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 Juste trop tard [13+]

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Resha Tsubaki
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MessageJuste trop tard [13+]   Publié le : Jeu 22 Déc 2011 - 3:15


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Dernière édition par Resha Tsubaki le Sam 27 Avr 2013 - 8:13, édité 12 fois
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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Jeu 22 Déc 2011 - 3:22


    Rouge.

    Tout était rouge.

    Rouge sang.

    Le noir et le blanc ne comptaient plus. Seul ce rouge couleur sang dominait.

    C'était un monde sans couleurs.

    Ou presque.

    Il y avait ce rouge.

    Ce rouge sang.

    Du sang.

    Son sang.

    Il saignait. Beaucoup. Il allait mourir. Sous ses yeux. Sans qu'elle ne puisse rien faire.

    Non.

    Elle ne souhaitait pas cela. Mais que pouvait-elle faire ? Elle parvenait à peine à bouger. Comment retenir ce liquide flamboyant ?

    Ils avaient eu un accident de voiture. Ou du moins elle le croyait. Il conduisait. Ils discutaient tranquillement. Puis un engin les avait percutés. Ils avaient dévalé une pente en faisant plusieurs tonneaux.

    Et il était blessé. Gravement. Et elle n'arrivait pas à bouger. Sous le choc, peut-être. Voir ce sang s'écouler du corps du conducteur la terrorisait.

    Et s'il mourait ?

    Et où se trouvait l'ambulance ? Quelqu'un avait-il appelé les secours ? Y aurait-il eu un témoin de l'accident ? Y avait-il une personne pour les sauver ?

    Silence. Voilà tout ce qu'elle entendait. L'homme ne bougeait pas. Elle peinait à entendre sa respiration. Trop faible, sans doute.

    Elle ne le laisserait pas mourir. Jamais. Il était trop précieux pour elle.

    La peur l'envahit tout à coup. Elle ne savait pas quoi faire. Sa ceinture était bloquée. Et son corps ne lui obéissait pas et restait immobile. Pourquoi ne parvenait-elle donc pas à le mouvoir ?

    Les larmes lui montaient aux yeux. Non, ce n'était pas le moment de pleurer et de se laisser aller. Il fallait qu'elle agisse avant qu'il ne soit trop tard. Pour une fois, c'était à son tour de l'aider.

    Ses mains tremblaient mais elle arrivait à les contrôler un tant soit peu. Elle tenta désespérément de défaire sa ceinture afin de le rejoindre. Il fallait peut-être le sortir de la voiture. Il était sans doute lourd, mais elle réussirait. Elle le sauverait. Elle ne le laisserait pas mourir. Jamais.

    Toujours coincée, elle chercha son portable qui avait glissé de ses mains lors de l'accident. Il était là. Par terre. Cassé… Il avait pris un coup contre le pare-brise. Il ne s'allumait plus. Et le sien ? Elle le chercha des yeux mais ne l'aperçut pas.

    Pitié que quelqu'un les trouve…

    Elle ne se rendit pas compte jusqu'à maintenant de la douleur qui attaquait sa tête. C'était intenable. Pourtant, il lui fallait le supporter tant que les secours n'étaient pas là et qu'il n'était pas hors de danger.

    Enfin la ceinture la libéra.

    Il était toujours inconscient et ne répondait pas à ses appels. Sa tête s'était cognée contre une vitre, probablement, il saignait du front.

    Il y avait du sang partout. Elle avait peur.

    Elle essaya de se lever mais l'une de ses jambes l'en empêcha. Était-elle cassée ? Tant pis, il lui fallait ignorer la souffrance.

    De sa petite taille, elle tenta d'atteindre la portière du conducteur afin de l'ouvrir. Ainsi, elle pourrait rester assise.

    Elle n'était pas assez grande. Il lui était impossible de toucher la portière. L'ouvrir restait hors de portée en conséquence. Il lui fallait trouver un autre plan.

    Et ignorer ce sang.

    Elle avait peur…

    Surmonter sa terreur était facile à dire. Ils étaient coincés au beau milieu de nulle part. Un chauffard les avait renversés et s'était enfui. Il n'y avait aucun témoin. Son portable était cassé. Les secours ne viendraient certainement pas de si tôt.

    Pourquoi ? Qu'avaient-ils fait pour mériter un tel traitement ?

    Et s'il mourait avant qu'on les trouve ?

    Elle ne possédait aucune connaissance en matière de médecine. Elle ne savait pas quoi faire.

    Sa tête la tuait. La douleur devenait de plus en plus insupportable. Elle aussi voulait être sauvée. Mais il en avait encore plus besoin.

    Elle appela faiblement son nom. Elle avait besoin d'un signe de vie de sa part, d'une preuve lui montrant qu'elle avait raison de se battre.

    Mais il ne répondait pas.

    Elle approcha sa main tremblante vers son visage. Il ne réagit pas. Elle ne sentait pas sa respiration.

    Non.

    Impossible.

    Il ne pouvait pas être mort. Il n'avait pas le droit de mourir. Cela lui était interdit.

    Elle ne parvenait plus à bouger, à penser. Des larmes coulaient le long de son visage pétrifié.

    Ce n'était qu'un mauvais rêve. Cela ne pouvait pas arriver.

    Sa main retomba sur ses jambes, elle baissa sa tête qui lui fit atrocement mal. Assurément avait-elle crié. Elle ne s'en souvenait plus. Le monde était devenu définitivement noir après cela.


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Dernière édition par Resha Tsubaki le Jeu 31 Mai 2012 - 7:05, édité 3 fois
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Resha Tsubaki
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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Jeu 22 Déc 2011 - 3:23


    Teru se réveilla en sursaut. Elle reprit ses esprits durant plusieurs minutes, respirant le plus profondément possible, tout en passant une main sur son front, comme on le ferait pour prendre sa température.

    Encore ce rêve. Cela faisait bien une dizaine de fois que ce rêve, ou plutôt cauchemar, la dérangeait dans son sommeil depuis un an. Il était dénué de couleurs, à l'exception du sang du conducteur de la voiture. Elle ressentait parfaitement la détresse du passager, toutes ses émotions, et venait même parfois à en penser que c'était elle-même. Or, ironiquement, elle n'avait aucune idée de l'identité du jeune homme. Il était sans visage.

    Teru avait commencé à se poser des questions au bout de la troisième fois où ce rêve l'avait poursuivie la nuit. Qui était cet homme ? S'était-il passé quelque chose comme cet accident, un an plus tôt ? Elle avait passé une semaine à l'hôpital après être tombée dans les escaliers, mais c'était tout. Aucun souvenir d'accident routier.

    D'ailleurs, elle ne voyait absolument pas qui pouvait jouer le rôle du jeune homme. Son frère ? Impossible, il ne conduisait pas ; Sôichirô avait toujours répété que les voitures étaient dangereuses et lui avait fait promettre de ne jamais essayer d'en conduire une. Il aimait bien pousser son rôle de grand-frère à l'extrême. Il fallait quand même dire qu'ils avaient quatorze ans d'écart, et devenir orphelins bien vite après sa naissance avait dû le marquer.

    Teru ne se souvenait plus du visage de ses parents. Leur mère, Tomoe, était décédée en accouchant et leur père, Haruse, avait rendu l'âme trois ans plus tard. Son frère, lui, était parti trois ans plus tôt. Elle avait à présent dix-sept ans et n'avait plus aucun parent. C'était Riko, la fiancée du défunt Sôichirô, qui prenait soin d'elle depuis plus d'un an.

    Sa tutrice n'était de toute façon pas présente cette nuit-là. Elle était partie pour une affaire à l'autre bout du pays et ne reviendrait que d'ici trois jours. Sachant pertinemment qu'après ce rêve elle ne se rendormait jamais, la jeune Kurebayashi se leva puis alla se servir une tasse de thé dans la cuisine en jetant un coup d'œil à l'horloge : trois heures du matin. Les cours commençaient à huit heures, il fallait qu'elle tue le temps jusque là.

    La brune s'installa sur le canapé puis alluma la télévision qu'elle regarda d'un œil distrait, songeant à ce rêve. C'était la première fois depuis trois mois qu'elle le faisait. Elle avait pensé en être enfin libérée, pourtant il avait fallu qu'il revînt la tourmenter. Elle avait beau se creuser la tête, elle ne comprenait rien : il n'y avait aucun rapport avec sa vie.

    Le docteur qui la suivait régulièrement depuis un an lui avait raconté que sa chute dans les escaliers lui avait sans doute fait penser à la mort de ses parents ainsi que de son frère et qu'elle était persuadée inconsciemment que l'homme avec laquelle elle se lierait subirait un sort tragique.

    Peut-être était-ce vrai. Peut-être croyait-elle que tous ceux qui lui étaient chers finiraient mal par sa faute. Kiyoshi avait failli se faire renverser par une voiture à pleine vitesse devant l'école une fois. Mais quelqu'un avait réussi à le pousser de manière à ce qu'il pût l'éviter.

    Teru soupira. Elle demanderait à ce qu'on lui prescrive des somnifères la prochaine fois, car elle s'ennuyait royalement et refusait de se laisser tourmenter par ce rêve. Elle ne savait même plus quoi en penser : devait-elle y voir un message caché ? Sans doute, puisqu'il était récurrent. Devait-elle le prendre au sérieux ? Elle n'en avait aucune idée…

    L'adolescente retourna dans sa chambre après avoir débarrassé sa tasse de thé puis saisit un livre qu'elle commença à lire, toujours distraitement : le jour suivant le rêve, elle ne parvenait jamais à se concentrer. Pratique en cours. Elle n'y pouvait pourtant rien, et donnerait tout pour s'en débarrasser, ou pour que ses questions ne restassent pas sans réponse : pourquoi seul le sang était-il de couleur ? Qui était cet homme ? Quel était cet accident ? Quand ? Où ? Comment ?

    Teru roula sur le dos en fixant le plafond d'un air vide. Riko paraissait aussi perdue qu'elle à ce sujet. Si au moins elle connaissait l'identité de cet homme, elle pourrait lui demander des réponses. Mais aucun indice ne la rapprochait de la vérité. Elle restait dans un brouillard total.

    Si elle le voyait, le reconnaîtrait-elle immédiatement ? Et s'il saignait, verrait-elle à nouveau ce rouge dans ce monde sans couleurs ? Et si cet homme était mort ? Ou peut-être était-ce un rêve prémonitoire. Elle avait vaguement l'impression de voir un portable qu'elle possédait vraisemblablement, or il lui était impossible d'en déterminer le modèle, afin de savoir s'il était plutôt récent. Peut-être ne pouvait-elle pas prédire de tels détails.

    Si c'était un rêve prémonitoire, il était très en avance et terriblement insistant. Le conducteur paraissait proche d'elle. Toutefois, Teru avait beau se creuser la tête, elle ne ressentait de tels sentiments envers aucun homme, ne serait-ce son défunt frère. Elle n'avait de toute façon jamais été amoureuse, alors son ressenti dans son rêve la perturbait un tant soit peu.

    L'adolescente soupira. Continuer à se tourmenter indéfiniment ne changerait rien. Pendant trois mois, elle était parvenue à l'ôter de son esprit. Pourquoi revenait-il à présent ? Serait-ce un message ? Voyons, bien sûr que non, ce genre de dons surnaturels n'existaient pas... Ce cauchemar finirait bien par disparaître un jour et cesserait forcément de la tracasser. Ce n'était qu'une question de temps.

    Satisfaite de sa conclusion, Teru écouta de la musique, fit tout pour ne pas réfléchir. Si elle ne gardait pas son cerveau occupé, il reviendrait toujours à cet événement. Il fallait qu'elle se bourre la tête jusqu'au petit matin où le lycée prendrait le relai. Elle n'était franchement pas d'humeur à réviser, de toute manière elle était toujours première lors des examens.

    Les premières nuits, elle avait appelé ou envoyé des messages à ses amis qui dormaient, malheureusement pour eux. Puis, elle s'était sentie coupable de les déranger au beau milieu de la nuit et avait décidé de prendre sur elle et de prétendre de n'avoir fait aucun cauchemar de la sorte si on lui posait la question. Elle ne savait pas pourquoi, mais en parler finissait toujours par l'énerver. Elle devenait violente, sans comprendre la raison pour laquelle elle perdait son sang-froid. Sans doute parce qu'elle était déboussolée dans cette histoire. C'était la conclusion à laquelle elle était arrivée.

    Teru n'en parlait pas toujours à Riko non plus. Sa tutrice ne pouvait de toute évidence pas l'avancer plus dans son tourment et ne pouvait que rester là à l'écouter patiemment. Elle était toujours débordée par le travail, la jeune Kurebayashi avait donc aussi décidé de l'écarter à son tour de ses problèmes. Grâce à l'ancienne fiancée de son frère, elle pouvait manger et être logée sans frais majeurs. Elle lui en était reconnaissante et faisait donc tout pour ne pas être dans son chemin.

    C'était durant ces nuits-là que Teru se sentait le plus seule. Personne ne se trouvait à ses côtés, elle avait fréquemment l'impression de ne pas être comprise, comme si quelqu'un le pouvait. Comme si une personne, quelque part, était en mesure de la rassurer...

    Elle divaguait totalement. Lire des histoires romantiques ne l'améliorait pas. L'âme-sœur avec qui on partage un lien spécial durant toute sa vie... Quelle blague. Plein d'adolescentes de son âge attendaient avec impatience que le prince charmant vînt, alors que jamais il n'apparaîtrait. Vivre dans des illusions ne leur apporterait assurément rien de bon au final...

    Elle se tracassait pour rien. C'était sans doute la dernière fois que ce rêve troublerait son sommeil, il était inutile de continuait ces inepties. Elle avait des choses plus importantes à faire, comme réussir ses examens.



    Chaque journée suivant son rêve, Teru était toujours plus ou moins renfermée. Elle évitait la plupart des contacts avec les autres élèves de son école ou plus particulièrement de sa classe et restait assise à son bureau à réfléchir. Ses cours passèrent tranquillement, sans trouble majeur. Ses amis avaient plus ou moins compris qu'elle n'était pas d'humeur à s'amuser avec eux et la laissaient en paix, jusqu'à ce qu'elle se décide à aller vers eux.

    Déterminée à prendre un peu l'air lorsque la sonnerie annonçant la pause du midi retentit, l'adolescente brune prit son déjeuner puis se dirigea vers l'extérieur. Il faisait bon, cela lui ferait du bien de manger à l'extérieur, histoire de ne plus penser à ce rêve. Enfin, à bien y réfléchir, elle n'y songeait pas tellement. C'était juste qu'elle avait du mal à se concentrer sur quoi que ce fût.

    Inattentive, bien entendu, tandis qu'elle marchait, Teru ne remarqua pas la personne devant elle qu'elle bouscula. Sans même regarder cette personne dans les yeux – elle n'y arrivait pas -, elle se releva, marmonna des excuses puis s'éclipsa. Voilà qu'en plus d'être maladroite, elle en perdait ses bonnes manières. Mais pourquoi n'avait-elle pas réussi à lever les yeux vers cette personne ? Elle avait juste deviné qu'il s'agissait d'un homme de grande taille en le percutant, pourtant ce n'était pas une explication valable. C'était comme si son esprit l'avait empêchée de le regarder. Y aurait-il un lien avec ses soucis actuels ?

    Voyons voyons, elle en devenait paranoïaque. Il fallait sérieusement qu'elle se calme. Pourquoi se mettre dans des états pareils pour un accident aussi mineur ? Kurebayashi soupira longuement puis s'installa sur un coin d'herbe au soleil où elle déballa son sac contenant son repas. D'un geste vif, elle saisit ses baguettes puis mangea lentement son riz, espérant que ses pensées s'envoleraient bien vite.



    Tirant une bouffée de sa cigarette, l'homme suivit la jeune fille du regard. La casquette assortie à son uniforme masquait en partie ses yeux avec l'ombre produite. Il n'avait pas dit le moindre mot, n'avait assurément pas pu. Il resta de marbre au milieu de l'allée, ne pouvant la quitter du regard.

    Il ne savait pas comment réagir, il avait pensé que tout se passerait autrement. Il aurait dû être plus attentif et dégager le chemin. Pourquoi avait-il fallu qu'il tombât sur elle ? Et comment devait-il interpréter sa réaction ? Ce n'était pas du tout ce qu'il avait envisagé. Il avait pensé que les choses se dérouleraient autrement. Durant cette année, que s'était-il passé ?

    Dans un élan de nervosité, il reprit une bouffée de la cigarette, sans se rendre compte qu'il l'avait finie. D'un geste rageur, il la jeta par-terre puis l'écrasa avant de rebrousser chemin. Il y avait forcément une explication. Elle ne l'avait même pas regardé, peut-être était-ce la raison.

    Pourquoi se cherchait-il des excuses aussi futiles ? Elle l'avait forcément reconnu. C'était obligé. Lui en voulait-elle encore, même un an après ? Elle en avait le droit. Après tout, c'était de sa faute... Il ne méritait pas d'être pardonné. Pourtant, elle lui avait terriblement manqué. Après avoir attendu, il était revenu. Il avait tant attendu cet instant qui ne s'était pas déroulé comme prévu. Il ne savait pas à quoi s'attendre.

    Elle n'avait absolument pas changé. Ses cheveux étaient un peu plus longs et il lui semblait bien qu'elle faisait un centimètre de plus, certes, mais en tous cas elle était toujours aussi plate.

    Il ne pouvait pas agir pour le moment. Il fallait qu'il retravaille son plan avant d'entrer en action. Pour le moment, mieux valait s'éclipser...



    A la fin des cours, les élèves se rendirent tranquillement dans leurs clubs afin d'y faire leurs activités du jour. Teru, ne participant à aucun d'entre eux, rangea calmement ses affaires en saluant ses amis d'un signe de la main. Les deux dernières heures de cours avaient été les plus difficiles. Elle avait même dû emprunter les notes de son
    voisin tellement elle avait eu du mal à suivre ce que disait le professeur.

    Il fallait sérieusement qu'elle se ressaisisse, elle se faisait peur à être aussi distraite. Elle aurait peut-être dû prendre une douche glacée ce matin, cela l'aurait bien réveillée. Elle vérifia sur son portable si Riko ne l'avait pas appelée pour prendre des nouvelles puis quitta la salle.

    Dans un coin de la cour, des élèves qu'on qualifierait aisément de délinquants juvéniles fumaient une substance quelque peu douteuse en se racontant des histoires censurées. Tout en riant de l'une de leurs précédentes idioties, l'un d'eux remarqua Teru qui se dirigeait vers la sortie et décida de s'amuser un peu. Après quelques signes échangés avec ses amis – s'il était possible de les nommer ainsi -, ils se dirigèrent d'un pas assuré vers l'adolescente qui ne se douta de rien avant de les apercevoir.

    Remarquer quatre adolescents suspicieux qui se dirigeaient dangereusement d'elle l'aida subitement à reprendre ses esprits. Teru détourna la tête et accéléra l'allure en direction de la porte menant vers la rue. Quoique si elle quittait le lycée, elle serait moins en sécurité. D'un autre côté, tous se trouvaient dans leur club, nul n'était en mesure de lui venir en aide.

    « Eh, tu viens t'amuser avec nous ? »

    Elle tenta de les ignorer et se concentra sur la sortie. Il lui suffirait de prendre le train, c'était une heure de pointe, ils n'oseraient pas l'aborder à ce moment-là. Elle revint subitement à la réalité lorsqu'elle sentit une main attraper fermement son bras. La brune, d'un geste vif, tenta de se défaire de son emprise lorsqu'un autre lui barra la route.

    Ils étaient dans l'enceinte de l'école, ils n'allaient pas essayer quelque chose... N'est-ce pas ? Et qu'est-ce qu'ils faisaient là, s'ils séchaient les cours ? L'un d'eux lui saisit l'autre bras, l'immobilisant ainsi. La peur s'empara soudainement d'elle ; n'y avait-il donc personne ? Et pourquoi fallait-il que cela lui arrive, à elle ? Elle n'avait rien fait pour le mériter. Elle tenta de se libérer de leur emprise, toutefois ils étaient plus baraqués qu'elle, bien évidemment, vu qu'elle ne pratiquait même pas une activité sportive régulière.

    Ils étaient au total quatre ; un de chaque côté. Leur regard ne lui inspirait absolument pas confiance. Bien qu'étant une âme innocente, elle se doutait parfaitement de leurs intentions et cela ne lui plaisait absolument pas. Sa journée était déjà assez pourrie comme ça, pourquoi fallait-il qu'elle finisse ainsi...

    L'un des deux qui la tenait se retrouva subitement à terre ; l'homme l'ayant neutralisé posait son pied sur son visage, l'air froid en tirant une bouffée de sa cigarette. Sa casquette recouvrait ses cheveux blonds, Teru avait du mal à apercevoir ses yeux. D'après son uniforme, il s'agirait du gardien de l'école.

    « On dirait que j'ai oublié de nettoyer ici. »

    L'inconnu porta une main à sa cigarette et bloqua de l'autre le coup de poing que tenta de lui asséner un autre des délinquants. En échange, il ne put qu'avoir sa main broyée et se laissa tomber à terre en poussant des cris de douleur. Les deux autres hésitèrent à l'attaquer, à en juger l'état des précédentes victimes ; cette fille valait-elle la peine qu'ils se blessent ? Absolument pas. Ils pouvaient en trouver une autre en claquant des doigts, et de toute façon, celle-là était complètement plate, et en conséquence pas très intéressante. Cela avait juste semblé amusant sur le coup.

    Les quatre jeunes délinquants déguerpirent plus vite que Teru ne l'aurait pensé, la laissant seule avec cet employé du lycée. Il faisait environ deux têtes de plus qu'elle et paraissait avoir une vingtaine d'années. Elle ne l'avait jamais aperçu avant, il devait être nouveau. Elle avait du mal à regarder son visage, mais il semblait posséder un physique avantageux, à tous les coups les filles des autres classes allaient flasher sur lui.

    Teru ne comprenait pas pourquoi elle se sentait si nerveuse, la raison pour laquelle elle éprouvait des difficultés à le regarder en face. Il fallait bien qu'elle le remercie, au moins. Elle se tripota les doigts, sans oser le regarder, anxieuse, comme s'il était sur le point de continuer le travail des autres jeunes en fonction de sa réponse.

    « Euh... M... Merci... »

    L'homme ne répondit d'abord pas, tira une bouffée de sa cigarette puis éclata d'un rire malsain qui ne lui inspira définitivement pas la moindre confiance. Sur qui était-elle encore tombée ? Son instinct lui indiqua de s'enfuir le plus vite possible, pourtant ses jambes ne l'écoutaient pas et restaient figées au sol. Le gardien de l'école planta ses yeux qu'elle put enfin apercevoir dans les siens puis esquissa un sourire quelque peu sadique.

    « Tu penses que les gens se satisferont toujours de petits mercis ? Le monde n'est pas aussi gentil que tu le crois. »

    Cela n'annonçait rien de bon. Teru sentait des gouttes de sueur lui couler le long des tempes, Le silence malsain qu'il imposait ne la rassurait pas du tout. Qu'allait-il lui demander en compensation ? De l'argent ? Ou bien... Non, quand même pas... Mais enfin, dans quel monde était-elle tombée ? L'odeur de cigarette atteignit ses narines qui ne l'acceptèrent pas avec joie tandis que l'homme blond reprenait la parole.

    « Si tu veux vraiment me remercier, paie avec ton corps. »



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Dernière édition par Resha Tsubaki le Lun 21 Mai 2012 - 14:30, édité 1 fois
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Resha Tsubaki
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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Jeu 22 Déc 2011 - 3:25


    Le soleil se faisait de moins en moins imposant dans le ciel, disparaissant parfois derrière les nuages qu'il teintait de couleurs chaudes, tels que l'orange ou le rose. Les oiseaux terminaient leurs tâches de la journée afin d'en être débarrassés pour la nuit qui approchait. Teru, dans un coin de la cour, arrosait les fleurs, d'un air dépité. Elle n'avait certainement pas envisagé une telle situation, elle en venait à se demander comment elle en était arrivé à ce stade.

    Alors c'est ce qu'il voulait dire quand il parlait de payer avec son corps...

    Bien évidemment, la brune s'était attendue à bien pire avec une telle phrase. Enfin, d'un côté, il fallait être plutôt stupide pour utiliser une telle tournure dans ce cas de figure... En tout cas, elle était rassurée : elle préférait mille fois plus l'aider – si elle pouvait seulement employer ce terme – dans son travail plutôt que de faire ce à quoi elle songeait...

    Teru coula un regard vers l'homme blond : il était tranquillement assis sur une chaise longue avec un soda tout en jouant à un jeu de cartes sur son ordinateur. Il était stupide ou quoi ? Elle aimerait bien lui vider l'arrosoir dessus, tant qu'à faire. Sans s'en rendre compte, elle s'était brutalement approchée de lui alors qu'il ne semblait pas lui porter grande attention et s'apprêta à lui verser l'eau dessus sadiquement lorsqu'il tourna la tête, l'immobilisant sur place.

    « Au fait, dorénavant je suis maître Kurosaki, et tu me dois respect et obéissance. »

    La situation s'annonçait mal pour elle, elle était prise la main dans le sac. L'adolescente ne parvint pas à bouger ni répondre pendant quelques instants, sans qu'elle en comprenne la raison. Elle abaissa finalement l'arrosoir puis détourna la tête et lui donna son nom en bégayant. Et mince, pourquoi réagissait-elle ainsi ? Pourquoi ne parvenait-elle pas à se comporter normalement ? Elle ne le connaissait pas, et c'est comme s'il l'intimidait... En fait, il lui faisait presque peur et en même temps pas du tout.

    Ne souhaitant pas continuer ce contact embarrassant, Teru retourna arroser les marguerites qu'elle trouvait très jolies en évitant de croiser à nouveau son regard. Elle ne se sentait pas du tout à l'aise. Pourquoi ? Elle sentait sa main qui tremblait alors qu'elle arrosait les fleurs. Son instinct lui criait de s'éloigner de cet homme et de ne plus jamais recroiser sa route, pourtant ses jambes restaient pétrifiées. Pourvu qu'il la libère vite...



    Alors c'est ça...

    Kurosaki l'espionna du coin de l'œil, notant sa nervosité. Il n'avait certainement pas songé à ce cas de figure. Elle agissait comme s'ils étaient de parfaits inconnus l'un pour l'autre, comme s'ils ne s'étaient jamais rencontrés auparavant... Sans doute était-ce la raison pour laquelle Daisy n'avait plus reçu aucun message provenant d'elle. Assurément était-ce la raison pour laquelle elle lui avait donné son nom.

    Énervé, il s'alluma une cigarette avec rage. Il n'avait jamais souhaité cela. S'il avait pu, il serait resté à ses côtés, or il avait été obligé de partir. Il était revenu une semaine plus tôt et n'avait pas osé entrer en contact avec elle avant aujourd'hui. Il l'avait espionnée de loin, étudiant ses moindres faits et gestes. Dans l'ensemble, elle paraissait mener une vie ordinaire, tranquille, plutôt heureuse, quoiqu'il avait noté sa mélancolie de ce jour-ci. S'était-il passé quelque chose ?

    C'était son comportement qui l'avait motivé à aller à sa rencontre cet après-midi, d'ailleurs une occasion en or s'était présentée avec ces quatre loubards. Un an auparavant, il n'avait pas pu la protéger et elle avait été blessée par sa faute. Il avait dû quitter la ville pendant douze longs mois, l'écartant ainsi de tout danger, néanmoins il était revenu pour diverses raisons.

    Tasuku se sentait obligé de rester à ses côtés afin qu'elle ne rencontrât pas d'ennuis, et aussi sans doute parce que c'était le meilleur moyen qu'il connaissait pour la protéger. Il voulait savoir ce qui s'était passé durant cette année, puisque Riko n'avait pas daigné lui donner la moindre nouvelle. Rester dans le noir avait été terrible, même s'il se disait que « pas de nouvelle, bonne nouvelle ».

    Et, bien entendu, même s'il ne l'admettrait à personne, Teru lui avait cruellement manqué. Après être restée auprès d'elle durant tous ces mois en la voyant presque tous les jours, cette rupture l'avait quasiment anéanti. Il se répétait constamment que c'était pour son bien, or le chevalier servant avait besoin de la princesse, qu'elle fût en danger ou pas, de manière à exister réellement.

    Mais cette situation l'attristait encore plus. Kurosaki aurait préféré qu'elle le haït, pourvu qu'elle se souvînt de lui. Il savait parfaitement quand elle mentait, et il voyait clairement qu'elle n'avait eu aucune arrière-pensée en lui donnant son nom. Il avait été effacé de sa mémoire. Comment cela s'était-il produit ? Était-ce à cause de l'accident ? Il n'était pas resté assez longtemps pour se renseigner sur son état après son réveil, une fois à l'hôpital, néanmoins le médecin avait spécifié un choc à la tête, quoi qu'il n'avait pas mentionné une possible amnésie. Était-elle temporaire ou bien permanente ?

    Aussi égoïste que cela pût paraître, il souhaitait qu'elle se souvînt de lui et que tout redevînt comme avant, or c'était complètement impossible. Il pourrait sans doute recréer des scènes similaires à celles qu'ils avaient vécues tous les deux, pourtant ce ne serait pas la même chose. Car elle ne se souviendrait pas.

    Tasuku porta une main à son visage, en tentant de supprimer ces pensées qui l'assaillaient. Si elle n'avait aucun souvenir de sa personne, alors peut-être était-ce pour le mieux. Un an plus tôt, il avait dû la quitter, à présent probablement était-ce à son tour de la laisser partir... Toutefois, il continuerait de la protéger, même de loin. Elle resterait à travailler pour lui, comme au bon vieux temps. Et il se comporterait tel un tortionnaire, comme il en avait l'habitude autrefois.

    Sôichirô était-il satisfait de sa situation actuelle, de voir à quel point il souffrait ? Le plus douloureux était de savoir qu'elle serait près de lui et à la fois si loin... Il ne pourrait jamais la toucher, il ne voulait même pas l'imaginer avec un petit-ami. Il n'avait pas envie de songer à ce genre de choses, tant qu'elles ne se produisaient pas encore... Mais il souhaitait ardemment que ce jour n'arrive pas.

    Kurosaki nota à quel point Teru semblait prendre soin des marguerites un peu plus loin et songea à la relation qu'elle avait entretenue avec Daisy ; depuis cet incident, tout échange avait disparu. L'avait-elle oublié, lui aussi ? Sans aucun doute, puisqu'après tout, Daisy était la plus importante personne pour elle. Ou peut-être pas, tout bien réfléchi : elle connaissait sa véritable identité, du coup, si elle avait été en colère après lui, elle l'avait probablement laissé de côté. Ou bien leur lien avait entraîné l'oubli de Daisy.

    Kurosaki soupira puis se dirigea vers Teru à qui il ôta la casquette qu'il remit sur sa tête. Il la congédia, estimant qu'il ferait nuit bien assez tôt et qu'il n'était pas sûr qu'elle rentre trop tard ; si Riko le savait, elle le tuerait. Quoiqu'elle le tuerait déjà pour être revenu. Peu importait ce qu'elle pensait, il était prêt à assumer les conséquences. En tout cas, une chose était certaine : si Riko s'en mêlait, il était un homme mort.



    Cette longue et fatigante journée était enfin finie, ce n'était pas trop tôt. Teru rentra tranquillement chez elle en marmonnant à quel point ce gardien de l'école était un rustre. Elle aurait dû agir plus vite lorsqu'elle portait encore l'arrosoir. Une bonne petite douche froide lui aurait rafraîchi les idées à cet idiot. Il avait tout fait pour l'exploiter au maximum ; elle était persuadée qu'il n'aurait même pas accompli en une journée la moitié de ce qu'elle avait fait en deux heures.

    Ce n'était pourtant pas le pire : il avait exigé qu'elle revienne le lendemain après les cours. Il se foutait d'elle ou quoi ? Quoique si elle se plaignait auprès de son professeur principal... Elle n'était pas sûre de ses chances de réussite, mais pourquoi ne pas essayer.

    Si au début elle avait eu du mal à se comporter normalement, avant qu'il la congédiât elle s'était sentie à l'aise, relaxée. Comme si elle se sentait protégée. Cela faisait un an qu'elle ne s'était pas sentie ainsi, aussi bien. Non, c'était impossible que ce fût à cause de ce Kurosaki. Plutôt crever que de l'appeler maître. Même s'il paraissait musclé et s'était débarrassé des quatre délinquants en moins de deux, elle ne se permettait pas de lui faire confiance. Jamais.

    En tous cas, c'était la première fois depuis longtemps qu'elle avait occupé son temps après les cours avec autre chose que des révisions... C'était plutôt... Agréable. Enfin, non. Il ne fallait pas oublier cet idiot.



    Teru dormit bien cette nuit-là et ce fut avec l'esprit beaucoup plus clair qu'elle se réveilla le lendemain. Alors qu'elle se dirigeait de bonne humeur vers la cuisine afin de prendre son petit déjeuner, le visage de son exploiteur lui revint en mémoire, la coupant dans son élan. Voilà qu'il venait même l'embêter le matin... Elle ne savait pas si elle serait en mesure de réprimer ses pulsions meurtrières lorsqu'elle le verrait plus tard dans la journée. Il suffirait juste d'embaucher un nouveau gardien, ce n'est pas comme si c'était bien grave.

    L'adolescente mangea rapidement son petit-déjeuner avant de mettre son uniforme qu'elle avait lavé la veille – les fleurs c'était mignon, en revanche la terre moins. Elle avait recopié les notes qu'elle avait empruntées et les rangea dans son sac afin de ne pas les oublier puis prit le chemin de l'école. Si elle parvenait à ne pas penser à cet homme pendant cinq minutes elle se féliciterait en s'achetant un gâteau au supermarché en rentrant. Finalement cette journée pouvait se dérouler plutôt bien.

    En arrivant dans la classe, Teru salua ses amis puis s'assit à son bureau. La cloche sonnait d'ici quelques minutes, elle avait encore un peu de temps. Elle se dirigea vers le bureau du professeur pour voir s'il n'y avait pas des documents à distribuer lorsqu'elle entendit des camarades discuter et prononcer « gardien de l'école ».
    Non, Teru, tu te fiches de ce type, retourne à ta place.

    Elle l'aurait volontiers fait si elle n'avait pas entendu la suite qui lui glaça le sang.

    « Je suis formelle, c'est bien monsieur Kurosaki, qui était le gardien de l'école l'an dernier. Il est parti pendant un an mais apparemment il a repris son ancien poste depuis quelques jours. »

    Il avait travaillé ici un an auparavant ? Elle n'en avait pas de tels souvenirs. Enfin, il était vrai qu'elle ne faisait pas particulièrement attention au personnel du lycée, pourtant elle l'aurait forcément reconnu. Le gardien de l'école possédait cette particularité de croiser tous les membres de l'école, que ce soit les professeurs, les élèves ou bien les femmes de ménage. Pourquoi sa tête ne lui disait-elle rien ?

    Bah, cela ne devait pas être bien important, il avait peut-être travaillé un ou deux mois à ce poste et elle avait dû oublier rapidement son visage. Elle ne suivait pas au détail l'activité des gardiens de l'école et était totalement incapable de dire combien il y en avait eu depuis deux ans. Que ce fût un ou six, elle ne s'en serait pas rendue compte. Teru pensait que c'était le cas de tous, en revanche il semblerait qu'elle se fût trompée.

    D'un côté, elle devait admettre qu'il était plutôt beau, ce n'était donc pas étonnant que toutes les filles soient à sa botte. En avait-il seulement déjà exploitées, comme elle en ce moment ? Ou bien était-elle la plus malchanceuse de toutes ? D'un autre côté, Teru était persuadée qu'une minute à travailler pour cet homme dissuaderait toutes les élèves de cette école. Cette homme était un véritable cauchemar. Il faudrait qu'elle casse son ordinateur par « erreur», juste pour lui donner une bonne leçon. Il s'ennuierait tellement par la suite qu'il ferait son travail et la laisserait en paix.

    Elle était vraiment trop intelligente. Elle devrait franchement créer une secte où tous s'inclineraient devant sa supériorité. Après tout, ses excellents résultats n'étaient qu'une preuve parmi tant d'autre de son intellect au-dessus de la moyenne. Heureusement qu'elle était en mesure d'aller au lycée grâce à la bourse qu'elle avait obtenue grâce à…

    Hein ? Qui lui avait obtenu sa bourse ? Stupéfaite, Teru ne fit plus attention au monde extérieur. Quelque chose lui manquait. Un détail, aussi subtil fût-il. Peut-être était-ce un professeur qui l'avait mise sur la voie ? Après tout, tous les enseignants auraient trouvé cela dommage qu'une élève aussi brillante ne soit pas en mesure de continuer ses études, c'était une perte.

    Elle se rappelait très bien qu'elle n'avait pas eu les moyens de poursuivre ses études après la mort de Sôichirô puisqu'il ne lui avait pas laissé d'argent, juste… Un portable. D'ailleurs, où se trouvait-il ? Pourquoi utilisait-elle le portable que Riko lui avait donné un an plus tôt ? L'aurait-elle cassé ? Aucun souvenir de ce genre n'était disponible. Aurait-il été perdu ou volé ? Dans ce cas, pourquoi ne parvenait-elle pas à s'en souvenir ?

