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 [Poésie] Les Berceuses (G)

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Edward Smith
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Message[Poésie] Les Berceuses (G)   Publié le : Lun 20 Juin 2011 - 7:33

Pour plus d'information sur les berceuses, veuillez vous référer aux quelques explications fournies sur cette page: http://www.phoenixfictions-forum.com/t786-commentaires-sur-les-berceuses-g#18373

Berceuse I

Le rideau de l'obscur est à nouveau ce soir
Troué de milles yeux dont le regard se porte
Vers vos traits apaisés que le beau soir escorte
Cette nuit veillera encor sur vos espoirs.

Éclatant de lune vos songes de minuit
Rendront à l'air d'été la clarté qui réside
En votre iris en ciel lorsque le jour est vide
Que le soleil est traitre et que le temps s'enfuit.

Suspendez Milady vos craintes et vos doutes
Votre confidence à l'ombre qui vous écoute
Ne sera que le concert d'un cœur endormi

Et lorsqu'à l'aube Hélios embrasera nos cieux
Ses rayons tarderont sur l'or de vos cheveux
Sacrant reine du jour la fille de la nuit.

Berceuse II

Le chant du soir est triste, et il n'attend que vous
Pour résonner de joie entre les peupliers.
Chantez-le Milady comme une ode en beauté
En mêlant vos soupirs au vent nocturne et doux.

Rêvez que le mistral un instant vous emporte
Sur les flots agités de l'océan de nuit,
Qu'elle vous mène enfin à cet ilot qui luit
Où votre bel extase parfois vous transporte.

Le jour s'en est allé, mais le soleil encor
Survit en vos yeux clairs à cette fausse mort...
C'est en son agonie que surgit le bateau

Qui portera votre âme au delà de l'obscur.
Dans l'ombre de nos vies, par vos tendres murmures,
Vous offrirez au monde une vision du beau.

Berceuse III

Derrière le vitrail opaque de la nuit
Naîtra demain l'aurore, écoutez son appel
Au travers du tumulte du bruissement d'aile
Du majestueux aigle régnant sur minuit.

Sa serre d'acier sombre emporte ceux qui croient
Pouvoir le défier en s'omettant au songe
De son bec acéré il dévore et il ronge
Les veilleurs téméraires devenus ses proies.

Milady, l'aube est votre en vos yeux azurés
Lorsqu'arrive le soir, qu'en sommeil vous rêvez
Vous ne faites que mieux naître le prochain jour

Le rapace à la vue de vos traits si serein
S'efface et de sa course émerge un lendemain
De tissu mordoré, de chaleur en velours.

Berceuse IV

Après avoir vaincu le tumulte du jour,
Grincements de regrets, hurlements trop factices
L'appel hypnotisant du silencieux abysse
De la vie en obscure semble un doux secours.

Enfin le mutisme absolu votre être
Élèvera un pâle et humble sanctuaire
Où l'écho des douleurs voudra bientôt se taire
Temple de volupté où vos songes sont maitres...

Mais à l'aube cruelle il sera ébranlé
Par le séisme abject des espoirs condamnés
Vous laissant comme nue et aveugle sous l'astre.

Laissez-moi en ces heures couvrir de mes mains
Vos yeux réclamant l'ombre, jusqu'à un lendemain
Préserver ces deux ciels du diurne désastre.

Berceuse V

Les nuits se succédant ne sont que des miroirs
Dont le reflet nous plonge en leurs sœurs effacées.
Éternel inconnu, éternelle beauté,
Le temps teinté de soir nous parait illusoire.

Combien de champs d'ébène ont vu tomber la pluie
Du bleu de votre ciel à force de combats?
Combien d'étoiles d'or sont mortes dans vos bras
Étouffées par cette ombre qui constamment vous fuit?

La ballet de l'écho, étourdissant ennui,
Vous obsède ce soir encore Milady,
Rendant à votre vie une couleur stagnante...

