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 Déino II [+13]

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Iris-Ardell
Plume d'oie

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MessageDéino II [+13]   Publié le : Lun 8 Aoû 2011 - 11:49

J'ai écrit une suite à Déino. Malheureusement, il reste beaucoup de blancs dans l'histoire (j'ai la dernière phrase par exemple) mais j'y repense en ce moment et ça me donne envie de m'y remettre.

Titre : Déino II

Auteur : Iris-Ardell. Cette histoire et les personnages y figurant m'appartiennent.

Rating : +13

Presque seize ans se sont écoulés depuis les évènements qui ont ensanglanté Amarte-La-Jolie, et l’Eventreur Invisible n’est plus qu’un mauvais souvenir.
Le commissaire Henri Chapman s’apprête à partir en retraite, mais il doit vite renoncer à toute idée de quiétude quand un membre du gouvernement des États-Unis vient le contacter.
Une petite Américaine de sept ans nommée Kimberley a miraculeusement survécu à un accident de voiture. Cependant, son comportement a radicalement changé : elle ne reconnaît plus ses parents et son agressivité n’est pas loin d’effrayer le personnel hospitalier.
A présent, la fillette est enfermée dans un complexe militaire, soumise à l’observation de scientifiques. Chapman a été pressenti comme consultant et il voit ses craintes se réaliser lorsque Kimberley s’échappe…
Elle revient en France, à Amarte-La-Jolie plus précisément, où elle se fait adopter par un couple sans enfant. Dès lors, l’ex-commissaire assiste aux efforts louables de la petite fille pour s’intégrer. Tout semble en effet indiquer que Déino souhaite renoncer à ses instincts meurtriers et commencer une nouvelle vie.
C’est compter sans les militaires, avides de retrouver l’arme formidable qu’elle représente. Et cela même ne serait rien, sans la haine passionnelle que la fillette voue à celle qu’elle considère toujours comme sa sœur…

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Dernière édition par Iris-Ardell le Sam 13 Aoû 2011 - 8:56, édité 1 fois
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Iris-Ardell
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MessageRe: Déino II [+13]   Publié le : Lun 8 Aoû 2011 - 11:53

Auteur : Iris-Ardell. Cette histoire et les personnages y figurant m'appartiennent.

Rating : +13

PROLOGUE


Mercredi 19 novembre 1996
Minuit quinze


Les urgences de l'hôpital étaient exceptionnellement calmes en cette nuit d'automne. Les seuls cas qui s'étaient présentés jusque là étaient un accouchement imminent et un couple de S.D.F. dont la querelle avait dégénérée en échange de coups.
Pendant que les aides-soignantes conduisaient la jeune parturiente en salle de travail, l'infirmière en chef Catherine Dart secoua la tête en soupirant. C'était la troisième fois que les deux sans-abri atterrissaient aux urgences, toujours pour le même motif. Ils se crêpaient le chignon comme chien et chat, ce qui ne les empêchaient pas de rester ensemble. Pour l'instant, des internes s'occupaient de l'homme et de la femme pendant que les policiers qui les avaient amenés attendaient non loin.
Catherine se détourna et s'approcha du distributeur de boissons. Elle venait de mettre une pièce de deux francs dans la fente lorsque le double battant de la porte principale s'ouvrit à la volée.
Tout en travaillant avec le reste de l'équipe, Catherine écouta les explications des ambulanciers. D'après ce que leur avaient dit les parents effondrés, la petite fille s'était détachée parce qu'elle voulait montrer un dessin à sa mère et que sa ceinture la gênait. C'était à ce moment là que, pour une raison non déterminée, l'homme avait perdu le contrôle de son véhicule. Celui-ci avait terminé sa course contre un arbre.
L'état de la fillette était critique. Juste après qu'une infirmière ait emmené les parents en salle de repos, le cœur lâcha. Pendant vingt minutes, ils tentèrent de la réanimer. En vain, le défibrillateur n'avait aucun effet et le tracé de l'électrocardiogramme restait plat.
— C'est pas vrai… murmura le médecin en se redressant. Heure du décès ?
— Zéro heure quarante-sept, répondit Catherine en jetant un coup d'œil à l'horloge murale pendant qu'une aide-soignante recouvrait le petit corps d'un drap.
Elle ne savait que trop ce que tous ressentaient. La sensation de gâchis, l'échec cuisant. Et en plus il allait falloir annoncer la nouvelle aux parents ! Dire que la nuit s'annonçait si bien ! Un cri étouffé lui fit tourner la tête.
Une main avait jailli de dessous le drap et avait agrippé l'aide-soignante à la gorge.

