avait-elle, elle aussi, le don de lire dans les pensées ? Manifestement, c'était effectivement le cas. Mais, elle n'était pas vampire ! Ni même semi-vampire, comme Renesmée, alors comment ? Comment ce bébé âgé de tout au plus trois heures était-il capable de capter mes pensées avec autant de clarté ?

Mon propre don ne s'était réellement manifesté qu'à ma renaissance ! J'avais peu de souvenir de mon ancienne vie mais je savais une chose avec une certitude absolue : si j'avais eu la capacité inné de comprendre les autres et de savoir quoi leur dire, de comprendre leurs cheminement mentaux instinctivement, je n'avais entendu leurs pensées qu'une fois la douleur de la transformation estompée.

J'entendis des bruits de courses à des kilomètres de moi et, me redressant immédiatement, ne cherchai pas à en identifier la source pour partir comme un dératé me réfugier à la maison. Là-bas, la petite serait plus en sécurité que dans ces bois infestés de charognard. Sans ralentir, j'enlevai un bras de ma veste de cuir rembourré de coton, passai le nourrisson d'une main à l'autre, retirait l'autre manche et enroulai le bébé dedans. Bien au chaud, correctement callée contre mon torse d'un bras ferme, elle me fixa un moment de ses yeux clairs avant de pousser un petit bâillement adorable, plissant ses lèvres minuscules en un "o" parfait, laissa retomber ses paupières, assombrissant puis cachant son fabuleux regard, et s'endormit. Le tout n'avait pas pris plus de quelques secondes.

Je fus en un temps record – même pour moi – devant la grande maison de pierre dont Esmé avait fait les plans quelques mois plus tôt, quand le Japon était devenu trop petit pour nous cacher convenablement et que nous nous étions réfugier dans un petit bois à quelques encablures de Hong-Kong.

Je ne m'attardai pas à l'extérieur, trop dangereux pour la petite, et entrai immédiatement, refermant soigneusement la porte avant de monter à l'étage, dans ma chambre, d'en bloquer également l'accès autant que possible avec le nourrisson dans une main – je refusai de la lâcher ne serait-ce qu'une seconde, trop de choses pouvaient arriver en une seconde – et me rencognai sur mon canapé de cuir noir.

Ne sachant que faire d'autre, je la berçai en fredonnant doucement l'air préféré d'Esmé.

Un bruit au rez-de-chaussée m'apprit bientôt qu'on essayait d'entrer. Une peur incompréhensible et irrépressible monta en moi et me broya les os.

Quelques secondes plus tard ma porte s'ouvrait à la volée et toute ma famille s'arrêtait sur le seuil, complètement abasourdie.

Un grondement de tonnerre s'éleva dans la pièce cependant que les pensées des autres me traversaient de part en part.

Un nourrisson, mon dieu ! s'exclama intérieurement Carlisle tandis que l'odeur du sang et de la peau de la petite perçait – pour la première fois depuis plus de deux cens ans – ses parfaites défenses, faisant affluer le venin dans sa bouche.

Un nouveau-né ! se récrièrent Alice, Jasper, Esmé, Rosalie, Emmett et Renesmée dans un parfait accord mental tout à fait inconscient alors que la fragrance envoûtante de ma minuscule protégée embrasait leurs gorges.

Et le fait qu'Alice ne l'ai pas vu plus tôt me laissa perplexe.

-Un bébé ? s'étrangla Jacob en me regardant pour la première fois en cent ans avec une moue aussi horrifiée que dégoûtée.

Il leur fallut une seconde pour penser et dire tout cela cependant qu'il m'en fallait une autre pour comprendre que le grognement d'avertissement sauvage venait de moi.

La petite eut un hoquet, son cœur microscopique se mit à battre plus vite et l'odeur de la peur modifia son fabuleux parfum.

Dans les esprits alentour je la vis ouvrir les yeux, fixer son regard sur moi, son instinct lui apprit que c'était de moi que venait le bruit terrifiant qui résonnait à ses minuscules oreilles et elle se mit à pleurer.

Après un dixième de seconde de réflexion je décidai de voir ce qui n'allait pas, juste un coup d'œil rapide, rien de plus, il ne fallait pas que je baisse ma garde trop longtemps ou les autres en profiteraient.

Elle hoqueta un sanglot et ses yeux se plantèrent dans les miens. Instantanément, elle se calma et sa petite bouche me fit un sourire.

Je sentis quelque chose bouger à la porte et me retournai de suite vers ma famille en grondant de plus belle.

Venant de huit esprits différents je vis le nourrisson tourner son incroyable regard vers Carlisle et le venin de celui-ci reflua, remplacé par un instinct protecteur qui me rassura immédiatement.

Il fit un pas, les autres le suivirent et tandis que je grognai à l'intention du reste de ma famille, il tendit la main en arrière pour leur intimer de ne pas bouger.

Les yeux d'ambre se fichèrent dans ceux d'Esmé et le même phénomène s'opéra instantanément, puis ce fut au tour de Rosalie, Renesmée, Emmett et Alice.

Jasper aussi rencontra le regard clair de la petite mais avec lui, le venin reflua et rien ne vint remplacer l'instinct prédateur disparu.

Alors ils approchèrent tous d'un pas, mon grognement me surpris moi-même et me contrôlant au mieux je les laissai en faire un autre.

Carlisle fut le premier à me rejoindre puis ce fut Esmé et les autres suivirent. Tous s'accroupirent autour de moi et ma protégée, Jacob comprit, tandis que Jasper restait droit comme un piquet, à un mètre de là, à la fois méfiant et complètement abasourdi par la scène.

Carlisle approcha les doigts et, un grognement montant des tréfonds de ma gorge, sa main se retira aussitôt.

-N'essayez pas de l'approcher, pouffa Jacob en s'asseyant à côté de moi, je crois que notre pauvre Edward vient de découvrir un truc important !

-Quoi donc ? s'enquirent d'une même voix mes deux sœurs, ma fille et ma mère.

-Que ce n'est pas réservé qu'aux loups-garous !

-De quoi tu parles, clébard ? s'énerva immédiatement Rosalie.

-Voyons, Blondie, c'est pourtant parfaitement évident ! Edward vient de s'imprégner !

Les regards de tout le monde, le mien y comprit, se tournèrent vers le loup hilare.

-De quoi parles-tu, Jacob ? répéta Renesmée de sa voix douce et mélodieuse.

-Regarde-le, Nessie chérie ! s'esclaffa-t-il. Ça ne te rappelle pas quelque chose ?

Ma fille eut un hoquet de stupeur et reporta son regard sur moi. Dans son esprit je vis une image d'une netteté parfaite : Jacob debout au milieu du salon de la maison de Forks, sa mine furieuse s'illuminant en rencontrant les yeux de mon bébé, quelques minutes après sa naissance. On aurait dit qu'il avait soudain perdu tout ses repères et que le monde entier n'avait plus d'importance, plus rien ne comptait que le petit être qui le fixait de ses yeux chocolat. Et puis, à cette image se superposa mon propre visage, une seconde plus tôt. La même expression éclairait mes traits de pierre.

Je mis une seconde de plus que nécessaire pour comprendre ce que je venais d'entendre.

-Mais c'est impossible, Jacob, voyons, l'imprégnation est un trait purement "modificateur", défendis-je mollement.

-Tu crois ? Mais ce bébé n'est pas un "modificateur", que je sache, elle sent le loup, mais ça sent aussi la charogne et on a vu la clairière macabre. Elle a l'air tout à fait humaine, alors c'est que les vampires aussi sont sujet à l'imprégnation, beau-papa, rigola-t-il.

Carlisle et moi nous regardâmes. Je n'avais pas besoin de lire dans son esprit pour savoir qu'il brûlait de curiosité.

Il reporta son regard sur la petite et eut un sursaut de surprise.

-Incroyable !

-Quoi donc ? demanda aussitôt Esmé.

-Je n'y avais pas prêté attention car j'étais obnubiler par Edward mais cette enfant à les yeux couleur d'ambre, sa peau est brun-roux et elle semble nous voir parfaitement !

-Et alors ? s'étonna Emmett, qui n'avait pas fait médecine, cependant que je percutais aussi.

-Alors un nouveau-né humain de moins de trois heures a la peau blanche et les yeux noirs, expliquai-je, suivant les pensées de Carlisle et ma médecine. Il peut fixer son regard et suivre un objet des yeux si celui-ci est assez près de lui et assez attractif de par son contraste, son intensité lumineuse ou son mouvement mais rien de plus. Hors elle me voit parfaitement, elle a d'ailleurs une vue supérieur à celle d'un humain normal, constatai-je, ébahis et effrayé.

Si elle avait une évolution accélérer comme cela semblait être le cas avec son regard, était-elle à moitié vampire ? Non impossible, sa peau était aussi souple que celle d'un humain ! Renesmée avait la peau aussi dure que tout vampire, bien qu'elle soit chaude.

-Carlisle, soufflai-je, mal à l'aise, soudain.

-Oui ?

-Il y a eut un, non… deux… phénomènes… étranges, dans la clairière. Plutôt trois, même.

-Lesquels ? m'interrogea-t-il, dévoré par la curiosité.

-Eh bien, d'abord, je l'ai pris dans la main et elle n'a pas frissonné. Elle n'a pas eu l'air d'avoir froid. Quand elle a ouvert les yeux, elle les a tout de suite plantés dans les miens et ils oscillaient entre le noir, le gris et le marron foncé. Et puis, la couleur de mes yeux s'est inscrite dans son esprit et ses yeux sont devenus entièrement noir, soudain. Et… Ensuite, ils sont passés par le brun chocolat, l'oranger de nos regards et sont devenus de cette étrange couleur ambre. Tout cela n'a pas duré plus de quelques secondes…

-Oh !

Cette fois, mon père était réellement, entièrement et irrépressiblement fasciné par le petit ange dans ma veste.

-Les bébés "modificateurs" ne font pas ça, affirma tout de suite Jacob et nous opinâmes tous, ayant vu le premier fils de Sam Uley à la naissance comme Carlisle procédait à l'accouchement, quatre-vingt et quelques années plus tôt.

-Les nouveau-nés vampires non plus, acquiesça Carlisle en se pinçant le menton, pensif. J'avoue que j'envie un peu ton don, en cet instant, mon fils, me sourit-il. Si je pouvais moi aussi lire dans les pensées je verrai ce qu'elle voit. Ce pourrait être vraiment très instructif.

Il soupira et je me souvins avoir parlé de seulement deux des trois choses étranges.

-Il s'est passé autre chose.

-Le troisième mystère, sourit encore mon père.

-Oui.

-Qu'est-ce donc ?

-Eh bien... hésitai-je.

Fallait-il que j'en parle ? Etait-ce vraiment si étrange ? Rien ne pouvait-il être normal chez cette petite chose adorable ? Je décidais de me lancer malgré tout. Je voulais résoudre ce "mystère" aussi et mon père pourrait peut-être m'y aider.

-Une fois ses yeux ayant pris la couleur de l'ambre, ses pupilles se sont dilater jusqu'à ne plus laisser une parcelle d'iris, un picotement m'a traverser en passant par les yeux, s'est répandu de mon cerveau au reste de mon corps et s'est transformer en une chaleur de plus en plus intense. Un instant j'ai cru devoir revivre la douleur de la transformation mais cela s'est arrêté net juste avant de devenir insoutenable et l'instant d'après ses pupilles se rétractaient et elle lisait dans mes propres pensées.

-Elle quoi ? s'étrangla ma famille au grand complet.

-C'est… parfaitement incroyable ! s'extasia Carlisle, parfaitement consumé par sa curiosité débordante.

La petite émit un gazouillis adorable, fit une bulle, planta ses yeux dans les miens, me sourit, bâilla et s'endormit.

-Elle a sourit ! s'étonna Carlisle. Incroyable !

Il réfléchit quelques instants et une idée étrange germa dans son esprit.

-On peut toujours essayer, acquiesçai-je.

-Tu crois que cela marchera ?

-Nous ne le saurons qu'en le tentant.

Carlisle opina et demanda à Renesmée de se rapprocher.

Elle s'exécuta sans un mot et il lui demanda de toucher la petite mais il ne se passa rien.

-Peut-être doit-elle la porter, proposa timidement mon père.

