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 Mon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+]

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pilgrim67

pilgrim67
Tache d'encre

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MessageMon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+]   Mon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+] Icon_minitimePublié le : Mar 23 Mar 2010 - 6:47

Bonjour, c'est Edofanart.

Ici, vous pourrez lire une magnifique histoire écrite par Pilgrim67, qui m'a très gentiment autorisée à la publier sur ce forum.
C'est une histoire originale, pas de disclamer. L'histoire et les personnages appartiennent donc à Pilgrim67.
Je publierais 2 chapitres par semaines.

Rating : YAOI - 18+

Pour commentez l'histoire, C'est ici !
N'oubliez pas, les commentaires sont le carburant de l'auteur !

Attachez vos ceintures, prêt pour le décollage !

Pour aller directement à un chapitre :
- Chapitre 1 : Bécotide et Ventoline
- Chapitre 2 : Perturbations
- Arrêt de la publication, explications et lien


Dernière édition par pilgrim67 le Jeu 2 Sep 2010 - 12:34, édité 21 fois
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pilgrim67

pilgrim67
Tache d'encre

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MessageChapitre 1 Bécotide et ventoline   Mon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+] Icon_minitimePublié le : Mar 23 Mar 2010 - 6:47

Chapitre 1 Bécotide et ventoline

POV Thomas

Le bébé a encore toussé cette nuit. Longtemps.

Diana et moi nous sommes levés alternativement, pour le moucher et lui donner ses médicaments, et ce matin je suis crevé. Je me lève avec difficultés et je me traîne jusqu'à la douche pendant qu'elle lui donne le biberon.

Le flot chaud me fait du bien, et le gel douche achève de me réveiller.

Je rentre dans la cuisine, tandis qu'elle lui fait faire son rot. Les joues du bébé sont rouges, son souffle est rauque, et je plonge le nez dans mon café, espérant, bien naïvement, éviter ce qui m'attend.

- Thomas, c'est ton tour, aujourd'hui, me lance-t-elle, légèrement agressive.
- Pfff…mais le kiné est en vacances, tu le sais bien.
- Je sais…trouves-en un autre, alors. J'ai deux RDV importants, il faut que tu te débrouilles, chéri. Désolée…fait-elle en se levant et en me collant le bébé dans les bras.

Depuis qu'elle retravaille à temps plein on se partage les corvées, sauf le ménage, heureusement, fait par une aide extérieure. Elle disparaît dans la salle de bain, et revient, parfaitement maquillée, son manteau sur le dos, quelques minutes plus tard :

- Bon, j'y vais. A ce soir…
- Et Arthur ? il est encore en pyjama !!
- Ses affaires sont dans sa chambre. Habille-le et dépose-le chez la nourrice, s'il te plaît. Ou alors garde-le avec toi, comme tu préfères…Je dois absolument y aller, là…A ce soir !
- Mais…

Je n'ai pas eu le temps de finir ma phrase que la porte s'est déjà refermée sur elle. Je soupire. Vu notre niveau de revenus, elle pourrait largement rester à la maison et s'occuper de notre fils, mais elle prétend s'ennuyer dans notre Manoir. Même si moi, si j'y suis aussi, puisque j'y écris mon nouveau roman. Mais il paraît que quand je suis dans mon bureau, à écrire, c'est comme si elle était seule.

C'est possible. Je ne me rends pas compte.

A ce moment-là je suis dans ma bulle, et plus personne n'existe, c'est vrai. Alors elle a beau jeu de me dire « garde-le avec toi », comme si je ne faisais rien de ma journée, comme si j'étais oisif.

Ce que je suis souvent d'ailleurs. Mais si je m'encombre l'esprit avec le bébé, c'est clair que je ne pourrai pas écrire.

La décoration de cette immense bâtisse l'a amusée, les premiers mois. Mais maintenant elle préfère sortir avec ses amies ou aller au cinéma, le weekend, et travailler, la semaine. Ne pas être que « la femme de » ou « la mère de »…

Je regarde Arthur, qui a agrippé mon pull :
- Bon ! va falloir être coopératif, hein ? je compte sur toi…Allez, on y va !!

Heureusement Arthur est un bébé calme et l'habillage se fait facilement, au fil de son babillage. Mais le temps de chercher son doudou, l'ordonnance, les médicaments, je commence à perdre patience.

Quand enfin je lui enfile ses moufles et son bonnet rouge, il est presque déjà 8h30 et j'ai l'impression d'être en retard. C'est idiot, je n'ai pas de réelle contrainte, mais j'aime allumer mon ordi à 8h30, devant mon thé.

Bien arrimé sur son siège bébé, Arthur joue avec le mobile suspendu devant lui et je passe en revue les RDV de la journée : le ramoneur pour les cheminées, un déjeuner avec mon éditeur et…le RDV chez le kiné.

Merde.

Je sais que si je n'y vais pas Diana va m'en vouloir, et la respiration rauque de mon fils est franchement inquiétante.

Elle prétend que notre Manoir familial est insalubre et humide, bien qu'on ait fait des travaux d'assainissement dans trois chambres, mais je ne veux pas quitter la maison de mon enfance, dans laquelle des générations de Taylor ont vécu avant moi. Pas question de s'installer dans ces immeubles modernes qu'elle commercialise, sans vie, sans passé.

Je connais chaque recoin de ma maison, chaque marche, chaque lame de parquet rayée, chaque arbre du jardin, chaque glycine sur les terrasses… J'ai des souvenirs dans chaque pièce : mes premiers devoirs sur la table de la salle à manger, mes premiers rollers dans le couloir du premier – et une raclée pour les rayures du parquet-, mon premier baiser derrière l'armoire de ma chambre…c'était quoi son prénom, déjà ?

Diana aimerait qu'on revende et qu'on se fasse construire une des maisons neuves sans charme, ultra confortables et sans caractère. Une salle à manger immense, un bar américain et un jacuzzi, voilà son rêve.

Moi, mon rêve, c'est…je fronce les sourcils. En fait, je crois que je n'en ai pas. Parce que je suis trop heureux ? Non…parce que je ne sais plus rêver, peut-être. Quand le rêve fait place au quotidien, on espère juste souffler, de temps en temps.

