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 La montre à gousset [G]

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Nemunas

Nemunas
Tache d'encre

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Féminin Inscrit le : 24/08/2011

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MessageLa montre à gousset [G]   La montre à gousset [G] Icon_minitimePublié le : Dim 6 Nov 2011 - 6:46

La montre à gousset


Rating : G

Il se tenait là, devant moi, immense, magnifique et terrifiant en même temps. Aucun bruit ne venait perturber le silence oppressant qui régnait. Rien ne bougeait, comme si, à la moindre rumeur, tout ce qui m'entourait risquait de s'écrouler.

Je n'osais pas respirer de peur que tout s'efface, que l'herbe sous mes pieds disparaisse, qu'elle ne frôle plus mes chevilles avec douceur. Je m'avança pourtant dans la clairière. Le soleil vint sur mon visage et le caressa de ses rayons chauds.

Je n'eus plus conscience du temps, je marcha droit devant moi vers ce monument ignoré des hommes, vers ce sanctuaire du confins du monde.
Je traversa la trouée sans me soucier de la voix qui me hurlait de ne pas entrer. Je la repoussa dans les profondeurs de mon subconscient, là où elle devait se trouver.
Le soleil s'éteignit soudainement, le noir opaque m'envahit. J'étais entré.

o0o

Émilie me cria de me dépêcher. Je ne me soucia même pas de lui répondre, elle savait très bien que j'avais entendu. Je me pressa cependant, jeta les dernières affaires étalées sur le lit dans mon sac et me précipita en bas. Je manqua de tomber dans les escaliers et me rattrapa, in extremis, à la rampe. Mon petit garçon rigola et Émilie leva les yeux au ciel.

« Dépêche toi mon amour, me dit-elle en prenant mon sac. On va être en retard.

-Oui, ma puce, ne t'inquiète pas, lui répondis je sereinement. De toute façon, Benoît a l'habitude.

-Ce n'est pas une raison !

-Je rigole, mon amour. Et puis, on sera chez lui pour le dîner, c'est bien non ? »

Émilie leva de nouveau les yeux au ciel et prit le petit dans les bras pour le mettre dans la voiture. Pendant ce temps, je vérifia que tout était bien fermé, puis je monta dans la voiture tandis que ma femme mit le contact et démarra.

Nous étions à peine arrivés au bout de la rue que j'eus envie de mettre un peu de musique ce qui exaspéra une nouvelle fois notre conductrice qui aurait aimé un peu de calme, surtout après une semaine de cours. Professeur de grec ancien dans un lycée parisien, elle n'était pas trop exposée au bazar qui pouvait régner dans d'autres cours. Cependant cette matière n'était pas assez prisée pour remplir son cota d'heures qu'elle devait combler avec des cours de français, matière obligatoire et donc avec des élèves moins intéressés.

Un bruit de chute attira mon attention sur le plancher, je tendis la main et ramassa un petit objet en or pendant au bout d'une fine chaîne également en or.

« Oh ! C'est la montre à gousset que m'a offert un fan il y a deux semaines, je ne l'ai même pas regardé !

-A quoi ça sert, qu'on t'offre des cadeaux si tu les regardes pas ?

-Les tiens je les admire ! »

Je me pencha pour poser un baisé sur la joue de ma femme qui maronna un vague « bien sûr » puis reporta mon attention sur l'objet et l'ouvris.

o0o

Nous nous retrouvons dans l'herbe haute, une foret nous entourait : nous n'étions plus dans la voiture, nous n'étions même plus en France car la végétation autour de nous était plutôt celle des pays méditerranéens.

« Maman, gémit Arthur en s'accrochant à elle. Où elle est la voiture ?

-Je sais pas mon chéri... murmura t-elle d'une voix blanche.

-C'est qui le monsieur, là ? Demanda t-il pas plus rassuré. »

Il nous montrait un homme qui s'avançait vers nous d'un pas léger. Il semblait âgé d'une quarantaine d'années mais avait une démarche sautillante qui aurait plutôt correspondu à un enfant de l'âge d'Arthur, c'est à dire trois ans. Je savais, pour l'avoir déjà vu, qu'il était légèrement fou. C'était le fan qui m'avait offert la montre...