Je grognai instinctivement puis lançai un regard d'excuse à ma fille qui me sourit et passa les mains sous la veste dans laquelle dormait le bébé.

-Elle était nue, objectai-je en la sortant du vêtement pour la poser sur ses mains chaudes.

Son cœur battit deux petits coups, elle hoqueta, s'éveilla en haletant et planta son regard d'ambre dans les yeux chocolat de Nessie. Ses pupilles se dilatèrent jusqu'à éclipser entièrement ses iris, je sentis par son esprit le corps de Renesmée la picoter puis la brûler de la même façon que cela m'était arrivé et la chaleur reflua au moment où elle devenait insupportable. Alors les yeux du nourrisson reprirent leur couleur miel et, comme elle l'avait fait pour moi, elle sembla tester la capacité de Nessie : levant son poing minuscule, elle toucha le visage de ma fille et je vis défiler dans son esprit tout ce qu'elle avait enregistré depuis qu'elle avait ouvert les yeux sur moi, une heure plus tôt. Mes réflexions et mes souvenirs de ces moments succédèrent aux images de son passé tout neuf et Renesmée écarquilla les yeux.

-C'était aussi étrange pour vous que ça l'est pour moi, au début ? me demanda-t-elle, stupéfaite.

Je lui souris, la petite aussi.

-Que fait-elle ? s'enquirent les autres.

-Exactement la même chose que moi, elle m'envoie des images !

Carlisle approcha ses longs doigts froids avec une mine aussi curieuse que circonspecte. Il s'arrêta à quelques centimètres de la petite, me demanda la permission d'un regard et la souleva de ses grandes mains à la précision chirurgicale, imprimant la pression exacte de mains humaines sur le petit corps découvert.

-Elle est magnifique, constata Rosalie, émerveillée, tandis que les autres opinaient. Pourrais-je la prendre aussi ?

J'acquiesçai. Tout le monde pourrait la porter, personne n'était plus un danger pour elle, dans cette pièce. Même Jasper, qui pourtant ne ressentait pas cette irrépressible attirance pour elle, ne se résoudrait pas à la tuer.

La petite regarda Carlisle dans les yeux un moment mais ses pupilles de se dilatèrent pas. Elle se contenta de le détailler d'un air curieux. Ses traits s'imprimèrent dans son esprit et elle lui sourit aussi.

Un sourire immense illumina le visage de mon père et il l'approcha de son visage. Un quart de seconde une peur inutile me tordit le ventre mais je me résonnai vite, il était incapable de lui faire le moindre mal, un charme instantané et parfaitement incompréhensible opérait sur lui comme sur tous les autres à l'exception de Jasper.

La petite posa son petit poing fermé sur sa joue et lui rendit l'image de son visage, il sourit de plus belle et caressa son nez du bout du sien. Et elle fit quelque chose de parfaitement inattendue : elle le mordit ! Une simple pression de ses microscopiques gencives roses sur le nez blanc de mon père mais, de surprise, celui-ci la recula de quelques millimètres. Elle lui fit une moue tout à fait adorable et lui envoya une image qu'elle avait pioché dans ma tête quand je l'avais trouvée : mes dents se plantant dans son petit corps.

-Oh ! s'exclama Carlisle. Incroyable ! Elle a vu cette pensée dans ton esprit et l'a reproduite !

-Quelle pensée ? s'enquirent Renesmée, Esmé, Rosalie, Alice, Jacob et Emmett d'une même voix.

-J'ai… J'ai imaginé planter mes dents en elle, l'espace d'une seconde, quand je l'ai trouvé, et elle l'a capté… expliquai-je, honteux.

Les autres me regardèrent un moment, ils comprenaient parfaitement et cela me rassura.

Elle émit un petit gazouillement, fit une nouvelle bulle et puis Jacob souffla quelque chose auquel aucun de nous n'avait pensé.

-Dites, ce n'est pas que je m'impatiente mais elle pue la charogne, la Miss, on pourrait la laver, non ?

-Dans ma salle de bain ! ordonna immédiatement Alice et nous nous dirigeâmes en procession vers l'immense salle d'eau des appartements de ma sœur.

Bien sûr, la salle était assez grande pour laisser entrer un groupe deux fois plus grand que le nôtre et la baignoire ronde assez large pour que nous puissions tous nous installer autour. Ou dedans d'ailleurs. Et cela sans la moindre gêne.

Je n'eus pas besoin de prononcer un mot pour que Carlisle me la rende et me laissai me glisser, en caleçon, dans le grand jacuzzi d'Alice. Celle-ci m'y rejoignit immédiatement en sous-vêtements et fit couler l'eau. Elle avait à peine ouvert les robinets que tous les autres, Jasper y comprit, se coulaient près de nous. Ce dernier se mit derrière sa femme.

Quand l'eau nous arriva à la taille, je plongeai délicatement la petite dedans, la laissant doucement s'habituer à la température, idéale, et au manque de consistance du liquide. Elle pataugea, sourit et frappa la surface de ses poings minuscules.

-Elle est vraiment adorable, souligna Jacob.

-Je peux la prendre, maintenant ? s'impatienta Rosalie.

-Si tu me la rends ensuite, la taquinai-je.

Elle me fit un sourire amusé et attrapa délicatement le bébé qui planta ses grands yeux clairs dans les siens. Son visage s'imprima dans l'esprit du bébé et elle tendit le poing. Rosalie, habituée avec Renesmée, approcha sa joue et sourit quand elle lui transmit sa propre image.

-Eh oui, c'est moi, petit amour, roucoula ma sœur et frottant son nez à celui du nourrisson.

La petite la mordit et Rosalie se mit à rire.

-Mais c'est que tu es féroce, mon ange !

Son sourire provoqua celui du nouveau-né et elle la tendit à Emmett. Celui-ci vit sa propre image par le poing de la petite, eut droit à un sourire, lui fit une grimace comique qui fit pleurer l'enfant et il la passa précipitamment à Jacob.

Amusé par la défection horrifiée du colosse, celui-ci empoigna doucement la gamine et lui fit un grand sourire.

La petite arrêta instantanément de pleurer et lui rendit son sourire et son image. Il sortit un bout de langue entre ses lèvres et la petite ouvrit la bouche en un "o" délicat pour faire pareil, ce qui nous fit tous rire. Et puis ce fut au tour d'Esmé, qui trépignait d'impatience dans les bras de Carlisle.

-Bonsoir, toi, murmura-t-elle en lui faisant un sourire.

Elle eut droit à la rituelle image d'elle-même et me la rendit en soupirant.

Elle voulait la garder encore un peu.

Je lui fis un sourire d'excuse et reportai mon entière attention sur le petit bout de chou entre mes doigts.

Tiens ! C'était bien la première fois que j'employais cette expression : "bout de chou" ! Cela lui allait comme un gant, cependant, et je ne me privais pas pour l'employer.

En frottant délicatement sa peau pour en faire partir la poussière et les résidus d'odeurs de loup et de charogne, une idée me vint.

-Dis-moi, petit bout de chou, roucoulai-je à mon tour – quel étrange sensation ! Tu n'as pas de nom, n'est-ce pas ? Il va falloir t'en trouver un !

-Si nous la gardons, objecta Jasper sous les regards ahuris et incertains des autres.

En effet, je ne me posais pas la question, pour moi la réponse était évidente, je refusais de m'en séparer, mais les autres avaient aussi leur mot à dire. Dans une moindre mesure…

-Eh bien… commença Carlisle.

-Votons ! le devançai-je.

Rosalie, Esmé, Renesmée, Jacob, Emmett et moi votâmes "oui".

Carlisle me lança un regard incertain et Alice soupira.

-Il reste un problème, affirma-t-elle. Nous saurons nous occuper d'elle mais n'est-ce pas trop dangereux de la garder avec nous alors que tous les vampires du monde nous cherchent ?

-Ils veulent simplement nous reconnaître comme famille régnante, objecta Emmett.

-Oui, mais tous ne sauront pas se contrôler face à son odeur, asséna Jasper. Nous avons tous été tenté de la tuer, dans les premiers instants, aucun de nous ne peut le nier. Si, comme moi, les autres ne sont pas sensibles à son regard et à son sourire, nous risquerions de la mettre plus en danger ici que partout ailleurs où nous ne serions pas.

-Jasper n'a pas tort, acquiesça Carlisle à regret. Il serait sans doute plus prudent de l'amener à un temple et de la laisser au soin de moines.

-Et si demain un vampire passe près du temple, sens son odeur, entre et la tue, aura-t-elle été plus en sécurité là-bas ou ici ? m'énervai-je malgré moi. Les moines ne pourront rien contre un ou plusieurs vampires. Là où ils penseront d'abord à se protéger et oublieront sa présence, nous n'aurons à nous préoccuper que de sa seule sécurité ! Nous serons neuf à veiller sur elle, que pourrait-il bien lui arriver ? Toi-même, tu te trouves incapable de la tuer ! accusai-je Jasper.

-Je n'en suis pas incapable, se défendit-il par fierté, cela me répugne, c'est autre chose !

Je grognai vaguement et reportai mon attention sur la petite, qui me regardait sans ciller.

Elle tendit le poing et je l'approchai de ma joue.

Elle fit défiler les dernières minutes, me montrant mon propre visage. Elle s'arrêta un instant sur l'expression mauvaise que j'avais lancé à Jasper une seconde plus tôt et me fit entendre mon propre grognement et puis sa petite main retomba.

Je n'étais pas sûr de comprendre. Un nouveau-né humain était plus incohérent qu'un semi-vampire mais cette petite semblait parfaitement éveillée, même si elle ne comprenait pas et se contentait de… constater, devait-être le mot. Oui, elle constatait. Son éveil n'était pas assez avancé pour qu'elle pose des questions mais elle semblait remarquer les différences et, sans les analyser, les répertoriait inconsciemment.

Sans doute le regard que j'avais lancé à Jasper lui avait-il fait peur.

Je lui fis un sourire pour la rassurer, elle me le rendit, se fendit d'un "o" fatigué et s'endormit.

-En tout cas, cette petite est comme toi, Jacob, elle s'endort n'importe où, n'importe comment et à une vitesse peu commune, s'amusa Emmett.

Rosalie se mit à rire.

-Mais elle ne ronfle pas, elle ! se moqua-t-elle.

Jacob lui fit une grimace et les autres rirent aussi, Jasper excepté car il était obnubilé par cette histoire de vote.

Tout le monde voulait garder la petite mais il ne semblait pas vraiment d'accord. Il n'était pas complètement contre non plus. Se débattant avec lui-même il finit par lever les yeux vers moi.

-Nous verrons, trancha-t-il comme s'il me donnait un sursit.

Toutes les femmes de l'assistance affichèrent des airs béats et en voyant le visage rayonnant d'Alice, la résolution de mon frère vacilla. Si elle voulait tant garder l'enfant, il ne s'y opposerait certainement pas. Si la petite faisait le bonheur de sa femme alors qu'elle reste, les plaisirs de son Ame importaient plus que tout.

Il n'avait rien décidé pour lui mais elle saurait le faire céder, je n'en doutais pas un instant.

Après le bain collectif, nous nous séchâmes et j'enroulai la petite dans la plus douce couverture que nous avions – remarquant au passage les différentes composantes de son odeur entêtante : herbe fraichement coupée, miel (deux fragrances étranges pour un humain), fleur de lys, rose et lotus –, le temps de lui faire un lit de bébé. Je doutais qu'elle en eut besoin un jour mais pourquoi pas, après tout. Esmé avait eu cette idée pour "marquer le coup" comme elle disait.

Nous nous installâmes tous dans l'immense salon du rez-de-chaussée et nous passâmes la petite endormie pour que chacun apporte sa touche au berceau.

J'y gravais moi-même quelques notes de musique car une mélodie me venait soudain.

A peine eu-je fini mon œuvre que je me précipitai sur le piano et commençai à composer.

Les notes me vinrent avec plus de facilité encore que ne m'était venu la Berceuse de Bella.

Des accords aux résonnances un peu enfantines résonnèrent dans la pièce, attirant les regards de tous, faisant vaciller encore la résolution de Jasper quand il vit le visage plein d'espoir d'Esmé – je n'avais pas composé depuis près de cinquante ans. La partie était gagnée.

