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 Concours d'Halloween 2011 VOTES

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Quel texte préférez-vous ?
Le premier
60%
 60% [ 3 ]
Le second
40%
 40% [ 2 ]
Total des votes : 5
 

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Mikan
Dictatrice au fouet d'argent

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MessageConcours d'Halloween 2011 VOTES   Publié le : Ven 4 Nov 2011 - 13:58

Et voici l'heure de voter pour élire le texte que vous préférez parmi les deux concurrents !
Tout d'abord un grand merci aux deux auteurs qui sauvent notre concours grâce à leur participation^^^^

Petit rappel, les textes vont rester anonymes, votez pour celui que vous préférez, et pour ce qui est des auteurs, ne votez pas pour votre propre texte s'il vous plait

Voilà, les votes sont ouverts jusqu'au 18 novembre. Bonne chance à nos deux auteurs


texte 1 a écrit:
Le Matagot

La vieille route de terre battue constituait le seul chemin traversant la longue étendue de forêt qui le séparait de chez lui.

Le petit garçon tira d'un coup sec sur la corde qui fermait son gros sac, le ramenant sur son épaule dans une position confortable. Il n'avait heureusement pas toute la forêt à traverser : juste se rendre chez le bûcheron qui vivait non loin du croisement, pour ramener du bois à la maison. Le croisement était lui-même tout près de l'orée, la vieille route croisant celle, pavée, qui longeait la forêt. Ainsi, le petit garçon n'avait jamais à s'enfoncer dans ces bois obscurs, se contentant de quelques centaines de mètres sous les arbres.

Repoussant une mèche de cheveux roux qui lui tombait dans les yeux, il se remit en chemin, son lourd fardeau bien calé dans le dos. C'était fatiguant, mais c'était la seule chose que l'on attendait de lui : sa sœur aînée avait été mariée quelques mois auparavant, la plus jeune avait donc pris sa place pour aider leur mère à la maison ; son frère aîné travaillait avec son père et sa mère, dans les champs, et son plus jeune frère était trop petit pour faire quoi que ce soit, à part nourrir les volailles. Lui, ils lui demandaient simplement d'aller chercher le bois auprès du bûcheron, ce qui était somme toute déjà bien fatiguant. Il décida de faire une pause lorsqu'il arriverait au croisement ; il y avait de grands rochers plats, aux abords du chemin, sur lesquels il pourrait s'asseoir.

Le soleil déclinait rapidement en cette fin d'après-midi. L'hiver approchant, la nuit tombait de plus en plus tôt dans ces contrées. Le ciel rougeoyait lorsqu'il atteignit la route pavée.

Il lâcha son lourd sac au milieu du chemin, soufflant de fatigue ; il étira ses bras au-dessus de sa tête, cambrant le dos pour soulager ses muscles. Puis il la vit.

La vieille femme avait de longs cheveux blancs qui tombaient sur ses bras. Sa robe grise cachait tout son corps, sauf ses mains et son visage. Elle était assise sur le rocher plat, et caressait un chat couché sur ses genoux.
Il n'avait jamais vu cette femme auparavant ; la blancheur de ses cheveux était saisissante, et lorsqu'elle leva les yeux vers lui, il vit qu'ils étaient blancs aussi.

« Elle est aveugle » songea-t-il aussitôt, se souvenant de son grand-père dont les yeux étaient devenus blancs, eux-aussi, peu avant qu'il ne meure l'hiver dernier.

En même temps que la femme, le chat tourna la tête vers lui, et il fut surpris de l'éclat verdoyant de ses yeux au milieu de la fourrure noire. La pupille était fendue, comme chez n'importe quel chat, mais ses yeux lumineux semblaient le fixer avec un mélange d'insolence et de curiosité. Le petit garçon eut la sensation que le chat le sondait du regard, avec, derrière les yeux verts, une intelligence inhabituelle chez un animal.

La femme sourit, et les yeux du chat se plissèrent.
« Bonjour, jeune homme, » chuchota-t-elle de la voix cassée des vieilles personnes. Le garçon ne répondit pas, le regard toujours accroché à celui du chat noir.