Pourtant à la surface du nocturne même,
Je crois apercevoir une fissure blême
S'étendant en une course gracile et lente...

Berceuse VI

L’astre de nuit, morose, flotte sans un bruit,
Lassé de l’oppressant silence de nos soirs,
L’âpre mélancolie envahit notre noir
Car il pleut sur la nuit au rythme de l’ennui.

Lourdes de notre spleen, les gouttes ombragées
S’écrasent lamentables sur nos vitres closes,
S’écoulent en pleurant, puis mourantes se posent
Dans la gueule béante du sol assoiffé.

Éclair pourtant, orage, éclaircie sur la vie,
A la terre les gouttes scintillent d’envie
Et brillent un instant en étoiles parfaites.

Milady, le bonheur a sur votre visage
L’effet de cette foudre sur le paysage,
Ne laissez pas l’obscure occuper votre tête…

Berceuse VII

L'homme a toujours conçu des cages insipides
Balcons alambiqués qui donnent sur le libre,
Loin des beautés hostiles et du chant qui vibre
Entre les feuilles noires du nocturne avide.

Les chambres nous enferment dans notre belle lutte
Pour traquer la trace sauvage de la nuit...
Brisez-les, Milady, pour connaitre le bruit
De cette forêt d'ombre et de l'étoile en chute.

Face au monstre lunaire, effacez votre peur,
Laissez-vous donc happer avec force douceur
Par la mâchoire immense de ce bon géant.

Vous descendrez alors jusqu'en son cœur de braise
Et vivrez un instant assoupie dans votre aise
Loin du soupir glacé du jour et du ciment.

Berceuse VIII

Au détour d'un chemin s'infiltrant dans la brume,
Encor vous trouverai-je assoupie Milady
Portée par quelque vent qui ne souffle qu'ici,
Caressée de ces ombres qui dansent en plumes.

C'est en humilité que vos yeux seront clos,
Accordant un instant aux étoiles timides
Un beau rayon de gloire avant que sur le vide
Ne se dessine en bleu le matin sur ses flots.

Il sera temps pour moi de lâcher l'adieu
Comme un soleil naissant et promettant, heureux
La rencontre prochaine à son noble trépas.

Peut-être à votre éveil restera-t-il encor
En votre oreille face au tumulte du sort
Quelques vers ombragés et murmurés tout bas.

Berceuse IX

Solitaires perdus dans l'immensité froide
Des cités ténébreuses pétrifiées à l'oubli,
Les bancs de bois se cachent sans un mot, meurtris
Par le désœuvrement de ces soirées trop fades.

Le matin éveillant le baiser des amants
Puis s'acharnant le jour à animer les cœurs
Ils n'ont pour récompense qu'un soir de rancœur
En compagnie du vide abject et déchirant.

Pourtant, là, dans la nuit, ils offrent leur appuie
A votre silhouette brumeuse Milady,
N'osant pas même un son devant vos yeux fermés.

Un tendre voyageur prendra peut-être place
Avant la belle aurore là où se prélasse
Votre être n'attendant que le jour pour briller.

Berceuse X

Chaque chemin, de fer, de pierre ou bien boueux
Prétend à nous mener à l'horizon des vies.
Bordés de réverbères brillant à l'envie,
Les sentiers se perdent en pas sinueux.

A chaque lampadaire nos yeux s'abandonnent
En leur lueur blafarde, espérant y trouver
La destination sauve pour l'être égaré
Où quelques rameaux verts d'espérance bourgeonnent.

Milady, nous sommes tous d'éternels errants
Et recherchons seuls, indécis et titubants
La grande et terminale effusion de clarté.

Mais peut-être faudra-t-il s'évader des routes,
Voyager à l'aveugle où notre esprit redoute
Et s'unir d'allégresse au cœur d'obscurité.