Un détour par chez la nourrice, un bisou sur le front d'Arthur, je claque la porte et il se remet à pleuvoir. Génial.

Je rentre rapidement dans le Manoir, je m'assois à mon bureau et, le temps que j'ouvre mon ordi, j'oublie tout.

Je relis mon dernier chapitre, celui sur lequel je bloque et je me promets d'avancer, aujourd'hui. Absolument. Je connais la trame de mon roman, et à peu près le déroulé de chaque chapitre, mais je n'arrive pas à écrire.

Les personnages m'échappent, ils sont creux, vides. Les phrases sont banales.

Comment j'ai fait, l'année dernière, pour écrire un roman à succès ? le roman d'une génération, disait un magazine féminin. Oui, je sais, ce n'est qu'un magazine féminin, mais je ne suis pas Salinger, non plus.

Ce roman, il a coulé tout seul, sous mes doigts, comme une évidence. Je l'ai écrit en un temps record et je n'ai mis que six mois à trouver un éditeur. Un coup de force, paraît-il. Je ne sais pas. C'était mon premier livre, je n'avais pas de comparaison.

Après l'angoisse du début, l'ivresse du succès, je suis actuellement dans le marasme-du-second-livre. Celui que tout le monde attend, surtout votre éditeur. Celui qui vous met la pression, car vous ne voulez pas décevoir. Celui qui sera forcément moins bien que le premier, parce que tout le monde vous attend au tournant.

Mon thé est froid, et je retourne à la cuisine, en préparer un autre. Je jette un coup d'œil dehors, j'allume la radio. Bon, je n'ai pas mérité de pause mais je la prends quand même. Il n'y a toujours pas de bourgeons, pourtant le printemps approche. En principe.

Soudain je repense à cette fuite, dans la chambre du haut, et je monte voir. De grandes traînées sous le toit confirment qu'il y a bien des infiltrations. Je soupire. Encore des ennuis.

Ce n'est pas un problème d'argent, ma famille en a. Beaucoup. Trop sans doute. Trop pour que je sois réellement motivé à écrire, comme dit Diana. Il paraît que j'ai une vie trop facile. Il parait que se battre donne un sens à sa vie. Mais me battre contre qui ? Contre quoi ?

Je me débats déjà avec moi-même…et avec mon épouse, souvent. Si belle et si fière de travailler. Si pressée de partir le matin, au volant de la voiture que je lui ai offerte avec l'argent de mon premier livre.

Diana qui adorait mes poèmes, quand je l'ai rencontrée, et qui considère maintenant ma vie d'écrivain comme un job de paresseux. Qui voit mes doutes et mon malaise comme des problèmes de riche, avec condescendance. Qui n'a même plus le temps de relire mes chapitres.

A midi, quand je m'apprête à déjeuner, un coup de fil :
- Thomas ? Tu as pris rendez-vous chez le Kiné ? me demande Diana, méfiante.
- Merde…j'ai oublié.
- T'as oublié ton fils ? Et bien, je ne te félicite pas…
- Diana…
- Il paraît qu'il y a un nouveau kiné, à côté du véto. Prends rendez-vous avec lui.
- Comment il s'appelle ?
- Aucune idée. Regarde sur internet. C'est rue Kennedy, je crois. A propos…c'est toujours d'accord pour ma sœur ?
- Je croyais qu'elle trouvait notre maison nulle, ta sœur.
- Très drôle. On peut bien la dépanner, non ? On ne la voit pas si souvent. Bon, je compte sur toi pour le kiné, chéri. A ce soir.

Je soupire…heureusement qu'on ne la voit pas souvent, sa soeur. En fait, j'aimerais bien que ça dure. Qu'on ne la voit plus du tout, même. Son mépris pour la province et le Manoir m'exaspère. Mais comme elle a besoin d'un toit dans la région pour quelques mois…

Bon, chercher un kiné, spécialisé dans les maladies respiratoires…quelques clics sur mon ordi, et j'ai un nom : Higgins, Julian. En plus il est à l'autre bout du comté. Charmant.

Quel genre de bourreau est-il, celui-ci ?

Je repense en frissonnant à la dernière séance de kiné d'Arthur, et mon cœur se serre. Comment peut-on torturer des bébés ainsi ? Je revois les pressions sur son thorax, son petit corps tordu, déformé et j'entends ses râles désespérés. Des hurlements, plutôt. A dix mois, il commence à le reconnaître et il se raidit dès l'entrée dans le cabinet.

Je sais que ça fend le cœur de Diana, et qu'elle préfère que j'y aille, prétendant que moi, ça ne me fait rien. Bien sûr. Pratique. Mais ce n'est pas parce que je n'ai pas les larmes aux yeux que ça ne me fait rien. Ce serait trop beau.

Une voix chaude, agréable, au téléphone. RDV est pris pour 17h30. Charmante soirée en perspective. Le seul point positif c'est qu'après avoir hurlé le bébé est vanné et dort profondément la nuit suivante, en général. En général.

oOo oOo oOo

POV JULIAN

17h30.

Mon dernier rendez-vous de la journée est en retard et ça m'exaspère. Déjà que je voulais partir tôt pour acheter un canapé, c'est raté. Je surfe sur des sites de magasins de meubles, mais tout me paraît horriblement cher. Une fois de plus je regrette mon appart en colocation de Londres, confortablement meublé, mais les évènements ont fait qu'il était préférable de partir. Indispensable, même.

Tant pis pour les regrets, la vie londonienne, les amis. Mon amour.

Le carillon sonne. 17h45. Quand même.

J'ouvre la porte. C'est un jeune père, affublé d'un bébé. Sans doute un de ces jeunes pères modernes, qui « aident » leur épouse dans l'éducation des enfants. Voire même un père divorcé, à son air morose et vu l'accoutrement du gamin.

- Asseyez-vous, je vous en prie…
- Merci.

Il soupire et commence à dévêtir le bébé, qui rouspète. Les RDV de fin de journée sont les pires. Les parents sont fatigués, les enfants à bout de nerfs et les séances finissent immanquablement dans les pleurs.

Pendant que je remplis la fiche de consultation, je l'observe avec le bébé, et je me retiens de sourire. La même blondeur, et le même air soucieux. Je vois à sa jambe qui tressaute qu'il donnerait cher pour être ailleurs.