    Une certaine anxiété la gagna. Que s'était-il passé exactement ? Elle tenait énormément à ce portable, alors pourquoi avait-elle passé une année entière à en utiliser normalement un autre sans y penser ? Et pourquoi lui était-il impossible de se remémorer exactement ce portable ? Peut-être s'était-il cassé lorsqu'elle était tombée dans les escaliers ? D'ailleurs, elle ne se rappelait pas être tombée dans les escaliers…

    Même si le médecin lui avait dit qu'elle s'était cognée la tête – ce qui avait entraîné d'autres séquelles avec lesquelles elle devait vivre tous les jours depuis – et que le choc avait dû lui faire oublier cet accident qui s'était produit à la vitesse de l'éclair, elle ne pouvait s'empêcher de rester un peu dubitative quant à sa seule existence.

    Sans comprendre pourquoi, Teru se mit en colère. Penser à tout ceci l'énervait. Comme lorsqu'elle parlait trop de ce rêve avec quelqu'un. Une fois, elle avait cassé un verre avec sa main, depuis elle avait évité de parler de tous ces détails. Son portable n'avait rien à voir, alors pourquoi s'énervait-elle aussi ? Elle ne se savait pas aussi colérique. Elle n'était pas non plus une fausse calme. Son frère lui avait toujours dit qu'elle était facile à vivre et qu'elle savait prendre sur soi. C'était toujours le cas, sauf à ce sujet.

    Si elle demandait à Riko, elle saurait probablement lui répondre. Kurebayashi ne se souvenait pas de ce qu'elle lui avait dit en lui donnant ce téléphone portable, sans doute lui avait-elle annoncé que l'ancien n'avait pas survécu à la chute ? Teru ne savait pas très bien, mais elle le tenait certainement dans les mains à ce moment-là. Le seul objet qu'elle avait obtenu de son frère était parti… Il avait disparu, comme lui.

    Une vague de tristesse l'envahit. Voyons, ce n'était ni le lieu, ni le moment de se laisser aller ainsi. Teru se frotta les yeux avant de se mettre à pleurer, feignant un coup de fatigue du matin, lorsqu'elle entendit ses camarades continuer leur discussion sur le gardien de l'école.

    « On dirait qu'il refuse toujours de nous prendre comme servante, vous vous rappelez, l'an dernier il avait dit qu'il ne prenait que les filles moches et plates, comme… »

    L'adolescente fut interrompue par l'arrivée du professeur qui fit taire chaque élève. Teru retourna à sa place en se posant des questions. D'après ce qu'elle avait dit, cet exploiteur avait déjà maltraité une élève l'an passé. Étrange, elle ne se rappelait pas en avoir entendu parler. Ou bien il n'y avait pas eu beaucoup de rumeurs à ce sujet. Assurément les avait-il fait taire.

    S'il n'utilisait que les filles moches et plates, alors cela voulait dire… Elle mettait du A. Bon, elle savait pertinemment qu'elle n'était pas une beauté, mais elle ne s'était jamais considérée comme moche. Si elle avait le crâne rasé, elle aurait été d'accord, mais là elle était franchement vexée. Il se permettait de la traiter de moche parce qu'il n'était pas trop mal lui-même ? La prochaine fois qu'elle le verrait, elle ne garantirait pas sa survie. Ce fumier allait payer.

    Finalement, son ordinateur allait évidemment être cassé par accident bien plus vite que prévu… Il ne s'en sortirait pas comme cela. Les types comme lui étaient le pire qu'il soit. Voyons… Il devait avoir environ vingt-cinq ans, cela lui faisait un bon laps de temps pour torturer les filles moches et plates. Mais, pour une fois, il allait subir les conséquences de ses actes.

    Casser l'ordinateur ne lui paraissait pas être une bonne idée. Cela semblait trop simpliste. Non, il fallait quelque chose de plus recherché, dont il se souviendrait toute sa vie. Quelque chose qui lui rafraîchirait les esprits et lui ferait réfléchir à deux fois avant de l'exploiter en faisant passer cela pour un remerciement.

    Tandis que le professeur donnait son cours et que la plupart des élèves prenaient studieusement des notes, Teru n'y prêta pas la moindre attention, surtout qu'elle venait d'avoir une idée absolument parfaite. C'était exactement ce qu'il lui fallait. Si elle réussissait, il lui mangerait dans la main. Elle ne pouvait pas attendre de voir cela. Un sourire machiavélique se dessina sur son visage alors qu'elle réfléchissait au meilleur moyen d'exécuter son plan.

    Bientôt, Kurosaki serait chauve.



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Dernière édition par Resha Tsubaki le Lun 21 Mai 2012 - 14:32, édité 1 fois
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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Jeu 22 Déc 2011 - 3:28

Chapitre 3


Epica – Feint

    Le soleil était déjà couché depuis un bon moment, l'air était plus frais, aussi les passants se réjouissaient-ils d'avoir emporté une veste le matin en partant de chez eux. C'était une heure où les jeunes n'étant pas encore majeurs se devaient d'être dans leur maison et de ne pas traîner dehors, où ils pourraient gagner une mauvaise réputation. Car, après tout, la vie était différente la nuit. La lumière artificielle des lampadaires, des enseignes des magasins, des voitures ainsi que d'autres objets permettaient à chacun de se déplacer tranquillement.

    Kurosaki mangeait dans le petit restaurant de Masuda, silencieux. Cela faisait à présent plusieurs jours qu'il était entré en contact avec Teru et qu'ils revivaient en quelque sorte la même histoire que leur première rencontre, à l'exception que lui sentait la différence. Il était formel, elle l'avait complètement oublié. Il lui avait fait avouer quelques détails sur sa vie.

    Si, autrefois, elle était incapable de se taire au sujet de Daisy, pour l'instant elle ne l'avait pas évoqué une seule fois. Elle ne tripotait pas son portable, comme pour attendre un mail, comme elle avait l'habitude de le faire auparavant. Toutefois, elle paraissait apprécier particulièrement les marguerites plantées dans l'école et s'en occupait plus que les autres fleurs. Peut-être avait-elle conservé quelques traces de sa vie perdue, ou du moins le pensait-il.

    Teru lui avait brièvement raconté qu'elle vivait avec l'ancienne fiancée de son défunt frère et que celle-ci était actuellement absente. Cela laissait une marge à Tasuku avant d'être mis à mort. Une fois rentrée, Riko le massacrerait complètement, puisque bien évidemment Teru se plaindrait auprès d'elle de ce gardien qui l'exploitait. Il savait qu'elles se racontaient tout, ou presque.

    Kurosaki ne redoutait pas tant que cela sa future entrevue avec Riko, il y avait des choses dont il voulait lui parler. Comme ce qu'il s'était exactement passé un an plus tôt, comment avait été leur vie depuis l'accident jusqu'à son retour une dizaine de jours auparavant, si elle avait des nouvelles par rapport au problème. Elle allait d'abord le découper en morceaux avant de lui répondre mais cela ne le gênait pas, tant qu'il obtenait les réponses désirées. Il avait passé un an dans le néant, sans avoir la bonne nouvelle, il méritait bien d'être mis au courant.

    Riko connaissait parfaitement la raison pour laquelle il avait dû partir. En restant, Teru aurait été en danger. Les choses avaient l'air de s'être calmées, c'était l'une de ses justifications quant à son retour. Elle lui en voudrait certainement d'avoir pris le risque d'être revenu, néanmoins il était persuadé qu'au fond elle comprendrait et lui pardonnerait, même si ce ne serait pas facile de le lui faire accepter.

    Masuda, qui était en train de faire la vaisselle devant lui, était tout autant au courant. En fait, toute l'équipe savait, donc Andô était concerné. Kiyoshi avait été mis au courant de certains détails, mais pas tout. Juste suffisamment pour lui faire comprendre la situation.

    Riko lui avait assurément demandé de ne jamais évoquer Kurosaki ni Daisy devant Teru, et de mettre le groupe d'amis dans le coup, sans leur donner trop de détails qui seraient sans doute compromettants. C'était certainement la meilleure explication pour justifier la raison pour laquelle l'amnésique n'avait entendu parler d'aucun des deux durant cette année.

    Même s'il se faisait probablement de faux espoirs, Tasuku avait l'impression, parfois, de retrouver l'ancienne Teru. Elle avait repris sa vieille expression « Sois chauve » qu'elle répétait toujours lorsqu'elle était contrariée. Lorsqu'elle l'avait pour la première fois, il avait été si surpris qu'il n'avait pas pu réagir durant plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'elle essayât de le faire revenir à la réalité. Même si cela semblait fou, il croyait de temps en temps retrouver leur ancienne complicité.

    Cependant, être conscient qu'elle n'était pas entièrement la Teru qu'il avait connue le rongeait de l'intérieur. Si seulement elle savait à quel point il regrettait de l'avoir impliquée. S'il s'était éloigné plus tôt, rien de tout cela ne serait arrivé. Il savait que l'ancienne Teru était amoureuse de lui, alors l'aurait-elle laissé partir ? Sans doute pas, et elle aurait cherché à le retrouver. Au final, il l'aurait blessée tout autant. Même si cela semblait égoïste, il préférait ce cas de figure à l'actuel. Elle n'avait pas souffert, or elle l'avait oublié. Il n'existait plus pour elle. Et c'était le plus douloureux.

    Pour une fois, Tasuku avait envie de ne penser qu'à lui-même et de faire en sorte qu'elle retrouve la mémoire, mais comment soigner une amnésie ? La sienne paraissait permanente, puisque cela faisait un an qu'elle ne se souvenait plus. Y avait-il seulement un moyen pour qu'elle se souvienne ? Peu importaient les sacrifices, tant qu'on la lui rendît…

    Toutefois, se lamenter sur son sort ne changerait absolument rien. Masuda ne put lui apporter aucune réponse, Riko avait vraisemblablement coupé les ponts avec tous ceux ayant connu Kurosaki ou bien Daisy, sans doute de manière à ce que Teru ne les rencontrât pas et se souvînt en conséquence de lui. Le patron lui assura tout de même qu'ils avaient été en contact quelques mois plus tôt et qu'elle lui avait assuré qu'elle continuait à travailler sur leur affaire.

    Riko était la clé de tout. Sur Teru mais aussi sur ce problème qui l'avait forcé à partir. Il était nécessaire qu'il la vît, sans cela il passerait son temps à patauger sur ces histoires. Puisqu'elle n'était pas en ville pour le moment, il lui faudrait attendre son retour. De toute manière, elle viendrait d'elle-même, il était inutile de la chercher.

    Kurosaki sortit du restaurant après avoir salué son ancien collègue puis marcha le long des rues. Il n'avait pas pris sa voiture, ayant décidé de marcher pour se calmer. D'un geste rageur, il fit une flamme avec son briquet quasiment vide afin d'allumer une cigarette. Depuis l'accident, il fumait beaucoup, sûrement à cause du stress. Il n'y pouvait rien, fumer semblait être la seule chose qui le calmait un tant soit peu. Et Teru aussi. Mais c'était une autre histoire qui n'avait pas sa place là.

    Il recracha une longue bouffée, en regardant le trottoir d'un œil distrait. Il n'avait rien prévu de spécial pour ce soir à part un détour chez Masuda. Et, franchement, il n'était pas motivé pour aller traîner dans un bar ou une boîte de nuit. Et puis il bossait demain. Vie quotidienne sans rien de particulier.

    Son regard fut soudain attiré par une silhouette située une dizaine de mètres devant lui. Il s'agissait là d'une personne qui lui était bien familière. Qu'est-ce que Teru faisait ici ? Il était tard, qu'une adolescente comme elle traîne dehors n'avait rien de sain… Elle portait une robe qu'elle n'aurait absolument jamais osé mettre un an plus tôt avec des... Talons.

    Se serait-il passé quelque chose durant cette année, qui l'aurait rendue ainsi ? L'idée qu'elle fût devenue ce genre de femmes l'enragea au plus haut point. Voilà ce qu'elle faisait lorsque Riko n'était pas à la maison ? Il accéléra le pas afin de l'atteindre, bien décidé à intervenir. Il ne pouvait définitivement pas rester les bras croisés, quand bien même elle ne se souvenait pas de lui. Alors qu'il se tenait juste derrière elle, Tasuku posa une main sur son épaule pour l'interpeller.

    « Eh, Teru, qu'est-ce que tu fous ici ? »

    L'interpellée se retourna afin de faire face à celui qui lui avait parlé, et ce fut ainsi que Kurosaki se rendit compte de son erreur. Devant lui se tenait une jeune femme d'une trentaine d'années qui ne paraissait pas comprendre de quoi il parlait. Surpris, il s'excusa, expliquant qu'il s'était trompé de personne puis s'éloigna.

    Il avait pourtant été certain que c'était elle. De dos, elles étaient identiques, même si l'inconnue avait paru plus élégante de par sa tenue et sa manière de marcher. En la voyant de face, il avait clairement remarqué que ce n'était pas Teru, même si leurs yeux étaient identiques, de même que la forme du visage. Et, il fallait le noter, cette femme ne mettait certainement pas du A.

    Kurosaki reprit une bouffée de sa cigarette, pensif. La ressemblance n'était pas frappante, mais il y avait un petit air... Bah, après tout, on pouvait trouver des similitudes partout chez n'importe qui. Il se prenait la tête pour rien. Il était en tout cas rassuré que ce ne fût pas Teru, cela l'aurait plus qu'inquiété. L'imaginer traîner dans les rues tard le soir avec une tenue qu'elle n'oserait jamais porter...

    Il ne savait pas comment il aurait réagi si cela avait été celle à laquelle il pensait sans cesse depuis bien longtemps. Il aurait sans aucun doute été d'abord profondément blessé. Il l'aurait raccompagnée chez elle en tentant de connaître ses raisons. Puis il se serait évidemment énervé. Imaginer que des porcs la touchent...

    Tasuku se passa une main sur le visage. Il s'inquiétait pour rien, la Teru qu'il connaissait ne ferait jamais une chose pareille. Elle était trop... Innocente. C'était le mot. Heureusement, cette terreur n'avait été que de courte durée. Si cette femme aimait marcher dans la rue tard avec une robe la mettant en valeur, c'était son problème. Elle avait l'air d'avoir une bonne trentaine d'années, et en conséquence devait s'assumer totalement. Cela ne le concernait pas.

    Le jeune homme jeta un coup d'œil sur sa montre. Il était déjà si tard ? Ce n'était pas qu'il était du genre très sérieux, mais il n'avait pas envie d'être fatigué le lendemain, surtout qu'il devait s'attendre à une visite musclée de Riko à tout moment. Il prédisait déjà le début : elle arriverait et lui mettrait un grand coup de poing ou de pied dans le visage avant de le sermonner.

    Son air se fit plus sérieux. Il fallait qu'il se renseignât sur les informations qu'elle avait obtenues. Dans cette affaire, elle était sa seule alliée, bien qu'une alliée particulière, étant donné qu'elle ne l'avait que peu contacté durant cette année, voire pas du tout. Si Teru avait perdu la mémoire après l'accident dont il était responsable, c'était normal qu'elle souhaitât prendre ses distances. La sœur de Sôichirô passait avant tout, c'était une règle qu'ils s'étaient fixée il y avait longtemps.

    Kurosaki termina sa cigarette qu'il jeta sur le trottoir avant de l'écraser avec sa chaussure puis pris la direction de son appartement afin de rentrer chez lui. Il avait le sentiment que demain serait une bien grosse journée, et dans ce genre de cas il avait rarement tord.



    La matinée était déjà bien avancée et la ville était bien animée. La plupart des habitants de la ville étaient à leur travail, l'effectuant correctement en espérant obtenir une prime. Cela n'empêchait pourtant pas l'autre partie d'être dans les rues ou chez eux. Parmi ces gens, une femme de trente-cinq ans filait comme une flèche sur les trottoirs. Elle avait une affaire de la plus haute importance à régler.

    Elle était rentrée la veille dans la matinée et avait attendu sa colocataire jusqu'au soir, s'étonnant de son retard. Sa première idée avait été qu'elle s'était trouvé un petit-ami. À cette pensée, elle ne pouvait s'empêcher de songer à lui, qui serait profondément blessé s'il était mis au courant. Quelle avait été sa surprise lorsqu'elle avait appris la véritable raison de son retard.

    Kurosaki était de retour.

    Qui plus était, il avait repris Teru sous son aile en recommençant à l'exploiter.

    Elle s'absentait une semaine, et voilà ce qui se passait. Sur le moment, elle avait fait de son mieux pour masquer son trouble, ne souhaitant pas lui mettre la puce à l'oreille. Mais à quoi pensait-il ? C'était comme lorsqu'il avait décidé de ne plus être seulement Daisy un an et demi auparavant. Pourquoi était-il de retour si tôt ? N'avait-il pas songé aux conséquences ? Et si Teru était impliquée à nouveau ? Elle ne le laisserait pas faire, s'il la blessait encore une fois elle emporterait Teru loin avec elle, quelque part où il ne les trouverait jamais.

    Son retour n'avait pas l'air d'avoir évoqué de souvenirs marquants chez Teru, même si elle lui avait confié qu'elle souhaitait le rendre chauve pour se venger. Même si elles étaient futiles, des traces de sa vie oubliée resurgissaient. Que se passerait-il si elle se souvenait de la totalité des événements avec Kurosaki ?

    Après son accident, en se réveillant à l'hôpital, Teru n'avait d'abord pas demandé où se trouvait Kurosaki, ce qui avait été plus que surprenant. Riko avait tenté d'aborder le sujet lorsque Teru lui avait demandé qui était cette personne. Par la suite, celle-ci n'avait jamais évoqué la moindre fois Daisy et n'avait pas semblé avoir remarqué que son portable était cassé. Riko ne lui avait donc pas transmis la lettre et l'avait précieusement gardée sans oser la lire.

    Avec Kurosaki disparu quelque part dans la nature pour son bien, le mieux avait été qu'elle conservât cette amnésie. Riko n'aborda plus jamais le sujet, fit en sorte que rien ne l'y fît penser. Tant que c'était pour le bien de la précieuse sœur de son défunt fiancé, elle était prête à tout.

    Parfois, elle se demandait comment aurait été la vie si Sôichirô n'avait jamais péri à cause de ce cancer. Même si elle était plus âgée de quatre ans, elle l'aimait réellement. Leur différence d'âge n'était rien, comparée aux huit ans entre Tasuku et Teru. Les deux se seraient forcément rencontrés, Sôichirô aurait accepté leur relation bien évidemment. Auraient-ils été plus heureux s'il était resté parmi les vivants ?

    Une larme coula le long de son visage et elle s'empressa de l'essuyer. Cela faisait déjà trois ans, cependant il lui manquait vraiment. Elle ferait tout pour le ramener à la vie, pour changer le cours des choses. Elle n'en voulait pas à Kurosaki, ce n'était pas de sa faute. En aucun cas il n'était responsable. Pourtant, il continuait de se blâmer pour sa mort, de porter ce fardeau seul alors que d'autres personnes se trouvaient là pour l'aider.

    Riko savait parfaitement que Sôichirô ne lui en voulait pas le moins du monde, puisque c'était son propre choix s'il ne s'était pas soigné. S'il lui avait dit des paroles aussi horribles à l'hôpital, elle avait sa théorie à ce propos ; dire qu'il ne lui en voulait pas n'aurait rien changé, Kurosaki aurait continué à s'en vouloir. Il avait compris qu'il ne pouvait rien changer à sa situation, alors il avait transmis cette mission à Teru, à son insu.

    Devenir le Daisy de Teru avait paru être un moyen de se racheter, or ce n'était pas du tout le cas. Échanger des messages les rendrait proches, puis, un jour, le moment venu, Teru serait capable de le sauver. Sôichirô était conscient qu'elle ne le blâmerait pas et qu'elle comprendrait la situation ; ainsi, elle lui ferait comprendre que ce n'était pas de sa faute. Et, enfin, son cœur trouverait la paix. Il cesserait de se tourmenter.

    Si tel était son plan, il prenait du temps. Surtout à cause de cet accident qui avait entraîné sa disparition ainsi que l'amnésie. Toutefois, un jour, Riko en était persuadée, tous leurs efforts porteraient leurs fruits. Teru ôterait ce poids du cœur de Kurosaki. Elle le sauverait, puisqu'elle était la seule à en être capable.

    Dans ce cas, l'amnésie n'était plus requise. Si Teru retrouvait la mémoire, il serait là. Ce n'était pas comme si elle s'était rappelée durant l'année, alors qu'il se trouvait on-ne-savait-où. Elle souffrirait certainement, pourtant il serait là afin de la supporter. Néanmoins, cette affaire n'était pas réglée. Et si elle se trouvait à nouveau impliquée en retrouvant sa mémoire ?

    Et si elle était une fois de plus blessée, comme elle l'avait été durant l'accident ? Elle subissait des séquelles qu'elle garderait à vie et que nul ne souhaiterait avoir. Riko avait cherché en vain un médecin, or tous lui avaient affirmé que sa blessure était incurable, peu importait l'argent qu'elle fournissait. Teru devrait continuer à vivre de cette manière.

    Elle ne s'était d'ailleurs jamais plainte. C'était elle-même qui lui avait demandé d'arrêter de chercher, puisqu'elle s'épuisait et gaspillait de l'argent pour rien. Riko avait pourtant voulu continuer, certaine qu'une solution se présenterait enfin à elle, cependant rien ne s'était produit. Même avec ses contacts elle n'avait rien obtenu.

    Si Kurosaki venait à être mis au courant, il s'en voudrait plus que tout et répéterait ses actes qui ne changeraient absolument rien. Teru devrait de toute façon apprendre à vivre avec ce handicap, même si cela paraissait déjà être le cas.

    Riko ne pouvait s'empêcher d'en vouloir à Tasuku d'être de retour. Les choses semblaient s'être calmées, mais sans doute était-ce le calme avant la tempête, ils ne pouvaient par conséquent pas se permettre de prendre un tel risque. À quoi pensait-il, en se rapprochant ainsi de Teru ? Bien évidemment, il avait dû y réfléchir durant bien longtemps, néanmoins c'était beaucoup trop risqué. Et si elle venait à être blessée encore une fois, il ne se le pardonnerait jamais.

    Il fallait qu'ils discutent sérieusement. C'était bien pour cela qu'elle se dirigeait vers le lycée, afin de venir à sa rencontre. Elle n'y travaillait plus depuis un an, depuis ce jour-là, toutefois elle avait gardé contact avec Kiyoshi qui se révélait être un excellent informateur. Elle l'avait chargé d'empêcher leurs amis d'évoquer Kurosaki ou bien Daisy, afin qu'elle ne se souvînt pas. Elle était vraiment chanceuse de posséder un contact pareil, il était extrêmement utile, sans lui elle n'aurait jamais pu masquer entièrement son existence.

    Riko fit un pas dans l'école. Elle y était. À présent, elle avait des affaires à régler, mais, avant, un petit défoulement était de mise. En se faisant craquer les doigts, elle aperçut sa victime qu'elle comptait bien prendre par surprise.



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Dernière édition par Resha Tsubaki le Lun 21 Mai 2012 - 14:54, édité 1 fois
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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Jeu 22 Déc 2011 - 3:29


    Il n'était pas encore midi, en conséquence les élèves étaient encore confinés dans leur classe en attendant ardemment que le cours se terminât enfin. Si les plus studieux ne voyaient pas le temps passer tandis qu'ils écoutaient le professeur en prenant des notes, les autres laissaient leur esprit vagabonder le plus discrètement possible.

    Kurosaki n'avait jamais le temps de s'ennuyer. Cette école était un gouffre sans fond au niveau de l'entretien ainsi que des travaux. Il n'avait, malheureusement ou heureusement, aucune occasion de se laisser aller. Il accomplissait ses tâches sans se soucier du monde extérieur, puisqu'il ne faisait attention qu'à elle. Et elle était actuellement en cours.

    Alors qu'il rassemblait tranquillement les feuilles mortes dans la cour, un coup de pied phénoménal dans la joue le ramena à la réalité et l'envoya valser un peu plus loin. Il ne lui fallut que quelques instants pour identifier son agresseur. C'était celle qu'il attendait depuis plusieurs jours.

    « Tiens, Riko, ça fait un bail ! »

    L'intéressée mit l'un de ses poings dans son autre main en le regardant d'un air meurtrier. Il voulait jouer au plus idiot ? Elle fit craquer ses doigts en le défiant du regard. Ils savaient tous les deux quel était le but principal de cette conversation. Elle lui soutint un regard avant de prendre la parole, en s'adressant à lui pour la première fois depuis un an.

    « Pourquoi es-tu revenu ? »

    L'air de Kurosaki se fit plus grave. Avant de lui demander ce qu'il désirait savoir, il était de mise qu'il assumât ses actes. Il ne regrettait pas son retour, malgré les risques entrepris, il était en mesure de veiller à nouveau sur elle, même si les circonstances étaient différentes, à présent... Il ne pouvait pas passer son temps à se morfondre, il fallait qu'il allât de l'avant et prît la situation en main.

    Alors il lui expliqua. Que les choses avaient l'air de s'être calmées et qu'en dépit des risques, il avait voulu revenir. Il n'avait évidemment pas pris cette décision à la légère, jamais il n'aurait osé, puisque cela la concernait. Riko savait ce qu'il ressentait à l'égard de Teru et devait le comprendre. L'abandonner un an plus tôt avait été la décision la plus difficile qu'il avait jamais prise.

    Tandis qu'il parlait, Riko examinait ses expressions faciales. Elle ne savait pas ce qu'il avait fait durant cette année, et ne souhaitait de toute façon pas le savoir, néanmoins elle avait conscience du manque qu'il avait dû ressentir avec l'absence de Teru. Elle avait longuement hésité à lui parler de Daisy et de sa véritable identité, en espérant que sa mémoire revînt, or au final elle n'avait pas osé. Elle ne savait même pas s'il comptait revenir un jour, mieux valait la laisser dans l'ignorance plutôt qu'avec un cœur brisé.

    Tasuku semblait si passionné lorsqu'il parlait, son regard se perdait dans le vide, la jeune femme comprenait tout ce qu'il avait enduré, et à quel point il avait dû souffrir en se rendant compte qu'elle l'avait oublié. Elle ne pourrait jamais lui en vouloir. Elle ne le considérait pas comme responsable de la mort de Sôichirô et ne désirait que son bonheur, que seule Teru pouvait lui apporter. Jusque là, il continuerait de souffrir.

    Dans sa situation, elle serait sans doute aussi revenue. Son fiancé lui aurait bien trop manqué, comme maintenant. Sauf qu'à la différence de lui, elle ne pouvait pas le retrouver, quand bien même elle le souhaitait plus que tout. Kurosaki pouvait encore changer le cours des choses et faire en sorte d'être heureux, enfin.

    Tasuku fit une pause puis leva ses yeux bleus qu'il planta dans ceux de Riko. Il avait une question, qui paraissait sans doute évidente, toutefois il désirait entendre la réponse de vive voix. Il la connaissait déjà, mais souhaitait confirmer ses doutes. Ce détail le poursuivait.

    « Tu ne lui as pas donné la lettre, n'est-ce pas ? »

    Riko secoua la tête. Il avait laissé cette lettre sur la table dans la chambre de l'hôpital avant de partir, alors que Teru ne s'était pas encore réveillée. En se rendant compte qu'il avait été effacé de sa mémoire, elle n'avait pas osé la lui donner, alors elle l'avait gardée puis, de retour à l'appartement, l'avait cachée, de telle sorte qu'elle ne la trouvât pas. Tout était organisé de telle sorte que rien ne lui rappelât cet homme.

    Tasuku hocha la tête puis la détourna quelques instants, avant de planter à nouveau son regard dans le sien. Il était temps de passer aux choses sérieuses, de régler cette histoire qui lui avait pris ce qui lui était cher : la mémoire de Teru, une année qu'il aurait pu passer auprès d'elle, bref, sa vie prospère. Les coupables ne s'en sortiraient pas ainsi, il leur ferait payer.

    Au moment où il planta à nouveau ses yeux dans les siens, Riko sut immédiatement de quoi il comptait parler. Après son départ, elle avait cherché à en savoir plus de manière à lui venir en aide. Malheureusement, elle n'était pas une aussi bonne hackeuse que lui et n'avait pas trouvé grand-chose qui puisse leur servir. Elle s'en voulait de ne pas être utile. Elle n'était capable de protéger personne, même pas les Kurebayashi, les principaux impliqués dans cette histoire.

    « Le patron m'a dit que tu avais repris l'affaire dans ton coin. »

    La discussion sérieuse débutait. Kurosaki alluma une cigarette ; elle fut tentée d'en faire autant mais avait décidé d'arrêter de fumer après l'accident ; c'était un détail minime, or probablement que la cigarette aurait pu lui ramener des souvenirs en mémoire. Elle n'allait assurément pas craquer maintenant, après tous ces efforts pour arrêter.

    Riko soupira un bon coup puis lui raconta les quelques détails qu'elle était parvenue à rassembler ; vraisemblablement, ce n'était qu'un petit groupe de personnes, une dizaine au grand maximum, certainement membres d'une petite société qui ferait fortune s'ils parvenaient à leurs fins. Le nombre d'entreprises dans ce secteur ne faisant pas un gros chiffre d'affaires était plutôt élevé, ce qui brouillait toutes les pistes. Elle n'avait aucun nom, par conséquent aucun moyen de les retrouver.

    Kurosaki essayait de mettre tout de bout en bout. Ce que lui révélait Riko était totalement logique et correspondait parfaitement à la situation. Il était vrai que cela convoitait moult gens, le terrain était bien vaste, or ce qu'elle venait de lui confier diminuait un tant soit peu le champ d'action. Il avait lui aussi cherché, mais en vain. Il reprit une bouffée de sa cigarette lorsque la voix de Riko attira son attention. Elle était plus que sérieuse, pour un sujet différent qu'il devinait aisément.

    « Si tu refais souffrir Teru, je l'emmènerai loin, là où tu ne pourras plus la trouver. »

    Tasuku l'écouta silencieusement, conscient du poids qui reposait à présent sur ses épaules. Il devait être plus qu'attentif, prudent. Si elle était à nouveau blessé par sa faute, il savait parfaitement qu'il ne se le pardonnerait jamais. Il souhaita lui demander si Teru avait conservé des séquelles de l'accident autres que cette amnésie, cependant il n'osa pas. Il esquissa un sourire triste puis la regarda.

    « Je ferai tout pour que cela n'arrive pas. Même si elle ne se souviendra jamais de moi... »



    Riko marchait à vive allure sur les trottoirs. Les expressions faciales de Kurosaki et ses paroles concernant Teru toujours en mémoire. Elle téléphonait, réclamant un rendez-vous dans l'urgence. Après qu'on lui avait assuré qu'elle pouvait se rendre tout de suite à la clinique, elle raccrocha violemment puis rangea son téléphone dans son sac.

    Depuis sa discussion avec Kurosaki le matin même, elle avait beaucoup réfléchi. Comment pouvait-elle prétendre qu'elle souhaitait son bonheur si elle ne faisait rien à ce sujet ? Comment pouvait-elle désirer qu'ils soient heureux si elle continuait d'être aussi hypocrite ? Elle n'allait pas rester les bras croisés alors qu'elle pouvait sans doute trouver une solution pour l'amnésie de Teru.

    Cette fameuse amnésie. Elle n'avait pas dit la vérité à la concernée ni à Tasuku concernant l'origine de cet oubli permanent. Elle n'avait pas envie de prendre de risques pour le regretter plus tard. Toutefois, elle voulait changer le cours des choses. Kurosaki avait assez souffert, il méritait sa part de bonheur, lui aussi.

    Si Teru retrouvait la mémoire, elle souffrirait certainement, cependant il serait là, à ses côtés, afin de la soutenir. Elle n'avait plus besoin de l'occulter, maintenant qu'il était de retour, et assurément pour de bon. Riko avait envie d'y croire, de penser que tout finirait bien. Elle prenait les devants en tentant de trouver un remède à cette amnésie qui lui avait demandé maints efforts afin de la conserver.

    Elle avait mis plusieurs personnes sur le coup, comme Kiyoshi ou ce docteur, lui demandant de ne pas révéler la véritable origine de cette amnésie. Elle lui avait fait croire à un tout autre accident que celui de la voiture, afin de n'éveiller aucun soupçon ; ainsi, avec le docteur, ils s'étaient mis d'accord sur cette histoire de chute dans les escaliers qui avait entraîné ces séquelles qu'elle ne pourrait jamais guérir...

    Riko arriva enfin devant la clinique où elle se devait d'avoir un entretien de la plus haute importance avec ce médecin... Peut-être pourrait-il lui fournir un remède, car, après tout, ce n'était pas une simple amnésie.

    En réalité, Teru avait occulté.

    Elle avait certes reçu un coup au niveau de la tête qui avait entraîné ces blessures incurables, néanmoins cette amnésie n'était pas due à cela. Apparemment, elle avait eu un choc émotionnel de la plus haute importance, qui l'avait forcée à occulter. Riko s'était souvent demandé ce qui avait provoqué chez elle un tel effroi. Teru seule connaissait la réponse, Kurosaki était inconscient à ce moment-là et s'était réveillé à l'hôpital avant elle puis était parti sur-le-champ.

    Riko avait quelques hypothèses, mais rien de précis. Sans doute que la vision de Tasuku blessé l'avait terrorisée, ou bien elle avait dû penser qu'il était mort. À part cela, elle ne savait pas trop, c'étaient les seules idées qu'elle avait trouvées. Quoi qu'il en fût, cela n'allait pas forcément l'aider à retrouver la mémoire. Elle préférait en discuter avec un professionnel.

    La jeune femme poussa la porte du bâtiment puis se dirigea vers le cabinet du médecin qui l'attendait sûrement...



    Le docteur Higurashi avait toujours été un homme honnête et droit. Il traitait ses patients avec respect et prenait soin d'écouter chacune de leurs plaintes en les réprimandant s'ils ne suivaient pas correctement leur traitement. Il était reconnu comme étant un médecin compétent et à l'écoute de ses patients, qui savait s'organiser afin de les recevoir tous comme il le fallait, leur consacrant le temps qui était nécessaire.

    Mais jamais auparavant il n'avait été confronté à un cas comme celui de Kurebayashi. Au départ, son dossier avait semblé banal ; victime d'un accident de voiture, elle venait de sortir de l'hôpital et se faisait suivre pour surveiller d'éventuelles séquelles, en plus de celle déjà présente, de même elle avait une jambe cassée qu'il fallait garder à l'œil. Il avait lu attentivement son dossier, sans y prêter plus d'attention que les autres, jusqu'à la venue de sa tutrice, Riko Onizuka. Une femme d'une bonne trentaine d'années assez imposante.

    Sans même avoir rencontré sa future patiente, cette femme lui avait exposé certains faits : la jeune Teru Kurebayashi avait vraisemblablement perdu la mémoire, bien que cela ne fût pas signifié dans son dossier, de plus elle souhaitait qu'il changeât l'origine de son accident et lui fît croire qu'elle était tombée dans les escaliers.

    Le docteur avait bien entendu tenté de connaître ses raisons, néanmoins elle lui avait juste signifié qu'elle agissait de la sorte uniquement pour la protéger. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait fini par accepter, sans doute en voyant la détresse de cette femme. Cette adolescente l'avait consulté fréquemment par la suite, et il avait tenté pour le mieux de lui venir en aide en cachant ce fait, même s'il considérait que cela ne l'aidait aucunement.

    Puisque les médecins de l'hôpital n'avaient pas décelé l'amnésie, assurément était-ce parce qu'elle n'était pas due à un choc physique. Il mena son enquête de son côté puis finit par découvrir qu'elle souffrait d'une névrose post-traumatique. De nombreux critères correspondaient : tout d'abord, elle s'énervait lorsque la période oubliée était beaucoup trop évoquée. Teru lui avait raconté ses colères inexpliquées lorsqu'elle songeait trop à certains faits, dont ce fameux rêve.

    Ce rêve d'un accident de voiture, en noir et blanc, où un homme sans visage était inconscient, voire même mort, et seul son sang était de couleur. Il était particulièrement récurrent et il en avait déduit qu'il provenait de sa période oubliée, même qu'il s'agissait la clé de son amnésie. Parfois, elle souffrait de troubles du sommeil, principalement à cause de ce songe. La jeune Kurebayashi lui avait confié que la journée suivant ce rêve, elle était particulièrement renfermée.

    Tous ces symptômes n'étaient pas anodins. Le docteur Higurashi avait tenté d'en savoir plus sur cet homme dans le rêve auprès de sa tutrice, or elle ne lui avait rien confié, à part qu'il était la personne la plus importante dans la vie de la jeune fille. Il se demandait quelle était la nature de cette relation – amoureuse, familiale, d'amitié... Mais n'obtenait jamais la moindre réponse.

