Partagez | 

 « Ambroaz [ R ]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivantAller en bas
AuteurMessage

avatar

« miss
Tache d'encre

Messages : 16
Féminin Inscrit le : 28/05/2010

Message« Ambroaz [ R ]   Publié le : Sam 29 Mai 2010 - 12:48


    Bienvenue ici, dans mon monde, celui dans lequel je m'échappe dès que j'ai un instant. Celui qui me happe à chaque fois que je n'ai pas de concentration, et sur lequel je travaille depuis une voir deux petites semaines déjà. Ce monde, c'est Ambroaz, et je serai heureuse de vous le faire visiter grâce à Siel. Elle apprendra à connaître Ambroaz en même temps que vous. En espérant que ce monde vous séduira comme il m'a séduite, et que vous l'apprécierez à sa juste valeur ! Bonne lecture ;D

    Topic des commentaires ;D


Dernière édition par « miss le Sam 29 Mai 2010 - 12:57, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Contacter le membre : Voir le profil de l'utilisateur

avatar

« miss
Tache d'encre

Messages : 16
Féminin Inscrit le : 28/05/2010

MessageRe: « Ambroaz [ R ]   Publié le : Jeu 3 Juin 2010 - 11:42


    e me regardai dans la glace, consternée. De longues rainures bleues parcouraient mon corps. C’était comme si mon corps était parcourus de veines qui étaient trop colorées. Sur mon ventre les vaisseaux s’entremêlaient comme les fils d’une pelote de laine. Sur mes bras, les ficelles céruléennes s’enlaçaient comme des amoureux perdus de vue. Les câbles bleusailles entouraient mes mollets comme pour me faire une armure myosotis. Ma cage thoracique était pressée par ces liens, et le jour ou j’avais essayé de les trancher, une gerbe de liquide argenté avait maculé ma belle tunique bicolore. Le filet s’étendait désormais aussi sur mon cou, et je commençais à vraiment avoir du mal à cacher cette ribambelle de brins.

    Le médecin m’avait fait passer des tests qui n’avaient rien donné. Je n’étais pas malade. Sauf que je sentais l’étreinte se resserrer, jour après jour, et je savais qu’à un moment, je n’arriverais plus à respirer. Le bleu serpentait autour de mes chevilles, mes pieds, leur fournissant des escarpins incrustés dans ma peau. Les filaments provenaient de mon cœur : tous les fils partaient du centre de ma poitrine, et serpentait comme bon leur semblaient sur ma carcasse. Cette « chose » avait proliféré pendant de longues semaines, sans m’importuner. Mais depuis que cela faisait deux mois que les tatouages se mettaient en place, j’avais de plus en plus de mal à respirer. Quelque chose obstruait mes poumons, mais aucun médecin, pas même le célèbre Dr House n’arrivait à trouver une raison à ce phénomène. C’était imaginaire.
    Longtemps, on assura à mes parents que ce syndrome n’existait que dans ma tête, et qu’il fallait que je voie un psychologue. Mais le jour où j’avais fait un malaise et que je n’arrivais plus à respirer, on oublia bien vite cette théorie. Je ne pouvais pas être imaginairement malade, comme dans la célèbre comédie de Molière. Je n’étais pas un écrivain, et encore moins un acteur. Cette cage n’était pas psychologique, je le savais. Il y avait autre chose. Elle exerçait sur moi une pression que je n’arrivais pas à refouler. Des envies, comme ça, me surgissait souvent, sans que je ne sache d’où cela vienne. J’avais souvent l’irrépressible envie de regarder nos photos de famille. Surtout avant mes trois ans. Je n’avais que deux photos. L’une, où nous étions, papa, maman et moi, contre une barrière. Derrière nous, il y avait le Château d’Alor, comme l’appelait maman. Elle disait qu’elle ne se souvenait plus exactement où avait été pris ce cliché. Mais lorsque je le regardais et que j’essayais de me souvenir d’un détail, mes veines me faisaient moins mal, elles me piégeaient moins durement.