Je suis agréablement surpris qu'il connaisse la date de naissance de son fils, son poids, sa taille, et les coordonnées du médecin traitant. En général les pères qui débarquent chez moi ont tout oublié. Je m'informe sur les antécédents du gamin, qui visiblement fait bronchiolite sur bronchiolite.

- Vous avez l'ordonnance ?
- Oui, là voilà…
- Il prend quoi ?
- Becotide et ventoline.
- Depuis longtemps ?
- Oh oui ! répond-il, légèrement sur la défensive.

Je connais bien cette expression-là, chez certains parents. Comme une vague mauvaise conscience de n'avoir pas été à la hauteur. Pas suffisamment bons parents pour que les enfants restent en bonne santé. Je lui souris :
- D'accord. Venez, on va aller à côté.
- Je le pose sur la table de consultation ? dit-il en jetant un regard angoissé à la table.
- Non, donnez-le moi.

Il me tend son fils et je le prends dans mes bras, faisant rapidement connaissance avec lui. Il ne se raidit pas quand je vérifie l'encombrement de son nez et de ses bronches, et je m'assois sur une chaise, le bébé sur mes genoux.

Je commence tout doucement les mouvements visant à le dégager, selon une méthode dite douce, qui ne le fait pas pleurer. Je ne torture pas les enfants, moi, ça m'énerve de les entendre crier et ça les traumatise.

Petit à petit le bébé et le père se détendent, et il finit par me dire :
- Et bien, ça change !! d'habitude il hurle…
- Oui, je sais. Mais je n'emploie pas la même méthode que mes confrères.
- C'est quoi votre méthode ?
- En fait elle n'est pas très différente de mes confrères, mais au lieu de poser les enfants sur la table je les garde sur mes genoux, c'est déjà moins traumatisant. Et puis je n'appuie pas trop fort…c'est inutile la plupart du temps. En plus quand ils me revoient les enfants ne pleurent pas, contrairement à ce qui arrive à mes confrères. Et je déteste qu'on pleure quand on me croise…

Il me sourit franchement, pour la première fois, et se laisse aller contre le dossier de sa chaise. Ce léger sourire ne quitte pas ses lèvres pendant toute la séance, jusqu'à ce que je remette le bébé entre ses bras, calme et dégagé.

- Et bien…c'est miraculeux !! Ca fait longtemps que vous exercez ?
- Non…je viens d'arriver. Je suis à peine installé. Mal, d'ailleurs. Il me manque pas mal de meubles, et l'appartement est ridiculement petit, mais je n'ai rien trouvé d'autre. Tout est si cher ici.
- Je comprends. Est-ce qu'on peut reprendre RDV pour après-demain ? pour une fois qu'il ne pleure pas…dit-il en regardant sa montre.
- Bien sûr. A la même heure ?
- Oui. Très bien.

Il sort sa carte gold d'un geste négligent et je réalise que nous n'appartenons pas au même monde.

Après avoir tant bien que mal rhabillé le bébé, il se dirige vers la porte et on échange une dernière poignée de main :
- A bientôt ?
- Bonne soirée…

Je ferme la porte derrière eux et je souffle, enfin.

Après avoir rapidement nettoyé mon cabinet je monte dans ma vieille Rover et je roule jusqu'au magasin de meubles le plus proche… qui vient de fermer. Flûte ! Mais pourquoi est-ce que j'ai accepté de les recevoir aussi tard ? Il fait quoi comme boulot, déjà, ce snob ? Avocat, ou un truc comme ça ? Non, sûrement pas, vu comment il était habillé.

Maussade, je rentre dans mon appartement désert, et glacial.

Je rallume le chauffage et je me laisse tomber sur mon lit.

Deux coups à la porte, discrets. Qui est-ce ? Je ne connais personne, ici. Bien sûr, c'est ma propriétaire, qui habite juste en dessous. Cinquante ans et une curiosité à toute épreuve. Elle me grimace un sourire :
- Monsieur Higgins ? je peux entrer ?
- Bien sûr…faites comme chez vous…
- Vous vous êtes installé ? demande-t-elle en jetant des coups d'œil à droite et à gauche. Ah, c'est ça votre parquet ? Je comprends pas pourquoi vous avez enlevé la moquette, elle était en bon état…
- Parce que je suis allergique. Vous désirez ?
- Oh ! rien…je voulais juste m'assurer que vous ne manquiez de rien, dit-elle en entrant, sans que je l'y ait conviée. Mais c'est désert, ici !! vous n'allez pas le meubler ?
- Si, bien sûr que si…il faut juste que je trouve des meubles. J'ai pas eu trop le temps, pour l'instant.
- J'ai des vieux meubles, à la cave, de ma tante. Ca vous intéresse ?
- Heu…non, merci. A vrai dire, je suis allergique à la poussière et…
- Mais ils sont propres, qu'est-ce que vous croyez ? se rengorge-t-elle, vexée.
- Je n'en doute pas, mais les vieux meubles, vous savez, c'est pas trop mon truc.
- Ah bon ? Vous préférez ces horreurs modernes, de toutes les couleurs ? Ca va pas faire très joli, vous savez, avec les poutres…et c'est quoi cette odeur ?
- C'est un produit anti acarien. Ecoutez, je verrai, pour les meubles. Excusez-moi, mais j'ai un coup de fil à passer…merci d'être venue…
- Hum…oui. Vous passerez boire un verre, tout à l'heure ? me lance-t-elle avec un sourire aguicheur. J'ai un très bon xérès…
- Hé bien…si j'ai le temps, oui. Merci, au revoir…
- Je referme la porte avec un soupir de soulagement. Pitié, protégez-moi des propriétaires intrusifs et des mégères en chasse…