Jeudi 21 novembre 1996
Quatorze heures vingt


— Alors, monsieur Harris, quelle est donc cette affaire si urgente ? s'enquit Pierre Tate, le ministre de l'Intérieur, après que Dave Harris eut pris place en face de l'imposant bureau.
— Mon fils est entré à l'hôpital hier. Ils vont lui enlever les amygdales.
— Ravi de l'apprendre… Venons-en aux faits, voulez-vous ?
— Oui, bien sûr ! Et bien, figurez-vous qu'il y a un drôle de tapage dans cet hôpital ! Je crois que vous devriez aller jeter un coup d'œil. Ça risque de vous intéresser.

Les deux hommes étaient dans un des couloirs du centre hospitalier, devant une fenêtre qui donnait sur la chambre. En voyant ce qui se passait à l'intérieur, le politicien pâlit alors même que son cerveau réfléchissait à toute vitesse.
— Faites ce que vous avez à faire, dit-il.

Vendredi 22 novembre 1996
Seize heures cinq


— Et Jésus dit : "laissez venir à moi les petits enfants, car le royaume des Cieux leur appartient".
Dans l'assistance, nombreuses étaient les personnes qui essuyaient une larme. Quand le service funèbre fut enfin terminé, la famille et les amis défilèrent devant les parents.
— Ma pauvre Sarah… vraiment, je ne sais pas quoi dire.
— Elle ne nous reconnaissait même pas ! sanglota la jeune femme, soutenue à moitié par son mari.
Les autres secouèrent la tête. Que pouvaient-ils ajouter ? Aucune parole ne pourrait atténuer la douleur de Sam et de Sarah Taylor. Après un arrêt circulatoire de plus de vingt minutes, le cerveau avait été irrémédiablement endommagé. C'était déjà un miracle que la petite ait survécu si longtemps… Même si peu osaient le reconnaître, tous estimaient que la mort de l'enfant était arrivée à point nommée. Jamais elle ne serait redevenue celle qu'ils avaient aimée. Son comportement avait tellement changé…
Lorsque le cimetière redevint désert, un coup de vent littéralement glacial vint éparpiller les fleurs entreposées au pied de la stèle funéraire.

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Iris-Ardell
Plume d'oie

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MessageRe: Déino II [+13]   Publié le : Sam 13 Aoû 2011 - 8:51

PREMIERE PARTIE


Le plus brave de nous a peur de son moi.
Oscar Wilde
Le portrait de Dorian Gray


Toute créature humaine est un être différent en chacun de ceux qui la regardent.
Anatole France
Le Lys rouge

CHAPITRE UN



Le pot de départ était réussi ; tous les collaborateurs de l'ex-commissaire étaient là pour lui souhaiter une bonne retraite. D'autres commissaires mais également des commandants, des capitaines et même du personnel administratif. Après un petit discours, Chapman était allé discuter avec chacun d'eux. On lui avait offert des cadeaux, bien sûr, dont un appareil photo qu'il se promettait d'utiliser lors des voyages qu'il avait bien l'intention de faire désormais. La petite fête avait commencée vers dix-sept heures et elle venait de se terminer à vingt heures et quart. A présent, l'ancien policier rentrait chez lui en compagnie de sa femme Jessie qui était présente lors du pot.
Après avoir fermé la porte d'entrée et tandis que Jessie allait allumer la lampe du salon, Chapman jeta un coup d'œil au répondeur du téléphone, par habitude. Il n'attendait pas d'appel mais on ne savait jamais. En effet, il y avait un message, un certain Dave Harris qui lui demandait de le rappeler de toute urgence. L'ex-commissaire soupira et rappela le numéro.
— Ici Chapman, se présenta-t-il.
— Monsieur Chapman, heureux que vous m'ayez rappelé aussi vite. Je suis Dave Harris, je travaille pour le gouvernement des États-Unis d'Amérique. Pourrait-on se rencontrer, disons, le plus vite possible ?
— Demain, ça vous irait ? Excusez-moi mais je ne vois vraiment pas en quoi je peux vous aider...
— En fait, je suis en France actuellement; Je peux venir chez vous dès demain matin, oui. Le plus tôt sera le mieux. Quant à ce que vous pouvez faire pour nous, que diriez-vous de nous servir de consultant ?
Chapman éclata de rire.
— Consultant, hein ? Mais en quoi le gouvernement des USA aurait-il besoin de moi comme consultant ?
— Un peu de patience, tout vous sera expliqué en temps et en heure. Je ne peux rien vous dire pour le moment. Je peux donc venir vous voir demain matin, à la première heure ?
— Et bien... oui, pourquoi pas.
— C'est entendu. Au revoir monsieur Chapman et à très bientôt.
Sur ce, son interlocuteur raccrocha et l'ex-commissaire resta un instant songeur. Les États-Unis ? Mais qu'est-ce qu'ils lui voulaient au juste ?