Je repensai à Bella, ma douce, ma tendre Bella, la femme que j'avais aimé le plus au monde. Cet amour que je pensais voir mourir un jour ou me consumer était toujours là, intact et la douleur de sa perte me submergea de nouveau mais mon regard se porta sur le bébé endormi dans les bras de Rosalie et une lueur d'espoir et de joie se ralluma en moi.

Et la mélodie s'enchaîna sans heurt, parfaite et parfaitement en accord avec mes sentiments : la douleur d'avoir perdu Bella, l'amour infini que je lui portais, le bonheur intense et étrange d'avoir trouvé la petite ce soir-là, le besoin non moins étrange de la protéger, l'exaltation d'avoir sauvé ce petit être chétif et sans défense des griffes de loups affamés.

Calme et très tendre, la musique m'exprimait, elle parlait pour moi.

La tendresse que je ressentais déjà pour le bébé mêlée à l'espoir fou qu'avait fait naître en moi le mot "imprégnation", la douleur, aussi, de penser que quelqu'un puisse remplacer Bella, que j'avais aimé à désirer mourir avec elle. La mélancolie de n'avoir pu la sauver et d'emmener dans mon monde un autre être fragile et vulnérable – car les paroles de Jasper faisaient doucement leur chemin en moi – et toujours cet espoir aveugle et égoïste de retrouver un être qui compte pour moi comme comptait Bella, de retrouver une raison de vivre, la joie qui accompagnait cet espoir, l'amour que j'avais pour Bella, celui que je pressentais pour la petite et la douceur et le calme, toujours, que m'apportait inexplicablement la présence de la fillette à mes côtés. Et puis, sans que je m'en rende compte, se mêlèrent à tout cela les accents du danger. Celui que je représentais pour la petite, celui que représentait pour elle ma famille et tous les êtres – vampires y comprit, bien sûr – qui se repaissaient de chair ou de sang humain, guidés par leur odorat. Mais l'espoir toujours revenait, alors je sus comment je nommerais cet enfant.

Pandora.

*

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LeeRyn
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MessageRe: Je me souviens de... (AP) et autres OSs   Publié le : Dim 23 Mai 2010 - 5:52

Auteur : LeeRyn

Genre : Three-Shots tout mimi

Rating : G

Résumé : Pandora fait des progrès et Edward est aussi gaga qu'il est inquiet.

Disclaimer : l'univers et les personnages - minus Pandora - sont à Mme Meyer, le reste est à moi, eh oui !

Et pour les commentaires, c'est par ici !^^

Bonne lecture !

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Dernière édition par LeeRyn le Dim 23 Mai 2010 - 6:16, édité 1 fois
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LeeRyn
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MessageRe: Je me souviens de... (AP) et autres OSs   Publié le : Dim 23 Mai 2010 - 5:54

Petit prodige !


1- Bada, est fier de toi !


POV Edward Cullen


-Bonjour, ma chérie, souris-je à la petite fille de deux mois qui me regardait depuis le fond de son berceau.

Elle me sourit, ses petits poings se tendirent vers moi et une image se forma dans son esprit : je la tenais dans mes bras.

Je ne pus m'empêcher de laisser échapper un petit rire en la prenant. Ses doigts minuscules s'ouvrirent et agrippèrent mes pouces.

-Dites donc, mademoiselle, c'est que vous en avez de la force, souris-je de plus belle.

Elle serra plus fort alors que je la déposais sur la table à langer et refusa de lâcher mes doigts tandis que je me penchais pour l'embrasser sur le front.

Sa petite bouche s'ouvrit et elle colla ses gencives microscopiques sur mon menton. Je ne pus m'empêcher de glousser – j'avais parfois l'impression d'être un imbécile, mais au moins j'étais un imbécile heureux ! – et reculai en claquant doucement la langue.

-Ntut ntut ntut, ma puce, on ne mord pas, c'est mal élevé !

Rosalie débarqua à ce moment-là et me gâcha un peu mon plaisir. Depuis que Pandora était entrée dans nos vies je n'avais pas eu une seconde seul avec elle, ma sœur me collant aux basques comme une moule à son rocher. Bon Dieu ! N'allait-elle jamais me laisser tranquille ?

Je soupirai et me tournai à demi vers elle.

-Tu ne pourrais pas me laisser quelques minutes avec elle, seul ?

Dans tes rêves, gronda-t-elle intérieurement.

Soupirant de nouveau je m'adressai à la petite.

-Tata Rose est méchante, ma chérie, elle est collante et elle ne laisse pas un instant de répit à Bada !

Bada. C'est ainsi que je m'étais moi-même surnommé pour elle, refusant de prendre le rôle de père qu'elle me ferait sans doute aucun quitter un jour – je le réservais à Carlisle, qui en sautait partout de joie – et ne voulant pas non plus qu'elle me prenne pour son frère, son oncle ou tout autre que moi-même. Pour elle j'étais Bada, les autres étaient maman (Esmé), papa (Carlisle) et tatas et tontons. Aucun n'avait protesté, estimant qu'il me revenait à moi, futur élu de son petit cœur chaud, de décider de leurs rôles dans sa vie.

Je pouvais cependant rêver pour la soustraire à leurs regards énamourés. Je l'aurais embarquée pour le pôle Nord qu'il l'aurait suivi à la trace. J'aurai pu courir le monde avec elle, ils n'auraient jamais lâché prise. Dans un sens, je les comprenais, j'aurai fais exactement pareil, mais en même temps, je n'arrivais pas à trouver un seul moment où aucun d'eux ne venait me déranger. Pas un instant de tranquillité depuis deux mois. Un calvaire que seule la présence de mon petit bout de chou chéri adoucissait significativement.

Et un autre avantage particulièrement jouissif…

Rosalie me poussa et la prit dans ses bras. Elle lui caressa le nez du sien et l'embrassa sur le front mais la petite ne l'entendait pas de cette oreille et lui plaqua ses deux poings minuscules sur les joues avec un regard décidé particulièrement étrange chez une petite humaine de son âge (nous ne savions comment la dénommer, sinon "humaine", car nous avions l'intuition qu'elle l'était tout en étant bien plus (Alice ne la "voyait" pas), mais plus quoi ? Nous n'en savions rien. Elle n'était pas semi-vampire et Carlisle n'avait trouvé aucun chromosome "modificateur". Nous étions complètement perdus quant à son origine et ses gènes véritables, car de ce que Carlisle avait trouvé, ils étaient parfaitement humains). Elle encra mon visage dans l'esprit de ma sœur et fit défiler toute sa journée, jeux, couches, repas, bain, avec mon visage en arrière plan. Ni le sien ni celui de personne d'autre, le mien !

Cet autre avantage particulièrement jouissif était simple et pourtant gonflait mon cœur mort à tel point qu'il me donnait toujours l'impression de vouloir sortir de ma poitrine pour s'envoler : j'étais son préféré !

Quoi qu'il arrive, quoi qu'elle fasse, j'étais le seul qu'elle réclamait en permanence. A tel point que je ne chassais plus que quand elle dormait. Mais je m'en fichais comme d'une guigne car j'étais son préféré !

Rosalie ne la lâchait toujours pas, roucoulant qu'elle était magnifique et que je n'étais pas disponible mais Pandora avait une volonté de fer quand il s'agissait de m'avoir à ses côtés et elle agrippa une mèche des précieux cheveux de ma sœur et tira dessus en incrustant mon visage dans son cerveau.

Rose grogna, la petite tira un peu plus et elle soupira en me la rendant.

-Merci ! claironnai-je pour l'énerver. Alors mon petit ange, on n'aime pas tata Rose ? Tu as bien raison, ajoutai-je, sachant que cela mettrait ma blonde soeurette dans une colère noire.

Et bien sûr, j'avais parfaitement raison. Elle me lança un regard à geler les tropiques mais resta plantée là. Le sourire que m'envoya la petite l'acheva et elle courut encastrer quelques arbres et déformer un peu les monts proches, histoire de se calmer.

Gagné ! La petite était à moi encore pour quelques instants.

-Bravo bout de chou, ronronnai-je à ma petite chérie, on forme une sacrée équipe, tous les deux ! Tu as vu comme tata Rose est partie vite ! Eh eh ! On est tranquille pour au moins cinq bonnes minutes !

Son sourire s'élargit et je la reposais sur la table à langer. Une main sur son petit ventre, je me penchai, attrapai une couche et les lingettes, du pied, je frappai le tiroir de la commode derrière moi, il s'ouvrit – il bloquait souvent, d'où le coup de pied – j'en tirai un gant de toilette et débouchai la bouteille d'eau minérale qui pendouillait dans une des poches du tapis de lange.

Pandora ne m'avait pas quitté des yeux et imprimait dans son esprit mes moindres mouvements. Et je souriais béatement. Incroyable comme s'occuper d'un bébé pouvait être un bonheur absolu !

-Badabadabadabadabadabada, gazouilla-t-elle.

Eh oui ! Elle ne disait que ça "badabadabada", c'est pour cette simple raison que j'avais pris le surnom de Bada. Il exaspérait Rosalie, faisait rire Emmett, sourire les autres et soupirer Jasper.

Je sentis Alice approcher et poussai un grognement d'avertissement. Elle s'arrêta un quart de seconde et reparti dans le sens opposé.

-Bada ! s'écria Pandora en partant dans les aigus.

Ses minuscules sourcils froncés et ses petits poings et pieds s'agitant en tous sens semblaient s'accorder à son petit cri et je souris en m'imaginant qu'elle m'avait grondé.

Mais mon image et mon grondement s'incrustèrent dans son esprit et elle réitéra son cri aigu. Je levai un sourcil, envoûté par ce que j'avais l'impression d'entrevoir. Mon visage et mon grondement résonnaient en boucle dans sa tête et chaque fois elle criait "bada" en s'agitant, sourcil froncés.

-Tu… tu me gronde ? soufflai-je, incertain, me sentant complètement ridicule.

Ses petits sourcils se levèrent et son visage s'éclaira. J'avais déjà vu cette expression nombre de fois. C'était celle que faisaient les gens quand on comprenait exactement ce qu'il voulait que l'on comprenne.

-Tu me gronde ? répétai-je, abasourdi.

Une telle chose était-elle possible ? Un bébé de deux mois dont les capacités neuronales n'était normalement pas très évoluées était-il réellement en train d'essayer de me "parler" ? De me gronder de surcroit ?

-Bada ! fit-elle d'un air satisfait et je hoquetai de surprise.

-Carlisle ! appelai-je, incapable de garder l'étrange nouvelle pour moi.

En quelques secondes mon père fut près de moi, toute la famille à ses trousses.

-Oui ? me demanda-t-il, manifestement inquiet.

J'avais dus laisser transparaitre mon ahurissement.

-Euh… C'est… C'est complètement fou mais… Je… Je crois qu'elle m'a grondé…

-Elle t'a grondé ? Comment cela ? m'interrogea-t-il, curieux et sceptique. Elle a imité un grognement, elle…

-Non, elle m'a grondé, l'interrompis-je. Alice s'est approchée, je lui ai grogné dessus et Pandora m'a grondé.

Je vis Alice sourire sur ma gauche et reportai mon attention sur la petite qui me regardait toujours de ses yeux d'ambre pure.

-Elle a l'air comme d'habitude, objecta Carlisle. Elle te regarde, sourit, gigote. Rien d'extra…

Je poussai un grognement d'avertissement dans le vide. La réaction de la petite ne se fit pas attendre.

-Bada ! s'écria-t-elle en fronçant les sourcils et en repassant la scène dans son esprit.

Tous les autres se figèrent de stupéfaction et mon père posa une main sur mon avant-bras pour que je recommence.

-Bada ! se récria de suite la petite.

-Incroyable ! s'extasia Carlisle.

-Baba ! sourit-elle en se tournant vers lui, son visage dans la tête.

-Elle… Elle te reconnaît !

Alice apparu, son visage de lutin à quelques centimètres de la petite.

-Dada ! sourit la petite en pensant à son visage.

-Toi aussi.

Ils y passèrent tous et nous nous rendîmes compte que Baba représentait Carlisle et Esmé, Dada, les "tatas" et les "tontons". Ebahis, nous regardions la petite.

Nous réessayâmes plusieurs fois, histoire d'être sûrs, mais elle ne se trompa pas une seule fois.

Et puis, alors que je l'asseyais sur son tapis à langer pour lui retirer son body, elle tint sa tête toute seule.

