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 Une vie à t'attendre (+13)

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Hagaren

Hagaren
Tache d'encre

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MessageUne vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Ven 12 Nov 2010 - 14:52

1ère partie : Révélation

Chapitre 1 :

Je cours.
J’ai les yeux fermés et pourtant je cours.
Je ne vois rien et pourtant mon effort est si violent que lorsque j’assène mon coup, je retiens mon souffle.
*J’assène mon coup ? *
La cible que je poursuis a soudainement disparu hors de ma vue, aussi je bondis sur le toit et me mets à courir sur le faîte pour essayer de la rattraper.
*Sur le toit ?*
Mais non, j’ai les yeux fermés, je dors, bon sang ! Je suis au fond de mon lit et je sais que je dors !
Alors, quoi ? Comment suis-je capable de voir le katana entre mes mains ? Pourquoi je sais que je suis sur un toit ? Pourquoi est-ce que je suis capable de sentir le vent de ma course sur mon visage, de sentir les battements désordonnés de mon cœur, de savoir que l’adrénaline me file un mélange de peur, d’excitation et d’euphorie, comment suis-je capable de voir la ville endormie à mes pieds, de me savoir en plein combat ?
Que dois-je croire ? Que dois-je faire ?
Je suis tellement perdue que du coup, j’ouvre les yeux.
Et ce faisant, je suis déstabilisée, arrête ma course dans son élan et tombe du toit.
Je tombe, je fais une chute terrible et je vais m’écraser au sol d’ici quelques secondes. Que faire d’autre ? Je n’ai pas d’ailes dans le dos, je ne suis pas une gymnaste, comment tomber d’un toit sans se casser la gueule, sans chuter comme un vulgaire sac de ciment?
J’ai l’impression que ma chute dure depuis des heures et arrête de comprendre. Bon sang, de combien est-ce que je tombe ? A quelle distance est le sol ? Dix, douze mètres ? Je mets un temps infini à tomber, tant et si bien que je referme les yeux pour ne pas voir le bitume arriver vers moi.
Je me prépare au choc, je vais m’exploser par terre, me broyer tous les os. Ca y est, je dois être presque au sol maintenant et j’anticipe le craquement de mon squelette contre l’asphalte. Mais le bruit sourd ne vient pas, pas plus que la douleur que j’attends n’arrive. Alors je rouvre les yeux.
La première chose que je vois, c’est un tissu noir. Ca, je m’en souviendrai toujours, de ce pli de vêtement noir. Ce souvenir restera et ce, plus longtemps que tout le reste. Plus longtemps que la chute, que le katana, que cette nuit étoilée.
Je suis du regard ce tissu sombre, encore estomaquée de n’être pas qu’un amas d’os et de chair éparpillé sur le sol.
On dirait une manche. Je n’arrive pas bien à déterminer, vu que mon visage est tout contre ce vêtement. Je lève les yeux plus haut. Oui, j’ai vu juste, c’est une manche, ample et cette manche appartient à ce qui me semble être un kimono, recouvert d’un haori blanc.
Je lève complètement la tête et croise le regard de l’homme qui porte ce kimono.
Si je ne suis pas tombée du toit, c’est parce qu’il m’a rattrapée.
Si je vois son habit d’aussi près, c’est parce que je suis dans ses bras.
Et si je n’arrive pas à parler, c’est parce que je suis noyée dans le mauve profond et indéfinissable de son regard, où plusieurs nuances de bleus se mêlent. Il est d’un calme olympien et porte le signe distinctif des la haute noblesse dans ses cheveux d’un noir de jais.
J’ai reconnu mon sauveur. Son visage grave est penché vers moi et ses yeux ne quittent pas les miens, sondant mon âme, la happant.
Son nom est parvenu jusqu’à mes lèvres, mais ai-je seulement réussi à articuler ? Il est tout bonnement inenvisageable que ce soit lui.
Cela ne se peut pas ! C’est tout bonnement impossible !
Byakuya-Sama!

******************************
Le Général Yamamoto n’avait pas besoin de se retourner pour faire savoir à son ou sa visiteuse qu’il avait perçu sa présence et attendait qu’il ou elle se manifeste. Tous les shinigamis le savaient.
Aussi, Nemu Kurotsushi se redressa après son salut sans attendre une approbation orale de son supérieur qui lui tournait le dos.
A peine avait-elle fini de se redresser que la voix grave du vieil homme résonnait dans le bureau baigné de soleil :
- Alors, vice-capitaine Kurotsushi? Où en sont les choses ?
- Tout se déroule comme prévu, Commandant. Le Capitaine Kuchiki, le vice-Capitaine Abaraï, la shinigami Kuchiki et le shinigami remplaçant Ichigo Kurosaki sont sur place. Lors de notre dernière communication, le contact était sur le point d’être établi. A l’heure actuelle, le capitaine Kuchiki est auprès de la cible.
- Veuillez ne pas employer ces termes lorsque vous parlez d’elle, vice-Capitaine. Sa présence et son ralliement à notre cause sont primordiales pour la Soul Society.
- Pardonnez-moi, Commandant. Je ne voulais pas me montrer désobligeante. Veuillez accepter mes plus profondes excuses.
- N’en parlons plus vice-Capitaine, apprenez simplement à surveiller votre langage à l’avenir. Et de votre côté, avez-vous fini de mettre en place ce que nous avons décidé ?
- Oui, Commandant, tout est prêt. Le centre de recherche n’attend plus que vos instructions.
- Parfait. Je contacterai le Capitaine Kurotsushi moi-même.
- Bien, Commandant.
Silencieuse comme à l’accoutumée, Nemu salua encore une fois le Commandant Général du Gotei 13 qui n’avait toujours pas bougé. Puis, aussi discrète qu’un chat, elle tourna les talons et sortit.
Le Commandant leva la tête vers un rayon de soleil et murmura pour lui-même :
- Je m’en remets à vous, Ô Déesse. Le destin de la Soul Society ne dépend plus que de son ressort.
Puis il ferma les yeux.

*****************************
Alors là…
Je suis tellement abasourdie que j’en oublie de voir que Renji, Ichigo et Rukia sont arrivés. Pour l’instant, ils se contentent de parler à voix basse entre eux en me jetant de temps à autre des coups d’œil furtifs.
Je ne sais pas plus comment je me suis retrouvée assise sur ce banc, dans un square paisible et isolé.
Je ne sais pas comment je suis sortie des bras du Capitaine Kuchiki.
Comme à son habitude, pour qui connait le personnage, il est silencieux, immobile près de moi, mais regarde en direction de sa sœur avant de fermer les yeux.
Je ne sais pas non plus quand nous sommes arrivés là, ni à quel moment je vais retrouver la raison.
Je suis complètement assommée et tout ce que je peux faire, c’est être littéralement fascinée par mes mains, comme si je les découvrais pour la première fois. Ce sont les seules que je regarde, vu que plus rien ne m’est familier. Je suis entourée de personnes faites de chair et de sang, des personnes on ne peut plus réelles, sauf que ce sont des personnages de manga.
Et moi, tout ce que je trouve à faire, c’est de regarder mes mains.
La dernière fois que j’étais dans mon environnement habituel, c’était… c’était quand, bon sang ? Il y a deux heures ? Vingt ans ? Impossible à dire.
Qu’est ce que je faisais ? Ah, oui, cela me revient, tout à coup : j’avais fait passer une audition et plus de vingt-trois danseuses s’y était présentées, mais aucune ne m’avait plu. La dernière artiste avait fondu en larmes à l’annonce de ma décision et avait essayé de m’attendrir en s’accrochant à mes jambes, me suppliant de lui accorder une seconde chance. Manque de pot, ses simagrées m’ont plus énervée qu’autre chose et du coup, je suis partie furieuse.
En sortant du théâtre, j’ai refoulé le chauffeur de ma voiture qui s’était précipité vers moi et j’ai fait le trajet jusqu’à ma suite d’hôtel à pieds, pour me calmer. Je déteste la faiblesse et les pleurnicheries, moi qui me veux infaillible. Après tout, ne suis-je pas « la voie de la grâce céleste » ?
Et c’est alors que… que quoi ? Que s’est il passé, ensuite ? C’est le trou noir. Je me rappelle seulement de tomber du toit. Comment en suis-je arrivé là ?
Mais la question principale, la question majeure de tout ce fatras, c’est : comment un personnage de manga, une personne complètement fictive, m’a-t-elle rattrapée dans ma chute, me sauvant certainement la vie par la même occasion, putain de bordel de merde !
Bon, là, c’est bon, j’en ai marre.
Basta.
Stop.
Ca y est, je m’énerve.
Je me lève d’un bond, effrayant des oiseaux nichés à proximité et commence à marcher d’un pas vif en direction de la sortie du square. Ichigo est le plus rapide et il se précipite à ma poursuite. Je sais ce qu’il va me dire, mais je le devance en lui parlant en français, faisant comme si je ne comprenais pas sa langue :
- Dégage, La Fraise, c’est vraiment pas le moment de me faire chier !
J’ai parlé avec mon ton « c’est moi le chef et toi tu obéis » que m’a conféré mon statut de chef d’équipe. Cela fonctionne, car Ichigo ne bouge pas et n’essaie pas de me retenir. Puis il reprend ses esprits et me gueule dessus pendant que je continue ma route sans m’arrêter:
- Hé, mais où tu vas comme ça ? Attends ! Avec tout le mal qu’on s’est donné pour te trouver, toi tu te tires ? Reviens, merde !
Malheureusement pour toi, Ichigo, lorsque j’ai décidé quelque chose, aucune force de ce monde ne peut se mettre en travers de ma volonté. Et ce n’est pas toi, que j’ai toujours considéré comme un personnage fait de papier et de traits de crayon, qui va changer cela, même si c’est surréaliste.
J’ai beaucoup trop de questions et aucune réponse. Alors, je vais chercher quelqu’un susceptible de m’en fournir, que je puisse y voir plus clair. Et tant que je n’aurai pas de réponses tangibles à mes questions, je continuerai mes recherches. Pour l’instant, la seule personne qui soit à même de me dire ce qu’il s’est passé n’est pas avec moi, mais à l’autre bout de la ville. Et je dois me dépêcher avant qu’elle ne s’en aille ailleurs.
Je ne jette même pas un coup d’œil en arrière lorsque je mets à courir. Je fais comme si je ne m’apercevais pas que le décor autour de moi change à une vitesse stupéfiante, qu’un seul de mes pas me fait franchir les distances considérables en me faisant légèrement tourner la tête. Si je me mets à réaliser que j’utilise la technique du shunpô sans même m’en rendre compte, je vais encore péter un câble. Il vaut mieux que je me concentre pour ne pas tomber une seconde fois et surtout sur l’adresse exacte du responsable à mes yeux de tout ce merdier.
Le mangaka, Tite Kubo.
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MessageRe: Une vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Sam 27 Nov 2010 - 9:09

1ère partie : Révélation

Chapitre 2 :
J’ai rencontré l’auteur de « Bleach » il y a six ans maintenant. Lors d’une remise de prix nationale où nous avions été conviés, nous avons été présentés l’un à l’autre, nous disant alternativement le respect et l’admiration que l’un pouvait avoir sur l’autre. Son cynisme ajouté à un grand sens de l’humour me plut instantanément, au point que nous allâmes vider une bouteille de saké en tête à tête.
Nous sommes « tombés en amitié » réciproque et je peux me targuer de le compter dans le cercle très restreint de mes amis. Si ce n’est mon meilleur ami. Nous nous bouffons le nez régulièrement et ces coups de pieds au cul virtuels nous font le plus grand bien à tous les deux. Après cela, les critiques encensent mes spectacles et il est régulièrement primé par des récompenses multiples. A croire que nous mettre sur la gueule augmente notre créativité tout en consolidant notre relation amicale.
Mais pour l’heure, je suis pas vraiment jouasse à l’idée de le voir. Il n’est pas chez lui et je reste dans l’obscurité que me confère un coin de rue déserte pour l’attendre. Coup de bol, cette fameuse attente ne sera pas longue. Deux poivrots se soutenant mutuellement en massacrant une chanson à tue-tête arrivent bientôt au bout de l’allée. J’ai retrouvé sa rue et son appartement assez rapidement, en fin de compte. Moi qui croyais avoir un sens de l’orientation déplorable, finalement, quand je veux vraiment…
Un des deux compères porte une bouteille qui menace de tomber toutes les trois secondes et ils sont complètement débraillés. Ils se saluent, se marrent et finalement un des deux s’en va dans une direction opposée.
Resté seul, le poivrot tenant la bouteille tangue dangereusement vers moi. Quand il passe sous le lampadaire devant le bâtiment, je le reconnais. Un sourire mauvais se dessine sur mon visage : un auteur aussi talentueux que lui complètement bourré, ce n’est pas joli-joli… mais rond comme une queue de pelle ou pas, il va répondre à mes questions.
Je le laisse entrer péniblement chez lui, après avoir copieusement insulté la serrure (réfractaire à ses tentatives d’ouvertures, non mais pour qui elle se prend ?) et au moment ou il referme la porte, je bondis hors de ma cachette, l’attrape par le cou et referme la porte derrière moi. Il suffoque à moitié, ses yeux menacent de jaillir hors de sa tête. Je me contrefous de savoir que je serre trop fort et replie le bras pour approcher son visage près du mien, ignorant son haleine chargée d’alcool et murmure :
- Bonsoir, Tite-kun.
Si j’avais le temps, j’apprécierai l’étonnement qui lui fait écarquiller les yeux en me reconnaissant. Mais comme je n’en ai pas, je me rue vers l’évier de la cuisine avec la tête du dessinateur toujours dans ma poigne et finis presque de l’étouffer sous le robinet d’eau froide que j’ouvre en grand. Puis je le redresse et desserre enfin mon étreinte.
Entrons donc dans le vif du sujet :
- Alors ?
Haletant, trempé, brusquement dessaoulé, il croasse un :
- Alors quoi ?
Qui m’énerve. Il va derechef refaire un tour sous la flotte. Après avoir avalé plusieurs litres par le nez, il se met à hurler :
- Arrête ! Mais arrête, putain, lâche-moi !
J’obéis et le lâche, en prévoyant sa dégringolade. En effet, lorsqu’il se retrouve comme un tas de chiffons mouillés à mes pieds, je me penche encore une fois très près de son visage et repose ma question :
- Alors ? Tu ne crois pas que tu as des choses à me dire, Noriaki-kun ?
Il ne répond pas et continue de me regarder avec des yeux ronds, comme si il ne me reconnaissait pas. Le fait que j’utilise son vrai nom et pas son pseudo laisse entendre que je suis sérieuse. Très sérieuse. Et son silence n’est pas fait pour arranger la situation : je sens que la maigre patience qui m’était venue est en train de partir en fumée et retends le bras vers sa gorge. Mais cette fois-ci, il réagit à temps :
- Attends. D’accord. Je comprends. Mais avant, je dois te montrer quelque chose. Viens.
Malgré sa réponse nébuleuse, le jeune homme parvient à me décider. Je le laisse se relever et le suis dans la pièce d’à côté. Je ne sais pas pourquoi, mais un filet de sueur froide commence à couler le long de mon échine. Je n’aime pas ça. Mais alors pas du tout.
Est-ce dû au fait que l’homme trempé devant moi ai eu une réaction bizarrement opposée à celle que j’attendais ? Il le sait, je le sais, mais pourquoi ce calme ? La réalité que je recherche depuis que j’ai ouvert les yeux et pris conscience de la situation me fait tout à coup très peur.
J’ai presque envie d’aller me blottir sous les couvertures et ne pas me réveiller. Une peur pareille, je ne la souhaite à personne, pas même à mon pire ennemi.
Que vais-je apprendre ? Quelle est cette réalité qui dépasse l’entendement et l’absurde de très loin ?
Mais comme malgré moi, j’ai suivit l’homme docilement près de où table de travail gigantesque qui envahit la moitié de la pièce.
Néanmoins, c’est vers la télévision qu’il m’entraine. Sans un mot, il attrape la télécommande, puis se tourne vers moi et me regarde, comme attristé.
L’air devient aussi respirable que du Chamallow fondu et la peur resserre si fort son étreinte que j’ai du mal à respirer. J’ai tellement peur maintenant que je le regarde sans pouvoir dire un seul mot.
Je n’aime pas ça. Oh non, pas ça du tout même, surtout après qu’il ait poussé un bref soupir et se soit détourné vers le poste de télé. Les regards qui en disent long ne m’ont jamais plu, de toute façon.
Il appui sur la télécommande, me regarde à nouveau et me dit avec une douceur inhabituelle:

- Prépare-toi à un choc, Baba-chan.

Il sait pourtant que je déteste ce surnom idiot, mais je n’ai pas le temps de protester ; il vient d’allumer la chaine d’infos en continu et je m’accroupi tellement près de l’écran qu’il va bientôt toucher mon nez.
Néanmoins, Tite augmente le son et je peux entendre le commentaire de la jeune journaliste, alors que ma photo remplit l’écran.
La voix juvénile mais néanmoins grave explique les circonstances de… ma mort.

« …. La célèbre chorégraphe, âgée de cinquante ans, ne cachait pas son amour et son admiration inconditionnelle pour notre pays ; cela faisait maintenant deux ans qu’elle résidait près de Yokohama et produisait ses spectacles de danse avec des danseurs exclusivement japonais.
« Célèbre dans tout le pays et admirée de tous, « la voie de la grâce céleste » comme elle était appelée ici a succombé à ses blessures non loin du théâtre central ; le forcené responsable de cet homicide est ensuite décédé après son acte odieux; il était inconnu des forces de police.
« Les deux blessures mortelles portées à la victime alors qu’elle rentrait à pieds à son hôtel, après une ultime audition en vu de son prochain spectacle, furent infligées à l’aide de deux katanas … »

Si Tite ne m’avait pas soulevée puis assise sur une chaise de la cuisine, je ne sais pas combien de temps je serai restée le nez contre l’écran, à ne plus rien entendre.
Puis, sa main prit de l’élan vers l’arrière et avant même de réaliser, je me mangeais une droite bien sentie.
L’instant d’après, un verre de saké venait me brûler le gosier, achevant la thérapie très particulière du mangaka.

Après m’être étouffée consciencieusement, je pu de nouveau reprendre mes esprits.

- Qu’est ce que… ?

- Ca veut dire ? Ce que tu as entendu, Baba-chan. Il y a deux jours que ton assassinat à fait la une des journaux, mais l’affaire continue de passionner les enquêteurs. La grande chorégraphe, ex danseuse étoile, passionnée du Japon, à été tuée par un type sorti de nulle part, qui s’est jeté sur elle en hurlant.
« Il lui a assené deux coups, la transperçant comme un poisson pêché au harpon. Elle est morte en quelques instants. Et avant même que le premier passant s’approche, le type est tombé raide mort, comme ça, bang ! on pense à une crise cardiaque, ou un truc du genre.

- Mais… !

- Mais tu es là, entrain de me parler, après avoir failli m’étrangler et me noyer, ouais. Et si tu es morte, comment est-ce que je peux te parler, c’est ça ? Viens là.

Et voilà qu’il me tire sans ménagement vers la salle de bain. Du haut de mon mètre soixante dix, je fais une tête de plus que lui et le sport pratiqué toute ma vie m’a donnée une puissance insoupçonnée au vu de ma silhouette fine. Si je voulais, il volerait à travers la pièce. Et j’ai brusquement des fourmis qui viennent me démanger, ne demandant que de m’en prendre au le seul être capable de me donner des explications que je refuse d’entendre.
Mais il a à faire encore moins d’effort que s’il voulait attraper un chaton par la peau du cou et j’arrive bientôt dans la pièce minuscule toute éclairée.
Et là, en face du miroir, la mâchoire manque de se décrocher. C’est vrai que des surprises, je n’en ai pas eu assez, ce soir...

- Ouais, désolé, Baba-chan, mais il faut que je te raconte tout et pour ça, tu dois tout voir afin de tout comprendre, pigé ? Je sais, ça doit pas être simple d’apprendre qu’on est mort, mais il y a d’autres choses importantes que je dois te dire, alors autant le faire maintenant. Et autant que tu sois au courant des détails, ils ont leurs importances…


Tu parles de détails ! Ce que je vois dans le reflet du miroir emporte les derniers lambeaux de ma raison. Je me mets à ricaner nerveusement et serai en train de rigoler à gorge déployée si Tite ne m’avait pas collé une nouvelle droite. A croire qu’à ses yeux, il n’y a que cette façon pour reprendre ses esprits…

- Hé, c’est pas le moment de perdre les pédales, tu veux ! J’ai encore pleins de choses à te raconter !

Pour le coup, oui, je perds les pédales. Je l’attrape encore une fois à la gorge et rapproche mon visage tout près du sien.
Ma voix calme et froide ne me ressemble absolument pas, pas plus que la colère qui fait vibrer chacune de mes paroles :

- Effectivement, tu as plein de choses à raconter, Noriaki. Et tu as intérêt à être très, très ! convainquant. Et à fournir des explications valables qui pourront m’éclaircir sur « ça » !

Joignant le geste à la parole, je le jette littéralement contre le miroir. Où se reflète un mangaka trempé et une guerrière de dix-neuf ans.

- Tu as été repérée quand tu avais dix-neuf ans, Baba-chan. OK, OK, excuse-moi, je sais que tu déteste que je t’appelle comme ça, désolé. Bon, où en étais-je ? Ah oui. Tes pouvoirs. Non, laisse-moi finir ! Dit-il en levant la main pour m’interrompre, avant que je finisse de m’étrangler.

Des pouvoirs ? Moi ? Détectée ? Qu’est ce que c’est que ces conneries ?