Berceuse XI

Tant de portes sont closes à l'ombre du destin,
Faisant taire les cris des gouffres monstrueux
Y trouvant un abris, rendant silencieux
Les palais d'avenir et leurs jolis jardins.

La clé y est unique, et la serrure avide
La dévore à l'instant où leurs corps fusionnent.
Alors, lourdement, un grincement résonne
Et nous voilà happé par la course du vide.

Vous craignez, Milady, le hurlement des gonds,
L'aveuglement du temps attiré par les fonds
Ces passages abrupts, ces voyages déçus...

Sachez qu'à chaque porte, au bout des précipices,
Sur un banc du palais, là où le vent se glisse,
J'attendrai la venu de votre être perdu.

Berceuse XII

Je rêve d'une nuit emplie de froissements,
D'une voute obscurcie qui se teinterait d'or,
D'un vent qui semblerait un souffle qui s'endort
Sur les draps étoilés, sous des yeux indécents.

Derrière le doré des fils composant l'ombre
Se cacherait le jour en puits d'azur céleste
Dont la lune a scellée la lueur et les gestes
Pour laisser la beauté habiter la pénombre.

Et dans ses bras d'argent m'invitant au sommeil,
Je trouverai enfin au monde des merveilles,
Des trésors enfouis dans une tendre étreinte.

Cette nuit, Milady, comme je l'aimerais
Si dans ma chambre mate, éteinte et éveillée
Ne résonnait le vide en une étrange plainte...

Berceuse XIII

Au creux de sombres rues, blotties et incertaines,
Poussent timidement des fleurs baignées de lune
Qui à l'heure où l'aurore parait la plus brune
Offrent aux tendres nuits des pétales en peine.

Un ivrogne amusé quelque fois les écrase
Et des passants bornés renient jusqu'à leur nom
Magnifié, murmuré comme une incantation
Par l'être qui a su en percevoir l'extase.

Leur reflet éphémère irradiant notre route
N'est qu'une vérité qui tremble sous le doute
Qu'a jeté la mortelle et obscure apathie...

Contemplez Milady ces azalées lunaires,
Sentez en leur parfum l'enivrant du mystère,
Puis cueillez l'une d'elle, emportée par l'envie.

Berceuse XIV

Entre le sanglant rouge et le noir du décès,
Le ciel du soir adopte une robe d'azur,
Illuminé encor d'un soleil qui perdure
Quelque part en l'ailleurs, quelque part en l'après.

Sa teinte n'est pas celle égarée de nos jours
Comme une flaque absurde, écœurante de joie;
Elle a la profondeur d'un océan sans voix,
D'un mystère éphémère invitant au détour...

Elle s'enfuit pourtant, et déjà les ténèbres
L'enlèvent à mes yeux dans un ennui funèbre.
Je sens naitre en mon cœur une mélancolie...

Car Milady ce bleu que je vois fuir au loin
Me faisant de son meurtre incongru le témoin
Fait s'élever en moi la crainte d'un oubli...

Un commentaire? Une question? N'hésitez pas à m'en faire part!

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Edward Smith
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MessageRe: [Poésie] Les Berceuses (G)   Publié le : Mar 21 Juin 2011 - 7:51

Berceuse XV

Ce soir je parle au ciel, aux orbes enflammées
Me portant un message arrivé d'Orient,
Au delà de la terre et de nos océans,
Un cri de pureté, un murmure apaisé.

J'ai conté à l'étoile et mes peurs et mes doutes
Qu'un jour inquisiteur m'enlève Milady,
Que le soleil trompeur me laisse en notre vie
Tel un enfant sans voix qu'on abandonne aux routes...

C'est l'Orient serein qui voulu me répondre
Qu'après la fin des nuits, lorsque le noir s'effondre,
L'Astre-père sur vous se reflète, splendide.

Et l'étoile fidèle, émue par ma complainte,
Me promis de former avec ses sœurs conjointes
Votre nom sur ce ciel, sans vous déjà trop vide...