    J’avais remarqué à multiples reprises, que lorsque j’attrapais une de ces photos et que je me concentrais assez, que la couleur se retirait légèrement sur mes bras, et que les longs filaments semblaient plus doux sur ma peau. Que le poids qui oppressait mes organes, mes mouvements, devenait plus léger. Et que je ne faisais plus les gestes par nécessité, mais par envie. Car lorsque ce poids était présent, chacun de mes tressaillements étaient douloureux. Respirer, manger, dormir était douloureux. Vivre, était douloureux. Rien que de mettre un pied en dehors de mon lit et de m’habiller, me vidait de toute l’énergie que je récupérais pendant la nuit. Je n’avais plus aucun goût, plus aucune envie. Ce mirage m’emprisonnait, comme s’il voulait dompter mon corps.

    Un sanglot amer monta dans ma gorge, mais rien que de faire sortir les larmes, juste plisser les paupières était pénible. Je levai le poing et donnai un énorme coup dans le miroir. Il ne renvoyait désormais plus que l’image d’un corps brisé, ciselé à tout endroit par les cassures du miroir. Comme ce miroir, mon corps avait été mutilé. Et alors qu’il n’avait rien fait, on l’avait détruit. On toqua à la porte. Du sang coulait le long de mon bras. Des morceaux de verre étaient incrustés dans ma main et mon poignet, comme si une constellation d’étoiles était venue établir son campement ici. Aucun gémissement ne sortit d’entre mes lèvres, mais la douleur était atroce. Elle rugissait dans mon cerveau, dans mes membres. Je m’habillai en vitesse, passant un jean et un tee-shirt, en ouvrant à ma mère qui, inquiète, attendait de l’autre côté de la porte.

    « - T’inquiète pas, maman, tout va bien, dis-je d’une voix hachée. »

    Oui, tout allait bien. Dans le meilleur des mondes.

Revenir en haut Aller en bas
Contacter le membre : Voir le profil de l'utilisateur

avatar

« miss
Tache d'encre

Messages : 16
Féminin Inscrit le : 28/05/2010

MessageRe: « Ambroaz [ R ]   Publié le : Jeu 3 Juin 2010 - 11:42


    llongée dans mon lit, les yeux grands ouverts, je regardai le plafond. Après mon affrontement avec le miroir de la veille, j’avais un lourd bandage sur le poignet. Mais la douleur, apaisée, n’avait rien à voir avoir les liens qui m’entaillaient la peau. Voilà deux bonnes heures que je cherchais le sommeil, sans jamais vraiment le trouver. Je somnolais de temps à autres, mais rien de très reposant. Je m’en fichais, c’était le week-end, pas besoin de chercher absolument le sommeil : je pourrai rester toute la journée de demain dans la même position, les yeux rivés au plafond. Un plafond que je connaissais par cœur, désormais. Des lattes de bois, avec des rainures plus foncées sur la droite. Je soupirai, mais ce seul mouvement me déchira la poitrine. Quelque chose vibra sur la table de nuit. Mon portable. Je me retournai lentement, sentant le filet se resserrer sur mes membres. Dans un effort ultime, je tendis mon bras bleu vers le mobile et me remit dans la position de départ, avec un bras levé pour que je puisse voir l’écran du téléphone sans que la couleur me fasse trop mal aux yeux.


    Je laissai tomber le mobile sur ma couette, sachant parfaitement que je ne bougerais pas de la nuit. Une goutte de sueur roula lentement le long de mon cou. Ou était-ce une larme ? L’Aube était longue à attendre. Toutes les nuits j’essayais de compter les moutons, mais rien n’y faisait. Je restais souvent éveillée une bonne partie de la nuit, la douleur m’empêchant de m’assoupir. Et quand enfin, la fatigue l’emportait sur le mal, il ne me restait que quelques petites et précieuses heures de repos.