- Nous avons… oui, nous. Je ne fais pas que dessiner des shinigamis, Kei-San. J’en suis également un. Et les shinigamis avaient reçus un message de la Déesse, qui veille sur le monde et sur la Soul Society, il y a cent ans de cela. Son envoyée, une guerrière céleste, sera révélée à nos yeux au cours de ses dix-neuf ans et elle sera celle qui luttera pour la paix et l’équilibre de la Soul Society lorsqu’un danger incommensurable se présentera.
« Depuis, nous avons cherché cette guerrière. Et l’avons trouvée. En France.
Le jour de ses dix-neuf ans, elle a fait un malaise et est demeurée inconsciente pendant une vingtaine de minutes. C’est à ce moment là, que nous avons perçu son reiatsu et que nous l’avons repérée. Elle ne se souvenait de rien à son réveil, mais pendant ce laps de temps, nous avons ouvert un passage dans le monde de la Soul Society.
« Nous l’avons rencontrée et lorsque ses pouvoirs se sont manifestés, nous lui avons expliqué qui elle était et quel était son rôle. Puis nous lui avons effacé la mémoire, après lui avoir annoncé que, selon les ordres de la Déesse, elle rejoindrait la Soul society le jour de son cinquantième anniversaire. Et c’est ce que nous avons fait.
« Nous avons envoyé un shinigami vers elle, qui lui a transpercé la poitrine de deux coups : non pas pour supprimer son aneku et son akutsui, mais pour au contraire les révéler. Depuis, nous la cherchons.
Et elle est en face de moi à ce moment même. »



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MessageRe: Une vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Dim 5 Déc 2010 - 10:18

Chapitre 3:
Je m’écroule plus que je ne m’assoie sur le rebord de la baignoire.
Mon premier reflexe est de dire « c’est impossible ! » mais depuis que j’ai vu un personnage de manga me rattraper d’un toit, le mot impossible est à prendre avec précautions.
Les idées se bousculent à toute allure dans ma tête. J’attends, limite, je supplierai, même, que quelqu’un sorte de derrière la porte en criant « haha ! On t’as bien eue ! ». Parce que là, c’est trop… trop.
Je lève un regard qu’un bulot neurasthénique m’envierait presque sur l’homme en face de moi et il devance mes questions avant même que j’ai essayé d’en formuler une de façon cohérente :

- Essaie de te souvenir… c’est ça, pas vrai ? Tu as bien perdu connaissance lors de ton anniversaire ? Et tu es morte le jour de ton anniversaire, aussi… oui, Kei-chan, c’est bien toi… cette guerrière céleste que la Soul Society guette depuis plus de trente ans, c’est toi…

Il m’agrippe par les épaules et me force à me retourner vers le miroir. J’y vois toujours Tite, les vêtements en bataille, ruisselant d’eau, tenant aux épaules une fille vêtue de noir, deux sabres entrecroisés dans son dos, des anneaux d’argent qui enserrent ses biceps et une partie de ses avant-bras. Elle porte de longs gants sans doigts qui couvrent presque la totalité de ses bras, ne laissant voir un espace de peau qu’au début de ses épaules.
Je connais son visage, ses yeux apeurés que le doute fait écarquiller.
C’est moi.
Avec trente et un ans de moins.
Et lorsque j’arrive enfin à parler, elle m’imite et sa bouche remue :

- Mais pourquoi ? Comment ?

Forcément, mes questions sont d’une pauvreté sans nom, mais bon, vu la situation, faut pas trop m’en demander non plus.

L’auteur soupire et m’entraine vers son immense table à dessin. L’atmosphère ressemble à du coton liquide et je marche sur des nuages.
A moins que ce soit mon cerveau qui soit embrumé au point de ne plus distinguer le réel et rejette ce qui est pour moi l’irrationnel ?

Quoiqu’il en soit, je ne réagis plus et regarde d’un œil détaché le dessinateur farfouiller dans ses planches et ne relève même pas quand apparaissent derrière la fenêtre, parfaitement installés dans le vide Ichigo et la clique de shinigamis.
Ils traversent le mur sans un mouvement et je me dis qu’il est on ne peut plus normal qu’ils arrivent à faire cela, dans ce monde, se sont des fantômes.
Ca me fait doucement marrer de trouver une logique quelque part dans une situation aussi surréaliste, mais je cache mon rire.

Je regarde les shinigamis entrer dans la pièce : il y a en plus d’autres personnes qui sont venus se joindre au petit groupe de tout à l’heure : Les Capitaines Kyoraku et Ukitake et surtout, appuyé sur sa canne qui dissimule son zanpakutô, le Capitaine Général Yamamoto. Tout ce beau monde me regarde comme si j’allais exploser d’un instant à l’autre, mais je ne suis pas une bombe à retardement, je voudrais juste me réveiller et confirmer que tout ça n’est qu’un rêve… Très réaliste, très flippant, mais un rêve…
Je voudrais pouvoir me dire que je vais en me levant décrocher mon téléphone, lire mes mails, martyriser mon assistante parce que les choses ne vont pas assez vite pour ma créativité bouillonnante, bref, que des actions on ne peut plus banales, mes repères, ma vie de ces vingt dernières années.

Pendant que Tite pousse une exclamation de joie en brandissant une liasse de feuilles, une partie de mon cerveau qui connait bien le monde des shinigamis pour avoir lu leurs aventures depuis longtemps, me dis que si le chef des treize divisions s’est déplacé en personne, c’est que ça doit être sacrément grave, ou alors vraiment important. Et ça ne me fait strictement rien.
Pour un peu, je me claquerai moi-même pour mettre un terme à mon manque d’implication, mais je réalise soudain pourquoi j’ai cette attitude qui me ressemble si peu : je suis tout simplement en état de choc.
Et je les laisse faire, parler entre eux, m’observer, sans plus de réaction qu’un lapin tétanisé dans les phares d’une voiture.

Puis le Général prend la parole :

- - Je suppose que vous avez des questions en suspend, Kei-Sama ?

Je ne veux surtout pas savoir qu’il s’adresse à moi avec des marques de respect que l’on donne à des hauts dignitaires puisque je ne sais plus qui je suis. Ou quoi. Même s’il n’y a qu’à moi-même que je mens. Je ne suis pas prête à reconnaitre que je suis un être différent des personnes présentes dans la pièce. La pile de feuilles à dessins que tient Noriaki-kun me parait bien inutile, maintenant. Comment accepter l’inenvisageable dans les cases d’une planche à dessin ?

Le Capitaine-Commandant poursuis sur sa lancée et emporte avec lui les dernières cases de mon cerveau avec. J’ai brusquement envie de hurler, mais bizarrement, bouger un muscle pour ouvrir la bouche, me parait aussi inconcevable que de faire manger sa canne au vieillard devant moi.

- Vous devez comprendre, Ten no Shisha (envoyée céleste), que votre présence va être déterminante pour la protection de la Soul Society et de ce monde également. Vous allez devoir apprendre à gérer vos aptitudes rapidement, car la situation est grave…

Et moi, tout ce que je trouve à faire en réaction à cette bombe que m’annonce le shinigami en chef en face de moi, c’est d’opiner distraitement du bonnet. D’un autre côté, si je me mettais à danser la Carioca…

- Nous avons par le passé décidé d’un commun accord que vous ne vous souviendriez de rien de notre première rencontre. Nous n’avions pas assez de temps pour vous permettre de savoir la vérité et continuer à vivre votre vie comme si de rien n’était.
« De plus, savoir par avance l’heure de sa mort peut être néfaste pour un mortel et vous avez été d’accord sur ces points. Vous avez préféré alors que toutes ces explications vous soient données maintenant et non pas lorsque vous étiez plus jeune.

Je m’esclaffe. Ah ouais ? Tiens donc ! Voilà qui est étonnant ! Mais ne réponds pas plus avant. Et c’est Tite qui réagis le premier :

- Putain, Kei, c’est pas vrai !

Et rebelote, je me mange une droite de toute première qualité, il a pris de l’élan, cet enfoiré.

« Kei Douten » n’est pas mon vrai nom, bien sûr. Je l’ai adopté en m’installant dans ce pays, parvenant presque à oublier la version française. C’est une amie journaliste qui me l’a trouvé, un jour dans une interview. J’ai accepté qu’elle le publie. Et depuis, on ne m’a plus appelée que comme ça.
Les kanji qui le composent signifient « la voie de la grâce céleste ».
Bon sang, même ça, c’était prévu par les shinigamis?

En relevant la tête, je croise un bref instant le regard du capitaine Kuchiki. Il a ouvert les yeux sous le bruit de la gifle et parait contrarié.

Renji et Rukia prennent le relais et engueulent copieusement le mangaka :

- Mais qu’est ce qui te prend de la frapper comme ça?
- Tu ne crois pas qu’elle risque de refuser de nous aider, avec une attitude pareille ?

Mais le mangaka coupe court à leurs protestations :

- Vous la connaissez pas comme moi je la connais, alors fermez la ! Elle réagit pas, bon sang ! Il faut qu’elle réagisse, elle est pas dans son état normal !
- Vu le contexte, cela me parait normal, Kubo-San. Mais je crains que la gifler à tour de bras ne soit pas une solution non plus.

Le timbre posé du Capitaine Kyoraku me font relever la tête, en papillonnant des paupières. J’ouvre la bouche pour parler, ma lèvre inférieure me fait mal, je sens une goutte de sang couler.
Histoire de mettre un terme à cette situation intenable et avant que les soleils qui dansent devant mes yeux ne se transforment en super novas dans ma tête, je murmure avec une voix que j’ai dû posséder quand j’avais cinq ans :

- Je ne vous comprends pas bien… Vous parlez français ? Ou anglais ? Je ne parle pas couramment le japonais…

Ils me regardent tous avec de yeux ronds. Enfin, façon de parler, car les capitaines de la 1ère et 6ème division demeurent imperturbables. Le capitaine Kyoraku s’adresse à moi sur un ton bienveillant. Je ne bronche pas. Ils parlent entre eux à présent, mais je m’aperçois que je ne comprends plus rien.
On dirait que mes connaissances en japonais se sont envolées.

Puis je m’écroule, inconsciente, sur le sol. Le noir, l’oubli, l’apaisement de mon âme, enfin…

***************


Je me réveille en ouvrant les yeux avec précaution, comme si ce simple geste allait être le dernier. Mes oreilles bourdonnent comme si j’avais mis un transistor au minimum à côté de moi. J’ai l’impression d’avoir la tête entourée de coton et je porte instinctivement la main à mon front. Mais bien évidemment, je ne porte pas de bande d’ouate autour des tempes. Et pourtant, je sens les prémices de ce qui s’annonce comme la migraine du siècle poindre le bout de son nez. Super…

La question principale qui me taraude, est de savoir dans quel « monde » je suis. Non, en fait, je suis morte de peur, tout simplement terrifiée. Le fait de penser que je peux être soit une dame âgée respectée dans le monde du spectacle, surtout au Japon, soit une guerrière à peine adulte dans un monde ailleurs que sur cette terre n’arrive toujours pas à me rassurer sur mon sort.
D’un autre côté, je suis assez déroutée de voir que cette idée, d’avoir la possibilité d’avoir une autre vie, me parait tout à fait plausible. Et je suis encore plus déroutée de me dire que je ne sais pas très bien quelle vie je voudrais. D’un côté l’habitude et la reconnaissance, de l’autre la jeunesse et le combat. Autant essayer de comparer un papillon d’avec un éléphant et de dire lequel est nécessaire… Mais bon, ce n’est pas en tergiversant sur des problèmes métaphysiques que je vais avoir les tenants et les aboutissants de cette situation. Il faut que je réagisse.

Alors, j’ouvre les yeux en grand et essaie de déterminer où je suis.

Je suis allongée sur un futon, bordée bien sagement jusqu’en haut du cou. Chose dont je me débarrasse d’un coup de pied en envoyant voler la couette, je ne supporte pas l’impression d’être dans une camisole de force que me donne une couverture tirée jusqu’au menton.
Je me mords vite les doigts de mon mouvement impulsif, car j’ai aussitôt l’impression de m’être planté un couteau jusqu’à la garde juste au dessus de l’œil droit. Je gémis en retombant mollement sur le futon.

Une voix m’interpelle : c’est une femme, impossible de me tromper, les japonaises ont un timbre reconnaissable entre tous.
Je tourne doucement la tête et vois Orihime penchée sur moi, sagement agenouillée sur ses talons. Elle sourit et parle avec un visage avenant, la parfaite japonaise polie et attentionnée. Et puis, je m’aperçois que je ne comprends pas un mot de ce qu’elle me dit. La langue m’est totalement inconnue.
Je suis au Japon. Entourée de japonais. Et je viens de m’apercevoir que la langue, que j’ai tant transpirée pour apprendre, m’est sortie de la tête. J’ai oublié le japonais.

Bordel de merde, il ne manquait plus que ça…

- Je ne comprends pas.

La seule phrase en nippon dans le texte qui me revient, mais elle est sacrément utile. Dès que Orihime essaie de me parler, je la coupe avec le même : « je ne comprends pas ».
Vaguement inquiète si j’en juge d’après sa tête, elle se lève, ouvre la porte de papier de riz et la referme derrière elle.
Mais où est-ce que je suis ?

Puis soudain, un éclair de lucidité me traverse. Je prends mon courage à deux mains pour me lever : ma migraine préfère l’obscurité, mais mes questions elles, préfèrent la lumière ; je juge que les dernières sont prioritaires, alors je fais fi des protestations de mon crâne et me lève pour sortir à mon tour de la chambre.

Je suis bientôt dans une autre pièce qui fait office de salle à manger, où toute la joyeuse bande vue précédemment est présente, bien sagement assise devant une tasse de thé autour de la table basse et ronde.
Plusieurs capitaines sont debout, la taille réduite de la pièce ne permettant pas à tout le monde de papoter au sol. Urahara va devoir pousser les murs, si ça continue comme ça.

A mon entrée, ils s’arrêtent tous de parler. Et me regardent. Je fais la vaillante et soutiens leurs regards, alors que j’ai juste une envie : retourner sous la couette, même si elle me borde trop.

Ichigo m’interpelle le premier, mais encore une fois je ne comprends rien. Vu ma tête, ils ont compris que c’est pas la situation la plus brillante pour moi. Orihime a dû les prévenir, car soudain, elle se tourne vers moi, l’air ravie et me parle en anglais. Enfin une langue que je maitrise !
J’avais oublié que cette petite dinde à gros nichons peut être aussi très brillante… Même si son accent est pourri, au moins je comprends ce qu’elle me dit.

- Vous avez bien dormi, Ten no Shisha? Désirez-vous une tasse de thé ?





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MessageRe: Une vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Mer 29 Déc 2010 - 14:15

Chapitre 4:

Je l’ignore superbement et sans trop savoir vers qui me tourner, je décide brusquement de continuer à passer mes nerfs sur Noriaki. Il pourrait être amusant, si je prenais le temps d’avoir un peu de recul sur cette situation dantesque, de me rendre compte que je trouve sa présence dans cette assemblée composée de Dieux de la Mort parfaitement normale.

- Alors ?

Les langues étrangères ne sont pas le fort du mangaka, qui bénéficie d’un traducteur à chaque fois qu’il a affaire à un journaliste étranger. Aussi se contente-t-il de lever un sourcil interrogatif sous un regard vif comme un poisson mort.

- Alors la situation possède t-elle encore des zones d’ombres, Kei-Sama, ou doit-on vous résumer une fois de plus le pourquoi de notre présence ici ?

Je me tourne vers la personne qui vient de me répondre. L’anglais est parlé sans la moindre trace d’accent. Quand on connait l’amour et la virtuosité des japonais pour les langues étrangères, je suis en face d’un prodige.

Il repousse le métal de ses lunettes avec le bout de l’index dans ce geste si particulier que je n’ai vu qu’ici. Ishida ne se laisse pas démonter par la situation.
Ce sera donc lui mon traducteur. Je reporte mon regard vers lui.
Il tient bon et ne baisse pas les yeux. Pas mal… Les Quincy sont ils différents des Shinigamis à bien des niveaux, ou bien Ishida est tout simplement pas disposé à se transformer en souffre douleur ?

Mais malheureusement pour lui, je suis très forte à ce petit jeu, j’ai trop l’habitude d’être crainte et obéie dans l’instant. Et puis, au vue de la situation qui est la mienne, j’ai vraiment trop besoin d’une soupape pour évacuer toute cette pression qui s’accumule dans mon esprit torturé. Je veux des réponses mais pas des vraies ou de trop brutales, histoire que je puisse les accepter.
Manque de bol, je suis trop intelligente pour ça. J’ai bien compris ce qu’on m’a dit précédemment.
Alors, j’enfonce le clou, histoire de me pincer virtuellement et de reprendre mes esprits :

- En effet, Uryuu. Si je récapitule et arrête moi si je me trompe, les Shinigamis et la Soul Society ne sont pas sortis tout droit de l’imagination de Noriaki, mais existent bel et bien et il en est d’ailleurs un lui même.
« De plus, une guerrière céleste planquée dans le corps d’une simple mortelle doit apparaitre et sauver le monde où vivent ces même shinigamis quand il sera en dangers plus grands que ceux auxquels l’autre tête de pissenlit a déjà été confronté.
« Que cette fameuse guerrière ne se souviendra pas du tout de sa véritable nature et qu’elle devra réapprendre à se battre pour empêcher tous les shinigamis de disparaitre.
« Et que cette fameuse Wonder Woman, c’est moi. C’est bien ça ?

Ishida tique un peu devant le ton ironique et mordant mais acquiesce :

- En effet, c’est bien cela.

- Et pour éviter de devenir complètement folle devant cette nouvelle, en plus d’avoir rajeuni de plus de trente ans, ce que j’aurai de mieux à faire, c’est me mettre dès à présent à maitriser le Shikaï, Bankaï et tout le tintouin histoire d’être dans les temps et avoir un happy end avec un coucher de soleil et des jolis cœurs roses à la fin ?

Il écarquille les yeux, visiblement décontenancé. Ce n’est qu’un adolescent, après tout. Et moi, une vieille dame. Mais si je me rappelle le reflet du miroir, je ne suis plus sûre de rien. Je regarde Uryuu à nouveau, qui a entrepris de traduire mes paroles aux shinigamis demeurés silencieux.
Comme personne, à part Orihime a compris ma tirade, je conçois qu’il se sente un peu seul, mais n’ai pas du tout envie de lui tendre une perche.
Me montrer de mauvaise humeur m’apaise un peu. J’attends patiemment qu’il ait fini de traduire mes paroles à tout ce beau monde.
Je comprends pourquoi je vais mieux : j’ai réussi à me passer les nerfs sur quelqu’un.

Me revoici à la case départ dans bien des domaines. Jusqu’à quel point ?
On dirait que ma migraine se dissipe légèrement. C’est le Capitaine Kyoraku qui poursuit de sa voix grave et mélodieuse. Je le regarde me parler et je m’aperçois que sous sa tenue vestimentaire au goût plus que douteux, il est assez canon, en fait. Grand, bien baraqué… Et terriblement intelligent. Tout ce que j’aime.

Jusqu’à présent personne n’avait bronché, mais ils se sont tous soudainement mis à parler entre eux à voix basse. Mis à part le « je ne comprends pas » que j’ai répété comme un perroquet depuis tout à l’heure, il me reste quelques mots par ci par là, comme quand j’ai commencé à apprendre à parler cette langue fourbe et compliquée que j’aime tant.
Super.
Mais c’est la tête d’abruti qui cache un génie effrayant d’Urahara qui prend la parole.
Son accent est pourri à lui aussi, pire que celui d’Orihime, mais il vient soutenir Ishida et l’empêche d’avoir à se noyer dans les profondeurs de mes sarcasmes.

- Recevoir toutes ces explications d’un seul coup au point de perdre votre connaissance linguistique peut être assez handicapant, vous ne trouvez pas ? J’ai peut être une solution pour vous aider à remédier à cela. Vous n’aurez plus le désagrément de parler par le biais de l’anglais que peu d’entre nous connait et vous parlerez et lirez le japonais comme une shinigami de cinq cent ans. Qu’en dites-vous ?
- Je dis que c’est tentant et sacrément utile, mais vous connaissant, je dirai : où est le loup ?

Ishida m’interrompt :

- Le Général Yamamoto vient de décider de vous laisser ici pour cette nuit. Kurosaki et Renji reviendrons demain matin prendre de vos nouvelles et nous adopterons une stratégie à suivre en fonction de votre état.

Je n’ai même pas le temps d’ouvrir la bouche pour donner mon avis qu’ils se lèvent tous et sortent de la pièce. Une lueur vive dans la ruelle m’indique qu’un portail vient de s’ouvrir en direction du Seireiteï.
C’est ça, cassez vous tous, j’en ai marre de vous voir. Bon débarras.
Je prie juste pour que le foutoir qu’est devenu ma vie disparaisse avec eux.
Je me retourne vers Urahara :

- Allez-y… Expliquez moi votre fameuse méthode, je suis plus à un truc dingue près.

Il soupire légèrement, puis me gratifie de ce sourire niais qui le caractérise :

- Vous implanter une puce dans le crâne.

Je lève un sourcil. Cela m’évite de lui balancer mon poing dans la gueule.

Mais mon expression doit être éloquente, car il précise :

- Cette puce contient un programme de mon invention (donc géniale) qui lit, traduit et reconnait le japonais sous toutes ses formes que ce soit, ancienne ou actuelle. Après un temps d’adaptation, très court à mon sens, puisque vous savez parler notre langue, vous serez à même de penser, lire, écrire etc. comme si c’était votre langue maternelle. Et la puce sera devenue inutile et se désagrègera à ce moment là. Aucun effet secondaire. Alors, qu’en pensez-vous ?
- Ne me dites pas que vous avez déjà prévu le coup et que vous l’avez déjà fabriquée ?

Il se gratte la tête en riant d’un air gêné :

- Et bien en fait, oui, je l’ai déjà faite, même si ce ne vous était pas destiné au départ.