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Edward Smith
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MessageRe: [Poésie] Les Berceuses (G)   Publié le : Dim 3 Juil 2011 - 14:08

Berceuse XVI

Je n'ai aimé les nuits que pour l'incertitude
Projetée par de l'ombre insufflée en tous lieux,
Pour l'espoir qu'un nuage en trajet merveilleux
Vous révèle à mes yeux meurtris de lassitude.

Jamais la traversée ne fut bise d'été,
Tout ne fut que tempête éreintante de rêve;
Chaque matin s'offrait comme une belle grève
Au regard effacé d'un marin égaré.

Mais lorsque sur la rive écloront les mémoires,
Que seul un souvenir habitera mes soirs,
Pour quel vent partirai-je animé de l'éveil?

Je passerai mes nuits dans des jardins de lune
A cultiver des fleurs étoilées sur les dunes,
Espérant qu'en l'ailleurs Milady s'émerveille...

Berceuse XVII

Aux soirées accablées du plaisir que l'on brise,
Je dresse un requiem enivrant et fleuri,
Porté malgré l'obscure à l'extase infini,
Car l'été chantera au bout des allées grises.

Partagez avec moi, Milady, ces accords
Comme des perles d'eau sous un soleil clément,
Evadons-nous d'envies et de joies d'un instant
Lorsque le tournesol trop attristé s'endort.

Ces belles nuits, je crois, cette brume estivale
Est un voile élégant sur le ciel qui dévale
A la pointe du jour les falaises d'étoiles

Au terme de sa chute éclatera l'azur
Tumultueux hommage à une grâce pure...
Vos yeux reflèteront l'été qui se dévoile.


Berceuse XVIII

En des cités sans nom je me suis égaré
Espérant chaque fois y trouver une aurore.
Une nuit sans brusquer un long pavé qui dort
Je la trouvais enfin en l'onde qui brillait...

Une fontaine d'or, tissée d'argent d'étoiles,
Sacrée par l'astre-lune, aimée de l'astre-père,
Son eau ne se boit pas, on craindrait de défaire
L'irradiante beauté sur des soirées en toiles.

Mais ma nuit de fontaine est désormais aride,
Et la lune affligée très doucement se ride;
Ces gracieux filets ne m'appartiennent plus.

Lointain est le doux chant de mon cher élixir,
Des corbeaux et des rats y boivent à désir...
Milady, la fontaine est paradis perdu.

Berceuse XIX

Le temps des nuits est noir, brulant et solitaire,
Un désert fait d'ébène où l'oasis est morte.
Cet été infernal où mes maux se confortent
Se ravit de forcer mon sourire à se taire.

Mes pas dans l'éthéré sont lourds et hasardeux
Et mon cœur s'est enfuit loin sous le sable éteint
Pour y trouver de l'eau, pour y flotter enfin;
Il restera captif d'un silence sableux.

Pourtant, ô joie, je sais qu'Hélios à sa venu
Fera bientôt pleuvoir sur l'heureuse avenue
Des rires et regards vifs et désaltérants.

L'allée apparaitra sous le grain trop cruel
Pour me mener plus loin, où la clarté est belle,
Où l'été, Milady, est une joie d'enfant.

Berceuse XX

Sous nos pied, sous nos pas, rythmant notre vie sourde,
Des fleurs abandonnées appellent au secours,
Meurtries d'indifférence, égarées au détour
D'un sentier inconnu où l'existence est lourde.

Un déchirant mutisme étouffant leurs grands cris,
Elles vivent en cage en leur beauté sinistre
Reflétant joliment milles tendres registres
Pour camoufler en vain une allégresse enfuit.

Milady, écoutez, elle semblent se taire,
Mais la rosée mâtine affiche la misère
D'un cœur dissimulé sous des pétales bleues...

Je voudrai la cueillir, la faire fleur unique
Dans un vase amoureux aux attraits magnifiques
Si ce tendre bonheur n'était pas douloureux.