Comme convenu, Dave Harris se présenta au domicile de Chapman le lendemain matin, très tôt. Les deux hommes s'installèrent dans le salon et Jessie leur servit une tasse de café. Puis elle s'assit au côté de son mari.
— Monsieur Chapman, l'affaire qui m'amène est de la plus haute importance, commença Harris. Comme je vous l'ai dit par téléphone, nous souhaiterions vous avoir comme consultant.
Il leva aussitôt les mains en signe d'impuissance et poursuivit :
— Désolé, je ne peux rien vous dire de plus, sachez seulement que cette affaire est top secrète. Il me faut votre parole que vous ne répéterez jamais à personne ce que vous allez voir et entendre.
Chapman secoua la tête.
— Dans ce cas, je préfère m'abstenir. Voyez-vous, je viens tout juste de fêter mon départ à la retraite. Tout ce dont j'aspire à présent c'est de mener ma vie tranquillement. Et franchement, je ne vois pas en quoi je peux vous être utile. Surtout si vous ne pouvez rien me dire de plus précis...
Harris sourit nerveusement.
— C'est que... moi aussi j'ai donné ma parole que rien ne vous serait dit avant que vous n'acceptiez. Je vous en prie, venez avec moi aux USA et je vous montrerai tout. Vous saurez tout ce qu'il y a à savoir et vous pourrez décider vous-même si vous désirez nous aider ou non. Je vous jure que que vous êtes la personne qu'il nous faut.
Chapman échangea un coup d'œil avec Jessie, aussi perplexe que lui. Néanmoins, le dénommé Harris venait de titiller sa curiosité. Après tout, n'avait-il pas prévu de voyager ? Un petit séjour aux États-Unis ne pourrait pas leur faire de mal. Quoi que ce soit, ça ne pouvait pas être si grave, si ?
La discussion continua, Harris tentant de persuader l'ex-commissaire de le suivre sur le nouveau continent. Au bout d'une heure, Chapman et lui se serraient la main pour sceller leur accord. Il était convenu que Chapman et Jessie prendraient le prochain avion en compagnie de l'envoyé des USA.