Il change de fusil d’épaule pour faire passer la pilule :

- Elle est donc prête et attends votre bon vouloir. Ce sera plus pratique pour tout le monde que vous sachiez vous exprimer sans passer par un traducteur, n’est-ce pas ? Vous devez avoir pas mal d’explications à demander…

Un tas d’objections passent à toute allure dans mon esprit. Je n’en retiens aucune. A quoi bon ? La situation est vraiment trop ahurissante pour réfléchir de façon rationnelle.

C’est ce dernier argument qui me fait répondre :

- Comment comptez-vous procéder ?

- En passant par le nez. Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous ouvrir le crâne pour le faire. Vous n’aurez même pas de cicatrice.
- Des effets secondaires ?
- Une migraine carabinée pendant une journée environ.
- Alors, commencez tout de suite ; j’en ai déjà une de toute façon.







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MessageRe: Une vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Mer 29 Déc 2010 - 14:17

Chapitre 5:

Manque de bol pour moi, Urahara excelle dans son domaine et il ne m’a pas menti quand il m’a parlé « d’une migraine carabinée ».
Certes, je sais que c’est pour m’aider efficacement, je vais pouvoir enfin communiquer de façon totale avec les shinigamis et commencer à accepter cette nouvelle vie de dingue qui est désormais la mienne.
Mais manque de bol malgré tout, car si j’avais encore les katana près de moi (ah oui, c’est vrai : des Zanpakutôs) je me serai coupé la tête sur le champ.

Jamais (et pourtant j’en ai eu quelques unes d’anthologie) je n’ai souffert d’une migraine à ce point. J’ai l’impression que les sons, couleurs, odeurs sont démultipliés pour former un nuage psychédélique autour de moi et qui me broie lentement le crâne.
Le moindre, le plus infime mouvement, comme celui de respirer est une torture qui amplifie cet état bizarre et me transperce de part en part. Comme si je m’étais prise pour un fakir amateur sur sa planche à clous sans maitriser la technique.
C’est la douleur la plus intolérable que j’ai dû endurer jusqu’ici. Mon corps n’est que souffrances, transpercé de la tête aux pieds par un fer chauffé au rouge.

Et puis, cette lumière incessante ! J’ai bien essayé de chercher la foutue lampe qui irradie une lumière dorée dans la pièce, mais je n’ai rien vu. Il n’y en a pas. Je ne suis pas en état de mettre la pièce à l’envers pour chercher la source de cette lumière, de toute façon.
Elle ajoute à mon clavaire en transperçant mes pupilles à vif et labourant avec délectation l’intérieur de mes globes oculaires. Si seulement elle pouvait disparaitre !

Et puis… Et puis la journée a dû passer, car brusquement la douleur s’éloigne, comme si ce putain de nuage qui concentrait mes souffrances sortait de la pièce. Je respire de mieux en mieux.
Les étoiles dorées devant mes yeux qui me brûlent les globes s’amenuisent pour devenir des taches, puis des points et enfin disparaitre. Les sons arrêtent d’être d’épouvantables cacophonies pour redevenir audibles.
Je peux finalement me lever. Je ne souhaite pas retenter ce genre d’expérience et devoir affronter une douleur pareille une nouvelle fois. Mais c’est pas tous les jours non plus qu’on se fait implanter une puce dans le crâne, après tout…

Je réalise que j’ai faim, brusquement. Ca fait combien de temps que je n’ai pas mangé, en fait ? Alors je recherche la salle à manger de l’autre hurluberlu, histoire de savoir si la cuisine n’en est pas loin.
Mais à peine suis-je entrée dans la pièce, que je vois Yoruichi en train de fermer la porte, saluant quelqu’un dans la rue d’un petit geste de la main. A qui s’adressait-elle ?

Puis elle se tourne vers moi, les mains sur les hanches et m’observe longuement, de son sourire goguenard. Bizarrement, je la laisse faire sans broncher. Et dire que si jamais quelqu’un avait eu l’outrecuidance de faire le tiers de ce qu’elle me fait passer il y a encore deux jours, j’aurai piqué une de ces colères ! A rendre vert de jalousie le Mont Fuji un jour d’éruption
.
Mais là… Même pas envie. Son sourire s’élargit et elle s’adresse enfin à moi :

- Et bien dis donc, pour quelqu’un qui vient de fêter ses cinquante piges, je te trouve plutôt pas mal, dis donc ! Drôlement bien conservée !
Elle éclate de rire et s’assoit à la table basse, m’enjoignant d’un geste négligeant de faire pareil. Un chef charismatique. Et pourtant, il en faut beaucoup pour m’impressionner. J’esquisse un début de sourire en retour et m’assoit. Sa capacité à se changer en chat doit avoir aiguisé son intuition, car elle se penche brusquement vers moi :

- T’as pas la dalle ? Moi, je meurs de faim ! Ca te dirait de manger un bout ensemble ?

Et comme par magie, la naine à tête d’endormie se pointe avec un plateau où est posée une quantité astronomique de bols fumants. Elle répartit les plats devant Yoruichi et moi à une vitesse sidérante et se retire après nous avoir saluées.
Sans même attendre, j’attrape une paire de baguettes et me mets à engloutir sans vergogne le contenu du bol. Yoruichi me regarde encore quelques secondes, puis se mets à manger à son tour. En dépit de son attitude nonchalante, je sais que j’ai en face de moi une représentante de la très haute noblesse. Même si elle déteste que l’on le lui rappelle.
Comment vais-je faire pour papoter avec elle sans me planter ?

- Alors, et cette puce ? Tu comprends ce que je dis, cette fois ?

Ah, tiens, c’est vrai. J’avais même oublié ce détail. Déjeuner avec une fille à la peau sombre et aux yeux d’or qui peut se transformer en félin me parait quand même plus intéressant qu’une puce électronique qui a été implantée dans ma tête. Le résultat est quand même bizarre : j’entends l’écho de ma propre voix, comme si j’étais en conversation téléphonique vers un pays ou la réception est mauvaise. J’hoche malgré tout vigoureusement le menton pour lui signifier ma réponse.

- Alors pourquoi tu ne me réponds pas ?

Elle vient de se pencher par-dessus la table pour mieux m’observer. Tout en soutenant son regard, je déglutis du mieux que je peux ma bouchée, mais parle néanmoins avec la bouche pleine :

- Je ne sais pas comment m’adresser à vous, en fait.

Elle éclate d’un rire tonitruant. Décidément, elle me plait de plus en plus.

- Te tracasse pas pour si peu ! Tu n’as qu’à dire : Yoruichi. Et puis, c’est plutôt moi qui devrais me poser cette question. Une Ten no Shisha qui bâfre à la même table que moi, c’est pas rien !

Et elle rigole encore. C’est vrai. Une guerrière céleste, rien que ça… Et en plus, c’est moi. Ca aussi, j’avais oublié… Elle redevient sérieuse un instant, tandis que je me ressers. En plus, elle a parfaitement raison : je suis en train de bâfrer et vide les bols consciencieusement, comme si je n’avais pas mangé depuis des mois.
Qui sait, c’est peut être le cas ?

- En tout cas, tu te remets drôlement vite. Kisuke m’avait pourtant dit que tu en aurais au moins jusqu’à demain matin, avec ta migraine.
- Ah bon, pourquoi ? Il est quelle heure ?
- Six heures du soir. Normalement, tu aurais dû encore passer la nuit à hurler de douleur.
- Parce que… J’ai hurlé ?
- Ouais. Non stop, en fait. A ton avis, pourquoi il n’y a personne à part moi et Ururu?

Tiens, c’est vrai, je n’avais pas remarqué. Décidément, je fais dans la cervelle de linotte, depuis que je me suis réveillée. Je ne fais gaffe à rien. Seul m’importe le contenu de mon estomac. Je n’ai jamais réagi comme ça. Ça commence à m’inquiéter, en fait.
Mais bon, le point positif est que je me suis épargné de longues heures de souffrances supplémentaires. Et ça, ça me convient.
Yoruichi poursuit :

- En tout cas, ils sont sur les dents, là haut. Tu viens de rater Byakuya, alors qu’il n’avait pas à venir. Il vient juste de s’en aller.
Je pique un fard qui rendrait jaloux un camion de pompier en recrachant des grains de riz par le nez. Ça aussi, c’est nouveau. Je n’ai jamais rougit jusque là. Alors pourquoi ?
C’est la question que me pose Yoruichi :

- Dis donc, toi, c’est l’évocation de Byakuya qui te met dans un état pareil ?

Je ne peux pas berner cette fille, son esprit est trop vif. Alors je dis la vérité :

- Quand je lisais vos aventures dans le manga de Tite-kun, c’était mon personne préféré. Alors quand j’ai atterri dans ses bras quand je suis tombé du toit…
- Je vois. Ca a dû te faire vraiment bizarre.

Ouais, c’est ça, t’as qu’à croire que c’est le choc qui m’à fait rougir. Ouf. Elle n’a pas bien compris en fait. Tant mieux.
Je continue de manger. Mais pourquoi Yoruichi se cramponne-t-elle soudain à la table en grimaçant, comme si elle souffrait ?

- En tout cas, tu vas avoir du travail pour discipliner ton reiatsu.
- Pourquoi ça ?
- Dès que tes émotions prennent le dessus, il explose.

Je pose mes baguettes et me précipite vers elle pour la soutenir, brusquement livide. Après mon fard de toute à l’heure, je suis en train de me prendre pour un arc en ciel ambulant. Même pas foutue de me rendre compte que je lui fais du mal ! Je ne remarque vraiment rien, je suis vraiment trop nulle !

- Arrête de t’agiter, il augmente et tu vas finir par me tuer !

J’obéis. Je m’impose le calme et respire doucement par le nez. Yoruichi se redresse péniblement et soupire :

- Et ben dis donc, toi… Si un simple battement de ton cœur peut faire ça, alors soit gentille et ne te mets pas en colère contre moi, tu veux ?

Je la regarde avec des yeux ronds, salement gênée, toujours en la soutenant dans mes bras.
La porte s’ouvre soudain à la volée et Ichigo et Renji se précipitent dans la pièce, leur zanpakutô à la main, beuglant comme des putois :

- Yoruichi ! Est-ce que ça va ? C’était quoi, cette attaque ?

Elle se redresse doucement sans répondre. Urahara est sortit de Dieu sait où, Tessaï sur ses talons. Tous me regardent gravement, même Renji et Ichigo ont arrêté de se chamailler pour se tourner vers moi.
Leur attitude à tous me dis clairement : « C’est toi la cause de tout ça ».
Je ne dis rien non plus. Que dire, de toute façon ? « Oui, c’est exact, c’est moi qui ait failli tuer Yoruichi parce qu’elle a parlé d’un sujet qui m’embarrasse » ?

Que je suis une guerrière divine, alors que j’ignore tout de la guerre ? Ou que je n’ai qu’une envie, c’est de fondre en larmes ?
Je sens que mes pulsations cardiaques se remettent à s’emballer de façon désordonnée. Je n’aime pas du tout cette sensation. Aurai-je perdu mon sang froid et ma capacité à gérer des situations plus ou moins difficile sans m’affoler ? On dirait que je réagis comme si j’avais… Et puis je me souviens : j’ai de nouveau dix-neuf ans pour de bon !

Aurai-je retrouvé toutes les caractéristiques de cet âge, en plus de mon physique ? Une hyper sensibilité et une peur incommensurable d’être rejetée ? Et l’air qui devient de plus en plus oppressant ! Tous les reiatsu qui se bousculent dans cette pièce, leur intensité fluctuant au gré de l’humeur de leur propriétaires, je prends tout ça de plein fouet et me mets à paniquer encore plus ; comme si cela ne suffisait pas, Renji pose soudain un genou au sol, des gouttes de sueur plein le front, un air de souffrance sur le visage. Yoruichi, toujours dans mes bras, respire difficilement.

Il faut me rendre à l’évidence : je suis un monstre, incapable du moindre contrôle sur moi-même et par conséquent, suis en train de tuer toutes les personnes qui essaient de m’aider. Je ne me contrôle pas et je sens bien que je ne peux y arriver ! Je voudrais tellement être ailleurs !
En désespoir de cause, je ferme les yeux très fort, comme si je souhaitais me cacher sous les couvertures, lors d’un mauvais rêve.
Et lorsque je les ouvre à nouveau et regarde autour de moi, je constate des changements. Mes mains sont vides, plus de trace de Yoruichi.
Des autres non plus.

Je suis loin d’eux, si loin que j’ignore où je suis.






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Dernière édition par Hagaren le Sam 15 Jan 2011 - 14:10, édité 1 fois
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MessageRe: Une vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Sam 15 Jan 2011 - 13:59

Chapitre 6:


Maintenant que je suis seule sans pouvoir causer de dommages qui que se soit, je me détends presque instantanément. Je respire profondément plusieurs fois, curieuse de constater que je me sens apaisée, comme après une bonne nuit de sommeil réparateur. En faisant des mouvements d’étirement je constate que mes deux Zanpakutô sont de nouveau sur moi, croisés dans mon dos.

Brusquement, comme si mes mains ne m’obéissaient plus, elles vont en direction de mes reins, se poser sur les Tsuka, les poignées, au niveau de ma taille. La puce d’Urahara fonctionne à merveille, visiblement, j’ignorai ce mot il y a encore quelques minutes à peine. Un monstre je suis, certes, mais un monstre qui devient japonais. Comme si ma vanne à deux balles pouvait me consoler ?

Mais mes doigts se sont enroulés les uns après les autres sur les manches des deux Zanpakutô et aussitôt, je sais que Fleur de Lune (Tsuki no Hana) et Perle d’Etoile (Hoshi no Shinju) sont à mes côtés quoi qu’il arrive. Et qu’elles l’ont toujours été. Deux entités « féminines », oui.
Mais pour l’heure, elles ne se manifestent pas et se contentent de me prodiguer un peu de réconfort par une douce chaleur qui passe par mes paumes. Je suppose que les discussions et les virées dans mon monde intérieur, ce n’est pas encore d’actualité. Malgré tout, je me sens rassérénée, presque apaisée à ce simple contact.

Je me sens mieux, aussi, physiquement, j’entends. Comme si j’avais passé un mois entier au lit, à glander et à faire siestes sur siestes. Une forme sereine, bienvenue et salvatrice. Je ne me rappelle pas avoir dormi depuis cette pseudo nuit où j’ai passé mon temps à me tordre de douleur…

Bon. Faisons un point de la situation.

En premier lieu, comme j’ignore où je suis, le reste me fait une belle jambe. Je regarde autour de moi, histoire de reconnaitre les environs ; peine perdue, ce paysage alentour ne me dit rien. Je suis à proximité d’une ville, mais suffisamment loin pour profiter de la quiétude de l’endroit.
Une verdoyante campagne, avec la petite bise parfumée des senteurs de la nature et tout ça sur fond de soleil couchant. C’est d’une mièvrerie à vomir.

Et puis soudain, je sens une présence près de moi. Je colle un nom sur ce reiatsu que j’identifie instantanément.

Ichigo.

Comment ai-je pu savoir que c’était lui sans même me retourner ? Puisque je n’en sais rien, autant lui demander directement :

- Pourquoi je peux te reconnaitre ?

Le jeune guerrier surpuissant ne répond pas tout de suite et s’approche de moi pour regarder l’horizon à son tour. Il prépare sa réponse, il a perdu sa langue, il ne sait pas quoi faire ? En tout cas, il est certainement décontenancé par ma question, car ses yeux sont grands ouverts. Silencieux tous les deux, nous regardons le soleil se coucher lentement, paresseusement, non sans avoir teinté d’écarlate le ciel environnant. L’adolescent semble distrait, on dirait qu’il est…. Intimidé.
Ichigo ? Invraisemblable.
Finalement, il rompt ce silence qui s’éternise avec une autre question sans répondre à la mienne :

- Et toi, tu sais pourquoi j’ai réussi à te localiser ?

Je me détourne du coucher de soleil qui rend le ciel aussi rouge qu’une mer de sang. Il n’y a qu’au Japon, que j’ai pu voir le ciel s’embraser comme cela.
- Mon reiatsu, n’est ce pas ?
- Ouais. T’es repérable à deux cent kilomètres à la ronde.

Comme si ce soleil couchant avait toutes les réponses, nous regardons vers l’horizon, attendant je ne sais pas quoi. Quelque chose, un signe, qui donnera un peu de bravoure à l’autre pour oser parler à l’un. Le disque pourpre disparait peu à peu en entrainant avec lui des lambeaux de ciel colorés.
C’est Ichigo qui a le plus de courage finalement, car il reprend :

- Mais on savait pas que tu pouvais disparaitre pendant trois jours non plus.

Totalement abasourdie, je mets un instant avant de comprendre la pleine portée de ses paroles : le temps, la chose que l’on peut mesurer le plus facilement, serait-il lui aussi en train de me jouer des tours ? Je cherche le regard du jeune homme aux cheveux orange :

- Quoi ? J’ai disparu pendant trois jours ? N’importe quoi, je viens juste d’arriver !

Il est grave, tout à coup. Et je n’aime pas quand il est grave, surtout face à moi, surtout en train de me regarder à son tour.

- Tu es partie il y a trois jours, Kei.

Allons bon ! Une chose démentielle supplémentaire, une ! Que c’est-il passé ? A quel moment ? J’essaie désespérément de me souvenir de quoi que ce soit, mais rien. Ichigo doit voir mon angoisse qui est en train d’atteindre des sommets qui n’auraient rien à envier aux cimes de l’Himalaya car il ajoute :

- La dernière chose que nous avons vu, c’est que tu tenais Yoruichi dans tes bras. Et puis, paf, une lumière dorée est sortie de nulle part et t’as entourée au point de te faire disparaitre en nous aveuglant au passage. Et quand la lumière s’est éteinte, tu avais disparue. Je te raconte pas la panique quand on a pas réussi à te localiser trois jours durant…

Une fois encore, je plonge dans mes souvenirs en essayant de me rappeler. Mais tout ce dont je me souviens, c’est que je me suis rendu compte que je ne maitrisais pas mon reiatsu. Et que cela pouvait être mortel pour quiconque était trop près de moi. Partie, absorbée par une lumière dorée ? C’est quoi ce délire ? Où suis-je allée ?
Ichigo n’insiste pas et me fait signe d’un mouvement de tête :

- Allez viens. Urahara veut te voir. On a des trucs à te dire. On trouvera peut-être des réponses plus claires là-bas…

J’en ai assez des questions, aussi, je me tais. Et le suis docilement. Il doit avoir raison. Rentrer auprès de personnes qui veulent m’aider au lieu de rester seule dans une campagne inconnue à la nuit tombée, ce n’est certainement pas plus mal.
Alors je redresse la tête et allonge le pas, afin de rattraper le jeune guerrier. Je sais qu’il va utiliser le shunpô, avant même qu’il ne formule son intention à voix haute. Je me contente de poser la main sur son épaule histoire que nous soyons raccord dans nos déplacements. Est-ce la présence du jeune Shinigami remplaçant ou bien le fait qu’il soit un puissant guerrier attentif à mes gestes qui me galvanise ? Quoiqu’il en soit, le shunpô est un jeu d’enfant qui nous ramène dans la boutique minable en un claquement de doigts.

Un fois sur place, je constate qu’un nouvel arrivant s’est pointé : l’autre dingue de Mayuri Kurotsushi. Je l’observe du coin de l’œil, en essayant de garder contenance : encore un qui me mets mal à l’aise mais pour de mauvaises raisons : il me fiche une trouille sans nom.
De son côté, il s’approche de moi, un air faussement affable sur le visage. Il commence par me tourner autour en me dévisageant de haut en bas, puis croise mon regard ; devant la dose abyssale d’amabilité que je mets dans mes prunelles, il arrête instantanément son cirque. Il se dirige vers la table basse où est posée une grosse valise rigide et capitonnée, comme si elle contenait de l’uranium. Si Tite a reproduit fidèlement les caractères des shinigamis, cela ne m’étonnerait pas plus ce ça que ce soit effectivement de l’uranium.

Mais quand il ouvre la valise, il farfouille dedans, puis se retourne vers moi. Il me tend brusquement un pendentif d’un air pressé, comme s’il s’agissait d’une urgence. Une ravissante pierre noire pas plus grosse qu’une fève, suspendue par un lacet de cuir fin. Joli.
Qu’est-ce que c’est encore que ça ?

- Mettez ça, s’il vous plait.

Interdite, je regarde discrètement autour de moi, croise Yoruichi du regard. Elle hoche la tête doucement. Alors je me retourne et présente mon dos au génie à cheveux bleus. Il passe le bijou devant moi et le referme sur mon cou.
Instantanément, mes genoux se dérobent sous moi et je me retrouve à quatre pattes par terre, haletante. Superman qui se prend un rocher entier de Kryptonite en pleine poire n’est rien à côté de moi. J’ai la sensation d’être une huitre un jour de repas de Noël, devant une famille nombreuse affamée. Mon corps tout entier se rebelle contre cette sensation, mais comment bouger lorsque tous vos membres sont soudainement transformés en plomb, que vos poumons se prennent pour des raisins secs et que vos entrailles hésitent entre danser la cucaracha ou bien sortir par vos oreilles?

Je cherche désespérément mon souffle et malheureusement pour moi, près du sol il n’y est pas non plus.
Mon corps pèse une tonne, ma tête va bientôt atterrir sur le plancher si je la laisse faire. De la sueur coule sur mon corps comme si j’étais restée plusieurs heures dans un sauna. C’est ce satané bijou qui est la cause de tout ça, c’est sûr, mais pourquoi personne ne vient m’aider à l’enlever ? Pourquoi tout le monde me regarde sans bouger ?