Juste à ce moment-là, mon portable vibre :
- Allo ?
- Julian? C'est Rose. Comment tu vas?
- Bien, je te remercie.
Sa voix chaude me réchauffe le cœur, subtilement. Mais je ne dois pas montrer mon trouble.
- Tu es bien installé?
- Oui, très bien, merci.
- C'est pas trop la campagne ?
- Si, forcément. Mais c'est ce que je voulais…
- Julian, tu as bien réfléchi ? Tu me manques tellement, tu sais.
- Oui, je sais. Mais tu viens ce week end, non ?
- Oui, bien sûr ! répond-elle d'une voix faussement enjouée. Je découvrirai ton domaine…
- Oh, ce sera vite vu. C'est tout petit, ici.
Un silence. Je crois que je devrais raccrocher. Elle reprend, d'une voix triste :
- Tu ne veux pas revenir, t'es sûr ? Peut-être qu'en faisant attention, ou en te protégeant…
- Rose, on a déjà eu cette discussion avant mon départ…s'il te plaît… C'est pas facile pour moi, tu sais. Bon, j'ai des trucs à faire, là…je t'embrasse, Rose.
- Moi aussi, mon amour. A bientôt…

Je raccroche, le cœur juste un peu plus lourd qu'avant.

oOooOooOo

POV Thomas

Il est 20 heures et Diana n'est toujours pas rentrée. Seule la cuisine est illuminée dans le Manoir et le froid s'insinue sous les vitres. Il faudrait changer les fenêtres, mais c'est encore des contraintes en perspective. Encore un bon prétexte pour ne pas écrire.

Je termine de donner son petit pot à Arthur, qui s'est allègrement barbouillé les joues, et qui gazouille. Je lui sourie et il me montre ses gencives où quelques dents pointent, ça et là. Je suis devenu un pro du réchauffage de biberons et pots au micro ondes, depuis qu'elle retravaille. Un expert du lavage de nez et de la ventoline.

C'est clair que c'est prenant de faire visiter des appartements, mais à ce point-là… A croire que tous les acheteurs ne sont disponibles qu'à partir de 19h.

La cuillère tombe sur le carrelage et je la ramasse en soupirant.

Encore trois cuillerées, une nouvelle couche et au lit. La radio joue en sourdine un vieil air, qui me rappelle la fac. Le passé. Un passé où tout était simple, possible.

Tant pis pour Diana, elle ne verra pas Arthur avant qu'il se couche. Ca fait deux fois cette semaine…non, trois.

Je râle, mais je suis plutôt heureux de m'occuper de lui. Au moins, je ne suis pas seul, pendant ce temps-là.

En deux temps trois mouvements il est changé, en pyjama, et je le couche dans son petit lit en bois précieux, qui était le mien. Il serre son doudou dans ses bras et je ressors de la chambre sur la pointe des pieds, au son de la musique de son mobile. Mozart, je crois.

Deux heures plus tard, je finis mon deuxième verre de Bailey's devant une série débile à la télé et Diana bavarde au téléphone avec une copine. On a à peine échangé trois mots depuis son retour tardif. Elle raccroche et me demande, avec un sourire enjôleur :
- Ca ne te dérange pas, si je sors avec une copine, demain soir ?
- Non, non…vas-y.
- Tu veux venir avec nous ? on va au cinéma…
- Non, non, merci.
- T'es sûr ? tu sors jamais…
- Oui, je suis sûr.
- Ta journée s'est bien passée ? t'as trouvé un kiné ?
- Oui.
- Il a pas trop pleuré ?
- Non. Pas du tout. Pour une fois…
- Vraiment ? et t'es sûr que c'était efficace ? dit-elle en fronçant les sourcils.
- Ca avait l'air, oui…
- T'es sûr ? Tu devrais quand même retourner chez notre kiné, c'est plus sûr.
- Pourquoi ? pour l'entendre hurler ? Merci bien ! vas-y, toi…
- Je travaille, moi, je te rappelle !
- Mais moi aussi, chérie, moi aussi…
Elle s'approche de moi, le regard soupçonneux. Toujours cette même vieille discussion.
- T'as beaucoup écrit, aujourd'hui ?
- Non, mais…
- Je me demande vraiment pourquoi on paie une nourrice…quitte à ne rien écrire, tu pourrais au moins t'occuper de lui.
- Si je m'occupe de lui, c'est clair que je ne vais rien écrire. Et je m'en occupe déjà pas mal le matin et le soir, je t'assure…
- Eh bien c'est très bien…ça change des premiers mois…lance-t-elle, sournoisement.
- Merci, chérie…et puis grâce à ton fabuleux salaire, on peut se payer une nourrice.
- Très drôle. Je ne viens pas d'une famille riche, comme toi, et ça compte pour moi, de travailler. Je ne peux pas rester oisive, à la maison, moi.

Le terrain est miné et je n'ai pas envie de déterrer la hache de guerre, ce soir. Je me lève, légèrement écoeuré :
- Bon, l'oisif va se coucher…
- Bonne nuit, chéri.
Elle s'installe confortablement sur le canapé et commence à zapper. Elle est fraîche et ravissante, j'ai l'impression d'avoir cent ans.

Je monte les escaliers, un peu déprimé.

Dans mon lit, impossible de trouver le sommeil. Ca fait deux mois que mon livre n'avance plus, deux mois que je n'ai pas écrit une ligne. Depuis qu'elle retravaille. Impossible de dire que c'est de sa faute, pourtant. Ou est-ce le fait d'être seul à la maison, alors qu'avant je sentais sa présence rassurante ?

Ce soir j'aurais envie de réconfort, peut-être même de faire l'amour, mais elle n'est pas là. Jamais là. Ou pas disponible. Trop fatiguée.

Nos rapports sont de plus en plus rares depuis la naissance d'Arthur, pourtant elle semble de plus en plus épanouie. Cherchez l'erreur.

A suivre...

Merci pour votre lecture et vos commentaires...
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Dernière édition par pilgrim67 le Sam 27 Mar 2010 - 9:34, édité 1 fois
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pilgrim67

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MessageChapitre 2 Perturbations   Mon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+] Icon_minitimePublié le : Mar 23 Mar 2010 - 6:48

Chapitre 2 - Perturbations

POV Thomas

Encore un matin où je dépose Arthur chez la nourrice, encore un matin où je sèche lamentablement devant mon histoire. Peut-être qu'elle est pourrie, c'est tout. Peut-être que l'idée n'était pas bonne. Peut-être que les persos sont trop loin de moi.

Peut-être que je ne serai jamais un vrai écrivain.