Mercredi 27 novembre 1996
Quelque part aux États-Unis d'Amérique


Jessie était restée à l'hôtel. Chapman, quant à lui, suivait Harris le long de couloirs labyrinthiques , dans un centre construit sous terre. Partout des militaires armés qui lui donnaient une mauvaise impression. Mais qu'y avait-il ici, bon sang ? Et pourquoi était-il là ?
— Je vous promets que votre curiosité sera satisfaite très bientôt. En fait, vous allez revoir une vieille connaissance...
Harris le conduisit jusqu'à une salle encombrée d'appareils scientifiques. Chapman s'approcha d'un miroir sans tain qui donnait sur une chambre meublée seulement d'un lit. Pelotonnée sur la couche, vêtue d'une blouse d'hôpital, une fillette d'environ sept ans dormait en serrant une peluche contre elle.
Le commissaire se tourna vers Dave Harris.
— Monsieur Chapman, je vous présente Kimberley, dit ce dernier.
L'homme sourit en voyant le regard interrogateur de Chapman.
— Pardonnez-moi, reprit-il. Il est vrai que lorsque vous l'avez connue, en 1980, elle était âgée de seize ans et avait de longs cheveux noirs.
L'ex-commissaire pâlit et son attention se fixa à nouveau sur la petite fille.
— Non… parvint-il à murmurer.
A ce moment, Kimberley ouvrit les yeux. Des yeux de myosotis pailletés d'un lumineux gris perle. Avec ses boucles dorées encadrant un visage ravissant, la fillette était d'une beauté certaine, mais encore enfantine.
Cette fois, c'était au tour de Chapman de sourire, envahi de soulagement :
— Je crains que vous ne perdiez votre temps, dit-il. Cette gamine n'est pas Déino.
Les prunelles bleu-gris ne pouvaient le tromper. C'était les yeux innocents d'une enfant perdue et effrayée. Rien à voir avec les iris d'un noir de jais de l'autre.
Harris garda un silence inquiétant, puis il s'excusa et tourna les talons, pour soi-disant aller chercher quelque chose. Resté seul, Chapman s'approcha du miroir sans tain.
Aussitôt, les yeux de la petite fille s'agrandirent d'effroi, pendant que son regard se posait sur l'ex-commissaire sans le voir. Un des appareils se mit en alerte, attirant ainsi quelques infirmières qui entrèrent dans la chambre. Elles se penchèrent sur la fillette, tâtant son front, vérifiant les instruments et les fils fixés sur sa peau. Le responsable ne tarda pas à les suivre. Il semblait mi-inquiet, mi-excité.
Finalement, les infirmières se redressèrent et l'homme revint auprès de Chapman.
— Palpitations… expliqua-t-il. Ça va, maintenant, c'est passé…
Il s'interrompit un moment tout en considérant l'ex-commissaire d'un air songeur.
— Elle a senti que vous étiez là.
Sortant un papier de la poche de sa poche, il le tendit à Chapman.
— Depuis qu'elle s'est réveillée, Kim n'a pas prononcé le moindre mot. Une de nos psychologues a néanmoins réussi à la faire écrire. Voilà ce que cela a donné…
L'ancien commissaire parcourut l'unique ligne. Il sentit sa gorge se nouer d'appréhension et son sang se figer dans ses veines.

" Où est Laïs ? "

— Il peut très bien s'agir d'une autre personne ! essaya Chapman, encore sous le choc.
Harris secoua la tête.
— Vous en connaissez beaucoup, vous, des femmes qui se prénomment Laïs ? fit-il, triomphant secrètement.
— Si c'est bien elle, pourquoi continuez-vous à l'appeler Kimberley ?
— Elle ne répond pas quand on l'appelle autrement.
Chapman se tourna vers Kim. Couchée sur le côté avec son ours en peluche dans les bras, elle le fixait toujours intensément sans pourtant le voir.
Cette enfant paraissait si seule dans cette chambre qui n'était rien de plus qu'une cellule, si fragile et si innocente…
Le cauchemar allait-il recommencer ?


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Iris-Ardell
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MessageRe: Déino II [+13]   Publié le : Dim 28 Aoû 2011 - 9:27