Carlisle la regardait faire, abasourdie. Il la secoua tout doucement et elle oscilla un peu mais resta en place.

Il attrapa une lampe de poche, l'alluma et, la braquant vers le plafond, la balada devant ses yeux.

La réaction ne se fit pas attendre : elle gazouilla, remua les bras vers l'objet et se pencha quand il le recula.

-Ah ! Baba ! Bababababa ! babilla-t-elle en se tendant vers la main de mon père.

Carlisle rapprocha la lampe, elle poussa un petit cri et éclata de rire.

-Elle… Elle rit ! s'exclama mon père ! Incroyable ! Elle a le corps d'un nourrisson de deux mois chétif mais ses capacités mentales sont celles d'un bébé de quatre mois !

Me rappelant mon dernier passage en école de médecine, j'allongeai la petite et la chatouillait doucement.

Elle poussa un petit cri adorable et rit aux éclats en m'attrapant les doigts.

-Surprenant ! Son corps évolue normalement mais son esprit apprend deux fois plus vite !

Carlisle et moi nous regardâmes et, d'un mouvement commun, nous baissèrent – suivis de très près par les autres. A peine avions nous disparu de son champ de vision qu'elle se mettait à pleurer.

Nous nous relevâmes et nous regardèrent.

-Bada ! m'appela la petite.

Instinctivement je lui présentai mon doigt. Elle l'agrippa, la mit à la bouche, mordit et commença à téter en me regardant dans les yeux. Un biberon se forma dans son esprit.

-Elle veut manger.

-Les bébés tètent pour toutes sortent de raisons, tempéra Carlisle.

-Non, elle a faim, elle me montre un biberon.

La seconde d'après, Rose avait disparue. Elle revint bientôt avec le lait chaud et la petite lâcha immédiatement mon doigt et tendit ses petits bras vers la boisson.

-Dabadabadabada ! ronronna-t-elle.

J'approchai le biberon, elle le toucha des doigts, je le reculai, elle se pencha vers lui, je le rapprochai, elle se redressa en l'agrippant et le tira vers elle de toute ses forces.

-Bada ! s'écria-t-elle en fronçant les sourcils, me montrant l'image de biberon dans sa bouche puis d'une morsure et du biberon loin d'elle.

-Elle a du caractère ! s'extasia Esmé, qui avait suivit toute la scène à ma droite, tandis que je leur décrivais les images qui étaient apparues dans son esprit.

-Si j'ai bien compris son langage, elle te mord si tu ne le lui donne pas ! rit Emmett.

Je laissai Pandora s'emparer du biberon mais elle n'avait pas assez de force et celui-ci tomba sur son petit visage. A peine l'avait-il touchée qu'elle gazouillait en gigotant les pieds, si bien que si je n'avais eu la main dans son dos, elle aurait basculé. L'image du biberon s'incrusta dans ses pensées et mon visage se planta en fond.

-Bada ! Brrrrrrrrr !

Je souris, amusé et émerveillé et mis la tétine à sa portée. Immédiatement, elle se pencha dessus, la mit en bouche, la mordit un peu et commença à téter, me serrant les doigts pour que je ne m'échappe pas avec son précieux repas.

Autour de moi, les expressions amusées remplaçaient le scepticisme et l'émerveillement.

Je la pris dans mes bras pour qu'elle tète correctement et ses traits satisfaits me firent sourire.

*

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LeeRyn
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MessageRe: Je me souviens de... (AP) et autres OSs   Publié le : Dim 23 Mai 2010 - 5:58

Petit prodige !

2- BadaDwa', DadaCob' et compagnie


POV Edward Cullen

-Joyeux anniversaire, mon ange ! Aujourd'hui, tu as cinq mois ! m'extasia-je devant le bout de chou qui me souriait sur son tapis de jeux.

-Arrête un peu, rigola Jacob à côté de moi, tu vas finir par exploser !

Tu fais poire, pensa-t-il.

-Tant pis ! Si j'explose, ce sera de bonheur et de contentement !

-Tu la gâte trop, soupira Jacob, un grand sourire aux lèvres.

-Quelle mauvaise foi ! C'est toi qui lui offre un nouveau bracelet toute les semaines !

-Bah ! C'est qu'un bracelet ! Elle adore les figurines en bois que je mets dessus mais elles sont trop petites pour que je lui donne seules.

-En parlant de ça, tu as un de ces bouts de bois que tu utilise ?

-Ils sèchent dans le garage.

Aussitôt dit, aussitôt parti, je pilai près du tas de bois, pris le plus gros morceau et retournai m'asseoir à côté du loup.

Il me regarda, une surprise blasée planté sur les traits fins de son visage adolescent.

-Tu c'est que c'est à moi, ça ? soupira-t-il une fois la surprise passée.

-Je te découperais un arbre centenaire pour compenser, ricanai-je et il sourit.

-J'aimerai bien m'attaquer à de l'ébène, la prochaine fois !

-Ne pousse pas trop, quand même ! Un ébénier ! Et puis quoi encore ?

-Un érable ? De l'acajou ?

-Jacob !

Il éclata de rire, la petite braqua ses grands yeux clairs sur lui et se mit à rire aussi.

-Eh oui ! Il est drôle, tonton Jake ! s'auto-congratula le loup en offrant un sourire éblouissant à Pandora. Eh oui, ma puce, hein ! Il est drôle, tonton !

-Toi aussi tu fais poire, souris-je.

-Tu parles, elle est adorable, comment tu veux faire autrement ? soupira-t-il, théâtral.

A ce moment Carlisle franchit le seuil avec sa sacoche de travail, Pandora se tourna vers lui, lui fit un sourire immense et, tendant les bras vers lui, fit quelque chose qu'elle n'aurait jamais du savoir faire à son âge :

-Papa ! s'exclama-t-elle.

Il lui fit un grand sourire, se figea, rencontra mon regard et son expression refléta la mienne : l'ahurissement le plus total.

-Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta de suite Jacob.

-Elle… Elle vient de dire papa, souffla Carlisle.

-J'ai bien entendu, et alors ?

-Les… Les enfants commencent à dire "papa" et "maman" vers neuf-dix mois.

Jacob se tourna vers la petite, surprit.

-Neuf mois ? répéta-t-il.

-Incroyable ! murmura Carlisle. Ses progrès sont prodigieux.

-Papa ! appela Pandora, montant dans les aigus, en lui tendant les bras, une expression agacée sur le visage.

-Oui, ma puce, sourit Carlisle en s'approchant, lui cachant son trouble.

Il la souleva et elle lui fit un sourire satisfait en battant des mains.

Dans son esprit s'inscrivit un mot que nous prononcions souvent à son intention – comment avait-elle pu comprendre ? –, "bravo".

-Alors, mon petit ange, ça va ? s'enquit inutilement Carlisle, puisqu'elle ne pouvait pas comprendre.

-Yi ! s'exclama-t-elle tout de même, nous figeant de surprise. BadaDwa' y DadaCob' ! rit-elle en se retournant vers nous, nos visages imprimés dans son esprit. Mama ? demanda-t-elle ensuite.

Nous la regardions, tous trois affichant une surprise et une inquiétude plus grande encore.

Elle sembla croire que nous n'avions pas comprit et, plantant sa petite main sur la joue de Carlisle, lui envoya l'image d'Esmé.

-Oui, s'ébroua Carlisle. Oui, maman arrive, ma puce.

Elle lui fit un grand sourire et tapa des mains en riant.

Carlisle vint s'asseoir près de nous et la reposa.

-BadaDwa' ! appela-t-elle et je me tournai vers elle.

Elle dû percevoir mon inquiétude car elle fronça ses petits sourcils, se mit à quatre pattes et crapahuta vers moi. Encore quelque chose qu'elle n'aurait jamais du savoir faire à cinq mois.

Prenant appui sur mes jambes en tailleur, elle se mit debout et toucha ma main, en suspens au-dessus du morceau de bois que je tenais toujours.

L'image de mon visage, surprit et perdu, m'apparut et, lâchant enfin mon bloc de bois, je la pris dans mes bras, et la regardais dans les yeux.

-Dis-moi, ma puce, est-ce que tu comprends ce que je te dis ? lui demandai-je, prêts, pensai-je, à tout encaisser.

-Yi, dit-elle avec un sérieux peu commun chez un bébé, surtout si jeune et je manquai la lâcher de surprise, ahuris et inquiet. Bada ?

Elle m'envoya une image inquiète où quelqu'un la disputait et je secouai la tête, me reprenant.

-Non, ma puce, tu n'as rien fait de mal.

Elle me fit un sourire timide et gigota pour descendre.

Un instant plus tard elle était sur son tapis de jeux et s'amusait avec une petite balle en plastique.

Reprenant contenance, je cherchai autour de moi le morceau de bois. Il me fallut une seconde de plus que la normale pour me rendre compte qu'il était encore sur mes genoux.

Alors je le regardai, cherchant quelle forme lui donner et puis me décidai.

Et, du bout des doigts, je retirai des morceaux plus ou moins gros du bout de bois et une forme commença à se profiler.

-Eh ben ! Si j'avais votre force, tout serait tellement plus facile, rit Jacob.

Je ne pus m'empêcher de lui sourire mais les exploits de la petite étaient encore trop récents en mon esprit, je m'inquiétais de cette évolution si rapide. Trop rapide. Et si elle ne grandissait jamais vraiment ? Et si son évolution mentale était une façon de nous prévenir du manque de suivit de son corps ? Et si…

-Bada ! m'appela-t-elle.

Je levai le regard et croisai ses yeux d'ambre. Elle me fit un grand sourire que je ne pus m'empêcher de lui rendre et je la vis crapahuter jusqu'à moi. Elle tapa dans le bout de bois qui reposait encore sur mes genoux et je le levai par réflexe, ce qui sembla la contenter. Elle attrapa le tissu de mon jean et tira de toute la force de ses petits bras, se hissant sur mes jambes en tailleur. Et puis, une fois là, fit passer ses petites jambes en avant et se laissa tomber entre les miennes. Alors elle vint se lover contre moi, sa tête au creux de ma hanche, regardant avec curiosité ce que devenait le morceau de bois.

Il ne fallut pas plus de quelques minutes pour que sa petite bouche forme un adorable "o" et qu'elle s'endorme tout contre moi.

Le contact de son petit corps contre le mien annihila tout souci de mes pensées et je peaufinai tranquillement mon œuvre de petits détails fait du bout des ongles.

Son corps minuscule replié sur lui-même dans ma main, exacte reproduction de sa découverte dans la forêt de Hong-Kong.

Alors une idée me vint que je ne laisserai jamais échapper. Mais je n'en ferais part à personne et ne la lui présenterais que bien plus tard.

Oui, bien plus tard.

Après avoir recollé les lambeaux d'un passé brisé.*

*

OWARI

* Oui, moi, je sais ce qu'il s'est passé, mais je ne vous le dirais pas, au cas où je décide, un jour, de le poster ^^

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MessageRe: Je me souviens de... (AP) et autres OSs   Publié le : Dim 23 Mai 2010 - 6:00

Petit prodige !

3- Bada est très fier de toi !


POV Edward Cullen


-Edward, mon chéri, viens voir, s'il-te-plait, m'appela Esmé de l'autre bout de la grande salle qui tenait lieu, pour moitié, de rez-de-chaussée à notre maison de Norvège.

Je me levai, surpris, caressai du bout des doigts la joue de Pandora, lui ébouriffai les cheveux et rejoignis ma mère.

-La petite comprend beaucoup de chose, s'excusa-t-elle. Quand as-tu chassé pour la dernière fois ?

Je la regardai et fermai mon esprit comme j'avais appris à le faire pour que mon petit bout de chou n'y voit pas les choses à même de la traumatiser.

-Il y a trois semaines, répondis-je tandis que la petite m'appelait, surprise de ne plus sentir ma conscience contre la sienne.

-Il faudrait que tu y pense, tu sais, tu ne vas pas pouvoir rester avec elle indéfiniment sans te nourrir.

Je hochai la tête alors que Pandora me réclamai un peu plus fort.

-Viens mon bébé, roucoula Rosalie en s'approchant d'elle dans mon dos.

Je me retournai pour la voir repoussée par l'adorable bébé qui criaillait maintenant mon nom avec une pointe d'agacement assez amusante.