Je finis par m’allonger par terre et me retourne sur le dos, toujours en train de chercher un peu d’air et de force. La pièce tourne, suis-je dans le centre d’essai des astronautes de la NASA ou bien coucou me voilà, je suis la centrifugeuse humaine ? Et ma tête qui se prends pour un cep de vigne et veux s’enfoncer dans le sol ! Je porte une main qui pèse autant qu’un semi remorque à mon cou, pour enlever ce foutu pendentif : c’est lui, la source de mon malaise, quoi d’autre ?

Mais le capitaine Kurotsushi m’en empêche :

- N’y touchez pas !

J’arrive à coasser :

- Mais ! Que… Qu’est-ce que c’est ?

Il ne répond pas tout de suite, visiblement fasciné par mes réactions. Je m’oblige à retrouver un peu de calme afin de respirer lentement. D’abord, éclaircir ses idées…voilà, comme ça. Bon.
Maintenant, essayer de comprendre cette situation que n’importe quel astrologue aurait souhaité prédire, mais qui est somme toute banale pour les habitants de la Soul Society qui sont autour de moi. Une nana qui s’effondre après avoir mis un collier, c’est de la petite bière comparé à ce qu’ils ont pu voir auparavant.

Bien. Maintenant, réagir.

Je fini par gérer un peu plus la douleur et réunis ce qui me reste d’énergie pour m’assoir péniblement en tailleur. Puis, en m’appuyant si fort sur la table basse que je vais sûrement l’incruster dans le sol, je me relève, chancelante. Les yeux du savant se sont allumés, il pourrait servir de phare en pleine tempête à lui tout seul.
Mais c’est Yoruichi qui se dirige vers moi et balaie tous mes précédents efforts en m’obligeant doucement à m’assoir. Elle passe un linge humide sur mon front et me tends un verre d’eau, que je siffle en deux gorgées. Allez donc vous mettre debout et marcher normalement lorsqu’une montagne entière vient de prendre appui sur vos épaules !

Je plonge mes yeux dans ceux de Yoruichi et c’est la gravité de ses prunelles dorées qui suspend mes questions, plus que la réaction du Capitaine. Pourquoi cherchai –je son approbation sans cesse ? Aussi, je m’adresse exclusivement à elle, ignorant l’air affairé et démentiel de l’autre taré à la crinière bleue :

- Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi dois-je le porter ? C’est trop douloureux !

- Je sais, Kei-chan ; mais c’est pour l’instant la seule solution que nous ayons trouvé pour t’aider à contrôler ton reiatsu rapidement, sans que les personnes autour de toi aient à en souffrir.

Je me laisse aller contre son épaule, haletante. Oui, bien sûr, mon reiatsu qui explose pour un oui ou pour un non sans que j’en aie le moindre contrôle dessus… Mais si cela continue comme ça, c’est moi qui vais mourir. La pression est trop forte, je suis oppressée, j’étouffe. Comment réussir ne serai ce que marcher avec ce vampire autour du cou qui me vide de mes forces ?

Le capitaine Kurotsushi s’est agenouillé près de moi et si je ne savais qu’il était exclusivement fasciné par les résultats de son expérience, je le soupçonnerais de reluquer sans vergogne mon décolleté. Il marmonne plus pour lui-même que pour répondre à mes questions :

- Cette pierre de Seki noire a des effets tout simplement prodigieux. Il nous a fallu la transporter dans un container spécial afin de ne pas être atteint par ses radiations phénoménales et pourtant, elle est portée sans avoir tué le sujet… Vraiment très intéressant…

Je retrouve suffisamment de force pour agripper le savant fou par son haori. Il me regarde, complètement désarçonné, non pas que je puisse le toucher, mais plutôt parce que le support de son expérience se manifeste :

- Appelez-moi encore une fois « le sujet » et je vous promets de vous faire bouffer votre satané pendentif par les trous de nez. Est-ce que c’est clair ?

Malgré l’étonnement qui se lit dans ses yeux, il ne bronche pas. Bizarre. Il n’est pas du genre à se laisser impressionner par une manifestation extérieure quand il commence « une expérience ». Je soupçonne l’intervention de sommités dans l’ombre afin de le museler de la sorte. Il se relève et daigne enfin m’expliquer son manège :

- Cette pierre de Seki est particulière : si celle que nous utilisons d’habitude absorbe le reiatsu de la personne en contact avec elle de façon progressive, elle fini par se l’approprier presque complètement. Le shinigami qui est face à cette pierre ne peut qu’en subir les conséquences et verra ses forces décliner peu à peu.

Oui, je me rappelle l’emprisonnement de Rukia et son impossibilité à se tenir face à son frère, lorsque celui-ci avait commencé à affronter Ichigo pour la première fois. Trop longtemps exposée à sa tour constituée en pierre blanche, elle ne pouvait plus se tenir debout devant l’incroyable puissance de son frère aîné.
Le Capitaine de la 12ème division poursuit son petit laïus :

- Il existe une autre version de la pierre de Seki blanche : elle est noire et extrêmement rare. Aussi, les faibles quantités qui sont encore présentes à la Soul Society sont conservées précieusement dans nos locaux.
« Mais ce n’est pas la seule différence avec la pierre blanche. En plus de l’absorber, elle s’adapte au niveau de reiatsu auquel elle est confrontée.
« Face à un faible niveau, ses effets seront extrêmement rapides et le sujet ne survira pas. Face à un niveau supérieur, ce sera plus long, mais la mort sera toujours assurée. Face à un niveau exceptionnel, ce sera elle qui se pliera à la volonté du shinigami. Et stabilisera son pouvoir d’absorption sans qu’il y ait mort du sujet.

Ainsi donc, pour éviter décimer tout le monde, ils ont trouvé comme solution de …

- Me tuer à petit feu vous permettra de contrôler mon reiatsu, c’est ça ?

Yoruichi plante ses yeux d’or dans les miens :

- Nous n’avons aucune intention de te tuer, Kei. N’oublie pas que tu es une envoyée céleste qui s’ignore et qui doit rapidement l’apprendre. Cette méthode est certes brutale, mais c’est le meilleur moyen que nous ayons trouvé pour te permettre d’apprendre à te servir de ton reiatsu.
Mouais. Ca se tient. Mais je repense soudain à une chose :

- Mais attends un peu… Tu as bien aidé l’autre tête de foin à maitriser son Bankaï en trois jours, non ?

- C’est vrai ; mais n’oublie pas qu’Ichigo avait déjà la pleine possession de son Shikaï. Toi, tu viens juste de découvrir l’importance de ton pouvoir. Mais pas encore son étendue. Tu dois apprendre tout depuis le début. Et le temps joue contre nous.

Pour confirmer les paroles de la belle guerrière, le Capitaine Kurotsushi se tourne vers Urahara et Renji :

- Dès qu’elle pourra se tenir d’aplomb, le Commandant Yamamoto souhaite qu’elle commence son entrainement au combat le plus vite possible. Vous avez un mois pour la former. Votre pièce sous terraine semble tout indiquée pour ce genre d’expérimentation.
Puis sans un mot, il sort de la pièce, laissant Renji, Ichigo, Urahara, Yoruichi et moi-même interdits.

Un entrainement au combat.

Super.

Je ne sais même pas comment tenir un katana dans le bon sens et je ne peux pas non plus me tenir debout. Un mois ? Je crois plutôt que qu’une année n’y suffira pas.
Pourquoi ne pas retourner à ma vie d’avant, la reprendre avec une nouvelle apparence, dans un domaine qui m’est familier, sans me dire à chaque instant que je vais me réveiller de ce cauchemar ? Mais je constate que les évènements précédents la venue des shinigamis dans ma vie sont de plus en plus flous ; Noriaki m’a raconté les circonstances exceptionnelles de ma mort, ça, ok, je me rappelle bien.

Qu’est-ce que c’était, déjà ?









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Dernière édition par Hagaren le Sam 15 Jan 2011 - 14:07, édité 1 fois
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MessageRe: Une vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Sam 15 Jan 2011 - 14:04

Chapitre 7:


- Non, Commandant. Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire.

Debout devant l’écran de contrôle qui le reliait à la salle des Capitaines, Renji croisait les bras, le visage fermé. En face de lui, Yamamoto et les autres Capitaines. Le plus haut gradé des treize divisions ne comprenait pas ses explications et cela le contrariait. Comment être plus clair ?
Soï Fon pris la parole :

- Alors, tu as voulu dire quoi, exactement ?

Renji soupira discrètement. Il était en train de passer pour un abruti devant le conseil tout entier et personne ne semblait vouloir l’aider. Un bref coup d’œil à son Capitaine, immobile et les yeux clos, lui indiqua que celui-ci était autant disposé à lui venir en aide que d’embrasser Ichigo à pleine bouche:

- Je crois Capitaine, que le mieux est que vous voyez par vous-même.

Les doigts de Renji volèrent sur le clavier attenant à l’écran ; puis il lança une vidéo, afin que les personnes en face de lui réalisent à quel point sa tâche était ardue. L’enregistrement commençait la semaine dernière et finissait ce matin. Renji sélectionna un florilège des extraits les plus marquants et appuya sur la touche « entrée ». Comme ça, ils allaient comprendre…

Sur l’écran, on pouvait maintenant voir trois protagonistes. Encadrée des deux shinigamis dédiés à son entrainement, la Ten no Shisha regardait avec intérêt la salle située sous le magasin de l’ancien capitaine. Puis Ichigo brandit doucement Zangetsu devant son nez et lui lança :

- Allez, fait comme moi ; tu vas apprendre à te mettre en garde. On verra le combat en lui-même plus tard. Il faut d’abord que tu apprennes les positions de base.

Elle pencha la tête sur le côté, dubitative :

- Tu as conscience que ton Zanpakutô me fait dix fois et que je n’ai jamais tenu d’arme entre mes mains de ma vie ?
- Ouais. C’est bien pour ça qu’il faut qu’on commence depuis le début.

Résignée, elle porta la main à sa taille et posa ses doigts sur la garde. Gauchère… Mais lorsqu’elle dégaina l’arme de son fourreau, une chose inattendue se produisit : libérée, la puissance de son Zanpakutô explosa, clouant Renji et Ichigo à terre aussi efficacement qu’un inquisiteur l’aurait fait avec sa victime sur un pilori.

Elle demeura interdite, épouvantée pendant un instant, puis tomba à genoux à son tour : stimulée par le pouvoir gigantesque, sa pierre de Seki la dévorait. Elle lâcha son arme et instantanément, les deux hommes en face d’elle purent relever la tête, visiblement souffrants.
Ichigo s’avança en rampant à demi vers elle et l’aida à rengainer son arme. Allongée au sol, les yeux écarquillés, elle semblait aussi terrorisée qu’une enfant face à un monstre sorti tout droit de ses pires cauchemars :

- Que s’est-il passé ?

Personne ne lui répondit, car aucun des deux n’avait de réponse à lui fournir.

Puis la bande vidéo avança, deux jours plus tard. Dans cet extrait, elle se tenait face à Renji avec un katana d’entrainement en bois. Celui-ci attaqua brusquement, lui faisant face. Ses entrainements avec Madarame avaient rendues ses attaques redoutables, difficilement prévisibles et maitrisables pour son adversaire.

Mais contre toute attente, elle para très facilement son attaque avec une rapidité fulgurante, en se mettant de profil par rapport à son adversaire et enroula Zabimaru autour de sa propre lame de bois. Puis, avec un mouvement sec, elle leva le bras, envoyant par la même occasion le Zanpakutô de son adversaire valdinguer dans les airs.

Durant ce même temps, elle avait pivoté sur elle-même et était maintenant dans le dos de Renji, son katana pointé entre ses omoplates. Tout cela avait pris moins de deux secondes. Elle semblait abasourdie.

- Comment j’ai fait ça ?

Renji continua d’avancer encore dans la diffusion de la vidéo. Le dernier extrait datait de ce matin même. Cette fois, elle était face aux deux Shinigami qui brandissaient leurs armes face à elle. Elle semblait être extrêmement concentrée et tira lentement un de ses Zanpakutô de son fourreau.

L’explosion de son reiatsu eu lieu comme la fois précédente, mais ni elle ni ses deux adversaires n’en souffrirent visiblement. Ichigo se rua vers elle le premier, Renji une seconde plus tard. Elle se baissa et para le coup de la gigantesque lame d’un geste souple de son Zanpakutô, tandis qu’elle tendait sa paume vide vers son deuxième assaillant.

Un éclair rouge en jaillit, d’une puissance telle qu’il alla creuser un véritable cratère dans la pierre située derrière Renji. Ce dernier n’avait eu la vie sauve que grâce à ses réflexes, qui lui avaient permis de se jeter au sol afin d’éviter l’attaque d’énergie pure à temps.
Puis Renji appuya sur la touche « Stop » et se tourna vers l’assemblée de capitaines.

- Impressionnant…Murmura le Capitaine Kyoraku.

Visiblement, il venait de résumer en un mot tous ce que les personnes réunies dans la pièce avaient en tête. Ce fut le Capitaine Ukitake qui prit le relais, énonçant les faits qui l’avaient marqué :

- Du Bakûdo sans une seule parole d’incantation… Et elle a réussi à maitriser suffisamment son reiatsu pour l’adapter à son combat ! Et tout cela en à peine une semaine, alors que nous avions compté sur un mois au minimum…

Le Capitaine Yamamoto fit taire le brouhaha ambiant d’un coup de canne au sol. Il jeta un imperceptible coup d’œil au Capitaine de la 6ème division. Celui-ci eu un très léger hochement de tête, suffisamment discret pour être invisible aux yeux des autres personnes présentes. Puis le Général des armées de la cour s’adressa à Renji :

- Au vu des images que vous venez de nous montrer, vice-Capitaine Abaraï, il est clair que votre entrainement est devenu plus qu’insuffisant. Prévenez la Ten no Shisha qu’elle doit venir ici afin de le parfaire ses connaissances auprès de gens plus compétents.

Impassible devant la grossièreté latente de son chef qui mettait en cause son inefficacité, Renji s’inclina :

- A vos ordres, Commandant.

Lorsque le guerrier aux cheveux rouges se releva, le vieux Yamamoto lui avait déjà tourné le dos et l’écran qui le reliait à la Soul Society ne tarda pas à devenir noir.
Alors Renji soupira. Il devait aller annoncer la nouvelle à la jeune femme et la Déesse seule savait comment elle allait réagir. Il avait l’impression qu’elle l’aimait bien, mais était-ce peut être parce qu’il avait réussit à ne pas lui montrer à quel point sa puissance l’effrayait.


***************************

La Soul Society… Rien qu’à l’idée de me rendre là bas, peut être même à tout jamais, m’excite et m’angoisse à la fois. Vais-je réussir à m’adapter ? Vais-je réussir tout court ? Tellement d’enjeux dans mes aptitudes que je ne maitrise pas, que la pression est en train de s’installer, en fait : devenir une guerrière, m’adapter à une nouvelle ville, une nouvelle langue, un nouveau mode de vie, de nouvelles responsabilités, tout en tirant un trait définitif sur ce qui est mon « moi » actuel.

Bizarrement, je n’éprouve rien d’autre qu’une immense curiosité teinté d’appréhension, mais pas de regrets. On dirait que mon ancienne vie ici est arrivée à son terme. Comme si j’étais pressée d’en commencer une nouvelle, ailleurs. Tourner la page, même définitivement, je l’ai déjà fait en quittant la France, l’Europe, l’Occident pour venir vivre dans ce pays compliqué et fascinant. Alors changer de monde pour un autre…
C’est le milieu de l’après midi. Je suis dehors dans la cour du magasin d’Urahara, en attendant que le portail s’ouvre. Renji et Ichigo sont partis devant, afin de mettre en place avec les shinigamis de l’autre côté les modalités de mon déplacement. Les habitants de la maisonnée sont absents et le clan des autres possesseurs de pouvoirs sont en classe.

Je suis seule.

Est-ce que quelqu’un a seulement envisagé que je pouvais avoir besoin de réconfort et que j’en suis encore à la phase Caliméro ? J’aimerai brusquement avoir quatre ans et qu’on me dorlote comme tel, me laisser faire et ne me soucier de rien…
J’en suis à ces interrogations quand deux choses se passent simultanément : le portail vient d’apparaitre dans une projection de lumière aveuglante et je sens la main de Yoruichi se poser sur mon épaule. Ses sens de félins sont drôlement pratiques, finalement.
Depuis mon arrivée ici, nous avons passé le plus clair de notre temps ensemble, quand je n’étais pas en train de m’entrainer avec Ichigo et Renji. C’est elle qui m’a insufflé la force de ne pas baisser les bras. Mais comment lui avouer que sans elle je me sens désemparée? Et puis, à quoi cela servirait, de toute façon ?

Aussi quand les différentes séries de portes s’ouvrent enfin devant nous, je redresse la tête pour m’avancer vers le portail, avec plus de détermination que j’en avais tout à l’heure. Renji et Ichigo sont revenus comme convenu et Byakuya Kuchiki également. Je me persuade que mes soudains battements de cœur désordonnés ne sont dus qu’à la nervosité de mon voyage futur.

Il ne me regarde pas, qui est plus est. Il semble être ailleurs, déjà reparti vers son monde et non pas présent dans le mien avec nous. Ichigo s’avance et mû par une impulsion soudaine, refait le même geste que Yoruichi tout à l’heure. Il pose sa main sur mon épaule.
J’arrive à extirper de mes lèvres un embryon de sourire.

- Ca va aller, t’inquiète. Et puis si c’est trop dur ou que t’en as ras le bol, tu reviens ici, d’accord ?

Je pose ma main sur la sienne. Ma grimace devient presque un vrai sourire.

- Ouais. Je sais.

Et avant que le courage ne me manque totalement, je me dirige vers la porte en papier de riz ouvert sur l’autre monde. Le Capitaine Kuchiki n’a pas un regard pour moi lorsque je la franchis juste après lui. Alors je fixe mon attention sur le petit papillon noir qui vient voleter devant moi et me dirige vers la lumière qui irradie de l’autre côté. Un chuintement discret de panneau coulissant et je sais que je suis arrivée dan la Soul Society, laissant le monde terrestre derrière moi.

La lumière qui règne sur le Seireiteï est aveuglante. Un soleil si brillant, même dans le sud de la France en plein été, je n’en ai pas trouvé de semblable. La température est douce et une légère brise rafraichit agréablement l’ensemble. La « Douceur de vivre » .Ca commence bien.
Nous avons débarqués devant une porte de bois haute de plusieurs mètres, dont les deux battants sont grands ouverts. Ce soit être une division, mais laquelle ? Mes deux accompagnateurs s’y dirigent d’un pas sûr. Ce doit être certainement la sixième…
Je fais le vide dans mon esprit, à défaut de pouvoir remettre mon estomac à sa place initiale et fait de même. Comme je suis derrière eux, leurs hautes statures me bouchent un peu la vue, mais je ne peux m’empêcher de regarder avidement le panorama qui s’offre moi et de constater l’immensité des lieux.

Ce n’est pas le seul élément de décor qui soit spectaculaire : j’ai beau connaitre le paysage par les animes, je suis impressionnée quand je regarde les hautes murailles autour de moi. La texture des pierres qui composent le sol, la perspective sur un jardin en face de nous, le bleu du ciel sans nuages… j’ai l’impression d’être dans un décor à la perfection absolue.

Noriaki à vraiment donné une reproduction fidèle de la Soul Society, sans en préciser que cette fameuse perfection est quasi insupportable. C’est si pleinement, totalement beau que c’en est déroutant. Pour plagier Baudelaire, je dirai qu’ici tout n’est que beauté, luxe et calme.
De plus, toute cette énergie latente, irradiant des personnes et même des bâtiments… Je comprends pourquoi cet endroit s’appelle la Société des Ames : seuls des êtres immortels sont capables d’en ressentir et d’en apprécier la quintessence. Alors y vivre… Tiens, d’ailleurs, vivre pour eux, c’est quoi exactement ? Je vais bientôt être l’une des leurs, autant cerner le problème rapidement.

En apparence, ils ne sont préoccupés que par le maintien de l’ordre, leur tâches au sein de leur division respectives, obéir aveuglément à leurs chefs … Pas de politique autre que celle là, pas de mercantilisme outrancier, aucun des travers du monde réel. D’autres préoccupations gèrent cette vie ici, malgré son aspect si policée de prime abord.
Et puis, en ce qui me concerne, je dois oublier les bruits de la ville, son rythme, son stress. Oublier tout court. A moi de trouver ma place… J’ai la sensation que cela ne va pas être aussi aisé que ce que je voudrais.

Nous venons d’arriver au pied d’une volée de marche qui amène au bâtiment principal.

C’est la profonde salutation d’un groupe de shinigami devant le Capitaine et le vice-Capitaine qui me fait dire que nous sommes effectivement au sein de leur division.
Mais en les regardant plus attentivement, je m’aperçois que je me plante complètement : ce ne sont pas des shinigamis armés au sein d’une division quelconque, mais des serviteurs. Et même s’ils manifestent leur respect à Renji, c’est devant le Capitaine qu’ils s’inclinent.
Alors je comprends.

Je suis au domaine Kuchiki.

Joie.

Je n’ose même plus respirer, pour la peine.

Néanmoins, les deux hommes ont continué d’avancer, montant les marches puis longeant le bâtiment par le couloir latéral en bois, ouvert sur le jardin. Je n’ai pas vu à quel moment ils ont enlevé leur sandales, mais je me sens complètement à côté de la plaque avec mes chaussures qui résonnent sur le bois précieux à chacun de mes pas.
Arrivé devant une des nombreuses portes en papier de riz qui constituent le couloir, le maitre des lieux daigne enfin se tourner vers moi et me regarder. Mais c’est Renji qui parle :

- Vos appartements, Ten no Shisha.

Je hausse un sourcil aussi expressif que celui de Mona Lisa. Renji qui me donne dans le titre honorifique alors que la veille il me mettait des grandes claques dans le dos pour m’encourager ? Pourtant, toutes les vannes qui viennent à mon secours chaque fois que je suis embarrassée me restent en travers de la gorge et je ne pipe pas mot.