    Il se sentait mal de mentir à cette jeune fille qui n'avait rien demandé et semblait si innocente. Elle lui avait confié son histoire, ses pensées, ce qu'elle pensait de ses séquelles, à quel point elle en souffrait mais n'osait le dire à Riko qui s'inquiétait déjà suffisamment. Avec cette patiente, il ressentait quelque chose qu'il n'avait pas éprouvé depuis bien longtemps. L'impuissance.

    L'homme avait toujours été en mesure de venir en aide à ses patients, toutefois il se sentait totalement impuissant face au cas de cette adolescente à qui il était obligé de mentir, soit disant pour son bien. Il avait tenté de lui avouer ce qu'il savait, néanmoins il n'en savait pas suffisamment pour la mettre au courant, de plus cela n'avancerait rien. Elle ne pouvait se raccrocher qu'à Riko, en conséquence lui faire perdre la confiance qu'elle portait à sa tutrice ne ferait qu'empirer les choses.

    Il avait menti durant toute cette année, et, tout d'un coup, ce soir même, voilà que Onizuka l'appelait en réclamant un rendez-vous d'urgence. Allait-il enfin connaître le fin mot de cette histoire ? Il ne pouvait nier à quel point il était intrigué par cette visite précipitée. Il ne savait pas comment interpréter son appel et ne pouvait que l'attendre dans son cabinet en formulant moult théories.

    On frappa soudain à la porte. Il annonça qu'on pouvait entrer et sa secrétaire se présenta à lui en le prévenant que la femme en question était arrivée. Il acquiesça puis lui demanda de se retirer en laissant la nouvelle arrivante entrer qui s'installa sur un siège devant lui, l'air grave. La situation semblait plus complexe, avec de nouveaux éléments. Riko s'excusa de ce rendez-vous subit puis entra dans le vif du sujet.

    « Avez-vous un remède pour l'amnésie de Teru ? »

    Dire que le docteur Higurashi avait été surpris n'était rien. On lui avait demandé de mentir durant tous ces mois, et, voilà que, d'un coup, Riko débarquait pour lui demander comment guérir sa névrose post-traumatique ? On aurait cru rêver. Il l'examina de longs instants, s'assurant qu'il avait entendu correctement.

    « Pendant un an vous me demandez de mentir sur son accident et ce qui lui arrive réellement, et maintenant vous me demandez le contraire ? Je ne sais pas à quoi vous jouez, mais j'espère que vous savez ce que vous faites. »

    Riko s'était attendue à des réprimandes. C'était prévisible, après tout elle avait abusé de la gentillesse de cet homme en lui demandant de mentir à Teru, il avait toutes les raisons de la sermonner. Elle ne lui avait fourni aucune réelle réponse valable, lui demandant de lui faire confiance. Tout lui expliquer serait trop long. Néanmoins elle assumait ses actes et ne reviendrait pas sur cette décision, aussi ferait-elle tout pour la guérir, dût-elle se rendre à l'autre bout de la planète. Pourvu qu'ils pussent être heureux, au final...

    Le docteur la fixa longuement, en silence, en réfléchissant. Il avait une idée à ce sujet, toutefois il ne savait pas si elle serait en mesure d'appliquer ce remède. Après tout, il pouvait toujours le lui donner et elle agirait en conséquence. Mais il espérait sincèrement ne pas faire d'erreur...

    « Son amnésie est due à un choc émotionnel. Le meilleur moyen pour elle de retrouver la mémoire serait de subir un autre choc émotionnel, psychologique... Quelque chose qui la choquerait. »

    Riko resta silencieuse, méditant sur ces paroles. Un autre choc pour annuler le premier. L'idée en soi paraissait plutôt logique, même évidente. Néanmoins, elle était satisfaite, au moins le docteur était en mesure de lui fournir un remède. Il ne lui restait plus qu'à méditer dessus.

    Elle remercia le médecin puis quitta la salle après qu'il lui eut demandé de lui raconter cette histoire en détail la prochaine fois. Elle l'avait complètement laissé dans le noir, il était normal qu'il ne comprît rien, ni même pourquoi il mentait vraiment. Elle lui fournirait toutes ces réponses, bientôt.

    En attendant, elle se voyait confier une mission de la plus haute importance. Elle comptait bien rendre à Teru sa mémoire, néanmoins elle avait une dernière chose à régler auparavant. Provoquer un tel choc auprès de quelqu'un était quasiment impossible, il lui faudrait revivre une mort en direct quasiment, or Riko ne comptait pas agir de la sorte.

    En effet, elle connaissait quelque chose, un fait qui la choquerait suffisamment. Teru la haïrait sans aucun doute si elle venait à être au courant. Pourtant, c'était la seule solution qu'elle avait trouvée. Tant qu'elle et Kurosaki finissaient par être heureux, elle était prête à tout.

    Car, après tout, elle possédait le remède à son amnésie.



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Spoiler:
 


Dernière édition par Resha Tsubaki le Lun 21 Mai 2012 - 14:56, édité 1 fois
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Resha Tsubaki
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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Jeu 22 Déc 2011 - 3:32


    Tout était calme. Ce fut la première chose qu'il remarqua en reprenant conscience. Ses yeux étaient toujours fermés, il ne se sentait pas la force de les ouvrir. Il ne se rendait pas encore compte de sa situation, ni comment il en était arrivé là. Son esprit était tout embrouillé, et son mal de tête ne l'aidait en rien.

    Il prit conscience de ce calme lorsqu'il réalisa que son mal de tête n'était pas engendré par des bruits intempestifs. Pourtant, cela lui faisait un mal de chien. Ses idées étaient encore emmêlées, il ne pensait même pas à réfléchir. Il était un être sans conscience à cet instant précis, entre l'état d'éveil ainsi que celui de sommeil. Il désirait rester ainsi, comme un enfant qui redoutait de se lever dans le but de se rendre à l'école. L'école… Il y travaillait, d'ailleurs… Avec…

    Kurosaki ouvrit les yeux. Autour de lui, tout était blanc. D'un blanc pur et propre. Où se trouvait-il ? Que faisait-il donc ici ? Son mal de tête l'élança, aussi y porta-t-il sa main pour se rendre compte qu'il avait un bandage. Encore ? Que s'était-il passé ?

    Des images resurgirent dans son esprit. Il conduisait sa voiture et Teru se trouvait juste à côté de lui. Ils étaient sur une route de campagne lorsqu'un véhicule leur était rentré dedans. Après cela, plus rien. Il avait vraisemblablement perdu connaissance.

    Teru, où était-elle ? Il balaya la salle du regard, or il ne la vit pas, ce qui l'inquiéta au plus haut point. L'accident avait été brutal, et si… Non, il ne pouvait pas se permettre d'y songer un seul instant. Elle n'aurait pas pu mourir. Quand bien même, une certaine terreur l'envahit.

    Il poussa violemment le drap qui le recouvrait, puis mit un pied au sol avant de se lever et de sentir sa tête tourner. Tasuku s'agrippa à une barre de son lit, en se tenant la tête d'une autre main. Il n'avait pas de temps à perdre dans cette chambre, il fallait s'assurer qu'elle allât bien. Si elle était… Non, il ne pouvait pas l'envisager ne serait-ce qu'une seule seconde.

    Sa blessure n'était rien. S'il avait survécu à la chute d'un bureau et d'une chaise, alors cet accident de voiture n'était rien du tout et même totalement insignifiant. C'était particulièrement pour Teru qu'il s'inquiétait. Elle était si fragile, paraissait si frêle… Elle était forcément dans une autre chambre, il ne pouvait en être autrement.

    Décidé à la retrouver, Kurosaki lâcha son appui et marcha tant bien que mal vers la porte. Il remarqua au passage qu'il faisait jour, le soleil était haut dans le ciel. Depuis quand était-il ici ? Ils se trouvaient en voiture en fin d'après-midi. Avait-il passé la nuit dans les vapes ? Et si Teru était déjà réveillée ?

    Des malades, des médecins, des visiteurs passaient dans le couloir, sans lui prêter la moindre attention, ce qui l'arrangeait, d'un côté. Il n'avait certainement pas envie qu'un médecin arrive et lui ordonne de rester allongé à attendre. Il arrêta une infirmière et lui quémanda le numéro de la chambre de Teru Kurebayashi, en espérant ardemment qu'elle se trouvât là.

    « Ah, l'adolescente victime d'un accident de voiture ? Elle est dans la chambre 307. »

    Elle était vivante. Teru était vivante. Il crut que ses jambes ne pourraient plus le porter tellement il était soulagé par cette nouvelle. Il se sentait ôté d'un poids sur son cœur. Si elle n'avait pas survécu, il n'aurait pas su quoi faire. Il ne l'aurait jamais supporté, il aurait été responsable de la mort du frère de même que de la sœur Kurebayashi. La culpabilité aurait été trop forte et l'aurait sans aucun doute emporté.

    Mais Teru était vivante. Kurosaki posa une main contre le mur de manière à ne pas perdre l'équilibre puis examina les numéros sur chaque porte. 297, 298… Elle se trouvait au fond du couloir. Sans plus écouter les plaintes de son corps, le jeune homme blond s'élança en direction de cette salle. Il voulait la revoir plus que tout, la serrer fort dans ses bras afin de s'assurer qu'elle se trouvait bien là, devant lui.

    Sans même frapper, Tasuku entra. Teru était allongée, encore endormie, à sourire telle une idiote, comme à son habitude. Hormis le bandage qui entourait son front, elle avait l'air saine et sauve. Il sentit le reste du poids sur son cœur s'envoler et il se laissa tomber sur une chaise. Elle allait bien. Tout allait bien.



    Trop plongé dans son univers, il n'avait pas remarqué la présence de Riko qui le fixait intensément. Ce n'était pas fini. Cette histoire ne faisait que commencer réellement, ce qui s'était produit auparavant n'était qu'un échauffement. Cet accident était la preuve qu'ils étaient véritablement entrés en action, et ils ne pouvaient en conséquence pas se permettre de se reposer sur leurs lauriers.

    Non seulement avaient-ils provoqué cet accident, mais une fois les deux inconscients, ils avaient fouillé la voiture de fond en comble. Riko savait ce qui s'y trouvait, et tous les documents avaient été volés. Le portable de Tasuku aussi. Ils espéraient sans le moindre doute y trouver ce qu'ils recherchaient. Fort heureusement, elle savait parfaitement qu'il ne l'avait pas caché là, il y avait des limites à l'idiotie.

    Elle avait discuté avec le docteur qui les avait pris en charge. Kurosaki avait simplement eu un choc à la tête qui guérirait sans problème. Teru avait été moins chanceuse, son cerveau avait été touché dans une zone qui inquiétait fortement l'homme, de plus l'une de ses jambes était cassée. Il fallait cependant attendre son réveil afin d'examiner les éventuelles séquelles, qu'elle ne préférait pas évoquer devant Tasuku.

    Ils se retrouvaient face à un dilemme : Kurosaki était pris pour cible, et Teru avait été impliquée à ce moment-là en raison de sa présence. Les deux étaient constamment ensemble, la situation devenait par conséquent plus que problématique. S'ils attaquaient à nouveau, elle risquait d'être à nouveau blessée et aucun des deux adultes ne le souhaitaient.

    Malheureusement, face à cette situation, Riko ne voyait qu'une seule solution. Cette dernière ferait souffrir le « couple », néanmoins elle n'avait pas d'autres idées. Celle-ci paraissait être la meilleure. Et le mieux était d'agir avant le réveil de Teru, qui compliquerait tout. Elle s'opposerait fermement à cette décision qui était pourtant pour son bien.

    « Tasuku, tu sais pourquoi tu as eu un accident, n'est-ce pas ? »

    L'intéressé ne s'était pas encore rendu compte que la fiancée du défunt Sôichirô se trouvait là jusqu'à ce qu'elle prît la parole, ce qui le surprit. Il était resté dans son monde, à n'écouter que son soulagement quant à l'état actuel de Teru. Il avait eu si peur durant ces quelques instants sans la voir…

    Toutefois, la question, qui était plutôt une affirmation, de Riko le fit brutalement retomber sur terre. Il avait des doutes, mais il savait. Qui d'autre aurait pu leur rentrer dedans, si ce n'était ces hommes qui convoitaient ce qu'il lui avait transmis ?

    Elle n'avait pas besoin d'en dire plus, il comprenait parfaitement la situation. S'ils avaient tenté une fois de les blesser, voire de les tuer – ce qui ne serait néanmoins pas à leur avantage -, ils recommenceraient. Teru avait déjà été impliquée, il ne supporterait pas qu'elle le soit à nouveau. Son rôle était, avait été et serait toujours de la protéger, peu importaient les sacrifices…

    Kurosaki leva ses yeux bleus vers Riko. Ils pensaient assurément à la même chose. Il s'était juré de tout faire pour elle, tant qu'il était en mesure de la protéger. S'il mettait son plan à exécution, il la protégerait, cependant ce serait à Riko de veiller sur elle, puisqu'il ne pourrait rien faire de plus. Et cela lui était plus que douloureux rien que d'y penser.

    Il n'avait pourtant pas le choix. Que donnerait-il afin de conserver sa vie paisible avec Teru… À la traiter comme son larbin, certes, mais en continuant de passer du temps précieux en sa compagnie. Il n'aurait jamais songé qu'il serait forcé de la quitter de la sorte. C'en était douloureux…

    « Je ne veux plus qu'elle soit impliquée…
    - Alors agis en conséquence. »

    Le regard perçant de Riko le traversa tout entier en le faisant frémir. Elle savait être terrifiante lorsqu'elle le désirait. Il savait. Il savait, bon sang ! Le jour où Sôichirô lui avait confié Teru ainsi que ses travaux tant convoités, il savait qu'arriverait un jour où il ne pourrait plus associer les deux. Viendrait un jour où il devrait se séparer de l'un au profit de l'autre. Et il avait choisi ses fichiers.

    Toutefois, la situation était plus complexe qu'elle ne le paraissait. Ce n'était pas qu'il avait envie de délaisser Teru pour ces travaux, c'était qu'il ne pouvait pas les abandonner aux mains de ces types. Sôichirô n'avait pas entièrement terminé, aussi lui en avait-il confié la finition. Par la suite, il pourrait revendre ce programme cher en donnant l'argent à Teru afin qu'elle ne se retrouvât jamais dans le besoin. C'était l'héritage qu'il ne lui avait pas légué.

    De plus, s'il leur donnait les travaux maintenant, ils en profiteraient pour s'enrichir, et Teru ne serait pas gagnante. Le mieux dans ce cas était de s'exiler afin de le terminer, peu importait le temps que cela prendrait. Puis, il reviendrait et aviserait après l'avoir mise au courant. Il espérait seulement ne pas craquer avant…

    « Rien ne lui arrivera tant que je serai loin d'elle, n'est-ce pas ? »

    En effet, ils savaient déjà que Teru ne possédait rien, puisqu'ils avaient entrepris de fouiller son téléphone ainsi que son appartement. Elle était hors de danger. S'il faisait en sorte d'être introuvable, peut-être finiraient-ils même par abandonner, même si c'était beaucoup trop espérer.

    Kurosaki ne pouvait pas seulement disparaître ainsi, Teru se lancerait immédiatement à sa recherche. Il ne pouvait pas la laisser faire cela. Il la dissuaderait. Il demanda faiblement à Riko de quoi écrire. Il ne pourrait pas la revoir à son réveil afin de la prévenir, or il pouvait toujours écrire.

    La jeune femme lui tendit une feuille ainsi qu'un crayon puis s'éclipsa, estimant qu'elle ne ferait que déranger, il avait besoin d'être seul en sa compagnie, et cela elle le comprenait parfaitement. Sôichirô ne lui avait rien donné avant sa mort, même pas une lettre comme le faisait Kurosaki en ce moment. Il avait tout transmis au couple qui n'en était pas officiellement un. Mais elle, elle n'avait rien eu.

    Tasuku regarda longuement le visage assoupi de Teru qui paraissait si paisible… Il ne pouvait plus se permettre de la mettre en danger. Il la protégerait, à sa façon. Peu importait à quel point il souffrait, ce qu'il ressentait n'était pas important, pourvu qu'elle fût heureuse. La prochaine fois, il ne se pardonnerait pas.

    Sa main tremblante tenait le stylo. Il ne savait pas comment débuter cette lettre, ni qu'écrire exactement. Quels mots employer, comment éviter de la blesser encore plus ? Il aurait bien voulu une cigarette de manière à se calmer, cependant il se trouvait dans un hôpital, fumer était par conséquent interdit. Il posa la pointe sur le papier puis écrivit ce qui lui passa par la tête.


    Teru,

    Lorsque tu liras cette lettre, je ne serai plus là. Sache que si tu as été impliquée dans cet accident, c'est de ma faute. J'ai été lamentable, je n'ai pas pu te protéger. Je m'en veux. Je te regarde alors que tu es sur le lit d'hôpital, avec un bandage autour de la tête, et je me dis que sans moi tu serais mieux. Tu ne te trouverais pas dans cet hôpital, tu ne serais pas blessée.

    Comment comptes-tu être mon larbin dans cet état ? J'espère bien que tu continueras à travailler correctement dans tes études, parce que je te libère. À présent, je n'ai plus aucun lien avec toi. Alors n'essaie même pas de me chercher ou je te garantis que tu le regretteras. Je ne sais même pas où je vais, et je ne tiendrai certainement pas Riko au courant. Alors abandonne.

    J'espère que tu m'oublieras et que tu continueras tranquillement ta vie. Je ne peux même pas te garantir que je reviendrai.

    Kurosaki



    Il n'avait pas été des plus délicats dans cette lettre qui était plutôt concise. Il n'avait jamais été très doué pour écrire en tant que Kurosaki, seul Daisy en était capable. Au final, il était bien minable sans son alter ego.

    Il ne fallait pas s'attarder sur des détails, l'heure courait, Teru pouvait se réveiller à n'importe quel moment. Tasuku ne pouvait plus rester ici. Il devait partir, maintenant. Riko se chargerait de tout le reste. Il posa la lettre sur la table à côté puis s'approcha d'elle, le cœur serré en songeant qu'il ne la reverrait probablement jamais.

    Kurosaki se pencha puis l'embrassa doucement sur le front avant de se diriger vers la porte. Au moins, Teru serait vivante et en bonne santé. Il pouvait la confier entre les mains de Riko, qui était tout à fait capable de prendre soin d'elle. C'était pour le mieux. C'était ce qu'il se disait sans cesse.

    Étant donné qu'elle savait qu'il était Daisy, il attendrait qu'elle fît le premier pas. Si elle ne lui envoyait rien, cela signifierait qu'elle ne voudrait plus lui parler du tout. Elle allait assurément le haïr. Pourtant, le temps effacerait les traces de leur période ensemble. Elle pourrait aller de l'avant. Et aussi douloureux cela fût-il, il en ferait de même, quand bien même il ne s'en sentait actuellement pas capable.

    Kurosaki sortit de la pièce sans se retourner en prenant soin de bien refermer la porte. Il passa une main sur son visage avant d'entendre les talons de Riko résonner dans le couloir. Il la retira puis posa ses yeux bleus sur elle. Ils se regardèrent longuement, avant qu'elle ne hochât la tête en signe de compréhension. Elle prendrait soin de Teru, coûte que coûte.

    Tasuku se dirigea vers la sortie, en lui murmurant un merci au passage. Puis, il disparut.



    Riko resta immobile dans le couloir encore quelques instants, avant d'entrer à nouveau dans la chambre. Elle se sentait mal de l'avoir en quelque sorte forcé à partir. Teru en souffrirait, même si elle serait à ses côtés pour surmonter cette épreuve. Quand bien même, elle n'était pas Kurosaki.

    L'ancienne fiancée du frère de la victime remarqua la lettre posée sur la petite table puis chercha son portable afin d'effacer à distance les traces du téléphone de Kurosaki qu'ils avaient volé. Elle possédait quelques bases de hacking, elle était au moins capable de faire cela. Il ne fallait pas que ces personnes cherchent dans ses contacts pour ensuite attaquer des innocents. C'était le moins qu'elle pût faire.

    Des gémissements attirèrent son attention. Teru se réveillait. Riko ne savait pas vraiment comment réagir. Elle n'avait pas encore prévu quoi dire à son réveil, cela lui paraissait si soudain. Elle la laissa reprendre ses esprits, jusque là elle avait le temps de finir d'effacer son répertoire. Il y avait eu bien assez de victimes.

    Après avoir accompli sa tâche, Onizuka reporta son attention sur Teru qui ouvrit lentement les yeux en les clignant. Puis, soudain, sans crier gare, elle porta ses mains à sa tête en gémissant. Le docteur avait signifié qu'elle s'était bien cognée et qu'elle aurait mal encore un moment.

    « Teru, tu vas bien ? Réponds-moi !
    - Ri-Riko ? »

    Teru ouvrit à moitié ses yeux verts avant de les écarquiller en regardant furtivement autour d'elle pour finir avec ses mains qu'elle semblait fixer d'un air terrifié. Sa réaction inquiéta son aînée. Était-ce les séquelles que le docteur avait évoquées ? Que lui arrivait-il ?

    « Mes… Mes yeux… »

    Riko se précipita dans le couloir à la recherche d'une infirmière, d'un docteur, n'importe qui, qui serait en mesure d'aider l'adolescente blessée. Qu'arrivait-il à ses yeux ? Elle se posa la question maintes fois dans sa tête tandis qu'un docteur l'examinait. Et le détail de son état qu'il lui transmit lui glaça le sang. Surtout quand il l'informa que c'était irréversible.

    Après que le docteur fut parti, Teru semblait essayer de s'adapter à sa nouvelle situation, avec ces yeux blessés. Riko resta là en silence lorsqu'elle se souvint de la présence de la lettre. Était-ce le moment de la mettre au courant ? De toute façon elle finirait par le savoir, elle ne faisait qu'écourter l'instant. Il ne servait à rien de le cacher. Alors, elle se lança.

    « Teru, Tasuku a lai…
    - Qui est Tasuku ? »

    Riko la regarda, les yeux écarquillés. Elle plaisantait, n'est-ce pas ? Cela ne pouvait pas se produire… Teru la fixa quelques instants, avant de détourner la tête et d'examiner la chambre dans laquelle elle se trouvait. Cet environnement quelque peu nouveau ne semblait pas la mettre à l'aise. Dans les éventuelles séquelles, le médecin n'avait pas cité une amnésie potentielle. Cependant, elle préférait vérifier.

    « Te souviens-tu de ce qui t'est arrivé ? »

    Teru secoua la tête de manière à lui signifier que non. Riko s'approcha doucement et prit la lettre de telle sorte qu'elle ne s'en rendît pas compte puis la glissa dans son sac. Si elle avait oublié Kurosaki, elle ferait en sorte qu'il en reste ainsi. Elle n'avait pas besoin de souffrir inutilement. Dans sa tête, elle s'excusa infiniment auprès de lui pour ce qu'elle comptait faire. Elle avait l'intention de remodeler ses souvenirs, de tout faire pour qu'il n'eût jamais existé.

    « Tu es tombée dans les escaliers. »

    Pardon, Tasuku, Teru…



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Dernière édition par Resha Tsubaki le Lun 21 Mai 2012 - 14:58, édité 1 fois
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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Jeu 22 Déc 2011 - 3:36


    Une éternelle journée suivait son cours. Comme les précédentes et les suivantes, le soleil se levait de bonne heure le matin pour ensuite se coucher le soir. Les élèves, après avoir ardemment attendu la fin des cours, en réprimant quelques bâillements pour certains, furent à moitié libérés une fois les heures passées dans les classes terminées, puisqu'il fallait par la suite se rendre dans leurs clubs respectifs.

    Certains élèves en étaient dispensés, pourvu qu'ils fournissent une autorisation spéciale, ce qui était le cas de Teru Kurebayashi, même si depuis quelques jours, elle se trouvait elle aussi occupée au sein du lycée l'après-midi. Ce n'était, malheureusement pour elle, pas une activité comme les autres. Elle était condamnée à pourvoir le poste de servante du gardien de l'école.

    Si elle se plaignait sans cesse de cet homme égoïste qui l'exploitait sans vergogne, elle ne pouvait nier le fait qu'elle se sentait relaxée auprès de lui, ce qui ne s'était pas produit depuis son accident, lorsqu'elle se trouvait à ses côtés. Quand bien même elle se souhaitait, elle ne parvenait pas à le haïr. Cet homme était tout à fait détestable, pourtant.

    Néanmoins, elle avait parfois l'impression qu'il n'était pas méchant au fond. L'autre jour, alors qu'elle ne se sentait pas très bien, il lui avait pris le balai qu'elle tenait dans ses mains et l'avait littéralement forcée à rentrer chez elle. Sa manière d'agir n'était pas très délicate, cependant elle se plaisait à croire qu'il s'inquiétait pour elle.

    Il ne fallait toutefois pas se faire d'idées. Teru n'était pas et ne serait jamais amoureuse de cet homme. Elle n'était pas stupide au point d'aimer un type pareil, qu'est-ce que cela lui apporterait de toute façon ? Eh puis qu'elle tombât amoureuse de lui relevait de l'impossibilité : il était méchant, égoïste, égocentrique, faignant, et faisait tout pour éviter de travailler.

    Même si elle était tombée sous son charme, Kurosaki ne la verrait de toute manière jamais comme une femme mais éternellement comme une gamine, et sa petite taille ne l'aidait pas dans cette situation. En plus, pour lui elle n'était qu'une fille plate et moche, il avait explicitement signifié que seules des élèves telles qu'elle-même pouvaient devenir ses servantes.

    Enfin, c'était ce qu'elle avait entendu de la bouche des filles de sa classe, qui rêvaient toutes d'être à son service – Kurebayashi se demandait parfois si elles n'étaient pas complètement folles. Qui voudrait travailler pour un homme pareil ? Bon, d'accord, il était plutôt beau, mais seules les idiotes tentaient tous les moyens pour approcher un homme rien que pour son apparence, sans se soucier du reste.

    Teru méprisait les personnes dans ce genre ; se préoccupant simplement de l'extérieur en se moquant éperdument de l'intérieur. Il ne fallait pas s'étonner si les couples ne duraient que peu de temps actuellement. Après s'être rendu compte que l'intérieur comptait beaucoup plus que l'extérieur, ils se séparent.

    Peut-être était-ce la raison pour laquelle Teru n'avait pas forcément envie de se mettre en couple avec quelqu'un. Certainement craignait-elle de se faire des illusions et d'avoir le cœur brisé par la suite. C'était compréhensible, ou du moins elle l'estimait. Eh puis, elle n'aimait personne de toute façon.

    Quoi qu'il en soit, ses pensées ne relevaient pas de cet ordre-là à ce moment précis. Alors qu'elle balayait la cour, elle songeait à une phrase qu'on lui avait dite un peu plus tôt dans la journée dans les couloirs. Après être entrée au service de Kurosaki, elle avait reçu des remarques de jalousie, ce dont elle se moquait éperdument. Pourquoi y faire attention, cela n'en valait pas la peine.

    Toutefois, ce qu'avait prononcé cette élève se répétait en boucle dans son esprit. Elle ne savait pas exactement comment l'interpréter, et lui paraissait totalement invraisemblable, car il n'était pas logique.

    « Alors, Kurebayashi, ça ne te suffisait pas avant, il fallait que tu recommences à coller Kurosaki. »

    Cette fille sous-entendait qu'elle connaissait déjà le gardien de l'école auparavant. C'était une erreur de sa part, elle ne l'avait jamais rencontré jusqu'à une semaine plus tôt. Et pourquoi l'aurait-elle connu ? Et comment, surtout ? D'après ce qu'elle avait dit, ils auraient été plutôt proches, s'ils étaient souvent ensemble.

    Teru secoua la tête. C'était inutile de penser à tout cela, cette fille était totalement stupide et sortait n'importe quoi, dans l'espoir de la blesser moralement. Quoiqu'elle avait entendu parler rapidement de cette fille qui avait été une précédente victime un an auparavant. Était-ce elle-même ? Avait-elle été cette fameuse servante ?

    Mais enfin, à quoi songeait-elle ? Si elle avait été au service de Kurosaki autrefois, elle s'en serait souvenu, toutefois, elle avait beau y réfléchir, sa tête ne lui était même pas familière. Il était donc impossible qu'ils se fussent rencontrés avant. Justement, le fait que sa tête ne lui disait rien l'intriguait un tant soit peu. Il était le gardien de l'école un an plus tôt, ils avaient donc dû se croiser. Quoiqu'elle se moquait bien de l'identité du personnel du lycée.

    C'était inutile d'y penser plus longtemps, toutefois Teru ne pouvait s'en empêcher. Y avait-il anguille sous roche ? Admettons qu'elle eût oublié cette période de sa vie. Elle aurait été au courant, Riko lui en aurait parlé, et lui aurait le plus de détails possible. Ou pas ?

    À cet instant, elle se détesta pour ses pensées. Comment pouvait-elle seulement douter de Riko qui avait pris si soin d'elle ? Et elle n'aurait jamais fait une chose pareille. D'ailleurs, pourquoi lui cacher cette partie de sa vie, en supposant qu'elle l'avait oubliée ?

    Teru coula un regard vers Tasuku qui nettoyait les gouttières en fumant, comme toujours. Fumer était dangereux pour la santé, elle devrait lui dire. Enfin, ce n'était pas comme si elle s'en souciait vraiment. Elle retourna à son travail lorsqu'elle l'entendit jurer à cause d'un morceau de verre.

    « Qu'est-ce qu'il y a, tu t'es coupé ? »

    L'homme blond ne répondit pas puis descendit de son échelle en grognant. Ce n'était qu'un simple morceau de verre, voyons... Teru tourna la tête afin de lui proposer de se rendre à l'infirmerie afin de prendre un pansement, en estimant être trop gentille, lorsqu'elle se pétrifia à la vue qu'elle eut de la scène.

    Son sang était rouge. Rouge sang.

    Rouge dans ce monde sans couleurs.

    Ce n'était pas possible, pas lui... Il était... Vivant ? Elle était en train de rêver, ce qu'elle voyait ne pouvait pas s'avérer vrai.

    Comme prise de nausées, Teru détourna la tête en mettant une main sur sa bouche, les yeux écarquillés. Elle ne s'était pas trompée, ses yeux ne l'auraient pas induite en erreur pour ce détail majeur. Elle-même ne parvenait pas à y croire. Comment cela se faisait-il ? Que se passait-il réellement ? Pourquoi ne comprenait-elle rien ? Comment en était-elle arrivée là ?

    Elle ne le sentit pas venir près d'elle, trop perdue dans ses pensées, coupée du monde extérieur. Ce qu'elle venait de voir... Comment cela était-ce seulement envisageable ? Pourquoi sentait-elle que quelque chose lui échappait ? Pourquoi avait-elle le sentiment d'être seule, que nul n'était en mesure de l'aider ?

    « Tu te sens bien, Teru ? »

    Alors qu'il était sur le point de poser sa main sur l'épaule de l'adolescente, celle-ci se décala violemment, comme s'il portait la peste. Elle ne se sentait pas capable de lui faire face. Pas maintenant. Elle sentait qu'elle allait faire une bêtise. Il lui fallait partir, vite.

    « Il... Il faut que j'y aille. »

    Sans lui laisser le temps de répondre, Teru déguerpit à toute allure sans demander son reste. Elle ne pouvait même pas lui parler correctement. Elle ne se sentait pas le courage de rester là-bas, à faire comme si de rien n'était. Il lui fallait s'éloigner, jusqu'à ce qu'elle ait les idées claires.

    La brune ne se rendit même pas compte qu'elle avait laissé tous ses effets personnels au lycée. Ce n'était pas bien grave, elle les récupérerait le lendemain, si elle s'en sentait le courage. Et s'il n'était pas trop égoïste, peut-être que Kurosaki les lui remettrait dans son casier.

    Tasuku Kurosaki. Connaissait-elle donc cet homme ? Lui avait-on menti, depuis tout ce temps ? Riko lui aurait-elle caché une partie de sa vie ? Pourquoi ? Que s'était-il exactement passé un an auparavant ? Était-elle réellement tombée dans les escaliers ? Oui, bien sûr, il ne pouvait en être autrement.

    Si, d'après son rêve, elle avait été victime d'un accident de voiture, son médecin le lui aurait dit. Il lui aurait signifié sa perte de mémoire et l'aurait aidée à se rappeler. Si elle avait déjà rencontré Kurosaki, il aurait réagi différemment et se serait comporté comme il l'aurait fait avec une ancienne connaissance. Et ses amis, Kiyoshi, Haruka, Rena ainsi que les autres lui en auraient parlé.

    Un détail lui échappait. Quelque chose qui l'aiderait à tout comprendre. Mais quoi ? Que se passait-il réellement ? Tout le monde lui aurait-il menti ? N'était-elle entourée que de menteurs ? Ne pouvait-elle faire confiance à personne ? Comment en était-elle arrivée à ce point-là ? Comment un tel secret avait-il pu être conservé jusqu'à maintenant ?

    Vraisemblablement, Kurosaki était parti durant un an. Pourquoi ? Où s'était-il rendu ? Pourquoi était-il revenu ? Cela avait-il un lien avec sa situation actuelle ? Était-il cet homme qui conduisait la voiture ? Lui mentait-il depuis le début, lui aussi ?

    Teru ne pleurait pas. Elle n'y arrivait pas, même si elle ne le souhaitait pas. À cet instant précis, elle se sentait atrocement seule. Si une personne venait la voir en lui assurant qu'elle pouvait lui accorder son entière confiance, elle ne la croirait pas. Elle se sentait totalement perdue. Qui croire ? Pourquoi l'avaient-ils tous trahie ? Y avait-il un secret encore plus profond dont elle ne parvenait pas à se remémorer ?

    Elle voulait des réponses. Maintenant. Si on lui cachait une partie de sa propre vie, il était de mise qu'elle fût au courant. Elle souhaitait connaître la ou les raisons pour lesquelles elle n'avait jamais eu vent d'un tel épisode dans sa vie, et pourquoi tous agissaient comme si de rien n'était.

    Teru releva la tête, le regard décidé et confiant. Peu importait ce qui arrivait, elle comptait obtenir les réponses qu'elle désirait, dut-elle devenir une personne méchante et détestable. Et une personne pouvait les lui fournir. Quelqu'un qu'elle empêcherait de se défiler ou de détourner la conversation. Elle obtiendrait ce qu'elle désirait. Riko ne la tromperait plus jamais. Elle lui ferait cracher le morceau.



    Kurosaki n'avait pu que la regarder partir en courant sans parvenir à bouger tout en criant son nom à plusieurs reprises. Son regard à ce moment-là le hantait. Il avait simplement voulu s'assurer qu'elle allait bien, or elle l'avait évité comme si elle s'était brûlée. Et ses yeux avaient reflété un tel effroi... Comme s'il était devenu un monstre prêt à lui faire tout le mal du monde.

    Il émit des hypothèses expliquant sa réaction. Après son accident, elle avait probablement développé une phobie exacerbée du sang. Son comportement était poussé à l'extrême pour une coupure si mineure, pourtant il ne pouvait songer à une autre explication. Il ne voulait pas se faire de faux espoirs. Surtout qu'il ne voyait pas en quoi un peu de sang pouvait lui rendre sa mémoire perdue.

    Tasuku resta immobile plusieurs instants, fixant la sortie où elle avait disparu, puis porta son attention sur sa main blessée, comme en espérant y trouver des réponses. Il savait que Teru était amoureuse de lui auparavant, même si ces sentiments avaient à présent disparu. Mais il n'aurait jamais osé penser qu'elle le trouverait aussi... Repoussant. Elle n'avait déjà pas l'air de beaucoup l'apprécier, si en plus elle se mettait à l'éviter de la sorte...

    Il n'avait jamais désiré un tel retour. Il aimerait lui dire qu'il n'avait jamais voulu partir. Que, plus que tout, il voulait rester auprès d'elle. Mais la réalité n'était pas aussi clémente et il avait dû la quitter. En revenant, il avait été conscient que ce ne serait pas facile, toutefois il n'aurait jamais songé que la situation prendrait une telle envergure.

    Kurosaki posa son dos contre le mur en soufflant une longue bouffée de sa cigarette avant de passer sa main non blessée sur son visage. Il ne savait même plus quoi faire. Il finirait par arriver à bout, l'un de ces jours. Il n'obtiendrait jamais une petite part de ce gâteau nommé bonheur à cause de tous ses pêchés qu'il tentait en vain d'expier. Il avait tout foutu en l'air depuis le début.

    Il savait pertinemment que jamais il n'obtiendrait ce qu'il désirait le plus, c'est-à-dire Teru à ses côtés. Quand bien même il le souhaitait, elle lui resterait toujours inaccessible, maintenant plus qu'avant. Car il avait tout gâché. Le petit bonheur qu'il avait entretenu un an plus tôt s'était envolé pour toujours.

    « Tu ne te souviendras pas, peu importe combien je le souhaite, n'est-ce pas, Teru ? »



    Cela faisait environ deux heures que Teru était immobile, assise dans la cuisine, les mains posées sur la table. Elle attendait sans bouger le retour de Riko. Elle entendait bien entretenir une discussion sérieuse avec elle à laquelle elle n'échapperait pas.