Je plantai mes yeux dans les siens et lui fis un sourire. Elle me sourit aussi mais voyant que je ne bougeais pas, fronça les sourcils, donna une tape à Rosalie et piqua une crise cependant que celle-ci la réprimandait.

Elle poussa un cri si aigu que Rose en sursauta, lui frappa les mains de ses petits poings serrés, lui mordit un doigt de ses gencives et lui tira les cheveux avec tellement de hargne que ma sœur grimaça.

Elle finit par la lâcher et la petite se tourna vers moi d'un air résolu tout à fait charmant, se mit à quatre patte et, s'appuyant tant bien que mal, se mit debout toute seule sous nos yeux émerveillés.

Tout le monde avait accouru en l'entendant geindre et se rebeller contre l'autorité de notre blonde amie et ils se précipitèrent immédiatement autour d'elle pour la toucher mais je sifflai pour les rappeler à l'ordre et ils bifurquèrent vers moi cependant que je m'accroupissais en souriant à Pandora et l'appelais, les bras tendus vers elle.

Elle eut un grand sourire et fit un pas mal assuré, tomba, se releva et recommença.

Je m'approchai d'elle et la serrai dans mes bras de joie. Mon petit bout de chou avait fait ses premiers pas !

Elle avait à peine six mois et marchait déjà !

-Bravo, mon petit ange ! Bravo, Bada est très fière de toi ! Tu es merveilleuse ! m'extasiai-je en la félicitant. Oh ! Je t'adore, mon bébé, tu le sais, ça ? Dis, mon petit amour, tu recommence ? Tu le refais pour moi ?

Elle me sourit et tandis que je la reposai sur le sol, se concentra sur ses petites jambes et en avança une avec un air déterminé tellement mignon que je manquai fondre véritablement.

Oui, j'étais complètement gaga, mais comment ne pas l'être ?

Je m'écartai un peu et elle me rejoignit en trois pas incertains mais parfaits.

Je lui touchai le bout du nez, elle se mit à rire et tomba sur les fesses. Son rire hoqueta, ses yeux s'agrandirent de surprise et elle éclata de nouveau de rire alors que son expression avait été si comique que nous n'avions pu nous empêcher de nous esclaffer de bon cœur également.

-Badwa' ! rit-elle en me tendant ses petites mains.

Je le pris contre moi et son rire s'étouffa dans mes bras dans un chuintement comique. Elle riait tellement qu'elle n'arrivait plus à produire de réel son.

Incapable de retenir ma joie, je l'accompagnai, le regard tendre et le corps gonflé de bonheur.

Ce petit ange était un prodige et elle était à moi !

*

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MessageRe: Je me souviens de... (AP) et autres OSs   Publié le : Dim 23 Mai 2010 - 6:06

Auteur : LeeRyn

Genre : OS souvenirs, souvenirs...

Rating : G

Résumé : Seth est curieux, Edward bavard et, pour le plus grand plaisir du premier, le second revisite l'éternité.

Disclaimer : l'univers et les personnages - minus Pandora - sont à Mme Meyer, le reste est à moi, eh oui !

Note : dans cet OS, Pandora a 15 ans et notre famille vampirique préférée est de retour dans sa maison de Forks.

Note 2 : comme me l'a fait remarqué quelqu'un, le début est peut-être un peu long, mais, elle l'a dit, elle ne regrette pas de s'être accroché et d'avoir tout lu. Si elle peut le faire, vous aussi, non ? Et ça se trouve, vous non plus, vous ne le regretterez pas ! Qui sait ?

Et n'oubliez pas de me laisser un petit commentaire ici ^^

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MessageRe: Je me souviens de... (AP) et autres OSs   Publié le : Dim 23 Mai 2010 - 6:14

Trois hommes sur une branche…


Jacob était assit sur une des branches du grand épicéa qui trônait fièrement juste en face de la chambre de Pandora. Il voyait, comme chaque matin, le soleil qui montait, pâle reflet rougeoyant dans la baie vitrée qui composait trois des façades de la maison. Mais il ne regardait pas le levé du soleil. Non, ce qu'il observait, perché dans son arbre, c'était Pandora. Pandora et Seth.

Cela faisait sept mois que son subordonné (comme il détestait ce terme !) et sa "petite sœur" sortaient ensembles.

La veille au soir, comme tous les habitants de la Maison Cullen, Jacob avait entendu la requête de Seth qui, à près de cent-vingt-huit ans maintenant, s'était amouraché de la petite pseudo-humaine qui vivait depuis sa naissance dans l'antre des vampires végétariens de la péninsule d'Olympic.

Seth était amoureux de Pandora et la veille, il avait demandé – avec une solennité qui ne lui ressemblait en rien – l'autorisation à Carlisle – que tous considéraient comme le vrai père de Pandora, même si c'était impossible – de rester avec la petite pour la nuit.

Cela avait fait l'effet d'une bombe dans la Maison Cullen : les tourtereaux n'avaient rien fait !

Tout le monde pensait que Pandy et son loup-garou chéri étaient depuis longtemps passés aux choses sérieuses, qu'ils avaient dépassé le stade du baiser volé et de la papouille tremblotante. Après tout, Seth était plus que centenaire et Pandy était, hors situation familiale, une adolescente comme les autres. Ou du moins, c'est ce dont tous, jusqu'à la vieille, étaient persuadés, tenus au courant par un Edward pas vraiment fantoche mais pas pour autant aussi amer qu'il pouvait le montrer à la petite.

*oOo*

Edward, pour remettre les choses en place, avait un certain problème – et un problème certain – avec la pauvre gamine. Il l'aimait.

Le pauvre vampire avait un cœur d'artichaut concernant les jeunes humaines en détresse et, après Isabella Swan, il était tombé éperdument amoureux de la petite Pandora.

Mais celui qui irait raconter qu'il ne souffrait plus de la mort de Bella risquerait de perdre bien plus qu'une âme ou une vie. Car Edward souffrait chaque seconde depuis cent quinze ans de la mort de feu sa femme. Seulement, comme un siècle auparavant il avait réussi à dompter sa soif de sang face à Bella, il avait aujourd'hui réussi à dompter sa douleur. Elle était toujours là, puissante et dévorante, mais il arrivait à ce jour à la maîtriser, à faire fi de la souffrance. Il avait recommencé à "vivre", si tant est que l'on put nommer ainsi l'existence de non-mort des vampires.

*oOo*

Mais voilà, il semblait manifestement que ledit Edward avait eu des ratés avec son don.

Monsieur Je-peux-lire-dans-les-pensées avait manifestement fait une bourde et pas des moindres.

Quand, un peu moins de quatre mois plus tôt, on lui avait demandé s'il savait où en était Seth et Pandora, il avait répondu par l'affirmative. " Baisers et caresses prometteuses " avait-il affirmé, décrivant dans le détail ce qu'il avait vu dans l'esprit du pauvre Seth aux quelques curieux qui le lui avaient demandé. Il n'aimait pas ça mais Emmett et surtout Renesmée et Alice savaient se montrer très convaincants quand ils voulaient. Vraiment très convaincants.

Et quand, quelques semaines plus tard, on lui avait de nouveau demandé des nouvelles de la vie intime de la petite il avait répondu la même chose " baisers et caresses prometteuses ".

Et il y croyait ! Il était persuadé que les quelques fantasmes innocents – et seulement les innocents… – de Seth étaient des réalités. C'est que le gars avait une de ces capacités à rendre ses fantasmes réels dans son esprit qui relevait de la pathologie psychiatrique !

Comment Edward, simple lecteur, aurait-il pu deviner que cet imbécile aux rêves trop réels ne lui faisait part que d'images tout droit sorties de ses hormones ? Après tout, ce n'était pas lui l'extralucide et Alice ne les voyait pas, les deux tourtereaux. Elle qui avait d'habitude la langue un peu trop bien pendue avait catégoriquement refusé de révéler quoi que ce soit et s'était ingéniée à ne rien laisser voir à Edward de ce que la petite lui avait dit. Un véritable jeu de stratégie à base de coups de poker soigneusement non-étudiés.

Alors quand les pensées de Seth avaient commencées à dériver sur des terrains défendus avec la précision de la réalité, Edward n'avait eu aucun doute, les deux gamins (car le loup-garou l'était encore de physique) avaient été plus loin qu'ils ne le laissaient paraître, toujours corrects en présence des autres.

Et voilà que le loupiot venait demander l'autorisation à Carlisle de passer la nuit avec Pandora. Et sans rien sous-entendre de libidineux, qui plus est !

Ça, personne ne s'y attendait !

Cette nuit-là, alors qu'Edward laissait sa place attitrée auprès du lit de Pandora à un Seth tout sauf hormonalement en ébullition, tout le monde, Carlisle y compris – même si une certaine honte se lisait dans ses yeux – était monté sur l'épicéa qui donnait une vue plongeante sur la chambre de la petite et avait observé la scène.

Mais rien. Déception absolue, les deux petits s'étaient embrassés, il l'avait prise dans ses bras tandis qu'elle lui lisait ce que tous avaient entendu être les cinq premiers chapitres de Twilight (le premier volume des Mémoires de Bella), ils s'étaient de nouveau embrassés. Elle s'était allongée sous les couvertures, il avait éteint la lumière, l'avait rejointe sur le lit, s'était laissé aller près d'elle, sur la couette, et, quand il avait été sûr qu'elle dormait profondément, avait été s'asseoir sur le fauteuil d'habitude réservé à Edward pour la regarder dormir.

Et ledit Edward avait eu beau lire les pensées du loup-garou, rien n'y avait fait : en cette nuit de pleine lune qui offrait de la lumière en cascade, Seth n'avait pensé à rien d'autre qu'à elle. Alors, bien sûr, il aurait pu penser à des choses sensuelles, s'imaginer des scènes bien plus brûlantes que le petit tableau très chaste qu'il avait vécu quelques instants plus tôt, mais non. Non, Seth avait pensé à elle, bien sûr, mais simplement à la saveur de ses baisers, à la douceur du peu de peau qu'il avait touché jusque là, à l'odeur enivrante qu'elle dégageait, au parfum de fleur de lotus de son shampooing et à ce qu'il allait lui proposer le lendemain : une petite randonnée, un pique-nique dans les bois et une soirée à La Push. Rien de très exceptionnel en somme.

Déception absolue.

Alors, au bout de deux heures, quand il était devenu clair qu'il ne se passerait absolument rien durant la nuit, tout le monde était redescendu de sa branche et avait reprit le cours de ses activités. Esmé était retournée coudre dans son atelier, Carlisle s'était remit à lire, Alice, Rosalie, Jasper et Emmett avaient regardé un film et Edward était parti chasser.

Seuls étaient restés Renesmée et Jacob dans les frondaisons. Jacob parce qu'il aimait être là et que c'était là qu'il passait souvent une partie de ses nuits, Renesmée parce qu'elle aimait être dans les bras de Jacob.

Finalement, au milieu de la nuit, Renesmée était descendue dormir dans un vrai lit et Jacob avait été le dernier à s'attarder.

Il aimait bien Seth et avait un faible tout fraternel pour Pandora et s'il avait une assez bonne idée de ce qu'il en était réellement, il ne pouvait s'empêcher de souhaiter que son ami ait vraiment sa chance.

Et il était encore là, en cette aube parmi tant d'autre, à observer le petit couple tranquille. Pandora dormait et Seth la regardait et Jacob, perché sur sa branche, guignait tout cela avec un sourire. Il trouvait ça mignon.

Et puis Seth se leva.

*o*

Un mouvement dans le lit lui fit tourner la tête et avec un sourire il vint s'accroupir face à Pandora. Elle marmonna quelque chose qu'il ne comprit pas, sorti la main des couvertures, caressa mollement son visage et, recevant un baiser sur le front, se rendormit.

Elle ne le sentit même pas sortir. D'habitude elle sentait Edward sortir de la chambre. D'habitude elle sentait tous les allers et retours qu'on faisait dans cette pièce. Mais elle ne le sentit pas sortir.

Il descendit les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée avec la très nette impression d'être épié et rejoignit Jacob sur sa branche.

Il avait su dès la première seconde ce qui s'était déroulé cette nuit-là, toute la petite famille qui s'était réunie en haut de l'épicéa pour les observer, tous ceux qui en étaient redescendus et le seul qui y était resté. De toute façon, en dehors d'Edward, il ne voyait pas vraiment qui se donnerait la peine de les guigner toute la nuit. Mais, à son étonnement, Edward n'était pas là.