J'observe la campagne, face à moi, et une sensation de paix m'envahit. Les arbres bourgeonnent, jour après jour, et le rayon de soleil me donne envie de sortir. Parfois j'ai des idées en allant me balader dans les bois, loin de chez moi. Parfois je les oublie sur le chemin du retour, quand la Rover s'embourbe dans les chemins terreux.

Bizarrement j'ai besoin d'aller de plus en plus loin, pour profiter de la route, écouter la radio, rêver. Toujours une bonne raison de ne pas rester immobile pendant des heures devant mon écran.

Et parfois c'est magique. Parfois je trouve l'Idée, et je me dépêche de rentrer pour la coucher sur le papier. Parfois je trouve une bonne phrase, un sentiment vrai, comme une pépite dans de la boue.

Mais souvent il ne se passe rien. Et c'est de plus en plus souvent.

Est-ce que la source s'est tarie ? Est-ce que j'ai écrit tout ce que j'avais à écrire, déjà ? Est-ce qu'il faudrait que je fasse une pause, que j'aille me ressourcer au bord de la Méditerranée, dans les Alpes, en Chine ?

Est-ce que je devrais changer de métier ? Mais c'est quoi, comme métier ?

Pour les gens du village, le fils Barclay est un nanti paresseux qui passe parfois à la télé, ou dans les magazines.

Un bienheureux qui fréquente la jet set alors qu'ils rament pour joindre les deux bouts. Je vois bien à leurs visages qu'ils m'envient, et que je profite du système, qui ne prête qu'aux riches.

C'est peut-être pour ça que je sors de moins en moins. C'est peut-être pour ça que je vais devenir fou, un jour, le jour où le mot qui aurait sauvé mon livre m'échappera définitivement.

Quand tout le monde s'apercevra que mon succès est dérisoire, fondé sur un malentendu.

Le téléphone sonne et je soupire. Encore un gêneur. Mais quand est-ce que j'aurai la paix ?

- Allo ? Monsieur Barclay ?
- Oui, c'est moi, dis-je d'un ton agressif, pour décourager les éventuels vendeurs de cuisine et autres conseils en patrimoine.
- Excusez-moi. Je suis le kiné de votre fils, et nous avons RDV ce soir à 17h30. J'ai un…empêchement. Est-ce qu'il vous serait possible de venir plus tôt ?

Je soupire douloureusement. Encore un qui croit que je ne fais rien, et que je suis disponible, tout le temps. Ben voyons. Je grogne :
- Qu'est ce que vous croyez ? que je suis à votre disposition, parce que je suis chez moi ? Et bien, détrompez-vous…

- Mais euh…non, non, pas du tout, excusez-moi, je ne…
- A quelle heure ? dis-je abruptement
- Euh…A 17 heures ? ou 16 heures si vous préférez…je sais, c'est sans doute pas évident pour vous, de vous organiser. Je suis désolé…
- Moi aussi, je suis désolé. A ce soir, à 17 heures, monsieur…?
- Higgins.
- Monsieur Higgins.

Je raccroche, fou de rage. Comment je vais arriver à écrire si tout le monde m'interrompt ? Si ce fiche kiné n'est pas capable d'être un minimum disponible pour les gens qui travaillent, il n'a qu'à changer de métier.

Devenir écrivain, tiens, comme ça il n'aura plus aucune contrainte.

Enervé je me lève te je retourne à la cuisine, grignoter mon biscuit du matin, même s'il n'est pas l'heure. C'est idiot, mais ma journée est découpée en petits évènements : le thé matinal, un biscuit à 10h30, le repas de 12 à 14, le thé à 17h. Diana se moque de moi, et prétend que je suis un vieux petit garçon, bourré d'habitudes.

C'est sans doute vrai. Mais sans ces petits repères la journée serait un long no man's land et j'errerais, encore plus à l'ouest. Déjà que je me sens bien perdu, à la dérive. J'ai envie de fumer, mais j'ai arrêté à la naissance d'Arthur. Enfin, plutôt quand on a découvert qu'il était sujet aux bronchiolites, me privant ainsi de mon carburant principal.

C'est vrai qu'il m'arrive d'en griller une, dehors, sous la tonnelle, ou dans les bois, quand je promène le chien.

Mais elle veille et me lance un regard soupçonneux quand elle décèle un relent de fumée sur mon écharpe. Merde, c'est pas ma mère, non plus.

Je siffle le chien, j'enfile mes bottes, ma veste chaude et nous voilà partis vers la forêt, après un petit détour pour récupérer les cigarettes planquées dans le garage.

Ma forêt. Celle où je me cachais avec mes cousins quand j'étais petit, celle où j'ai construit une cabane dans les arbres. Mon royaume. Là où je me racontais des histoires, pendant des heures, sans savoir que j'en ferais un métier, un jour. L'odeur de ma forêt, je la connais par cœur, saison après saison, et je crois que me saison préférée c'est l'automne, avec ses odeurs de champignons et de marrons.

J'aime marcher dans les feuilles qui craquent, et les écureuils qui jouent à cache-cache.

Mais ce matin c'est presque le printemps et l'odeur est fraiche, un peu piquante. Un renouveau incroyable à chaque fois, auquel je ne m'attends jamais vraiment. Le chien tourne comme un fou autour des arbres, cherchant je ne sais quoi. Comme moi, qui tourne les idées dans ma tête, cherchant je ne sais quoi.

Mince, à cette heure ci je devrais être devant mon ordi, et écrire. Tout ça à cause d'un…kiné.

D'ailleurs, il fait quoi de sa journée, lui ?

Il a suffisamment de clients pour remplir tout son temps ? Suffisamment de bébés malades dans cette région délaissée ? Ils sont tous partis pour vivre à Londres, ou ailleurs, comme mes cousins. Hugo est à Stockholm et Ashley à New York. Ils sont hommes d'affaires, dans la banque paternelle. Moi mon père était le notable de la région, et il n'a jamais travaillé. Ca aurait été dégradant, pour lui.

Il n'y a que moi qui suis resté là, bien arrimé à mon village, mon Manoir, nos terres. Un gentleman's farmer, comme dit Diana en riant. Autant ça lui avait plu quand je l'ai rencontrée, autant elle avait été fascinée par tant « d'exotisme », autant maintenant elle a l'air de purger une peine de prison. Charmant.