« Il commence à faire nuit, reprit-elle, pas du tout vexée par l'absence de réponse. Es-tu tout seul ? »

Cette question lui rappela qu'elle était aveugle. Elle ne le voyait pas, mais l'avait sans doute entendu arrivé. Il se força à lever les yeux vers elle, quittant ceux du chat qu'elle caressait. Comment savait-elle qu'il était un garçon ?

« On dirait que ton sac est très lourd, n'est-ce pas ? Viens donc t'asseoir avec moi. »
Il tira le sac de bois jusqu'au rocher, jugeant toutefois préférable de rester loin de la femme et du chat.

« Je m'appelle Guillaume, se présenta-t-il, espérant ainsi obtenir le nom de cette inconnue. Et je ne suis pas seul. Les bûcherons ne sont pas loin. »

Ce n'était pas l'exacte vérité : les bûcherons étaient suffisamment éloignés pour ne pas pouvoir l'entendre crier à l'aide. Mais il était sans doute plus sage de faire croire le contraire, même si c'était une vieille aveugle sans rien d'autre qu'un chat entre les mains. La femme sourit encore, creusant les nombreuses rides sur son visage, et elle eut un petit rire, comme un hoquet, comme si elle savait qu'il n'avait pas dit la vérité. Le chat baissa lentement les paupières puis les rouvrit, le fixant toujours de son regard perçant.

« Quel âge as-tu, jeune Guillaume ? » demanda-t-elle, toujours souriante.
Il fit la moue en constatant qu'elle ne s'était pas présentée à son tour. Il insista donc.
« J'ai eu dix ans juste après les récoltes, Madame... ? » Elle eut à nouveau un hoquet amusé, sa façon de rire sans plus de doute.
« Mon nom est Mahaut, petit Guillaume, » répondit-elle enfin.

Il y eut ensuite un moment de silence, seulement bercé par les ronronnements du chat noir sur les genoux de Mahaut. Dans ses pupilles semblaient danser des flammes, reflets des nuages sombres aux bordures rougeoyantes sous le soleil couchant. Derrière eux, la forêt était désormais obscure, la nuit y était tombée.

« Que faites-vous ici toute seule, Mahaut ? » demanda le petit Guillaume. Il tut le fond de sa pensée, qui s'interrogeait sur la façon dont elle avait pu arrivée seule jusqu'ici, et ce qu'elle faisait sans moyen de défense au milieu d'un croisement de routes. Il était de notoriété publique que les croisées de chemins étaient dangereuses, surtout la nuit. Il fit taire ses inquiétudes en se rappelant que la lune n'en était qu'à son premier quart ; il y avait plus de danger quand la lune était pleine.

La vieille femme caressait le chat, de la tête vers la queue, grattant parfois entre les oreilles ou la base du cou, et le chat ronronnait, les yeux verts toujours fixés sur le petit garçon. Guillaume ne put s'empêcher de frissonner, inquiété par ce regard malin. Il s'écarta un peu plus, tout au bord du rocher gris.

« Dix ans, c'est un bon âge, » fit soudain Mahaut. Guillaume eut une moue irritée ; elle ne répondait encore pas à la question. Mais Mahaut n'avait pas fini.

« J'avais à peu près le même âge lorsque ma vie a complètement changée. Veux-tu savoir ce qui m'est arrivée ? »
Disant cela, elle avait posé sa main sur la tête du chat, comme pour le calmer ou l'empêcher de bouger. Il avait couché les oreilles sous les doigts de la femme, mais pas bougé d'un poil. Guillaume hocha la tête, avant de se souvenir qu'elle ne pouvait pas le voir.

« J'ai un peu de temps... » répondit-il, bien qu'un coin de son esprit voulût lui rappeler que sa famille devait certainement l'attendre avec le bois au même instant. Mais tout de même, que pouvait bien faire une vieille femme aveugle et sans rien d'autre qu'un chat noir au milieu d'un croisement à la nuit tombée ?