CHAPITRE DEUX



— Ne me dites pas que vous savez ce que vous faîtes, vous n'avez aucune idée de ce qu'est cette créature et ce qu'elle est capable de faire !
Chapman et Harris se trouvaient dans ce qui ressemblait à une salle d'attente garnie de sièges au dossiers noirs et qui entouraient une table basse. Nul magazine cependant sur celle-ci. En revanche, deux plantes en pot agrémentaient les coins de la pièce.
— Au contraire, je pense que nous le savons très bien, rétorqua Harris. N'oubliez pas que vous avez tout raconté à mon cousin, Jean Bernier, le ministre français de l'Intérieur en fonction en 1981. Il m'en a touché deux mots à l'époque. J'avais toujours pris cette histoire pour une affabulation, jusqu'à ce que je vois ce qui se passait dans cet hôpital, il y a quelques jours. J'ai dû me rendre à l'évidence, tout cela était bien la vérité. A présent nous détenons cette... créature et nous avons bien l'intention de nous servir d'elle.
Chapman eut un sourire amer :
— Elle vous tuera tous avant que vous ayez eu le temps de dire ouf ! Croyez-moi, je la connais, c'est une bête sauvage assoiffée de sang... Le meurtre est dans sa nature, elle est comme ça. Je doute fort que quiconque puisse se servir d'elle...
— Faites-nous confiance, nous maîtrisons la situation. D'ailleurs, depuis qu'elle s'est réveillée à l'hôpital, elle n'a blessé ni tué personne.
— Désolé mais ça ne me rassure pas, bien que je veuille bien admettre que c'est étrange.
A ce moment une jeune femme aux longs cheveux roux relevés en chignon sur la nuque entra dans la salle et se dirigea tout de suite vers l'ancien policier à qui elle tendit la main.
— Ah, voici Mélinda Warrren, notre psychologue, présenta Harris. C'est elle qui est chargée de communiquer avec Kimberley.
— Enchanté, dit Chapman. Vous avez accepté un travail bien difficile...
— Mais qui me convient parfaitement, répondit Mélinda. Je me suis occupé d'enfants autistes alors j'ai l'habitude de voir un mur entre moi et mes petits patients. Cela ne me rebute pas, au contraire, j'en viens à réellement désirer communiquer avec eux. Cette petite Kimberley est un nouveau défi pour moi. Comme on a dû vous le dire, j'ai réussi à la faire écrire, c'est un bon début, je crois.
Une optimiste, songea l'ex-commissaire. En tout cas, il leur souhaitait bien du courage. Personnellement il n'avait aucune envie de se retrouver à nouveau confronté à Déino... ou à Kimberley, quelque soit le nom qu'elle s'était donné.
La psychologue leur offrit un dernier sourire avant de s'éclipser.
— Venez, je vais vous présenter aux autres membres de l'équipe.
Et Harris emmena son invité hors de la pièce, à travers les longs couloirs du centre, jusqu'à une porte à laquelle il frappa trois coups. Ayant été invité à entrer, il ouvrit le battant et s'effaça pour laisser passer Chapman. Celui-ci découvrit, derrière un impressionnant bureau en chêne, un homme revêtu de l'uniforme de l'armée des États-Unis. Ce dernier se leva et tendit la main à l'ancien policier.
— Chapman, je présume ? Je suis le colonel James Meynard. Et je vous présente le major Roberto Orsucci, dit-il en désignant un autre homme habillé en uniforme.
— Vous êtes donc le responsable de tout ceci... Comme je viens de le dire à monsieur Harris, vous faîtes une grossière erreur en croyant pouvoir maîtriser une créature comme Déino.
— Ça, si vous le voulez bien, nous sommes les seuls à pouvoir en décider. Toutes les précautions sont prises, naturellement. Vous n'avez aucune inquiétude à avoir, nous sommes prudents. D'ailleurs, voici le docteur Tissot...
En effet, un homme portant des lunettes et une blouse blanche venait d'entrer dans la pièce. Il salua Chapman et précisa :
— Je tiens notre patiente sous camisole chimique, avec ce que je lui injecte, elle n'a aucune chance de faire des siennes. En fait, elle est constamment droguée.
— Et c'est censé me rassurer ?
Le médecin sourit comme si l'ancien policier venait de dire une incongruité.
— Monsieur Chapman, dit Meynard, Kimberley a réclamé la présence de Laïs Sanders. Le docteur Warren estime qu'il serait profitable pour nous de lui permettre de la rencontrer. Elle pense que cela pourrait aider à la débloquer et nous permettre de communiquer avec elle.
— Il n'en est pas question ! se récria Chapman. Vous ne pouvez pas savoir à quel point Laïs a souffert à cause de Déino. Je vous assure que ce n'est pas possible...
— Peu importe ce que vous pensez. La décision est prise. Un de mes hommes va contacter Laïs et lui parler du retour de Déino, à moins bien sûre que vous ne souhaitiez vous en charger...
Il n'avait pas le choix... Le travail qu'on lui confiait n'était pas facile et, sincèrement, l'ex-commissaire aurait préféré s'en passer. Cependant il ne voulait pas que Laïs l'apprenne par un étranger. Il donna donc son accord.