    Le jour où je sus que j’étais condamnée, était certainement celui où nous décidâmes, maman et moi, de jeter mon réveil, et qu’elle vienne elle-même me réveiller. J’avais déjà énormément de mal à me mettre en route – il me fallait plusieurs bonnes minutes pour recouvrer mes réflexes – et le réveil avait le pouvoir de me filer des migraines atroces. J’attendais donc, même dans mon sommeil, la main de ma mère se poser sur mon bras, m’aider à me mettre debout. C’était ainsi depuis quelques temps, et je supposais que jusqu’à ma mort, cela ne changerait pas.

    Ce fut donc avec appréhension que ma mère me réveilla ce matin. Nous étions samedi, pourquoi me réveillait-elle ? Elle passa juste la tête par l’entrebâillement de la porte.
    - Nous allons chez le médecin, ma chérie.
    - Pourquoi ?
    grommelai-je.
    Je pensais tout fort ce que je ne pouvais dire tout haut. A quoi cela servait de me mettre dans un gros truck qui fait plein de bruits si on savait que j’étais condamnée ? Je ne voulais surtout pas passer mes derniers jours dans une chambre d’hôpital blanche et sentant le détergeant. Ce que je voulais, c’était continuer d’aller à l’école, me lever tous les matins, et prendre ma douche toute seule, même si c’était pénible et harassant. Aileen, ma mère, posa son regard bleuté sur moi, une lueur de tristesse dans les yeux. Je ne voulais pas lui faire de peine, mais je me sentais incapable de me lever ce matin pour aller voir un toubib qui me dirait exactement la même chose que tous ceux que nous avions consulté.
    - Ecoute Siel. Il faut vraiment que l’on y aille. C’est important.
    Ah, si c'était important, alors... Elle entra dans la chambre, prit mon avant-bras, et m’aida à me relever, doucement. Les liens ciselèrent ma peau, s’ancrant encore plus profondément en moi. C’était comme des fils de barbelés qu’on m’avait entouré autour du corps, pour me faire une tenue de fer. Une fois qu’elle fut certaine que j’étais levée, elle sortit de ma chambre sans un mot de plus.
    Je soupirai, ce mouvement respiratoire m’arrachant une plainte. Je pris un tee-shirt à manches longues noir qui faisait aussi mitaines, pour ne pas que l’on voit mes rainures. J’enfilai difficilement un pantalon bouffant blanc.
    - M’man !
    Le reste de mon cri mourut dans ma gorge tandis que je m’essayai devant ma coiffeuse. Les mouvements de va-et viens de la brosse me brisai les bras, et je n’avais plus été capable de me brosser les cheveux lorsque mes épaules avaient été encerclées des liens bleus. Aileen entra silencieusement dans la chambre, et brossa patiemment ma longue chevelure rousse qui contrastait avec ma peau laiteuse. J’avais de longues boucles flamboyantes qui me tombaient vers le milieu du dos. Elle me fit un chignon, tout en me racontant la disparition mystérieuse de Milky, le petit chien pékinois de notre vieille voisine. Tamara ( la vieille voisine ) avait demandé à ma mère si je pouvais l’aider à coller des affiches dans la ville. Nous mentions à notre entourage sur ma mystérieuse maladie et les certificats médicaux suffisaient à éloigner quelques curieux. M’man avait prétexté une fatigue et à cause de mon bras droit dans le plâtre, je ne lui aurai pas été d’une grande aide.
    Je me levai, un frisson remonta le long de mon dos, et je sortis de la maison après M’man. P’pa faisait déjà chauffer le moteur de notre Twingo pour nous rendre chez Dr Hylon, celui qui me suivait depuis mon premier examen.
    Le trajet se passa dans le silence. Malgré l’hiver, ma mère avait ouvert la fenêtre, espérant que le malaise grandissant s’échapperait de la voiture. Mon père chantait sur Tatu, All The Things She Said, essayant de paraître décontracté et heureux. Mais nous savions tous les trois, qu’au rythme où allaient les choses, je ne serai certainement plus de ce monde lors de mon prochain entretien prévu avec le Dr Hylon, deux semaines plus tard. Les hypothèses des médecins n’étaient pas glorieuses. L’asphyxie serait certainement la cause de ma mort, à cause de ces fichus liens qui me contractaient la poitrine.