Renji poursuit et je note le soudain vouvoiement au passage :

- Le Commandant Yamamoto a préféré demander au Capitaine Kuchiki de vous surv…

Mon regard coupe dans son élan l’action de sa langue et empêche le mot qu’il ne faut pas me dire de franchir ses lèvres. Renji est décidément très rapide pour cerner les gens, quand il veut. Et agir en conséquence.
Il se reprend très vite :

- De veiller à ce que vous ne manquiez de rien.

Pendant ce temps, le principal intéressé me tourne consciencieusement le dos, les yeux clos. Impassible bloc de glace hautain et je m’enfoutiste. Est-ce le même homme qui m’a rattrapé d’un toit ?

- Votre entrainement va différer de celui que vous commencé dans le monde réel avec Ichigo et moi. Dorénavant, ce seront des Capitaines vos adversaires.

Celui de la 6ème division tourne légèrement le menton par-dessus son épaule pour enfin me parler :

- Votre entrainement commencera demain matin à six heures précises. Soyez à l’heure.

Et avant que je n’aie eu le temps d’ouvrir la bouche, ils sont déjà partis, me laissant les bras ballants devant la porte coulissante en papier de riz.











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MessageRe: Une vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Sam 22 Jan 2011 - 11:50

Deuxième partie : Adaptation

Chapitre 8 :


Je me demande bien quand est-ce que je vais enfin arriver.

Cela doit faire une heure que je marche droit devant moi sans pouvoir atteindre mon but, qui semble être cette demeure là-bas au loin. Mais, une bizarrerie de plus, (je ne suis plus à ça près) je ne suis absolument pas fatiguée. Au contraire, je m’émerveille à chacun de mes pas. Je suis sûre à présent que personne n’a ressenti une telle allégresse que celle que j’éprouve en cet instant.

La douce euphorie qui s’est emparée de moi quand j’ai commencé mon périple ne semble pas vouloir me lâcher. M’est avis que si quelqu’un d’autre vivait ce que je suis en train de vivre, il y a de fortes chances pour que sa réaction soit similaire à la mienne.
Quoique, vu le contexte, j’en doute fort.

Car après tout, mon chemin est improbable, tout comme mon environnement. Je suis actuellement…sur l’eau. Non pas « dans », mais « sur ». Et je marche dessus depuis une heure. J’ai quitté le domaine Kuchiki, le Seireiteï, la Soul Society et je n’ai aucune idée d’où je suis ni de comment je suis arrivée là. Et je marche sur l’eau de ce qui semble être un immense lac entouré de montagnes.

Tout ce dont je me rappelle, c’est cette lumière dorée que j’ai vu irradier près de la surface de l’eau alors que je sortais de mon bain dans une source authentique et qui sert de banale baignoire aux Kuchiki.

Je me suis approchée, me demandant sa provenance et… et me voilà. Inutile de me demander quoique ce soit d’autre, je n’en ai pas la réponse, ni même un commencement.

Quand j’ai compris que je me trouvais dans un endroit onirique et impossible, j’ai su que je n’avais pas d’autres choix que d’avancer. La lumière douce et dorée s’est matérialisée devant moi, prenant l’aspect d’un globe. Je n’ai pas mis beaucoup de temps avant de comprendre que ses déplacements virevoltants indiquaient « suis-moi ». Alors je l’ai suivie. Que faire d’autre ? Et depuis, je marche. Sur la surface de l’eau, oui.

Je ne sais pas se qui m’enchante le plus : pouvoir marcher sur l’eau ou bien regarder une créature grande comme un colibri, avec un corps féminin parfait et des yeux immenses sans pupilles danser autour de mes pieds ? Sans parler du paysage : un château immense fait de ce qui semble être du verre en haut d’une montagne enneigée d’une jolie couleur bleue. Dans le ciel étoilé, le clair de lune immense et si proche, terriblement lumineux avec ses deux soleils juste à côté, dont l’un qui est en train de se coucher.

Que croire ? Que penser ?

Je me penche un peu plus afin de regarder la petite créature qui s’ébroue avec joie sous la surface de l’eau: on dirait… Oui, c’est bien cela, je vois bien une fée danser à chacun de mes pas.

Enfin, danser… Vu qu’elle est sous l’eau, elle nage donc, mais avec autant de facilité et de grâce qu’une otarie dans son élément. Dès que mon talon s’appuie sur ce sol liquide, elle contourne l’empreinte de mon pied pour ensuite se diriger vers l’opposé et recommencer son manège sans se lasser. Elle tournoie et virevolte vers le fond de l’eau à la même vitesse que moi, semblant rebondir sur l’image inversée de la plante de mes pieds, tournoie gracieusement et repart pour une prochaine figure, infatigable et splendide.

Tout comme elle, je ne me lasse pas non plus de ses arabesques et c’est donc la mort dans l’âme que je dois renoncer à la regarder… d’autant que le rivage s’approche enfin. Immobiles sur celui-ci je devine les contours d’autres créatures merveilleuses et fascinantes qui semblent attendre mon arrivée.

Deux d’entre elles se détachent : une somptueuse fée ailée, réplique à taille humaine de la sylphide aquatique de tout à l’heure et dont l’aura couleur argent scintille sans discontinuer autour d’elle.
D’une telle beauté et d’une telle perfection qu’elle en est douloureuse, tout son corps n’est autre que l’allégorie du mot « splendide ».
Sa beauté me coupe le souffle et je resterai bien à la fixer les yeux ronds comme je suis en train de le faire le prochain millénaire dans sa totalité.
Elle caresse distraitement du bout de ses jolis doigts une somptueuse panthère des neiges entre les oreilles et je sais pourtant que le félin haut comme un ânon n’est pas dangereux mais bienveillant.

Bon sang, mais où est-ce que je suis, là ? C’est quoi ce délire ? J’en ai pas eu assez, ces derniers temps ?

- Oh, ça va, arrête de ronchonner, s’il te plait ! S’exclame la fée alors que je touche enfin le sable violet du rivage.

« Tu ne perdras donc jamais ton cynisme ? poursuit-elle. Je préférai quand tu t’extasiais devant la néréide à tes pieds…

Quiconque à déjà marché sur l’eau et papote sur une plage violette avec une fée grandeur nature comprendra que j’ai l’esprit aussi vif qu’un dromadaire perclus de rhumatismes. Surtout en me faisant cueillir à froid par une créature qui n’est pas réelle, même si sa beauté est irréelle.
Aussi, je me contente de répondre fort à propos :

- Hein ? Une quoi ?

La magnifique fée étincelante rejette une mèche de cheveux fait certainement de fils d’argents qui ondulent doucement dans son dos avant de répondre avec un petit soupir :

- La néréide. La créature de l’eau. Ce n’est pas une fée, mais une néréide.

Devant l’éclat de mes yeux qui doivent briller par l’intelligence et la répartie comme une lampe avec des piles déchargées, elle lève les yeux au ciel :
- Bon sang Tsuki, tu es sûre que c’est elle, la guerrière ? On dirait qu’elle n’a pas la lumière à tous les étages !

- Sois un peu indulgente, veux-tu, Hoshi. Elle a beaucoup de choses à admettre depuis peu de temps. Alors que tu répondes à haute voix aux questions qu’elle se pose en son fort intérieur ne doit pas l’aider beaucoup …

La sublime créature ailée ne répond pas et me tourne le dos. La panthère tachetée lève vers moi ses splendides yeux bleus glacier et me regarde avec attention et douceur. C’est elle qui vient de parler. Je m’interdis de ricaner : après tout, il y a de la neige bleue au sommet des montagnes environnantes, alors un énorme félin qui parle…
Et puis le déclic se fait dans mon esprit et je ne trouve rien de mieux à faire que de fixer avec des yeux ronds la bête formidable en face de moi:

- Tsuki no Hana ?

Puis me tourne vers la créature parfaite qui joue avec le globe de lumière qui m’a servi de guide jusqu’ici :

- Hoshi no Shinju ?

Cette dernière éclate de rire :

- Et bien, on pourra dire que tu en auras mis du temps pour comprendre !

La panthère a un timbre de voix rauque comme des pas dégringolant sur un gravier à flanc de montagne et c’est plaisant à entendre :

- Sois la bienvenue chez toi, Kei. Nous t’attendions depuis longtemps.


*******************************


C’est le pépiement insistant des oiseaux qui achève de me réveiller, plus que la lumière qui passe par la porte et les murs de ma chambre. Moi qui ne peux dormir dans le noir complet, je suis servie. Et maintenant, cette saleté de piafs matinaux…

J’ai rêvé, cette nuit. Je sais que j’ai rêvé. Je me rappelle vaguement, très vaguement, à peine en fait, des images confuses et floues, remplies de couleurs et de lumières. Des créatures ou bien des lieux fantasmagoriques qui parlaient et dont le sens des paroles m’échappe. Je sais juste que ce rêve était important et bénéfique pour moi, ce qui me met au creux de l’estomac une impatience d’y retourner digne d’une amoureuse transie. Bon sang, si seulement je pouvais me rendormir immédiatement et continuer mon rêve!

Au bout de cinq minutes, je soupire : le sommeil s’est bel et bien enfuit et je sais maintenant que je ne me rendormirai pas. Je me renfrogne : c’est sûr que ce n’est pas sur un matelas épais comme un pot de yaourt posé sur le sol avec des soi-disant murs en papiers que je vais pouvoir repartir au pays des songes pour finir mon rêve séance tenante.

Avant de pouvoir continuer ma litanie de plaintes pourtant méritées, je vois en ombres chinoise une silhouette arriver à petits pas, s’agenouiller sur ses talons et faire doucement coulisser un panneau, tandis qu’une voix douce m’interpelle :

- Ten No Shisha ? Je vous souhaite le bonjour. Il est 5h30, votre entrainement avec Messire Byakuya débute bientôt. Pouvez-vous vous lever, je vous prie ?

Je soupire puis m’exécute à moitié, me contentant de rejeter le futon qui me recouvre à mes pieds. Cette poupée de porcelaine m’intrigue depuis hier, lorsque je suis arrivée. Elle m’a immédiatement accueillie, servie avant même que je n’aie eu le temps de formuler la moindre requête et surtout disparue à chacune de mes tentatives d’échanger plus de trois mots avec elle. Alors maintenant qu’elle est agenouillée devant moi sans pouvoir s’enfuir en courant, je ne vais pas me gêner pour la cuisiner un peu, avec beaucoup de subtilité et de diplomatie :

- Qui êtes-vous ?

Elle s’incline profondément devant moi, toujours assise :

- Pardonnez mon impolitesse, Ten No Shisha. Je m’appelle Miyabi et serai dorénavant à votre service exclusif. Si vous désirez quelque chose, n’importe quoi, demandez-moi je vous prie. Je ferai de mon mieux pour vous satisfaire.

Une suivante pour combler mes désirs… Manquait plus que ça ! Paradoxe inhérent à mon caractère tourmenté, si je ne demandais pas mieux il y a quelques heures, je sais que j’ai horreur de me faire materner. Mais la situation s’y prête t-elle encore ? Je ravale mes sarcasmes qui s’apprêtent à franchir ma bouche et pour une fois, réfléchis avant de parler : une personne dédiée à me rendre la vie confortable dans ce monde qui m’est si étranger, ce sera pas plus mal, finalement.

Aussi, je dis :

- Merci Miyabi, je suis sûre que l’on va bien s’entendre, toutes les deux.

Elle hoche la tête et s’incline vers moi encore une fois, visiblement ravie. Je m’étire et me redresse sur ma couche tout en grimaçant : j’ai le dos vermoulu et le moindre mouvement me coûte autant que si j’avais cent cinq ans. J’aime beaucoup trop les lits pour me reposer sur un truc aussi moelleux qu’une planche à peine améliorée qu’est un futon traditionnel. Ça promet pour la suite, avec les combats que je dois bientôt mener face au Capitaine. J’en profite pour soupirer à peine plus discrètement qu’un matelas pneumatique en manque de rustines.

Je m’étire encore une fois, afin de retrouver un peu de souplesse. Les dernières miettes de la nuit s’évaporent au fur et à mesure que je reprends pied dans la réalité et que mes idées s’éclaircissent. De mon rêve, il ne me reste plus à présent que des bribes confuses sans queue ni tête. Un rêve loufoque, ça c’est sûr, bizarre comme chacun de mes rêves, mais… Je sais juste que j’ai le cœur en fête comme si j’avais passé une super soirée avec ma famille, choyée, entourée afin mes peurs s’envolent… Non, rien à faire, je ne me rappelle de rien. Je soupire à nouveau : dommage que les choses agréables soient si éphémères et impalpables…

Pendant ce temps, mon réveil matin en kimono s’est montré très efficace : trois servantes sont venues sur un de ses gestes et voilà mon petit déjeuner dressé, mon futon replié et un nécessaire de toilette de chat attend mon bon vouloir. Le bain, ce sera pour plus tard.
Je m’attable, boude le poisson et la soupe, ne grignotant du bout des dents que quelques grains de riz.

La poupée en chef et nouvelle copine pâlit :

- Ten No Shisha ? Quelque chose ne vous convient pas ? Désirez-vous autre chose ? Y a-t-il quelque chose en particulier qui vous satisferiez ?

A la voir se décomposer, je comprends que j’ai dû certainement commettre un crime de lèse-majesté particulièrement grave. Alors mettons les choses au point tout de suite, comme ça, on avancera un peu :

- Oui, il y a quelque chose qui pourrait me satisfaire.

Instantanément soulagée, elle se redresse avec des yeux pétillants et sa voix vibre avec une joie à peine contenue:

- Dites-moi et je me charge personnellement de le réclamer auprès de notre chef cuisinier pour vous l’apporter dans l’instant.

- Cela n’a rien à voir avec la nourriture, elle est parfaite. Je n’ai juste pas très faim, je suis désolée.

Décontenancée, la jeune femme me regarde avec des yeux ronds :

- Mais dans ce cas, pouvez-vous m’expliquer… ?

Je pose délicatement les baguettes sur le plateau de laque, puis la regarde bien en face:

- Tu vas arrêter de m’appeler « Envoyée Céleste », Miyabi. Mon nom, c’est Kei. Dis-le.

- Mais, Ten…

Je dois vraiment être super forte en « regard qui tue », car elle s’arrête net et baisse la tête.

- Pardonnez-moi.

Je décide de lui filer un coup de main :

- Non, pas « pardonnez-moi » mais « Kei ». Recommence.

Elle a un petit sourire et s’enhardit :

- Oui, Kei-Sam…

Je l’interromps encore une fois, avant qu’elle me sacralise et me donne dans le titre de noblesse :

- Kei.

Elle finit par s’écrier :

- Je suis désolée, mais je ne pourrai jamais parler aussi familièrement, Ten No Shisha !

Elle plonge encore une fois vers le sol, et j’ai bien peur qu’elle ne finisse par atterrir dans les fondations de la maison, si elle continue à être désolée de la sorte.
Mouais… je peux comprendre sa difficulté : après tout, elle sert la plus grande famille du Seireiteï depuis des siècles sans doute. Et puis je repense soudainement à Yoruichi et sa rencontre avec Soï Fon. La situation est totalement similaire ! Et la tactique employée par Yoruichi s’y prête on ne peut mieux.

Alors j’appelle doucement :

- Miyabi ?

En ayant décidé d’observer les trames de paille du futon sous elle mais sans microscope, elle a malgré tout un léger hochement de tête.
Je poursuis donc :

- Tu veux bien dire « Kei-San » ? Pour me faire plaisir ? Nous nous appelons « Grâce » toutes les deux, c’est un signe, tu ne crois pas ?

En relevant la tête, sa joie affichée est telle que je suis sûre que si elle le pouvait, elle se mettrait à danser la samba avec son kimono. Yoruichi a bien manœuvré, l’affectif ça marche bien… Du coup, elle me redonne le sourire et je consens à me lever et à finir de me préparer. J’attache mes cheveux quand la jeune femme s’adresse enfin à moi avec un langage qui me plait:

- Kei-San ? Si vous avez terminé, permettez-moi de vous conduire au terrain d’entrainement où Messire Byakuya vous attend.

Le Capitaine. Merde. Pour un peu, je l’aurai presque oublié, celui-là.

Je pousse un soupir à fendre une cargaison d’âmes et suis la jeune fille dans les interminables couloirs qui entourent la demeure. La vache, c’est si grand qu’il me faudrait un GPS pour me repérer. Il ferait beau voir que l’envoyée céleste rate un combat parce qu’elle se serait paumée dans la baraque de son hôte… Je soupire encore une fois, non sans me demander ce que je fous là. M’est avis que ce sera pas la dernière.
Je suis encore en train de tergiverser intérieurement avec mon cynisme qui me sert de « petite voix intérieure » quand nous arrivons dans un immense terrain vague.

Miyabi ne s’est pas trompée, son Maitre est déjà là, au centre, de profil vis-à-vis de nous et les yeux clos comme à son accoutumée. Maintenant que la pierre de Seki pend autour de mon cou, je suis rassurée de savoir que mon cœur qui s’est soudainement pris pour un tambourin ne sera perçu que par moi. J’essaie de me calmer malgré tout. Le soleil s’est à peine levé et il embrase déjà le ciel d’un rose ardent. Tant mieux, si jamais je me mets à rougir, au moins j’aurai un alibi…

Après un hochement de tête discret dans ma direction, Miyabi s’en retourne vers le domaine Kuchiki, en faisant autant de bruit qu’une souris qui aurait mis des chaussons de feutre.

Je reconcentre mon attention vers l’homme en face de moi qui ne bronche toujours pas. Que je sois là ou pas n’a pas l’air de faire une grande différence pour lui. Son charisme et sa beauté me saisissent une fois de plus, sans qu’il n’ait le moindre geste à faire. Mais je ne dois pas oublier que je suis là pour m’entrainer au combat avec lui. Moi qui ne sais pas combattre…
En désespoir de cause, je me rapproche et l’appelle :

- Capitaine ?

Sa seigneurie ne moufte pas. Je sens que ça va me plaire, cette histoire. Comme je ne suis pas du tout têtue de nature, j’insiste avec légèreté :

- Capitaine Kuchiki ?

Silence. La moutarde commence à me monter au nez. Je ravale le « ohé, du bateau ? » qui me vient aux lèvres et en profite pour les mordre.
Je n’ai jamais été connue pour ma patience. Les choses devaient aller vite, surtout dès que j’avais parlé, donc ordonné. Là, ce n’est pas visiblement pas l’habitude de la maison. Ok, c’est toi le patron, mais tu pourrais t’humaniser un tout petit peu, histoire de t’apercevoir que tu as une créature douée de paroles en face de toi, non ? Non, visiblement. Serait-il sourd, par hasard ? A moins qu’il ne soit en train de dormir ?

- Ne devions-nous pas nous entrainer ?

Ça vous étonne si je dis qu’il ne bouge pas pour autant ? Moi non plus. J’attends quelques secondes. Autant parler à un mur.
Alors je tourne les talons et commence à partir, ainsi cela m’évitera que lui coller la beigne qui me démange la main. Puisqu’il aime visiblement me faire me lever aux aurores pour des prunes, je lui rends la politesse en me tirant de là sans même le saluer ou m’excuser.

J’ai le soleil dans les yeux, je suis obligée de mettre la main en visière pour voir où je pose les pieds. Miyabi n’est plus là et j’espère ne pas me perdre dans ce foutu dédale que représente ce gigantesque manoir et soudain Hoshi est dans ma main et mon bras se tend à l’horizontale devant moi, parant un coup de zanpakutô d’une force phénoménale. Hein ? De quoi ?

- En garde.

Byakuya Kuchiki n’est plus au centre du terrain, les yeux fermés et m’ignorant totalement, non. Il est maintenant en face de moi, tient son zanpakutô fermement des deux mains et a subitement décidé de me prendre pour un jambon italien et donc de me découper très finement en tranches. Et voilà maintenant qu’il m’annonce qu’il compte bien recommencer ! J’ai juste le temps d’enregistrer qu’il lève Senbonzakura une seconde fois avant d’encaisser le coup qui m’envoi valser à plusieurs mètres de là.

Je me relève, à moitié assommée, de la poussière plein la bouche et me mets à gueuler en faisant fi de toutes les émotions que cet homme m’inspire en temps normal :

- Non mais ça ne va pas la tête ? Z’êtes malade, ou quoi ?

Pour toute réponse, je vois la lame arriver à toute allure vers le sommet de mon crâne. Je me baisse brusquement, évite le coup et me retrouve à plusieurs centaines de mètres de l’endroit précédent en me demandant bien ce qui m’arrive.

Avant même de pouvoir me permettre de remettre de l’ordre dans mes idées, il m’a rejointe d’un shunpô et repasse à l’attaque. Et vlan, rebelote, il assène un coup de sa lame au dessus de ma tête avec une force que son aspect tranquille ne laisse pas soupçonner.
Je plie un genou, bien décidée à ne pas perdre aussi facilement et tâche de ne pas laisser son redoutable Zanpakutô m’entamer la peau pendant que je lui demande:

- C’est donc cela votre entrainement, Capitaine ? Me couper en deux ? Vous désirez peut-être savoir si mon sang coule aussi ? Rassurez-vous, vous n’allez pas tarder à le savoir, si vous continuez comme ça !

Aussi bizarre que ça puisse paraitre, il ne répond rien.
En fait non, ce n’est pas bizarre du tout, compte tenu du caractère du personnage. Saleté de noble hautain à la noix !
Bon, là ça y est, je m’énerve vraiment et vais pas tarder à sortir de mes gonds. Hoshi flamboie de colère elle aussi. On semble en adéquation, toute les deux et elle pique un coup de sang quand je m’enflamme moi-même.