Laïs Sanders, de son nom marital Laïs Latimer, était une jeune veuve de trente-deux ans et mère de deux enfants. Un garçon de sept ans nommé Alex et une petite fille d'un an, Ada. Elle vivait dans la maison de feu Samantha Sanders, sa mère adoptive, à Amarte-la Jolie. Chapman avait encore des contacts avec elle et savait qu'elle se remettait doucement de la mort de son conjoint dans un accident de voiture, il y avait quelques mois de cela.
Après avoir quitté les États-Unis, il était rentré en France et avait passé un coup de fil à la jeune femme. Il voulait la voir de toute urgence. Rendez-vous fut donc pris le lendemain matin, chez Laïs. Celle-ci venait de se lever pour se rendre dans la cuisine chercher la cafetière lorsque Chapman se résolut à lui parler.
Il se préparait à lui annoncer la nouvelle, mais ce n'était pas facile. Pendant qu'intérieurement, il cherchait ses mots, la jeune femme servait le café. Elle avait l'air si épanouie, si tranquille en essayant de faire bonne figure après le drame qu'elle venait de vivre, que le commissaire se sentait coupable.
— Il y a quelques semaines, commença-t-il, une fillette de sept ans a été victime d'un accident de voiture. Elle s'appelait Kimberley. Depuis, son comportement a… changé.
La jeune femme leva sur lui des yeux interrogateurs. Elle ne comprenait pas ce qu'elle avait à voir là-dedans.
— La pauvre, dit-elle. Je suis désolée.
Chapman secoua la tête.
— Kimberley n'a pas survécu à l'accident, fit-il d'une voix douce. Si je suis venu te voir, Laïs, c'est parce que… Elle est revenue.
Laïs se leva et alla rapporter la cafetière à la cuisine.
— Laïs…
— Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, Henri.
— Oh si, tu le sais parfaitement. Elle est revenue, Laïs. Déino est revenue.
La cafetière se brisa sur le sol.


Il avait été difficile de convaincre Laïs de le suivre aux USA mais finalement, il y était parvenu. Il savait que les militaires ne s'embarrasseraient pas de douceur s'ils se chargeaient de la persuader. Mieux valait que ce soit lui, elle avait confiance en lui. Néanmoins, ce fut tremblante d'appréhension que la jeune femme arriva dans le centre, deux jours plus tard. Elle avait laissé ses enfants aux bons soins d'une assistante maternelle, en France. A présent, elle se préparait à revoir celle qui avait fait de sa vie un enfer.
Tissot appuya sur la touche d'un interphone.
— Kim, j'ai de bonnes nouvelles pour toi. Nous avons examiné ta demande et elle a été acceptée. Laïs viendra te voir. Elle sera là dans quelques minutes mais auparavant, nous allons nous préparer. On ne voudrait pas qu'il arrive quelque chose, n'est ce pas ?
Le médecin se voulait paternel ; dans le coin de la pièce où il observait la scène, Chapman secoua la tête avec dégoût.
"Tu peux parler. Pour toi, elle n'est qu'un cobaye, un animal de laboratoire…"
L'enfant posa sur le miroir sans tain un regard vide, totalement dénoué d'expression. Elle ne réagit pas lorsque des infirmiers – quatre hommes forts – et des aides-soignantes entrèrent dans la chambre. Docilement, elle se laissa attacher sur le lit avec de grosses courroies de cuir. Une des femmes releva la manche de sa blouse et tamponna le creux de son bras d'un morceau d'ouate imbibé d'un produit antiseptique. En sentant la piqûre de l'aiguille, la fillette tourna vivement la tête vers l'infirmière qui acheva de lui injecter un tranquillisant.
— Calme-toi Kim, dit le docteur, bien à l'abri derrière la vitre. C'est seulement une petite précaution. Ça ne te fera pas dormir, c'est promis. Tu as été très gentille ces derniers temps et je suis fier de toi. Seulement, les ordres sont…
Tissot s'interrompit. La petite fille observait à nouveau le miroir et elle semblait savoir exactement où se trouvait le médecin en chef. Pendant un bref instant, le doux regard bleu fut voilé par la haine et une sorte de mépris.
"Elle n'est pas dupe" songea Chapman.
Puis, la fillette se détourna, les paupières papillotantes sur des yeux à demi-révulsés.
— Le tranquillisant commence à faire de l'effet, constata froidement le docteur. Parfait.


