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 Souffrance et création

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Vinou
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MessageSouffrance et création   Publié le : Sam 10 Déc 2011 - 14:45

Bien le bonsoir !
Voici un petit sujet de discussion qui trouvera preneurs j'espère.

La peine est-elle un moteur de la création artistique ?

C'est une question que je me pose assez régulièrement. Elle est peut-être très « vue et revue », mais je voulais lancer une discussion à ce sujet.
J'ai cette impression très nette d'être infiniment plus ému par les choses tristes que par la beauté du bonheur. Le plus beau des textes me paraîtra souvent fade s'il est empreint de joie, alors qu'un bon drame me prend volontiers aux tripes.
De même lorsqu'il s'agit de création personnelle... Sans vouloir me prendre pour un ''vrai artiste'' avec mon amateurisme total, je sais pour le constater régulièrement que je me montre bien plus créatif lorsque je vais mal, les choses les plus abouties que j'ai pu réaliser ont été créées alors que j'étais au fond du gouffre... En contre-partie dès que je me sens mieux c'est comme si je n'arrivais plus à rien sortir.

Je ne sais pas si c'est quelque chose d'universel, néanmoins à force d'en discuter autour de moi, ou de le constater à divers évènements, je me demande si justement ce n'est pas... Universel ?
Auquel cas, est-ce qu'on peut alors considérer l'art (sous toutes ses formes) comme ayant un seul but : soulager/exorciser la souffrance de celui qui crée ? Une façon de magnifier les trucs moches qui nous tombent dessus ?..

Comment vous situez-vous par rapport à ça ? Plutôt d'accord, ou pas du tout ?
Etes-vous plus productifs dans les moments de blues ou alors trouvez-vous plus facile de vous exprimer lorsque tout va bien dans le meilleur des mondes ?
On peut aussi étendre la problématique à l'écriture et vos thèmes de prédilection : êtes-vous plus à l'aise pour écrire une histoire légère et gaie ou plutôt du drame bien triste ? Je relève souvent de la part de certains auteurs des phrases laissant penser qu'ils trouvent plus facile de s'exprimer sur du drame que du bonheur... C'est aussi mon cas. Et vous, qu'en est-il ?

J'espère que le sujet vous inspirera, à vous la parole

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Edward Smith
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MessageRe: Souffrance et création   Publié le : Sam 10 Déc 2011 - 15:44

Que la peine soit un moteur d'écriture, j'y consent. J'aurais bien du mal à le nier d'ailleurs, ou alors je m'en vais bruler une bonne partie de mes poèmes et de mes chansons. Néanmoins je ne peux tout simplement pas être d'accord sur l'art comme ayant pour seul but "d'exorciser" une peine.

D'abord pour une raison toute simple: c'est ramener l'art au narcissisme humain. Ma poésie n'est que mon "vide-coeur", mon roman n'est que mon "épanchement de mes tristesses quotidiennes". De fait, pourquoi s'en soucier finalement ? S'il ne s'agit que d'un moyen de se soulager alors pourquoi discuter de sa valeur ? De ce qu'il nous enseigne ? De ce qu'il a à apporter au monde ? Et dans ce cas doit-on brûler ce qui ne me touche pas ou qui me semble trop incompréhensible, qui ne semble pas appartenir au domaine du sentiment, comme par exemple certains poèmes d'Henri Michaux qui semblent plus tenir de réflexions métaphysiques ?

Je ne cherche évidement pas à critiquer ta vision de l'art Vinou, loin s'en faut. Mais je trouve qu'il y a une certaine naïveté à se croire libérer de ses peines par l'art. Si tel était le cas, je serais l'homme le plus heureux du monde, croyez le bien. L'art je le pratique et le rencontre tous les jours... Et pendant longtemps c'est vrai j'ai cru que cela me soulageait. Qu'après avoir pleuré par écrit sur cette fille qui ne m'aimait pas j'allais pouvoir la regarder dans les yeux et paraître naturel. Pour preuve de l'efficacité de la méthode, je suis aujourd'hui célibataire et toujours aussi gauche avec celle dont je suis amoureux. J'y ai un peu réfléchis, et j'en suis arrivé à cette conclusion, très personnelle: je n'écrit pas pour me libérer, mais pour me distancer. Même lorsque je pleure dans mon écrit, c'est pour mieux en rire après. Cette "philosophie" - le mot est pompeux -, je la tire de la lecture d’Apollinaire d'un de ses poème les plus célèbre, Le Pont Mirabeau. Ceux qui le connaissent savent qu'il est mélancolique, qu'il parle d'amours perdus et d'angoisses du temps qui passe. Eh bien lorsqu'Apollinaire le lit, il le lit de manière emphatique, décalée, il s'en moque. Il s'est distancé de son mal par ce recul que lui impose le texte. L'extériorisation ne sert à rien, c'est bel et bien de lire le poème qui peut permettre à son auteur d'aller "mieux". enfin, s'il a ensuite le courage d'affronter la situation.