    Elle ne s'ennuyait pas. Elle réfléchissait. Elle mettait ses idées au clair depuis deux heures qu'elle se trouvait là. Il y avait plein de choses auxquelles penser. Elle se posait des questions sur Kurosaki. S'ils se connaissaient, quelle relation entretenaient-ils ? Était-ce seulement un lien de maître à servante ?

    Si son rêve était réel, cela signifiait qu'elle n'était pas tombée dans les escaliers, ce qui expliquait pourquoi elle n'en avait aucun souvenir. On ne lui avait pas seulement caché son amnésie, on lui avait menti sur son accident qui avait entraîné toutes ces séquelles.

    Au fond d'elle-même, Teru était soulagée de savoir qu'il n'était pas mort. Pourtant, elle était persuadée de ne pas avoir senti sa respiration. S'était-elle trompée à ce moment-là ? Peu importe, il était vivant. Il était vivant... Elle ne savait pas pourquoi, mais elle se sentait ôtée d'un énorme poids. Elle se sentait plus légère quant au fait de ne plus avoir de mort sur la conscience.

    L'adolescente se demandait quand même quelle avait été sa relation avec cet homme. Elle avait entendu dire qu'il avait vingt-cinq ans, ce qui leur faisait huit ans d'écart. Si elle se fiait à son rêve, elle pouvait jurer être, ou du moins avoir été amoureuse de lui. C'était assez surprenant pour elle de l'admettre. Toutefois, étaient-ils seulement en couple à ce moment-là ?

    Elle avait beau y réfléchir, aucun souvenir ne resurgissait. Peu importait à quel point elle fouillait dans sa mémoire, rien ne lui semblait familier. De plus, cette colère récurrente l'avait toujours dissuadée d'aller plus loin.

    Toutefois, à ce moment précis elle se moquait bien à quelle point elle s'énervait, pourvu qu'elle découvrît la vérité. Elle comptait bien aller le plus loin possible, tant pis si elle finissait enragée. Cela ne comptait pas maintenant.

    Teru avait toujours été reconnaissante envers Riko pour avoir pris soin d'elle alors que son frère ne lui avait pas laissé d'argent et lui avait simplement légué un téléphone. Seulement, la question était, pourquoi juste un téléphone ? Il était un informaticien compétent, il avait de l'argent de côté qui avait disparu. Avait-il caché ses travaux dans ce téléphone qui avait été cassé dans l'accident ?

    Sôichirô, à sa connaissance, ne lui en avait jamais parlé. L'avait-il fait à son insu afin que quelqu'un le récupérât plus tard, le moment venu ? Si c'était le cas, alors son plan était tombé à l'eau, à présent que le téléphone avait probablement été jeté et qu'elle ne l'avait de toute façon plus revu depuis l'accident.

    Teru sentait qu'elle se trompait, sans pouvoir expliquer pourquoi. Voyons, un téléphone, à la base, servait à contacter d'autres gens. Lui avait-il confié le numéro d'une personne à contacter en cas de besoin ? Comme Riko ? Ou bien quelqu'un d'autre ? Quelqu'un qu'elle n'aurait jamais vu ? Aurait-il demandé à quelqu'un de prendre soin d'elle ? Avait-elle...

    Ses pensées furent interrompues par la porte d'entrée qui venait de se refermer. Riko était de retour. Comme d'habitude, elle allait regarder le courrier en marchant jusqu'à la cuisine où elle l'attendait de pied ferme.



    Depuis sa visite chez le docteur la veille, Riko avait beaucoup réfléchi. En révélant la vérité à Teru, elle allait sans aucun doute possible attirer sa haine. Elle l'éviterait certainement, en se sentant trahie. Surtout qu'elle n'était pas la seule à le lui avoir caché. Sôichirô en était à l'origine et le lui avait caché toutes ces années durant. Il aurait dû emporter le secret dans sa tombe mais le lui avait confié de son vivant.

    Son ancien fiancé allait probablement lui en vouloir lui aussi, si elle mettait Teru au courant. Toutefois, elle assumerait les conséquences. Si Sôichirô lui en avait parlé, peut-être sous-entendait-il en même temps qu'elle pourrait le lui révéler le moment venu. Et cet instant était arrivé.

    En l'apprenant, Teru souffrirait. Néanmoins, Kurosaki serait présent à ses côtés de manière à la soutenir et l'aider à aller de l'avant. Elle était prête à disparaître de sa vie si elle le lui demandait, si ses mensonges l'avaient trop dégoûtée, au point qu'elle ne voulût plus jamais la voir. Tant que Tasuku était là, elle accepterait tout. Tant qu'ils pussent enfin être heureux, tous les deux.

    Toute la journée, Onizuka avait cherché la personne principalement concernée par ce secret. Cette dernière ne s'était pas attendue à ce que cette histoire refît surface après toutes ces années et Riko avait eu du mal à lui parler, même si elle avait simplement souhaité discuter de Teru – dont elle ignorait d'ailleurs le nom, et lui sous-entendre que le passé refaisait toujours surface.

    Riko regarda distraitement les lettres lorsqu'elle entra dans la cuisine où se trouvait Teru, assise droite, l'air grave. Cette situation ne lui inspirait rien de bon, cependant elle ne dit mot, la laissant engager la conversation si elle avait quelque chose à annoncer. Teru leva ses yeux verts qu'elle planta intensément dans les siens.

    « Que s'est-il exactement passé il y a un an ? »

    La jeune femme écarquilla les yeux. Elle ne s'était pas attendue à une telle question. La brune se souvenait-elle de cette partie de sa vie oubliée ? À bien y réfléchir, certainement pas. Elle avait dû entendre des rumeurs au sein de l'école, vu que son histoire avec Kurosaki s'y répétait. Quel idiot, n'avait-il donc pas songé à ce détail ?

    Tout cela avait dû lui mettre la puce à l'oreille et elle se posait des questions en conséquence. Riko examina la situation : elle allait finalement devoir lui révéler ce secret plus tôt que prévu. Ce n'était certainement pas plus mal, elle avait songé à maints scénarios, sans savoir où trouver la force de lui avouer la vérité.

    « Teru... Avant ça, il faut que je te parle de quelque chose...
    - Non, j'en ai assez ! Qu'est-ce que vous me cachez tous ? Pourquoi est-ce que je ne me souviens pas d'une partie de ma vie ?! Pourquoi est-ce vous m'avez tous trahie ?! Je veux des réponses, je...
    - Teru, ta mère est vivante. »



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Dernière édition par Resha Tsubaki le Lun 21 Mai 2012 - 15:00, édité 1 fois
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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Jeu 22 Déc 2011 - 3:38


    Pourquoi rester avec des parents avec lesquels il est impossible de s'entendre ? Pourquoi vivre dans cet enfer quotidien alors que le monde est si grand ? Elle avait des ailes et ne souhaitait que les étendre afin de s'envoler au loin...

    Ce fut ce que Kaoru fit. Elle ne s'était jamais très bien entendue avec ses parents, et avait fini par prendre sa décision un jour de ses seize ans. Après avoir rassemblé quelques affaires et récupéré une certaine somme d'argent, elle sortit de chez elle, une nuit, pour ne plus jamais revenir.

    Elle avait planifié son départ pendant des mois, avide de s'en aller, de ne plus jamais revoir ces êtres qui l'avaient conçue mais qui ne l'aimaient pas suffisamment. Une sorte de haine mutuelle s'était établie entre les trois ; il était clair que l'un d'entre eux devait partir, et c'était elle qui se dévouait, non sans soulagement.

    Ses journées se rythmaient par des reproches incessants, des hurlements de rage pour trois fois rien et l'impossibilité d'entretenir une conversation décente. Ses amies ne pouvaient pas la comprendre, ne vivant pas cela chez elle. Kaoru n'avait d'ailleurs prévenu aucune d'entre elles, elle ne leur faisait pas assez confiance pour garder ce secret et elles finiraient par cracher le morceau.

    Peut-être que ses parents la rechercheraient. Elle n'en savait rien. Toutefois, s'ils essayaient, ce serait juste pour l'apparence. Si elle faisait marche arrière et retournait dans cette maison, tout serait encore pire. Et elle désirait plus que tout éviter cette vie puis s'en construire une autre.

    N'ayant que seize ans, Kaoru avait tout fait pour avoir l'air plus adulte afin qu'on la laissât en paix. Elle avait mis des vêtements plus féminins en évitant de ne pas trop attirer l'attention non plus, s'était coupé les cheveux et avait mis une dernière touche de maquillage. Malheureusement pour elle, elle n'était pas bien grande, mais, heureusement, sa forte poitrine l'empêchait d'être confondue avec une collégienne.

    L'adolescente marcha jusqu'à la gare où elle acheta un billet pour le premier train, impatiente de partir. Elle n'avait pas prévu de destination précise, où on risquerait de la retrouver. Elle souhaitait simplement disparaître. Qu'on la laissât tranquille. Cela arrangerait tout le monde.

    Kaoru avait pris suffisamment d'argent pour vivre environ un mois, le temps de trouver un travail. Si elle mentait sur son âge, elle ne devrait pas avoir de soucis. Une fois arrivée, elle se mettrait à la recherche d'un endroit où dormir ; un petit studio serait l'idéal. Elle n'aurait certes pas un emploi très qualifié, néanmoins au fil du temps elle gravirait des échelons, elle en était persuadée.

    Tant que personne ne se mettrait en travers de sa route, tout irait bien...

    Son voyage en train dura trois heures, le soleil commençait à se lever lorsqu'elle arriva à destination. Kaoru était complètement lâchée dans la nature. Elle ne trouverait assurément pas de studio dans la journée et serait forcée d'aller dans un hôtel pour quelques jours. Mais cela ne l'empêchait tout de même pas de rechercher un travail.



    Plus d'un an passa. Si Kaoru était partie plutôt optimiste, elle avait compris que tout n'était pas simple. Elle avait enchaîné plusieurs petits boulots, ses employeurs finissaient toujours par devenir méfiants quant à son âge et il lui fallait encore attendre un petit peu plus de trois ans avant d'avoir vingt-et-un ans. Lorsqu'on commençait à lui poser trop de questions, elle partait.

    Trouver un logement ne s'avéra pas être une tâche facile. Les studios étaient prioritairement pour les étudiants, ce qu'elle n'était et ne serait jamais. Par chance, Kaoru avait fini par en trouver un en banlieue. Il était petit et plutôt délabré, cependant elle ne pouvait pas se permettre un loyer plus cher.

    Ses fins de mois étaient difficiles, il lui arrivait de ne pas beaucoup manger afin de ne pas se faire expulser. Si elle perdait son appartement, elle tournerait mal. Elle finirait à la rue, on la renverrait. Et, cela, elle ne pouvait pas le permettre.

    Toutefois, pour rien au monde Kaoru ne retournerait chez ses parents qui n'avaient même pas essayé de la retrouver. Elle avait sa propre fierté et ne comptait pas se rabaisser à ce niveau. Elle ne leur manquait absolument pas, en fait, ils devaient même être soulagés qu'elle fût partie. En conséquence, elle se refusait de songer à ces êtres sans cœur. Ils n'avaient jamais été en mesure de la comprendre, ils ne méritaient pas sa tristesse.

    S'ils l'avaient souhaité, ils l'auraient retrouvée immédiatement. En effet, elle avait conservé son nom de famille puisqu'elle ne pouvait pas le changer. Son loyer était au nom de Kaoru Takashi, ses employeurs le connaissaient aussi. Peut-être l'avait-elle inconsciemment gardé de manière à ce qu'ils tentassent de la retrouver et de faire la paix, même si elle ne l'admettrait jamais.

    Sa vie sociale était néanmoins très limitée ; elle n'avait pas le temps de sortir et n'était pas une étudiante, ce qui l'empêchait de fréquenter essentiellement des jeunes de son âge. Kaoru aurait pourtant voulu juste un ami qui pourrait l'écouter.

    Surtout après la plus grosse bêtise de sa vie.

    Pour une fois, il lui restait un peu d'argent de côté, et, après avoir traîné un moment dans les rues en se demandant quoi faire, elle était tombée sur un bar qui n'avait pas l'air trop glauque. L'adolescente n'avait presque jamais bu d'alcool, sans doute son ignorance à ce sujet l'avait-elle poussée à tenter de boire un verre. Puis un autre. Pour ensuite faire quelque chose qu'elle regretterait le restant de ses jours.

    Kaoru n'avait que de vagues souvenirs de cette soirée. Elle avait discuté avec l'homme à côté d'elle qui paraissait être un habitué, et, ce dont elle était sûre, c'était qu'ils ne s'étaient pas quittés de la soirée. Personne n'avait besoin de dessin pour comprendre ce qui arrivait généralement avec deux personnes saoules de sexe opposé.

    Le lendemain matin, Kaoru eut sa première expérience de gueule de bois qui la garda dans les vapes pendant une bonne demi-heure après son réveil. Ce ne fut qu'au moment de se lever qu'elle se rendit compte qu'elle ne portait rien sur elle. Ce détail la réveilla immédiatement, en la faisant paniquer au passage. Que s'était-il passé ?

    Elle regarda autour d'elle pour se rendre compte qu'il n'y avait personne. Ses vêtements, cependant, se trouvaient un peu partout par-terre. Elle se doutait de ce que cela signifiait, néanmoins elle n'osait pas y penser, ne le voulait sûrement pas. Même si son corps lui fournit plus d'informations qui l'empêchaient de nier la vérité.

    Kaoru fourra son visage dans ses mains, se demandant s'il ne s'agissait pas là tout simplement d'un mauvais rêve, même si elle savait pertinemment que c'était faux. Elle ne connaissait même pas l'identité de cet homme, elle ne se souvenait même pas de son visage ! Il lui semblait bien qu'il était nettement plus vieux, mais c'était tout. Pourquoi se souciait-elle seulement de qui il était ? Elle n'avait aucune intention de le revoir, ah, ça, non !

    Elle attendit de se calmer puis sortit de son lit en se pressant d'avaler une aspirine, espérant que cet affreux mal de tête passerait bien vite. Elle ramassa machinalement ses vêtements éparpillés un peu partout puis remarqua qu'il y avait quelque chose dans l'une des poches de son pantalon.

    Intriguée, Kaoru y plongea sa main puis en ressortit une carte de visite. « Haruse Kurebayashi » lisait-on dessus, avec une adresse ainsi qu'un numéro de téléphone. Elle connaissait à présent l'identité de cet homme. Elle fixa ce qui était écrit un moment avant de froisser le papier puis de le balancer par-dessus son épaule. Elle n'en avait rien à faire, puisqu'elle ne le reverrait plus jamais.

    Si seulement elle savait à quel point elle se trompait.

    Un mois plus tard, le verdict tomba. Elle était enceinte. La nouvelle l'avait totalement démolie, elle avait cogné les murs jusqu'à en avoir les mains en sang. Qu'avait-elle fait pour mériter un sort pareil ? Pourquoi elle ? Et pourquoi ce n'était pas l'homme qui portait l'enfant, pour une fois ?

    Kaoru avait dès lors envisagé plusieurs solutions. L'avortement était hors de sa portée au niveau financier, de plus elle n'était même pas majeure, et une présence parentale était obligatoire. Jamais de la vie elle ne retournerait auprès de ses parents en rampant de la sorte. Elle se débrouillerait seule.

    S'infliger des blessures physiques ne garantissait pas la mort du bébé, de plus elle risquait de se faire plus mal elle-même et d'avoir des séquelles plus graves. Elle ne pouvait demander de l'aide à personne, puisqu'elle n'avait aucune connaissance. Elle était livrée à elle-même.

    Il ne lui restait plus qu'une solution : garder l'enfant.

    Néanmoins, elle ne comptait pas le conserver après la naissance. Elle pourrait le faire adopter, de nombreux couples dans l'incapacité d'enfanter se battraient pour l'avoir. En tous cas, il était hors de question de l'élever elle-même. Comment s'en sortir financièrement ? Surtout qu'elle ne voulait pas d'enfants.

    Kaoru réfléchit quant à sa situation actuelle : elle travaillait dans une société de téléphonie et restait assise toute la journée, elle pourrait donc continuer à travailler le plus tard possible, puisque ce n'était en rien éprouvant. Étant donné qu'elle ne garderait pas l'enfant longtemps, elle comptait bien reprendre le travail le plus vite possible. Négocier deux ou trois semaines de repos ne devrait pas compromettre son poste.

    Les mois s'écoulèrent. Lorsque la jeune femme fut sur le point de contacter un organisme d'adoption, une autre idée lui vint à l'esprit : donner l'enfant au père. Après tout, il avait sa part de responsabilité dans cette histoire. Elle possédait son nom ainsi que son adresse, mais lui ne savait sûrement rien d'elle. Il ne pourrait pas tenter de lui rendre le bébé.

    Cette idée lui plut fortement. Elle paierait jusqu'à la naissance, puis le père prendrait le relais. Elle ne pouvait de toute manière pas se permettre de garder un enfant dont elle ne voulait même pas. Le père pourrait lui raconter ce qu'il souhaitait, puisqu'elle ne serait qu'un fantôme inexistant dans leur vie.

    Huit mois passèrent, Kaoru se retrouva forcée d'accoucher. Elle était soulagée de se libérer de ce fardeau. Elle avait entendu dire que les accouchements étaient douloureux, cependant elle n'avait pas imaginé souffrir à ce point. Elle avait été dans l'incapacité de bouger pendant quelques jours après.

    Lorsqu'on lui proposa de porter le bébé après sa naissance, elle refusa. Après l'avoir considéré comme ce qui avait gâché sa vie durant toute sa grossesse, elle ne souhaitait prendre le risque de s'attacher à ce petit être. De toute façon, comment pouvait-elle seulement aimer un enfant après le manque d'amour que lui avaient porté ses parents ? Elle ne pouvait pas être mère.

    C'était une fille. Elle pleurait fort. Kaoru la regarda de loin, incapable de la prendre dans ses bras. Elle ne savait pas pourquoi, néanmoins elle avait envie de pleurer. Sans doute parce qu'elle savait qu'elle ne pourrait jamais aimer ce bébé innocent qui grandirait sans sa mère sans n'avoir rien demandé. Mais c'était mieux ainsi.

    D'ici quelques jours, elle donnerait l'enfant au père et n'entendrait plus jamais parler de cette histoire de toute sa vie. Il lui fallait juste tenir bon le temps de récupérer et de transmettre la petite fille. Puis, comme toujours, elle continuerait sa vie. Le père l'aimerait mieux qu'elle-même. Il avait probablement déjà des enfants. La petite aurait des frères et sœurs avec qui jouer. Elle serait heureuse avec lui. Après tout, Kaoru avait hérité de l'absence de cœur de ses parents.

    Kaoru sortit de la maternité une semaine plus tard. Elle ne prit même pas la peine de passer par chez elle et se dirigea vers la maison du père. Il ne se souvenait probablement plus d'elle, cependant elle s'en moquait bien. Il allait élever le bébé, c'était tout. Elle n'avait même pas pris la peine de la nommer. Plus que tout, elle avait évité de la prendre dans ses bras.

    La jeune mère âgée de dix-huit ans sonna à la porte puis découvrit un homme d'une bonne quarantaine d'années. Elle n'avait pas besoin de confirmation, elle était persuadée que c'était le père. Elle tendit le maxi-cosi où se trouvait le bébé.

    « Voici votre fille. Faites-en ce que vous voulez, moi je n'en veux pas. »

    Sans même attendre une réaction quelconque de la part de l'homme, Kaoru la posa par-terre puis s'éclipsa, en se persuadant qu'elle était débarrassée de ce problème dont elle n'entendrait plus jamais parler de sa vie...



    Depuis la mort de sa femme, Tomoe, trois ans plus tôt, il était fréquent pour Haruse de boire un peu trop. Il laissait leur fils Sôichirô, qui avait onze ans lors du décès de sa mère, seul pendant parfois deux jours, jusqu'à ce que la police le retrouvât dans la rue, complètement ivre. Élever les enfants, c'était le rôle de la mère. Haruse ne voulait pas s'ennuyer avec cela.

    Le père et le fils ne communiquaient que peu. Sôichirô avait appris à se débrouiller seul et était bien plus mature que les jeunes de son âge. Il avait à présent quatorze ans et vivait sa vie indépendamment de celle de son père. Ce dernier ne ramenait jamais de femme à la maison et, aussi surprenant cela paraissait-il, il s'était rarement réveillé dans le lit d'une autre.

    En réalité, cela s'était produit trois fois. Haruse ne connaissait l'identité d'aucune d'entre elles, cependant il donnait toujours sa carte de visite – une habitude qu'il avait conservée après s'être fait renvoyer de son travail en raison de l'alcool.

    Aucune d'entre elles n'avait cherché à le revoir, jusqu'à celle-là. C'était la deuxième, s'il se souvenait bien. Il n'avait conservé que quelques vagues images d'elle. Elle avait paru bien jeune et peu habituée à l'alcool. Lui-même avait déjà bu quelques verres, ce qui avait favorisé le contact. Ensuite, le lendemain matin, il s'était réveillé dans un lieu inconnu puis s'était éclipsé.

    Toutefois, Haruse ne s'était jamais attendu à une telle visite. Il regarda le petit enfant qui dormait encore. C'était sa fille ? La bonne blague ! Il tenta de rattraper la jeune femme, pourtant elle avait déjà disparu de son champ de vision. Il ne connaissait même pas son nom. Cependant, il ne comptait pas s'embarrasser avec un bébé.

    Haruse saisit la petite fille puis se dirigea vers la chambre de son fils dans laquelle il entra sans prendre la peine de frapper. Sôichirô, surpris de sa visite surprise, et encore plus de l'invitée, le fixa avec des yeux ronds, attendant une explication.

    « Voilà ta sœur. Occupe-t-en, je n'ai pas que ça à faire. »



    Si on lui avait dit qu'il aurait un jour une petite-sœur, Sôichirô n'y aurait jamais cru. Il avait déjà quatorze ans et avait compris ce qui s'était passé l'une de ces nuits où son père était ivre. Déjà qu'il n'appréciait pas son père, là il le détestait. Ce n'était rien qu'un lâche. Il l'avait délaissé totalement après la mort de sa mère et ne prêtait pas la moindre attention à ce nouveau-né.

    L'adolescent regarda le bébé qui dormait. Il avait donc une sœur ? Il approcha un doigt et caressa sa petite joue. Elle était si minuscule... Il avait rarement vu de bébés, il ne savait pas vraiment comment faire. Il remarqua un sac contenant de la poudre pour le lait ainsi que quelques couches.

    Et la mère dans cette histoire ? Qui était-elle ? Pourquoi n'avait-elle pas gardé le bébé ? Tout fut clair dans son esprit : aucun des parents ne voulait de ce bébé. Qu'avait-elle fait pour mériter un sort pareil ? Il les détesta tous les deux. Avaient-ils seulement songé à cette petite ?

    Le nourrisson se mit à chouiner. Sôichirô, pris au dépourvu, se demanda comment la prendre dans ses bras. Doucement, il la souleva pour passer une main dans son dos puis porta l'autre derrière sa tête – il avait entendu dire qu'il fallait toujours la supporter -, puis la serra délicatement contre lui. Le bébé pleura un peu sous l'effet du réveil puis se calma bien vite.

    Possédait-elle seulement un nom ? Son père ne lui avait rien précisé. Sôichirô chercha dans le sac s'il y avait le moindre papier, or il ne trouva rien. Il ne connaissait même pas la date exacte de naissance. Si nul ne portait la responsabilité, alors il choisirait.

    « Coucou, Teru, je suis ton grand-frère, Sôichirô. »

    Dès lors, Sôichirô fut le seul à s'occuper de Teru. Haruse n'avait même pas l'air de se rendre compte de son existence et continuait de vivre comme à son habitude, traînant dans les bars. Teru ne méritait pas de tels parents. Il prit la fâcheuse habitude de lui mentir. Il lui fit croire qu'ils avaient la même mère, Tomoe Kurebayashi.

    Cette dernière était morte trois ans avant la naissance de Teru, néanmoins il lui fit croire qu'elle était décédée juste après avoir donné naissance. Haruse, de son côté, finit par connaître les conséquences désastreuses de l'alcool et mourut lorsque Teru avait trois ans. Au moins, elle n'aurait pas le temps de se souvenir d'un père aussi déplorable.

    Teru n'avait pas besoin de parents qui ne voulaient pas d'elle. Son grand-frère était suffisant. Sôichirô adorait sa sœur. Il était le seul à l'élever et veillait sur elle à chaque instant. Il voulait lui offrir la meilleure vie possible, une vie où elle n'aurait pas à se soucier de ces parents indignes. Si la mère biologique tentait de la récupérer un jour, il l'en empêcherait.

    Jusqu'à son dernier instant, Sôichirô prit soin de Teru, la confiant ensuite à celui qu'il considérait comme un frère. Tasuku n'était au courant de rien, il n'avait confié ce secret qu'à une personne, celle qu'il aimait. Il savait que si elle le révélait un jour, ce serait pour la bonne cause. Car, il lui faisait confiance...



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Spoiler:
 


Dernière édition par Resha Tsubaki le Lun 21 Mai 2012 - 15:02, édité 1 fois
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Resha Tsubaki
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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Lun 16 Jan 2012 - 4:22


    Teru, pétrifiée, fut incapable de répondre pendant quelques instants. Mais de quoi parlait-elle ? Sa mère était morte à sa naissance, il était impossible qu'elle fût vivante. Et pourquoi lui parlait-elle de cela, tout d'un coup ? En quel honneur ? Pourquoi n'avait-elle pas répondu à sa question ? Que se passait-il ?

    L'idée que sa mère qu'elle n'avait jamais connue fût en vie quelque part ne lui avait évidemment jamais traversé l'esprit. Et si c'était le cas, pourquoi Riko était-elle au courant alors qu'elle-même n'en savait rien ? Et Sôichirô, dans cette histoire ? En avait-il connaissance alors qu'il était vivant ? Mais que lui cachait-on au fond, bon sang ?! Et quel était le lien avec son accident ?

    « Que... Quoi ? Mais...
    - Teru, il faut que tu m'écoutes. C'est très important. »

    Leurs voix tremblaient. Teru ne comprenait plus rien. Riko, de son côté, tenta de lui raconter cette sombre histoire du mieux possible. Sôichirô lui avait tout confié quelques années avant sa mort. Lorsqu'il avait commencé à bien maîtriser l'informatique, il avait recherché l'identité de cette femme. Il avait hacké les systèmes informatiques des maternités, à la recherche des certificats de naissance délivrés à une période donnée.

    Il avait noté les noms puis cherché leur statut actuel. La quasi-totalité était en vie, certains étaient décédés quelques années plus tard, d'autres avaient été adoptés ou mis dans des orphelinats après le décès des parents.

    Cependant, un dossier attira son attention. Une jeune femme, Kaoru Takashi, n'avait pas mis le nom du père. Et en cherchant dans ses informations actuelles, il ne trouva aucune trace d'enfant, comme si elle n'avait jamais accouché. Il découvrit seulement un congé de trois semaines qui correspondait à la période de la naissance de Teru.

    En voyant la photographie de la jeune femme, il n'eut aucun doute : il s'agissait bien là de la mère de sa petite-sœur, alors âgée de six ans seulement. Elles possédaient les mêmes yeux ainsi que la même forme de visage. Kaoru n'avait elle-même que vingt-quatre ans. Ainsi, son père préférait les plus jeunes ?

    Sôichirô n'entra pas en contact avec cette femme, mais conserva tout de même son dossier. Elle avait pris sa décision six ans plus tôt en leur confiant le bébé sans même lui avoir donné de nom. Elle n'avait même pas tenté de prendre contact avec eux afin de prendre des nouvelles de Teru. Elle était sans cœur. Sans l'avoir rencontrée, il la détestait déjà. Il protégerait sa sœur de cette femme.

    S'il avait confié Teru ainsi que ses travaux à Tasuku, il avait donné à Riko son plus gros secret. Tout dépendait d'elle. Il n'avait pas favorisé son meilleur ami au détriment de sa petite-amie, il ne se le serait pas permis. Car, après tout, il l'aimait énormément, même si son monde avait tendance à tourner autour de Teru.

    Riko le comprit à cet instant. Elle s'était toujours sentie délaissée, notamment lorsqu'il avait transmis ce qui lui était quasiment de plus précieux à Kurosaki. Elle-même n'avait rien hérité. Sôichirô avait vraisemblablement prévu qu'elle entrât dans la vie de Teru tôt ou tard, et que viendrait un jour où elle devrait certainement choisir de révéler ce secret.

    Elle se moquait bien d'être haïe par Teru par la suite. Elle venait de se rendre compte que Sôichirô ne l'avait pas laissée de côté. Elle avait pu protéger ce qu'il avait de plus précieux à sa façon. Il lui était bizarre d'imaginer qu'une femme du même âge qu'elle était la mère de cette adolescente. Si elle pouvait, elle la remplacerait, car Teru était aussi devenu l'une des choses qu'elle chérissait le plus.

    Riko ne s'attendait pas à être pardonnée pour avoir caché un tel secret. Teru allait se sentir affreusement trahie, d'autant plus que son frère avait modifié l'histoire de la famille afin qu'elle n'eût pas le moindre soupçon. Sôichirô s'était réellement dévoué corps et âme pour son bien, elle espérait qu'elle le comprendrait un jour.

    Elle faisait cela pour son bonheur. Peu importait si elle la détestait par la suite, tant qu'elle était en mesure d'être heureuse avec Tasuku. Tous deux avaient assez souffert, il était grand temps d'alléger le poids qu'ils portaient sur leurs épaules. Elle tâcherait de faire en sorte qu'il n'oubliât pas qu'il avait une dette envers elle à présent.

    Le visage de l'adolescente s'assombrit et avait toutes les raisons de l'être. Teru écoutait le récit de Riko sans la regarder dans les yeux, comme si elle fixait le vide, d'un air sombre. Elle ne prononçait mot tandis qu'elle apprenait cette histoire qu'on lui avait caché tant d'années. Elle avait du mal à réaliser l'importance de cette information.

    Sa mère était vivante.

    Durant toutes ces années, alors qu'elle croyait que sa mère était une autre femme, elle était en vie quelque part dans le monde, probablement au Japon. Assurément tout près d'elle... Et pendant tout ce temps, elle n'avait rien su. Elle n'avait pas pu rencontrer sa véritable mère.

    On lui avait menti... Toutes ces années de mensonges de la part de tous... On lui avait fait croire qu'elle était la fille d'une femme morte trois ans avant sa naissance, et elle avait tout gobé. Elle n'avait même pas vérifié sur un papier si elle était bien décédée ce jour-là. Et Sôichirô... Comment avait-il pu lui mentir ?

    « Alors... Pendant toutes ces années, mon frère m'a menti... »

    Sa voix était grave. Teru ne parvenait pas à pleurer et n'en avait pas envie. Si Sôichirô lui avait menti, alors c'était aussi le cas de Riko. Tout le monde lui avait menti. On l'avait trahie. Elle ne pouvait faire confiance à personne. Nul ne pouvait être entièrement cru, même pas celui qui lui était le plus cher, son frère...

    Riko ne répondit pas à sa remarque et continua son histoire d'un ton plus attristé. Teru, de son côté, se posait des questions. Qui était sa mère ? À quoi ressemblait-elle ? Pourquoi ne l'avait-elle jamais revue ? Pourquoi l'avait-elle laissée chez son père pour ne plus jamais revenir ? Comment s'appelait-elle ? Sôichirô l'avait déjà rencontrée ? Complotaient-ils, tous les deux ? Et son père, dans cette histoire ? Était-il bien son père biologique, lui, au moins ?

    Une partie de ses réponses fut répondue par celle à qui elle pensait pouvoir faire confiance. Teru ne savait même pas quoi dire, que répondre, trop d'émotions l'assaillaient. Mais, plus que tout, elle se sentait trahie. Affreusement trahie. Elle sentait qu'elle ne pouvait plus croire qui que ce fût, puisqu'au final ceux près d'eux s'avéraient être les pires des traîtres. Sôichirô...

    « Teru, je veux que tu saches une chose. il ne pensait pas à mal. Tout ce temps, il a tenté de te protéger. Je sais que c'est dur, mais, je t'en prie, ne lui en veux pas... Pardonne-lui... »

    Riko fixait Teru d'un regard suppliant que celle-ci ne pouvait que deviner, puisqu'elle ne regardait pas son aînée. Avec ces mots, elle ne songeait pas seulement à Sôichirô, mais aussi à Tasuku. Ces paroles s'appliquaient aux deux. Les deux hommes s'étaient démenés de manière à la protéger, Riko espérait sincèrement qu'elle finirait par le comprendre.

    Riko avait presque envie de pleurer, sans savoir pourquoi. Elle se sentait triste. Peut-être compatissait-elle avec Teru ? Elle comprenait ce qu'avaient ressenti ces trois personnes si liées. Le dévouement des deux hommes, le sentiment de trahison de Teru. Elle sentait bien que cette dernière ne lui parlerait certainement plus, après l'avoir trahie de la sorte, en cachant ce secret.

    « Pourquoi... Me raconter ça maintenant ? Pourquoi toi ? Pourquoi pas Sôichirô ? Pourquoi après tant d'années ? »

    Teru leva enfin les yeux vers Riko. Sa voix était encore plus grave et tremblait. Son regard suppliait qu'elle répondît à ses questions sans lui masquer la vérité. La jeune femme resta muette quelques instants, jugeant bon de ne pas tout lui révéler directement, elle devait retrouver la mémoire par elle-même. Pendant un moment, elle avait oublié que c'était là son objectif principal.

    « Il y a... Une personne qui t'aimait plus que tout. Elle a dû partir pour ton bien et en souffre. Tu ne t'en rends peut-être pas encore compte, mais elle est prête à tout pour ton bien. Alors, pour cette personne, je t'en prie, ne lui en veux pas. Pardonne-lui, elle ne mérite pas ça. »

    Teru écouta ces paroles silencieusement. Parlait-elle de sa mère ? De qui d'autre pouvait-elle parler, en même temps, avec ce sujet de conversation... Son esprit bouillonnait, elle ne savait même plus quoi penser, comment interpréter ce qu'elle venait de lui dire.

    L'adolescente ne voulait plus voir Riko. Si elle restait près d'elle, elle allait dire quelque chose qu'elle regretterait toute sa vie, et elle ne le souhaitait pas. Teru se leva subitement puis se dirigea vers sa chambre où elle s'enferma. Elle avait beaucoup à réfléchir, si bien qu'elle ne savait pas par où commencer.

    Elle s'assit par-terre, le dos contre le mur, en entourant ses jambes ramenées à la poitrine de ses mains. Elle avait envie de rester là, sans bouger, que le monde se figeât. Elle se repassa la conversation dans la tête en réalisant un élément important. Pourquoi ne l'avait-elle pas immédiatement compris ? Elle avait réalisé pourquoi elle avait été abandonnée chez son père.

    Sa mère ne voulait pas d'elle.

    Elle n'était qu'une erreur, quelque chose qui n'aurait jamais dû arriver. Elle était une nuisance, le monde se porterait mieux sans sa présence. Teru éclata d'un rire nerveux qui se transforma progressivement en pleurs. Elle laissa couler une larme qui s'en suivit par une autre, et encore d'autres.

    Elle avait raison, elle ne pouvait réellement faire confiance à personne. Même sa mère l'avait abandonnée parce qu'elle dérangeait. Son frère qu'elle adorait lui avait menti toutes ces années. Depuis sa naissance elle était victime de trahisons.

    Teru se sentait horriblement seule, comme si elle était le dernier survivant sur Terre. Le monde extérieur ne comptait plus, il grouillait de traîtres au visage innocent. Même sa propre famille lui avait menti. Ceux sur qui elle pensait pouvoir compter avaient disparu. Elle était toute seule.

    La brune repensa à sa mère qu'elle ne connaissait même pas. Elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander qui elle était réellement, à quoi elle ressemblait... Et, surtout, pourquoi elle l'avait abandonnée. Si elle n'était qu'une erreur, elle aurait pu avorter. Si elle n'était que quelque chose de dérangeant, elle aurait pu choisir de ne pas la mettre au monde... Au moins, elle aurait moins souffert. Elle n'aurait pas connu cet endroit horrible.

    Même si cette femme l'avait abandonnée, Teru souhaitait quand même savoir quel genre de personne elle était. Riko ne lui avait rien dit sur son nom, son âge, son occupation... Elle ne savait rien. Si elle la rencontrait dans la rue, elle ne la reconnaîtrait probablement pas. Et elle, la reconnaîtrait-elle ? Il était dit qu'une mère reconnaissait toujours son enfant...

    Teru se demandait pourquoi elle s'embêtait à y songer. Si sa mère avait souhaité la revoir, elle serait allée à sa rencontre. Sôichirô l'en avait-il empêchée ? Toutefois, il était mort depuis trois ans, elle aurait pu prendre contact avec elle depuis tout ce temps...

    Il fallait bien regarder la vérité en face. Sa mère ne désirait aucun contact. Elle ne la considérait sûrement pas comme sa fille et avait dû l'oublier depuis longtemps. Elle s'était sans doute mariée et avait probablement eu des enfants de son côté.