Laïs venait d’entrer dans la chambre, seule. Meynard, Orsucci et Tissot étaient là et observaient la scène à travers le miroir sans tain. Un interphone leur permettait d’entendre ce qui se passait. Chapman était également présent.
Abrutie de drogues, sanglée sur le lit, Kimberley paraissait absente. Son regard vitreux restait fixe. Plusieurs minutes s’écoulèrent ainsi dans un silence tendu. Tissot commençait à craindre de lui avoir donné trop de médicaments lorsqu’elle ouvrit la bouche :
— Tu as grandi depuis la dernière fois.
Elle avait parlé d’une voix égale, sans regarder Laïs. Dans l’autre pièce, les deux hommes soupirèrent mais Chapman conserva un air soucieux.
Cependant, la petite fille continua :
— Comment vont Alexandre et Ada ?
La jeune femme tressaillit.
— Si tu leur fais du mal… commença-t-elle, la gorge serrée par la peur.
La fillette ne lui laissa pas le temps de terminer.
— Pourquoi le ferais-je ? Ils auraient pu être les miens.
— Alors c’est ça, tu voulais vraiment prendre ma place…
— La place de qui ?
Kimberley avait crié et s'était redressée sur le lit ; la courroie de cuir qui lui maintenait le torse s'était déchirée sans effort de sa part. Devant cette démonstration de force, le médecin eut un hoquet de surprise.
— Je… je ne comprends pas… bégaya-t-il. La dose de tranquillisant qu’on lui a injecté aurait dû…
Au même moment, l’interphone explosa dans une gerbe d’étincelles. Désormais, les observateurs ne pouvaient compter que sur leurs yeux. Kim était assise et son regard furieux était braqué sur Laïs. Celle-ci s’était reculée, effrayée par la haine qu’elle lisait dans les yeux de la petite fille. Cette dernière parlait toujours et son ton semblait virulent, ses paroles blessantes.
Au bout de quelques minutes, la jeune femme sortit de la pièce, en larmes. Que lui avait dit Déino ?


Après son entrevue avec Laïs, Kimberley accepta de répondre aux questions des scientifiques. Elle se prêtait à leurs tests, docile. Les responsables du projet jubilaient.
La psychologue, Mélinda, venait de passer un moment avec l'enfant. Dans la pièce adjacente, le médecin et l'ex-commissaire observaient la scène à travers un miroir sans tain.
— Tout se passe à merveille, dit Tissot avant de parler dans un micro. Vous pouvez arrêter pour l'instant, Mélinda. Kim doit être fatiguée. Je vais appeler les infirmières pour qu'elles l'emmènent se reposer.
— Un instant, intervint Chapman. Si vous le permettez, je voudrais moi-aussi lui poser quelques questions.
— Je vous en prie.
Chapman s'approcha du micro :
— Mélinda, demandez-lui donc pourquoi elle a tué Paul Stuart.
A peine ces mots s'étaient-ils échappés de ses lèvres que le commissaire voulut les rattraper. Tournant la tête avec une vivacité déconcertante, Kimberley braqua sur lui des prunelles d'un noir d'encre, littéralement étincelantes de rage et de haine. Au même moment, une large fissure en forme de toile d'araignée apparut sur le miroir, juste avant que celui-ci n'éclate en morceaux. Le médecin chef recula vivement en voyant les chaises placées de chaque côté de la table éjectées contre les murs, l'une après l'autre.
A l'autre bout de la table, Chapman restait pétrifié. Une présence venait de bondir sur le meuble et se précipitait vers lui à toute allure, envoyant tout valdinguer sur son passage. Il entendit des mâchoires claquer devant son visage, sentit des griffes acérées déchirer l'air à quelques millimètres de sa peau…
Puis, plus rien.
Lorsqu'il reporta son attention sur Kimberley, le commissaire la vit inanimée sur le sol, les yeux révulsés. Mélinda s'était agenouillée près d'elle. Le cœur battant à tout rompre, il s'approcha du miroir brisé. C'était du verre Sécurit.
— Mon Dieu, que… bafouilla Tissot, blanc comme un linge. Que s'est-il passé ?
— Je crois que nous venons d'avoir la visite de Déino.
— Mais elle était si calme ! Que lui avez-vous dit ? Et d'abord, qui est Paul Stuart ?
— Justement, j'aimerais bien le savoir, répondit Chapman à mi-voix.