Du reste vous allez me dire que je parle toujours de l'auteur ici, et que ce n'est pas beaucoup moins narcissique que de se distancier de son mal plutôt que de l'extérioriser. Je répondrais à cela que l'approche est au contraire complètement différente: dans l'extériorisation, on a l'impression que le but est d'écrire. Peu importe quoi. Un poème, un roman, un journal intime... Tant que j'exprime mon sentiment sur le papier j'ai atteint mon but. Il n'y a pas de recherche esthétique, pas de volontiers de produire un texte de valeur, ni même d'y réfléchir un peu... Je cherche juste à m'exprimer. Dans la distanciation c'est différent. Le sentiment devient outil du poème et non l'inverse. Le sentiment est ce qui va me pousser à écrire, certes, mais je ne vais pas écrire parce que j'ai ce sentiment: je vais écrire parce que je veux écrire. Je ne sais pas si je suis très clair ici, je vais tenter de reformuler cela: lorsque je veux extérioriser mon sentiment par l'écriture, cela veut dire que je vais écrire un poème pour ce sentiment, et rien d'autre. Dans la distance je vais tenter d'amenuiser mon sentiment pour lui faire face et mieux l'appréhender. Je vais donc écrire un texte avec ce sentiment, c'est vrai. Mais si je cherche déjà à le minimiser, cela veut dire que je fais passer autre chose avant lui, qu'il devient auxiliaire, et qu'avant lui je fais passer le texte lui-même.

De fait je pense que ce que tu me décris Vinou est une étape dans la démarche d'un écrivain. Ne te méprends pas, je ne m'estime pas supérieur à vous, je connais exactement la même chose: quand je suis heureux je suis quasiment incapable d'écrire. Je pense que cela vient simplement du fait que l'on a du mal à s'extasier devant un bonheur, aussi grand soit-il: il est trop éphémère, ou alors il est trop indescriptible. Décrire le bonheur est à mon sens l'exercice littéraire le plus difficile, le plus complexe à mettre en place, car cela implique une sérénité personnelle à atteindre qu'il notre société rend de plus en plus inaccessible.

Reste une interrogation à laquelle j'ai mon opinion également: pourquoi la peine me touche-t-elle plus que le bonheur ? Je pense que Freud aurait des ouvrages complets à vous rédiger là-dessus. Pas de chance j'ai fait Khâgne plutôt que psycho. Néanmoins ma réponse se rapproche un peu de ce que j'ai dit avant dans un premier temps: le malheur est plus "régulier" que le bonheur, surtout dans notre société actuelle. J'y ajouterais cependant qu'en tant que lecteur, je vais réagir devant le texte de la même manière que je réagirais devant tel ou tel émotion dans ma vie. Soyons honnête: vous croisez une personne heureuse dans la rue, enfant du moins elle a l'air heureuse. Au mieux vous repartez en sifflotant en vous disant que la vie n'est pas si moche. Au pire vous vous dites que vous aimeriez être à sa place. Prenons le cas d'une personne triste, dévastée. Elle vous bouleversera peut-être, vous pleurerez aussi, ce sera de la compassion, sentiment fort et pas si négatif qu'il en a l'air. Vous vous sentirez peut-être même mieux en voyant qu'il existe plus malheureux que vous, voir coupable dans le bon sens du terme. Ce qui est triste touche des sentiments plus forts que ce qui est joyeux. D'où l’extrême difficulté, et donc mérite, de briller dans l'art "positif". Écoutez les chansons "pop" qui marchent à la radio. Ou même parcourez peut-être votre I-Pod. Les deux, j'en suis certain, comprennent des chansons à quatre accords avec un chanteur plus ou moins doué qui raconte que la vie est trop injuste et que quand même il l'aime cette Angie/Roxanne/Elenore/Michelle/Anonyme qui se reconnaitra. Certaine sont, je l'admets, meilleurs que d'autres. La plupart sont à pleurer de banalité mais... Elles vous touchent, parce qu'elles évoquent un sentiment fort et tellement facile à éprouver, qui parle à tout le monde. Un bonheur universel me semble plus complexe à trouver qu'un malheur universel, voilà tout...