    Quelle ironie, pendant trois ans elle avait cru qu'elle n'avait plus aucune famille, et voilà qu'elle apprenait que c'était faux. Si cela se trouvait, elle avait des petits-frères et des petites-sœurs qui, eux non plus, n'étaient pas au courant de son existence. Seule la mère savait tout.

    Un nouveau rire nerveux, très faible cette fois, s'échappa de sa gorge. Elle releva la tête qu'elle appuya contre le mur. La brune ne savait même plus quoi penser de cette situation. Devait-elle quand même aimer sa mère, pour la seule raison qu'elles partageaient le même sang ? Cette justification lui parut stupide.

    Teru ferma les yeux un moment, tentant de se calmer. Pourquoi s'énerver pour cette personne qui n'en valait même pas la peine ? Pourquoi se sentir triste pour quelqu'un qui se fichait éperdument de ce qui pouvait lui arriver ? Ces pensées ramenèrent de nouvelles larmes. Celle-ci se frotta les yeux, bien décidée à ne pas craquer. Cependant, le pire, dans cette histoire, était qu'elle ne pourrait plus jamais faire confiance à qui que ce fût.

    « Aide-moi, Daisy... »

    Son corps se pétrifia. Hein ? Qui était Daisy ? Devenait-elle folle ? Qu'est-ce que cela pouvait bien faire, de toute façon... Le monde se moquait bien que la misérable personne qu'elle était devienne folle. Elle n'avait personne sur qui s'appuyer, dorénavant. Ses amis la trahiraient certainement bientôt à leur tour.

    Cette pensée la stupéfia. Avec cette nouvelle, elle en avait oublié son but principal lorsqu'elle était revenue ici. Comment avait-elle pu laisser Riko la détourner de son objectif ? Pourquoi lui avait-elle raconté ce secret à la place ? Que cachait-elle encore ? Elle était forcément au courant de ce qui lui était arrivé un an plus tôt.

    « Il y a... Une personne qui t'aimait plus que tout. Elle a dû partir pour ton bien et en souffre. Tu ne t'en rends peut-être pas encore compte, mais elle est prête à tout pour ton bien. Alors, pour cette personne, je t'en prie, ne lui en veux pas. Pardonne-lui, elle ne mérite pas ça. »

    Ces paroles résonnèrent dans sa tête. Il y avait anguille sous roche, sa réponse cachait quelque chose de plus gros, elle en était certaine. Teru ne savait pas pourquoi, mais elle sentait qu'elle ne parlait ni de son frère, ni de sa mère. Mais, dans ce cas, de qui ? Qui ? Qui était cette personne ? Que lui cachait-elle encore ?

    Teru porta ses mains à sa tête qui commença à lui faire mal. Elle avait beau réfléchir, elle ne trouvait pas de réponse. Tout était lié à son accident un an plus tôt, elle le sentait. Mais pourquoi son cerveau ne répondait-il pas à ses attentes ? Lui cachait-il aussi des informations vitales ? Pourquoi ne parvenait-elle donc pas à se souvenir ?

    L'adolescente regarda distraitement l'une de ses mains, en repensant au sang rouge qu'elle avait vu plus tôt. Les rumeurs qui circulaient au sein de l'école avaient commencé à éveiller des soupçons chez elle, qui avaient été confirmés par le sang qu'elle avait vu. Il lui manquait un détail qui l'aiderait à tout comprendre, mais lequel ?

    Teru repensa à son rêve. Elle avait émis la folle hypothèse que l'homme en sang était Kurosaki. À partir de là, elle avait songé à diverses théories. Était-il cette personne dont Riko avait parlé ? Se connaissaient-ils donc réellement auparavant ? Dans ce cas, pourquoi était-il parti ? Comment cela avait-il pu la protéger ? De quoi ? De qui ?

    Son mal de tête la relança. Comme si elle avait besoin d'avoir affreusement mal à la tête à cet instant précis, alors qu'elle en avait besoin pour réfléchir. À chaque fois qu'elle approchait de la vérité, c'était comme si on la remettait au point de départ. Qu'est-ce qu'on lui cachait ?

    Ce n'était pas uniquement les autres, c'était aussi elle-même, comme si son corps refusait de se rappeler. Pourquoi avait-elle oublié ? Était-ce l'une des séquelles ? S'était-elle cognée la tête si fort qu'en plus de ses yeux, sa mémoire en avait pâti ?

    Teru tenta de respirer profondément tandis que son mal de tête s'accentuait. Il fallait qu'elle se calme. Si Kurosaki avait fait partie de sa vie et que ses amis le lui avaient caché, peut-être y avait-il une raison. Elle dramatisait sûrement trop. Cependant, concernant Riko, elle ne parvenait pas à envisager une telle solution. Elle ne pourrait pas lui pardonner si aisément.

    En quoi sa mère était-elle liée à sa perte de mémoire ? Elle ne parvenait à effectuer aucune relation. Comment lui révéler ce secret pouvait-elle l'aider à se souvenir ?
    Plus elle réfléchissait, plus sa tête lui faisait mal. Teru gémit en serrant sa tête dans ses mains de plus en plus fort, comme si cela pouvait l'empêcher de souffrir. Comme si la douleur pouvait disparaître aussi facilement. Sa conscience s'estompa progressivement et elle perdit connaissance.



    S'il y avait une chose dont Teru était certaine, c'était qu'il ne s'agissait pas encore de son rêve. Pourtant, elle voyait l'homme qui était dedans de dos. Elle avait beau courir, il restait intouchable, au loin. Elle tenta de l'appeler, or aucun son ne sortit de sa bouche. L'univers qui les entourait était tel du néant, il n'y avait rien autour.

    Les larmes coulaient le long de ses joues tandis qu'elle le suppliait de ne pas partir, de ne pas la laisser toute seule. Teru ne se contrôlait pas dans ce rêve. C'était comme si quelqu'un avait pris possession de son propre corps et qu'elle n'était qu'une simple spectatrice.

    L'homme ne réagit pas à ses pleurs. Teru ne parvenait pas à déterminer son identité, pourtant il paraissait familier malgré son apparence mystérieuse. Elle hurla un nom dont elle ne se rappela pas qui força l'homme à se retourner.

    Il était blond. Et grand. Avec des yeux bleus. Il semblait souffrir. Pourquoi ? La Teru de son rêve parut soulagée qu'il se fût retourné et parvint subitement à s'approcher de lui avant de se jeter dans ses bras.

    « Kurosaki... »



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Spoiler:
 


Dernière édition par Resha Tsubaki le Lun 21 Mai 2012 - 15:04, édité 1 fois
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Resha Tsubaki
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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Lun 20 Fév 2012 - 12:55


    Le soleil se leva doucement, apportant le jour avec lui sur le Japon. Les oiseaux piaillèrent, réveillant le voisinage qui se prépara pour se rendre au travail. Une éternelle journée débutait, nul ne laissait tomber sa routine du matin.

    Teru se réveilla en sursaut, toujours allongée sur le sol, recroquevillée. Depuis combien de temps avait-elle perdu connaissance ? En regardant autour d'elle, elle s'aperçut que le soleil était déjà levé. Elle avait passé toute la nuit par-terre.

    Ignorant les courbatures que son matelas de la nuit lui avait procuré, Teru se leva subitement, comme si elle était possédée. Elle sortit violemment de sa chambre puis quitta l'appartement sans se rendre compte qu'elle avait claqué la porte. Il fallait qu'elle se rende quelque part. Qu'elle vérifie quelque chose.

    L'adolescente courut à vive allure sur les trottoirs, le souffle court, sans faire attention aux passants qui ne remarquaient même pas sa présence, de toute manière, trop absorbés par leurs propres pensées. Teru avait l'impression de ne pas savoir où elle se rendait, mais de le savoir en même temps. C'était étrange. Elle ne savait même pas ce qu'elle attendait réellement, ni pourquoi elle agissait de cette façon.

    Trop fixée sur son objectif, Teru ne se rendit pas compte que le souffle lui manquait, elle tenait trop à vérifier de ses propres yeux si elle avait raison. Si toutes ces images dans sa tête étaient réelles et non pas le fruit de son imagination. Elle sentait que si elle le voyait, elle pourrait le confirmer.

    Sans le réaliser, Kurebayashi se retrouva devant la porte de l'école. Il y avait peu de monde dans les rues, en conséquence il devait être encore tôt ; le lycée était d'ailleurs désert. Elle s'arrêta subitement puis scruta les alentours, à sa recherche. Il devait être là. Elle avait vraiment besoin de le voir.

    Teru fit quelques pas en tremblant, l'adrénaline commençait à retomber. Elle serra les poings, en se demandant comment elle devait réagir à sa vue. À vrai dire, elle n'avait pas encore songé à ce scénario. Elle rit nerveusement en se frottant un œil lorsqu'une voix familière retentit derrière elle, la pétrifiant.

    « Eh, larbin, tu fais des heures supplémentaires ? Ça tombe bien, comment as-tu osé me laisser faire le boulot seul hier ! Tu vas trimer deux fois plus aujourd'hui ! »

    Ah ah. Il n'avait décidément pas changé. Sans même le voir, Teru reçut sa confirmation. Elle se trouvait dos à lui, cependant elle ne pouvait s'empêcher de sourire. Elle ne s'était pas trompée. Elle n'avait rien imaginé. C'était bien réel.

    « J'espère que tu finiras chauve, Kurosaki ! Même quand j'étais malade et que j'ai perdu mon portable tu m'as refilé tout le sale boulot à mon retour ! »

    Teru se mit à marcher, sans se retourner vers lui. Elle ne savait pas pourquoi, toutefois elle avait l'impression qu'elle aurait du mal à le regarder en face. Ce qu'elle n'avait pas prévu, c'était qu'il attrapât son bras afin de la retenir. Instinctivement, elle tourna la tête puis le regarda dans les yeux. Les siens reflétaient sa surprise ainsi que son espoir qu'elle eût enfin retrouvé la mémoire.

    Aucun ne prononça mot, ce n'était pas comme s'ils en avaient besoin. Kurosaki avait parfaitement compris, elle en était persuadée. Depuis son réveil, Teru n'avait pas songé un seul instant à sa mère. Au moment où elle s'était réveillée, elle avait retrouvé tous ces souvenirs perdus. Elle avait compris ce qui s'était passé.

    Elle se souvenait de tout : de Daisy, de la relation ambiguë qu'elle entretenait avec Tasuku, la boîte de musique qui était devenue la boîte de Pandore, la véritable raison de la venue de Riko... Elle s'en rappelait. De même que de l'accident.

    À ce moment-là, elle avait véritablement cru qu'il était mort. Elle était soulagée que ce ne fût pas le cas. Elle ne voulait même pas envisager une mort potentielle. Elle l'aimait beaucoup trop. Ses sentiments avaient refait surface en même temps que ses précieux souvenirs. Dorénavant, elle ne laisserait aucun des deux lui échapper. Pas après l'avoir finalement retrouvé.

    Sans s'en rendre réellement compte, Teru se retrouva dans les bras de Kurosaki. Cela faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas prise dans ses bras, où elle se sentait en sécurité et où elle avait pleuré maintes fois... Elle ferma les yeux en le serrant à son tour. Elle ne le laisserait plus partir ; et, de son côté, elle tâcherait de ne pas perdre à nouveau la mémoire.

    Ils restèrent longtemps ainsi, inconscients du monde extérieur. Tasuku n'avait jamais espéré une telle situation. Et surtout pas aussi rapidement. Lui qui avait été persuadé de ne plus jamais la revoir véritablement... Il était certain qu'elle ne retrouverait jamais la mémoire. Pourtant, la Teru qu'il connaissait se trouvait dans ses bras.

    Sa réaction la veille l'avait laissé perplexe. Kurosaki n'avait pas compris pourquoi elle avait semblé si paniquée à la vue de son sang. Avait-ce été un élément déclencheur pour sa mémoire ? Quoi qu'il en fût, il en était comblé. Sa Teru était là, juste sous ses yeux. Il jura de ne plus la laisser partir, peu importaient les sacrifices. Et lui non plus ne la quitterait plus. Un an sans sa présence avait été intenable et il ne souhaitait pas renouveler l'expérience.

    Ils restèrent un long moment ainsi, en silence. Aucun élève ne se trouvait là en raison de l'heure. Les deux se moquaient bien d'être vus, de toute façon. Seul ce moment comptait. Teru, pour la première depuis un an, se sentait bien. Elle avait toujours eu l'impression d'être tendue, pourtant là elle se sentait totalement relaxée, ainsi que protégée. Comme si tout allait parfaitement bien...

    Toutefois, une pensée la réveilla complètement. Elle repoussa Kurosaki en fixant le sol. Jusque là, elle n'avait pas songé à ce qui s'était passé la veille, le fait que tout le monde l'avait trahie. Après tout, lui aussi lui avait menti en lui faisant croire qu'ils ne se connaissaient pas. Pouvait-elle lui faire entièrement confiance comme avant ? Était-elle seulement capable croire quelqu'un de tout son être dorénavant ?

    « Pourquoi m'as-tu menti ? »

    Tasuku, d'abord stupéfait et blessé par son rejet, comprit sa réaction lorsqu'elle lui posa cette question. Il ne savait pas exactement ce qui s'était passé la veille, néanmoins, en la prenant dans ses bras, il avait senti qu'elle était fragile. Oui, c'était le mot. Pensait-elle qu'il l'avait trahie ? En restant, elle aurait été blessée encore plus gravement.

    « Tu préférais que je te dise la vérité quand je t'ai sauvée ? Tu m'aurais cru ? »

    Teru se tut, consciente de l'absurdité de sa question. Évidemment, elle ne l'aurait jamais cru. Elle l'aurait pris pour un taré tentant de l'approcher par tous les moyens. Sa réponse paraissait logique, cependant elle ne pouvait s'empêcher de douter de lui, ne serait-ce qu'un tout petit peu.

    L'adolescente n'osa pas le regarder dans les yeux, ne s'en sentant sans doute pas capable. S'il était parti un an auparavant, il devait avoir une bonne raison. Y avait-il un lien avec l'accident de voiture ? Elle sentait que c'était le cas. Mais, lequel ? S'était-il senti coupable qu'elle fût blessée ce jour-là ? Connaissait-il l'identité de celui ou celle qui les avait renversés ? Y aurait-il une affaire plus profonde sous les apparences ?

    Cet accident... En était-il vraiment un ? N'avait-il pas été provoqué, puisque le conducteur s'était enfui ? Pour quoi leur en voudrait-on ? Kurosaki aurait-il été la cible, puisqu'il s'était exilé juste après ? Était-ce encore une affaire dont on l'avait écartée et dont elle ne savait rien ? Encore une fois, on lui cachait des choses et cela la déplaisait fortement.

    Malgré toutes ses questions, tous ses doutes, Teru ne souhaitait pas être séparée de Kurosaki. Elle ne voulait qu'il parte. Elle désirait qu'il reste auprès d'elle, peu importait sa trahison. Pourvu qu'il restât à ses côtés... Elle était suffisamment perdue ainsi. Elle ne supporterait pas un nouveau départ.

    Teru serrait sa chemise en gardant les bras tendus, imposant une certaine distance. Il y avait une dernière chose qu'elle désirait savoir. En fonction de sa réponse, elle saurait si elle serait en mesure de lui faire à nouveau confiance. Elle souhaitait savoir combien de personnes l'avaient trahie, en plus du couple Sôichirô et Riko.

    « Est-ce que Sôichirô t'a mis au courant, toi aussi ? »

    Tasuku haussa un sourcil. De quoi parlait-elle ? De ses travaux qu'il lui avait confiés ? Dans ce cas, il aurait mis au courant de quoi exactement ? De leur contenu ? Sa question n'était pas logique. Il lui fit part de son ignorance quant à ce sujet puis senti qu'elle agrippa sa chemise plus fort. Teru releva enfin la tête, le regardant dans les yeux puis se mit à crier avec colère.

    « Je te parle de ma mère ! Toi aussi, tu savais ?! Toi aussi, tu me l'as caché et m'as trahie, comme Riko et Sôichirô ?! »

    Kurosaki écarquilla les yeux. Mais de quoi parlait-elle ? Quelle était cette histoire ? Qu'est-ce que Riko avait foutu hier soir ? Que se passait-il exactement avec sa mère ? Sô lui avait raconté qu'elle était morte à la naissance de Teru et que leur père était décédé trois ans après, en conséquence il avait pris soin d'elle jusqu'à sa mort.

    Quelle était cette trahison de la part du couple ? Tasuku avait du mal à imaginer Sôichirô trahissant sa petite-sœur qu'il vénérait plus que tout. Il y avait forcément une explication. Et puis, quelle était cette soit-disant trahison ? Teru ne se serait-elle pas trompée quelque part ?

    La colère lui avait mis les larmes aux yeux. Teru serrait toujours la chemise du jeune homme et n'essuya pas donc pas les larmes qui menaçaient de couler à tout instant. Pourquoi restait-il silencieux, bon sang ?! Ne pouvait-il pas lui répondre ? Elle écarquilla les yeux lorsqu'il la prit dans ses bras en posant une main sur sa tête.

    Kurosaki lui raconta ce qu'il savait, ce qui fit comprendre à l'adolescente qu'il ne l'avait pas trahie. Pas lui. Cette confirmation la soulagea. La seule personne qu'elle pouvait croire de tout son être était de son côté. Kurosaki était toujours là. Teru ne put empêcher quelques larmes de soulagement couler tandis qu'elle fermait les yeux, toujours agrippée à sa chemise.

    « Eh, larbin, tâche de ne pas t'endormir.
    - Sois chauve. »

    Tout allait bien. Tant que Kurosaki restait à ses côtés, tout irait bien, peu importaient les trahisons qu'elle avait subies et subirait encore... Parce qu'il était là, près d'elle, et qu'il ne partirait plus. Ou du moins c'était ce qu'elle pensait de tout son être.

    Teru hésita à lui raconter la vérité sur sa mère, puis se ravisa. Elle lui confierait ce secret, bien entendu, mais plus tard. Elle n'avait pas le cœur à gâcher cette ambiance. Elle souhaitait juste rester dans ses bras, dans ce temps suspendu, sans se rendre compte que quelqu'un les observait de loin.

    À présent qu'elle avait retrouvé la mémoire, Tasuku commençait à s'inquiéter. Elle ne lui en voulait pas, ce qui signifiait qu'ils recommenceraient à être proches comme avant. Ce rapprochement n'était pas sans risque, puisque leurs agresseurs pouvaient refaire surface à n'importe quel moment, malgré cette année de silence.

    Cependant, il restait quelque peu confiant. Il se sentait dorénavant prêt à affronter tous les dangers pour son bien. Ce n'était pas ces gens qui allaient gâcher son bonheur. Il ne savait pas ce qu'avait trafiqué Riko, puisqu'elle avait l'air d'être intervenue, néanmoins il la remerciait sincèrement. Même si elle n'allait pas tarder à réclamer une compensation... Avec elle, mieux valait être préparé pour toutes les situations. Il savait tout de même qu'elle ne lui demanderait pas de partir à nouveau.

    Soudain, Tasuku sentit un regard insistant posé sur eux. Quelqu'un les épiait. Il tourna violemment la tête vers un angle de la rue qui était désert. L'inconnu s'était envolé. Qui était-ce ? Son instinct lui indiquait que ce n'était pas un élève membre du club de journaliste qui comptait faire circuler une photographie d'eux deux au sein de l'école. Dans ce cas, qui était-ce ? Serait-ce ces personnes ?

    Bien entendu, Teru n'avait rien remarqué. Elle avait les yeux fermés et la tête posée contre son torse. À cette image, il fut plus que jamais motivé pour la protéger. Elle était si petite, si fragile... Comme un roseau. Même si un roseau se pliait sans se briser. Lorsqu'ils agiraient, il serait prêt à les recevoir. Il en faisait le serment.



    La journée passa doucement. Elle était identique aux précédentes pour tous, sauf pour Teru. Elle passait son temps à réfléchir, ne prêtant pas grande attention à ce que disait le professeur, ce qui lui causa quelques troubles au moment où elle fut interrogée. Elle resta quelque peu distante avec ses amis, parlant peu et les examinant en parlant. Pouvait-elle leur faire à nouveau confiance après lui avoir caché la vérité sur Kurosaki pendant un an ?

    En les regardant, Teru remarqua qu'ils n'avaient absolument pas changé, dans la mesure où la présence ou l'absence du blond ne paraissait pas altérer leur amitié. Était-ce Riko qui leur avait demandé de ne rien dire sur lui ? De lui cacher une partie de sa vie ? Elle hésita à leur avouer qu'elle avait retrouvé la mémoire puis se ravisa, préférant trouver un moment propice.

    Kurebayashi réfléchit longuement puis essaya de se mettre à leur place : s'ils avaient parlé de Kurosaki, cela ne lui aurait certainement fait aucun bien. La situation aurait pu empirer. L'auraient-ils protégée, durant tout ce temps ? Ne l'avaient-ils trahie que pour son propre bien ? Pouvait-elle continuer à leur faire confiance, malgré leurs mensonges ? Car, au fond, ils n'étaient pas si méchants... Ils étaient ses amis.

    À la fin des cours, Teru rangea ses affaires qu'elle avait laissés au lycée la veille puis alla rejoindre Kurosaki qu'elle trouva en pleine discussion avec Kiyoshi. Était-il redevenu son larbin numéro deux ? Ou bien ne faisaient-ils que discuter ? Kurosaki était-il en train de lui expliquer la nouvelle situation ?

    « Kiyoshi, ne me dis pas qu'il a trouvé une excuse pour que tu redeviennes son second esclave... Je te croyais plus futé que ça. »

    Teru ne remarqua la mine dépitée de son ami qui parut ne remarquer que maintenant qu'elle avait retrouvé la mémoire. Dos à eux, elle esquissa un sourire. À présent, la nouvelle allait faire le tour et tout redeviendrait définitivement comme avant... Il n'y aurait plus aucun secret entre eux. Elle pourrait parler à nouveau à cœur ouvert à Rena ainsi que Haruka.

    Ses amis n'avaient pas été son seul sujet de réflexion de la journée. Elle avait décidé de leur pardonner, cependant ce ne fut pas aussi concluant de l'autre côté. Bien évidemment, son second souci était sa mère. Apparemment, exceptés Riko de même que son frère, nul n'était au courant, ce qui ne la déplaisait pas. Car, si une autre personne était au courant, cela aurait dû être Kurosaki, or il ne savait rien.

    Teru ne connaissait pas l'identité de sa mère, même si elle pouvait la demander à Riko à qui elle hésitait à adresser la parole pour le moment. Toute la journée, elle avait pesé le pour et le contre concernant une rencontre potentielle avec sa mère.

    Plus que tout, elle désirait savoir pourquoi elle l'avait abandonnée, même s'il était clair et net qu'elle n'avait pas voulu de son existence dans sa vie. Elle avait été assez stupide pour croire que ce genre de scénario n'existait que dans les films, sans envisager une seule seconde le fait qu'elle pût être concernée.

    Ce sujet l'attristait et la rendait en colère en même temps. Inconsciemment, elle avait déjà pris sa décision depuis la veille, néanmoins elle ne l'avait pas admis et tentait d'aller plus loin, même si son choix était clairement fait. C'était son choix, son vœu.

    Teru posa sa tête contre une vitre. Elle comptait mettre Kurosaki au courant au plus vite. Elle repensa à Riko : elle ne voulait pas rentrer à l'appartement ce soir, sachant qu'elle y serait. L'adolescente ne se sentait pas encore capable de lui faire face, elle avait besoin d'encore un peu de temps pour digérer la nouvelle ainsi que le nouveau point de vue dont elle la regardait dorénavant.

    Teru se demanda si Kurosaki possédait encore son appartement ; même s'ils étaient voisins, elle préférait largement dormir chez lui plutôt que chez elle et de prendre le risque de croiser Riko. De toute façon, il ne refuserait pas si elle le lui demandait. Elle avait le sentiment qu'il ne pouvait quasiment rien lui refuser. Alors autant en profiter. Puis elle en profiterait pour lui raconter ce qu'elle avait appris la veille au soir.

    Durant un instant, elle envisagea de lui confier en même temps les séquelles qu'elle avait eues de l'accident mais s'avisa. Il ne ferait que se sentir coupable, alors que ce n'était nullement sa faute. Pour son bien, elle lui cacherait son handicap, quand bien même il lui fallait mentir. Après tout, elle n'était pas non plus une gentille fille.

    Teru enfila la casquette puis se dirigea vers Kurosaki qui l'attendait pour s'occuper des corvées de la journée. Cette année ne l'avait décidément pas changé. Il lui donna sa veste puis s'installa sur une chaise longue en pianotant sur son ordinateur. Durant tout ce temps, elle n'avait pas pensé au fait qu'il était aussi Daisy... Elle sentait qu'ils ne retrouveraient jamais cette relation, puisqu'elle n'avait plus son portable et que tous deux savaient qu'elle était courant.

    La brune saisit un balai puis balaya distraitement, en songeant à sa mère. Il n'y avait pas de regrets à avoir quant à sa décision. Et pourquoi nourrir des remords pour cette femme qui se moquait bien de savoir si elle était vivante ou morte ? Teru donna un fort coup de balai, bien décidée à ne plus y penser.

    Puisque sa mère ne voulait pas d'elle, alors Teru ne voulait pas avoir affaire à cette femme non plus. Elle ne chercherait pas à la retrouver ni à connaître son identité. Elles resteraient des inconnues autant pour l'une que pour l'autre.

    Car, après toutes ces épreuves, Teru n'avait pas envie d'une personne qui ne voulait pas d'elle.



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Dernière édition par Resha Tsubaki le Lun 21 Mai 2012 - 15:06, édité 1 fois
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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Ven 20 Avr 2012 - 13:21


    Cette longue journée arriva finalement à son terme. Les lycéens étaient déjà rentrés chez eux depuis longtemps, même si certains d'entre eux sortaient entre amis. Teru, de son côté, attendait que Kurosaki finisse ses tâches quotidiennes afin de rentrer avec lui.

    Kurebayashi lui avait demandé si elle pouvait dormir chez lui cette nuit. Elle avait déjà passé moult soirées à son domicile auparavant, ce n'était qu'une de plus, après tout. Elle prendrait le canapé, comme d'habitude, en l'empêchant de lui donner la chambre de force. Elle n'était pas bien grande, en conséquence celui-ci lui convenait parfaitement. Elle n'avait pas grandi depuis un an, pour sûr.

    Teru serra un poing. Elle n'avait pas envie de voir Riko, elle ne s'en sentait pas encore capable. Elle ne pouvait retirer de son esprit le fait qu'elle lui avait menti, tout comme son grand-frère sur un sujet qui la concernait directement. Elle ne sentait pas prête à lui pardonner. Un jour, sans doute, pourrait-elle la regarder dans les yeux sans ressentir cette vague de dégoût qu'elle lui inspirait.

    Un coup de vent fit voler ses cheveux. Teru les coinça à nouveau derrière son oreille avant de se remettre à balayer. Kurosaki lui avait dit qu'il en aurait pour encore une demi-heure, vraisemblablement moins si elle l'aidait. Il ne manquait pas la moindre occasion pour lui refiler du travail. Pourquoi continuait-elle à l'accepter ? Elle pourrait l'attendre sans rien faire.

    Quoiqu'elle s'ennuierait. L'adolescente brune soupira et agita le balai machinalement, les yeux dans le vague. Elle n'avait retrouvé la mémoire que le matin même, pourtant elle n'avait pas l'air de rencontrer le moindre problème d'adaptation. Tout lui paraissait si... Normal. Comme si cette année n'avait jamais existé.

    Teru se demandait ce que Kurosaki avait fait durant son absence. Où s'était-il rendu ? Pourquoi avait-il dû partir ? Cette histoire possédait-elle un lien avec leur accident de voiture ? Qui l'avait provoqué, d'ailleurs ? Avait-ce été volontaire ou bien fortuit ? Le conducteur s'était-il enfui par peur, ou bien avait-ce été un coup calculé ?

    Teru avait la désagréable sensation qu'on lui cachait d'autres éléments majeurs. En négociant, elle pourrait sans doute obtenir les réponses à ses questions. Riko était assurément au courant, elle n'en doutait pas un seul instant. Les deux étaient sûrement de mèche. Avaient-ils communiqué durant cette année ? Avait-il été mis au courant de sa situation durant son absence ? Savait-il pour ses séquelles ?

    Son petit doigt lui disait qu'il ne savait absolument rien sur le dernier point. Intuition féminine, bien sûr. S'il venait à être informé, il se sentirait coupable, alors qu'il n'était responsable en rien. La faute était celle du conducteur qui leur était rentré dedans. Tout comme Riko, Kurosaki chercherait un médecin alors que rien ne pouvait guérir son mal.

    Depuis le temps, elle avait appris à vivre avec. À quelques moments, c'était plutôt difficile. Certaines occasions lui rappelaient qu'elle était différente des autres, qu'elle n'était plus « normale ». Son médecin lui avait même révélé qu'on pourrait lui donner une carte handicapé. La bonne blague.

    Teru se frotta les yeux. Son handicap ne l'empêchait pas de vivre. Quand bien même elle n'était plus comme la moyenne, elle continuait sa vie sans le moindre souci. Ou presque. Riko insistait pour qu'elle allât chez l'ophtalmologiste régulièrement afin de prévenir la moindre dégradation. Du temps perdu, néanmoins elle s'y rendait afin de ne pas l'inquiéter encore plus.

    Malgré ses mensonges, Teru devait admettre que Riko s'était toujours parfaitement occupée d'elle, comme si elles étaient des membres de la même famille. Leur écart d'âge de dix-huit ans était trop grand pour qu'elles fussent sœurs, et insuffisant pour un lien de parenté.

    Un instant, ses pensées s'égarèrent, elle en alla jusqu'à se demander l'âge de sa mère biologique. L'avait-elle eue jeune, pour l'avoir abandonnée ? Elle aurait pu être déjà une mère de famille d'une bonne trentaine d'années qui aurait caché sa grossesse et l'aurait vite écartée de sa vie à la naissance. Quoiqu'elle aurait pu la faire passer pour la fille de son mari.

    Cette théorie était possible, toutefois Teru ne l'envisageait pas réellement. Elle pensait plutôt que sa mère l'avait eue trop tôt et qu'elle n'avait pas été capable de prendre soin d'elle. Néanmoins, cela ne pardonnait rien. Si elle s'était sentie capable de l'élever par ses propres moyens plus tard, elle serait revenue la chercher. Or, elle n'était jamais réapparue dans sa vie.

    Kurebayashi se frotta à nouveau les yeux afin d'empêcher les larmes de tomber. Elle ne pleurerait pas. Certainement pas pour cette femme qui ne méritait pas sa tristesse. Et puis, de toute façon, elle avait pris sa décision. Puisque sa mère n'avait pas désiré sa présence dans sa vie, alors elle ne voulait pas d'elle non plus. Elle ne ramperait certainement pas jusqu'à elle pour la supplier de la reprendre.

    Le balai toujours entre ses mains, Teru secoua la tête. Il lui fallait chasser ces pensées. Sa mère ne méritait pas son attention. Elles avaient été et resteraient pour toujours des étrangères. Si elle avait souhaité exercer son rôle de mère à un moment donné, elle avait eu tout un tas d'occasions pour passer à l'action, surtout depuis la mort de Sôichirô, où elle s'était retrouvée toute seule.

    Ou presque. Daisy avait toujours été présent pour elle. L'adolescente l'avait rencontré à son insu deux après le décès de son grand-frère. Elle l'avait détesté au début. Il n'était qu'un pervers qui l'exploitait sans vergogne en jouant à des jeux stupides sur son ordinateur. Elle ne parvenait pas à imaginer que cet homme maléfique pût être son héros.

    Lorsque la boîte de Pandore s'était ouverte, elle s'était rendue compte qu'au fond d'elle-même elle connaissait déjà ce lien entre ces deux personnes jouant une part majeure dans sa vie. Car Kurosaki faisait toujours semblant d'être méchant, alors qu'il était toujours présent lorsqu'elle avait besoin d'aide. Il l'avait sauvée maintes fois et se tenait à chaque instant à ses côtés.

    Son sixième sens lui soufflait que Kurosaki avait compris son manège. Elle avait feint l'ignorance, fait comme si cette soirée ne s'était jamais produite, cependant il était possible qu'elle eût dit ou fait quelque chose de faux qui aurait compromis toute sa mascarade. Pourtant, il n'avait rien changé dans son attitude.

    Teru sentait qu'ils auraient de nombreux sujets de conversation pour la soirée, quand bien même ils avaient à présent tous les soirs du monde. Elle lui demanderait les détails de l'accident ainsi que ce qui lui était arrivé durant cette année ; en échange, elle lui confierait la vérité sur sa mère. Toutefois, elle ne lui révélerait rien concernant ses séquelles.

    Peu étaient au courant. Seuls Riko, Kiyoshi, Rena et Haruka le savaient, notamment parce qu'ils l'avaient remarqué. Une situation l'avait forcée à leur révéler son handicap. Ils avaient compati, mais fort heureusement leur attitude à son égard n'avait pas changé pour autant. Ils étaient toujours les mêmes.

    Kiyoshi allait certainement leur annoncer la fin de son amnésie et Haruka lui demanderait tous les détails de sa soirée en compagnie du blond. Aucune chance d'y échapper, ce serait sous-estimer son amie. Et Rena s'incrusterait probablement dans leur conversation afin d'en connaître l'étendue. Tout redeviendrait comme avant...

    Teru souriait bêtement lorsque la voix de Kurosaki la ramena à la réalité. Elle en avait presque oublié qu'elle balayait le même centimètre carré depuis une demi-heure. Elle espérait qu'il ne l'eût pas remarqué ou bien il risquait de l'embêter et de vouloir savoir à quoi elle songeait. Cependant, ses pensées n'appartenaient qu'à elle-même, même lui ne saurait pas tout.

    Tasuku lui annonçait qu'ils rentraient. Soulagée de ne plus avoir à répéter les mêmes idées en boucle, elle rangea le matériel puis le suivit jusque dans sa voiture qui, elle nota, avait changé. Elle se demandait parfois où il trouvait tout l'argent pour se permettre un appartement plutôt vaste ainsi qu'une voiture neuve, alors qu'un salaire de gardien ne rapportait en général pas beaucoup. Il avait probablement ses petits secrets...

    De manière à justifier son refus de dormir chez elle ce soir, Teru avait affirmé qu'elle ne souhaitait pas voir sa colocataire pendant quelques temps. Bien entendu, le blond l'accepterait chez lui autant de temps qu'elle désirait, alors pourquoi ne pas en profiter ? De toute façon, il attendrait le soir pour l'interroger et elle n'y échapperait assurément pas. Ni aux tâches ménagères, d'ailleurs.



    Son appartement n'avait pas du tout changé. C'était toujours le même à côté du sien. Teru était soulagée de savoir qu'il n'avait pas été dérangé, elle se sentait en conséquence plus en sécurité dans ce lieu connu où elle avait, après tout, vécu quelques semaines. En revanche, l'adolescente remarqua clairement, dès son arrivée, les conséquences d'un an d'absence et de peu de ménage. Pas question de chômer, il fallait nettoyer tout cela.

    À sa grande surprise, Kurosaki se joignit à la tâche. Pendant qu'il passait l'aspirateur, elle époussetait les meubles qui en avaient grand besoin. Il devait être de retour depuis au moins deux semaines et il n'avait même pas passé un coup de balai ? Il n'était pas seulement bordélique, mais totalement négligé. Ils nettoyaient en silence, en profitant de la compagnie de l'autre.

    Une fois sa tâche terminée, Teru voulut passer la serpillière et se dirigea dans la cuisine, où elle trouva divers produits. Qui aurait cru que ce voyou en posséderait autant ? Néanmoins, elle ne sut lequel convenait, et si elle se trompait, il allait lui en faire voir de toutes les couleurs.

    « Kurosaki, tu utilises quel produit pour laver les sols ?
    - La bouteille bleue.
    - Tu ne peux pas plutôt me dire la marque ? »

    Le bruit de l'aspirateur cessa. La jeune fille n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que Tasuku se trouvait dans l'encadrement de la porte en train de l'examiner du regard. Sa tension montait. Ce qu'elle craignait était sur le point de se produire, son secret allait être exposé à ses yeux. Ne pouvait-il pas simplement lui donner le nom du produit pour ensuite retourner à ses occupations ? Ce serait tellement plus facile, ainsi elle ne rencontrerait aucun problème. Pitié qu'il arrêtât de la fixer ainsi...

    « Quoi, larbin, t'as oublié les couleurs ? Il devrait y avoir de la place en maternelle, tu sais. »

    Teru sourit tristement. Il ne comptait pas lâcher l'affaire. Elle-même était nulle pour mentir, et cela n'apporterait rien de bon. Elle ne pensait pas être dévoilée au grand jour aussi vite. Elle ne pouvait décidément rien lui cacher, il finissait par tout découvrir. Toutefois, elle avait souhaité garder ce secret avec elle de manière à ne pas lui apporter plus de tracas qu'il n'en avait déjà actuellement...