— Henri, je peux vous parler une minute ? demanda Mélinda. Il faut que vous voyiez ça.
— Bien sûr.
Ils entrèrent dans la salle de repos des infirmières ; elle était déserte.
— Laïs a eu quelques problèmes durant sa scolarité, n'est-ce pas ?
— En fait, c'était plutôt Déino qui n'était pas un très bon élément, répondit Chapman. Vous avez consulté le dossier : désobéissance, insolences… Sans compter les notes bien en dessous de la moyenne. Étant donné sa nature, on peut déjà se réjouir que cette créature sache lire et écrire.
Mélinda secoua la tête.
— Henri, je doute fort que Déino ait éprouvé de quelconques difficultés scolaires.
— Que voulez-vous dire ?
— Je veux dire qu'elle a participé à tous les tests écrits et oraux, aussi bien pour enfants que pour adultes. Sans une seule erreur et avec une rapidité terrifiante. Si j'en crois les résultats, le QI de Déino se situe aux alentours de 200, si ce n’est plus...
Chapman siffla :
— Rien que ça ! Mais un tel score est impossible…
— Non. C’est exceptionnel mais pas impossible. On a recensé quelques cas où le quotient intellectuel dépassait ce score. Il est écrit dans son dossier qu'elle dormait en cours, la tête dans ses bras, continua la jeune femme. Elle ne dormait pas. Elle écoutait et apprenait. Elle n'a simplement jamais démontré ses connaissances.
— Pourquoi ? Par sa faute, Laïs a failli être considérée comme un cancre !
— Justement. Lorsque le professeur s'adressait à elle, il l'appelait Laïs. Pas une seule fois l'équipe pédagogique n'a interrogé Déino. Pourquoi répondre à une question si on ne prend pas la peine de vous appeler par votre nom ? Je suppose d’ailleurs que ce n'était pas la première fois. Quand elles étaient enfants, les adultes parlaient à Laïs, lui souriaient. Déino, elle, était tout bonnement rejetée en tant qu'individu. On ne faisait pas semblant de ne pas la voir. Elle n'existait pas aux yeux des autres parce qu'on ne la voyait pas. A un âge où elle aurait eu plus que quiconque besoin d'être guidée, elle était littéralement niée. Lorsque sa propre mère s'est rendue compte de quelque chose, elle n'était pas loin de la voir comme un monstre. Vous pouvez imaginer que cela a pu être ? A l'époque, Déino n'était qu'une petite fille. Peu importait son passé. Elle n'en avait d'ailleurs aucun souvenir. C'était une enfant comme les autres qui avait besoin de sa mère. Elle était déjà invisible aux yeux du monde mais quand elle a vu dans quel état de fragilité nerveuse se trouvait sa mère à cause d'elle, elle a dû développer une sorte de complexe de culpabilité. Elle se considérait comme une criminelle et c'est en criminelle qu'elle s'est comportée pendant son adolescence. Son psychisme était formé à ce moment-là. Quoi que vous ayez pu dire ou faire, cela n'aurait rien changé.
— Si je comprends bien, Déino aurait pu s'adapter, devenir humaine ? Nous n'aurions pas eu tous ces ennuis…
— Mais elle s'est adaptée ! Elle a appris à parler, à lire et à compter. Pour cela, il lui a d'abord fallu maîtriser son nouvel organisme, autrement dit son cerveau, bien plus complexe que par le passé. Cette créature possède des facultés d'adaptation extraordinaires. Regardez-la ! N'importe qui la prendrait pour une fillette de sept ans.
— Attendez Mélinda, objecta Chapman. Déino est douée de télépathie. Il est possible qu'elle ait tout simplement lu les réponses des tests dans votre esprit;
La psychologue secoua la tête.
— Je ne pense pas. Voyez-vous, elle est trop orgueilleuse pour s'abaisser à tricher, elle veut qu'on la connaisse, qu'on sache qui elle est. Cette reconnaissance est capitale pour elle. C'est même pour cela qu'elle vous a épargné, vous et tous ceux qui connaissiez son existence. Elle a besoin d'exister aux yeux des autres.


Il était trois heures du matin lorsque le téléphone sonna dans la chambre d'hôtel. Encore à moitié endormi, Chapman se réveilla complètement quand il entendit Orsucci :
— Kimberley s'est échappée.

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Dernière mise à jour le 03/03/2015