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Vinou
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MessageRe: Souffrance et création   Publié le : Sam 10 Déc 2011 - 16:26

Ed Smith a écrit:
Je ne cherche évidement pas à critiquer ta vision de l'art Vinou, loin s'en faut. Mais je trouve qu'il y a une certaine naïveté à se croire libérer de ses peines par l'art.

Attention, je n'ai pas dit que c'était ma vision de l'art (je lance une discussion, je suis bien obligé d'essayer d'en faire un petit tour pour survoler le sujet ), je pose juste la question « est-ce qu'on peut considérer les choses comme ça », c'est très différent. De mon point de vue, tout comme le tien, l'art n'est pas seulement une façon de s’épancher, mais je constate quand même que beaucoup des choses qu'on considère universellement comme de grandes œuvres sont nées en partie de la souffrance de leurs auteurs...
De plus, concernant la naïveté, crois bien que je sais que tenter de se libérer par l'art ne signifie pas que ça marche et que tout va mieux après, loin de là...

Pour rebondir sur le narcissisme, je pense que de toute façon toute création est porteuse d'une dose de narcissisme. On créer pour soi avant de créer pour les autres. On créer à partir de soi avant de puiser chez les autres. Une création vient de soi, et soi, c'est... Narcissique par définition.

Ed Smith a écrit:
L'extériorisation ne sert à rien, c'est bel et bien de lire le poème qui peut permettre à son auteur d'aller "mieux". enfin, s'il a ensuite le courage d'affronter la situation.

Là je ne suis pas très d'accord. L'extériorisation par l'écriture (ou autres) peut s'avérer très utile, même sans l'étape de lecture/distanciation à laquelle tu fais référence. Concernant certaines choses, mettre une distance ne fait qu'agraver le mal et c'est peut-être bien en mettant les choses par écrit qu'on arrive à les organiser et à s'y confronter.

Ed Smith a écrit:
dans l'extériorisation, on a l'impression que le but est d'écrire. Peu importe quoi. Un poème, un roman, un journal intime... Tant que j'exprime mon sentiment sur le papier j'ai atteint mon but. Il n'y a pas de recherche esthétique, pas de volontiers de produire un texte de valeur, ni même d'y réfléchir un peu... Je cherche juste à m'exprimer. Dans la distanciation c'est différent. Le sentiment devient outil du poème et non l'inverse. Le sentiment est ce qui va me pousser à écrire, certes, mais je ne vais pas écrire parce que j'ai ce sentiment: je vais écrire parce que je veux écrire.

Je te rejoins là dessus, la nuance est importante surtout quand on parle de véritable élaboration littéraire. Seulement, lorsqu'on a envie d'écrire, est-ce que ce n'est pas justement motivé par un sentiment (quel qu'il soit) à la base ? Est-ce qu'on peut avoir envie d'écrire sans rien ressentir ? L'art et l'émotion sont quand même très liés.

Je posais surtout la discussion dans le sens de « la souffrance comme moteur de la création », car j'ai l'impression que c'est justement un moteur beaucoup plus commun que ne peut l'être la joie. Comme s'il fallait s'entraîner un peu à apprécier une œuvre joyeuse alors que souvent la plupart des gens réagissent plus naturellement à la peine... Je ne sais pas si je suis clair (mais je crois qu'on a la même vision de ce côté si j'ai bien saisi ce que tu dis).

Ta réflexion sur le malheur universel et le bonheur comme fait ponctuel, j'en avais lu des choses très intéressantes mais pas chez Freud (et ça me soule car je ne sais plus quel auteur c'était, si je retrouve j'éditerais, car il y avait dans ce bouquin pas mal d'éléments intéressants à ce sujet).

Ed Smith a écrit:
Je pense que cela vient simplement du fait que l'on a du mal à s'extasier devant un bonheur, aussi grand soit-il: il est trop éphémère, ou alors il est trop indescriptible.