« J'avais à peu près dix ans lorsqu'un jour, je suis allée seule jusqu'à la ville la plus proche de ma maison. Mes parents m'avaient envoyée troquer quelques babioles contre une nouvelle faux. Le seul chemin pour aller à la ville, c'était de passer par une croisée. » Elle eut un hoquet de rire, penchant légèrement la tête vers le garçon comme pour une confidence : « J'étais très effrayée de passer par cette croisée, tu peux me croire... ! Mais il faisait grand jour – j'avais pris soin de partir dès le petit matin – , et mon inquiétude s'est vite dissipée. Quand j'ai repris le chemin de ma maison, j'étais toute extasiée des découvertes de la ville, et je rêvassais à ce que pourrait être ma vie là-bas. Alors, quand j'ai de nouveau atteint la croisée, ça a été comme un choc. »

Mahaut se tut alors, prenant juste une pause dans son récit, comme si elle en avait réfléchi les mots bien avant leur rencontre.

« J'ai passé la croisée avec appréhension. Avec le recul, sans doute était-elle justifiée. Alors que j'avançais sur mon chemin, j'ai rencontré ce vieil homme, couché dans l'herbe sur le bas côté. J'entendais sa respiration erratique, il semblait souffrir affreusement. J'étais jeune, j'ai eu peur de m'approcher. Mais il m'avait vu, et m'encourageait à m'avancer vers lui, désirant me parler. Sa main s'accrochait fortement à sa chemise, comme s'il avait mal au cœur. Je sais aujourd'hui que c'était sans nul doute le cas. »

Sa phrase se termina dans un murmure, et Guillaume la vit poser une main sur son propre cœur, comme si elle revivait l'instant dans sa mémoire... Ou qu'elle souffrait aussi.

Les yeux du chat restaient inébranlablement fixés sur lui.

« L'homme a lancé un sac de toile vers moi, difficilement. Il avait l'air si faible. Je me suis approchée pour le ramasser : il y avait une chose vivante à l'intérieur, la toile remuait dans tous les sens... » reprit Mahaut d'un voix plus forte. « Dès que j'eus cette chose entre mes mains, l'homme a déclaré : « Je t'en fais don... Je t'en fais don. » Puis il est mort quelques secondes plus tard. »

Guillaume n'osa rien dire, de peur d'interrompre les pensées de la vieille femme. Jusque là, l'histoire était horrible. Et qu'y avait-il donc, dans ce sac ? Mahaut sembla deviner sa pensée, car elle sourit avant de poursuivre.

« J'ai gardé le sac qui remuait, et me suis dépêchée de rentrer chez moi. Une fois à la maison, j'ai découvert que j'étais seule. J'ai appris plus tard que mes parents et mes frères et sœurs étaient partis à ma recherche, s'inquiétant de ne pas me voir revenir à la nuit tombée. J'ai déposée la nouvelle faux devant la porte pour mon père, et j'ai ouvert le sac de l'homme devant la cheminée. Ce qui en est sorti, est allé si vite que je ne l'ai d'abord pas vu du tout. Puis j'ai suivi sa trace jusque sous un coffre : c'était un gros chat noir aux yeux verts. »

Le petit garçon sursauta, et baissa aussitôt les yeux vers le chat noir aux yeux verts sur les genoux de Mahaut. Le chat n'avait pas cessé de le regarder.

« Est-ce le même chat ? » ne put-il s'empêcher de demander, poussé par la curiosité. Il ne connaissait aucun chat qui puisse vivre si longtemps – mais connaissait-il assez de chats pour le savoir ? Mahaut rit, dans un hoquet, mais ne répondit pas.

« Laisse-moi continuer mon histoire, tu comprendras ensuite. »
Guillaume fit une moue qu'elle ne vit pas, mais il était sûr qu'elle la devina très bien.

« Voyant que ce pauvre chat avait peur, je suis vite allée chercher un bout de viande séchée que je lui ai jeté sous le coffre. Il l'a avalé aussitôt. Je suis ensuite allée traire la chèvre, et je lui ai déposé une coupe de lait. Il a rampé de sous le coffre pour venir boire. Puis il s'est assis, m'a regardé, et a fait sa toilette. Mais je n'ai pas pu le toucher, il se sauvait dès que j'approchais une main. Quand ma famille est arrivée plus tard, il s'est enfui par la porte ouverte. J'ai cru toute la nuit qu'il ne reviendrait jamais. J'étais déçue de n'avoir pas pu le caresser, mais il semblait sauvage, il m'aurait sans doute griffée. Quelle a donc été ma surprise de le trouver couché sur mon lit le lendemain matin... ! Et plus incroyable encore : près de mon oreiller, deux grosses pièces d'or ! »

Le garçon eut aussi une exclamation de surprise. Il ignorait à quoi ressemblait l'or, mais il savait très bien à quel point c'était précieux. Son regard était rivé sur Mahaut et il ne pensait plus au bois qui prenait le froid et sa famille qui s'inquiétait.