-Salut ! lui sourit Jacob dès qu'il fut installé. Alors, mon vieux, comment ça va, ce matin ?

-Ça va très bien, merci, s'amusa Seth.

Il savait exactement où son Alpha voulait en venir mais, rien que pour le plaisir de voir comment il allait s'y prendre, il le laissa se débattre avec cette pauvre réponse.

-Alors, cette nuit ? enchaîna Jacob sans avoir l'air de se débattre avec quoi que ce soit.

-Quoi, cette nuit ? feignit de s'étonner le subordonné.

-Tu l'as regardé dormir, n'est-ce pas ?

Question idiote, ils le savaient tous les deux. Mais Seth répondit tout de même.

-Oui.

-Et tu as trouvé ça comment ? insista tranquillement l'Alpha.

-Comment ça ?

Plus ça allait et plus Seth se demandait si son Chef n'avait pas un grain dans le cerveau, il y avait vraiment un problème dans sa mécanique mental pour qu'il pense qu'il avait fantasmé sur la petite endormie. Oh ! Il aurait pu, évidemment, cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait plus eu à attendre pour rejoindre les femmes dans leurs lits. Mais pas Pandora. Elle, il voulait attendre. Il n'avait pas envie de bousculer la petite. Elle était trop mignonne, trop fragile, elle lui donnait envie de la protéger, pas de la bousculer. Cela viendrait en son temps. C'était tellement rare, l'attente, de nos jours.

Jacob ne prit même pas la peine de cacher son sourire.

-On est tous passé la voir dormir, affirma-t-il tranquillement. On a tous passé la nuit à l'observer au moins une fois. Même Rosalie lui a rendu visite plusieurs fois. Et toi, comment as-tu trouvé ça ?

Etrangement, il n'y avait rien de sexuel derrière cette question. C'était juste un ami qui demandait une impression à un autre. Il ne lui demandait pas ce à quoi il avait pensé juste ce qui lui en était resté. Et Seth ne pus s'empêcher de sourire en se remémorant les heures silencieuses où il avait écouté la respiration de Pandora et où il avait suivit le moindre de ses tressaillements.

-Elle est… adorable, quand elle dort, souffla t-il, serein et émerveillé. Je veux dire, quand elle est éveillée aussi, elle est adorable, mais quand elle dort… C'est comme si…

Seth se tut et Jacob garda le silence, tant parce qu'il comprenait ce que voulait dire son ami que pour lui laisser le temps de trouver ses mots.

-Je me suis senti en paix comme jamais, murmura-t-il enfin.

Jacob acquiesça. Que dire d'autre ? Il n'y avait rien de plus à dire. Tout le monde y était passé et tout le monde avait fait le même constat : quel que soit le moment, quelle qu'ait été la journée, quelles que soient les pensées ou les états d'esprits, en entrant dans la chambre de Pandora, en posant le regard sur elle alors qu'elle dormait, en respirant son parfum, en entendant son souffle, tout le reste s'envolait.

Personne n'avait encore comprit pourquoi. Sans doute parce que, de tous ceux qui étaient venus la voir dormir, aucun n'était aussi humain. Elle était plus fragile, plus douce, plus vivante, plus humaine qu'eux tous. Et cela, personne n'y pourrait rien changer.

Pandora était leur mascotte à tous, la petite poupée fragile qui leur donnait courage et force.

Pour elle, parce qu'Alice, cent ans plus tôt avait senti un changement dans leur avenir à tous, parce que, bien qu'elle n'ait pu la voir, elle avait senti quelque chose, une touche humaine, parce qu'elle avait entendu pendant cent ans un cœur battre et une respiration accompagner chacun de leurs mouvements, inéluctable quelques soient leurs choix, Jasper avait fait tous les efforts du monde pour perdre son attirance pour le sang humain.

Parce qu'Alice les avait prévenu de l'éventualité de l'arrivée d'une humaine dans leurs vies, quoi qu'ils puissent faire pour l'éviter, tous les Cullen, Rosalie y compris, avaient fait des efforts démesurés pour apprendre à résister au sang humain au même titre que Carlisle. Aucun n'y était arrivés mais leurs efforts avaient été louables et avaient tout de même portés quelques fruits. Ainsi ils avaient assez de maitrise pour se contenir face aux marres de sang que la petite ne manquait jamais de laisser aux abords de la maison même s'ils devaient s'éloigner assez vite pour que la brûlure de la soif ne devienne pas trop forte.

Jacob n'avait jamais vu des créatures rejeter autant leur nature première. Quel qu'ils soient, même Alice qui pourtant était insensible à bien des choses, ils se haïssaient comme il n'avait jamais vu personne se haïr, incapables, même après des siècles, de s'accepter et de faire avec, ils continuaient à lutter contre leurs instincts profonds, contre eux-mêmes.

Un bruit attira leur attention et Edward apparut sur une branche juste au dessus d'eux, accroupi comme un enfant imitant une grenouille bien que dans son cas personne n'aurait eu l'idée de sourire tant la grâce qui émanait de lui rendait cette pose majestueuse.

-Bonjour, souffla-t-il de sa voix basse et veloutée.

-Salut ! rit Jacob.

Ce devait être un jeu entre eux deux se dit Seth en saluant le vampire car Edward soupira et Jacob partit d'un éclat de rire.

Ces deux-là s'entendaient bien. Très bien. Trop bien par rapport aux relations conflictuelles qu'ils entretenaient avant la mort de Bella. Jusqu'à la fin de l'existence de la jeune femme, les deux hommes avaient été les meilleurs ennemis que le loup ait connu. Ils riaient ensembles un instant et l'instant d'après s'entredéchiraient à coup de stratagèmes compliqués. Ils passaient leur temps à jouer aux échecs grandeur nature, l'un avançait un pion – faisait une crasse à l'autre – et l'autre avançait l'un des siens à son tour, parfois des semaines ou des mois plus tard.

Durant neuf ans ils n'avaient pas arrêté et à la mort de Bella, réunis dans la douleur, ils avaient oubliés leurs anciennes rancunes et étaient devenus les meilleurs amis du monde. Même le fait que Jacob soit marié à la fille d'Edward n'arrivait plus à créer de dissensions entre eux, un vrai miracle ! Et pourtant, à la majorité de Renesmée, un an et demi avant la mort de Bella, Edward avait fait un scandale en apprenant que les deux enfants (Jacob avait alors à peine 23 ans) avaient eu des relations très intimes loin en pleine forêt durant une soirée où ils étaient censés être au cinéma. Mais aujourd'hui il n'existait plus rien qui puisse les séparer.

-Alors, Seth, tes impressions ? lui sourit le vampire, ses yeux couleur topaze rivés à l'immense vitre donnant sur la chambre de la petite.

-Il m'a dit, je cite : "Je me suis senti en paix comme jamais" ! s'exclama Jacob, tout sourire, comme si la révélation de son subordonné était une bonne blague.

-En paix, mmh, sourit son compagnon si pâle. La paix, oui. Qu'aurait-il put ressentir d'autre face à Pandora endormie ? souffla-t-il pour lui-même.

-Dis-moi, hésita soudain Seth.

Edward tourna son regard lumineux vers lui et Seth manqua bredouiller avant de se reprendre. Bredouiller devant un vampire, et puis quoi encore ? Flipper devant un chaton ? Pff ! N'importe quoi, vraiment ! Surtout Edward, plus doux que lui, en dehors de Carlisle, on ne faisait pas !

-Oui ? l'encouragea l'être marmoréen.

Seth prit une grande inspiration, la relâcha brusquement et se lança.

-Pourquoi tu l'as nommé Pandora ? Je veux dire, c'est un joli nom mais il évoque la boite de Pandore et ce n'est pas vraiment gentil pour elle. Et pourquoi tu l'as fait entrer dans ta famille ? Je ne te juge pas, pas du tout, mais c'est vrai que ramener une petite humaine – ou enfin presque – dans une famille de vampires, même végétariens, c'est un peu risqué. D'ailleurs, je me demande bien comment tu as fais pour les convaincre, tous. Et puis, pourquoi lui fais-tu croire que tu ne l'aime pas alors que tu es fou amoureux d'elle ? Pourquoi lui caches-tu tes sentiments ?

Edward sourit et la fossette qui se creusa dans sa joue rendit à son visage la jeunesse qui semblait le fuir face à la gamine. C'est que le loup-garou en avait, de sacrées questions ! Mais après tout, ce n'était pas vraiment un secret, il assumait parfaitement. Sauf face à elle, là, c'était autre chose ! Mais c'était une autre histoire.

-Il faut remonter loin pour comprendre, dit-il en s'asseyant sur sa branche, les yeux accaparés par la vision angélique de Pandora endormie quelques mètres plus loin, en léger contrebas.

-Raconte-moi tout ! s'extasia Seth, qui avait toujours beaucoup aimé Edward et voulait connaître sa vie depuis longtemps.

Edward sourit devant l'impatience du loup et, rassemblant ses pensées, soupira. En effet, il fallait remonter assez loin pour comprendre. Il pouvait toujours résumer un peu mais de toute façon, il allait devoir parler de son passé, de l'avant Bella. Il inspira profondément et relâcha lentement sa respiration.

-Je suis née en 1901, annonça-t-il.

Non qu'il veuille lui raconter sa vie ou que ça ait vraiment une importance cruciale mais par où commencer, sinon ? Autant commencer par le tout début, ainsi l'esprit avide de Seth aurait ce qu'il voulait et sans doute comprendrait-il mieux tout ce qu'avait impliqué la rencontre de Pandora.

-Je suis né en 1901, répéta-t-il, et je suis mort en 1918. Atteint de la Grippe Espagnol, je n'avais presque aucune chance de survivre. Ma mère avait ordonné à Carlisle de me sauver par tous les moyens à sa disposition, comme si elle avait percé son secret, qu'elle connaissait sa nature. Carlisle, quant à lui, avait depuis de nombreuses années le projet de se créer un compagnon, car la solitude lui pesait énormément. Il a toujours été très sociable et, vampire ou non, il avait besoin de quelqu'un pour combler le manque qu'il ressentait.

» J'allais mourir. J'agonisais quand Carlisle a décidé d'accéder à la requête de ma mère. Il a tergiversé un moment devant mon lit et puis, sur un coup de tête, m'a emmené chez lui. Il y avait tant de morts et tant d'agonisants que personne n'a remarqué ma disparition. Il avait soigné mes parents, savait que je n'avais plus personne, et l'ordre de ma mère résonnait dans sa tête, comme une invite à se créer, enfin, ce compagnon dont il avait tant besoin. Alors il l'a fait. Il m'a mordu. Et puis, durant les trois jours de ma transformation, il est resté avec moi, s'excusant sans cesse, me demandant de le pardonner pour le mal qu'il me faisait subir.

» Je crois, au fond, que c'est cela, que c'est la douleur qu'il ressentait, au diapason de la mienne, qui a ouvert en moi, en premier lieu, la brèche infime mais réelle dans laquelle se créerait plus tard l'amour et le respect que je ressens pour lui aujourd'hui. Au matin de ma renaissance, alors qu'il continuait de me demander pardon sans fin, j'ai commencé à entendre ses pensées. Sans cesse revenaient ses excuses et ses souvenirs des siècles de solitude qui avaient précédés et présidés à sa décision. A l'affleurement de son esprit, vivaces et violents, se tenaient en permanence les douleurs de la solitude qu'il avait vécu durant deux siècles. Alors j'ai décidé de rester avec lui.

» Les premiers temps ont été un calvaire. Il refusait que je touche aux humains et nous nous sommes exilés loin des Hommes le temps que j'arrive à résister un tant soit peu à l'odeur entêtante du sang humain. Mais Carlisle, à l'instar de la solitude, souffrait de ne pouvoir exercer la médecine. Il a donc reprit ses activités et est arrivé un jour avec Esmé. Elle agonisait aussi et il l'a transformée. Elle est vite devenue sa compagne et nous avons changé d'endroit. Sa formation a été dur, comme la mienne, mais nous avons réussit à lui inculquer la foi et la logique de Carlisle. Esmé était du même avis, en parfait accord avec lui, tandis que je trouvais qu'il réfrénait mes appétits, qu'il m'empêchait de vivre ma vie. Alors je suis parti.