Voilà, c'était quelque chose dans ce goût là, très intéressant à penser je trouve.
Parce que c'est vrai qu'on peut se demander quand même comment ça se fait qu'on soit tous plus ou moins sensibles à la peine et beaucoup moins à la joie (alors que la joie par définition ça fait plaisir)... Comment en vient-on à ça ? Est-ce qu'on n'est pas tous un peu masochiste au fond...

Ed Smith Rinpoché a écrit:
de la compassion, sentiment fort et pas si négatif qu'il en a l'air.

C'est même absolument positif comme sentiment, très bon pour le karma...

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Edward Smith
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MessageRe: Souffrance et création   Publié le : Dim 11 Déc 2011 - 2:31

Je pense que je vais rompre avec toi Vinou. Tu m'éloignes de mes révisons de mon épreuve d'histoire avec une telle efficacité que je trouve cela presque machiavélique.

Vinou a écrit:
Pour rebondir sur le narcissisme, je pense que de toute façon toute création est porteuse d'une dose de narcissisme. On créer pour soi avant de créer pour les autres. On créer à partir de soi avant de puiser chez les autres. Une création vient de soi, et soi, c'est... Narcissique par définition.

Je suis plutôt d'accord avec cette idée. Néanmoins, je disais que le danger avec l'extériorisation, c'était de réduire l’œuvre au seul narcissisme de l'auteur. Et de là en résulte beaucoup d'erreurs dans l'approche de l'écriture ou de la lecture... Par exemple je vais considérer mon journal intime comme une œuvre littéraire. Ce qui est possible attention, mais ce qui n'est pas le cas de tous les journaux intimes... Loin de là. Quand à la lecture, on rencontre alors le danger de dire que seul ce que l'auteur a voulu exprimer compte, puisque le texte est issu de son seul narcissisme... Et là on passe clairement à côté de l'intégralité de la littérature du XXe siècle, et on pourrait même argumenter de la littérature dans son intégralité.

Vinou a écrit:
Là je ne suis pas très d'accord. L'extériorisation par l'écriture (ou autres) peut s'avérer très utile, même sans l'étape de lecture/distanciation à laquelle tu fais référence. Concernant certaines choses, mettre une distance ne fait qu'agraver le mal et c'est peut-être bien en mettant les choses par écrit qu'on arrive à les organiser et à s'y confronter.

Non, je ne pense pas que nos points de vues diffèrent en réalité... Tu attribues simplement autre chose à l'extériorisation. Pour moi, "extérioriser" n'est que "faire sortir": je vais écrire mon texte, et c'est tout. Je ne vais pas y revenir, m'interroger sur la portée de mon mal ou sur un moyen d'y remédier. Je vais simplement poser sur le papier mon sentiment et ne jamais y revenir, tout simplement parce que je ne le fait pas autre. La distanciation fait du sentiment un objet le plus autre possible, et donc permet de l'appréhender avec le plus d'objectivité possible. Mais encore une fois, la distanciation n'est pas miraculeuse non plus, et elle demande ensuite une application dans les faits... Combien de fois me suis-je dit que je savais ce qui était raisonnable sans jamais le faire ?

Vinou a écrit:
Je te rejoins là dessus, la nuance est importante surtout quand on parle de véritable élaboration littéraire. Seulement, lorsqu'on a envie d'écrire, est-ce que ce n'est pas justement motivé par un sentiment (quel qu'il soit) à la base ? Est-ce qu'on peut avoir envie d'écrire sans rien ressentir ? L'art et l'émotion sont quand même très liés.

Là tu poses une question sur laquelle nous pourrions débattre pendant des siècles, puisque c'est déjà une question sur laquelle on débat depuis des siècles: la valeur de la littérature, ce qui nous pousse à entrer en littérature... Et je n'ai pas de réponse. Tout ce que je peux te dire c'est que l'on peut écrire à partir d'un sentiment quelque chose qui n'est pas de la littérature, ou pas forcément: le journal intime. On peut écrire quelque chose sans sentiment qui n'est pas de la littérature, ou pas forcément: l'essai, la dissertation. Peut-on écrire de la littérature sans rien ressentir de particulier ? La question mérite d'être posée. Peut-être qu'une réponse se trouve dans l'art dit "moderne" justement, qui a parfois tendu à un auteur parfaitement passif, qui ne faisait qu'écrire quelque chose ou peindre quelque chose sans même y penser, peut-être même sans véritable sentiment, laissant au sentiment du lecteur le privilège de transformer le texte en œuvre... Mais là encore, comment prouver que l'artiste n'a rien ressenti en écrivant le texte en question ? Peut-être qu'écrire de la littérature sans sentiment particulier est finalement l'exercice littéraire ultime, le plus complexe à mettre en place. Ou peut-être n'est-il que l'illusion d'un mauvais intellectuel qui pense s'être séparé du sentiment...