    Elle était absolument incapable de lui venir en aide. Il avait certainement d'autres soucis en ce moment et elle allait y ajouter les siens. Si cela se trouvait, l'accident était de sa faute. Sans doute avait-il dû partir ensuite à cause d'elle. Teru n'était au courant de rien pour cette histoire et cela l'angoissait, elle s'imaginait les pires scénarios.

    Depuis qu'elle avait retrouvé la mémoire, elle réfléchissait. Si elle était l'origine des problèmes de Kurosaki, finirait-il par la quitter, tout comme sa mère l'avait abandonnée ? Se retrouverait-elle toute seule, sans le moindre soutien, son frère étant mort ? Cette pensée l'effraya. S'il partait, elle ne le supporterait pas. Même si cela signifiait lui cacher des choses.

    Devant son silence, l'homme blond commença à perdre patience. Il continuait à fixer l'adolescente qui paraissait trembler. Que lui cachait-elle ? Riko lui aurait-elle dissimulé des éléments sur sa santé ? À cet instant elle semblait si fragile... Qu'est-ce qui pouvait bien l'effrayer à ce point ? Il s'apprêta à prendre à nouveau la parole lorsqu'elle eut un léger rire nerveux puis répondit d'une voix grave.

    « Je suppose que je ne sais pas... Je ne sais plus. »

    Kurosaki écarquilla les yeux. Que voulait-elle dire par cela ? Comment pouvait-elle ne pas reconnaître les couleurs, un apprentissage de base pourtant ? Cet élément possédait-il un lien avec l'accident d'un an plus tôt ? Était-ce donc de sa faute ? Si seulement il avait été capable de mieux la protéger... Par sa faute, elle était vraisemblablement beaucoup souffert. Ses pensées furent interrompues par la voix de Teru qui lui apportèrent les explications qu'il recherchait, à son plus grand malheur.

    « Le rouge, le bleu, le jaune... Quelle importance ? Pour moi tout est gris. »

    Teru ne parvenait pas à croire qu'elle l'avait dit. Son secret. Ses séquelles. Depuis l'accident, elle ne distinguait plus les couleurs, elle vivait dans un monde noir et blanc. Sans qu'elle comprît pourquoi, seul le sang de Kurosaki était coloré, c'était d'ailleurs ce qui avait attiré son attention. Depuis un an, sa vue ressemblait à un vieux film, elle avait parfois du mal à se représenter des couleurs dans la tête.

    L'adolescente avait peur de les oublier, même si elle n'était dorénavant plus capable de les distinguer. Elle sentait qu'elle pourrait les reconnaître, néanmoins il lui était difficile d'en faire une image dans son esprit. Petit à petit, ses souvenirs perdaient leurs couleurs pour devenir monotones. Cette réalité la terrorisait, elle avait l'impression de perdre une part de son humanité.

    Qu'était-ce, des larmes ? Mais non, voyons, elle ne pouvait pas pleurer. Elle ne devait pas pleurer. Elle ennuyait Tasuku déjà suffisamment avec ses histoires, elle ne pouvait pas continuer ainsi. Elle devait devenir indépendante et forte afin d'arrêter de se reposer sans cesse sur lui. Si elle continuait de cette manière, il la quitterait, tout comme sa mère. Plus que tout, elle avait peur de se retrouver seule.

    Les bras de Kurosaki la ramenèrent à la réalité et lui firent écarquiller les yeux. Aucun ne prononça mot, il n'y avait rien à dire. Ils n'avaient pas besoin de se parler pour se comprendre. Teru posa sa tête contre son torse et s'agrippa à son tee-shirt, comme elle l'avait déjà fait autrefois. Elle ne sanglotait pas, ni ne pleurait vraiment ; les larmes coulaient juste le long de ses joues.

    Elle gardait constamment à l'esprit l'idée qu'il puisse partir à n'importe quel moment. Dès demain, elle s'améliorerait, c'était promis. Elle ne créerait plus aucun problème ni ne dépendrait sans cesse de Kurosaki. Elle se moquait bien de cacher éternellement ses sentiments, pourvu qu'il restât à ses côtés. Bien entendu, elle désirait ardemment qu'il l'aimât lui aussi, cependant elle refusait de lui imposer ce qu'elle ressentait. Elle préférait qu'il fasse le premier pas.

    Teru se sentait en sécurité dans ses bras, comme si nul n'était en mesure de l'atteindre. Comme si elle se trouvait dans un monde plus beau où tous ses ennuis s'envolaient pour ne jamais revenir. Elle désirait y rester, bien qu'elle ne pût malheureusement pas. Elle se moquait bien que ses sentiments ne fussent pas réciproques, tant qu'ils conservaient cette relation.

    Sa tête contre son torse, elle écoutait les battements de son cœur qui la calmaient. À ce rythme-là, elle allait s'endormir, comme à chaque fois qu'elle pleurait. Comme par hasard, elle se trouvait toujours à ses côtés dans ces moments-là. Quel hasard, en effet... Néanmoins, elle souhaitait lui dire quelque chose, sans quoi ni l'un ni l'autre n'aurait l'esprit tranquille.

    « Ce n'est pas de ta faute. S'il te plaît, n'y pense plus, et un médecin ne servira un rien, c'est incurable. Mais ne t'en fais pas, je vais bien. Ce n'est pas grave... »

    Était-elle seulement certaine de sa dernière phrase ? Tasuku se posait la question. Était-ce réellement sans importance ? Il sentait la tristesse qu'elle avait accumulée dans sa voix. Teru lui demandait de ne pas chercher de remède, or il savait d'ores et déjà qu'il ne l'écouterait pas ; il avait sa part de responsabilité dans cette affaire, si elle ne s'était pas trouvée dans sa voiture au moment de l'accident, elle n'aurait pas été impliquée. Alors, bien sûr qu'il était coupable, ne serait-ce que partiellement.

    Tous les deux avaient encore beaucoup de choses à se raconter, il fallait rattraper le temps perdu. Il souhaitait entendre tout ce qu'elle avait fait durant cette année, de même que cette histoire avec sa soit-disant mère ainsi que Riko. Il avait beau se creuser la tête, il ne comprenait pas très bien ce qui se passait. De son côté, il lui expliquerait la raison de son départ ainsi que de la raison de cet accident. Riko ne l'avait probablement pas mise au courant, alors il s'en occuperait lui-même.

    La journée suivante serait longue. Il ne lui cacherait plus rien, il se le promit. Elle connaissait déjà son identité en tant que Daisy, ainsi il pourrait lui révéler l'existence de ces fameux travaux de son frère très recherchés qui se trouvaient en sa possession. Daisy n'était apparemment plus nécessaire, elle ne lui avait d'ailleurs pas écrit.

    Les deux jeunes ne risquaient certainement pas de passer la nuit à parler ; Kurosaki sentait un poids mort dans ses bras. Comme il l'avait prévu, Teru s'était endormie. Après avoir pleuré, elle avait toujours l'habitude de s'endormir, cette fois-ci n'était pas une exception, même un an après.

    Tel le chevalier servant qu'il était, Tasuku la porta puis se dirigea vers la chambre afin de l'installer dans le lit ; il se moquait bien de prendre le canapé, à vrai dire. Si elle était réveillée, ils seraient actuellement en pleine guerre afin de donner le lit à l'autre. Toutefois, il possédait un avantage cette fois : elle n'était pas en mesure de protester dans son état actuel.

    En revanche, après avoir allongé Teru dans le lit, Kurosaki eut une légère impression de déjà vu : celle-ci s'agrippait à son tee-shirt et refusait absolument de le lâcher. Était-elle seulement endormie ? Il tenta de la faire réagir, pourtant celle-ci resta de marbre, comme toute personne endormie. S'avouant vaincu, le jeune homme soupira puis l'embrassa sur le front avant de s'allonger à côté d'elle en attendant qu'elle lâchât son vêtement.

    Il repartirait une fois libéré, bien sûr. Même s'il n'avait pas prévu l'arrivée du marchand de sable...



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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Mar 22 Mai 2012 - 13:00


    En tous points de vue, cette femme était absolument dans la moyenne : le matin, elle se levait pour travailler, sortait raisonnablement avec des amis, avait eu quelques amants. Mis à part le fait qu'elle n'était pas mariée ni n'avait d'enfants ou de famille proche, vraisemblablement, elle se fondait parfaitement dans la masse qui ne lui portait pas grande attention, comme elle le désirait.

    Apparemment, elle n'avait rien de particulier à raconter de sa vie. Ses amis très proches, autrement dit un ou deux, savaient qu'elle avait coupé les ponts avec ses parents à l'âge de seize ans, or c'était tout. Nul n'était au courant de ce secret qu'elle cachait depuis presque vingt ans et qui avait récemment refait surface.

    Depuis cet événement, elle avait progressivement continué sa vie, fait comme si rien ne s'était produit les mois derniers. On n'avait d'ailleurs pas essayé d'entrer en contact avec elle, comme elle l'avait planifié. Après tout, il ne connaissait même pas son nom, comment aurait-il donc pu la retrouver ? Elle avait disparu dans la nature.

    Au bout de quelques mois, l'envie l'avait prise d'aller prendre des nouvelles, car ne pas savoir la rongeait de l'intérieur : s'occupait-il bien d'elle ? À quoi ressemblait cette famille ? Était-elle aimée comme il fallait ? Était-elle au courant de l'identité de sa véritable mère ? Néanmoins, elle resta fidèle à la promesse qu'elle s'était faite à elle-même et resta éloignée. Elle ne pouvait ignorer cette décision qu'elle avait prise avant de la lui donner.

    De nombreuses années s'étaient écoulées depuis ; elle avait presque l'impression que cet événement n'était qu'un rêve parfois, si ce n'était pour les vergetures qu'elle avait gagnées durant cette période. Elle faisait tout pour ne pas y penser, souhaitant laisser cet événement à part dans sa vie. Cette dernière était stable, elle ne s'en plaignait pas.

    Cela faisait plus de dix-sept ans que Kaoru avait laissé cette histoire de côté, elle n'espérait même pas en entendre parler jusqu'à la fin de sa vie. Elle avait atteint son objectif, et pouvait continuer sa vie comme elle en avait l'habitude. Mais alors, dans ce cas, pourquoi ressentait-elle ce vide en elle ? Elle avait choisi elle-même de l'effacer de son existence, de faire comme si elle n'avait jamais existé.

    Pourtant, alors qu'elle s'y attendait le moins, le passé avait refait surface. Kaoru avait cru que cette histoire avait été oubliée. Elle qui ne connaissait personne du nom de Teru avait eu la plus grande des surprises en l'entendant étrangement plusieurs fois en peu de temps. Une femme d'environ son âge s'était invitée à sa table dans un café alors qu'elle grignotait une pâtisserie.

    « Bonjour, mademoiselle Takashi. Le nom de Teru ne vous dit probablement rien, pourtant c'est la personne que vous connaissez le mieux au monde. »

    Kaoru avait cru à une plaisanterie. Cependant, cette inconnue connaissait son nom et l'avait trouvée dans ce café où elle avait l'habitude de passer chaque soir après son travail. Elle s'apprêta à partir, ne souhaitant guère entretenir une conversation avec une personne aussi suspicieuse, jusqu'à ce que la suite de ce qu'elle avait à dire la força à rester.

    « Elle ne sait rien de vous, ni même que vous existez. Mais j'ai décidé de tout lui révéler ce soir. »

    La jeune mère n'avait pas eu besoin de plus de détails afin de comprendre de quoi elle parlait. Ce secret qu'elle avait cru enfoui profondément. Sa fille ne savait donc rien sur elle ? Le père aurait-il décidé de garder cela secret ? Il avait certainement dû faire croire que son épouse était la mère. Pendant quelques instants, elle se demanda si elle avait des frères et sœurs à ses côtés...

    Toutefois, la perspective que son identité fût révélée la terrifia. Ce n'était pas du tout ce qu'elle avait prévu. Elle avait tout fait pour rester une inconnue et n'avait laissé aucune trace derrière elle. Elle n'avait même jamais porté sa fille dans ses bras, de peur de s'attacher à elle et de ne pas l'abandonner à son père. Elle avait tout calculé, et cette femme venait encombrer ses plans ?

    « Qui êtes-vous ? Comment m'avez-vous retrouvée ?
    - Peu importe. J'aurais voulu ne jamais lui dire, mais je n'ai plus le choix. Je ne sais pas ce qu'elle décidera, cependant je voulais vous en informer afin que vous n'ayez pas de mauvaise surprise. »

    Kaoru resta immobile alors que l'inconnue partait. Non... Non... Cela ne pouvait pas se produire... Toutes ces années à... Comment osait-elle gâcher tous ses efforts ? Qui était-elle ? Une sœur ? Une amie de la famille ? Comment l'avait-elle retrouvée ? Avant qu'elle pût réagir, la femme s'était déjà envolée.

    Kaoru rentra vite chez elle, en rassemblant ses pensées. Il lui fallait prendre les devants. Cette femme connaissait son identité, elle risquait de la donner à... Teru, puisque tel était son nom. Elle habiterait ailleurs pendant quelques temps, jusqu'à ce que cette histoire se tassât à nouveau. Elle ne se sentait pas capable d'assumer ses actes et de la regarder en face.

    Tout d'un coup, elle s'arrêta de marcher. Teru... Elle avait déjà entendu ce nom auparavant. Mais où ? La jeune mère se frotta le front, tic qu'elle avait toujours eu, cherchant au plus profond de sa mémoire. C'était récent. Voilà ! Un homme dans la rue l'avait arrêtée et l'avait appelée par ce nom. L'aurait-il pris pour sa fille ? Il semblait un peu vieux pour elle.

    La mère et la fille se ressemblaient-elles ? Était-ce la raison pour laquelle il l'avait prise pour sa fille ? Kaoru alluma son ordinateur – elle possédait des connaissances en informatique -, et, d'abord hésitante, tapa finalement sur son clavier. Après toutes ces années, elle craquait. Elle n'en pouvait plus de ne rien savoir, elle voulait juste avoir un petit aperçu... Un tout petit...

    Elle écrivit Kurebayashi et attendit les résultats, anxieuse. Il était encore temps de faire demi-tour, pourtant elle n'y parvenait pas. La brune se mit le visage dans les mains, espérant que cela l'aiderait à mieux réfléchir. Elle avait tenu dix-sept ans sans nouvelles, ne pouvait-elle pas continuer ainsi ? Quand bien même elle avait décidé de continuer sa vie comme si elle n'avait jamais eu de fille, elle ne pouvait plus l'ignorer à ce moment précis. Pas quand son identité était sur le point d'être révélée.

    Lorsqu'elle posa à nouveau les yeux sur l'écran, quatre noms apparurent : Haruse, Tomoe, Sôichirô et enfin Teru. Tremblante, elle cliqua sur le dernier nom qui lui donna ses informations officielles, ainsi qu'une photographie. Pour la première fois depuis dix-sept ans, elle avait des nouvelles de sa fille. Finalement, elle en avait une.

    Kaoru fixa cette image, en la détaillant : cheveux bruns mi-longs, yeux verts. Pas de poitrine, en revanche. Ses données indiquaient qu'elle n'était pas bien grande, elle ne faisait pas plus d'un mètre soixante-deux. Elle non plus n'était pas bien élancée, c'était apparemment héréditaire.

    La jeune femme rit nerveusement puis éclata en sanglots. Au fond d'elle-même, elle savait bien qu'elle aurait voulu la garder et être sa mère. Or, elle avait eu terriblement peur : elle parvenait à peine à s'en sortir financièrement parlant à cette époque, de plus elle ne connaissait pas l'amour maternel, et avait eu peur de la souffrir.

    Si seulement elle avait été plus forte. Cependant, elle n'avait eu personne sur qui se reposer ni suffisamment d'argent, ses fins de mois avaient été déjà suffisamment serrées. Elle avait refusé de demander de l'aide à ses parents dont elle n'avait plus eu de nouvelles depuis sa fugue. D'un côté, si elle l'avait fait adopter, l'approcher lui aurait été interdit.

    Kaoru sécha ses larmes, puis regarda les trois autres noms. Un couple avec un seul enfant. Tomoe, la mère, avait l'air de l'avoir acceptée. Elle alla voir ses informations et aperçut en grand une inscription signifiant « décédée ». En regardant la date, elle s'aperçut que cette femme était morte trois ans avant la naissance de Teru. Cela expliquait pourquoi le père traînait dans les bars.

    Par curiosité, elle se rendit à présent sur le profil de Haruse pour voir la même inscription « décédé ». Il avait rendu l'âme trois ans plus tard. Ce serait donc Sôichirô, le demi-frère, qui avait pris soin d'elle jusqu'à maintenant ? Takashi souhaita obtenir plus de données sur lui et se rendit ainsi sur sa page qui indiquait son décès remontant à trois années auparavant.

    Ce constat laissa Kaoru immobile pendant de longues minutes. Sa fille était livrée à elle-même depuis trois ans. Si elle l'avait surveillée de loin... Si elle s'était renseignée régulièrement... Elle serait passée la récupérer. Elle aurait enfin joué son rôle de mère. Qui savait ce qu'elle avait enduré depuis la mort de son demi-frère... Si elle avait été au courant de son existence, serait-elle venue lui demander de l'aide ?

    Le visage de l'inconnue ne figurait pas dans la liste des Kurebayashi, elle était donc extérieure à la famille. Une amie du père ou du frère, sans doute. Jusqu'où était-elle au courant ? Et, surtout, comment avait-elle découvert son identité ? Avait-elle enquêté sur elle, ou bien le père ou le frère l'aurait-il fait ? Prenait-elle soin de Teru depuis la mort de ce Sôichirô ?

    Qu'est-ce que cette femme voulait dire lorsqu'elle lui avait dit qu'elle n'avait plus le choix ? Serait-elle menacée ? Si c'était le cas, alors par qui ? Ou bien sa fille serait-elle tombée sur des indices compromettants ? Que se passait-il donc ? Nul ne répondrait à ses questions, elle en était consciente.

    Kaoru ne put vaincre son envie d'en savoir plus sur Teru. Son mode de vie, ses goûts, son enfance, sa façon de penser... Elle aimerait tout connaître d'elle, comme si elle n'avait pas manqué dix-sept années de sa vie. Comme si elle était restée à ses côtés en tant que mère. Toutefois, elle ne lui pardonnerait certainement jamais de l'avoir abandonnée, ce qui était totalement compréhensible.

    La jeune femme resta face à un dilemme : que faire maintenant ? Devait-elle attendre qu'elle vienne à sa rencontre ou bien faire le premier pas ? Valait-il mieux disparaître quelques temps, jusqu'à ce qu'elle perde l'envie de la chercher ? Si cette femme lui racontait son histoire, cela ne ferait qu'alourdir ses pêchés, ainsi que renforcer sa lâcheté.

    Il était temps d'affronter la réalité, elle ne pouvait dorénavant plus y échapper. Elle était prête à tout entendre. Ou presque. Se préparer mentalement ne vaudrait plus rien à l'instant présent. Ce mur qu'elle avait bâti durant toutes ces années s'écroulerait au moment de leur rencontre, elle en était parfaitement consciente, inutile de le nier.

    Kaoru se rappelait avoir presque craqué la première année. Le fait de ne pas savoir la torturait, elle était presque retournée chez les Kurebayashi afin de jeter un coup d'œil sur ce que sa fille était devenue. Cependant, si elle s'y était rendue, tous ses plans auraient gâchés, ses efforts seraient devenus inutiles. À la place, elle avait écrit une lettre.

    Une lettre adressée à son bébé dont elle ne connaissait même pas le nom. Elle lui parlait de toutes ses pensées, tout ce qu'elle aurait souhaité lui dire afin qu'elle comprît la situation. Bien évidemment, elle n'avait jamais envoyé cette lettre, et, à quel nom, de toute façon ? À « Bébé Kurebayashi » ? Kaoru avait tenté de se débarrasser de ce bout de papier, de le déchirer, de le brûler, néanmoins elle n'y était jamais parvenue.

    Alors elle l'avait cachée. Et, depuis, elle ne l'avait plus jamais relue. Écrire ces mots l'avait grandement soulagée, comme ôtée d'un poids. Elle n'avait toutefois pas renouvelé l'opération. Elle était consciente qu'il lui fallait oublier cet épisode dès à présent, ou bien elle n'y parviendrait jamais. Ainsi, la vie avait poursuivi son cours.

    En revanche, elle avait sérieusement réfléchi cette nuit-là, devant son ordinateur affichant une image de sa fille. Avait-elle le droit de craquer, à présent ? Maintenant que la vérité était sur le point d'éclater... Était-elle autorisée à rendre visite à sa fille ? Non, ce serait aller bien trop loin. D'abord, elle préférerait juste l'apercevoir, de loin.

    À l'aurore, sa décision fut prise. Kaoru attrapa un stylo puis nota l'adresse de Teru. Elle ne comptait bien entendu pas lui rendre visite, surtout que celle-ci n'aurait probablement pas envie de la voir si elle avait eu vent de la vérité.

    Kaoru resta debout devant son immeuble durant une heure environ, jusqu'à voir enfin sortir la silhouette tant attendue. Une adolescente pas bien grande, tout comme elle, et plate, contrairement à elle, aux cheveux bruns mi-longs marchait à vive allure. Elle portait son uniforme mais n'avait pas son sac d'école. La jeune femme était incapable d'expliquer pourquoi, ni la raison pour laquelle son regard semblait si déterminée.

    Elle suivit Teru pendant de longues minutes, jusqu'à arriver à son lycée. Là, l'adolescente s'arrêta et sembla réfléchir, quelque peu tremblante. Cette inconnue lui avait-elle raconté la vérité la veille au soir ? Était-elle à ce point troublée ? C'était compréhensible, d'un côté. Kaoru se sentit mal à ce moment précis. Voilà les conséquences de ses actes.

    Sa fille avait grandi seule, sans sa mère. Et elle avait réussi. Même si les membres de sa famille étaient eux aussi décédés, Teru était parvenue à s'en sortir. Elle n'avait pas besoin d'elle. Elle n'en avait certainement jamais eu besoin. Que lui avait-on dit sur sa mère jusqu'à présent ? Que c'était cette fameuse Tomoe ? Même si elle était morte trois ans avant sa naissance...

    Ce qui la tira de ses pensées fut l'arrivée d'un jeune homme d'une vingtaine d'années aux cheveux blonds. Un étudiant ? Dans ce cas, que faisait-il ici ? Un employé ? Probablement, cela expliquerait sa présence. Ce qui attira plus clairement son attention fut le moment où cet homme lui attrapa le bras. Était-il sur le point de l'agresser ? Quitte à apparaître devant Teru, elle était prête à l'empêcher de lui faire du mal.

    Cependant, la réaction de l'adolescente lui prouvait qu'elle n'était nullement agressée. Ce fut prouvé lorsqu'il la prit dans ses bras. Des questions affluèrent alors dans la tête de Kaoru : qui était cet homme ? Son petit-ami ? Il semblait pourtant bien plus vieux... Enfin, qui était-elle pour juger sa vie et réclamer un droit dessus...

    Lorsque Teru le repoussa, cela l'étonna grandement aussi. Kaoru n'entendait pas leur conversation, toutefois elle semblait plutôt désespérée. Elle ne pouvait décrire la réaction de l'homme, ne le voyant que de dos. Elle suivit pas à pas l'évolution de cet échange, cherchant à déterminer leur relation. Quand bien même elle s'opposerait à une quelconque liaison entre eux, elle n'avait pas son mot à dire.

    En fait, que faisait-elle ici ? Elle avait renoncé à son rôle de mère dix-sept ans plus tôt. Il était bien trop tard pour revenir en arrière. Teru avait grandi sans sa présence, elle n'avait assurément pas besoin d'elle. Le fait que la vérité fût révélée ne changeait pas le fait qu'elle l'eût abandonnée volontairement. Elle aurait pu la garder, après tout. Cela aurait été difficile, la vie n'aurait pas été rose tous les jours, cependant elle l'aurait eue à ses côtés.

    Il n'était pourtant pas question de regretter le passé. Ce qui était fait était fait. En se focalisant sur des « et si », elle restait prisonnière du passé, et était incapable d'aller de l'avant. Il était bien trop tard pour réclamer son rôle de mère, après tout. Le mieux était sans doute de la laisser vivre sa vie comme elle l'entendait, et d'être prête à l'accueillir si elle souhaitait comprendre les raisons de son abandon.

    Mais peut-être qu'elle ne viendrait pas. Cette perspective l'effraya. Kaoru ne savait même plus à quoi s'attendre, qu'espérer. Elle coula un dernier regard vers le couple lorsqu'elle se rendit compte que cet homme l'avait remarquée. Qui était-il ? Il n'était pas ordinaire, étant donné qu'il s'était aperçu de sa présence en étant de dos. Cela le rendait encore plus douteux à ses yeux. Néanmoins, elle ne pouvait rien faire de plus pour le moment, aussi serra-t-elle les poings puis rentra-t-elle chez elle.

    Kaoru patienta une semaine durant laquelle elle passa énormément de temps à réfléchir. Il ne se passa absolument rien. Elle ne revit pas Teru dont le visage resta gravé dans sa mémoire. C'était sa fille. La chair de sa chair. Parfois, elle avait un peu de mal à le croire. C'était son enfant. Après dix-sept ans de séparation, cela ressemblait presque à un rêve. Elle avait un enfant. Elle était mère.

    Kaoru voyait tout le temps des femmes de son âge entourées d'enfants plus ou moins grands. Aucun n'avait plus de douze ou treize ans, étant donné qu'aucune d'entre elle ne possédait la même histoire qu'elle. Ces mères de famille ne s'étaient pas enfuies de la maison et n'avaient pas eu un accident. Bien entendu, parmi toutes, il fallait que cela lui arrive, à elle.

    Pourtant, au fond d'elle-même, elle ne parvenait pas à regretter l'existence de Teru. Bien au contraire. Il était dit qu'une mère reconnaissait toujours son enfant. C'était vrai, elle avait immédiatement reconnu Teru. Elle avait, certes, vu sa photographie juste avant, néanmoins elle restait persuadée qu'elle l'aurait reconnue dans tous les cas. C'était une étrange sensation.

    Il était aussi dit qu'une mère aimait toujours son enfant. Kaoru pensa à sa propre mère. Elle était assurément une exception à la règle. Sa mère ne l'aimait pas. Si c'était le cas, elle l'aurait cherchée. Dans sa propre situation, Kaoru se demanda ce qu'elle ressentait à l'égard de Teru. La revoir l'avait en quelque sorte émue. Si elle avait pu, elle lui aurait parlé. Elle l'aurait prise dans ses bras. Elle l'aimait sûrement comme une mère, mais ne pouvait le confirmer, ne sachant ce que c'était réellement.

    Cela faisait une semaine que Kaoru avait vu sa fille, or cette dernière n'était jamais venue à sa rencontre. Avait-elle décidé de l'ignorer ? Depuis ces sept jours, Kaoru était comme dévorée de l'intérieur. Il fallait qu'elle lui parle. Qu'elle lui explique. Elle pourrait la rejeter ensuite, mais pas avant. Elle voulait qu'elle sache la vérité.

    Déterminée, Kaoru rassembla ses affaires puis se dirigea vers la porte d'entrée de son appartement. Les choses seraient mises au clair à la fin de la journée. Elle s'en faisait le serment.



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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Sam 2 Juin 2012 - 13:51


    Une silhouette de jeune femme était assise, l'air concentré sur des documents posés sur le bureau en face d'elle. Elle ne paraissait pas faire attention au monde qui l'entourait, et elle n'aurait donc pas remarqué la silhouette d'un jeune homme entrer dans la pièce où elle se trouvait par conséquent. Or, c'était une erreur que de croire que Riko Onizuka baissait sa garde à ce point. Elle était une sorcière, après tout.

    « En quoi puis-je t'aider, Tasuku ? »

    Le jeune homme blond scruta l'ancienne fiancée de son défunt ami qu'il considérait comme son frère. Il ne l'avait pas revue depuis le jour où ils avaient discuté dans la cour du lycée. Même une semaine après l'emménagement de Teru chez lui, elle ne s'était pas manifestée, comme si elle n'existait plus. L'adolescente lui avait expliqué la situation, et il respectait ses choix. Néanmoins, cela ne l'empêchait pas de lui rendre visite afin d'obtenir des réponses à ses questions.

    « Qui est la mère de Teru ? »

    Riko leva les yeux, puis fixa Tasuku quelques instants. Elle lâcha ensuite le crayon qu'elle tenait dans la main avant de s'adosser sur le dossier de sa chaise en croisant les bras. Elle se doutait qu'il avait eu vent de cette histoire, or elle restait la seule à connaître l'identité de cette femme. La sorcière était prête à lui donner les informations nécessaires, mais que comptait-il faire par la suite ?

    « Kaoru Takashi, trente-cinq ans. Elle habite dans cette ville et travaille pour une boîte de téléphonie. Elle s'est enfuie de chez elle à seize ans. J'ai son adresse et son numéro si tu le souhaites. J'imagine que ce n'est pas Teru qui t'envoie, si elle avait souhaité la rencontrer, elle serait venue me parler elle-même. J'en déduis donc qu'elle ne veut pas avoir affaire à elle. »

    Comment aurait-elle réagi si elle s'était retrouvée dans la même situation que Teru ? Riko s'était parfois posé la question. Dans son cas, l'adolescente ne semblait pas vouloir rencontrer sa mère. Ce choix était compréhensible, bien que difficile. Cela signifiait ne rien savoir sur cette personne qui lui avait donné la vie, ni même chercher à comprendre les raisons de son abandon. Elle respectait toutefois sa décision.

    Kurosaki fixa la jeune femme un moment. Elle agissait comme si de rien n'était, néanmoins il était parfaitement conscient qu'elle souffrait du fait de ne plus voir Teru. Il n'avait pas envie de se mêler à cette histoire et de forcer la brune à lui pardonner, car, au fond, il savait qu'elle le ferait d'elle-même. Peu importait le temps que cela prendrait, Teru finirait par accorder son pardon à sa tutrice et reviendrait vers elle.

    « Il y a quand même quelque chose qui me turlupine. Pourquoi as-tu attendu jusqu'à maintenant pour lui avouer ?
    - C'est à ce moment-là que tu dois me remercier. Si je ne lui avais rien dit, elle n'aurait jamais retrouvé la mémoire. »

    Tasuku la regarda, stupéfait. Que voulait-elle dire par là ? En quoi lui révéler la vérité sur sa mère lui avait-il fait retrouver ses souvenirs le concernant ? Il avait beau réfléchir, il ne voyait vraiment pas comment. Peut-être était-elle réellement une sorcière, après tout. Son instinct de survie lui intima de ne pas lui demander d'explications, tout du moins s'il tenait à la vie. Elle ne paraissait franchement pas d'humeur à lui raconter.

    « Qu'est-ce que tu fais encore là ? Va la retrouver, elle t'attend. »

    N'ayant pas l'intention de mourir dans l'instant qui suivait, Tasuku murmura un merci puis s'éclipsa en vitesse. Riko garda les yeux dans le vague, avant de les essuyer violemment avec sa main gauche. Elle n'allait tout de même pas pleurer. Elle posa ensuite son regard sur une photographie d'elle et Sôichirô qu'elle gardait toujours sur son bureau. Même trois ans après, son deuil n'était vraisemblablement pas fini. La jeune femme sourit tristement, en tenant le cadre dans sa main.

    « Tâche d'être heureux, toi, au moins. Si tu gâches mes sacrifices je te tuerai moi-même. »



    La nuit tombait progressivement sur la ville. Teru avait dû faire un détour dans le but de commander une pizza pour le soir qu'ils livreraient plus tard. Elle marchait à présent dans un parc qui lui servait de raccourci. L'air était doux et agréable, elle profitait de ce moment de tranquillité. À cet instant précis, elle se sentait bien, apaisée, comme dans une bulle. Or, une bulle est aisément éclatée.

    Cela faisait une semaine qu'elle vivait chez Kurosaki, et qu'elle n'avait pas revu Riko. Elle savait pertinemment qu'elle finirait forcément par lui pardonner, néanmoins elle désirait prendre de la distance pendant une période indéterminée. Pour le moment, elle profitait de sa « nouvelle vie » avec le blond qui n'avait même pas pu lui manquer durant cette année.

    Ils n'avaient pas abordé à nouveau le sujet concernant ses yeux, même si elle était consciente qu'une part de Tasuku s'en voulait de l'avoir laissée être blessée lors de cet accident. Teru espérait sincèrement qu'il ne perdait pas son temps à chercher un médecin, elle lui avait déjà expliqué que ses efforts se révéleraient inutiles, néanmoins il risquait sans doute de chercher. Peut-être qu'il arrêterait en tombant sans cesse sur des impasses.

    La jeune Kurebayashi, dernière du nom, soupira. Ils avaient repris leur quotidien, sa vie actuelle était quasiment identique à celle d'avant. Elle faisait tout un tas de corvées chez lui et ils se battaient chaque soir pour dormir sur le canapé. Ils allaient au lycée ensemble et rentraient parfois tous les deux en voiture, sauf ce jour-ci où il avait encore plusieurs tâches à terminer ; elle ne lui avait pas demandé lesquelles.

    Teru avait l'impression de retrouver sa vie d'autrefois, avec ses amis ainsi que Kurosaki, bien que sans Riko cette fois. Depuis une semaine, il ne s'était absolument rien passé avec le blond. Il y avait eu cette première nuit où elle s'était réveillée avec lui dans son lit. Il avait ressorti ce prétexte de la dernière fois, comme quoi elle s'était agrippée à son tee-shirt.

    Il y avait deux solutions : c'était vrai et elle avait inconsciemment eu peur qu'il s'en allât, ou bien c'était faux et il avait souhaité rester avec elle. Quoiqu'un mélange des deux était possible. Teru rougit imperceptiblement. Elle ne l'admettrait à personne, mais elle préférait la dernière idée. Pourtant, depuis, il n'avait rien tenté, comme d'habitude. Elle l'aimait toujours, malgré cette année quelque peu sabbatique, même si elle ne savait pas ce qu'il en était de son côté. En tout cas, il n'avait pas changé.

    En échange de l'histoire sur sa mère, Kurosaki lui avait avoué la raison de son départ, ainsi que ce qu'il avait fait durant cette année. Il s'était rendu en Chine ainsi qu'au Canada, où il avait retrouvé des contacts, assurément de l'époque de Daisy le hacker, qui l'avaient caché, le temps de terminer le développement du programme de son frère Sôichirô.

    Comme elle s'en doutait, l'accident de voiture n'avait pas été anodin. C'était à cause de ces personnes qui l'avaient provoqué qu'il s'était exilé, par peur que d'autres fussent à nouveau impliqués. Son handicap des couleurs n'allégeait pas sa culpabilité, quand bien même elle ne le considérait pas du tout comme étant responsable. Ce n'était pas lui qui avait provoqué cet accident, il ne l'avait même pas voulu.

    Un brusque coup de vent la fit revenir à la réalité et se rendre compte de la présence d'une personne en face d'elle qui la fixait, probablement depuis un moment. Leurs regards se croisèrent, aucune ne parla durant quelques instants, jusqu'à ce qu'un sentiment de peur naquît en elle. Elle. Cette personne. Elle ne l'avait jamais rencontrée avant, cependant, sans savoir pourquoi, elle savait qui c'était. C'était le dernier être qu'elle souhaitait voir.

    Teru fit demi-tour puis marcha rapidement avant de se mettre à courir. Que faisait-elle ici ? Pourquoi était-elle venue à sa rencontre ? Elle n'avait pas envie de la voir ni même de lui parler. Elle avait désiré effacer définitivement son existence de sa vie, pourtant la voilà qui se tenait devant elle et qui la poursuivait. Voilà qu'elle l'entendait lui dire d'attendre. Oh non, elle ne s'arrêterait pas. Elle avait pris la décision de ne pas la rencontrer, et elle comptait bien la tenir.

    Une main agrippa son bras, ce qui la surprit et la fit sursauter. Elle sentait se répandre en elle une impression de terreur. Teru ne voulait pas voir cette personne. Ne pouvait-elle pas juste s'en aller, continuer son chemin, faire comme si rien ne s'était produit ? Elle ne tourna pas la tête vers elle, refusant de la regarder. Plus que tout, elle refusait de lui pardonner. Elle l'avait reniée pendant dix-sept ans, c'était trop tard pour faire marche arrière. Il lui fallait assumer ses actes.

    « Je voudrais juste te parler. Tu peux me détester autant que tu veux, mais j'aimerais juste t'expliquer pourquoi je ne t'ai pas gardée.
    - C'est trop tard. Vous aviez dix-sept ans pour le faire. Pourquoi maintenant ? »

    Sa voix reflétait sa colère. Celle de sa mère était douce, inquiète. Teru sentait bien qu'elle voulait simplement discuter, cependant elle ne se sentait pas disposée à consentir à ses choix. Elle souhaitait seulement continuer sa vie, faire comme si elle n'avait pas croisé sa route. Elle ne connaissait même pas son nom.