Berceuse XXI

Assis sur une brise alors que midi fuit,
Je capture en mes yeux les teintes des journées
Et avec un bleu sombre et un noir magnifié,
Je peindrai un tableau aux couleurs de la nuit.

Les maisons seront herbe et les feuilles montagnes,
Enlacées en l'obscur dans une intime danse
En laquelle chacun pourra saisir la chance
De trouver sous l'étoile une tendre compagne.

Mais pourtant Milady, aussi beau qu'il sera,
Dans ce portrait ombré toujours il manquera
Au noir une lumière, au bleu un peu d'abysse.

Malgré tous ses efforts, son nocturne talent
De fondre dans ses bras les nuances du temps
La nuit même ne peut vous peindre qu'en esquisse.

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Edward Smith
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MessageRe: [Poésie] Les Berceuses (G)   Publié le : Ven 29 Juil 2011 - 11:55

Berceuse XXII


Sur un papier blanc baigné d'obscurité
S'est composé ce soir une ode au lendemain.
J'aurai voulu pouvoir vous la chanter matin
Mais Milady vous seule en savez la beauté.

Elle fait entrevoir du ciel sur le béton,
Une mer dans les yeux des passants qui s'évadent,
Des vers sur les panneaux où le verbe est malade,
Un oiseau aux fenêtres, un sourire aux balcons.

Cette chanson je crois que je l'ai entendue
Sous mes pas remontant une belle avenue
Alors qu'ils rencontraient un écho délicat.

Aujourd'hui elle manque à mes matins aphones,
Et pourtant chaque soir je l'entends qui résonne
En un doux vibrato qui fredonne tout bas.

Berceuse XXIII


On raconte aux enfants qu'un étrange marchand
Réside en une étoile égarées dans la nuit
Et qu'il vend contre un peu d'essence de nos vies
Un soupçon d'onirique en nos soirs trop lassants.

A chaque lune il sert au hasard de sa main
Les démons de l'obscur, les anges du sommeil
A des êtres aigris que plus rien n'émerveille
Si ce n'est la folie précédant un demain.

Ce vendeur de démence à l'odeur quotidienne
Est-il un autre agent de ces maux qui reviennent
Pour hanter ce répit que m'offre le silence?

Milady je veux croire à un peu de bonté,
Car je sais que parfois quelque songe sacré
Émerge de ses doigts en une jolie danse.

Berceuse XXIV


Sous les orbes d'argent dormait le peuplier
Qui ombrageait ma vie pour mes yeux en douleur,
Pour cacher un peu mieux quelques sinistres pleures
Qu'un jour se voulant gai n'aurait que trop châtié.

Il était mon trésor, il était mon fléau,
Confident de ma peine et ogre de tourments,
Mes larmes devenaient sève obscure, son sang,
Ses feuilles nourrissaient mon silence de mots.

Aujourd'hui il scintille, il exulte, il rayonne,
Il est beau, Milady, comme le jour où sonne
Une cloche pour ceux qui s'éteignent sans bruit.

Sous les orbes d'argent brûle l'arbre en été,
Lorsqu'à ses pieds déjà se met à bourgeonner
Des jacinthes de feu illuminant ma nuit.

Berceuse XXV


L'ombre coule en un fleuve immense qui emporte
Les songes s'élevant, la plume aimant sa fuite,
Le cortège qui nait des vagues à leur suite,
La diurne apathie qui s'étouffe, enfin morte.

Tout est là Milady, y compris ce sommeil
Qui vous emportera en ses plus beaux instants,
Appelé par le son des mots qui soupirant
Feront naître ce vent qui chassera l'éveil.

Nous n'échappons jamais au doux courant d'ébène;
Vous et moi y coulons en épaves humaines,
Réunis par le flux d'un soir de plénitude.

A travers ce liquide, en l'obscur éthéré,
Je rejoins votre oreille afin de murmurer
Un nouveau requiem à votre solitude.