Je suis un homme d'une autre époque, il parait. Peut-être que mon enfance a été trop douce, et que je n'arrive pas en quitter le décor. Peut-être que je sais que l'herbe n'est pas plus verte, ailleurs.

Le chant d'un oiseau me tire de ma rêverie. Il est temps de rentrer, pour déjeuner.

Je suis un homme d'habitudes. Un cocon confortable.

oOooOooOooOo

Le fait de savoir que je dois récupérer Arthur à 16h30 m'énerve tellement que je n'arrive pas à me concentrer. Encore une après-midi de perdue. Merde. Et j'ai promis d'envoyer le début de mon roman à mon éditeur. Je ne peux pas lui envoyer ça, il va me rire au nez.

L'intrigue est inexistante et mes persos sont navrants. Le mieux serait sans doute de tout jeter au feu. Le mieux serait peut être d'arrêter de me prendre pour un écrivain.

J'ai dévoré la biographie des auteurs que j'adore pour leur voler leurs secrets, décrypter les mystères de la création. En vain. Entre les trucs des uns et les habitudes des autres, j'ai perdu ma route et ma boussole.

Alors j'ai tout oublié et j'au décidé d'inventer ma vie. Mais ma vie ce sont les autres qui la peuplent et qui me filent leurs contraintes. Comme ce satané kiné.

Vivement que l'autre revienne, il était ouvert tard, lui.

Finalement le bébé ne pleurait pas tant que ça, si ?

Si. Merde.

Je fourre le bébé dans le siège auto, et je pars pour l'autre bout du comté. Quand j'arrive Arthur s'est endormi et il râle quand je le réveille. Ca commence bien. La salle d'attente est déserte et les sièges en plastique sont hideux. Pas même une plante verte. Lamentable.

Le kiné ouvre la porte de son cabinet, me regarde froidement et me tend une main glacée. Arthur hurle et réclame son doudou, qui doit être par terre, dans la voiture. Je bafouille :

- Je…euh..j'ai laissé son doudou dans la voiture. Je vais le chercher sinon il n'arrêtera pas d'hurler.
Il retient une grimace et me dit :
- Et bien allez-y !
Avant que j'atteigne la porte il ajoute :
- Donnez-le moi, vous irez plus vite sans lui.
- Oui…merci.
Je le mets dans ses bras, honteux, et je bats en retraite rapidement.

Quand je reviens Arthur est calme, il a mis son poing dans sa bouche et écoute avec attention le kiné qui murmure à son oreille. Surpris, je lui tends son doudou mais il ne fait pas mine de vouloir venir sur mes genoux.

Un peu vexé, je me dis que mon fils préfère n'importe quel inconnu à moi, mais Higgins n'est pas n'importe qui, je le sens. Je devine à la manière dont il le tient, son petit sourire et cette lueur dans son regard qu'il a un lien particulier avec les enfants, une compréhension inhabituelle. Je demande :

- Vous avez des enfants ?
- Moi ? Non ! mais j'en vois tellement, à la clinique, et certains depuis si longtemps que j'ai l'impression que ce sont les miens.
- La clinique ?
- Oui, le matin je travaille dans une clinique spécialisée, dans un service pédiatrique.
- Pour des enfants qui ont des bronchiolites ?
- Oh non, ça c'est plutôt rare. Plutôt des cas de mucoviscidose.
- Oh…je comprends.

Soudain je l'admire, car les reportages que j'ai vus sur la maladie m'ont effrayé. Finalement il n'a pas un métier facile. On bavarde encore quelques minutes de son métier et de son expérience et j'oublie complètement qu'il est en train de donner des soins à mon fils.

Quand il se lève et le remet dans mes bras, apaisé, je glisse :
- Excusez-moi pour ce matin, au téléphone. J'ai horreur d'être dérangé…
- Vous travaillez chez vous ?
- Oui.
- Et vous faites quoi ? me demande-t-il, surpris.
- Je suis…enfin, j'écris.
- Pour un journal ?
- Non. Un roman.
- Vraiment ? vous êtes écrivain ? dit-il en ouvrant de grands yeux.

Non, je suis un imposteur mais ça personne ne le sait.

- Oui. On peut dire ça.
- Et vous publiez ?
- Euh…j'ai publié un livre, oui.
- Ah …c'est bien. Et il a marché ?
- Oui…un peu.

Il opine, impressionné, et je lui tends ma carte gold. Je meurs d'envie de lui dire que ce n'est pas grâce à l'écriture que je vis confortablement, mais ma femme me dirait que je prends plaisir à me diminuer, alors je me tais.

Lorsque je pars, sa poignée de main est beaucoup plus chaleureuse et on se sourit.

- RDV vendredi, à la même heure ?
- D'accord.

POV JULIAN

Deux jours plus tard

Le train s'immobilise dans cette petite gare et je guette les passagers qui descendent. Enfin j'aperçois une chevelure rousse et elle descend, radieuse et se précipite vers moi. C'est bon de glisser mon nez dans son cou, et de sentir son parfum, à nouveau.

- Tu as fait bon voyage ?
- Très bon. Ce n'est pas si loin, tu sais. Et puis comme ça j'ai pu travailler, j'avais un rapport à terminer.
- C'est bien. On y va ?

Elle glisse son bras sous le mien et on se dirige vers la sortie, et mon appartement.
- C'est bon de te revoir, Julian. Tu me manques tellement.
- Je sais. Ca me fait plaisir aussi.

Je ne veux pas avouer qu'elle me manque, et que je regrette souvent ma décision. Mais je ne pouvais plus reculer mon départ, ça devenait trop pénible de rester à Londres.

Le silence s'installe entre nous, comme une ombre.

On ressasse le passé et nos griefs, mais il est temps de les oublier, pour ne pas gâcher le week-end. Je lui commente le trajet qui mène de la gare à chez moi, en lui indiquant la boulangerie où j'achète mon pain, le bureau de poste, l'école. Elle opine, faussement intéressée.

Enfin on arrive devant la maison et on grimpe les trois étages jusqu'à mon appartement. Elle demande, en s'affalant sur le lit :

- Ben dis donc ça ne te pose pas de problème de grimper tous ces étages ?
- Non, pour l'instant, ça va, dis-je, essoufflé.
- Et tu te sens mieux, ici ?
- Ecoute, c'est un peu tôt pour juger des résultats. Il faut attendre plusieurs semaines, je pense.