    À sa plus grande surprise, la femme lâcha son bras. Teru n'en profita pas pour s'enfuir, ce qui l'étonna elle-même, et elle tourna même sa tête vers cette inconnue qui l'avait pourtant mise au monde. Elle passa un moment à l'examiner : elles faisaient définitivement la même taille, et leurs yeux étaient identiques. Sa mère avait des cheveux un peu plus longs, même si la couleur était similaire.

    Les deux femmes restèrent silencieuses un moment, à se regarder. Kaoru avait longuement hésité avant de décider finalement d'aller à sa rencontre. Elle avait besoin de mettre les choses au clair. Après le lycée, elle l'avait suivie de loin, attendant une bonne occasion pour l'accoster. Ce parc avait été l'idéal. Contrairement à ce jeune homme blond, Teru ne semblait pas très douée pour repérer les espions comme elle.

    C'était la première fois qu'elle voyait sa fille de si près. Elle passa un moment à l'examiner durant ce moment de silence, quand bien même ce qu'elle venait de lui cracher à la figure la rongeait de l'intérieur : comme elle s'en doutait, elle lui en voulait. Après tout, cela n'avait rien de surprenant. C'était même tout à fait compréhensible.

    Kaoru la trouva belle. Beaucoup de personnes associaient beauté avec atouts féminins, toutefois ce n'était pas son cas. Elle la trouvait juste belle. Son visage était agréable et bien dessiné, malgré sa petite taille elle ne restait pas inaperçue. Pendant quelques instants, elle fut fière d'être la mère de cette jeune adolescente. Or, elle se rappela bien vite qu'elle avait renoncé à ses droits sur elle peu après sa naissance.

    Aucune des deux ne démarra la conversation. Teru paraissait attendre ses explications, quand bien même elle s'était montrée réticente à ce propos. Kaoru voulait juste lui expliquer. Lui pardonner ou bien lui en vouloir pour le restant de ses jours ne dépendrait que d'elle ensuite. Sa gorge se serra, néanmoins elle combattit l'émotion, ne souhaitant pas se montrer pitoyable.

    « Si j'avais su, je serais revenue te chercher après la mort de ton demi-frère, mais après ta naissance, je ne pouv...
    - Qu'est-ce que vous en savez ? Vous m'avez ignorée pendant dix-sept ans ! Vous m'avez abandonnée ! Et, là, maintenant, vous arrivez comme si de rien n'était en espérant que je vous pardonne ? Je ne suis pas un jouet. On ne peut pas juste me jeter pour me récupérer alors que j'ai déjà ma propre vie. Je n'ai jamais eu de mère et je m'en sors très bien. »

    Teru tourna les talons puis continua son chemin. Elle enrageait. Elle avait dit ce qu'elle avait sur le cœur et refusait de parler à cette femme. Ce n'était qu'une inconnue. Elle ne l'avait jamais rencontrée et ne la verrait jamais plus. Entre elles, c'était fini. Elle coupait tout lien qu'elles pouvaient seulement partager. Cette femme n'était pas sa mère. Et elle n'était pas sa fille.

    L'adolescente brune essuya une larme qui manqua de couler. C'était une larme de rage, bien sûr, se disait-elle. Cette femme prétendait qu'elle l'aurait récupérée, si seulement elle avait su qu'elle avait vécu seule. Cela prouvait qu'elle n'avait pas pris la moindre nouvelle durant toutes ces années. Elle avait ignoré son existence durant tout ce temps, et maintenant elle venait se justifier ? La bonne blague.

    Elle ne voulait plus entendre parler de cette histoire. Elle désirait simplement l'oublier. Pourquoi Riko lui en avait-elle parlé ? Et comment se faisait-il qu'elle eût retrouvé la mémoire juste après ? Était-ce lié ? Riko aurait-elle fait exprès, afin qu'elle se remémorât Kurosaki ? Il ne fallait pas oublier non plus qu'elle lui avait menti durant cette année.

    Quoiqu'en réfléchissant, cela paraissait logique : même si elle lui avait parlé de cet homme blond, elle ne l'aurait probablement pas crue. De plus, si cela avait réactivé ses souvenirs, alors elle serait partie à sa recherche, ce qui ne l'aurait pas du tout arrangé. Riko et Kurosaki avaient assurément dû se mettre d'accord avant leur séparation. Et, comme toujours, il avait dû faire en sorte qu'elle se sentît bien.

    Sôichirô ne lui avait jamais rien dit sur sa mère, il n'avait même jamais fait de sous-entendus. Teru ne se souvenait pas de son père, et son frère ne lui en avait que vaguement parlé, de même elle n'avait dû voir qu'une ou deux vieilles photos datant de l'époque où Tomoe était encore vivante. C'était son grand-frère qui s'était toujours occupé d'elle, aussi loin qu'elle s'en souvînt. Il ne lui avait jamais donné la moindre raison de douter de lui, il avait toujours été là pour elle, tout comme Daisy.

    Peut-être avait-elle jugé le couple trop vite. Elle-même avait décidé de ne pas revoir sa mère qui l'avait abandonnée, de même Sôichirô n'avait pas dû vouloir que sa petite-sœur eût une telle mère. Il avait dû confier ce secret à Riko en lui demandant de ne le révéler qu'en cas d'extrême urgence. Cette nuit-là, où Teru avait découvert la vérité, sa mémoire était revenue. Tout cela n'avait rien de fortuit.

    Depuis le début, tout avait été calculé et accompli dans le but de la protéger. Elle avait mal interprété leurs actions, ce qui avait été plutôt immature de sa part, et elle leur en avait voulu. Si elle avait calmement réfléchi dès le début, elle aurait compris. Elle avait dû fortement blesser Riko dans cette histoire, alors qu'elle avait tant fait pour elle. Un sentiment de culpabilité s'installa en elle, lui faisant comprendre qu'elle ferait bien d'aller lui rendre visite. Et puis, sa chambre commençait à lui manquer.



    Immobile, incapable de bouger, de la retenir, Kaoru regardait la silhouette de sa fille s'effacer au loin. Ses paroles avaient percé son cœur. Elle ne parvenait pas à l'appeler, à l'arrêter de manière à établir une conversation calme entre elles. Teru avait probablement raison, c'était trop tard. Elle aurait dû tenter de réparer ses erreurs bien plus tôt. Que se serait-il passé si elle l'avait recueillie à la mort de son demi-frère ?

    Une vague de désespoir l'envahit. Elle ne méritait pas d'être mère, d'avoir une fille. Si elle avait continué de rejeter le passé, elle ne serait pas allée à sa rencontre et ne serait pas en train de souffrir autant qu'en ce moment. Ses paroles résonnaient toujours dans sa tête et ne cessaient pas.

    Je n'ai jamais eu de mère et je m'en sors très bien.

    Le pire, c'était qu'elle avait raison. Kaoru était bien inutile, au final. Elle avait dû lui causer bien plus de mal que de bien en la rencontrant. Elle avait toujours fait les choses de travers. Avait-ce été une bonne idée de s'enfuir de chez elle ? C'était en tout cas la seule chose qu'elle ne regrettait pas, avec l'existence de Teru. Une mère était bel et bien incapable de détester son enfant, elle en était la preuve.

    Elle l'avait abandonnée, mais au final c'était pour son bien. Car elle ne l'aurait pas aimée suffisamment ni correctement. Elle aurait tout gâché et sa fille se serait certainement enfuie à son tour. Il lui fallait aller jusqu'au bout de sa démarche et ne plus jamais croiser son chemin, c'était la meilleure chose à faire. Sans sa présence, elle s'en sortirait à coup sûr dans la vie, elle ne ferait que la ralentir.

    Après Teru, elle avait refusé d'avoir d'autres enfants, en conséquence plusieurs hommes l'avaient quittée pour cette raison. Elle était comparable à une femme stérile dans cette situation. Les enfants qu'elle ne mettait pas au monde étaient des enfants sauvés. Elle était incapable de rendre qui que ce fût heureux, elle s'en rendait bien compte.

    Pendant dix-sept ans, Kaoru avait occulté le fait qu'elle était mère, à présent Teru refusait d'être sa fille. Elles n'étaient probablement pas faites pour être réunies. Sans doute était-ce pour le mieux, l'adolescente brune avait grandi sans amour maternel ; même si elle avait été présente à ses côtés, elle n'aurait pas pu lui en donner. Rien n'aurait véritablement changé finalement.

    Se lamenter ne changerait pourtant rien à son sort. Malgré tout, la vie continuait. La sonnerie de son portable la tira de ses pensées sombres et torturées. En jetant un coup d'œil sur l'écran, elle se rendit compte qu'il s'agissait d'un appel d'un collègue. En dépit de ses soucis personnels, il lui restait toujours son travail. Elle pouvait s'y consacrer toute entière, maintenant plus que jamais. Elle décrocha machinalement et reconnut la voix de l'un de ses supérieurs.

    « Nous avons localisé Daisy. L'intervention aura lieu demain. »



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Spoiler:
 


Dernière édition par Resha Tsubaki le Mar 12 Juin 2012 - 13:57, édité 1 fois
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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Mar 12 Juin 2012 - 13:56


    La soirée se profilait, la plupart se trouvaient déjà dans leur logis, savourant le reste de journée qu'il leur restait. Kurosaki, avachi sur le canapé, une cigarette à la main et la télécommande dans l'autre, cherchait un programme télévisé à regarder, l'air blasé. Il fallait bien s'y attendre, au bout d'une semaine. Il savait pertinemment que Teru finirait forcément par retourner chez elle, avec Riko.

    Le blond n'avait pas tous les détails, néanmoins il semblerait que Teru eût eu une prise de conscience, subitement, la veille au soir. Lorsqu'il était rentré à l'appartement, il l'avait trouvée étrange. Il sentait que quelque chose de majeur s'était produit, même si elle ne lui en avait rien dit. Cet événement l'avait poussée à prendre conscience de la situation dans laquelle s'étaient trouvés ceux qui partageaient le secret de l'identité de sa mère.

    Tasuku prit une nouvelle bouffée de cigarette avant d'appuyer sur un autre bouton de la télécommande. Il n'y avait décidément rien d'intéressant ce soir, ou bien c'était lui qui ne parvenait pas à focaliser son attention sur quelque chose, ses pensées étant trop tournées vers la petite brune. L'héberger plus longtemps ne l'aurait certainement pas dérangé. Enfin, cela aurait pu être pire, son appartement était juste à côté du sien, ils pouvaient se voir n'importe quand.

    Teru avait rapidement mis les choses au clair puis s'était réinstallée chez elle. S'il avait osé, il aurait pu lui proposer de rester à ses côtés, cependant il n'aurait jamais tenté, pour sûr. Il n'avait tout de même pas de quoi se plaindre, étant donné la proximité de leurs habitations. Surtout qu'elle aimait bien débarquer à l'improviste.

    Kurosaki soupira. Depuis presque un mois qu'il était revenu, il n'avait pas eu la moindre nouvelle de ces gens. Comme s'ils l'avaient oublié. Cependant, il savait évidemment que ce n'était absolument pas le cas. Durant cette année-là, il s'était beaucoup déplacé, et était en conséquence devenu introuvable. Jusqu'à sa rencontre avec Sô, il n'avait jamais vraiment eu d'endroit qu'il aurait pu qualifier de maison. Et, il fallait le dire, c'était bon d'être chez soi.

    Il avait presque terminé le programme de son meilleur ami. Encore un peu, et il pourrait le revendre, comme il l'aurait souhaité, en versant les bénéfices à Teru. Lui-même se moquait bien de l'argent. Il était juste content de suivre les volontés de celui qui lui avait permis de s'en sortir. Il lui était redevable. Le programme était en lieu sûr, là où personne n'irait le chercher. Il ne le leur donnerait certainement pas.

    Le craquement du parquet attira son attention. Y avait-il quelqu'un dans son appartement ? Si Teru voulait lui faire une surprise, c'était raté. Il prit une nouvelle bouffée de cigarette, avant de poser la télécommande, tous ses sens en alerte. Ce n'était pas Teru. Alors qui ? L'avaient-ils déjà retrouvé ? Il se leva, prêt à riposter, mais réagit trop tard.

    Un coup à la nuque le mit à terre, il perdit presque connaissance. Il avait été négligeant, il aurait dû s'y attendre et être prêt à les accueillir. Il espérait qu'elle n'aurait pas la mauvaise idée de se pointer à l'improviste, ou bien elle serait en danger. Il s'était juré de ne plus jamais l'impliquer dans ses problèmes. Tasuku distingua un groupe d'environ cinq personnes.

    Cependant, l'une d'entre elles attira plus particulièrement son attention. Elle. Cette femme. Après que Riko lui avait donné son nom, il avait fait des recherches à son sujet, et se souvenait parfaitement de sa photo. Il n'y avait pas de doute, c'était elle. Kaoru Takashi.



    Kaoru avait reçu une formation d'informaticienne sur le tas et s'était révélée plutôt douée avec ces engins. Elle avait été rapidement remarquée par une entreprise de téléphonie qui se lançait aussi dans l'informatique, et qui avait donc besoin d'ingénieurs comme elle. C'était un travail bien payé qu'elle avait accepté.

    Néanmoins, la boîte avait eu du mal à se lancer dans le marché de l'informatique qui connaissait une concurrence monstre. Ils avaient besoin d'un élément qui leur permettrait de sortir de la masse et faire fortune. Mais, quoi ? C'était là toute la question. Kaoru avait développé plusieurs logiciels qui étaient respectables mais pas exceptionnels. N'ayant aucune vie de famille ni sociale majeure, elle s'était pleinement consacrée à son travail sans parvenir à trouver quelque chose qui ferait la différence.

    Puis, deux ans plus tôt, l'un de ses collègues avait trouvé une idée. Daisy. C'était un hacker de génie, qui aurait apparemment hérité du logiciel d'un excellent informaticien et qui leur permettrait de faire fortune. La direction avait cherché l'identité de cette personne, tentant de lui offrir un poste qui avait été radicalement refusé. Cependant, cela n'avait pas suffi à les arrêter.

    L'un d'eux trouva finalement son identité, après des mois de travail. Des équipes se mirent alors à le surveiller, l'offre d'emploi fut réitérée mais à nouveau rejetée. Fatiguée par ces impasses, la boîte avait décidé d'agir de manière moins orthodoxe. Malgré tout, Daisy avait tenu bon et avait disparu durant une année entière, jusqu'à refaire surface quelques jours auparavant.

    Kaoru ne connaissait pas l'identité de Daisy, toutefois elle faisait partie de ce groupe d'intervention de manière à chercher dans ses ordinateurs s'il n'aurait pas caché le logiciel dedans. Et puis, elle pouvait sans doute y trouver d'autres informations intéressantes pour la société. Elle l'imaginait comme étant un criminel, étant donné que c'était un hacker. Alors, agir de la sorte n'était pas mal. C'était sûrement un homme de la quarantaine gros et au chômage.

    Penser de cette façon lui avait permis de garder la conscience tranquille. De plus, Daisy n'exploitait même pas ce programme, c'était du gâchis. Alors pourquoi ne pas en profiter ? Il fallait bien que quelqu'un en tirât profit. Après tous leurs efforts, ils méritaient d'avoir ce logiciel. N'est-ce pas ?

    Kaoru avait attendu que ses collègues de terrain maîtrisassent Daisy avant d'entrer dans l'appartement. Elle allait enfin voir la tête de cette personne. C'était peut-être une femme, d'ailleurs. Lorsqu'on lui fit signe d'entrer, on lui indiqua la salle des ordinateurs. Ses collègues étaient autour de Daisy, l'empêchant ainsi de le voir. Ils étaient en train de l'attacher, afin d'éviter des problèmes au moment de son réveil.

    La jeune femme alluma les ordinateurs fixe et portable du hacker, un disque dur dans son sac, prête à récupérer le plus de données possible. Bien évidemment, les ordinateurs étaient protégés par un mot de passe. Étant donné le talent de Daisy, cela lui prendrait un moment pour les trouver. Elle ouvrit donc son sac et sortit un gadget qu'elle brancha. Il ne restait plus qu'à attendre que l'informatique fît son effet.

    Pendant ce temps, Kaoru décida de regarder dans ses affaires, qui pourraient certainement lui procurer des informations utiles. Sa bibliothèque était remplie de livres sur l'informatique, elle remarqua d'ailleurs que le bureau était plutôt bien rangé. Elle ouvrit une boîte de musique qui joua Time after time, un morceau qu'elle aimait bien et qui détendait l'atmosphère.

    Elle tenait plus que tout à rester en-dehors de leurs activités quelque peu malsaines, elle était uniquement là pour l'ordinateur. Ce qu'ils faisaient à Daisy ne la regardait pas. Elle était parfaitement consciente qu'ils étaient prêts à faire n'importe quel sacrifice, même à tuer. Elle s'était rendue compte qu'elle ne pouvait même plus quitter la boîte maintenant, elle en savait bien trop sur cette affaire.

    Kaoru ouvrit l'un des tiroirs du bureau et tomba sur un cadre retourné. Elle haussa un sourcil, normalement les cadres étaient faits pour être mis en évidence, pas pour être cachés dans un tiroir. Serait-ce le portrait de la personne que Daisy aimait ? Elle esquissa un sourire puis saisit le cadre qu'elle retourna. À ce moment-là son sourire s'effaça. Non... C'était impossible.

    L'informaticienne reconnaissait les deux personnes sur la photographie. Ses yeux écarquillés ne masquaient pas sa stupéfaction mêlée à la peur. Jusqu'à quel point était-elle impliquée dans cette histoire ? Et les personnes sur la photo ? Serait-ce... Daisy et... ? Non, non. C'était tout bonnement impensable. Quoiqu'elle n'avait pas vu le visage de Daisy.

    Kaoru sortit de la pièce. Ses collègues la regardèrent, étonnés. Un jeune homme blond, inconscient, avait les poings liés dans le dos et était adossé contre le mur. Cet homme était Daisy. Cet homme sortait aussi avec sa fille, Teru. Cette dernière était impliquée dans toute cette histoire, alors. Mais jusqu'à quel point ?

    Sa mémoire fit alors resurgir l'un de ses souvenirs. La raison pour laquelle ils avaient perdu la trace de Daisy. Il avait eu un accident et avait disparu peu après. Seulement, on lui avait dit qu'une autre personne s'était trouvée dans la voiture à ce moment-là, apparemment une jeune fille. On ne lui avait rien dit de plus, cependant cela suffisait pour comprendre la situation.

    Un an auparavant, la boîte avait ordonné d'y aller plus fort avec Daisy. Il conduisait la voiture et Teru s'était retrouvée à ses côtés. Ils étaient certainement en train de rouler tranquillement, la garde baissée, sans s'attendre à être percutés. Puis ils s'étaient retrouvés à l'hôpital plus tard. Teru était encore vivante, mais elle avait été blessée par sa faute. Y avait-il des séquelles dont elle n'était pas au courant ?

    Kaoru avait toujours pensé se trouver en-dehors de ces histoires, qu'elle pouvait garder la conscience tranquille. Ce n'était maintenant plus le cas. Pas après avoir pris connaissance de l'implication de sa fille, qui avait été blessée par sa faute. Si elle avait su plus tôt, elle se serait opposée à ce mode de fonctionnement. Si elle avait récupéré Teru à la mort de son demi-frère, celle-ci n'aurait jamais été blessée.

    D'ailleurs, comment ces deux-là s'étaient-ils rencontrés ? Quoique... On lui avait dit que Daisy avait reçu le logiciel d'un excellent programmeur mort trois années plus tôt. Sôichirô Kurebayashi, le demi-frère de Teru, était mort trois ans auparavant. Jusqu'à quel point Teru était-elle impliquée ? Cachait-elle aussi des informations de son côté ? Daisy s'était-il occupé d'elle après la mort de Sôichirô ? Tant de questions sans réponse, mais dont elle en devinait certaines.

    Était-ce ce qu'on appelait le destin ? Leurs chemins se croisaient bel et bien au final. Kaoru se sentait coupable. Par sa faute, Teru avait souffert. D'abord son demi-frère, maintenant son petit-ami... Dans ces conditions, elle ne pouvait plus travailler pour ces gens. Pourtant, ils ne la laisseraient pas simplement partir, elle en savait suffisamment pour tous les envoyer en prison, elle y compris. Toutefois, elle acceptait de plonger avec eux, si cela signifiait la sécurité de sa fille.

    Son comportement était quelque peu suspicieux, de plus ses yeux reflétaient sa terreur. Elle remarqua du coin de l'œil que Daisy commençait à reprendre conscience. Avec les mains attachées, il ne pourrait pas faire grand-chose. C'était à son tour d'intervenir. Si elle s'y prenait correctement, elle pourrait lui permettre de s'enfuir. Ils ne le tueraient pas, il possédait des informations trop précieuses. Néanmoins, c'était risqué pour elle.

    Kaoru leur fit un signe de tête, puis retourna dans le bureau. Il lui fallait trouver quelque chose de tranchant qu'elle pourrait lui donner discrètement. Dans un pot à crayons, elle aperçut un cutter qu'elle saisit et cacha. Dorénavant, il lui faudrait faire attention, le moindre faux pas pourrait lui être fatal. Elle jeta un coup d'œil sur l'ordinateur : comme elle le pensait, craquer son mot de passe s'avérait plus compliqué que prévu. Voilà son excuse pour l'approcher.

    Kaoru retourna dans la pièce, puis s'approcha de Daisy qui avait complètement repris conscience et la fixait, les yeux emplis de colère. Elle comprenait bien pourquoi, Teru avait dû lui parler. Elle ne cherchait pas le pardon en l'aidant, ni même à alléger ses pêchés, cependant elle tenait à tout faire afin que sa fille fût en sécurité.

    « Quel est le mot de passe ? »

    Takashi gardait un air impassible et sérieux, déployant tous ses efforts de manière à ne pas gâcher sa couverture. Elle se tenait dos à ses collègues, accroupie, faisant en sorte qu'ils ne remarquassent pas le cutter caché dans sa manche qu'elle sortit doucement. Elle intima Daisy du regard de rester silencieux et de ne pas avoir l'air surpris.

    « Pourquoi est-ce que je le donnerais à une femme comme vous ? »

    Daisy ne se gênait pas pour lui cracher ces mots au visage. Malgré tout, elle ne devait surtout pas avoir l'air blessé. Il fallait qu'elle pense à sa fille, qu'elle faisait tout cela pour son bien. Elle glissa discrètement le cutter dans son dos. À présent, il lui fallait gagner du temps. Il ne fallait pas qu'un collègue prenne la relève avant qu'il eût fini de se défaire de ses liens. Il avait l'air costaud, il pourrait sans doute en amocher quelques uns.

    « Vous avez le choix, ou bien vous me le dîtes tout de suite et il ne vous arrivera rien, ou bien vous vous taisez, vous recevez des coups alors qu'au final mes machines le trouveront. Tout le monde finit gagnant avec la première solution, vous ne croyez pas ?
    - C'est dommage, mais la seule machine capable de trouver le mot de passe est ma tête. Vos engins ne marcheront pas. »

    Kaoru resta silencieuse et le fixa un moment. La position accroupie n'étant pas confortable, elle se releva, sans le quitter des yeux. Moyen stupide pour gagner du temps, mais toujours utile. Son attention fut néanmoins détournée lorsqu'elle entendit des bruits de pas n'appartenant à aucun de ses collègues. En tournant la tête, elle aperçut la dernière personne qu'elle voulait voir à cet endroit à cet instant précis.

    Teru Kurebayashi.

    L'adolescente regardait la scène, les yeux écarquillés et pleins d'incompréhension. Que se passait-il exactement ici ? Pourquoi Kurosaki était-il attaché ? Pourquoi sa mère se trouvait-elle avec des hommes armés près de lui ? Incapable de prononcer un mot, Teru les regardait tous. Les deux personnes qu'elle connaissait dans le lot la regardaient aussi avec une pointe de peur. Jusqu'à ce que l'un des hommes prît la parole.

    « Ne le prenez pas personnellement, mademoiselle, mais nous devons tuer tous les témoins.
    - Va-t-en, Teru ! »

    Quoi ? Kaoru n'avait jamais entendu parler d'un tel ordre. Elle était immobile, incapable de bouger. Si elle ne faisait rien, sa fille allait se faire tuer. Jusqu'où cette société comptait-elle aller pour ses intérêts ? Et comment comptaient-ils seulement masquer sa mort ? Daisy n'avait pas fini de défaire ses liens, il semblait désespéré. C'était normal. Sa petite-amie était sur le point de se faire descendre.

    Kaoru ne réfléchit plus. L'un de ses collègues avait une arme pointée sur Teru qui ne parvenait pas à se mouvoir. Elle ne laisserait certainement pas sa fille mourir. Sûrement pas. Elle était encore jeune, elle avait la vie devant elle, alors qu'elle avait gâché la sienne en l'abandonnant. Elle n'avait jamais rien pu faire pour elle, c'était le moment de jouer son rôle de mère.

    La jeune femme se jeta sur Teru au moment où la balle fut tirée. Elle n'avait pas ordonné à son corps de faire quoi que ce fût, il avait agi de lui-même. Était-ce ce qu'on appelait l'instinct maternel ? Ou bien l'amour d'une mère ? Elle n'avait jamais connu aucun des deux, sans doute était-ce sa façon de l'exprimer. Protéger sa fille était le plus important pour le moment.

    Une douleur indescriptible naquit en haut de son dos à gauche. Cette souffrance était intenable. Heureusement qu'elle n'aurait pas à la supporter longtemps. Elle s'en moquait bien, tant que sa fille était saine et sauve... Elle s'écroula sur elle, lui faisant perdre l'équilibre. La mère et la fille se retrouvèrent au sol, devant une assemblée silencieuse.



    Teru avait fait la paix avec Riko et avait réaménagé sa chambre qu'elle avait en partie vidée durant cette semaine avec Kurosaki. Après cet épisode, elle avait pensé retrouver une vie normale. Elle avait mis les choses au clair puis lui avait pardonné. Tout allait bien. Elle avait décidé de faire une surprise à Kurosaki en arrivant chez lui sans le prévenir.

    Ce qui était sûr, c'était qu'elle ne s'était pas attendue à cela. Elle avait songé qu'il serait sur le canapé, idéal pour lui cacher les yeux et lui faire le coup de « qui c'est ? ». À la place, elle avait trouvé le blond attaché et entouré d'hommes armés et de... Sa mère. Elle n'avait même pas eu le temps de comprendre, de parler, ni de réagir, qu'un coup de feu avait été tiré dans sa direction.

    Cependant, au lieu de recevoir un impact, sa mère s'était écroulée sur elle. Teru perdit l'équilibre et se retrouva assise sur le sol, la jeune femme sur ses jambes, les yeux fermés. Avec tout ce sang... Elle ne voyait pas les couleurs, comme si sa vie n'était qu'un vieux film, pourtant c'était bel et bien réel. On venait d'abattre sa mère inconnue sous ses yeux.

    Incapable de réagir pendant plusieurs instants, les yeux écarquillés par la terreur, l'adolescente se mit à crier et porta ses mains à sa tête. Tout cela n'était qu'une plaisanterie, n'est-ce pas ? Que se passait-il ? Était-ce ces personnes qui avaient provoqué l'accident de voiture ? En quoi sa mère était-elle impliquée ? Que lui arrivait-il... Et pourquoi l'avait-elle protégée ?

    Kurebayashi continuait de hurler, les mains sur les joues. Ce sang... Il n'était pas coloré, contrairement à celui de Kurosaki. Le sien était rouge, il s'agissait de la seule chose dont elle était capable de distinguer les couleurs. Elle sentait le liquide chaud se répandre sur le sol, tachant ses vêtements. Son esprit affolé ne réfléchissait plus.

    « Teru ! »

    Tasuku, qui s'était enfin libéré de la corde, se jeta sur Teru qu'il prit dans ses bras. Il cacha son visage dans son torse, l'empêchant ainsi de voir le corps sur ses jambes. Pourquoi était-elle venue ? Plus que tout, il ne voulait pas qu'elle assistât à une telle scène. Elle venait de voir sa mère mourir sous ses yeux. La petite adolescente était complètement paniquée, elle n'arrêtait pas de hurler. Désespéré, ne sachant comment la calmer, la blond la serra fort, en masquant ses yeux.

    « Ne regarde pas ! »

    Toutefois, les hommes armés étaient toujours présents. Aucun d'entre eux n'avait fait attention au physique quelque peu similaire des deux jeunes femmes. Le coup de feu ainsi que les hurlements de l'intruse avait dû alerter les voisins. Il ne fallait pas traîner. Ils ne pouvaient pas tirer à nouveau sur elle, ils devaient garder Daisy vivant. Ils pouvaient profiter de ce moment pour s'enfuir, Daisy n'irait pas à leur poursuite, trop occupé par cette fille.

    Ils battirent en retraite et se dirigèrent vers la porte d'entrée qu'ils ouvrirent, uniquement pour découvrir un homme chauve avec des lunettes ainsi qu'une jeune femme aux cheveux rouges, tous les deux tenant une arme apparemment chargée. Ils les attendaient. Ils étaient piégés. L'homme chauve, connu sous le nom de Masuda, tira dans les genoux de deux d'entre eux, et la jeune femme dénommée Riko se chargea des autres.

    Ils entrèrent dans l'appartement où ils trouvèrent le jeune couple devant le corps d'une femme dont Riko avait déjà fait la connaissance. Mais, à présent, c'était fini. Ils pouvaient reposer en paix.



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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Jeu 28 Juin 2012 - 2:53


    Un vent frais se leva. Des nuages gris assombrissaient le ciel en ce milieu d'après-midi, aussi était-il utile de porter une veste afin de ne pas prendre froid. C'était un temps idéal pour des funérailles. Cela faisait presque une semaine depuis cet incident, et elles avaient enfin lieu. Ceux qui connaissaient la défunte auraient pu trouver cela étonnant qu'une personne prît cette responsabilité, étant donné qu'on ne lui connaissait aucun parent.

    Depuis ces cinq jours, Teru avait beaucoup réfléchi. L'image de sa mère se faisant abattre sous ses yeux revenait sans cesse, la terrorisant la nuit. Kurosaki était le seul capable de la calmer dans ces moments-là, aussi habitait-elle temporairement chez lui, le temps de s'en remettre un tant soit peu. Néanmoins, tous étaient conscients que cet épisode resterait marqué à vie dans sa mémoire.

    Ils n'avaient été que trois à cet enterrement. Riko, Kurosaki et elle. La première s'était éclipsée discrètement, laissant le couple seul et en silence devant cette scène mortuaire. Teru regardait le paysage des tombes sans dire mot. Tous étaient destinés à la quitter à un moment ou à un autre. Son père, son frère, et maintenant sa mère. Qui serait le prochain ?

    Elle coula un regard vers Kurosaki habillé de façon étonnamment élégante avec chemise, cravate et toute la panoplie pour l'occasion. Il se plaignait en disant que ce genre d'accoutrement ne lui correspondait pas. C'était vrai, si on se fiait à son comportement de voyou, néanmoins elle devait dire qu'il était plutôt beau, habillé de cette manière. Pour une fois, il ne fumait pas et regardait la tombe de la défunte sans prononcer la moindre parole.

    À cet instant précis, tout lui parut si calme... Un coup de vent fit voler ses cheveux bruns qu'elle n'avait pas entièrement attachés. C'était bien l'ambiance des cimetières. Elle les reconnaissait bien. Elle s'y rendait une fois par an pour son frère. Pourtant, elle ne s'était jamais rendue sur la tombe de son père ainsi que de sa « mère ». Elle ne savait même pas où elles se trouvaient, Sôichirô ne lui en avait jamais parlé.

    Teru serra les poings. Nombreux étaient ceux qui avaient encore leurs deux parents ainsi que leurs frères et sœurs. Était-ce le cas de Kurosaki ? Il ne lui avait jamais vraiment parlé de sa famille. Un jour, elle lui demanderait. Elle aimerait en savoir plus sur lui, sur son passé, sa vie en tant que Daisy. Elle était prête à l'accepter tout entier, elle ne comptait pas le juger sur son passé. Car, elle savait que son Kurosaki de maintenant ne changerait pas.

    Teru inspira profondément. Elle avait appris le nom de sa mère après sa mort. Riko le lui avait dit, et il était à présent écrit sur la tombe. Kaoru Takashi. Devrait-elle ajouter son nom de famille après Kurebayashi ? Elle ne savait même plus quoi penser. Au final, elle n'avait jamais écouté ses explications. Personne ne les avait jamais entendues. Nul ne connaissait la raison pour laquelle elle l'avait abandonnée à son père.

    Cependant, on pouvait toujours essayer de deviner. Sa mère avait le même âge que Riko, c'est-à-dire trente-cinq ans. Cela signifiait qu'elle l'avait eue bien jeune, à dix-huit ans. Elle s'était enfuie de chez elle deux ans plus tôt. La vie n'avait pas dû être facile tous les jours, et avoir un bébé dans sa situation avait dû être plus que compliqué. Peut-être n'avait-elle pas eu le choix : soit elle la gardait et leur vie aurait été plutôt pauvre, ou bien elle la donnait à son père, par exemple, et elle continuait sa vie de son côté.

    Malgré tout, Teru lui en voulait toujours de l'avoir totalement abandonnée, de n'avoir jamais cherché à garder un contact. Elle avait toujours cru être orpheline, et au moment où elle découvrait que ce n'était pas le cas, elle le devenait réellement. La vie pouvait être terriblement cruelle. Au final, elle ne connaîtrait jamais ses pensées. Elle n'aurait jamais aucune véritable conversation avec elle. C'était fini.

    Finalement, vous vous êtes enfuie en choisissant la mort. Vous semez le chaos partout où vous passez. Mais, sans vous, ce serait moi dans ce cercueil. Merci.
    Néanmoins, elle avait tenu à lui offrir des funérailles. Si elle n'était pas intervenue, la morgue aurait sans doute utilisé son corps dans un but scientifique. Elle estimait que c'était quand même son rôle de fille que d'offrir à son corps une cérémonie d'adieux. C'était le moins qu'elle pût faire. Cela restait tout de même modeste, elle s'était sentie mal d'emprunter de l'argent à des personnes qui n'étaient pas directement concernées.

    L'image du coup de feu repassa dans son esprit, et elle ferma les yeux afin de l'effacer. La brune ne se laisserait pas abattre, car la vie continuait. Elle n'oublierait pas sa véritable mère, toutefois elle refusait de vivre dans un souvenir. Il lui fallait continuer à avancer. Kurosaki se tenait toujours là, immobile, sans dire le moindre mot.

    Teru prit sa main, comme si elle craignait qu'il partît à son tour. Le blond tourna la tête, surpris. L'adolescente, de son côté, continuait de regarder la tombe. Si lui s'en allait à son tour, elle ne savait pas si elle s'en remettrait. Il n'avait plus de raison de s'exiler, la police s'était chargée de cette société, les procès étaient en cours et ils risquaient de nombreuses années de prison. C'était de ce côté-là une fin heureuse.

    Kurosaki lui avait assuré que le programme serait bientôt fini, l'affaire devrait être bouclée d'ici la fin du mois, d'après ses prévisions. Il revendrait le logiciel et tous les dangers seraient écartés. Il n'aurait plus à s'exiler, nul ne le poursuivrait plus. Il pourrait vivre une vie normale. Il resterait à ses côtés. Elle en était sûre. Malgré tout, elle avait besoin de l'entendre de sa propre voix. Elle avait besoin de l'entendre dire qu'il ne partirait pas.

    Sa main était chaude malgré la fraîcheur ambiante. Teru refusait de croire un seul instant que cela pouvait être leurs derniers instants ensemble. S'il se retrouvait à nouveau en danger, elle comptait bien l'aider, malgré ses protestations. Elle deviendrait forte pour lui. Il ne fallait surtout pas sous-estimer une Kurebayashi.

    « Promets-moi que tu ne partiras pas. »

    Tasuku la regarda plusieurs instants. Elle continuait de fixer imperceptiblement la tombe et ne croisait pas son regard. Il comprenait bien ce à quoi elle pouvait penser. Il savait ce que cela faisait que de perdre un proche, il avait déjà vécu ce genre de scène. Après l'avoir vue mourir sous ses yeux, elle était probablement effrayée qu'il s'en allât à son tour. Or, il n'avait aucune raison de réaliser sa plus grande crainte.

    Il posa sa main sur sa tête puis la rapprocha de lui. Cette année avait été suffisamment éprouvante, il n'avait pas besoin ni envie de réitérer cette expérience. Il comptait bien rester ici, dans cette ville, à ses côtés. Il n'avait absolument pas l'intention de partir. Il ferait tout pour rester près d'elle, dorénavant.

    « Idiote. Si je pars, qui sera mon larbin ? »

    Teru, surprise par sa réponse, esquissa un sourire. Il ne changerait pas. Même s'il était incapable de dire ce qu'il pensait réellement, elle comprenait qu'il était parfaitement sincère et qu'il ne comptait pas disparaître de si tôt. Et elle avait bien l'intention de le croire. Car, il ne l'avait jamais trahie auparavant. Elle entoura sa taille de ses bras. Plus rien ne les séparerait jamais.