Les Zanpakutô ne sont-ils pas une partie de l’âme de leurs propriétaires ? A moins qu’ils ne soient leurs opposés…
Mais pour l’heure, je me pencherai sur la nature profonde des shinigamis avec leur arme une autre fois, j’ai un problème bien plus urgent à gérer : un combat pas piqué des hannetons avec Byakuya Kuchiki lui-même. Mais je sens que Hoshi a pris la même décision que moi, à savoir ne pas céder, ne pas se faire battre en si peu de temps.

La lame de Senbonzakura, toujours près de mon visage, s’éloigne de moi au fur et à mesure que nous la repoussons de toutes nos forces. D’abord doucement, millimètres par millimètres, pour peu à peu devenir centimètres par centimètres.
Je réussis à me relever tout en continuant de contrer l’attaque du plus puissant des capitaines, qui a l’air bien décidé à me tailler en pièces. Je ne comprends toujours pas où il veut en venir et aimerais beaucoup le gifler à tour de bras pour qu’il affiche autre chose que son air imperturbable et m’explique enfin pourquoi il agit comme cela.

Et puis, plonger ses yeux dans les miens pour me retourner les entrailles comme il est en train de le faire ne m’aide pas non plus. Mais je ne vais pas me laisser faire, oh non, certainement pas.
Et tout aussi brusquement qu’il avait commencé, il se recule d’un shunpô et je me retrouve bien ridicule en manquant de tomber, sans son appui.
Il n’est pas allé loin, juste à trois, quatre mètres et rengaine son sabre lentement, sans me lâcher du regard. Je lui rends la pareille, totalement interloquée. J’en oublie même d’être furieuse.

On s’observe en chiens de faïences pendant quelques instants, puis il tourne brusquement les talons. Il s’éloigne de quelques pas, dirige le menton par-dessus son épaule vers moi et dit :

- Demain. Même heure.

Et disparait.



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Dernière édition par Hagaren le Dim 13 Fév 2011 - 9:13, édité 1 fois
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Hagaren

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Une vie à t'attendre (+13) Empty
MessageRe: Une vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Dim 13 Fév 2011 - 9:06

Chapitre 9 :

C’est dingue, quand même… Je ne sais pas si c’est pareil pour tout le monde, mais quand je suis furax comme je le suis en ce moment, j’ai l’impression que les distances raccourcissent à vue d’œil, incapables de supporter mon pas censé me soulager de mon énervement.
Du coup, je suis arrivée au domaine Kuchiki en un rien de temps et miracle de chez miracle, ai retrouvé le chemin de ma chambre.
Mais avant même d’y arriver, je sens un reiatsu formidable avancer sur ma droite. Je me retourne et vois le capitaine Ukitake s’avancer, un air affable et avenant sur le visage, ses longs cheveux blancs balançant à chacun de ses pas.
Ma colère retombe un peu quand je vois ses yeux pétiller et qu’il se met à me sourire avec bonté.

- Ah, Kei-chan ! Vous êtes levée ? Parfait ! Je suis navré, nous n’avons pas eu le temps de discuter et vous devez avoir pleins de questions à poser. Cela vous dirait de venir prendre le thé à ma division ?

Aussi bizarre que cela puisse paraitre, je ne trouve qu’un seul moyen pour traduire le déluge d’émotions contradictoires qui s’entrechoquent dans ma tête : j’éclate de rire.

Et c’est devant une Miyabi médusée sortie d’on ne sait où, qu’il se met à pouffer lui aussi, contaminé par mon fou rire et c’est riant comme des gosses alors que rien n’est drôle que nous sortons de cet immense manoir aussi splendide, froid et compliqué que le Maitre de céant.

Bon sang qu’il m’énerve, alors qu’il m’a à peine adressé cinq mots ! Au moins, avec Ukitake, je vais pouvoir souffler un peu… Pouvoir oublier ce regard qui passe du mauve au gris en fonction des humeurs de son propriétaire.

Mais en a t-il, au moins ? Au vu de ce qui vient de se passer, j’en doute de plus en plus fortement.

Et quelle idée d’avoir des yeux pareils !

*********************************

Je suis à présent assise sur le tatami de la salle de garde de la treizième division en train de siroter tranquillement un thé brûlant, laissant le séduisant capitaine babiller pour moi. J’en profite pour l’observer à la dérobée.

Autant j’avais trouvé Kyoraku super sexy, autant Ukitake, lui, ne joue pas dans la même catégorie : toute en finesse, il possède malgré tout un charisme phénoménal, mais tellement empli de douceur qu’on a envie de joindre les mains en soupirant quand il passe près de nous.
Sa délicatesse et sa bonté sincère donne à n’importe quelle femme normalement constituée l’envie de se blottir dans ses bras. Et de le savoir malade fait sauter les derniers bastions de la bienséance en donnant l’envie de le materner, même à la plus endurcie de toutes les reines de glaces. Un séducteur latent qui s’ignore ou fait semblant de s’ignorer, bref, il est redoutable. Je sens que je ne vais plus savoir où donner de la tête en me rinçant l’œil auprès de tous ces Capitaines super sexy. Ou alors me mettre à loucher effroyablement.

Quoiqu’il en soit, sa séduction empreinte de gentillesse fonctionne à plein régime sur moi car pour la première fois depuis mon arrivée à la Soul Society le poids qui pèse sur mes épaules s’est miraculeusement envolé. Je me surprends à minauder et battre des cils comme une groupie qui rencontrerait son idole. Ce type est un authentique amour rose bonbon, comment résister à la plus appétissante des barbes à papa humaines ? Surtout lorsqu’il se met à rire…

Puis il s’adresse à moi, soudainement un peu plus sérieux :

- La vie dans le Seireiteï n’a rien à voir avec le monde réel, comme vous avez pu vous en apercevoir. Votre installation au domaine Kuchiki se passe t-elle bien ?
Il prend un air rêveur et murmure plus pour lui même que pour finir sa phrase :

- Je sais que Byakuya peut être agaçant, parfois…

Avant même que j’aie pu vigoureusement confirmer ses dernières paroles, il change de sujet :

- Les explications que Noriaki-San vous a données sont un peu rudes, j’en ai peur ; je suppose que vous avez une foule de questions en suspends et jusqu’à présent, personne ne vous a répondu vraiment clairement…

Il sourit franchement et je sens mon cœur rater un battement devant tant de séduction ignorée :

- Demandez moi ce que vous voulez : je répondrai à toutes vos questions, même si elles vous semblent stupides ou anodines, n’hésitez pas, je vous prie.

Devant sa bonté et sa sensibilité engageante, son humanisme tourné vers moi et mes tracas, je fini par lui poser la question qui me brûle les lèvres depuis que je suis arrivée :

- N’y a-t-il pas un endroit qui possède une pièce à l’occidentale, avec de vrais murs et des volets, que je puisse dormir ?

******************************

Le soleil se couche et éclaire d’un rose doux la salle de réunion des capitaines. Comme à l’accoutumée lorsqu’ils sont dans cet endroit, ils sont alignés bien sagement comme des santons. Le Commandant est assis sur sa chaise et je suis face au vieil homme entre les deux lignes formées par les différents Capitaines de divisions.

Il prend la parole et s’adresse à moi autant qu’aux autres personnes présentes dans la pièce :

- Le capitaine Ukitake vous a-t-il suffisamment parlé de la situation, Ten No Shisha ?

Il a été on ne peut plus clair, oui : et ce n’est pas fait pour m’apaiser, bien au contraire. Ce qu’il m’a appris m’a fait dresser les cheveux sur la tête.
Si je devais résumer ce qu’il m’a dit (et ce que les shinigamis attendent de moi) c’est qu’Aïzen se terre dans un coin afin de reprendre les forces qu’il a perdues dans la bataille contre la Soul Society ; l’importance majeure de mon implication dans le fait qu’il va repasser à l’attaque pour se venger et que se moi qui lui botte le train avec l’aide des personnes ici présentes ; et enfin le fait que les shinigamis se soient dépêchés de me récupérer dans le monde réel avant qu’il n’ai eu le temps de mener à bien son projet, afin de me préparer au combat.

Mais tout ce que j’en retiens, le principal, c’est que je suis une arme létale surpuissante qu’ils comptent bien utiliser afin de servir leurs desseins. Oui, je sais tout ça, maintenant. Et je sais que si je me laisse aller, les choses ne vont pas s’arranger, bien au contraire… Alors je me contente de hocher la tête. J’essaie surtout de ne pas laisser la terreur m’envahir afin de ne pas me mettre à vomir séance tenante. Ca fait un peu désordre, de la part d’une guerrière céleste au milieu de capitaines si sérieux.

- Il m’a tout expliqué, en effet.

- Parfait. Dans ce cas, avez-vous des questions ?

Puisqu’il me le demande si gentiment, je vais en profiter pour lui soumettre l’idée qui m’est venue plus tôt et que j’ai ressassée sans arrêts, avant de décider qu’elle était bonne :

- Oui ; une globale qui en génère plusieurs. J’ai cru comprendre que mon rôle et mon identité véritable doivent rester secrets au sein du Seireiteï, n’est-ce pas ?

- Effectivement ; nous avons des choses plus graves à gérer que des shinigamis venant vous voir comme une bête curieuse.

J’opine du bonnet pour marquer mon accord. Manquerait plus que je distribue des autographes, même si j’en ai l’habitude… Ouais, « Modeste » est mon deuxième prénom, je sais.

Mais c’est le génial gamin aux yeux pers qui interrompt ma logorrhée intérieure avant qu’elle ne m’emmène encore plus loin :

- Il vous faut donc trouver une couverture afin de passer pour une shinigami ordinaire ?

Je me tourne un peu vers le Capitaine Hitsugaya, parce qu’il pige plus vite que les autres et que c’est plus facile de parler à des gens comme lui, même s’il possède l’apparence d’un enfant :

- C’est bien cela.

- Vu vos aptitudes, une nomination au poste de Capitaine conviendrait on ne peu mieux, reprend le chef des divisions.

- Avec tout mon respect, Commandant Yamamoto, je suis contre.

De voir leur chef se faire rembarrer avec désinvolture étonne les Capitaines présents ; certains échangent des coups d’œil interloqués comme Ukitake et Kyoraku, d’autres me regardent franchement étonnés comme Soï Fon et Unohana, et enfin d’autres s’esclaffent comme… Ben comme Kenpachi tout seul, en fait.
C’est vers lui que j’adresse un micro sourire fugace, qu’il capte et me rend, puissance dix.
Totalement cinglé.
Je l’adore.

D’un coup de canne au sol, le vieil homme assis rétablit le silence puis articule lentement :

- Vous êtes contre ? Et pourquoi cela ?

- Parce que je ne suis pas assez aguerrie pour me retrouver à la tête d’une division. Puisque je dois paraitre vraiment « normale » aux yeux des autres habitants du Seireiteï, il me semblerait vraiment bizarre si j’étais à leur place, qu’une fille sortie de on ne sait où se retrouve tout à coup à diriger une division, même s’il manque des Capitaines.

- Vous en sentez vous incapable ? Je vous rappelle que le temps presse et…

Encore une fois, je montre mon désaccord en le coupant :

- Je n’ai pas dit cela. Mais je n’ai ni l’envie ni le temps de m’expliquer continuellement sur le moindre de mes faits et gestes. Et arriver à ce poste dès mon arrivée à la Soul Society ne manquera pas de soulever pas mal de questions sur moi.
Hitsugaya s’avance d’un demi-pas :

- Alors, que proposez-vous ? Vous devez impérativement vous entrainer afin de maitriser vos pouvoirs.

- Je n’ai pas oublié, rassurez-vous, Capitaine. Mais devenir élève au sein de l’académie des shinigamis et ainsi apprendre les techniques de combat me semble plus pratique. J’y apprendrai la journée les bases fondamentales et perfectionnerait mes connaissances acquises avec vous. Si de plus j’y entre en tant que membre de la famille d’un haut gradé, je pourrai bénéficier d’un emploi du temps plus souple sans que l’on me pose de questions.

Un léger brouhaha s’élève, vite interrompu par un nouveau coup de canne. Le Commandant intervient une nouvelle fois :

- Bien. Vu sous cet angle, il semblerait que ce soit la meilleure solution, Ten No Shisha. Dès demain, vous intègrerez la dernière année du cursus et serez présentée comme ma nièce. De ce fait, le directeur et les professeurs vous aideront à gérer votre emploi du temps. Le soir venu, vous mettrez en pratique vos leçons face à un Capitaine. Nous gagnerons du temps comme cela.

Même s’il vient de se faire moucher deux fois en moins de cinq minutes, il vient de retourner la situation à son avantage, ce vieux briscard. Hé, hé, hé. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, chez les Capitaines, visiblement. Et on ne bouscule pas la hiérarchie non plus.
Mais pour l’heure, je me contrefous de la bienséance, j’aimerais juste reprendre possession de ma vie et non plus subir cette situation extravagante en tant que spectatrice impuissante. Alors je me fais docile comme si l’idée venait de lui et pas de moi :

- Merci de votre compréhension, Commandant Yamamoto. J’ajoute que je serai ravie d’être votre nièce.

Et sans plus attendre, je soigne ma sortie en tournant les talons et en me dirigeant vers la haute porte que je franchis, non sans entendre le rire sardonique et vaguement effrayant de Kenpachi résonner à mes oreilles.



*************************
désolée d'avoir tant tardé!



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MessageRe: Une vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Dim 13 Fév 2011 - 9:12

Chapitre 10 :

- Non, il faut que tu resserre davantage ta ceinture, sinon ton uniforme va bailler.

Très sérieusement, fronçant les sourcils et tendant les bras pour atteindre mes épaules, Rukia a décidé de me servir de chaperon-habilleuse-décodeuse de l’Académie tout en bataillant avec mon shihakusho que je suis visiblement infoutue de nouer correctement.

Je ne l’aide pas beaucoup, trop occupée à la regarder faire et à éclater de rire quand elle se retrouve emmêlée dans mes vêtements qui pourraient lui servir de tente. J’en ai mal au ventre et nos fous-rires de plus en plus fréquents et de plus en plus bruyants ont finis par attirer l’attention du bataillon de serviteurs. Ils rôdent inquiets comme des chats sans pour autant oser intervenir afin de rétablir le calme et fuient devant mon corps à demi nu comme si j’étais porteuse d’une maladie contagieuse. Et je m’en fiche comme d’une guigne.

En fait, je me contrefous d’être en petite tenue avec une veste de kimono en tout et pour tout sur moi et un pantalon de shihakusho en accordéon autour des chevilles ; le comportement de Rukia m’intéresse beaucoup plus que la façon dont je suis habillée.
Car Rukia me parle normalement comme si elle s’adressait à Ichigo ou autre. A savoir, sans formules ampoulées (mis à part sa façon de parler vieillotte que les animes n’ont pas rapporté) sans marque de déférence particulière, sans me regarder comme une bête curieuse. Et je m’aperçois que ça me manque énormément. De plus, elle me manipule les bras les jambes, le torse avec une poigne de fer, sans s’excuser de marcher sur mon ombre.

Elle joue à la poupée alors que nos gabarits diffèrent complètement et que je pourrais la coincer sous mon bras sans problèmes. Et moi, je me laisse faire par cette petite bonne femme, tout en cancanant comme deux vieilles copines que nous ne sommes pas et le côté irrépressible de la situation me fait exploser de rire pour un rien.

Tout en se battant avec les pans de ma veste, elle m’a expliqué pas mal de choses quant à l’attitude à avoir à l’Académie pour ne pas attirer l’attention sur moi : bien sûr, ne jamais enlever mon pendentif qui dissimule mon reiatsu ; porter une coiffure discrète et sobre qui cachera mes cheveux blonds, laisser Hoshi et Tsuki en partant. Une élève de l’Académie même en dernière année ne doit pas encore avoir son propre Zanpakutô, elle n’as pas assez de connaissances pour invoquer son nom. Alors deux…

Appliquer le règlement à la lettre, montrer toujours énormément d’humilité, rater une ou deux fois mes exercices, ne jamais poser de questions ou se faire remarquer. Super. Et on disait les mormons stricts ?
De toute façon, les autres élèves seront suffisamment curieux pour venir vers moi d’eux même sans que je cherche à me faire remarquer. Qu’est-ce que ça me gonfle…
Je soupire.

Elle arrête de batailler avec ma ceinture pour relever la tête et plonger ses immenses yeux bleus dans les miens ; j’oublie à chaque fois que derrière son apparence d’adolescente, elle est bien plus âgée que moi:

- Je me doute que cela doit être assez rébarbatif pour toi, Kei. Je n’ai pas envie de te faire la morale en te parlant des enjeux liés à ton apprentissage, mais…

- Mais si je veux maitriser au plus vite les techniques de combats j’ai intérêt à suivre scrupuleusement les règles, je sais.

Elle ne répond rien et tire sur un pan de ma veste :

- Pour être tout à fait franche avec toi, je n’aimerais pas être à ta place.
J’ai un sourire ironique :

- A qui le dis-tu.

Elle poursuit néanmoins sur sa lancée :

- Nii-Sama estime qu’il est plus sage pour tout le monde que tu ne dises pas que tu vis au domaine ; en plus d’être la nièce du commandant Yamamoto, si on apprend…

- Que ton frère n’a aucune pédagogie d’enseignement et que je suis bien placée pour le savoir, ça risque de faire désordre, oui.

Elle ouvre de grands yeux :

- Mais ! Ce n’est pas ce que je voulais…

Je la coupe une dernière fois en riant, savourant la légèreté du moment :

- Je sais que ce n’est pas ce que tu voulais dire, rassure toi ! Mais il n’empêche que ton bien-aimé grand frère n’est franchement pas doué comme professeur !

- Kei !

- Mais c’est vrai ! Comment veut-il que je comprenne les subtilités du combat à l’épée s’il se contente de me taper dessus sans m’expliquer ? Moi étrangère au cerveau endormi, moi pas comprendre…

- Oh, cesse, je te prie ! Ta nationalité n’a rien à voir dans tout ceci et cesse également de ridiculiser Nii-Sama !

Je plonge à mon tour mes yeux dans les siens :

- Je n’ai pas dit qu’il était ridicule, Rukia. Mais pour ce qui est de comprendre les autres, permet-moi de douter fortement de ses capacités.

Je dois avoir marqué un point, car elle ne répond rien. Nous gardons un instant le silence toutes deux, puis elle a le même geste qu’Ichigo : elle pose sa main sur mon épaule et conclu :

- Il est tard et tu as besoin de te reposer ; demain, une dure journée t’attend.

Je hoche la tête doucement et au moment de sortir de la pièce, Rukia me crucifie :

- Si la situation ne s’y était point prêtée, je passerai sans doute les cinquante prochaines années à penser que mon frère m’ignore totalement, alors que je sais combien il se soucie de moi. Ne te fie pas aux apparences, Kei, ici plus qu’ailleurs elles sont trompeuses.
J’espère retrouver le chemin de ma chambre, à défaut de trouver une compréhension quelconque à ce qu’elle vient de dire.

*************************
- C’est elle ?

- Oui, entre le directeur et le professeur de Kidô.

- Tu es sûr ? Elle a plutôt l’air d’avoir avalé un parapluie... Vu sa dégaine, cela m’étonnerait qu’elle ait autant d’aptitudes pour arriver comme cela au beau milieu du trimestre de la dernière année!

- Elle ne ressemble vraiment pas au Capitaine –Commandant…

- Heureusement pour elle !

Des ricanements discrets mais parfaitement audibles s’élevèrent parmi les chuchotis. Depuis son arrivée à l’Académie, les élèves se bousculaient afin de voir de plus près la nièce du Capitaine Yamamoto et ne se privaient pas de remarques acerbes afin de dissimuler leur curiosité.
A présent, dans l’immense hémicycle où les cours théoriques étaient donnés, elle se tenait debout devant le tableau et gardait les yeux résolument baissés dans une attitude humble plus que convenable, du moins en apparence. Les commentaires, eux, allaient bon train. En retrait près de la porte, le directeur soupira discrètement et l’observa à son tour.

Bien plus grande que ses comparses de dernière année, des cheveux visiblement blonds malgré leur attache stricte et des yeux noirs brillants comme des diamants dans la nuit ; on ne pouvait en vouloir aux autres élèves de manifester de la curiosité et même de l’envie devant cette future haute gradée qui le sera sans même passer les examens finaux. Tout cela car elle était la nièce du fondateur de l’école.
Le directeur se gratta le bout du nez pensivement, tandis que la jeune fille écrivait à présent son nom au tableau noir de l’amphithéâtre. Même si singulières, les instructions du Capitaine-Commandant avaient été pourtant très claires : sa nièce devait travailler très dur pour rattraper son retard et pour ce faire elle avait besoin d’une totale liberté le soir venu.

Le Capitaine de la première division comptait donc sur le directeur de l’Académie pour obtenir une complète compréhension de la part des enseignants et il était inutile de perdre du temps avec des explications trop longues à donner.
Le directeur l’avait rassuré : au lieu de rentrer à l’étude sitôt les cours finis comme tout un chacun, elle pourrait aller et venir à sa convenance. Il se demandait bien pourquoi, mais se garda bien de s’en ouvrir au vieil homme afin de satisfaire sa curiosité.

A présent, le professeur avait demandé à la nouvelle élève de bien vouloir s’assoir à une place libre au troisième rang. Elle obtempéra mais en se dirigeant vers sa place, un instant distraite, elle évalua de façon erronée la distance de l’estrade au sol ; elle trébucha et failli tomber.
Et bien évidemment, la foule des élèves présents ne cacha pas son hilarité. La nouvelle venue releva la tête avec défi, les joues empourprées, plantant son regard dans ceux qui riaient le plus fort et le message qu’elle faisait passer était on ne peut plus clair : « si tu continue à te moquer de moi, tu vas le regretter ». Cela fonctionna bien, visiblement, car les rires cessèrent sans que le professeur ou le directeur aient à intervenir afin de rétablir le silence.