« C'était un chat... magique ? osa-t-il timidement.
– Je l'ignore, répondit Mahaut. Peut-être. Certainement. »

Sur ses genoux, les yeux verts du chat scintillaient sous la clarté de la lune, qui éclairait le chemin. Les cheveux de Mahaut semblaient étinceler, si blancs.

« J'ai décidé de mettre les pièces dans un petit sac que j'ai caché dans un trou, au milieu des racines d'un chêne qui se trouvait non loin de la maison. Tous les jours, je donnais un peu de lait au chat, et tous les jours, je trouvais deux pièces d'or sur mon oreiller. Elles se sont accumulées, cachée sous terre, pendant plusieurs années. »

Mahaut raconta ensuite qu'elle eut un jour l'âge de se marier ; qu'elle fit un bon mariage avec un garçon du village, un peu bourru mais travailleur et aimant. Elle l'aima si bien qu'un jour, elle voulut lui parler des pièces d'or et du chat, qui revenait toujours la voir. Mais son mari lui préféra l'or : il voulut capturer le chat et la chasser de sa maison. Il s'écroula mort, une main agrippée à son cœur, aussitôt qu'il eut attrapé l'animal. Mahaut raconta combien elle eut peur ce moment-là, avec son mari mort devant elle, et le chat qui la contemplait de ses insondables yeux verts, et toutes les pièces d'or éparpillées à terre. Elle partit, quitta son village avec l'or et le chat. Elle expliqua ensuite combien il avait été facile de vivre, qu'elle eut une belle maison dans une ville, comme elle en rêvait à dix ans ; qu'elle eut de beaux vêtements, des bijoux ; elle rencontra des gens cultivés, avec qui elle apprit la lecture, le calcul, et le monde. Elle apprit à tisser et vendit ce qu'elle créait, pour que les autres ne se doutent pas d'où lui venait toutes ces belles choses alors qu'elle ne travaillait pas. Et elle nourrissait le chat, lui gardant une place devant sa cheminée, et une coupe de lait toujours pleine ; et le chat ramenait tous les jours de nouvelles pièces d'or.

Mahaut raconta ensuite au petit garçon qu'elle avait rencontré un autre homme, un homme intelligent, qui possédait des livres. Guillaume n'avait aucune idée de ce qu'était un livre, mais il comprit, à entendre la façon dont Mahaut en parlait, que c'était aussi précieux que l'or. Elle lui expliqua que l'homme connaissait le chat ; d'autres personnes avant elle l'avaient rencontré, et en avait parlé. Elle apprit de cet homme et ses livres qu'elle ne pouvait simplement garder le chat, ni même le donner à ses enfants : elle devait en faire don à quelqu'un d'autre.

« Vois-tu, petit Guillaume, si je suis revenue ici aujourd'hui, c'est parce que c'est ici que mon histoire a commencé. C'est ici, à cette croisée, que j'ai rencontré ce vieil homme qui m'a fait don du chat avant de mourir. »

Guillaume était un petit garçon plutôt vif pour son âge. Il comprit aussitôt.

« C'est pour cette raison que j'ai attendu. C'est un drôle de hasard, que tu aies le même âge que moi à cette époque... »
Elle se redressa un peu, ses longs cheveux tombant en cascade autour de son visage creusé par les années. De belles années, s'il avait bien compris. Elle incita le chat à s'asseoir sur ses genoux, une main toujours posée sur sa tête, puis elle se tourna vers le garçon et demanda d'une voix solennelle :

« Petit Guillaume, je te présente Odo. »

Le garçon ne comprit pas tout de suite.