» Pendant quelques années j'ai chassé les humains. Préférant les bourreaux aux victimes grâce à mon don. Mais je ne me sentais pas bien, je me sentais vile et ai fini par revenir auprès de Carlisle et Esmé qui m'ont accueilli comme l'enfant prodigue alors que je ne le méritais pas.

» Plus tard est arrivé Rosalie, que Carlisle espérait voir devenir ma compagne, mais je ne l'ai jamais aimé que comme une sœur et elle a finalement trouvé Emmett. Et puis Alice et Jasper nous ont rejoints et nous sommes devenus le Clan Cullen.

» Mais Carlisle et Esmé s'inquiétaient pour moi. Tous étaient en couples, dans notre petite famille, j'étais le seul à n'avoir personne. Et, bien que solitaire, je rejetais sans vergogne toutes les femelles qui venaient à me faire du charme. Aucune ne m'attirait et ils en sont venus à se demander s'il ne me faudrait pas un compagnon, plutôt.

Il ne put s'empêcher de sourire au souvenir du choc qu'avaient provoqué ses pensées en lui quand il les avait découvertes dans l'esprit de ses parents.

-Quand je m'en suis rendu compte, j'ai immédiatement démenti, ne voulant laisser aucune ambigüité à ce sujet. Quand j'y repense, cela n'avait pas grande importance au final. Mon démenti immédiat les a inquiété d'autant plus et j'ai fini par ne plus rien en dire, ne comprenant pas pourquoi ils continuaient à se poser la question. Les hommes ne m'attiraient pas. Mais, et je l'ai compris en rencontrant Bella, ils s'inquiétaient surtout que personne ne m'attire. Ni homme, ni femme. Cependant, je pensais fermement me suffire à moi-même et ne trouvait pas l'intérêt de prendre compagne.

» J'ai donc passé quelques soixante-dix années au milieu de ces trois couples manifestement très heureux sans m'intéresser aux raisons de leur bonheur. Ma situation, qui m'offrait plus de liberté, pensais-je, que celles des autres membres de ma famille, était idéale. Non ?

» Et puis un jour, alors que je m'ennuyais ferme, comme toujours durant les heures de lycée que nous nous imposions pour passer inaperçus, un personne, une jeune fille, a réussi l'exploit d'éveillé, et surtout de retenir, mon intérêt. En effet, quand je me concentrais sur elle pour entendre ses pensées, je ne rencontrais que le vide. Un " vide intersidérale " comme dirait Pandora. Rien, absolument rien. Pas un murmure, pas une sensation. Rien. Cela me frustra au-delà de toute mesure et son odeur vint me frapper quelques instants plus tard et emporta comme une inexorable lame de fond tous les efforts que j'avais fournis durant soixante-dix ans pour me maîtriser et que je prenais pour acquis.

» Après avoir rejeté tous les stratagèmes que me dictaient mes instincts, un à un, avec une conviction que je ne me connaissais pas, j'ai préféré fuir. Mais la fuite n'a rien donné, son visage m'apparaissait tout de même, toujours, où que je sois, sous les étoiles et les aurores boréales de Denali ou sur la route, à une vitesse à la limite de l'inconscience – pour les humains en tout les cas. Toujours me revenaient son visage ovale à la pâleur translucide, ses yeux chocolat à la profondeur incroyable, son petit corps frêle qu'il me serait si facile de briser, sa bouche aux lèvres couleur de rose. Et son odeur. Je sentais son odeur partout, bien que le souvenir que j'en eu fut bien en-deçà de la réalité.

» Je suis finalement revenu et ai fini par me rapprocher d'elle. Tu en connais la manière, ou tu la connaîtras bientôt, puisque Pandora te lit le livre. D'ailleurs, est-ce à ta demande ?

Seth leva le regard vers le visage pâle et parfait du vampire et rencontra ses yeux étranges. Edward avait l'air vraiment curieux de le savoir.

-Elle le relit en boucle, affirma-t-il comme un encouragement.

-Eh bien… souffla Seth, happé pour la première fois de sa vie par ces prunelles lumineuses.

Il n'avait jamais eu l'occasion de voir Edward de si près. Il l'avait bien des fois détaillé, se demandant comment un être pouvait atteindre une telle perfection. Mais là, à quelques centimètres seulement des pupilles de topaze du vampire, il en oubliait le sujet de leur conversation, trop accaparé à examiner ses yeux couleur de miel, chauds, presque liquides.

Il vit les coins des yeux se plisser et comprit qu'Edward souriait.

-J'ai de beaux yeux, n'est-ce pas ? se moqua-t-il gentiment.

-Oh ! Euh ! Désolé ! s'empressa de bafouillé Seth en revenant à la hâte à la vitre devant lui tandis que Jacob partait d'un éclat de rire tonitruant.

-Ce n'est rien, rit Edward. Bella disait souvent que j'éblouissais les gens.

-C'est moi qui le lui ai demandé, répondit alors le loup, se souvenant soudain de la question qu'on lui avait posé.

-Eh bien ! Je n'aurais pas parié, vois-tu ! s'esclaffa le vampire. Elle aime tellement les Mémoires de Bella que j'aurais plutôt pensé qu'elle t'avait fait subir ce supplice par simple caprice !

Le rire grave et musical d'Edward empli les oreilles de Seth et il ne put s'empêcher de rire aussi. Edward n'était pas si loin de la vérité.

Quand elle avait annoncé qu'elle allait se coucher, il l'avait suivit sans se presser, incapable de retenir les images qu'imposait à lui l'idée du lit deux places. Quand elle était sortie de sa salle de bain en nuisette noire, il avait eu une nouvelle montée d'hormones, mais elle était allé s'asseoir tranquillement dans son lit, avait prit un livre et avait semblé oublié sa présence. Il n'avait jamais vu quelqu'un avec une telle capacité de concentration. Il avait fallu qu'il la prenne dans ses bras et tourne son visage vers lui pour l'embrasser pour qu'elle réalise qu'il était toujours avec elle.

Alors il lui avait fait un sourire, avait regardé la couverture du livre et avait eu un déclic. Il n'avait jamais lu les Mémoires de Bella et pourtant, il avait toujours voulu savoir le fin mot de l'histoire, pour elle, ce qu'elle avait ressenti, ses pensées, ses sentiments, pourquoi tout ce qui s'était passé l'avait été ainsi. Alors il lui avait demandé de le lui lire.

Avec la voix douce et chaude de la petite, le récit prenait une autre dimension. Il semblait plus réel, plus présent, plus vivant. Le timbre de Pandora, sa façon de lire, sa manière d'y mettre les intonations justes, de faire un peu d'ironie ou de sembler déçu, de recourir parfois aux gestes, de mimer les expressions faciales mettait tout en relief.

Elle était tellement prise par sa lecture qu'elle avait réussit à l'emporter, lui aussi, dans les confins de l'univers de Bella, à rendre à son récit toute sa justesse et toute son authenticité. Il aurait presque cru que Bella était revenu le lui conter elle-même.

-Je vois, souffla Edward. Intéressant. Il faudra que j'écoute plus attentivement, la prochaine fois. Tu reste avec elle, ce soir ?

-Je ne sais pas. Si elle accepte.

-A mon avis, elle ne dira pas non. Nous pouvons même mettre la climatisation, si tu veux.

Seth eut un instant d'arrêt, cherchant le sens de cette proposition saugrenue. Et puis un sourire amusé se dessina sur son visage adolescent. Mettre la climatisation, par le temps présent – un printemps frisquet –, donnerait matière à claquer des dents à la petite et il pourrait alors se proposer pour lui tenir lieu de radiateur durant la nuit. Décidément, Edward connaissait bien plus d'astuces prompt au rapprochement physique qu'il ne l'aurait cru. Il avait dut en utilisé plusieurs avec Bella.

-En effet, répondit le vampire à ses pensées. Sauf que j'ai fait l'inverse. Je l'ai emmené dans les tropiques pour qu'elle ne gèle pas à mon contact, pouffa-t-il. Ça a marché au-delà de mes espérances !

-Vous vous écartez du sujet, les gars, les rappela à l'ordre Jacob, qui attendait la suite avec une impatience non-feinte bien qu'il connaisse l'histoire par cœur.

-C'est vrai, acquiesça Edward en souriant. Donc. J'ai rencontré Bella. Dès les premiers instants j'ai senti un besoin étrange et irrépressible de la protéger monter en moi et je suis tombé amoureux d'elle, éperdument. J'ai eu beau tout faire pour m'éloigner d'elle, m'exhorter à ne pas la côtoyer, aucune des résolutions que j'ai prises en ce sens n'a abouti. Je n'ai pu m'empêcher de chercher sa présence, allant jusqu'à me glisser dans sa chambre la nuit pour la regarder dormir. J'allai définitivement me détourner d'elle quand une nuit, elle a prononcé mon prénom. Alors j'ai compris qu'il était déjà trop tard, que je ne pouvais m'éloigner d'elle, que j'en étais incapable et que je ne le ferais pas.

» Nous sommes "sortis ensembles", je suis parti – je te passe les détails de cette partie, Pandora te le lira – j'ai cru le faire pour son bien mais tandis qu'elle devenait un zombi ici, je m'enfermais dans le désespoir et la douleur à l'autre bout du monde. J'ai fini, inconsciemment d'abord, par me rapprocher d'elle, revenant en premier lieu sur le continent américain. Au Brésil. Et puis j'ai commencé à prendre conscience du fait que je ne pouvais plus me passer d'elle. Alors est survenu tout un tas de malentendus que je laisse à Pandora le soin de te conter et je suis revenu, décidé à ne plus jamais la quitter. Je te passe également les détails de la rivalité qui nous a opposé, Jacob et moi, ainsi que le combat contre les Volturi, que tu as vécu de l'intérieur.

» Après toutes ces péripéties nous sommes rentrés chez nous, dans la "petite maison de la forêt", comme l'appelait Renesmée, et nous n'en sommes sortis, durant un an, que pour nous nourrir, nourrir Renesmée et éviter que Jacob ne défonce notre porte pour atteindre notre fille.

Jacob eut une moue comique et les deux autres se mirent à rire.

-Et puis Bella est morte, reprit Edward, l'amusement laissant place à l'amertume. Carlisle refusant de tuer les Volturi, nous avons, sans le lui dire, alors qu'il les croyait repartis pour Volterra, enterrés leur bustes, têtes comprises, dans la forêt et le parc nationaux d'Olympic tandis que nous brûlions bras et jambes. Aujourd'hui encore, il est persuadé qu'ils se cachent quelque part. Il y repense parfois.

» J'avoue sans état d'âme que je suis l'instigateur de leur supplice éternel. La perte de Bella par leur faute m'a tant fait souffrir que j'ai voulu qu'ils aient tous au moins aussi mal que moi. Ainsi Jane, Alec, Démétri, Aro, Caïus et Marcus sont-ils toujours mutilés mais "vivants" chacun à un bout de la forêt et du parc d'Olympic.

-Encore aujourd'hui ? s'étonna Seth.

-Oui, encore aujourd'hui. Je sais que c'est cruel mais c'est ma seule vengeance. Et pour l'instant, je ne compte pas la laisser échapper.

-Même cent ans plus tard ?

-Même cent ans plus tard.

Seth acquiesça. Il ne connaissait pas la force de l'amour qu'avait pu ressentir Edward pour Bella, ni celle de l'amour exclusif qu'offrait l'imprégnation à ses compagnons loups-garous. Il ne pouvait donc pas vraiment comprendre ce que cela impliquait. Cependant, il imaginait sans mal ce qu'il serait capable de faire si l'on s'en prenait à Pandora. Et il serait capable de se venger de la même manière qu'Edward.

-Je n'en doute pas une seconde, sourit Edward en réponse aux pensées du loup.

-Qu'est-ce qui t'a amené à prendre Pandora avec toi ? l'encouragea Seth.

Edward sourit de nouveau et inspira un grand coup avant de replonger dans ces souvenirs douloureux.