Le dirigeant de l’Académie des Shinigamis la regarda s’assoir près d’une jeune fille brune à l’air malicieux bien plus petite qu’elle. De nouveau impassible, la nièce du Capitaine-Commandant, regardait le tableau, prête à suivre le cours comme si de rien n’était.
En ouvrant la porte pour sortir, le directeur hocha brièvement la tête à l’encontre du professeur afin qu’il poursuive sa leçon ; son intuition lui disait que mademoiselle Yamamoto n’allait pas se laisser marcher sur les pieds. Il espérait simplement qu’elle ne lui cause pas trop d’ennuis.

***********************
- Psss, Kei-San !

L’interpelée se retourna au beau milieu du couloir, afin d’attendre sa camarade de classe qui venait de l’interpeller. Elle la reconnu ; c’était sa voisine de droite lorsqu’elle s’était assise en classe, il y avait trois jours de ça.

- Kei, c’est vraiment joli comme prénom, tu sais ? Et je trouve cela vraiment original. Je ne sais pas si tu as retenu le mien : je m’appelle Oyana Mitsuki et je suis enchantée d’être dans la même classe que toi. Je sens qu’on va devenir amies toutes les deux, pas vrai ? Mais dis moi, lorsque tu t’es présentée, tu as oublié de nous dire quelle était ta spécialité ?

La nouvelle élève sembla très étonnée par cette rafale de questions sans queue ni tête et haussa un sourcil dans un geste d’ignorance :

- Ma spécialité ? Que veux-tu dire ?

Sa voisine insista :

- Est-ce les différentes formes de combat ou le Bakudô ? Moi, j’ai beaucoup de mal avec le Shunpô et il m’est très difficile de poursuivre un combat pendant plus de cinq minutes. Mais par contre, en Bakudô, je me débrouille plutôt bien. Au moins, on ne risque pas de se couper un bras en voulant attaquer son adversaire et…

Les autres élèves qui les croisaient continuaient à se retourner discrètement afin regarder la nièce du Capitaine-Commandant à la dérobée. Ou bien était-ce l’intervention d’Oyana-Senpaï qui avait visiblement décidé de prendre sous son aile la nouvelle arrivée ?

L’élève la plus populaire était littéralement irrésistible, surtout quand elle parlait en souriant, comme elle le faisait maintenant. Difficile de lui dire non et ne pas être sous le charme. Ce n’était pas plus mal, après tout : la nouvelle serait moins gourde, ainsi, chaperonnée par celle dont tous les élèves voulaient l’amitié.

Quoiqu’il en soit, les commentaires se faisaient plus discrets depuis cette prise en charge salvatrice et la nièce Yamamoto semblait du coup presque détendue. Mais pour l’heure, elle se laissa entrainer par le babillement incessant de sa camarade et se dirigea vers le jardin en sa compagnie ; le cours d’incantations allait bientôt commencer.

************************

Pendant que nous arpentons les couloirs au rythme ininterrompu du bavardage de ma nouvelle amie, j’essaie de remettre de l’ordre dans le tourbillon de souvenirs qui s’entrechoquent dans mon esprit : en à peine trois jours, j’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies. Entre ma « rentrée des classes » alors que j’ai cinquante ans (mais bon, glissons là-dessus), mes cours avec les autres élèves qui me considèrent toujours comme une bête curieuse et mes combats nocturnes avec les différents Capitaines du Goteï 13, j’ai vécu pas mal de choses, en effet.

Une routine s’est mise en place rapidement concernant mes entrainements et les dix Capitaines se sont impliqués plus rapidement que je le pensais. En fait, ils ont décidé de tourner et se passent le rôle d’instructeur à mon égard chaque soir. A peine ai-je appris quelque chose avec l’un que je le mets immédiatement en pratique avec le suivant.

Nous avons également déterminé un emplacement à l’abri des regards indiscrets, désert et isolé : le Sôkyoku et sa forêt fantomatique, là ou Ichigo a affronté Byakuya Kuchiki après avoir sauvé Rukia. L’endroit idéal pour des combats désordonnés et violents. De plus, l’heure avancée de la soirée que nous avons choisie comme heure d’entrainement nous permet d’être sûrs de trouver l’endroit parfaitement vide.
Aussi, contrairement à ce que m’avait annoncé le Capitaine de la sixième division lors de mon premier combat avec lui, ce ne fut pas lui qui fut mon adversaire le second soir, mais Kyoraku. Puis ce fut le tour d’Ukitake.

Concernant les deux derniers Capitaines, les « affronter » est un bien grand mot : ils m’on surtout patiemment donné des leçons de combats à l’épée et sont restés stoïques face à mes bourdes. J’ai loupé de me faire couper en deux par Ukitake en perdant ma concentration lors d’une passe d’armes : j’ai failli lui demander si Maitre Yoda ne s’était pas réincarné en Yamamoto, la couleur verte en moins.
Forcément, il n’a rien compris à ma remarque, mais je me suis presque étouffée de rire avec mes propres idioties en imaginant Yamamoto petit et vert tout en parlant les phrases inversées de l’illustre maitre Jedï.

Néanmoins, grâce à cette méthode d’apprentissage intensive et ultra courte, j’ai bien progressé. Leurs compétences et leurs pédagogie parfaite m’ont grandement aidé, chose qu’un certain Capitaine chez qui je loge ferait bien de s’inspirer, mais c’est une autre histoire.
Mais pour mon prochain combat… le concernant, mon problème se corse gravement, car je soupçonne le Capitaine impliqué de ne même pas savoir épeler le mot « pédagogie ». Et encore moins d’en savoir sa signification.

C’est en partie pour toutes ces raisons que j’ai particulièrement flippé hier soir lorsqu’Ukitake m’a précisé que mon adversaire suivant serait le Capitaine Kenpachi.




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MessageRe: Une vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Sam 12 Mar 2011 - 11:18

Chapitre 11 :

- Conformément à vos instructions, Commandant, une fois la journée d’étude terminée, nous avons laissé les portes ouvertes afin que votre nièce se rende…

Le directeur hésita : devait-il poser la question ouvertement, ou bien le vieil homme en face de lui allait-il enfin le mettre dans la confidence ? Il ne bougeait pas, laissant visiblement son interlocuteur mener la conversation. Déjà que celui-ci s’était imposé dans le bureau du plus haut gradé sous le prétexte fallacieux d’y faire son rapport… L’invité du commandant des armées de la Cour prit son courage à deux mains et continua plus avant :

- Se rende à son rendez-vous.

Là, le directeur marqua un temps, afin de jauger le pour et le contre de ce qu’il allait dire. Il observa un instant la tasse de thé du service anglais que le vice-Capitaine avait déposé devant lui quelques instants auparavant, avant de sortir discrètement de la pièce. Il savait très bien qu’il allait provoquer la colère du vieil homme mais il tenait à en avoir le cœur net, car tous les renseignements qu’il avait obtenus convergeaient tous dans le même sens.

Alors il se jeta à l’eau :

- Commandant, je sais que vous m’avez dit qu’elle était votre nièce, mais je voudrais néanmoins savoir une chose : de quelle branche est-elle issue ? Comme vous le savez, je suis moi-même votre neveu par alliance et j’ignorais que vous ayez un frère ou une sœur… Aurais-je manqué de saluer un membre éminent de notre famille, Commandant ?

L’interpellé ouvrit très lentement les yeux afin de regarder longuement son vis-à-vis. Celui-ci pâlit mais soutînt le regard du vieil homme silencieux en face de lui. Il était allé trop loin, il le savait, mais il voulait savoir. Il avait envoyé des messages durant la journée à tous les membres de sa famille afin d’avoir une réponse et toutes étaient identiques : le Commandant était fils unique. Il n’avait pas de nièce.
Alors, qui était cette fille ? Un leurre, pour tester ses propres capacités à gérer l’Académie ? Une astuce du Goteï 13 pour tester ses futurs membres ? A quoi cette situation rimait-elle ?

Le directeur de l’Académie ne pu pas continuer son questionnement intérieur car soudain, le Capitaine Yamamoto tendit le bras vers la théière et se resservit une tasse du liquide ambré, tout en ouvrant enfin la bouche.

- Il va dans l’intérêt de la Soul Society que certaines choses ne s’ébruitent pas. Votre attitude est tout à fait déplacée, Directeur. Qui êtes vous donc pour croire que je doive vous rendre des comptes ?

Devenu livide le directeur déglutit avec difficulté : il avait malgré ses précautions, réussi à déclencher la colère de son auguste cousin. Une séance de torture de l’inquisition allait être une agréable promenade de santé face à ce qui l’attendait à présent. Mais il se reprit. La curiosité était la plus forte. Il ne voulait pas qu’un accès d’humeur lui coute sa place, si chèrement acquise.

- Veuillez pardonner ma grossièreté, Commandant. Mais il est clair que je suis dans l’ignorance concernant votre… Nièce.
Il laissa trainer le mot volontairement. Même s’il était furieux contre lui, le Capitaine de la première division ne devait pas non plus le prendre pour un naïf qui serait dupe d’une aussi grossière supercherie.

« Étant une de mes élèves je suis responsable d’elle, devant vous comme devant l’ensemble du Goteï 13…

Yamamoto releva les yeux vers son lointain parent. Très pâle depuis la tirade assassine dont il avait fait les frais, il n’affichait pas moins une détermination farouche. Son regard était éloquent. Et il était moins bête que Yamamoto ne le pensait, car le directeur avait tout de suite compris que quelque chose clochait avec sa nouvelle recrue. Il avait été même jusqu’à interroger les membres de sa famille afin d’en avoir le cœur net. Aussi Yamamoto préféra changer son fusil d’épaule. Après tout, cela facilitera surement les choses…

- Les personnes dans la confidence sont très peu nombreuses, Directeur. Néanmoins, vu votre fonction et le poste que vous occupez, ce sera peut être plus simple si vous en faites également partie…

Le responsable de l’Académie ne répondit rien. Il attendait la suite, pressentant que quelque chose d’important était sur le point de lui être révélé et trop stupéfait de ce revirement pour le mentionner à haute voix. Aussi, le silence était de mise, afin de ne pas briser cet instant de grâce... Il en était convaincu, à présent. Il allait faire parti de ceux qui connaissaient la vérité. Et être intronisé par le plus célèbre membre de sa famille nécessitait un silence complet, à défaut de pouvoir poser des questions.


**********************

- Et ben, on peut dire que j’attendais notre tour de pied ferme, fillette. J‘espère que tes leçons avec Ukitake et Kyoraku ont servi à quelque chose, parce que j’ai pas l’intention de te faire de cadeaux !

Le dingue qui vient de me sortir cette tirade éclate de rire, ignorant au passage qu’il vient de me terrifier en une phrase au point que j’en oublie de respirer. Mon adversaire de ce soir, celui que je redoutais tant de rencontrer, ne déroge pas à sa réputation.
Zaraki Kenpachi, le capitaine de la 11ème division lui-même.

Celui pour qui un combat contre trois Capitaines simultané n’est qu’une « petite gymnastique ». Et c’est celui-là même que je dois affronter ce soir. Dire que je n’ai même pas eu le temps de faire de testament… quelle gourde.

Et voilà qu’en à peine trois minutes, il fait prendre à ma terreur la taille d’un gouffre abyssal. Ce colosse à l’apparence mi-clown- mi-monstre de la crypte, à la pression spirituelle terrifiante et dévastatrice, a l’intention de « ne pas me faire de cadeaux ». Est-ce que si je me fais pipi dessus de peur, ça favorisera à le faire changer d’avis ?

Pendant ce temps, il a fini de se marrer et m’observe en inclinant les clochettes de ses cheveux sur le côté, signe d’une profonde réflexion, relativement rare de sa part. Qu’attend t-il de moi, nom d’un chien ?

- Alors ? tu dors ? Ou t’as pas envie de te battre ?

Histoire de ne pas lui montrer à quel point il me file la trouille, j’essaie de l’amadouer en montrant un sourire penaud :

- Bien sûr que non Capitaine. C’est juste que ma journée à été très éprouvante et que je tombe de sommeil. Alors un combat contre vous après ça, je ne suis pas sûre d’être en mesure de vous empêcher de me tailler en petits morceaux.

Kenpachi éclate de rire une nouvelle fois. La perspective de pouvoir me hacher menue ne semble pas l’inquiéter outre mesure :

- Te tailler en morceaux ? Mais d’après ce qu’on dit de toi, même si je voulais, je pourrais pas ! Je veux juste un bon combat ou tu donne tout ce que tu as contre moi et pour le reste…

Il a un geste négligeant de la main, qui fait entrechoquer mes genoux de peur. « Le reste » n’est juste que ma vie, mais cela n’a pas l’air de peser beaucoup face à l’envie du Capitaine de la onzième division de s’éclater un peu en combattant. Malgré son air faussement débonnaire et le fait qu’il m’appelle « fillette » afin de me montrer qu’il m’aime bien, ce fou furieux va me transformer en marmelade, mais toujours avec le sourire.
Il interrompt ma frayeur en me mettant au pied du mur :

- Allez, on y va, sinon demain on sera toujours là à papoter et il est tard : Yachiru doit aller se coucher…

Et sans autre forme de cérémonie, il brandit son Zanpakutô d’une main devant moi, son éternel sourire carnassier rivé sur le visage. Alors, pour faire bonne figure je dégaine lentement Hoshi en essayant de déglutir malgré la pelote de laine qui vient tout à coup de se loger dans ma gorge.
Malgré l’explosion de reiatsu que notre combat ne va pas manquer de provoquer, personne ne viendra nous interrompre, je le sais. J’ai intérêt à sortir de ce duel en gagnante si je ne veux pas repartir les pieds devant.

Histoire de ne pas perdre tout de suite et complètement la face, j’essaie de me calmer et d’envisager un instant ce massacre programmé comme une authentique passe d’armes avec un haut gradé. Je respire à fond et tente de me remémorer mes combats précédents avec les autres Capitaines. J’en ai déjà combattu trois, après tout… Bon, le premier a été incohérent, les deux suivant très gentils et m’ont plus fait une leçon de base que de vraiment me taper dessus. Mais là…

Allez, Kei, respire : tu es une guerrière céleste, après tout ? Ok, j’avoue, à l’heure actuelle j’aimerais bien que la fameuse guerrière sorte de là où elle est planquée afin de mettre Kenpachi au tapis et ce rapidement, merci bien. Connaissant le cinglé en face de moi, je sais très bien que malgré son sourire il est très sérieux quand il parle de ne pas me faire de cadeaux.

C’est clair, je vais mourir.

Mais Hoshi ne semble pas l’entendre de cette oreille, car je la sens palpiter dans ma main, comme pour m’engueuler d’être négative à défaut de pouvoir me mettre un coup de pied au cul. Ce faisant, elle remet un peu d’ordre dans les idées noires que m’a inspirées le colosse à moitié (si ce n’est plus) taré qui me fait face.

C’est vrai, j’ai mes deux Zanpakutôs avec moi, il faut que je compte avec elles aussi, ce combat ne sera pas solitaire. Je respire plus profondément afin de me calmer complètement et raffermi ma prise sur Hoshi. Puis je regarde Kenpachi qui m’observe toujours avec ce sourire de dément vissé à ses lèvres. Il s’avance vers moi en ouvrant les pants de son haori et je ne peux m’empêcher d’avoir un petit sourire en repensant à son premier combat avec Ichigo.
Je le laisse poursuivre malgré tout :

- Vas-y fillette, tape de toutes tes forces, fais-toi plaisir.

Puisque que c’est si gentiment demandé… Je brandis Hoshi au dessus de ma tête et frappe avec toute l’énergie que la peur m’a filée. Evidemment, Kenpachi est trop aguerri pour ne pas contrer une attaque aussi simpliste, mais je suis surprise de voir qu’il a encaissé le choc et non pas qu’il soit resté immobile sans rien sentir comme je m’y attendais.
Il relève son Zanpakutô émoussé afin de m’obliger à lever les bras moi aussi, mais je suis plus rapide : j’ai baissé ma lame pour me libérer et envoie Hoshi en direction de ses côtes. Il me contre instantanément.

Son sourire s’intensifie encore plus et s’il continue, il va faire le tour de sa tête :

- Ouais, ça va être un chouette combat, je sens.

Je lève la tête vers le Capitaine et tente de capter son regard, même s’il le dissimule en partie derrière son bandeau de pirate. Voilà un point commun entre nous non négligeable : nous portons tous deux un objet qui tronque notre reiatsu afin de ne pas trop causer de dégâts si notre vraie puissance était libérée. Alors un combat entre nous deux sans nos artifices, je n’ose même pas imaginer l’état dans lequel on laisserait la Soul Society toute entière.

Mais en attendant, il dégage un reiatsu tellement monstrueux, tellement gigantesque, qu’on va pouvoir jouer le remake de « la puce et l’éléphant ». Avec moi dans le rôle de la puce.
Le vent souffle doucement dans la futaie et le murmure qui en résulte semble m’encourager. Je sais que les arbres sont nos seuls témoins, à l’exception de Yachiru qui n’est jamais loin de son Capitaine bien aimé et qui vient de se percher sur un rocher non loin de là.

Elle nous observe avec des yeux plus brillants qu’un chat : elle a senti que « Keni » s’impliquait dans son combat et me regarde d’un air ravi en riant doucement. Maintenant elle m’aime bien, puisque je suis la source du contentement de Kenpachi. Je me demande lequel des deux est le plus atteint, en définitive. Mais je ne m’inquiète pas trop pour elle, même si elle est cinglée elle aussi, cette gamine est effrayante de puissance, elle ne sera pas affectée par notre duel.

Donc, retour à notre combat, Kenpachi et moi. Cette attaque qui a porté ses fruits plus rapidement que prévu m’a galvanisée, on dirait : je me sens plus en confiance et finalement, trouve que Kenpachi a raison : c’est sympa, un bon petit combat.

Avec un petit sourire, je brandi Hoshi de nouveau.


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MessageRe: Une vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Lun 13 Juin 2011 - 10:03

Chapitre 12:

L’eau est pile à la bonne température. Je courbe la tête afin d’offrir ma nuque et le haut de mes épaules à la cascade, histoire de détendre un peu mes muscles contractés. J’essaie de ne pas céder à l’euphorie mêlée de crainte dans laquelle mon combat contre Kenpachi m’a plongée. Ce soir, j’ai utilisé le Kidô lors de notre duel, y mettant fin de façon totalement involontaire.

Cela s’est manifesté d’un coup, après un bon moment de duel. Kenpachi m’avait prévenue ; il comptait bien se faire plaisir et n’as pas menti. J’ai du faire face à des assauts démentiels, capables de creuser un gouffre de Padirac à chaque impact. Comment je me retrouve en un seul morceau, ça, je l’ignore totalement. J’ai dû tellement devenir livide à chacun des coups encaissés qu’il a finit par me confondre avec les pierres environnantes. Ouais, je vois que ça, comme explication.

Je revois encore chacune de nos passes d’armes, les revivant tout aussi intensément qu’il y a une heure de cela. Si je n’entends plus le bruit de l’acier qui s’entrechoque, mes muscles eux, sont toujours aussi douloureux et je suis arrivée ici couverte de suffisamment de poussière pour rivaliser avec le contenu d’un sac d’aspirateur.

En fermant les yeux, la scène se déroule dans mon esprit avec une édifiante réalité. De plus, je ressens encore malgré moi des frissons inédits, plaisir et effroi mélangés, d’avoir pu tenir tête une arme à la main au Capitaine Kenpachi.

Cet entrainement s’est très vite transformé en un simulacre de leçon pour devenir un réel combat d’un niveau diamétralement opposé à celui que j’avais pu aborder au préalable. Bizarrement, je me doutais qu’un apprentissage de Zaraki Kenpachi ne pouvait être que complètement dégénéré…

Il était devenu plus impliqué dans cet art qu’il maitrise si bien : celui de la guerre. Son sourire carnassier et effrayant toujours rivé sur le visage, il m’a bien vite démontré que ce combat allait me donner des sueurs froides. D’autant plus que j’avais l’idée saugrenue de vouloir rester en un seul morceau.
Une fois mon attaque parée, il a changé de tactique : puisque j’avais essayé de lui entamer la peau sans succès trois fois de suite, il semblait tout à fait normal qu’il me rendre la pareille. Enfin, normal dans son esprit car moi, je m’en serais bien passé.

Il m’a fallu me concentrer de toutes mes forces ; en plus d’être au-delà de la puissance, il était extrêmement rapide et réussir à suivre ses déplacements tenait plus du miracle que de la prouesse. Plus petite que lui (forcément, du haut de ses deux mètres et des brouettes, ce n’était pas franchement étonnant) je voyais chaque coups arriver sur moi à une vitesse phénoménale, d’une force incommensurable.

Mais c’est en voyant le bref éclat de l’œil de mon adversaire que j’ai compris à quel point j’étais dans la merde.

Yachiru n’avait pas menti : son précieux « Keni » était tout à son combat. Il avait complètement occulté tout le reste. Des détails triviaux comme les ordres reçus du style ce n’était qu’un entrainement et qu’il ne fallait pas m’arracher la tête et les bras, tout cela était effacé de son esprit. Rien ne comptait plus qu’une chose : la personne en face de lui avait réussi à contrer son attaque et était capable de l’attaquer en retour. Une occasion en or de montrer de toute son envergure sa capacité et son amour pour la lutte armée. Et tout cela dans une seule petite étincelle.
Alors, puisque ma vie dépendait uniquement de ma compréhension de ce flamboiement de prunelle, je n’ai pas hésité : j’ai serré les doigts autour de Hoshi et j’ai frappé la première. Je me suis littéralement jetée sur le capitaine, les deux mains autour de la garde de mon arme que je tenais le plus près possible de moi. Il me fallait envisager tous les scénarii et passer de l’attaque à la défense en un clin d’œil.