« Le chat... ? »

« C'est ainsi que je l'ai appelé. Il semble apprécier le nom, » rit Mahaut. Elle attrapa le chat sous le ventre et le lui tendit. Guillaume se dépêcha d'approcher pour le prendre dans ses bras ; le chat ferma enfin les yeux et ronronna.

« Je t'en fais don, petit Guillaume, déclara Mahaut d'une voix haute et claire. Je t'en fais don. »

Le garçon baissa les yeux sur l'animal, passant une main dans la fourrure sombre, douce et soyeuse. Le chat ronronnait avec force, couvrant les autres bruits de la nuit. Quand il releva les yeux vers Mahaut – il serait poli de la remercier de ce don, songea-t-il –, la vieille femme s'était allongée sur le rocher plat. Il se leva et s'approcha, osant poser une main sur l'épaule déjà presque froide.

Mahaut ne respirait plus.

Alors il récupéra son gros sac, qu'il hissa hâtivement sur son dos, et se dépêcha de rentrer chez lui, de rejoindre sa maison, sous le clair de lune qui semblait veiller à ce qu'il ne se perde pas.

Le chat noir aux yeux verts, bien caler au creux de ses bras.

texte 2 a écrit:
""Ils étaient tous rassemblés autour d'une large table ronde, dans un silence quasi religieux. L'ambiance était tendue, anxieuse, et des mines dépitées échangeaient parfois un regard entre elles. Ils étaient tous dans le même bateau, après tout : un peu d'entre-aide et de sympathie ne rendrait la situation que plus supportable. Une ombre, en bout de table, se leva finalement devant le tableau blanc qui couvrait une partie du mur. La silhouette avait les poings sur la table, les épaules courbées, tête basse : toute sa posture indiquait sa profonde lassitude. Ils rentrèrent tous la tête dans leurs épaules, connaissant déjà le sermon qui allait suivre. L'ombre se redressa un peu, balayant toute l'assemblée du regard avant de prendre enfin la parole.

« Bon, les gars... débuta-t-il d'une voix grave, le ton fatigué. Ce n'est plus possible. Je commence à en avoir sérieusement marre. Vos dernières performances sont tout simplement minables, au mieux médiocres. Ça ne peut plus continuer comme ça. »

Il fit une pause en se redressant totalement, le regard durci. Autour de la table, chacun se mettait dans ses petits souliers, se sentant comme de retour à l'école. C'était plutôt humiliant, mais personne n'y pouvait rien.

« Les résultats de cette année sont pitoyables. Franchement les gars, vous vous croyez où ? Il faut ouvrir les yeux ! Vous êtes des monstres ! »

Son poing s'abattit sur la table à ce dernier mot ; le son du choc se répercuta sur les murs, vrillant leurs oreilles et les rendant encore plus misérables qu'ils ne se sentaient déjà.

« Cette année, je veux des résultats ! Je veux du chiffre ! Je veux que partout on me dise que mon équipe a fait du bon boulot ! Alors demain soir, vous avez intérêt à être en forme, parce que je ne tolérerai plus un seul échec ! Si vous voulez garder votre travail, je vous conseille d'être performants. Sinon, je vous garantie qu'on ne parlera de vous que dans les contes pour enfants ! »

Il se redressa dignement, puis tendit vivement le bras vers la sortie :

« Maintenant, dehors... Et au boulot ! »

Tout le monde se précipita vers la porte, ne voulant pas davantage provoquer son courroux.

.oO°_°Oo.

Alors qu'une foule de silhouettes hétéroclites se dispersaient rapidement dans les rues par petits groupes, deux d'entre elles en particulier se retrouvèrent seules sur le trottoir.

La plus grande, trapue et velue, souffla de dépit.

« Le boss est pas content..., grogna-t-elle d'une voix caverneuse, penaude.
- Rien d'étonnant à cela, répondit la seconde, plus menue et svelte, avec un accent slave. Il faut reconnaître que nous sommes assez pitoyables, dernièrement.
- Mais c'est pas facile... !
- Je le sais bien. C'est pourquoi je te propose un petit entraînement jusqu'à demain. »

Il accepta, et ils commencèrent tous deux à se promener au hasard des rues ; la nuit tombée était propice au genre d'exercices auxquels ils se prêtaient.

.oO°_°Oo.