Nous étions toujours choqués quand il arriva à notre hauteur et nous sursautions tous dès qu'il me salua :

« Fabien ! Enfin ! Je t'ai attendu si longtemps ! Tu as enfin pris la peine d'ouvrir mon cadeau ? Je suis tellement...

-Qui êtes vous ? Et où nous sommes ?! S'écria Émilie en coupant. Qu'est ce qu'il se passe ?! »

Elle semblait très mal supporter cette... perturbation. Elle s'était pincée plusieurs fois comme pour pouvoir se réveiller mais, malheureusement, se fut un échec. Maintenant, l'hystérie l'a gagné et elle devait se retenir pour ne pas bondir sur le fan.

« Vous êtes dans mon monde, mon univers, répondit ce dernier comme s'il était banal qu'une montre à gousset vous emporte dans une autre dimension. Mon royaume ! Ajouta t-il, les yeux lui sortant presque de la tête.

-Arrêtez de nous dire n'importe quoi ! Pourquoi vous avez nous amené dans cet endroit ?! Et puis comment sort-on d'ici ?!

-Calme toi ma chérie, tentais-je de la rassurer. Si l'on veut sortir d'ici, il faut rester diplomate.

-J'aimerais bien t'y voir, siffla t-elle amèrement en se calmant toutefois.

-Pourquoi vous avez nous amener... ici ? Demandais-je peu sûr de moi.

-Pour vous faire découvrir mon univers voyons ! S'écria le fan tout heureux.

-Vous êtes complètement fêlé, marmonna ma femme légèrement blasée.

-Comment ?! Je ne vous permets pas ! Et puis, d'abord, ce n'est pas à vous que je m'adresse ! »

Je crus qu'Émilie allait faire une crise de folie et étriper le fan impoli, au sens propre du terme ! En d'autres circonstances, j'aurais trouvé plus sage de ne pas m'interposer, craignant pour ma vie, mais je préféra retenir ma femme avant qu'elle ne tue le seul homme qui savait comment nous sortir de ce lieu, et puis mon petit garçon regardait la scène, je ne voulais en aucun cas qu'il fût traumatisé à vie !

« Dites nous seulement comment rentrer chez nous, demandais-je à l'homme qui palissa à la vue d'une Émilie enragée. Elle risque de vous faire du mal sinon... »

Je lui fis comprendre par des regards que ma très chère épouse pouvait être d'une bestialité sans borne quand elle était en rogne. Il comprit plus rapidement que je ne le crus, à contrecœur il accepta de nous indiquer la porte de sortie.

« Vous n'avez qu'à suivre les panneaux, lâcha t-il avant de s'enfuir aussi rapidement qu'il était arrivé.

-Quels panneaux ? Criais je sans obtenir de réponse.

-Il est parti le monsieur, papa ? demanda Arthur qui semblait ne pas l'apprécier.

-Je crains que oui, murmurais-je. »

Nous nous mettions à marcher au hasard. Le regard en alerte, Émilie et moi fouillions les branchages à la recherche des mystérieux panneaux. Arthur cavalait autour de nous pensant qu'il s'agissait d'un jeu. Nous finissions par nous laisser tomber dans l'herbe, épuisés. Nous regardions notre fils jouer avec des brindilles en guise de bonshommes et d'herbe haute en guise de forêt vierge sauvage et menaçante ! Cela m'amusa beaucoup même si j'aurais préféré être dans un lieu plus connu.

« Papa ! Cria soudain Arthur. Regarde ! Maman, il y a des mots comme toi !

-Quoi ? Demanda Émilie qui somnolait.

-Il y a des mots comme ceux que tu lis ! Viens maman ! »

Il se précipita vers nous et força sa mère à se lever en la tirant de toutes ses forces par le bras. Elle réussit à se mettre debout en se massant le bras après avoir manqué de tomber, déséquilibrée par son fils. Voyant ce dernier se tourner vers moi, je me hâta de me redresser avant qu'il m'arrache, à mon tour, un membre. Il parvint tout de même à s'emparer de nos mains pour nous traîner jusqu'aux « mots ».