Elle me sourit, penche la tête de côté et me souffle, en tapotant sur le couvre-lit :
- Viens…viens ici. J'ai envie d'un câlin…
- Et bien, le problème c'est que…le supermarché va fermer et je n'ai pas eu le temps de faire les courses.
- Comment ? Tu m'invites et le frigo est vide ?
- J'ai eu un client en fin d'après- midi et je suis allé directement à la gare, pour te chercher…je suis désolé.
- Bon, en punition tu m'inviteras au restau, demain soir.
- Ok. On y va ? Ca ferme tôt ici, et c'est pas tout près.
- Ah ! la province ! dit-elle en poussant un soupir. C'est pas grave, je saurai bien te coincer, mon chéri…
- Je n'en doute pas.

Elle se relève et je dépose un rapide baiser sur ses lèvres.

Le jour commence à tomber tandis qu'on parcourt en voiture la distance nous séparant du supermarché. Elle regarde par la fenêtre et s'extasie sur les paysages.

Arrivés dans le supermarché, on erre entre les rayons quand j'aperçois un lapin en peluche bleu qui traîne par terre. Il ne m'est pas inconnu, et je le ramasse.

- Mais t'as fini de ramasser des cochonneries ?
- C'est pas une cochonnerie, c'est un doudou et je crois que je sais à qui il appartient…je vais le ramener à la caisse centrale. Attends-moi, je reviens.
- Mais…

En me dirigeant vers la sortie du magasin, j'aperçois Arthur dans un caddie, à une caisse. Il suce son pouce et pousse un cri de joie en reconnaissant son doudou, que je lui tends.

- Tiens Arthur, tu as perdu quelque chose, je crois.
- Vous connaissez mon fils ? me demande une blonde d'un air méfiant.
- Un peu, oui, je suis son kiné.
- Sûrement pas, je le connais son kiné, et ce n'est pas vous, rétorque-t-elle sèchement.
- Mais si, chérie, c'est bien lui…intervient une voix derrière moi. Enfin, en ce moment…

Je me retourne, et me retrouve face à M. Barclay, un peu gêné. Elle lui lance un regard surpris et rajoute, avec ironie :

- Ah oui ! Le remplaçant…C'est donc vous qui ne faites pas pleurer les bébés…
- Oui, c'est moi. Je n'aime pas faire pleurer les bébés…ni les autres d'ailleurs.
- Et c'est efficace ?
- Est-ce qu'il a toussé après ses séances ?
- Hmmm…non, je ne crois pas, rajoute-elle, sceptique. Bon, Thomas, tu m'aides à décharger le caddie ?

Il opine et me lance un regard gêné. Il murmure :

- Merci pour le doudou…
- De rien…A bientôt.

Je rejoins Rose après avoir jeté un dernier coup d'œil à la famille, et fait un petit signe au bébé, qui mordille allègrement les oreilles de son lapin.

- C'est qui ces gens ?
- Des patients à moi. Enfin, le bébé plutôt.
- Dis donc, elle a pas l'air commode.
- En effet…
- Elle est pas sympa avec toi ?
- En fait je ne l'ai jamais vue…c'est toujours lui qui vient avec le bébé.
- Vraiment ? Un papa poule ? C'est cool, ça…
- Ouais, c'est cool.

Je me souviens de la manière dont il m'a répondu au téléphone trois jours avant et je me dis que la politesse n'est pas le fort de cette famille. A part Arthur, qui est plutôt …sympa.

oOooOooOo

Le lendemain, on est dans l'unique pizzeria de la ville, à dîner à la lueur des faibles chandelles quand elle me regarde avec des yeux tendres, et pose sa main sur la mienne :

- Ca fait du bien d'être avec toi, de nouveau.
- Merci…
- Pourquoi tu me remercies ?
- Ben, je sais pas…d'être venue de voir, par exemple…
- Mais c'est normal, non ? On est ensemble, encore, que je sache…on avait dit qu'on ne se séparerait pas, tu te souviens ? dit-elle d'un ton soupçonneux.
- Oui, je me souviens, Rose, ne puis-je m'empêcher de répondre d'un ton las, qu'elle relève aussitôt.
- Tu penses que c'est pas une bonne idée, qu'on continue à se voir ? demande-t-elle agressivement.

Je bois une gorgée de Lambrusco, le temps de trouver les mots et de détourner mes yeux de son regard accusateur.

- Si…c'est une bonne idée…mais ça va durer combien de temps ?
- Comment ?

Cette fois ses yeux lancent des éclairs et elle retire sa main de la mienne. Je sais que je suis trop franc, voire brutal, parfois. Je demande doucement :

- Est-ce que tu es prête à venir habiter ici ?
- Quoi ? Tout le temps ?
- Oui…t'installer ici et vivre avec moi.

Elle fait une moue et répond, lentement :
- Est-ce que tu es prêt à avoir un bébé avec moi ?
- Rose !! Je t'ai déjà expliqué…dans ma situation, c'est trop dangereux.
- N'importe quoi ! Tu connais le pourcentage de chances – ou malchances- pour que le bébé soit malade ?
- Il y a un risque et je ne veux pas le prendre, dis-je en jouant avec la cire qui s'écoule de la bougie. C'est trop grave.
- T'es sûr que c'est pas un prétexte, Julian ?
- Non, je ne suis sûr de rien, à part que je ne veux pas gâcher cette soirée. Arrêtons de nous chamailler, Rose. Ca n'en vaut pas la peine. Profitons de ces moments ensemble…tu veux un dessert ?

Son regard est brillant mais elle acquiesce, en se mordillant les lèvres. On commande une grosse glace avec deux cuillères, et petit à petit on bavarde à nouveau comme s'il ne s'était rien passé.

Je sais que tout à l'heure on fera l'amour et que, sans en parler, cette histoire de bébé flottera entre nous, après.

Quand elle se blottira dans mes bras en murmurant « je t'aime ». Quand je ne lui répondrai pas. Et pourtant je l'aime.