Vingt-quatre heures plus tard, devant le petit jardin d'une maison :

« Bêtises ou Friandises !! » criait avec entrain un groupe d'enfants déguisés.

L'homme chez qui ils avaient sonné leur offrit de piocher dans un grand bol de bonbons, et le petit groupe repartit de plus belle après quelques remerciements.

Au coin d'une rue, se dressa soudain devant eux une ombre immense qui leur barra le passage.

« Des friandises... ! » sourit le monstre poilu, dévoilant une rangée de crocs blancs acérés.

Il se pencha brusquement en avant vers les enfants, toutes dents dehors ; ils s'enfuirent tous en criant, lâchant leurs paniers de bonbons dans la panique. Quelques pleurs résonnèrent même au milieu des bruits de course.

Le monstre eut un sourire satisfait tout en se redressant, les poings sur les hanches, dans une posture qui indiquait clairement sa fierté. Son ami slave le rejoignit à cet instant, une cape noire voletant derrière lui.

« Bon travail, » lâcha-t-il à contre-cœur. Lui n'avait pas eu autant de succès : les rares enfants qu'il avait réussi à coincer lui avaient fait remarquer que ses «fausses dents» pointues étaient mal imitées. C'était absolument horrible d'entendre critiquer ses dents... Le boss n'ignorait pas à quel point il était complexé à ce sujet.

Inconsciemment, il se mit à tapoter ses canines d'un geste absent, perdu dans ses pensées dépressives.

À côté de lui, le monstre poilu avait baissé les yeux sur les bonbons multicolores étalés au sol, les fixant d'un air intéressé...

.oO°_°Oo.

« Bêtises ou Friandises !!! »

La vieille femme eut un grand sursaut effrayé face à ce hurlement ; posant une main sur son cœur, elle tendit rapidement le saladier de bonbons à cet immense bonhomme, une mine épouvantée sur le visage, avant de refermer précipitamment sa porte à double tour.

« Chéri ! appela-t-elle. Je viens de me faire voler les bonbons des petits !
- Quoi ? Comment ça ? s'interrogea son époux.
- Un grand type déguisé en loup ! J'espère qu'il ne fera pas peur aux enfants... »

Pendant ce temps, le loup-garou redescendait joyeusement l'allée du petit jardin, le grand bol de bonbons entre les bras et avec un grand sourire béat.

Son ami aux «fausses dents» leva les yeux au ciel en le voyant arriver ; il tenait déjà une dizaine d'autres sacs, soit emprunté aux habitants des maisons, soit volés aux enfants qu'ils avaient croisés.

« Regarde ! s'exclama le loup. Y' a des sucettes, et des petits mous aux fruits ! Et même, regarde, des petites chaussures !
- Les humains inventent vraiment n'importe quoi... soupira le vampire d'un air blasé.
- Mais non, c'est super bon ! protesta l'autre, avalant le tout à grandes goulées gourmandes. »

Alors que la nuit touchait à sa fin, et que les deux compères commençaient à se sentir très à l'étroit dans leur estomac, le loup s'immobilisa brusquement, figé sur place par la réalisation soudaine qu'ils n'avaient effrayés qu'une dizaine enfants de toute la nuit.

Il pleura longuement sur l'épaule du vampire, se lamentant du fait qu'il ne pouvait jamais résisté à l'attrait des sucreries. Son ami lui tapotait gentiment le dos pour tenter d'étouffer ses gros sanglots d'énorme loup, levant les yeux au ciel avec défaitisme.

Ce n'était encore pas cette année que le boss ferait du chiffre...""

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Dernière édition par Mikan le Ven 23 Déc 2011 - 6:05, édité 1 fois
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MessageRe: Concours d'Halloween 2011 VOTES   Publié le : Mar 6 Déc 2011 - 11:40

Bien...
Alors, avec un peu de retard... Félicitations à nos deux participantes.
C'est donc le premier texte qui obtient la première place mais tous deux seront publié sur notre site.
Notre gagnante est donc : Le Hamster qui remporte un grade perso, félicitations
Bravo également à Kin Yu pour son texte.
Merci pour votre participation toutes les deux, et merci aux votants

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Concours d'Halloween 2011 VOTES

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