« C'est fou ce qu'on sous-estime la force des enfants de trois ans, marmonna ma femme en tentant cette fois de faire circuler le sang dans sa main engourdie. »

Je ne lui répondis pas, trop surpris par la découverte d'Arthur : une dalle en argile incrustée dans le sol herbeux. Après avoir sortit tous les noms d'oiseaux qui me venaient à l'esprit et m'être fait fortement réprimander par ma femme pour les avoir énumérés devant notre fils, j'examinai plus précisément le panneau et je me tourna vers ma chère épouse, beaucoup plus apte à nous traduire du grec ancien que moi, avec un grand sourire d'abruti.

« C'est écrit « Temple tout droit », dit-elle en relevant la tête dans la direction indiquée.

-Bon bah, en route, dis-je en prenant mon garçon par le main. »

Nous marchions tout droit pendant une dizaine de minutes avant de nous retrouver devant un deuxième panneau accroché dans les branches d'un arbre. Il nous indiqua la gauche et que « Celui qui possède la clé d'entrée, possède la clé de sortie ». Reprenant la route, nous nous mettions d'accord sur l'objet qui pourrait être la fameuse clé : la montre.

Un troisième panneau nous indiqua la droite et « Seul le possesseur de la clé peut entrer dans le temple et ouvrir la porte ».

« Attend, m'arrêta Émilie. Si toi seul peux entrer, comment fait-on pour sortir d'ici, nous ?

-Euh... Peut être que la porte n'est pas dans le temple, tentai-je pour la rassurer. »

Elle acquiesça un peu tranquillisée et nous continuons notre chemin. Les quatre derniers panneaux nous donnèrent le reste des explications et nous rassurèrent : la porte de sortie se trouvait bien dans le temple mais, dès que j'aurais posé la montre au centre de l'autel pour l'ouvrir, elle restera ainsi pendant une dizaine de minutes.

Le temple nous apparu soudain, après une longue marche dans le labyrinthe qu'était cette forêt. A demi dissimulé sous la végétation, il paraissait avoir vécu pendant des millénaires et dégageait une atmosphère surnaturelle et terrifiante. La lumière, descendant dans la clairière, contrastait avec ce côté glauque. Elle lui donnait même un aspect accueillant.

Je me tourna vers ma femme et mon fils pour connaître leur avis mais ils étaient tous deux si fatigués qu'Émilie ne me fit qu'un signe de tête en guise de réponse. Je respira un grand coup et, la montre à la main, j'entrai dans la clairière.

Le temps sembla se mettre en suspend, la nature autour de moi me paru soudain figée, mais je continuai à avancer vers l'édifice. Une partie en moi était terrorisée et une autre fascinée
par une force que je ne pouvais décrire. Je compris que je venais d'entrer dans le temple au moment où la lumière s'affaiblit brusquement. Je marqua un arrêt, le temps que mes yeux s'adaptent à la pénombre puis, je m'avança vers les ténèbres.

L'autel me surprit par sa simplicité : une simple table de pierre presque sans aucune ornementation. Un cercle creux au centre m'indiqua l'endroit où déposer la montre. J'hésitai pendant quelques secondes, la peur que cela soit un piège me taraudait. Ma main s'avança néanmoins vers la légère cavité et déposa, avec lenteur, la montre à gousset.

Le mur derrière l'autel se fendit et une lumière blanche m'aveugla. Je resta ébloui quelques secondes puis, certain qu'il s'agissait de la sortie, je couru chercher ma femme et mon fils. Ils purent, sans problème, entrer dans le temple et passer le portail avec moi. Et, en un rien de temps, nous étions de retour dans la voiture, à l'angle de la rue, comme s'il ne s'était rien passé.

Émilie et moi nous nous regardions toujours sous le choc d'un retour si brutal par rapport à la longue marche et recherche qui avaient précédées. Elle tourna la tête vers Arthur comme pour vérifier qu'il était bien là malgré les bruits qu'il faisait en se contorsionnant dans son siège auto, surprit de se retrouver, de nouveau, dans la voiture. Sa mère ne pu que lui sourire en guise d'explication puis elle se retourna vers moi. Je l'embrassa aussitôt mais elle ne pu me répondre car la file de voitures derrière nous klaxonna pour qu'on daigne enfin avancer.

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