J’ai d’abord visé le côté gauche puisqu’il était droitier, puis la seconde d’après le côté droit, puis vers sa poitrine et enfin vers ses jambes. J’ai frappé, encore et encore, de toutes mes forces, l’obligeant à reculer, afin de l’empêcher d’attaquer à son tour, afin de l’empêcher de me tuer d’un geste négligeant de la main. Son sourire venait enfin de disparaitre et il a accéléré ses mouvements afin de parer les miens. Le tout avec une déconcertante facilité.

Après cette attaque, complètement exténuée, j’ai soufflé une demi-seconde, tâchant de détendre mes muscles douloureux et tétanisés par cet effort aussi violent que brutal. J’étais en nage, à bout de souffle, mais je sentais monter en moi ce plaisir jouissif de taper comme un bourrin sur quelque chose qui peut encaisser les coups. Une petite voix dans ma tête me prévenait que si je continuais comme cela, j’allais m’épuiser très vite et que j’allais avoir toutes les difficultés de la terre à empêcher Kenpachi de faire de moi un carpaccio. Rien à cirer, je m’en foutais royalement.

Une rage sourde s’était emparée de moi et je crois que toute la colère, les frustrations, les peurs que j’ai pu accumuler depuis ma mort se sont évacuées dans ces assauts. A gauche, à droite, à la taille… J’essayais par tous les moyens de le toucher et puisque j’en étais au rayon cuisine, de le débiter en petits morceaux format fondue Bourguignonne.

Après un énième contre de mon attaque, je compris en fait, à ma propre stupéfaction, qu’il avait une stratégie et qu’il ne faisait pas comme moi, à savoir frapper n’importe où et surtout n’importe comment. J’ai reculé après que sa lame ait heurtée la mienne, tout en mettant Hoshi à l’horizontale, à hauteur de mes yeux. Le coup de son zanpakutô s’est montré si violent qu’une gerbe d’étincelles s’est élevée et j’ai pu voir de près la lame dentelée du Capitaine.

Campée sur mes jambes, les bras tétanisés sur la garde d’Hoshi, les muscles si bandés qu’ils allaient tous se déchirer pour protester, j’essayais d’analyser le plus vite possible la situation afin de me sortir de là. Parce que retenir un Kenpachi qui veut vous couper en deux avec juste un petit bout de fer, je ne sais pas vous, mais moi ça me paraissais dérisoire. Oh, bien sûr, je savais que Hoshi n’était pas n’importe quel bout de ferraille, mais là, franchement, j’avais un peu fait abstraction de toute pensée cohérente. Ne me restais que mon instinct. Et ce dernier était en train d’hurler de me casser de là vite fait.

Pour ne pas subir plus longtemps la pression qu’il mettait dans son arme et pouvoir rester debout, j’ai accompagné son mouvement en le faisant tomber vers mes pieds. Désarçonné par cette position plus basse que prévue, Zaraki n’a pas pu éviter que je me dégage de cette passe d’arme qui allait m’enfoncer dans le sol, ou me rapetisser de plusieurs centimètres si je la contrais trop longtemps.

Et avant même qu’il ne relève son Zanpakutô pour non plus bloquer mes attaques mais en faire une lui-même, j’ai utilisé le shunpô pour m’éloigner. Inutile de me demander « alors, ça y est, tu maitrise enfin le déplacement dans l’instant ? » je vous ai dit un peu plus tôt que seul mon instinct arrivait à articuler des ordres que mon cerveau engourdi était capable de comprendre.

Donc, même si c’était sans vraiment savoir ce que je faisais, mais au moins, j’étais loin. C’était ça, le plus important. Marrant quand on a quelques secondes de vie supplémentaires comme elles nous sont précieuses! Et je comptais bien tout faire pour qu’elles se multiplient le plus possible. Quant à mon adversaire, visiblement, cela ne l’avait entamé en rien : que ce soit sa peau ou sa motivation, sentir ma lame frapper la sienne était visiblement l’apogée de sa satisfaction. Le reste importait peu.

Bordel de merde, mais qu’est-ce que je foutais là, bon sang ?

Entre colère et frayeur, j’essayais par tous les moyens de me concentrer sur ce que je venais de comprendre de lui. Comment arrivait-il à m’attaquer aussi vite après avoir paré mon assaut ? Il fallait que je me rappelle et ça, il le fallait maintenant.

Je me suis concentrée encore plus, ai fait taire deux secondes mon instinct car il gueulait trop fort et me suis rappelé le geste de Zaraki juste avant. En fait, il effectuait une rotation du poignet pour ramener la lame vers lui afin d’affirmer sa prise et de pouvoir lever son zanpakutô et l’abaisser vers moi en mettant toute sa force physique conjuguée avec celle de son reitasu. Une attaque descendante, à laquelle il ajoutait tous les éléments dont il disposait pour la rendre encore plus meurtrière.

Même si je me doutais qu’il n’avait pas fait un rapport de quatre cent pages sur « l’utilité de la gravité et autres manifestations physiques lors d’un combat à l’arme blanche ». Lui, son instinct ne hurlait pas, il lui disait simplement « éclate ton adversaire ». Et le pire, était qu’il avait réussi…

- Mouais ! Je vois que tu en as dans le ventre plus qu’on a pu m’en dire. Et si on passait aux choses sérieuses, maintenant qu’on s’est échauffés ?

A l’énoncé de cette phrase, j’ai manqué de m’évanouir pour de bon et me suis demandé pendant une seconde si ce n’était pas la meilleure attitude, de faire la morte. Ainsi, il ne me découperait plus. Mais connaissant le caractère du bonhomme, je m’avançais peut être un peu trop vite.

En parlant de vitesse, j’ai voulu éviter le désastre annoncé avant qu’il ne soit trop tard; il me fallait lui faire retrouver la mémoire (moi élève de toi, moi pas mourir une seconde fois, moi apprendre, pas tuer moi !) et ce, tout de suite :

- Impossible, Capitaine ! Je ne suis pas…

Il ne m’a pas laissé finir ma phrase. Sa pression spirituelle a soudain explosée, me clouant littéralement sur place. Répétant le même geste que tout à l’heure, il a brandit son Zanpakutô loin au dessus de sa tête et a frappé.

C’est alors que tout à basculé et j’ignore encore ce qui a bien pu se passer.

Devant la gravité de ma situation, j’ai réagis de façon instinctive, puisque Hoshi était aux prises avec la lame de Kenpachi : j’ai tendu la main devant moi et à ma plus grande stupéfaction, je l’ai envoyé valser de l’autre côté de la clairière dans un immense nuage d’énergie pure et de poussière.

Bouche bée, je suis restée quelques secondes les bras ballants, totalement immobile et complètement stupide. Puis j’ai repris mes esprits et j’ai couru jusqu’à lui, affolée : je suis censée apprendre, pas rôtir mes enseignants. Heureusement, il est plutôt du genre coriace… Malgré la moitié de son haori carbonisé et de la fumée qui s’élevait de ses cheveux, il s’est relevé en éclatant de rire une nouvelle fois.

Devant l’étendue de ses plaies, je n’ai pu m’empêcher de pousser un gémissement, mais il a eu un geste désinvolte :

- Bah, il faut croire que tu as plus de ressources que tu le laisse penser… On va s’arrêter là pour ce soir, fillette. Faut pas trop se lâcher pour notre première rencontre, ça va gâcher le plaisir pour la suite, vu ce que tu es capable de faire ! Et puis, faut que je me remette sur pieds d’ici là, pas vrai ?

Il m’a gratifié d’un clin d’œil complice accompagné d’une bourrade à assommer un bœuf qu’il voulait certainement affectueuse. Puis, avant même que j’aie pu ouvrir la bouche pour lui demander comment il allait, ce qu’il fallait faire, ou appeler un croque-mort, il a jeté négligemment son Zanpakutô sur l’épaule et s’est éloigné.

Yachiru a bondit de son rocher en éclatant de rire : selon elle, « Keni » était vraiment content de notre combat, il ne fallait pas que je m’en fasse pour lui. Et ils ont disparus tous les deux.

Complètement sous le choc, je suis rentrée au manoir et suis allée dans la salle de bains des Kuchiki qui définit on ne peut mieux son sens littéral. Comme s’ils étaient en feu, j’ai fait voler mes vêtements, fait coulisser le panneau de papier de riz et me suis avancée dans la partie du jardin dédiée aux ablutions.

Après m’être, selon la coutume, étrillée avec un savon délicat avant de rentrer dans l’eau (système complètement idiot à mes yeux, mais bon, ne tendons pas le bâton pour se faire battre) j’observe la composition des lieux et hallucine une nouvelle fois devant la taille de la pièce à ciel ouvert.

Sur la gauche, une immense piscine naturelle d’eau très chaude bordée de cailloux gros comme des rochers, ainsi qu’une petite forêt de bambous. La « baignoire » est alimentée par une statue de pierre en forme de poisson qui rejette l’eau en une parfaite imitation de douche. Contigu au bassin principal, une seconde piscine est présente, mais froide, cette fois. En fait de salle de bains, j’ai à ma disposition une Onsen pour moi toute seule.

Je flemmarde assez longtemps dans la piscine, espérant y faire fondre mes soucis dans l’eau brûlante. Puis je sors de mon bain afin de me mettre sous le jet de la statue de pierre et le massage de l’eau qui tombe avec force sur mes épaules nouées m’a soudainement rappelé le contenu de mon combat d’il y a peu.

Merde, j’ai utilisé le Kidô sans m’en apercevoir pour la seconde fois… Et vu l’état de Kenpachi, j’ai pas dû y aller de main morte. J’ai réussi à salement amocher un Capitaine possédant une pression spirituelle si effarante qu’on ne peut la canaliser, merde ! Comment contrôler cette puissance qui m’est totalement inconnue?

Finalement, je sors de l’eau. Je renonce à comprendre pour ce soir. Il est très tard, je suis exténuée et je me lève tôt demain matin afin d’arriver dès potron-minet à l’académie pour ne pas indiquer aux autres élèves que j’ai passé la nuit ailleurs.
Comme je sais que je ne rencontrerai personne, je me contente de m’enrouler dans une serviette moelleuse qui me fait une robe ultra-courte, en prends une seconde tout aussi moelleuse que la première à la main afin de frotter mon crâne et sécher mes cheveux par la même occasion. J’ouvre la porte coulissante et la serviette toujours sur la tête, commence à me diriger d’un pas lourd de fatigue physique et nerveuse vers ma chambre.

Sauf que je rentre dans un obstacle qui n’aurait pas dû se trouver sur mon chemin, les couloirs étant théoriquement vides.

La serviette en travers du visage, je n’ai pas le temps de me demander le pourquoi du comment, car le choc à été violent et je suis partie en arrière. Je vais tomber. Sauf que je ne tombe pas. Une main viens de saisir mon avant bras et une poigne de fer me retient. En voulant me redresser, mon pied dérape sur la petite flaque d’eau dégoulinant de mes cheveux qui s’est formée à mes pieds et me fait trébucher à nouveau, mais vers l’avant cette fois.

Et je me retrouve blottie contre le torse de Byakuya Kuchiki qui me toise d’un air sévère.



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Hagaren

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MessageRe: Une vie à t'attendre (+13)   Une vie à t'attendre (+13) Icon_minitimePublié le : Lun 13 Juin 2011 - 10:08

Chapitre 13 :

Tout cela n’a pris qu’un clignement de paupières. Il ne porte plus ses kenseikaan ni son uniforme, mais un somptueux kimono bleu foncé qui mets ses yeux en valeur. Ses cheveux libérés flottent librement sur ses épaules. Comment fait cet homme pour être encore plus beau à chaque fois que je le vois ?

La serviette tombe de mes épaules, mais je prie de toutes mes forces pour qu’Harry Potter soit planqué dans un coin et utilise sa magie pour qu’elle revienne séance tenante devant mon visage, afin de planquer le fard du siècle que je suis en train de piquer.

L’incarnation complète de la honte intersidérale, à laquelle on aurait ajouté l’allégorie du pire moment de solitude du millénaire. Je ne veux même plus mourir ou me cacher, mais… ouais, la désintégration moléculaire me parait être une bonne alternative pour mettre fin à mon calvaire.

Mon sauveur ouvre les hostilités en fronçant un sourcil avant de daigner me parler :

- Que faites vous donc ?

Ha, ha, ha, mais laissez-moi reconnaitre une fameuse blague d’anthologie quand j’en vois une ! A ton avis, mon gars? J’aime bien me jeter dans les bras de nobles croisés au détour d’un couloir, à moitié nue et dégoulinante d’eau, voyons, pas toi ?Je ravale mes sarcasmes car mon cœur s’est affolé encore une fois, vu qu’ il ne m’a pas lâché et je suis toujours blottie contre lui. Vus d’en dessous, ses traits sont encore plus fins et l’odeur enivrante qui émane de lui, subtile et masculine empêcherait un séminaire de bègues d’aligner deux mots cohérents. Bon sang, manquait plus que ça !

Mais comme disait l’autre, la meilleure défense, c’est l’attaque, alors histoire de masquer mon trouble dans lequel cet homme me jette dès que je le vois, je retrouve mon mordant et répond du tac au tac :

- Et vous-même, Capitaine, que faites vous ici à cette heure ?

Son sourcil est visiblement le baromètre de son agacement, car il se fronce un peu plus mais pas de trop -sinon il risque de rider son magnifique front- quand il me répond, tout aussi chaleureux:

- Je vous rappelle que nous sommes ici chez moi. Je suis libre de me promener dans mes couloirs quand bon me semble. Vous, au contraire, n’avez rien à faire là, à une heure aussi tardive qui plus est. Vous devriez être couchée.

Et bam, magnifique service, un point partout, balle au centre. Super, un match de vannes à moitié à poil, au sortir du bain et dans le bras de mon adversaire. Je le recommande très vivement, c’est ultra bon pour travailler le bien-être et l’épanouissement de soi.

- Je ne suis plus une petite fille, Capitaine, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, commençais-je à m’énerver. Si j’ai envie de me promener au milieu de la nuit, ce n’est pas vous qui allez m’en empêcher.

Ses yeux se sont plissés et sa voix devient glaciale, si c’est encore possible :

- En ce cas, je vous suggère fortement de ressentir le reiatsu des personnes présentes afin de ne pas leur rentrer dedans lors de vos pérégrinations nocturnes.

Ca y est, il a réussi à me foutre en rogne pour de bon. Il ne m’a pas adressé deux phrases depuis que je le côtoie et quand il s’adresse enfin à moi autrement que pour m’ordonner de me battre, c’est pour persifler et me mettre plus bas que terre.
Euh, désolée, mais ça, ça va pas être possible, aussi stellaire que soit votre beauté, Capitaine.
Car maintenant je fulmine littéralement. C’est mes cheveux qui vont être contents, ils vont sécher plus vite, si ça continue :

- Voyez-vous ça ! Et bien, je suis au regret de vous informer que j’en suis parfaitement incapable ; le vôtre est si puissant qu’il imprègne chaque morceaux de cette foutue baraque ! Alors vous localiser exactement, je suis navrée, mais ce n’est pas dans mes cordes.

- Je ne saurai trop vous conseiller de vous atteler à cette tâche dès à présent. A moins que vous ne préfériez me rentrer dedans à demi-nue, ironise t-il.

Est-ce que quelque chose lui échappe, bon sang ? Je me redresse à moitié afin de donner plus d’ampleur à ma fureur et surtout arrêter d’être collée à lui même si c’est très agréable, quand je pâlis aussi fort que je viens de rougir et me jette à nouveau littéralement dans ses bras en me prenant pour un bulot en manque de son rocher.

La réaction ne se fait pas attendre :

- Mais que…?

Toute honte bue, je grommelle :

- Tournez la tête je vous prie. Tout de suite.

Visiblement interdit, il écarquille les yeux :

- Mais allez-vous m’expliquer… ?

Encore plus embarrassée que furieuse de devoir m’expliquer, je lâche dans un grommellement à peine audible la cause de mon attitude :

- Ma serviette.
- Et bien ? Vous l’avez à la main, non ?
- Pas celle-ci ! Celle que j’ai autour de moi !
- Et bien ? répète t-il pour la seconde fois, ne comprenant visiblement pas où je veux en venir.

Bon, puisqu'on y est et que je ne pense pas pouvoir tomber plus bas, allons-y pour mettre clairement les points sur les « i »:

- Elle est en train de glisser ! Alors tournez la tête que je puisse la remettre !

Il ne s’exécute pas tout de suite, car il prend le temps de me regarder attentivement. Encore une fois, j’ai l’impression de me noyer littéralement dans ses prunelles au mauve si compliqué et mon malaise ne fait qu’augmenter un peu plus. Je soutiens son regard le plus longtemps possible en essayant de cacher du mieux que je peux le trouble dans lequel je suis plongée. Ses yeux, d’accord, mais dans ses bras pour la seconde fois, avec une parodie de vêtement… non, franchement, voilà l’idéal pour mettre deux personnes à l’aise et tisser des liens amicaux. Quant à lui, j’ignore pourquoi il me regarde comme cela.

Je n’ai aucune idée de ce qu’il veut faire ou dire, mais avant que je ne répète une troisième fois ma demande il ferme les yeux, s’écarte de moi et me tourne le dos. Dès que nous nous sommes séparés, ma serviette tombe effectivement autour de mes chevilles et je plonge sur le sol pour la récupérer. Je m’enroule dedans en serrant les pans si fort que je m’en fait un véritable corset. Mes seins vont jaillir au dessus de mes oreilles, si jamais j’éternue.

Redevenue décente, je toussote et il se retourne. Son regard est franchement moqueur, ce qui a pour effet de me refaire rougir séance tenante. Bon sang que je déteste ça !

Pour me donner contenance, je relève le nez, impertinente :

- Soyez assez aimable pour me signaler la prochaine fois que vous vous promenez dans le coin, cela m’évitera ce genre de déconvenues, voulez-vous ?

Il lève légèrement le menton lui aussi et s’il ne sourit pas, ses propos ne me laissent aucun doute quant à sa moquerie :

- Pour éviter de vous retrouver dans une situation similaire, je ne saurai trop vous conseiller d’utiliser un peignoir de bain lors de votre prochaine promenade. Vous savez, ces vêtements amples et longs qui servent à cacher son corps au sortir d’une douche ?

Et voilà, il fait mouche. Donc, si je fais le compte, j’ai : une honte interstellaire, une colère noire, un embarras abyssal, une grosse colère et des papillons dans l’estomac. Ah, et j’allais oublier : une colère souveraine. Super cocktail.

Rendue hors de moi, je m’écrie :

- Oh, mais bien sûr, suis-je bête ! je tâcherai de ne pas oublier qu’il faut se sécher en sortant d’un bain, parce que l’eau mouille ! Et que les serviettes ne sont pas appropriées pour ce faire, mais juste bonnes à éviter de me balader à moitié nue dans vos couloirs !

Il ne se défait pas de son attitude goguenarde et ne répond pas, préférant m’enfoncer d’un regard. Bon, j’en ai marre, la situation n’a que trop duré. A ce jeu là vous êtes le plus fort et vous avez gagné, je m’incline. Vous avez effectivement réussi à me mettre plus bas que terre. Parfait pour se détendre au sortir d’un combat où j’ai caramélisé bien involontairement un des plus balèzes combattants de la Soul Society, non, vraiment, c’est pile ce qu’il me fallait. Gratifiant.

Alors puisque j’ai perdu, autant partir la première, en rassemblant les derniers atomes de dignité qu’il me reste. Je tourne les talons et dans une parfaite imitation de son attitude à lui marmonne dans sa direction le menton légèrement tourné vers mon épaule :

- Bonne nuit, Capitaine.

Et avance d’un pas que je veux altier. Lui ne répond toujours pas. Pff, même pas la plus élémentaire des politesses. Mais sa soudaine question m’arrête pile dans mon périple :

- Puis-je savoir où vous allez ?

Interloquée, je me retourne vers lui ; pour un peu j’aurais les bras ballants et la bouche en cul de poule, mais mes vieux copains les sarcasmes reviennent me prêter main-forte :

- Que croyez-vous ? J’écoute vos précieux conseils et vais me coucher. Il est tard pour les petites filles, rappelez-vous … ?
- Alors je ne saurai trop vous conseiller d’aller dans vos appartements…

Il laisse sa phrase en suspend et je comprends ma bévue avant qu’il ne la formule à haute voix, ce qu’il ne manque pourtant pas de faire et pas plus tard que tout de suite :

- De l’autre côté. Dans cette direction, vous allez dans les miens. A moins, ajoute t-il dans une morsure d’ironie ravageuse, que ce ne soit effectivement votre destination…

Définitivement morte de honte, je baisse la tête, tourne les talons et c’est presque en courant que je passe devant lui sans le saluer et disparaît au bout du couloir. Les larmes me sont montées aux yeux, j’ignore pourquoi je suis autant vexée, j’ignore pourquoi il s’est montré aussi méchant, j’ignore pourquoi cela me blesse autant. J’ouvre ma porte à la volée et me jette sur mon futon. Au moins, ici, personne ne verra mes larmes.

*********************

Pendant ce temps, demeuré seul dans le couloir à présent désert, Byakuya Kuchiki baissa la tête vers sa main repliée. Il resta immobile quelques instant, puis déplia lentement les doigts. Il regarda la minuscule goutte d’eau tombée d’une chevelure qui n’était pas la sienne qui brillait au creux de sa paume, mais que la chaleur de sa peau fit bientôt s’évaporer.

Il inspira profondément, écoutant attentivement le silence de la nuit. Mais il n’entendit rien sauf le murmure de l’eau de la fontaine toute proche et se dirigea à son tour vers sa chambre à coucher.




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