    On gara la voiture sur le parking vide : on ne voyait Dr Hylon que si notre sort était scellé et les visites n’étaient que sur rendez-vous. J’irais seule. Mes parents resteraient dans la voiture. Je sortis lentement, et remontai le petit parking et entrai dans le bâtiment.
    C’était un long couloir, blanc, sentant horriblement mauvais, avec une grosse porte de chêne noire au fond. Je m’étais souvent prise à penser au couloir de la mort. Je ris toute seule et m’assis sur l’un des bancs du couloir. Dr Hylon ne tarda pas à venir me chercher. C’était une jeune femme d’une trentaine d’années. Elle portait un carré court strict blond platine, et de petites lunettes rectangulaires d’un noir brillant. Elle était toujours habillée avec un tailleur noir et une chemise blanche. Elle me serra la main, et me fis entrer dans un grand bureau design. Ses yeux bleus froids n’exprimaient rien, comme d’habitude. Elle se cala derrière un énorme bureau de cèdre foncé, et rehaussa ses lunettes. Elle me regarda pendant de longues minutes en silence, tandis que je la toisais dans un de ses fauteuils rembourrés.
    - Bien, jeune fille.
    - Siel.
    - Jeune fille.

    Je me tus, agacée. Je détestais ce docteur, mais c’était le seul en lequel j’avais une confiance absolue. Elle ouvrit son dossier, et feuilleta avec concentration mes symptômes. J’étais pourtant une patiente pas comme les autres, et j’étais persuadée qu’elle connaissait ce dossier sur le bout des doigts. Dr Hylon croisa ses longs doigts fins et osseux, dardant à nouveau ses petits yeux de vipère sur moi.
    - Du nouveau, jeune fille ?
    Qu’est-ce qu’elle pouvait m’horripiler, cette vieille chouette ! Je pris une profonde inspiration, et fis un faux sourire au toubib.
    - Les veines vont bientôt atteindre mes mains et mon cou.
    Dr Hylon hocha lentement la tête.
    - Voulez-vous encore des antidouleurs ?
    - Oui, merci.
    - Et de nouvelles aspirations ?
    - Non, merci.

    Elle me regarda par dessus ses lunettes, étonnée. Elle nota quelque chose sur un carnet de note, et elle soupira. Elle ferma les yeux, retira ses lunettes, et me regarda. Pendant de longues minutes, aucune de nous ne pipa mot.
    - Je vais y aller.
    Le silence était devenu insoutenable et je ne supportais plus de perdre d’aussi précieuses secondes chez une folle.
    - Au plaisir, dis-je en lui serrant la main.
    - Adieu.

    Je m’allongeai dans mon lit, ramenant la couverture jusque sous mon menton. La dernière entrevue avec mon médecin m’avait toute retournée, et j’avais la gorge serrée. Les larmes roulèrent toute seule sur mes joues, silencieusement. Chaque nuit, j’avais la trouille de ne plus jamais me réveiller le lendemain. Et je sentais lentement mes cotes se craquer à cause de la pression. Mes yeux se fermèrent, la respiration haletante, la fatigue reprenant le dessus, je m’endormis.
Revenir en haut Aller en bas
Contacter le membre : Voir le profil de l'utilisateur

Contenu sponsorisé


MessageRe: « Ambroaz [ R ]   Publié le :

Revenir en haut Aller en bas
Contacter le membre :
 

« Ambroaz [ R ]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Comment's « Ambroaz
Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Phoenix Fictions  :: Publications :: Fictions Originales :: Fictions :: SF / Fantastique / Fantasy-

Suivre Phoenix Fictions

FacebookTwitter
Myspace

Design et contenu faits pour Phoenix Fictions, merci de ne pas les utiliser sans permission
Forum propulsé par Forumactif.
Webmaster : MikanThème : Phoenix Fictions v 5.0©.
Dernière mise à jour le 03/03/2015