Vinou a écrit:
Je posais surtout la discussion dans le sens de « la souffrance comme moteur de la création », car j'ai l'impression que c'est justement un moteur beaucoup plus commun que ne peut l'être la joie. Comme s'il fallait s'entraîner un peu à apprécier une œuvre joyeuse alors que souvent la plupart des gens réagissent plus naturellement à la peine... Je ne sais pas si je suis clair (mais je crois qu'on a la même vision de ce côté si j'ai bien saisi ce que tu dis).

Parfaitement oui. Je pense qu'il faut un véritable parcours intellectuel, presque spirituel pour apprécier la joie au point d'en faire le moteur de l'art. Alors que n'importe qui peut faire du malheur l'origine de sa création, parce que le malheur est pesant en soit.

Vinou a écrit:
Ta réflexion sur le malheur universel et le bonheur comme fait ponctuel, j'en avais lu des choses très intéressantes mais pas chez Freud (et ça me soule car je ne sais plus quel auteur c'était, si je retrouve j'éditerais, car il y avait dans ce bouquin pas mal d'éléments intéressants à ce sujet).

Je serais ravis d'apprendre quel auteur parle de cela ! Mais lorsque j'évoquais Freud, je voulais dire qu'il devait exister des explications psychanalytiques alambiquées surtout... Il y en a pour tout.

Vinou a écrit:
Voilà, c'était quelque chose dans ce goût là, très intéressant à penser je trouve.
Parce que c'est vrai qu'on peut se demander quand même comment ça se fait qu'on soit tous plus ou moins sensibles à la peine et beaucoup moins à la joie (alors que la joie par définition ça fait plaisir)... Comment en vient-on à ça ? Est-ce qu'on n'est pas tous un peu masochiste au fond...

Loin de moi l'idée de te faire te séparer de tes divers instruments en cuir - tu sais que j'adore ça -, je ne sais pas s'il y a du masochisme... Je pense qu'il y a surtout du narcissisme, quoi qu'on en dise. L'être prend tellement de place que la moindre morosité nous semble mériter son poème. Je sais, j'ai une vision extrêmement optimiste de l'humanité. Ne m'en voulez pas, je disserte six heures demain sur l'Hygiène et la Santé en Europe du milieu du XVIIIe à l'après première Guerre Mondiale, donc j'en veux légèrement à l’espèce humaine.

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Lucifuru
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MessageRe: Souffrance et création   Publié le : Ven 16 Déc 2011 - 3:11

Personnellement, quand je ne vais pas bien je suis incapable d'écrire. Mais c'est sans doute parce que j'aime écrire des comédies xD.

En tout cas moi, plus je suis heureuse et de bonne humeur plus j'ai d'idées et d'inspiration.

Je pense pourtant que la peine peut effectivement être un moteur de la création artistique, et sans doute même le principal pour certain auteurs. Mais ce n'est pas mon cas. Même si mes souffrances et mes expériences douloureuses m'inspirent, je suis certaine que mes joies et mes moment de bonheur apportent bien plus à mes oeuvres.

Mais je crois que c'est différent pour chacun d'entre nous. Perso, je suis positive de nature. Je préfère toujours ne pas m'appesantir sur les choses négatives. Je suis comme ça depuis toujours !
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Hamtaro
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MessageRe: Souffrance et création   Publié le : Ven 16 Déc 2011 - 12:26

Peut-être que la souffrance et la peine dans les œuvres nous touchent plus que les joies, parce que c'est un sentiment plus fort, plus déstabilisant, plus "prenant". Je ne dirai pas que la souffrance est le principal moteur de mon inspiration, mais j'ai tendance à être davantage touchée par une œuvre qui a pu me faire pleurer que par le roman d'une vie en rose.

Je pense aussi que les bonheurs sont appréciés à leur juste valeur quand il y a eu souffrance avant. On a une impression de justice et de mérite derrière qui rend le bonheur plus agréable que s'il avait été décrit tout seul. Vous voyez ce que je veux dire ?

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