Berceuse XXVI


Mon cœur est alourdi d'un traitre sentiment,
Affirmant en soupirs tout connaitre des nuits,
L'étreinte de l'étoile accuse son ennui,
Ce soir est envahit d'un sombre anesthésiant.

Rien, pas même le vent sur les feuilles brûlées
N'animera la cendre éteinte du regard
Qui embrasait jadis le ciel de milles phares
Changeant un air nocturne en lumineux ballet.

Milady j'ai offert à l'ombre ma tendresse,
Ai dans nos entretiens révélé mes faiblesses,
Si bien que chaque mot me semble être un écho.

Le spectre qui me hante est une ombre toute autre
Transformant ma prière en morne patenôtre
Abattue sous les coups soudains de mes sanglots.

Berceuse XXVII


Sur ma vitre qui pleure à fondre sous l'eau claire
S'est posée un instant une jolie lueur;
On l'amena ici pour troubler ma torpeur,
Pour jeter sur mon deuil un éveil éphémère.

Comme elle était fragile en ces temps de déluge,
Comme elle était subtile en sa froide pâleur
Semblant incandescence en la tiède pudeur
De la nuit qui révèle un instant mon refuge.

Rien, ni le fouet abject de cette pluie battante
Ni le hurlement sourd des rafales lassantes
Ne troubla cet étrange appel du fond des nuits.

Alors que mon regard s'évadait un instant,
Cet angelot perdu revint en ces beaux champs
Loin Milady, si loin de ma geôle d'ennui...

Berceuse XXVIII


Il y a pour se rendre à abyme nocturne
Un obscur escalier que notre pas dévale
Comme avide et curieux de sortir d'un dédale
A l'issue incertaine et aux murs taciturnes.

Certains chutent surpris par cette étrange allure,
Majestueux parfois, comme vêtus de nuit,
Humbles le plus souvent, s'introduisant sans bruits
Là où une ombre ultime accueille leur usure.

Milady quels sont donc ces trésors que contiennent
Ces tréfonds pour qu'aucun d'entre nous n'en revienne?
Peut-être un peu de paix, un sommeil sans orage.

Mon pas un jour moins sur trébuchera sans doute,
Mais j'aurai avec joie, où qu'ai mené ma route,
Partagé avec vous des marches de passage.

Berceuse XXIX


Cette nuit Milady, nous créons des étoiles
Pour un ciel qui nous semble en être démuni,
Des lumières de Chine aux feux qui incendient
Les regards des passants que le quotidien voile.

Sont rendues à l'obscur ses teintes effacées
Si bien qu'il me parait un jour fait d'artifices
Maintenu à la vie par quelque maléfice,
Allégeant un instant le poids d'un soir troublé.

Pourtant, loin des beautés, admirant sans le voir
Ce fascinant spectacle à l'attrait illusoire,
Je ne peux que penser à sa mort imminente.

Qu'ils gardent l'éphémère extase de leur fête,
Je ne veux célébrer que nos plaintes muettes
Sous la lune réelle en gardienne éclatante.

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MessageRe: [Poésie] Les Berceuses (G)   Publié le : Jeu 19 Avr 2012 - 11:39

La Berceuse Inavouée

Je ne suis qu'un voleur, un ennemi du temps
Soustrayant votre image à sa course implacable,
L'enfermant dans la cage de mes tendres fables,
Prisons dont le métal n'est que reflet d'argent.

Ô tristesse de l'art, votre cœur est image
Dans un songe terni par votre indifférence,
Dans une vie qui meurt par notre différence,
Des espoirs échoués, des bonheurs en passages.

Dormez, dormez encor, vous êtes si réelle,
Sur le quai de l'aurore vous semblez si belle,
Ne laissez pas le jour assassiner mon cœur...

Que l'éternelle nuit se pose sur la main
Meurtrière et avide du cruel matin
Et me plonge à jamais au décès des lueurs.

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