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MessageRe: Juste trop tard [13+]   Publié le : Sam 27 Avr 2013 - 8:18

Juste trop tard pour une réconciliation


Within Temptation – Somewhere

    Durant cette chaude journée, beaucoup de personnes avaient décidé de se rafraîchir à la piscine, ou bien de profiter du soleil en s'accordant une petite balade au cœur de la ville. D'autres, malheureusement pour eux, devaient encore travailler jusqu'au soir avant de pouvoir enfin se reposer. Dans un immeuble, deux jeunes gens triaient des affaires qu'ils entreposaient dans des cartons ; le lieu devait être vidé avant la fin de la semaine.

    Cela faisait maintenant un mois que Kaoru Takashi était morte. La vie avait évidemment repris son cours, et il fallait bien accepter sa mort. La société dans laquelle elle avait travaillé n'était dorénavant plus et ne serait jamais plus, étant donné que ses dirigeants ne reverraient pas la lumière du jour de si tôt. Le couple pouvait enfin se reposer et profiter de leur temps ensemble.

    Après maints papiers à signer, Teru était parvenue à obtenir la clé de son appartement qui serait vidé si personne ne le débarrassait, afin de laisser de la place à de nouveaux propriétaires. C'était Kurosaki qui avait entrepris de chercher son domicile, afin que Teru pût obtenir plus d'informations sur sa mère qu'elle n'avait jamais connue et dont elle aurait bien entendu souhaité savoir plus de choses.

    Depuis le matin même, ils triaient toutes ses affaires, à la recherche de ce qu'avait été sa vie. Tasuku avait remarqué la présence d'un ordinateur et avait cherché des indices à l'intérieur, comme de la musique, des photographies... Des preuves qu'elle avait vécu. À part quelques morceaux, elle n'avait rien de bien personnel dans cet ordinateur qu'elle utilisait probablement comme outil de travail, à en juger les sites visités.

    Pendant ce temps, Teru triait son armoire et remarqua la quantité de vêtements de même que de chaussures. Elle examinait chaque objet, comme si cela pouvait lui donner des indices sur sa vie. Elle nota qu'elle portait uniquement des habits élégants ainsi que des chaussures à talons, avec lesquels Teru ne parvenait pas à marcher. Elle hésita à en conserver certains, puis craqua.

    Elle mit le reste de ses affaires dans des sacs qu'ils donneraient à des associations ; autant que cela servît à quelque chose, elle ne pouvait pas se permettre de tout garder. Elle cherchait essentiellement des traces de son passé, de manière à mieux connaître sa vie qu'elle ne pourrait jamais lui raconter. Malgré tout le ressentiment qu'elle éprouvait à son égard, elle restait sa mère et elle ne pourrait rien y changer.

    Une fois l'armoire vidée, Teru s'attaqua à la bibliothèque. Il y avait un certain nombre de livres dans diverses langues : japonais, chinois, anglais et russe. Vraisemblablement, elle maîtrisait ces quatre langues. Par curiosité, elle saisit le seul livre de littérature russe en japonais, Enfance de Gorki, pour y jeter un œil. À peine eut-elle sorti ce livre qu'une enveloppe et une photographie coincées entre les pages tombèrent au sol.

    Intriguée, l'adolescente s'accroupit et les ramassa avant de les examiner : la photo représentait une petite fille d'une dizaine d'années qu'elle reconnut comme étant sa mère en compagnie de ses parents. Durant tout ce temps, Teru n'avait même pas songé un seul instant qu'elle pourrait avoir de la famille encore vivante, quelque part.

    Elle fixa l'image, immobile. Ses grands-parents étaient-ils encore en vie ? Accepteraient-ils de la voir ? Était-ils au courant de sa mort ? Riko lui avait dit qu'elle s'était enfuie de chez elle à l'âge de seize ans. Les avait-elle contactés, depuis ? Comment s'appelaient-ils ? Où habitaient-ils ? Avaient-ils cherché leur fille ? L'avaient-ils finalement trouvée ?

    Tout un tas de questions affluèrent dans son esprit. Elle était venue pour chercher des réponses, et c'étaient des questions qu'elle trouvait. Quelle ironie. Elle resta longtemps assise sur le sol à fixer cette image, lorsqu'elle se rappela de l'enveloppe. Sans doute y avait-il une autre image ? Des informations pour les retrouver ? Sur la face de l'enveloppe blanche, une phrase écrite la fit frissonner.

    À mon bébé.

    Le papier qu'elle devinait était jauni témoignait de l'ancienneté de la lettre. L'avait-elle écrite juste après sa naissance ? Pourquoi ne la lui avait-elle jamais envoyée ? Connaissait-elle au moins son prénom ? Rien qu'à cette phrase, elle donnait l'impression de se considérer encore comme sa mère. Cela devait sûrement dater de l'époque où elle n'avait pas encore oublié l'existence de sa fille...

    Teru ouvrit délicatement l'enveloppe, comme si elle avait peur de la réduire en miettes si elle était trop brusque. Ses mains tremblaient presque, or elle se maîtrisa du mieux qu'elle pût. Elle déplia la feuille tout en jetant un coup d'œil à la date : ce message avait été écrit un an après sa naissance.


    Cher bébé, puisque je ne sais pas comment t'appeler,

    Cela fait maintenant un an que je t'ai laissée chez ton père, avec la résolution de ne plus jamais penser à toi. Lorsque j'ai appris que j'étais enceinte, c'était pour moi la fin du monde : j'avais dix-sept ans, je peinais à m'en sortir. Avoir un enfant était la pire chose qui pouvait m'arriver. À cause de mon âge et de mon manque d'argent, je ne pouvais pas avorter, alors je ne pouvais que te garder.

    J'avais pensé à te faire adopter au début, puis j'ai eu une autre idée : te donner à ton père, qui avait lui aussi une part de responsabilité dans cette histoire. Il m'avait laissé sa carte de visite – ne me demande pas pourquoi, je n'en sais rien -, et je me souvenais vaguement d'un homme d'une quarantaine d'années. Je me suis dit qu'il avait probablement une famille et qu'il pourrait prendre soin de toi.

    Je ne te cache pas que je ne te voulais pas. Pour tout te dire, je suis partie de chez moi à l'âge de seize ans, car il y avait une personne de trop dans la maison. Il fallait que quelqu'un s'en aille et je me suis dévouée. Mes parents ne m'aiment pas, ils n'ont même pas cherché à me retrouver. Ils n'ont même pas reporté ma disparition à la police. J'avais cessé d'exister depuis longtemps pour eux, et je crois que mon départ les a soulagés.

    Si tu me le demandes, sache que je ne connais pas l'amour maternel. J'avais peur de te rendre malheureuse. N'ayant jamais connu l'amour d'une mère, j'avais peur d'échouer et qu'au final tu t'enfuies comme moi. En allant chez ton père, tu aurais des parents aimants ainsi que des frères et sœurs, je n'en doutais pas.

    J'ai tout fait pour ne pas m'attacher à toi : à ta naissance, j'ai refusé de te porter. J'avais peur de ne plus vouloir te lâcher si je venais à te prendre dans mes bras, c'était un risque que je ne pouvais pas courir, tu comprends. J'étais déterminée à te donner à ton père qui ne connaissait même pas mon nom. C'était l'idéal, je serais arrivée chez lui puis je me serais enfuie tel un fantôme. Il ne m'aurait jamais retrouvée et je n'aurais jamais plus croisé ta route.

    Une semaine à peine après ta naissance, je t'ai laissée chez ton père. Il avait l'air surpris de me revoir, j'imagine qu'aucune femme n'avait tenté de le retrouver auparavant. Je t'ai laissée devant lui puis je me suis enfuie. S'il voulait me rattraper, il a réagi trop tard, car j'avais déjà disparu.

    Depuis, je n'ai plus aucune nouvelle, je ne sais pas comment tu vas, si ta famille est gentille. En tout cas, tu vivras mieux avec eux qu'avec moi, sois-en sûre. J'ai pris la décision de t'effacer de ma vie et je dois m'y tenir.

    Je crois que j'écris parce que je suis frustrée de ne rien savoir. Tu n'auras jamais cette lettre, mais je l'écris pour ma satisfaction personnelle. Une fois terminée, je la brûlerai, je pense. Tu ne la liras jamais. Tu ne connaîtras jamais les raisons pour lesquelles je t'ai abandonnée.

    Si tu apprends un jour la vérité, je ne te demanderai pas de me pardonner. Tu auras raison de me haïr, les gens comme moi ne devraient même pas avoir d'enfants, notre sang ne devrait pas être perpétué. Alors j'espère que tu ne finiras pas comme moi et que tu vivras heureuse.. Nos chemins ne se croiseront jamais. Je t'oublierai, et c'est mieux ainsi.

    Adieu,

    Ta mère, Kaoru Takashi



    Teru fixa la lettre de longues minutes, incapable de réagir. Elle ne se rendait même pas compte qu'elle pleurait. Son écriture était fine et agréable. Elle avait dit qu'elle détruirait cette lettre, alors pourquoi se trouvait-elle entre ses mains, seize ans plus tard ? N'était-elle pas parvenue à détruire la preuve qu'elle avait donné la vie ? Ce qui était écrit là, était-ce ce qu'elle avait tenté de lui dire le jour de leur rencontre ? Elle ne l'avait même pas écoutée...

    L'image du coup de feu ce soir-là dans l'appartement de Kurosaki repassa devant ses yeux. Ses mains se crispèrent, froissant le vieux papier qu'elle tenait. Elle ne devrait pas s'accrocher autant à cette partie de sa vie, à cette femme qui l'avait abandonnée. Pourtant, elle ne pouvait pas s'en empêcher... Cette lettre lui fournissait toutes les explications nécessaires. Sa mère l'aurait-elle gardé si elle s'était trouvée une situation plus confortable ?

    Teru essuya ses larmes qu'elle remarqua enfin, puis replia le papier jauni qu'elle remit dans l'enveloppe. Elle entendait bien la conserver. Elle jeta à nouveau un coup d'œil à la photo qui avait aussi été cachée dans le livre : ses parents, ses grands-parents étaient-ils encore en vie ? Elle avait envie de le savoir. Il lui restait sans doute de la famille quelque part.

    Après plusieurs minutes de réflexion, elle se leva puis se dirigea vers le salon où Kurosaki se trouvait, occupé à trier les DVDs et à déplacer la télévision. Il la regarda, l'incitant du regard à lui annoncer ce qu'elle désirait demander. Teru s'approcha de lui puis lui tendit la photo qu'elle avait trouvée, sans cacher l'enveloppe qu'elle tenait dans son autre main. Elle la lui ferait lire plus tard, car elle ne lui cachait rien.

    « Est-ce que tu peux chercher les deux personnes avec elle, s'il te plaît ? »

    Tasuku saisit l'image puis se mit à l'étudier. Lui aussi avait compris que la petite fille était Kaoru Takashi. Il était prêt à remuer terre et ciel si c'était pour faire plaisir à Teru. Cette dernière souhaitait retrouver les derniers membres de sa famille qu'il lui restait, il en était bien conscient. Et elle avait raison, rien n'était plus important que la famille, il parlait de son expérience personnelle...

    Après lui avoir dit qu'il acceptait, ils continuèrent les cartons jusqu'au soir. Ils déposèrent ce qu'ils avaient déjà emballé à divers endroits : associations, décharge... Tant qu'ils pouvaient rendre service à des personnes défavorisés, ils étaient sûrs que Kaoru ne leur en voudrait pas. Exténués, ils s'endormirent aussitôt et Teru ne revit pas la scène de la mort de sa mère pour la première fois depuis un mois, comme si son esprit s'était apaisé.

    Il leur fallut encore deux jours pour vider entièrement l'appartement de Kaoru Takashi puis de rendre la clé au concierge. Teru avait fait lire la lettre au jeune homme blond, ce qui lui avait permis à lui aussi de comprendre. Il mit Riko sur le coup pour rechercher les parents de la mère de Teru, afin de les trouver encore plus vite. Que ne ferait-il pas pour sa protégée ?

    Riko avait pris l'habitude de ne plus avoir Teru à dormir le soir. Elle se doutait bien que Tasuku n'avait absolument rien tenté, étant donné qu'il tenait encore à la vie, néanmoins elle se doutait bien que quelque chose finirait forcément par arriver, ce n'était qu'une question de temps. Celle-ci était tout de même soulagée d'avoir obtenu le pardon de Teru ; cette semaine sans se parler avait été très difficile pour elle, quand bien même elle avait cru être préparée à une telle réaction. Il était évident qu'elle se fût sentie trahie par tous.

    Tandis que le couple potentiel vidait l'appartement de la défunte, Riko s'était occupée de rechercher ces fameux grands-parents. Elle avait vaguement songé à les retrouver avant, puisqu'ils faisaient après tout partie de la famille restante de Teru, or elle ne pouvait pas les lui présenter tant qu'elle ne connaissait pas la vérité. Elle ne doutait pas du fait que ces vieilles gens n'étaient même pas au courant de l'existence de leur petite-fille, ni même de la mort de leur fille.

    Teru risquerait de s'en charger, ce qui leur provoquerait un énorme choc, bien entendu, s'ils étaient véritablement des parents. Accepteraient-ils Teru dans leur vie ? Elle l'espérait, l'adolescente ne méritait pas d'être rejetée à nouveau par un membre de sa famille, alors qu'elle venait de découvrir qu'il lui en restait. S'ils ne comptaient pas la considérer comme leur petite-fille, alors elle préférait qu'elle ne les rencontrât pas.

    Il ne lui fallut qu'une matinée pour récupérer une adresse : celle de Sakura Okiwa, nom d'épouse Takashi, une femme d'une soixantaine d'années, vivant dans une petite ville au sud du pays à trois heures de train. Une autre adresse, plus vieille de sept ans et plus valable, était celle d'Aki Takashi, au nord du Japon. Ils avaient apparemment divorcé et continué leur vie de leur côté.

    Dans la mesure où la seconde adresse d'Aki n'était plus valable, elle en déduisit qu'il était mort. Le cycle de la vie n'échappait à personne, après tout. Elle nota celle de Sakura et préféra ne pas évoquer le sujet du vieil homme à Teru, après tout elle pouvait se tromper. Il valait mieux qu'elle le découvrît par elle-même, c'était sa nouvelle famille à présent.

    L'idée que Teru s'installât chez sa grand-mère lui traversa l'esprit avec un pincement au cœur. Les quitterait-elle dans le but de mieux connaître ses seuls parents restants ? Toutefois, cela signifierait vivre loin de Tasuku, ce qu'elle ne supporterait absolument pas. Depuis qu'elle avait retrouvé sa mémoire, elle vérifiait toujours qu'il se trouvait non loin d'elle, comme si elle avait peur qu'il partît à nouveau.

    Riko préférait ne pas émettre trop de théories, puisque tout dépendait de Teru au final. Elle seule déciderait de son destin, mais, en tout cas, elle savait qu'elle ne les quitterait pas. C'était la seule chose qu'elle pouvait assurer sans prendre de risque. Elle décolla le post-it du bloc puis le colla sur son bureau : elle le donnerait à Teru le soir même.



    Tout s'était déroulé si vite ces derniers jours. À peine eurent-ils fini de trier les affaires de Kaoru qu'ils se mirent à la recherche de Sakura Takashi, dont Riko leur avait donné l'adresse. Ils avaient pris un train deux jours plus tard en cherchant un endroit où dormir, ainsi qu'une voiture à louer, que Kurosaki conduirait, bien évidemment.

    Teru ne pouvait suffisamment remercier ses deux aînés, en particulier le blond. Sans eux, elle n'aurait jamais eu le courage d'arriver jusque là, et d'affronter ce passé qu'elle n'avait même pas connu. Elle était sur le point de rencontrer les derniers parents qu'il lui restait. Elle en frémissait d'avance, se répétant sans cesse dans sa tête ce qu'elle dirait en la voyant.

    Tasuku, qui conduisait tranquillement dans cette ville encore inconnue, restant concentré sur la route. Teru l'observa du coin de l'œil, et se rendit compte que, depuis tout ce temps, il ne faisait que prendre soin d'elle, et qu'au final elle ne savait rien sur lui. Avait-il de la famille quelque part ? À en juger ses cheveux blonds ainsi que ses yeux bleus, il paraissait évident que du sang européen coulait dans ses veines. Elle avait envie de savoir.

    « Dis, Kurosaki, où habite ta famille ? »

    Le gardien de l'école coula un regard vers elle avant de reposer ses yeux sur la route à laquelle il devait rester attentif s'il ne voulait pas avoir un nouvel accident où elle risquerait de perdre autre chose que ses couleurs. Il n'avait jamais parlé de sa famille à personne, à l'exception de Sô, qui était malheureusement décédé. Ce n'était pas qu'il avait l'intention de le cacher, mais il n'avait pas non plus envie de le crier sous les toits.

    « Mon père est un anglais qui est reparti dans son pays quand j'avais deux ans, en me laissant seul avec ma mère malade et ma sœur de cinq ans. Ma mère n'avait jamais eu une bonne santé et elle est morte quelques années plus tard. Ma tante nous a élevés, mais ma sœur ne l'a jamais supportée. Lorsqu'elle a eu dix-huit ans, elle est partie pour retrouver notre père et je n'ai plus jamais eu de nouvelles. Ça fait maintenant dix ans. »

    Teru resta silencieuse de longs moments, surprise par ce qu'elle venait d'apprendre : elle n'avait jamais imaginé qu'il aurait un passé familial aussi sombre. Sans doute était-ce trop douloureux d'en parler. Elle prit son bras dans les siens, sans dire le moindre mot. Au fond d'elle-même, elle était contente : elle venait d'en apprendre un peu plus sur Kurosaki, lui qui n'avait jamais dit le moindre mot sur son passé. Il cachait toujours ce à quoi il pensait.

    « Tu as déjà essayé de la chercher ?

    - Si elle avait retrouvé notre père, elle m'aurait contacté. Elle m'a dit de ne pas la chercher tant qu'elle ne donnait pas de signe de vie, alors j'obéis. »

    C'était cruel de demander une telle chose. Kurosaki s'inquiétait forcément, après dix ans sans la moindre nouvelle. Il pouvait s'imaginer le pire : elle aurait pu être renversée par une voiture ou bien sauvagement assassinée qu'il n'en saurait rien. Il ne pouvait qu'attendre, s'il s'obstinait à obéir à sa demande. N'avait-il réellement jamais cherché ?

    Teru décida de ne pas parler de ce sujet plus longtemps, cela faisait probablement des années qu'il n'en avait pas discuté avec quelqu'un, elle pouvait comprendre que ce moment fût plutôt difficile pour lui. Elle respectait son silence et regarda distraitement la route. Elle n'était pas la seule à pouvoir se plaindre. Elle se promit intérieurement de l'aider à chercher sa sœur, elle lui devait bien cela.

    L'adolescente fut tirée de ses pensées lorsque Kurosaki se gara. Jetant un coup d'œil à l'adresse que Riko lui avait donnée, elle se rendit compte que la maison de sa grand-mère potentielle se trouvait de l'autre côté de la route. Son cœur se mit à battre beaucoup plus vite, le stress monta. Que dire, que faire ? Elle resta quelques minutes immobile à réfléchir après qu'il avait coupé le moteur. Ils avaient décidé qu'il resterait dans la voiture, afin de mettre cette dame en confiance.

    Tasuku ne la força en rien et la laissa réfléchir sans intervenir. Il ne put que la regarder sortir puis se diriger vers la maison dans cette rue calme et paisible. C'était vraiment un quartier tranquille, si Teru venait à y vivre, elle ne risquerait absolument rien... Il serait démoli si elle décidait de vivre avec sa grand-mère, néanmoins il respecterait son choix.

    Teru porta une main tremblante à la sonnette qui se trouvait juste à côté de la porte puis patienta quelques instants, immobile, en respirant profondément. Que penserait cette dame si elle voyait devant elle une adolescente complètement tremblante ? Elle la prendrait pour une droguée en manque. Le bruit d'une serrure qu'on déverrouille fit monter sa tension. Une femme d'une soixantaine d'années assez petite apparut dans l'encadrement de la porte et la regarda d'un œil curieux.

    « Bonjour, êtes-vous madame Takashi ? J'aimerais vous demander, avez-vous une fille dénommée Kaoru ?

    - Je n'ai pas de fille. »

    Lorsque Teru avait parlé de Kaoru, la lueur de terreur dans les yeux de la vieille dame ne lui avait pas échappé. Elle avait répondu un peu trop vite à son goût, et d'une voix tremblante. Pourquoi refusait-elle d'admettre l'existence de sa fille ? Kaoru avait-elle raison lorsqu'elle disait que ses parents ne l'aimaient pas ? Cela lui paraissait tout de même étrange, même si elle en avait elle-même fait l'expérience avec Haruse et Kaoru elle-même. Abandonnée par les deux, elle n'avait pu compter que sur Sôichirô.

    Sa grand-mère potentielle voulut refermer la porte, cependant Teru l'en empêcha en la bloquant avec son pied. Elle n'en avait pas fini et ne comptait absolument pas repartir les mains vides. Elle n'avait pas l'intention de laisser le seul parent qu'il lui restait lui filer entre les doigts. À part son grand-frère, elle n'avait jamais réellement eu de famille et elle comptait bien y remédier.

    « S'il vous plaît, c'est très important, j'ai besoin de vous parler. C'est au sujet de votre fille.

    - Allez-vous-en, comment osez-vous parler d'elle après toutes ces années ? »

    Teru ne l'écouta pas, et sortit l'image qu'elle avait récupérée dans l'appartement qu'elle montra à Sakura. Cette dernière, en la voyant, perdit toute volonté de résistance. Elle fixait la photographie, les yeux écarquillés qui s'humidifièrent rapidement. D'une main tremblante, elle l'attrapa puis la regarda de plus près. Il n'y avait pas d'erreur, c'était bien la seule photo de famille où ils avaient l'air heureux tous les trois. Elle ne l'avait donc pas perdue, Kaoru l'avait emportée avec elle.

    « Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous entrée en possession de cette photographie ?

    - Je l'ai trouvée dans l'appartement de Kaoru. C'était ma mère. »

    Elle y était peut-être allée un peu trop vite dans les révélations. Sa grand-mère l'examina longuement de haut en bas, incapable d'articuler le moindre mot. Lorsqu'elle avait ouvert la porte, elle avait presque cru que sa fille Kaoru était rentrée à la maison et qu'aucune année ne s'était écoulée. Cependant, en regardant de plus près, elle s'était rendue compte qu'il ne s'agissait pas de sa fille qui avait disparu.

    Kaoru avait eu une fille. Cette dernière semblait avoir environ seize ans, ce qui signifiait que Kaoru l'avait eue bien jeune, peu de temps après sa fugue. Que lui était-il donc arrivé ? Elle n'avait pas eu la moindre nouvelle depuis cette nuit dix-neuf ans plus tôt. Elle ne savait même pas qu'elle était grand-mère jusqu'à maintenant. Elle avait une petite-fille ravissante qui se tenait juste devant elle.

    Incapable de prononcer le moindre son, Sakura l'invita à entrer dans sa modeste maison qu'elle avait achetée peu de temps après son divorce. Teru regarda la maison autour d'elle, en retenant les moindres détails, quand bien même elle était incapable d'en connaître les couleurs. Elle passerait ce détail sous silence lors de sa conversation avec sa grand-mère. Le plus dur à présent restait de lui annoncer la mort de sa fille.

    Sakura l'installa sur le canapé tandis qu'elle s'assit sur un fauteuil, sans cesser de l'examiner du regard, cherchant les moindres similitudes avec sa fille Kaoru. Elle en trouvait partout, ne serait-ce que dans la façon de marcher. Il lui paraissait voir dans ses yeux la même étincelle qu'elle possédait lorsqu'elle était petite, avant qu'elle se refermât sur elle-même. Où se trouvait Kaoru à présent ? Elle s'empressa de lui poser la question, impatiente d'en connaître la réponse.

    Teru se tendit. Elle avait appréhendé ce moment, et à présent il lui fallait l'affronter. Cette brave femme devait savoir, au final. Elle était vraisemblablement restée sans nouvelle depuis sa fugue, ce qui n'arrangeait pas du tout sa situation. Sa grand-mère paraissait s'attendre à tout, sauf à ce qu'elle était sur le point de lui apprendre.

    « Votre fille... Est morte il y a un mois. »

    Sakura porta une main à sa bouche en murmurant quelques paroles d'horreur. Elle n'avait jamais eu l'occasion de lui dire au revoir. Pourquoi n'avait-elle pas tenté de la chercher durant toutes ces années ? Pourquoi l'avait-elle laissée filer, en estimant que c'était pour son bien ? Elle aurait dû revenir au domicile familial après avoir découvert sa grossesse, ne serait-ce que pour leur annoncer.

    Elle se posa alors des questions sur Teru : Kaoru s'était-elle mariée ? Avait-elle été une meilleure mère qu'elle-même l'avait été ? Lorsque l'adolescente parlait de sa mère, elle semblait si distante, comme si elle parlait d'un lointain parent... Se pourrait-il que les choses se fussent mal passées entre elle ? Ou bien que Kaoru l'eût faite adopter ? Tant de questions qu'elle ne parvenait pas à formuler.

    Teru ne savait si elle devait continuer de parler. Elle ferma les yeux, ne souhaitant soutenir son regard plus longtemps. Elle avait vraiment redouté ce moment, elle se sentait à présent coupable. Toutefois, la réaction de la vieille femme prouvait que Kaoru avait tort : ses parents, ou du moins sa mère, l'aimaient. La scène se déroulant sous ses yeux en était la preuve. Était-elle parmi elles à ce moment précis pour s'en rendre compte ? Teru était certaine, qu'au fond, ses parents lui avaient manqué durant tout ce temps...

    La brune eut l'impression que sa grand-mère voulait parler mais n'y arrivait pas, ce qu'elle put concevoir : quel parent aurait pu s'exprimer normalement après avoir reçu une telle nouvelle ? Sakura saisit son mouchoir en tissu puis s'essuya doucement en-dessous des yeux, comme si elle ne souhaitait pas que sa petite-fille la vît en train de pleurer.

    « Je n'ai jamais su que c'était ma mère, on me l'a annoncé une semaine avant sa mort. Juste après ma naissance, elle m'a laissée chez mon père et on n'a plus jamais entendu parler d'elle. Lorsque j'ai su, je l'ai détestée, pour moi elle n'avait rien d'une mère. »

    Teru parlait à cœur ouvert, quand bien même ses paroles paraissaient assez dures. Elle sentit une boule se former dans sa gorge et qui refusait de partir. Si elle ne se contrôlait pas, elle sentait qu'elle allait aussi se mettre à pleurer. Sakura l'observait et nota la faiblesse de sa voix. Elle fut tout de même attristée de savoir que Kaoru ne s'était pas occupée de sa fille. Si elle avait eu besoin d'aide, elle aurait dû l'appeler... Elle l'aurait soutenue sans rechigner, bien sûr que non.

    « Je ne l'ai vue que deux fois : la veille de sa mort, elle est venue à ma rencontre, et j'ai refusé de lui parler. Et, le lendemain, alors que personne ne s'y attendait, elle est morte. Elle a été entraînée dans quelque chose de plus fort qu'elle. Elle ne voulait de mal à personne et c'est ce qui lui a coûté la vie. »

    La scène du coup de feu repassa à nouveau sous ses yeux et son regard s'assombrit. Elle ne pouvait tout simplement pas l'oublier aussi aisément, même si elle n'en avait pas rêvé depuis la découverte de la lettre, elle ne pouvait s'empêcher d'y songer à certains moments. Elle ne lui raconterait pas son implication dans ces actes criminels, elle ne méritait pas d'avoir l'image de sa fille gâchée de cette façon.

    Sakura ne comprenait pas vraiment comment elle était morte, cependant elle remarqua que la jeune fille devant elle avait longuement pesé ses mots. Lui cachait-on quelque chose ? Si c'était le cas, alors elle finirait forcément par le savoir. Il était inutile de la forcer, elle parlerait d'elle-même au fur et à mesure que le temps passerait. Elle se rendit alors compte qu'elle ne connaissait même pas son nom, et le lui demanda. D'abord surprise du nom de famille différent, elle comprit qu'elle n'avait pas décidé de prendre celui de Kaoru.

    Teru se posait vraisemblablement des questions sur la fugue de Kaoru. Sakura ne voulait rien lui cacher, elle méritait de connaître un tant soit peu sa mère, ne serait-ce que par des récits. Si elle lui expliquait son enfance, ainsi que la relation qu'elle entretenait avec ses parents, cela éclaircirait sûrement son jugement.

    « Le père de Kaoru et moi avons divorcé quelques temps après sa disparition. Il n'avait jamais vraiment voulu d'enfants, et Kaoru était arrivée de manière inattendue. Ce n'était pas qu'il la détestait, mais il a fini par perdre son travail et l'a portée comme responsable. J'étais bien faible, à l'époque, et j'étais soumise à mon mari.

    « Lorsqu'elle a disparu, j'ai pensé à appeler la police, mais mon ex-mari, Aki, m'en a empêché, en disant qu'elle reviendrait d'elle-même. Les mois sont passés, nous sommes restés sans nouvelles. Je me suis alors dit que même si Kaoru revenait, la situation ne ferait qu'empirer, alors j'ai divorcé. La procédure a duré environ un an, et son père a déménagé juste après à l'autre bout du pays. Je n'ai plus jamais entendu parler de lui, mais un parent m'a dit qu'il est mort il y a sept ans.

    « J'étais sur le point de demander l'aide de la police, lorsque je me suis rendue compte que deux années étaient déjà écoulées. Il était bien trop tard pour lui demander de rentrer, et elle m'en aurait voulu d'être arrivée aussi tard. Elle est très obstinée, et ma rencontre n'aurait rien arrangé, au contraire.

    « Alors je suis restée chez moi, en me disant que, si Kaoru avait besoin d'aide, elle viendrait me voir. J'en étais persuadée. La preuve que non, puisque tu es juste sous mes yeux. Si elle t'a laissée à ton père, j'imagine que c'est parce qu'elle n'avait pas le choix... Elle a dû t'avoir peu de temps après sa fugue, n'est-ce pas ? Si elle était venue lors de sa grossesse, je l'aurais accueillie à bras ouverts... »

    Sakura ne put retenir ses sanglots après son récit. Toutes ces années sans nouvelle, sans en parler lui avaient donné l'impression que sa fille n'était qu'un rêve. Pourtant, elle avait conservé absolument toutes ses affaires qui lui permettaient de se rappeler, l'espace d'un instant, qu'elle avait une fille... Une fille qu'elle ne reverrait jamais. À qui elle n'avait même pas dit au revoir.

    Teru resta silencieuse, le regard sombre. Elle comprenait mieux, à présent, ce que Kaoru racontait dans sa lettre. Si elle avait entretenu une véritable discussion avec sa mère, elle aurait pu savoir que la porte était restée ouverte à tout moment. Cela n'avait-il tout de même pas été difficile de ne pas leur parler, durant presque vingt ans ? N'avait-elle pas eu envie de leur rendre visite ? Elle s'était séparée de son ascendance et de sa descendance. Elle avait vraiment été quelqu'un de seul.

    Sakura, après de longues minutes, lui demanda de parler d'elle-même. Bien qu'elle n'eût pas grandi aux côtés de Kaoru et eût mené une vie ailleurs, elle tenait à savoir ce par quoi sa petite-fille était passée. Elle n'aurait jamais espéré être grand-mère, Teru était comme un cadeau tombé du ciel. Elle se sentait revivre, comme si elle avait trouvé une nouvelle raison de vivre.

    Sans rien lui cacher, Teru lui parla de son enfance avec son frère, ce qu'il lui avait raconté sur ses parents. Elle n'avait pas parlé de Sôichirô de la sorte depuis longtemps, et des étincelles étaient visibles dans ses yeux lorsqu'elle parlait de lui. Si seulement il n'était pas mort... Elle parla ensuite de Daisy, son héros, à quel point il avait toujours été présent à ses côtés, puis de Riko, comment elles auraient pu faire partie de la famille si la vie en avait voulu ainsi.

    Teru parlait avec enjouement, parfois avec tristesse, de ce qui avait rythmé sa vie depuis dix-sept ans. Elle passa néanmoins la dernière année sous silence, elle n'avait pas besoin de savoir qu'elle avait eu un accident ou bien que sa mémoire lui avait fait défaut. Lorsqu'elle avait terminé, sa grand-mère connaissait presque tout de sa vie.

    Une fois son récit achevé, elle se rendit compte qu'elle avait parlé pendant plus d'une heure. Mince ! Et Kurosaki ? Il était sûrement en train de l'attendre dans sa voiture depuis tout ce temps. Comment avait-elle pu être aussi négligente ? Il l'accompagnait jusqu'ici et elle profitait de sa gentillesse. Elle s'en voulait vraiment. Il ne lui reprocherait rien, néanmoins elle ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable.

    Elle expliqua sa situation à sa grand-mère qu'elle appelait madame, qui comprit parfaitement sa nervosité. Sakura la regardait avec douceur. Malgré la tristesse qu'elle ressentait pour la mort de sa fille, elle était heureuse d'avoir rencontré Teru. Si elle n'était pas venue, elle n'aurait jamais été au courant de rien. Sa présence la ramenait à la réalité. Lorsqu'elle lui annonça que le fameux Kurosaki l'attendait dehors depuis le début, elle se demanda pourquoi elle n'avait pas demandé s'il pouvait lui aussi entrer, elle aurait accepté.

    Teru vivait dans la ville où Kaoru s'était enfuie, à trois heures en Shinkansen. Ce n'était pas bien loin, elles pourraient se revoir... Si elle l'y autorisait, elle aimerait aussi visiter cette ville dans laquelle elle n'avait jamais mis les pieds et découvrir sa vie quotidienne. Toutefois, elle préférait quand même lui faire une proposition à ce propos, de manière à avoir l'esprit clair.

    « Teru... Voudrais-tu vivre ici, avec moi ?

    - J'y ai beaucoup réfléchi, mais, je suis désolée, je refuse. J'ai toute ma vie là-bas, je ne pourrai jamais me séparer de tous ceux qui me sont chers. »

    Sakura hocha la tête. Elle comprenait parfaitement... Et elles ne se connaissaient même pas suffisamment, elles venaient à peine de se rencontrer. Qui habiterait avec une inconnue ? Surtout que Teru menait déjà sa propre vie dans sa ville natale. Cela ne les empêcherait quand même pas de se voir. Elle voyait cette perspective comme un nouveau départ, sa vie avait pris un nouveau sens : elle avait échoué en tant que mère, or elle réussirait en tant que grand-mère, elle se le promit.

    L'ancienne mère Takashi raccompagna l'adolescente jusqu'à la porte puis la regarda se diriger vers une voiture où un homme blond – très mauvais signe -, avec des lunettes de soleil et une cigarette – très très mauvais signe – se trouvait et paraissait l'attendre en écoutant de la musique. Était-ce donc ce fameux Kurosaki ? Il avait plutôt l'air d'un voyou et de mauvaise influence. Pourtant, Teru n'avait pas semblé être ce genre de fille.

    Si l'expérience lui avait appris une chose, c'était de ne pas se fier aux apparences : elle regarda de plus près le visage de ce jeune homme qui semblait en plus bien plus âgé que sa petite-fille – il avait vraisemblablement une bonne vingtaine d'années. Malgré les lunettes de soleil, elle crut voir une expression de douceur sur son visage. Il n'avait assurément pas l'air si méchant finalement.

    Puis, en concentrant son regard sur Teru, elle se rendit compte qu'elle souriait véritablement, qu'elle avait l'air heureux, tout simplement. D'après ce qu'elle lui avait raconté, ce jeune homme avait toujours été présent à ses côtés et faisait tout pour la protéger. À les regarder, on aurait dit une princesse accompagnée de son chevalier servant.

    Sakura regarda Teru s'installer à la place du mort, puis eut l'impression que ce Kurosaki la regardait. Il esquissa un petit sourire à son attention puis démarra la voiture avant de disparaître dans le coin de la rue, la laissant seule dans cette avenue déserte. Beaucoup de choses s'étaient produites cet après-midi, et elle ne regrettait rien.

    De retour dans sa maison, Sakura monta à l'étage, dans la pièce où elle avait tenté de reconstituer la chambre de Kaoru à l'identique. Elle s'assit sur le lit puis regarda autour d'elle : cela faisait longtemps qu'elle n'y était pas entrée, ce qui lui donnait un pincement au cœur. Kaoru devrait être fière, elle avait une fille exceptionnelle... Sakura entendait bien l'accueillir chez elle à toutes les vacances et lui donner cette chambre.

    Elle posa ses yeux sur une photographie de sa fille lorsqu'elle avait quinze ans, qui était posée sur une étagère. À quoi avait-elle ressemblé avant sa mort ? Kaoru avait toujours été très mignonne, comme si l'âge ne l'atteindrait jamais. Elle se promit de se rendre dans cette ville où la vie continuait à présent, afin d'en savoir plus sur ce qu'avait vécu sa fille depuis sa fugue. Néanmoins, pour le moment, elle avait juste l'impression de l'avoir à ses côtés, et cela lui suffisait.

    « Bienvenue à la maison, Kaoru. »



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