-Bella est morte et après avoir cherché et expérimenté tous les moyens qui me sont passé par la tête pour la rejoindre loin du monde, pour me détruire à mon tour – j'ai même pensé à déterrer les Volturi pour les laisser exercer leur vengeance sur moi – j'ai finalement pris pour moi les arguments de ma famille et en particulier un, la douleur de Renesmée. Carlisle et Esmé, en particulier, ont joué là-dessus pour me garder en vie. Ils arguaient sans cesse que Renesmée avait déjà perdu sa mère et que sa douleur était au moins égale à la mienne. « Que sera sa vie si son père la quitte aussi ? Voudrais-tu vraiment que ta fille te suive dans la mort pour apaiser sa douleur ? Voudrais-tu vraiment que Jacob vous suivent tous les trois et nous avec ? » me sermonnaient-ils tout le temps, jouant sur ce qu'il me restait pour me faire oublier ce que j'avais perdu. C'était un peu déloyal mais cela a marcher au-delà même de leurs espérances. Je suis resté "en vie" et me suis raccroché comme un noyé à ma fille et au reste de ma famille, décidant, farouche et égoïste, de ne plus jamais laisser échapper le moindre souvenir, la moindre trace de Bella en ce monde.

» Ainsi, à chaque adaptations de ses Mémoires nous allons au cinéma pour les voir, achetons DVDs et Blu Rays, affiches, photos et "goodies". Renesmée veut ainsi avoir avec elle à tout moment tous les visages de sa mère à travers le monde tandis que je me raccroche à la promesse que je me suis faite.

» Bella est morte, j'ai mis du temps à dompter ma douleur mais j'ai réussi et j'allais mieux, j'arrivais de nouveau à sourire, à rire, à trouver de l'intérêt à la vie, même moindre, quand, sortant d'un cinéma de Hong-Kong le 27 janvier 2105 après le visionnage d'une adaptation médiocre de Twilight, j'ai senti une odeur à la puissance rare émaner de la forêt, quelques mètres plus loin. Cette odeur, bien que différente de celle de Bella, avait la même force et mon instinct – et sans doute un espoir fou – m'a poussé en avant, toujours plus vite. Si vite que j'en ai même battu mes plus ardus records ! Cette nuit-là, j'ai dû doubler ma vitesse, sourit-il, amusé. J'ai couru, couru et couru encore jusqu'à me retrouver dans les profondeurs de la forêt dans laquelle nous nous étions installés.

» Dans cette forêt se trouvait une clairière qu'éclairait la pleine lune. Des charognards s'y acharnaient sur le cadavre d'une jeune amérindienne à la beauté frappante mais ils refusaient de s'approcher de sa gauche, sur laquelle elle posait un regard empli d'une douceur et d'un amour que je ne compris qu'en m'approchant.

» En effet, endormit contre son flan reposait un bébé, un nouveau-né duquel on s'était manifestement occupé avant de fuir les crocs des loups. L'odeur qui m'avait amené jusqu'à cette clairière émanait de l'enfant et je ne pus alors m'empêcher de le prendre dans ma main, dont il ne faisait même pas la taille. Minuscule et adorable, chaud et humain, du sang coulant dans ses veines, son cœur battant comme des ailes de papillons, le nouveau-né était une petite fille. Une magnifique petite fille pour laquelle un amour immodéré me prit de suite. Ne comprenant pas ce que je ressentais, je ne cherchai pas à l'analyser et partis me réfugier avec elle à la maison, espérant ainsi la protéger des autres prédateurs.

» J'ai eu un peu de mal à accepter que ma famille soit aussi tombée sous le charme de l'enfant que j'avais pris sous mon aile et que je refusais de laisser repartir, rit-il, léger. Jasper a été le seul à vraiment refuser sa présence. Il lui a fallut huit mois pour tomber définitivement amoureux de cette adorable petite merveille, bien que cet amour restât parfaitement fraternel.

» Mais il m'avait dit quelque chose qui commençait à faire son chemin en moi : n'était-ce point trop dangereux de la garder avec nous, petite humaine au milieu de vampires, végétariens, certes, mais vampires tout de même ? Dans les premiers mois, tout à mon bonheur de m'occuper d'elle, je laissai ces interrogations voleter loin de moi.

» Durant près de trois ans je me consacrai entièrement à la petite, faisant fi du sentiment d'égoïsme qui grandissait en moi. J'étais trop heureux pour me soucier du reste. Mais elle était exceptionnellement intelligente pour son âge et résonnait comme une enfant de six ou huit ans et un jour, alors que nous jouions, elle m'a fait remarquer les différences notables qu'il y avait entre nous. Elle a comparé la couleur et puis la consistance de nos peau, a voulu comprendre la différence de nos alimentations, a chercher à savoir pourquoi elle avait régulièrement mal tandis que j'étais insensible à la douleur physique, rien n'étant capable de percer ma peau. Elle m'a demandé pourquoi j'avais la peau froide et pourquoi mon cœur ne battait pas, pourquoi elle rougissait et moi jamais, pourquoi je ne semblais jamais avoir besoin de sommeil.

» Ce jour-là j'ai compris ce qu'avait voulu insinuer Jasper au jour de sa découverte : Pandora était humaine, autant que nous pouvions en juger, et j'étais un vampire. Ma nature-même était un problème. De par ce que j'étais, jamais je ne serais en mesure de l'aimer correctement, de lui offrir ce que toute jeune fille, qu'elle serait bien un jour, était en droit de vouloir et de demander. L'amour que je lui portai, fraternel à ce moment-là, se muerait à son adolescence pour ne plus rien avoir de filial. Cet amour me pousserait à vouloir d'elle plus que des sourires, j'en viendrai à vouloir son cœur et, un jour, son corps. Et elle tomberait amoureuse de moi, soit parce que j'aurais tout fait pour, soit parce que, de toutes les façons, c'était sa destinée – bien qu'Alice n'en voit rien. Elle tomberait amoureuse de moi et ses besoins humains, ses instincts, ses hormones, prendraient le dessus sur ce que nous dicterait à tous deux la raison.

» Elle deviendrait une jeune femme au désir d'enfant s'approchant, d'autant que chaque seconde passée l'approchent de la mort, d'un besoin impérieux. Une jeune femme qui s'accrocherait à la maternité avec toute la force des femmes, immense et intraitable. Enfant que je ne pourrais lui donner sous peine de la tuer. Et bien que je pusse la transformer ensuite, savoir qu'un jour je serais susceptible de la faire souffrir, autant moralement en refusant de lui donner enfant, que physiquement en acceptant, m'était insupportable.

» Alors, ravalant mon égoïsme comme on retient ses larmes et ses cris de douleur, je me suis éloigné d'elle, espérant m'y être pris assez tôt pour que mon absence en sa vie, tant physique que sentimentale, ne lui apporte nulle carence et nul mal.

» Quand je la vois aujourd'hui, sourit-il avec tendresse en la fixant à travers la baie vitrée, je me dis que, bien que mon mal personnel soit parfois insoutenable et ma jalousie pour le monde entier profonde, j'ai fais le bon choix. Aujourd'hui elle est détachée de moi, elle a sa vie. Et bien qu'elle vive toujours dans une famille de dangereux prédateurs, elle semble heureuse et aussi épanouie que peut l'être une adolescente, avec son lot de problèmes existentiels et de souffrances propres à cette époque de la vie.

» Elle t'a, toi, dit-il en se tournant vers Seth, et elle en semble heureuse. Il n'est pas un jour où je n'aimerais être à ta place, la prendre dans mes bras, l'embrasser, lui parler, lui sourire, c'est vrai, mais il n'est pas un jour où le sourire qu'elle te lance et qu'elle offre aux autres ne m'assure bonne ma position.

» Et il n'y a pas un jour où je ne sois satisfais du prénom que je lui ai donné, ajouta-t-il avec une profonde tendresse.

Il se tut un instant, contemplant la petite qui dormait toujours et puis son sourire se fit mutin.

-Il n'empêche que si la possibilité m'est donnée un jour de me rapprocher d'elle, si les circonstances amène une occasion sans danger, je ne me gênerais pas pour te la piquer, lança-t-il à Seth, bravache. Après tout, mon ami, c'est à moi qu'elle est destinée. Sans doute les Parques attendent-ils un moment propice dont eux seuls ont le secret pour retourner la situation à mon avantage. Si ce jour arrive, je suis désolé de te l'annoncer mais tu auras perdu la partie, il m'étonnerait grandement qu'elle résiste mieux que moi à son destin. Et, de ce que j'en sais, son destin, c'est encore moi.

Il fit un sourire malicieux à Seth qui le lui rendit.

En effet, s'il venait un jour où Edward ait les circonstances de son côté, le loup ne doutait pas un instant que celui-ci en prendrait son parti. Et, pour dire vrai, il se retirerait sans doute de la partie sans se battre. A quoi bon se battre quand ce pour quoi l'on se bat est vain ? Seth avait pu, en presque cent trente ans, assisté à des "coups du sort", comme on dit, où seul pouvait intervenir le destin. En plus de cent ans il avait eu le temps d'apprendre que rien n'était tout à fait un hasard et que la plupart des choses avaient une raison d'être.

Ainsi son amour pour la petite n'était-il sans doute là que pour rendre d'autant plus jaloux et amer le pauvre Edward, le pousser d'autant plus dans ses retranchements pour qu'il en sorte de lui-même.

-Sans doute, rit Edward. Et peut-être n'est-elle née que pour me faire souffrir le martyr en t'amenant à t'imprégner d'elle !

-Je ne suis pas imprégné d'elle, protesta mollement Seth. L'amour que je lui porte n'a rien à voir avec l'imprégnation.

-Tu en semble déçu, remarqua le vampire.

-Il serait plus simple qu'elle soit mon imprégnée, au moins mes chances de ne pas me faire évincer par un vampire, et d'autant plus un ami, serait plus grandes.

-Tu l'aimes donc vraiment ? souffla Edward.

-Oui. Je n'ose pas le lui dire, je sais qu'elle te revient, mais oui, je l'aime vraiment. Je sens que "les Parques" vont finir par trouver un moyen de vous rassembler et je n'espère qu'une chose : qu'on me donne alors une porte de sortie, que ma douleur ne dure pas trop longtemps. Rien que de penser qu'elle ne restera pas avec moi, que quelque chose finira par nous séparer, je me sens mal.

-Eh bien ! Jamais je n'aurai pensé me retrouver de nouveau dans pareille situation, murmura Edward, abasourdi.

-N'est-ce pas ? ricana Jacob. Cette fois, c'est toi qui est à la place du laissé pour compte ! On échange les rôles !

Edward lui donna une petite tape derrière la tête et Jacob éclata de rire.

-Pourquoi l'as-tu nommée Pandora ? demanda Seth au bout d'un moment. Tu n'y as pas répondu.

Edward sourit, le loup ne perdait pas le nord.

-"Et Pandora ouvrit la jarre de toutes les plaies, laissant échapper les serpents du malheur et de la mort. Prenant peur, elle la referma et y emprisonna l'espoir. Alors, à l'abri dans la jarre aux milles maux, il resterait intouchable, emplissant le cœur des Hommes pour ne plus jamais les en délivrer. Et toute souffrance serait à jamais accompagné d'un insaisissable espoir", cita-t-il. Je l'ai nommé Pandora parce qu'elle est pour moi l'espoir enfermé dans la jarre.

-Je ne comprends pas.

-Je suis la jarre, expliqua Edward, sibyllin.

Il fallut un moment à Seth pour comprendre mais soudain la lumière se fit. Edward était la jarre et Tescelyn l'espoir. Bien sûr ! Edward était empli de douleurs, de souffrances, de peines, d'amertumes, il était un puits sans fond empli de tous les maux du monde et Tescelyn était l'espoir qui le tenait debout ! S'il vivait aujourd'hui, s'il continuait son existence malgré tous les maux qui se battaient en lui, ce n'était plus seulement pour sa famille et ses amis, ce n'était plus pour sa fille et la mémoire de Bella, c'était pour elle, pour la petite gamine qui dormait encore dans son lit aux draps blancs, derrière l'immense baie vitrée qu'ils observaient tous du haut de leur perchoir.

Aujourd'hui Edward vivait dans l'espoir qu'un jour elle le verrait comme un homme et non comme l'ombre qu'il s'efforçait d'être en sa présence. Elle était pour lui l'espoir insensé mais vif qu'un jour ses souffrances s'apaiseraient, qu'un jour elles ne le tirailleraient plus, qu'il pourrait de nouveau vivre une vie heureuse. La clé de son bonheur c'était elle. Tescelyn. Pandora. Sa Vie.

*

OWARI

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