Elle ne me comprend pas mais je ne sais pas comment lui expliquer. Comment lui faire entendre que ce n'est pas contre elle, que c'est juste moi qui ai peur, moi qui ne veux pas m'engager, parce que je vois trop d'enfants malades, trop de souffrance, chaque jour.

Parce que chaque matin les souffles douloureux de mes patients me rappellent qu'on ne peut pas, sciemment, mettre au monde un enfant pour lui imposer une telle vie. Si on peut appeler ça une vie.

oOooOooOo

POV THOMAS

- Alors c'est lui, ce fameux kiné ? me demande Diana, avec un regard en coin, tandis qu'on repart du supermarché.
- Oui, c'est lui, dis-je, lassé, en conduisant.
- Je ne vois pas ce qu'il a de spécial…il est peut être simplement incompétent, non ?
- Pourquoi ? parce qu'il ne fait pas pleurer les enfants ? Tu sais qu'il travaille à l'hôpital, aussi, ou en clinique, je ne sais plus…tu crois qu'ils le garderaient s'il était incompétent ?
- Moui…mais il est un peu jeune, non ?
- Boh…pas trop jeune pour être kiné. C'est pas un cardiologue, non plus. Et il a un bon feeling avec les enfants.
- Il vient de s'installer ?
- Oui.
- Et il n'a jamais travaillé avant ?
- Diana, je n'en sais rien, et je m'en fiche. Si tu veux retourner chez l'autre, vas-y, mais moi je n'y mets plus les pieds !! Un point c'est tout. D'ailleurs la semaine prochaine c'est ton tour…
- Oh là ! là ! Je ne comprends pas pourquoi tu t'énerves comme ça…on veut juste le bien d'Arthur, non ?
- Oui. Et tant que ce sera moi qui me coltinerai les séances de kiné, je ne retournerai pas chez l'autre, dis-je en me crispant sur le volant et en jetant un coup d'œil dans le rétro, pour observer mon fils qui s'endort en tétant son pouce. Mais toi tu vas chez qui tu veux…
- OK. Mais faudra pas te plaindre si tu es obligé d'y retourner deux fois plus souvent, parce qu'il ne guérit pas…

Je suis sur le point de répondre que ça ne me dérange finalement pas plus que ça, parce qu'il est agréable, lui, mais son portable sonne, réveillant Arthur en sursaut, et elle ne m'écoute plus.

Encore une visite à prévoir un samedi matin. Ben voyons. Je sens que je vais encore devoir donner le biberon, les médicaments et le bain à notre fils tandis qu'elle ira faire visiter un Manoir ancien.

Encore une matinée de fichue…

Je commence à désespérer d'avancer sur mes personnages, surtout que je dois faire des recherches, et que je n'en ai aucune envie.

On décharge les courses, et on s'offre un petit apéritif bien mérité…après tout c'est vendredi. Elle nourrit et couche notre fils, en le câlinant.

Puis elle revient dans le salon, sur la pointe des pieds. Elle est belle dan sa robe noire ajustée, et je devine ses bas noirs. Un peu de musique, quelques regards entre nous et elle vient m'embrasser, glissant ses bras autour de mon cou. Elle est magnifique et son parfum me trouble, comme avant.

Je retrouve la femme amoureuse que j'ai épousée, celle qui sait être une chatte ou une tigresse au lit.

Rapidement ses bas rejoignent sa robe, par terre, et je me glisse en elle, avec bonheur. C'est si bon…ça faisait si longtemps.

Elle semble affamée elle aussi et m'encourage à aller plus vite, plus fort, d'une voix rauque, que je ne lui connais pas. C'est presque une inconnue dans mes bras, ce soir, et elle commence à perdre pied quand j'entends Arthur tousser.

Merde.

Elle ne semble pas y prêter attention mais je suis déconcentré, ennuyé et je jouis rapidement, sans réel plaisir.

Est-ce que finalement ce kiné serait un imposteur ??


A suivre...

Merci de suivre mon histoire, merci pour vos commentaires !! C'est ici !


Dernière édition par pilgrim67 le Sam 27 Mar 2010 - 9:35, édité 1 fois
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MessageRe: Mon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+]   Mon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+] Icon_minitimePublié le : Dim 12 Sep 2010 - 15:05

Bonjour à tous !
Comme vous le savez, j'étais chargée de la publication de la fiction de Pilgrim67. Et comme vous avez pu le constater, les nombreux chapitres publiés ont été supprimés. Je suis navrée pour ceux qui aimaient et suivaient cette histoire, mais sachez que c'est pour la bonne cause !

Pilgrim67 a déjà publié cette fiction sur un autre site, bien avant la création de ce forum. Ayant rencontré un énorme succès, beaucoup de fans l'ont encouragés à se lancer dans la grande aventure de la publication de son histoire en roman. Aujourd'hui, l'aventure commence pour Pilgrim et j'espère que vous ferez partit des personnes qui l'encouragent.

Je vous retransmet un petit mot de sa part sans plus tarder (ce message à été écrit pour un autre site, le premier où l'histoire a été publiée et celui dont elle parle à la fin du message, mais il explique très bien la situation Mon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+] 79715) :


Spoiler:
 

En espérant que vous serez là pour l'encourager et devenir fan sur le site pour lui donner plus d'impact Mon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+] 79715
J'admire sa démarche, je la soutiens et la remercie d'avoir accepter que cette fiction soit publiée (même temporairement) sur ce forum ! Mon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+] 466446


Note importante actualisée :
Après avoir tenté l'aventure de la publication participative qui est, il faut bien l'admettre, un sacré challenge, Pilgrim a décidé de proposer ses fictions en autopublication afin de contenter la demande de ses lecteurs.
Je vous invite donc à découvrir ses histoires par l'intermédiaire de "The Book Edition", sous son nom propre, Nathalie Bleger.
De très beaux livres, de belles histoires, une plume agréable et un style décalé, une superbe recette si vous voulez mon avis Mon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+] 583145
Les livres sont également disponibles en format pdf.

Bonne lecture !

_________________________________________________
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Bras gauche et soeur de Dam-Vinou, le chinois fourbe. Gỏi cuốn tôm est mon nom !
Tôi có bàn tay đầy ngón tay Mon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+] 583145--- Ebi desu ! Mon ciel dans ton enfer [Yaoi/18+] 875776
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